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BCTQ : deux échelles, et aucun score total

Le questionnaire de Boston en pratique : ses deux échelles ne s'additionnent pas, et son seuil change selon le traitement et le terrain métabolique.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Le questionnaire de Boston ne rend pas un score, il en rend deux, et une analyse de Rasch sur 600 mains établit que ses dix-neuf items ne s'additionnent pas de façon fiable en un construit unique. Son seuil n'est pas unique non plus : il vaut 1,04 après infiltration, 1,45 après chirurgie, et 1,55 chez le patient diabétique. L'outil ci-dessous demande donc le contexte.

BCTQ, lecture des deux échelles

Saisissez la moyenne de chaque échelle, de 1 à 5. L'outil les lit séparément : il n'existe pas de score total valide. Choisissez le contexte, c'est lui qui fixe les seuils. Les dix-neuf items ne sont pas reproduits ici.

moyenne des items, de 1 à 5, 5 étant le pire

moyenne des items, de 1 à 5, 5 étant le pire

facultatif, de 1 à 5

facultatif, de 1 à 5

Saisissez les deux moyennes, entre 1 et 5.

Chez 215 patients, aucune relation significative n'a été retrouvée entre l'électrodiagnostic et ces deux scores, dans les formes légères à modérées. Le détail est plus bas.

Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Le questionnaire lui-même n'est pas reproduit.

Ce que le BCTQ mesure, et pourquoi il n'a pas de total

Le questionnaire de Boston est un auto-questionnaire fait de deux échelles : une échelle de sévérité des symptômes, onze items portant sur la douleur, l'engourdissement et la faiblesse, et une échelle de statut fonctionnel, huit items portant sur des tâches manuelles du quotidien. Chaque question offre cinq réponses de sévérité croissante, cotées de 1 à 5, et le score d'une échelle est la moyenne de ses items. Une sous-échelle se lit donc sur la même étendue que ses items, de 1 à 5, où 5 est le pire.

Le compte des items mérite une note, parce que la littérature ne s'accorde pas. Un résumé isolé annonce neuf tâches pour l'échelle fonctionnelle, ce qui ferait vingt items au total ; l'analyse de Rasch, elle, en dénombre dix-neuf. Le texte intégral d'un essai tranche explicitement : onze items pour les symptômes, huit questions pour la fonction, soit dix-neuf, seul compte compatible. Vérifiez tout de même les lignes de la version que vous avez en main.

Et voici la règle qui commande tout le reste : ces deux échelles ne s'additionnent pas. L'analyse de Rasch, conduite sur 600 mains confirmées par électrodiagnostic, établit que les dix-neuf items ne peuvent pas être combinés de façon fiable en un construit linéaire unique, et conclut qu'un score total du BCTQ n'est pas psychométriquement valide. Les deux se rapportent toujours séparément, et c'est pourquoi l'outil du haut de page en affiche deux.

La même analyse est plus sévère encore avec l'échelle fonctionnelle, qui accumule à elle seule des problèmes d'ajustement, de ciblage, de fonctionnement différentiel des items et de dimensionnalité. Quant à l'échelle des symptômes, une revue méthodique recommande explicitement d'en revoir le contenu, plusieurs travaux y trouvant plus d'un facteur.

Ce que le BCTQ ne dit pas de l'électromyogramme

Voici un résultat qui devrait changer la façon dont un compte rendu articule le questionnaire et l'examen électrophysiologique.

Chez 215 patients, avec et sans ajustement sur l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle, la durée des symptômes, la dépression, la somatisation et le catastrophisme lié à la douleur, aucune relation statistiquement significative n'apparaît entre les données électrodiagnostiques et le statut fonctionnel ou la sévérité symptomatique. Un compte rendu électrophysiologique très altéré ne dit rien du score que remplira le patient assis en face, et un score élevé ne préjuge d'aucune vitesse de conduction.

Ses auteurs en tirent la conclusion opératoire : il faut mesurer les deux, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose.

Une réserve doit accompagner cette citation, et elle est importante. Les formes sévères de syndrome du canal carpien faisaient partie des critères d'exclusion de ce travail. La dissociation est donc démontrée dans les formes légères à modérées, et elle n'a pas été éprouvée au-delà.

Il n'y a pas un seuil unique, il y en a quatre

Il n'existe pas de différence minimale cliniquement importante unique pour cet instrument, et employer la mauvaise revient à changer un succès en échec, ou l'inverse.

Le premier de ces seuils vaut 1,04 point sur l'échelle des symptômes. Il vient de 28 patients seulement, traités par infiltration de corticoïdes et revus à trois semaines. Aucune valeur n'est publiée pour l'échelle fonctionnelle dans ce travail.

Après chirurgie, les exigences montent nettement. À six mois d'une libération du canal carpien, pour se déclarer satisfaits, 87 patients non diabétiques exigeaient 1,45 sur les symptômes et 1,6 sur la fonction. Un même gain de 1,2 point est donc un succès après infiltration et un échec après chirurgie.

Le terrain métabolique déplace encore ces valeurs. Dans la même cohorte, les 27 patients diabétiques exigeaient 1,55 et 2,05, et progressaient globalement moins sur les scores finaux. Ignorer cette ligne, c'est annoncer un échec à un patient qui a fait ce que sa physiologie permettait.

Deux mises en garde complètent le tableau. D'abord, ne pas confondre les deux grandeurs : les estimations groupées d'une revue de 34 articles placent le changement minimal détectable à 0,72 et 0,79, sous la différence minimale importante de 1,05 et 1,13. Un écart peut donc dépasser l'erreur de mesure sans que le patient perçoive quoi que ce soit. Ensuite, et c'est le plus dérangeant : sur 180 opérés, ce sont les changements relatifs, rapportés au score de départ, qui collent le mieux à l'amélioration perçue. Le seuil devrait se calculer individuellement, un patient très symptomatique devant gagner davantage pour sentir la différence. Un seuil unique en points est un raccourci que la littérature contredit, et l'outil de cette page le dit à chaque lecture.

Les seuils publiés, et le contexte de chacun
ContexteSymptômesFonctionEffectif
Après infiltration, à 3 semaines1,04non publié28 patients
Après chirurgie, non diabétiques1,451,687 patients à 6 mois
Après chirurgie, diabétiques1,552,0527 patients à 6 mois
Différence importante, estimation groupée1,051,13revue de 34 articles
Changement détectable, estimation groupée0,720,79la même revue

Aucune version française validée, contre quatorze autres langues

Aucune version française validée du BCTQ n'est indexée dans PubMed. L'absence a été cherchée par sept formulations distinctes, dont deux qui ne rendent rigoureusement aucun résultat. Elle est mesurée, pas supposée.

Quatorze langues, elles, en disposent : roumain, polonais, thaï, serbe, danois, bulgare, arabe, néerlandais, finnois, grec, espagnol, coréen, chinois et portugais. À ne pas compter avec elles : la version turque indexée valide une échelle courte à six items dérivée de l'instrument, et non le BCTQ lui-même.

Le contraste est net avec ce que publient les équipes francophones. Plusieurs travaux français rapportent des scores BCTQ, en rééducation comme en chirurgie percutanée : ils emploient donc une traduction dont les propriétés de mesure n'ont jamais été publiées. Et faute de version validée, aucun intitulé français ne fait autorité pour cet instrument.

Pourquoi cette page n'affiche pas le questionnaire

Aucune permission écrite de reproduction n'a pu être lue pour le BCTQ. Les deux bases qui le distribuent n'ont rien rendu de lisible, et les validations en accès libre consultées ne portent de licence que sur leur propre article, jamais sur l'instrument : aucune ne rapporte avoir demandé ni obtenu de permission des auteurs d'origine. En l'absence de licence établie, cette page décrit, cote et interprète, sans reproduire aucun des dix-neuf items. Il n'existe de toute façon aucune version française validée à reproduire.

Trois pièges de passation

Fabriquer un score total

Les dix-neuf items ne peuvent pas être additionnés de façon fiable en un construit unique, et un score total du BCTQ n'est pas psychométriquement valide. Les deux échelles se rapportent toujours séparément.

Réutiliser le seuil de 1,04 point hors de son contexte

Il vient de 28 patients traités par infiltration et revus à trois semaines. Après chirurgie, il faut 1,45 sur les symptômes et 1,6 sur la fonction chez les non diabétiques, 1,55 et 2,05 chez les diabétiques.

Appliquer le même seuil quel que soit le point de départ

Sur 180 opérés, ce sont les changements relatifs, et non absolus, qui collent à l'amélioration perçue. Un patient très symptomatique doit gagner davantage pour percevoir la différence.

Questions fréquentes

Que mesure le questionnaire de Boston ?

Il cote le syndrome du canal carpien sur deux échelles distinctes, la sévérité des symptômes sur onze items et le statut fonctionnel sur huit, chacune de 1 à 5 où 5 est le pire score.

Existe-t-il un score total du BCTQ ?

Non. Une analyse de Rasch sur 600 mains établit qu'un score total n'est pas psychométriquement valide : les deux échelles se rapportent séparément.

À partir de combien de points un changement compte-t-il ?

Cela dépend du traitement et du terrain. Le seuil vaut 1,04 après infiltration, 1,45 sur les symptômes après chirurgie chez le non diabétique, et 1,55 chez le diabétique.

Le BCTQ reflète-t-il l'électromyogramme ?

Non. Chez 215 patients, aucune relation significative n'a été retrouvée entre l'électrodiagnostic et ces scores, dans les formes légères à modérées. Il faut mesurer les deux.

Existe-t-il une version française du BCTQ ?

Non. Quatorze langues disposent d'une version validée, et le français n'en fait pas partie, alors même que des équipes françaises en publient des scores.

Références

8 sources, PMID compris
  1. Levine DW, Simmons BP, Koris MJ, Daltroy LH, Hohl GG, Fossel AH, Katz JN. A self-administered questionnaire for the assessment of severity of symptoms and functional status in carpal tunnel syndrome. J Bone Joint Surg Am 1993;75(11):1585-92. PMID 8245050. La publication princeps, qui fixe la forme de l'instrument : deux échelles auto-administrées, l'une de sévérité des symptômes et l'autre de statut fonctionnel, cotées chacune de 1 à 5, où 1 est le meilleur score et 5 le pire. Le sens est donc celui d'une gêne, à l'inverse des échelles de fonction du membre inférieur de cette famille.
  2. Jerosch-Herold C, Bland JDP, Horton M. Is it time to revisit the Boston Carpal Tunnel Questionnaire? New insights from a Rasch model analysis. Muscle Nerve 2021;63(4):484-9. PMID 33455019. L'analyse de Rasch sur 600 mains confirmées par électrodiagnostic, et le résultat qui commande toute la lecture de cet instrument : ses 19 items ne peuvent pas être additionnés de façon fiable en un construit linéaire unique. Un score total du BCTQ n'est pas psychométriquement valide. L'échelle fonctionnelle y accumule à elle seule des problèmes d'ajustement, de ciblage, de fonctionnement différentiel des items et de dimensionnalité.
  3. Ozer K, Malay S, Toker S, Chung KC. Minimal clinically important difference of carpal tunnel release in diabetic and nondiabetic patients. Plast Reconstr Surg 2013;131(6):1279-85. PMID 23416439. Les seuils postopératoires, et la démonstration que le terrain métabolique les déplace. À six mois d'une libération du canal carpien, pour se déclarer satisfaits, les 87 patients non diabétiques exigeaient 1,45 sur les symptômes et 1,6 sur la fonction, quand les 27 diabétiques exigeaient 1,55 et 2,05. Les diabétiques progressaient aussi globalement moins sur les scores finaux.
  4. Ozyürekoğlu T, McCabe SJ, Goldsmith LJ, LaJoie AS. The minimal clinically important difference of the Carpal Tunnel Syndrome Symptom Severity Scale. J Hand Surg Am 2006;31(5):733-8; discussion 739-40. PMID 16713833. Le seuil de 1,04 point sur l'échelle des symptômes, et le contexte qui va avec : 28 patients seulement, traités par infiltration de corticoïdes dans le canal carpien et revus à trois semaines. Ce seuil n'a pas été établi après chirurgie, et il n'existe pas de valeur correspondante pour l'échelle fonctionnelle dans ce travail.
  5. Mehta SP, Weinstock-Zlotnick G, Akland KL, Hanna MM, Workman KJ. Using Carpal Tunnel Questionnaire in clinical practice: A systematic review of its measurement properties. J Hand Ther 2020;33(4):493-506. PMID 32151499. La revue méthodique de 34 articles, qui donne les estimations groupées et la distinction que la pratique escamote. Le changement minimal détectable vaut 0,72 pour les symptômes et 0,79 pour la fonction ; la différence minimale importante vaut 1,05 et 1,13. Un écart peut donc dépasser l'erreur de mesure sans que le patient perçoive quoi que ce soit. La même revue recommande de revoir le contenu de l'échelle des symptômes, plusieurs travaux y trouvant plus d'un facteur.
  6. De Kleermaeker FGCM, Boogaarts HD, Meulstee J, Verhagen WIM. Minimal clinically important difference for the Boston Carpal Tunnel Questionnaire: new insights and review of literature. J Hand Surg Eur Vol 2019;44(3):283-9. PMID 30463474. Le travail qui déplace la question du seuil. Sur 180 opérés revus environ huit mois après la libération, ce sont les changements relatifs, rapportés au score de départ, et non les changements absolus, qui collent le mieux à l'amélioration perçue. Ses auteurs concluent que le seuil doit se calculer individuellement depuis le score initial, les patients les plus symptomatiques devant gagner davantage pour percevoir une différence. Leur résumé ne publie pas de valeur numérique, et cette page ne lui en attribue aucune.
  7. Chan L, Turner JA, Comstock BA, Levenson LM, Hollingworth W, Heagerty PJ, Kliot M, Jarvik JG. The relationship between electrodiagnostic findings and patient symptoms and function in carpal tunnel syndrome. Arch Phys Med Rehabil 2007;88(1):19-24. PMID 17207670. Ce que le questionnaire ne dit pas de l'électromyogramme, et réciproquement. Chez 215 patients, avec et sans ajustement sur l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle, la durée des symptômes, la dépression, la somatisation et le catastrophisme, aucune relation statistiquement significative n'apparaît entre les données électrodiagnostiques et le statut fonctionnel ou la sévérité symptomatique. Une réserve doit accompagner cette citation : les formes sévères étaient exclues, la dissociation n'est donc démontrée que dans les formes légères à modérées.
  8. Oh WT, Kang HJ, Koh IH, Jang JY, Choi YR. Morphologic change of nerve and symptom relief are similar after mini-incision and endoscopic carpal tunnel release: a randomized trial. BMC Musculoskelet Disord 2017;18(1):65. PMID 28158978. La référence qui tranche le compte des items, et sa présence ici mérite une explication. Un résumé isolé annonce neuf tâches pour l'échelle fonctionnelle, ce qui donnerait vingt items au total ; l'analyse de Rasch en dénombre dix-neuf. Le texte intégral de cet essai écrit explicitement onze items pour l'échelle des symptômes et huit questions pour l'échelle fonctionnelle, soit dix-neuf. Il précise aussi que chaque question offre cinq réponses cotées de 1 à 5 et que le score de chaque échelle est la moyenne de ses items, ce qui explique qu'une sous-échelle se lise sur la même étendue que ses items.
Anthony Baillon Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le questionnaire, lui, est de Levine et coll. en 1993 : cette page le documente et l'interprète, elle n'en reproduit aucun item.

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