• Votre panier est vide.

Le travail des membres supérieurs et de la dextérité

“L’organisation du pointage et de la préhension repose sur des transformations visuomotrices
des caractéristiques de l’objet en commandes motrices. Ainsi, la position de l’objet est
transformée en commande motrice intégrant l’orientation du regard, le transport du membre
supérieur et l’ajustement de la forme de la main à la taille de l’objet (Jeannerod, 1999).
Les transformations visuomotrices associent le cortex visuel au cortex moteur primaire. Une conséquence d’une lésion médullaire C6-C7 est la perte des prises actives de précision
par opposition pouce index (Flexor Pollicis Long et Adductor Pollicis – innervation C8-T1)
tout comme des prises de force par flexion des doigts (Flexor Digitorum Superficialis et
Profondis – innervation C8-T1). Néanmoins, une préhension de compensation repose sur la
ténodèse. L’extension du poignet (Extensor Carpi Radialis Longus – innervation C6-C8)
entraîne un raccoursissement des tendons des muscles (i) Flexor Digitorum Superficialis et
Profondis et une prise palmaire passive (ii) Flexor Pollicis Long et une prise latérale passive.
La compréhension des caractéristiques cinématiques de cette préhension par ténodèse est un
enjeu scientifique et rééducatif important” Extrait de la thèse du Dr Mateo [9]. 

La principale différence en termes de qualité de vie entre tétraplégiques et paraplégiques hauts, est la capacité à utiliser ses mains. Effectivement 77 % des tétraplégiques s’attendent à une amélioration importante ou très importante de la qualité de vie si la fonction de leur main s’améliorait (étude britannique et néerlandaise). Il existe différentes techniques de transfert nerveux afin d’améliorer les capacités de dextérité. 

Selon une étude, les transferts de nerf utilisant un nerf moteur voisin non réutilisable pour réinnerver un nerf dénervé ont entraîné une récupération fonctionnelle plus rapide et plus améliorée que les reconstructions traditionnelles par greffe nerveuse à la suite d’une lésion d’un nerf périphérique. Il est aussi possible de réaliser des arthrodèses au niveau du pouce afin de faciliter la pince. Il a été également démontré que la puissance motrice de la main et la dextérité de la main ont augmenté chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière après le protocole I-wave. Ces résultats fournissent la première preuve que l’apport synaptique tardif aux neurones corticospinaux peut représenter une nouvelle cible thérapeutique pour améliorer la fonction motrice chez les humains atteints de paralysie due à une lésion de la moelle épinière. Le protocole utilisa 180 paires de stimulation magnétique transcrânienne pendant ∼30 min sur la représentation manuelle du cortex moteur à un intervalle inter-stimulus imitant la rythmicité des ondes indirectes (I) tardives descendantes dans les neurones corticospinaux (4,3 ms ; protocole I-wave) ou à un intervalle inter-stimulus entre les ondes I (3,5 ms ; protocole de contrôle) à des jours différents dans un ordre aléatoire.  L’objectif pour le kinésithérapeute sera, en lien avec l’ergothérapeute, d’améliorer les capacités motrices préservées, en respectant le protocole du chirurgien le cas échéant.

Les chirurgies de dérotation peuvent également être proposer aux patients afin de venir bloquer les articulaires de la prono-supination et permettre aux sujets d’avoir la main dans la bonne position pour l’utilisation d’outil adapté, comme un bracelet métacarpien par exemple qui lui permettrait de se brosser les dents. 

Des exercices de manipulation d’objets pourront être proposés au patient, en sollicitant l’effet ténodèse si la motricité fine des doigts est absente. Le long extenseur radial du carpe permet l’extension du poignet et par effet ténodèse entraîne
une prise palmaire ou latérale (8). 

 

L’électrostimulation reste discutable. La stimulation électrique des muscles paralysés est une approche qui a démontré une capacité significative à restaurer la fonction de préhension et de relâchement. Une limitation potentielle de cette approche est que les muscles clés pour la stimulation peuvent avoir des dommages plus faibles aux motoneurones, rendant les muscles inexcitables.  Selon une autre étude, l’électrostimulation n’aurait pas d’impact suite à une chirurgie par greffe nerveuse.  

 

Il a également été démontré qu’un programme intensif d’entraînement manuel n’améliore pas la fonction de la main chez les personnes atteintes de tétraplégie subaiguë. Ce protocole comprenait un entrainement spécifique à une tâche impliquant une stimulation électrique fonctionnelle à une combinaison de soins habituels et de trois séances de 15 minutes par semaine de thérapie individuelle des mains. 

 

De plus, il paraît important de faire travailler le patient en bimanuel, cela stimulerait davantage les connexions cérébrales. Les résultats de l’étude indiquent une forte implication des voies cervicales et des hémisphères homolatéraux non endommagés dans le contrôle des mouvements bimanuels de la main chez les sujets tétraplégiques. Ainsi, on utilise la coopération bimanuelle afin d’améliorer et d’optimiser les capacités sauvegardées du patient.  

 

L’imagerie mentale aurait un effet bénéfique  [10]. Plusieurs études dont celle de Grangeon en 2012 obtiennent des résultats satisfaisants suite à l’utilisation de l’imagerie motrice. Elles attestent l’intérêt de combiner l’IM à la rééducation classique pour réduire les déficits,
améliorer la fonction manuelle et l’indépendance après tétraplégie de niveau C6-C7. Cette technique présente plusieurs avantage comme la réduction de la douleur aux épaules par l’absence de mouvements volontaires durant l’exercice et donc diminue aussi la fatigue physique [9]. L’IM favorise également la plasticité cérébrale, les zones non utilisées ayant tendance à dégénérer. Ainsi, Cramer et al., (2007) [11] ont montré des modifications d’activité corticale en IRMf consécutivement à l’apprentissage mental de mouvements réalisés avec le pied paralysé chez des patients para et tétraplégiques [9].

Pour finir, il existe une échelle permettant de quantifier les déficits au niveau des mains des tétraplégiques. Il s’agit de l’échelle Toronto Rehabilitation Institute–Hand Function Test (TRI-HFT). Il s’agit d’une mesure fiable et sensible pour évaluer la motricité globale de la main chez les personnes atteintes de tétraplégie, avec un niveau de validation de modéré à fort.  

Cette échelle est disponible gratuitement ici :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3584758/ 

mais elle est en anglais et n’a pas encore été validée en français.  

physio-learning©. Tous droits réservés. Cliquez ici pour voir les conditions d'utilisations