Le CSI, pour Central Sensitization Inventory, compte 25 items pour un score sur 100 et un seuil de repérage à 40. Ce qu'il mesure exactement fait débat, et ce débat change la façon de s'en servir. L'interpréteur est juste en dessous.
Le seuil de 40 vient d'une seule étude, sur 121 patients et 129 non-patients, et il a été construit pour repérer, pas pour mesurer un mécanisme. Le détail est plus bas.
Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Le questionnaire lui-même n'est pas reproduit.
Ce que le CSI mesure
Le CSI a été publié en 2012 pour repérer les patients porteurs de ce que ses auteurs appellent un syndrome de sensibilité centrale : la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, le syndrome de l'intestin irritable et quelques autres tableaux sans cause organique identifiée.
Il compte 25 items et rend un score sur 100. Ses qualités de mesure sont bonnes dès la publication d'origine : fidélité test-retest à 0,82 et cohérence interne à 0,88. La forme courte publiée en 2026, sur 7 862 participants de 23 pays, ramène l'instrument à sept items sans perdre grand-chose, avec une cohérence interne de 0,85.
Un détail de cette publication d'origine mérite d'être retenu, parce qu'il annonce tout le reste. L'analyse factorielle en tire quatre facteurs, et ses auteurs les décrivent tous comme somatiques et émotionnels. Le contenu du questionnaire est fait de symptômes rapportés : fatigue, sommeil, tension, troubles digestifs, sensibilité aux odeurs et à la lumière.
Le seuil de 40, et ce qu’il sépare
Le seuil de 40 sur 100 vient d'une seule étude, publiée en 2013 sur 121 patients d'un centre de la douleur et 129 sujets non patients.
Ses performances y sont honorables : aire sous la courbe 0,86, sensibilité 81 %, spécificité 75 %. Autrement dit, sur quatre patients porteurs d'un syndrome de sensibilité centrale, le seuil en repère trois ; sur quatre sujets qui n'en ont pas, il en classe correctement trois.
Le mot que ses auteurs emploient est repérage, pas diagnostic. Un score au-dessus de 40 signale qu'il vaut la peine de chercher ; il n'établit rien à lui seul. La revue multipays de 2020, sur 2 620 sujets de huit pays, propose d'ailleurs de raisonner en trois niveaux de sévérité plutôt qu'en franchissement d'un seuil unique.
Symptômes ou mécanisme : la littérature est partagée
C'est le point qui décide de l'usage du CSI, et la littérature n'y répond pas d'une seule voix.
D'un côté, la méta-analyse de 2024, sur 33 études, 3 314 sujets et 154 tailles d'effet, trouve des corrélations significatives entre le CSI et les cinq modalités de tests sensoriels quantitatifs examinées. Les plus fortes concernent les seuils de douleur, en particulier le seuil de pression, où la moitié des tailles d'effet sont moyennes à grandes.
De l'autre, l'étude de 2025 menée chez 77 patients en dysfonction temporo-mandibulaire douloureuse et 101 témoins ne retrouve aucune corrélation avec la sommation temporelle ni avec la modulation conditionnée de la douleur, alors que l'anxiété, la dépression, la dramatisation et le sommeil expliquent à eux seuls 68,9 % de la variation des scores. Ses auteurs appellent à la prudence dans cette population. La lecture raisonnable est donc celle-ci : le CSI décrit un vécu symptomatique qui accompagne souvent la sensibilisation sans s'y réduire, et un score élevé se lit avec le contexte psychosocial, jamais contre lui.
| Ce qui est mesuré | Valeur | Effectif |
|---|---|---|
| Seuil de repérage | 40 / 100 | 121 patients, 129 non-patients |
| Sensibilité de ce seuil | 81 % | mêmes groupes |
| Spécificité de ce seuil | 75 % | mêmes groupes |
| Aire sous la courbe | 0,86 | mêmes groupes |
| Fidélité test-retest | 0,82 | publication princeps |
| Cohérence interne, 25 items | 0,88 à 0,93 | princeps, puis 23 pays |
| Cohérence interne, forme courte | 0,85 | 7 862 participants |
| Variance expliquée par le psychosocial | 68,9 % | 178 sujets, dysfonction temporo-mandibulaire |
Pas de version française validée
C'est une limite pratique, et elle est nette.
Le CSI a été traduit et validé en allemand, en finnois, en italien, en persan, en coréen, en chinois, en arabe, en polonais, en turc, en russe et en népalais. Aucune version française validée n'est indexée dans PubMed au 31 août 2026, ni sous ce nom, ni sous une périphrase française, ni par une équipe d'un pays francophone.
Ce que cela implique en cabinet : les traductions françaises qui circulent n'ont pas fait la preuve qu'elles conservent les propriétés de mesure citées plus haut, et le seuil de 40 n'a pas été éprouvé sur elles. Utiliser le CSI en français reste possible pour ouvrir une conversation ; en tirer un chiffre à reporter au dossier demande de le dire.
Ce que cette page ne fait pas
Elle ne reproduit pas les 25 items, ni ceux de la forme courte. Elle ne propose pas non plus de traduction française : il n'en existe aucune de validée et indexée, et en fabriquer une reviendrait à mettre en circulation un questionnaire dont les propriétés de mesure ne seraient pas établies. L'outil du haut de page lit un score obtenu par ailleurs, et rappelle d'où vient le seuil qui sert à le situer.
Trois pièges de passation
Lire un score au-dessus de 40 comme un diagnostic
Le seuil a été construit pour repérer, avec 75 % de spécificité. Un sujet sur quatre sans syndrome de sensibilité centrale le dépasse quand même : le score ouvre une question, il ne la referme pas.
Le présenter au patient comme une mesure du système nerveux
Les items portent sur la fatigue, le sommeil, la digestion, la sensibilité aux odeurs. Annoncer que le chiffre mesure l'état d'un système nerveux central va au-delà de ce que le contenu du questionnaire autorise, et ce que le patient en retient peut être lourd.
Suivre un score sans regarder ce qui bouge à côté
Deux tiers de la variation des scores s'expliquent, dans au moins une population, par l'anxiété, la dépression, la dramatisation et le sommeil. Un CSI qui baisse en même temps qu'un sommeil qui s'améliore ne prouve rien de plus que cela.
Questions fréquentes
Que veut dire CSI ?
CSI est le sigle de Central Sensitization Inventory. Le questionnaire a été publié en 2012 par Mayer et coll. pour repérer les syndromes de sensibilité centrale, dont la fibromyalgie.
Comment se cote le CSI ?
Il compte 25 items cotés chacun de 0 à 4, pour un score total sur 100. Une forme courte à sept items, publiée en 2026, en constitue une alternative validée sur 23 pays.
Que signifie un score au-dessus de 40 ?
Quarante sur cent est le seuil de repérage, établi avec une sensibilité de 81 % et une spécificité de 75 %. Il signale qu'il vaut la peine de chercher un syndrome de sensibilité centrale, il ne l'établit pas.
Le CSI mesure-t-il la sensibilisation centrale ?
La question est ouverte. Une méta-analyse de 2024 trouve des corrélations avec les cinq modalités de tests sensoriels quantitatifs ; une étude de 2025 en dysfonction temporo-mandibulaire n'en trouve aucune avec deux d'entre elles et explique 68,9 % de la variance par des facteurs psychosociaux.
Existe-t-il une version française validée ?
Non, aucune n'est indexée dans PubMed à ce jour, alors qu'une dizaine d'autres langues en ont une. Les traductions qui circulent n'ont pas fait la preuve qu'elles conservent les propriétés de l'original.
Références
6 sources, PMID compris
- Mayer TG, Neblett R, Cohen H, Howard KJ, Choi YH, Williams MJ, Perez Y, Gatchel RJ. The development and psychometric validation of the central sensitization inventory. Pain Pract 2012;12(4):276-85. PMID 21951710. La publication princeps. Fidélité test-retest 0,82 et cohérence interne 0,88. L'analyse factorielle en tire quatre facteurs, tous rapportés comme somatiques et émotionnels, qui expliquent 53,4 % de la variance. Les patients fibromyalgiques obtiennent les scores les plus hauts, la population témoin les plus bas.
- Neblett R, Cohen H, Choi Y, Hartzell MM, Williams M, Mayer TG, Gatchel RJ. The Central Sensitization Inventory (CSI): establishing clinically significant values for identifying central sensitivity syndromes in an outpatient chronic pain sample. J Pain 2013;14(5):438-45. PMID 23490634. L'étude qui pose le seuil, sur 121 patients d'un centre de la douleur et 129 sujets non patients. Un score de 40 sur 100 sépare le mieux les deux groupes : aire sous la courbe 0,86, sensibilité 81 %, spécificité 75 %. Les auteurs présentent l'outil comme un instrument de repérage.
- Cuesta-Vargas AI, Neblett R, Nijs J, Chiarotto A, Kregel J, van Wilgen CP, Pitance L, et coll. Establishing Central Sensitization-Related Symptom Severity Subgroups: A Multicountry Study Using the Central Sensitization Inventory. Pain Med 2020;21(10):2430-40. PMID 33118603. 2 620 sujets de huit pays, patients douloureux chroniques et sujets sains, répartis en deux échantillons pour validation croisée. Classification ascendante hiérarchique puis analyse en profils latents rendent la même réponse : trois niveaux de sévérité, bas, moyen et haut.
- Neblett R, Sanabria-Mazo JP, Luciano JV, Mirčić M, Čolović P, Bojanić M, Jeremić-Knežević M, Aleksandrić T, Knežević A. Is the Central Sensitization Inventory (CSI) associated with quantitative sensory testing (QST)? A systematic review and meta-analysis. Neurosci Biobehav Rev 2024;161:105612. PMID 38604015. 39 études recensées, 33 méta-analysées, 3 314 sujets et 154 tailles d'effet, sur cinq modalités de tests sensoriels quantitatifs. Des corrélations significatives ressortent pour les cinq, les plus fortes avec les seuils de douleur, en particulier le seuil de pression, où 51 % des tailles d'effet sont moyennes à grandes.
- Salbego RS, Conti PCR, Soares FFC, Ferreira DMAO, Herreira-Ferreira M, de Lima-Netto BA, Costa YM, Bonjardim LR. Central sensitization inventory is associated with psychological functioning but not with psychophysical assessment of pain amplification. Eur J Pain 2025;29(2):e4713. PMID 39120067. 77 patients en dysfonction temporo-mandibulaire douloureuse et 101 témoins. Le CSI y corrèle avec l'anxiété, la dépression, la dramatisation, le sommeil et le stress, qui expliquent 68,9 % de la variation de ses scores. Il ne corrèle ni avec la sommation temporelle ni avec la modulation conditionnée de la douleur.
- Neblett R, Navarrete J, Knezevic A, Madi M, Caumo W, et coll. Development of a Central Sensitization Inventory short form using data from twenty-three countries. J Pain 2026;43:106256. PMID 41796622. 7 862 participants de 23 pays. Une analyse de Rasch en plusieurs étapes réduit les 25 items à sept, avec une cohérence interne de 0,85 contre 0,93 pour la version longue. Le CSI-7 distingue la fibromyalgie des témoins sains avec une aire sous la courbe de 0,98.
Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le questionnaire, lui, est de Mayer et coll. en 2012 : cette page le documente et l'interprète, elle n'en reproduit aucun item.
