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Nutrition et tendinopathies

À ce jour, il existe très peu de preuves sur l’efficacité de la nutrition sur les tendinopathies. Cependant, il serait peu judicieux de l’exclure de notre prise en charge, car la nutrition a impact important sur la balance homéostatique du corps et donc sur le tendon.

Par exemple, on sait que l’hyperlipidémie entraîne une augmentation de l’expression des métalloprotéases et donc tend à déséquilibrer la balance homéostatique du tendon. A priori, chez un patient atteint d’une tendinopathie et d’une hyperlipidémie, un régime visant à réduire le taux de LDL, devrait contribuer au retour à l’équilibre. D’ailleurs, une étude sur la souris a montré qu’un régime riche en acide gras saturé cause des altérations métaboliques et structurelles au niveau des tendons.

Le tableau ci-dessous provient de https://ciqual.anses.fr/ 

C’est une base de données française de référence sur la composition nutritionnelle des aliments, d’accès gratuit !

On sait également que certains aliments entrainent une augmentation des cytokines pro-inflammatoires au niveau systémique. Cependant, on ne peut pas généraliser, car ces aliments dépendent des individus et de leurs intolérances. Par exemple dans le cas des maladies cœliaques, une ingestion de gluten entraine une augmentation des cytokines pro-inflammatoires. C’est une donnée intéressante, car lors de l’apparition d’une tendinopathie sans raison mécanique évidente, on doit pousser l’interrogatoire pour chercher une modification dans les habitudes du patient. Parfois, le patient nous dira que du jour au lendemain il a commencé à consommer 200g de noix par jour, car il a lu dans un article que c’était bon, ce sera alors une piste intéressante à creuser. À titre informatif, on vous a mis la liste des 14 allergènes dans le tableau ci-contre.

Tableau ci-contre provenant de https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/Publications/Vie-pratique/Fiches-pratiques/Allergene-alimentaire

Nous allons maintenant parler de l’impact de la vitamine C et D sur le métabolisme du tendon.

La vitamine C est nécessaire à la synthèse de collagène. Plusieurs injections de vitamine C sur un tendon abimé de rat entrainent une augmentation de la vitesse de guérison en comparaison du groupe contrôle. Cependant, une déficience en vitamine C est aujourd’hui très rare. On peut parfois en retrouver chez les individus avec une très mauvaise alimentation, ayant des troubles digestifs ou une maladie sévère, ou suivant un traitement de chimiothérapie.

Le tableau ci-dessous provient de https://ciqual.anses.fr/ 

La vitamine D a, elle aussi, un impact direct sur la synthèse de collagène par les fibroblastes. L’apport de D3 et D2 sur un fibroblaste humain a un effet anabolique dose dépendant.

En plus de son effet sur la synthèse de collagène, la vitamine D régulerait les mécanismes inflammatoires lors de processus de réparation des tendons. Contrairement à la vitamine C, la déficience en vitamine D est plus commune, par exemple dans la population danoise 13,8% de la population a une concentration sérique inférieure à 25nmol par litre et 52% de la population a une concentration sérique inférieure à 50 nmol/l, avec un taux de déficiences plus élevé en février dû  de la faible exposition au soleil.

Cependant à ma connaissance il n’existe aucune preuve sur l’efficacité de la prise de vitamine D dans le cadre des tendinopathies.

Du côté des acides aminés, il n’existe pas non plus de preuve sur l’efficacité dans le cadre de tendinopathies, mais uniquement quelques pistes. On trouve une étude sur le rat d’un régime contenant 5% de glycine qui a induit une augmentation de la synthèse d’hydroxyproline, composant majeur du collagène, et de glyoaminoglycanes. Ce qui a permis une régénération plus rapide du collagène.

Par contre, la supplémentation en acides aminés, via BCAA ou via l’ingestion de whey, a fait ses preuves sur l’augmentation de la force et de la synthèse musculaire lors de programme d’entrainements. C’est intéressant dans notre objectif de reconditionnement physique et gain de force comme évoqué dans le programme de Jill Cook.

Les éléments suivants ne sont pas traités dans la vidéo (mise à jour du contenu) :

La glucosamine et la chondroitine sulfate ont eu des effets positifs dans quelques études in vivo et in vitro. Les ténocytes cultivés dans un milieu enrichi en ces 2 composants ont montré une augmentation de 22% de leur synthèse protéique en comparaison au groupe contrôle. Sur des souris ayant subi une ténotomie, les souris supplémentées ont montré une meilleure organisation de leurs fibres de collagène et une inflammation moindre, et après 8 semaines, des capacités biomécaniques supérieures au groupe contrôle. 

Certains antioxydants auraient aussi un effet sur les tendinopathies.

Par exemple, la curcumine a montré un effet d’inhibition sur les MMPs et un effet positif sur la cicatrisation d’une lésion ligamenteuse.

Attention cependant, la curcumine est peu stable, elle est très fragile aux variations de pH et à la température. Dans le but d’une supplémentation en curcumine, il est donc judicieux de prendre des formes de curcuma titrées et stabilisées en curcumine, plutôt que du curcuma à usage culinaire.  

De plus, sa prise concomitante avec de la pipérine augmente significativement sa biodisponibilité.

Le thé vert est également très étudié. Il aurait un effet bénéfique sur la vitesse de remodelage de la matrice extracellulaire dans un contexte inflammatoire. De plus, son association à de la glycine augmenterait l’action comparée à la prise de glycine seule.

Y a t'il plus d'évidence du côté de la récupération musculaire ?

Nous allons aborder rapidement la récupération musculaire, car le muscle est étroitement lié au tendon.

Bongiovanni et al. dans un article publié en juillet 2020 dans l’European Journal of Applied Physiology, ont référencé les différents suppléments alimentaires qui permettent de diminuer les signes et les symptômes assimilés aux lésions musculaires induites par les exercices. On peut d’ailleurs les féliciter pour ce travail monstre !

Voici ci-dessous la liste des aliments qui ont déjà été proposés pour lutter contre les dommages musculaires causés par les exercices : 

Tiré de l'articile de Bongiovanni et al. 2020

On voit que la griotte, les omega-3 et la créatine monohydrate ont un très bon niveau d’évidence. La vitamine D, le jus de betterave et le jus de grenade ont également beaucoup d’évidence, mais les effets bénéfiques ne sont pas encore clairs. Dans le schéma ci-dessous les apports :

Quand faire appel à des stratégies nutritionnelles de récupération ?

L’augmentation de l’inflammation et du stress oxydatif à la suite des exercices entraine un processus d’adaptation qui est un effet positif du stress provoqué par les exercices. Il crée l’adaptation, qui est inexistante sans ce stress oxydatif et cette inflammation.

L’auteur indique donc que les suppléments alimentaires peuvent créer une diminution de l’adaptation et ne sont donc pas à utiliser en permanence.

Par contre, lorsque le stress est trop important, il devient néfaste pour l’adaptation. C’est dans cette optique que Howatson et al. en 2016 ont donc donné 2 règles d’utilisation de la nutrition comme stratégie de récupération :

1. Quand l’exercice effectué provoque un stress trop important qui risque d’être mauvais pour l’adaptation (dépassement des capacités d’adaptation)

2. Lorsqu’on met la priorité au retour à l’entrainement ou à la compétition plutôt qu’à l’adaptation. (par exemple en plein tournoi, on va préférer être en forme le lendemain plutôt que de viser l’adaptation musculaire)

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