• Votre panier est vide.

Epidémiologie, facteurs de risques et mécanismes des tendinopathies d’Achille

La tendinopathie d’Achille est une des pathologies les plus fréquentes de la cheville et du pied1.

Elle affecte plus fréquemment les patients pratiquant une activité physique comme la course à pied ou une activité incluant des sauts. Elle affecterait 9% des coureurs de loisirs et serait la cause de l’arrêt de carrière de 5% des athlètes professionnels2.

D’ailleurs les tendinopathies d’Achille ont une incidence de 7,4% chez les coureurs de marathon15, ce qui est énorme. 

Cependant, elle atteint aussi les non-sportifs, qu’ils soient jeunes ou âgés. Dans une étude épidémiologique réalisée chez 1394 personnes n’étant pas des athlètes, on a retrouvé des tendinopathies d’Achille chez 5.6% des sujets dont 4% d’insertionnelles, 3,6% de non insertionnelles et 1,9% ayant les 2 types de tendinopathies d’Achille.3

Les symptômes sont localisés au niveau de la portion moyenne du tendon d’Achille, c’est-à-dire entre 2 et 7cm à partir de l’insertion du tendon sur le calcanéus, ou à son insertion sur le calcanéus.

Ils augmentent après être restés longtemps assis, et généralement avec l’activité, par exemple une marche ou une course prolongée, en particulier en montée. La douleur est généralement croissante durant l’activité. 

On retrouve également très souvent une raideur matinale.

Quels sont les facteurs de risques ?

Nous avons vu dans les chapitres précédents les facteurs de risques communs aux tendinopathies, mais y en a-t-il des spécifiques ?

Antécédents

Une étude sur des militaires a montré qu’une ancienne tendinopathie de la voute plantaire, d’Achille ou patellaire, ainsi qu’une fracture du membre inférieur (quel que soit le côté) était associée à l’apparition d’une tendinopathie d’Achille.4


Une autre étude indique également qu’un antécédent de tendinopathie d’Achille est le plus gros facteur de risque, donc que les coureurs qui en ont déjà eu sont à classifier en patient à haut risque.15

Propriétés du pied : significatif ?

L’inversion et l’éversion de l’arrière-pied ainsi que la hauteur de la voute plantaire passive ou active n’ont pas montré de corrélation avec l’apparition de tendinopathie d’Achille5,6 et un pied en pronation non plus.

Concernant les propriétés statiques et dynamiques de la cheville, les évidences sont conflictuelles, une étude a montré qu’une dorsiflexion de cheville (genou tendu) inférieure à 11,5° au lieu de 11-15° est associée aux tendinopathies d’Achille.8 Cependant une autre n’a trouvé aucune association9, et 2 autres n’ont montré aucune corrélation avec le genou plié.8,11

Force des fléchisseurs plantaires

En 2019, une étude s’est intéressée à la différence de force des fléchisseurs plantaires entre les sujets sains et les sujets atteints de tendinopathie d’Achille.

Chez les sujets atteints de tendinopathie d’Achille la force des fléchisseurs plantaires, en position genoux tendus ou genoux fléchis, était largement inférieure que la force retrouvée chez les sujets sains, avec comme responsable majoritaire le soléaire. 

De plus, la force mesurée du membre sain des sujets avec une tendinopathie d’Achille était elle aussi bien plus faible qu’un sujet sain. Ce déficit bilatéral suggère que le membre asymptomatique ne devrait pas être utilisé comme référence. 

En excentrique, les sujets sains ont une force équivalente à 2 fois leur poids de corps, ce qui nous indique qu’en pratique nous devons réentrainer nos patients avec de très hautes charges pour atteindre à nouveau ce niveau.

Une autre étude a montré que les personnes ayant une force isocinétique à faible vitesse des fléchisseurs plantaires plus élevée sont corrélées avec un plus faible risque de tendinopathie d’Achille.

Facteurs d’entrainement

Le type de chaussures, dont notamment les minimalistes, entraine une augmentation des forces au niveau du tendon d’Achille. Un changement brutal d’une course classique à une course en chaussures minimalistes pourrait donc entrainer une surcharge tendineuse au niveau du tendon d’Achille et donc engendrer une tendinopathie.

La solution ? Le passage vers la chaussure minimaliste doit tout simplement être fait progressivement pour laisser le temps au corps de s’adapter.13

Une étude qui s’est intéressée au climat a trouvé une corrélation entre l’apparition de tendinopathies d’Achille et les entrainements d’hiver comparés aux entrainements en été.6 

Par contre, il n’est pas précisé de quelles températures il s’agit, si le terrain est gelé on peut penser à un sol plus dur, sinon il peut s’agir d’autres facteurs liés à l’hiver ! 

Qu’en pensez-vous ? (vous pouvez écrire directement dans les commentaires de l’unité)

Une autre étude indique que les coureurs qui utilisent des plannings d’entrainement sont plus à risque, alors pourquoi ? 

Probablement, car leur entrainement est imposé par un timing qui ne prend pas en compte le ressenti de leur corps, c’est-à-dire qu’ils iront courir pour respecter le planning même s’ils sont fatigués.15

Biomécanique de la marche et de la course

Enfin le port de chaussettes compressives pendant les entrainements semble également être un facteur de risque.15
Alors pour quelle raison ? L’équipe suggère qu’une étude sur le flux sanguin pourrait être intéressante, mais aucune explication n’est avancée.

Mécanisme pathologique de la tendinopathie d'Achille

Le tendon d’Achille est mécanodépendant  (plus exactement mécanoresponsive en anglais), ce qui veut dire qu’il s’adapte à la charge que ses tissus reçoivent [16,17]. La cause exacte des tendinopathies d’Achille est variable, cependant la plus commune est un mauvais ratio entre la mise en charge et le temps de récupération entre les sessions de mise en charge. [18]

Justement, parmi les sportifs développant une tendinopathie d’Achille, 60% à 80% décrivent une augmentation soudaine de la charge ou une augmentation de l’intensité de l’entrainement ou de sa durée, ce qu’on appelle en anglais un « training load error ». [19,20]

Cependant, tous les cas ne sont pas associés au sport, une augmentation de l’activité au travail ou dans les activités quotidiennes peut également contribuer à ce déséquilibre. [21]

Au niveau de l’insertion du tendon d’Achille, les forces compressives entre le tendon d’Achille et le calcanéus peuvent contribuer à l’apparition de la douleur [22]. Cette compression peut provenir des chaussures, des activités d’entrainement avec de fortes dorsi-flexions de cheville (comme la course en montée) ou des déformations anatomiques comme la déformation d’Haglund.

physio-learning©. Tous droits réservés. Cliquez ici pour voir les conditions d'utilisations