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La rééducation conservatrice de la rupture du tendon d’Achille

Nous allons décrire les 4 phases de rééducation conservatrice post-rupture selon un article publié en juin 2020 par le département de la santé et de la performance de l’université du Tenessee. Ce chapitre permet de comprendre la logique derrière les protocoles de rééducation tout en instaurant un guide de bonne pratique.

PHASE 1 : environ entre 4 à 11 semaines après la rupture

Durant cette phase, le tendon est en phase proliférative et passera en phase de remodelage à partir de la 8e semaine. À la 4e semaine, on commence généralement la mise en charge progressive du tendon. Dans la publication de A. M. Hutchison et al., ils commencent le renforcement du soléaire et des gastrocnémiens simplement à la 5e semaine avec une theraband jaune (la plus faible).  

Étant donné que les ténocytes et le collagène s’alignent durant cette phase, il est important de les stimuler afin d’orienter cet alignement. 

Une bonne mise en charge permettra d’obtenir une bonne homéostasie du tendon et éviter la dégénération du tissu. [1] 

Au début de cette phase, il est intéressant de commencer par des montées de pointes de pied assis et de proposer au patient des chaussettes de contention. [2] Ensuite on peut progresser graduellement vers une montée sur la pointe des pieds en bilatéral, debout. 

 

Durant cette phase il ne doit pas être réalisé d’exercice à plus de la moitié du poids du corps. [3]

Du côté de l’amplitude, une flexion passive supérieure à 90° est déconseillée avant la 8e semaine [2] notamment pour limiter l’allongement du tendon, de plus toute activité de flexion plantaire active en position de flexion dorsale doit être évitée jusqu’à la 12e semaine. 

Durant cette phase on peut également travailler sur le maintien de l’amplitude des orteils en travaillant activement et passivement l’extension et la flexion des orteils.

Attention, cette phase présente un haut risque de rupture totale du tendon.

INTERDICTIONS :

– Mise en charge supérieure à la moitié du poids du patient

– Flexion passive supérieure à 90° (jusqu’à 8e semaine)

– Flexion plantaire active en position de flexion dorsale

– Courir !

PHASE 2 : environ entre 11 et 16 semaines après la rupture

À partir de cette phase, le tendon va maturer jusqu’à environ 12 mois après la rupture (ou l’opération). Cette phase permet de continuer la mise en charge afin de continuer le travail d’alignement des fibres et d’empêcher la formation de cicatrices adhérentes et de troubles du glissement des tissus. [4]

Durant cette phase il est intéressant de commencer à travailler en excentrique, cependant contrairement aux protocoles pour les tendinopathies, on ne doit pas forcer sur le tendon à une position supérieure à la position neutre en termes de flexion dorsale, donc contrairement aux protocoles classiques qui ont lieu sur une marche pour augmenter l’amplitude de travail, il faut travailler sur sol plat durant cette phase. [2, 3]

Des exercices aérobies en décharge peuvent également être incorporés [5] comme du travail de course en piscine qui peut être extrêmement intéressant ou le vélo ou la marche simple.

 

Durant cette phase il est également intéressant de commencer le travail proprioceptif et d’équilibre.

L’objectif de fin de phase est d’atteindre 3 à 5 séries de 15-20 répétitions de montées sur pointe de pied en unipodal avant de commencé une quelconque augmentation de charge.

En termes d’activités aérobies, l’objectif est la marche sans douleur à une vitesse entre 3,5 et 4,2 km/h. Dans le pattern de marche, il est important d’insister sur le toe off [commencé à partir de la 10e semaine dans le protocole de A. M. Hutchison]

Attention, les exercices comme les squats et les fentes doivent être évités durant cette phase, car ils entrainent un étirement trop important du tendon d’Achille. [2]

ÉDUCATION DU PATIENT :

Interdiction :

– courir

– Exercices actifs en position d’étirement du tendon (fentes, squats par exemple, flexions plantaires sur marche)

PHASE 3 : environ entre 16 et 52 semaines après la rupture

Dans cette phase on va pouvoir commencer à travailler les activités pliométriques et la course progressivement.

Ci-dessous une proposition de progression de la course et une proposition de progression d’exercices de renforcement.

La progression doit être adaptée à la tolérance du patient, en moyenne les patients arrivent à réaliser 25 répétitions de monté sur la pointe des pieds en unipodal au bout de 4 mois et demi (18 semaines). Sur tous les mouvements et notamment à la marche, on recherche une bonne symétrie d’exécution [6,7] 

Afin de vous aider a réaliser les exercices de la phase 3 nous vous avons combinés plusieurs exercices dans les vidéos suivantes : 

Idées d’exercices à réaliser avec l’échelle de rythme :

Exercice de l’hexagone et autres exercices de la fiche:

Phase 4 : Retour au sport (environ 24 - 52 semaines après la rupture)

Dans la publication du programme de rééducation de Hutchison et al., les critères de reprise de sport sont :

– Montée pointe de pied en unipodal

– Sprint avec une bonne exécution du toe off

– 3 sauts horizontaux en unipodal et 1 saut en vertical unipodal sont au moins 75% aussi bien que le côté controlatéral.

À peu près 80% des patients et 70% des sportifs professionnels en National Footbal League arrivent à reprendre leur sport. [7] On note que les sports qui nécessitent des sprints et des sauts prennent plus de temps à reprendre (souvent autour de 1 an au lieu de 6-9 mois) et il est souvent conseillé de récupérer 80% de sa force (comparé au côté controlatéral) avant de recommencer. Aujourd’hui plusieurs études indiquent qu’un examen échographique de la blessure permettrait de juger de la capacité de la reprise sportive, notamment en fonction de l’apparence fibrillaire et la présence ou pas de zone hypoechogène. Cette technique permettrait de faire reprendre certains patients à 6 mois. [8]

En pratique, le test de reprise du sport doit être adapté au sport repris.

Il existe de nombreux tests fonctionnels qui peuvent être utilisés, le choix de chaque test utilisé dépend des objectifs du patient, pour en citer quelques-uns :

– Margaria-Kalamen test

– 40 yard dash

– t test

– SEMO drill

On note qu’une disparition complète des symptômes n’équivaut pas à une guérison totale du tendon [9]. C’est notamment pour cette raison que les exercices de rééducation et de renforcement progressifs doivent être continués même si le sport est repris.

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