La classification de Kellgren et Lawrence gradue l'arthrose sur une radiographie, de 0 à 4, à partir de l'ostéophyte, du pincement de l'interligne et de la sclérose de l'os sous-chondral. Publiée en 1957, elle sert au genou comme à la hanche ; mais son grade 2, celui qui définit le plus souvent l'arthrose radiographique en recherche, circule sous trois définitions. Le lecteur est juste en dessous.
Le grade 2, seuil habituel de l'arthrose radiographique, circule sous trois définitions ; l'accord entre lecteurs va de 0,085 à 0,72 au genou selon l'étude. Le détail est plus bas.
Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. La publication de 1957 n'ayant pas de résumé indexé, les définitions des grades sont lues dans les articles qui les reprennent.
Ce que la classification de Kellgren et Lawrence mesure
La classification de Kellgren et Lawrence ne se remplit pas par le patient : un lecteur, radiologue ou clinicien, l'applique à une radiographie standard. Elle range l'arthrose en cinq grades, de 0 à 4, selon quatre signes : l'ostéophyte, le pincement de l'interligne, la sclérose de l'os sous-chondral et la déformation des extrémités osseuses.
Kellgren et Lawrence l'ont publiée en 1957, puis Kellgren l'a complétée en 1963 par un atlas de radiographies de référence. La publication d'origine n'a pas de résumé indexé : ses définitions ne se lisent aujourd'hui qu'à travers les articles qui la citent. D'après l'un d'eux, le système de 1957 couvrait déjà plusieurs articulations, dont la main, la hanche et le poignet, avec une nuance propre au genou.
Aucune version française n'est nécessaire, et aucune n'existe : la cotation se fait sur l'image, avec le vocabulaire radiologique ordinaire. La littérature francophone reprend le nom des auteurs ou le sigle K-L.
Les cinq grades, et un grade 2 à trois définitions
La formulation la plus reprise vient d'un article clinique de 2020 ; pour les grades 2 et 3, elle se retrouve mot pour mot dans un tableau qu'un article de 2012 attribue à l'atlas de 1963.
- Grade 0 : aucun signe d'arthrose.
- Grade 1 : petit ostéophyte, de signification douteuse.
- Grade 2 : ostéophyte certain, interligne non altéré.
- Grade 3 : ostéophyte certain, diminution modérée de l'interligne.
- Grade 4 : ostéophyte certain, réduction importante de l'interligne et sclérose de l'os sous-chondral.
Le grade 2 est celui qui compte : c'est à partir de lui que la recherche parle le plus souvent d'arthrose radiographique. Or il circule sous trois définitions. Une recherche systématique de 2008 attribue au texte de 1957 « ostéophytes certains et pincement possible », l'inverse d'un interligne non altéré ; une troisième version se contente d'ostéophytes minimes, avec pincement possible, kystes et sclérose. La même recherche a relevé cinq descriptions des cinq grades parmi les cohortes qui se réclament de la classification d'origine, certaines changeant de description en cours de suivi.
Le grade 1, dit douteux, ne l'est pas tant : chez des femmes suivies dix ans, 62 % des ostéophytes de grade 1 ont évolué vers une arthrose franche, contre 22 % des genoux sans aucun signe au départ.
Une fiabilité qui dépend du lecteur
Il n'y a pas un kappa de la classification, il y en a une fourchette. Sur 24 études et 10 394 radiographies de genou, l'accord entre lecteurs est en moyenne de 0,72. Mais dans la plus grande cohorte publiée, 15 159 radiographies de genou, l'accord des radiologues avec un consensus d'experts tombe à 0,085 à 0,172, celui des chirurgiens orthopédistes à 0,18 à 0,307.
Regrouper les grades aide, mais pas tout le monde : en deux classes, précoce jusqu'au grade 2 et avancée à partir du grade 3, l'accord des chirurgiens monte à 0,637 à 0,692, celui des radiologues ne bouge pas. Sur 140 patients, aucune des quatre échelles du genou comparées, celle-ci comprise, n'atteint le seuil conventionnel de 0,80. L'expérience du lecteur, un atlas de référence et des incidences standardisées améliorent l'accord.
La largeur de l'interligne fait mieux. Au genou, traitée en catégories, elle atteint un kappa de 0,86 contre 0,56 pour la classification ; à la hanche, 0,71 contre 0,44. L'atlas OARSI, lui, cote chaque signe séparément, de 0 à 3, au lieu d'un grade global par cliché.
| Articulation | Étude | Kappa |
|---|---|---|
| Genou | 24 études, 10 394 clichés | 0,72 en moyenne |
| Genou | 15 159 clichés, radiologues contre experts | 0,085 à 0,172 |
| Genou | même cohorte, chirurgiens contre experts | 0,18 à 0,307 |
| Genou | 140 patients, deux lecteurs | 0,458 et 0,499 |
| Genou | 280 patients, six lecteurs | 0,598 |
| Hanche | 296 patients, six lecteurs | 0,552 |
| Hanche | 61 hanches dysplasiques, deux lecteurs | 0,55 |
| Hanche | 50 sujets, groupe OARSI-OMERACT | 0,44 |
Ce que le grade ne dit pas
Il ne dit pas si le patient a mal, et la littérature ne s'accorde pas sur ce qu'il en dit. Une revue systématique trouve de 15 à 76 % d'arthrose radiographique chez les personnes qui ont mal au genou, et de 15 à 81 % de douleur chez celles qui ont une arthrose radiographique. Une cohorte de 745 adultes mesurés au WOMAC montre au contraire une association nette et croissante avec la sévérité des symptômes, jusqu'à un odds ratio de 3,7 pour la douleur.
Il ne fixe pas à lui seul la définition de l'arthrose. Un consortium de 28 études recense cinq définitions de l'arthrose radiographique au genou, quatre à la hanche et sept à la main. Au seuil du grade 1, les descriptions alternatives des grades classent davantage de personnes comme arthrosiques ; aux seuils 2 et 3, elles concordent bien.
Il suit mal l'évolution. Sur 30 mois au genou, en semi-flexion, sa réponse au changement est de 0,22, contre 0,49 pour la largeur de l'interligne ; à la hanche, sur 24 mois, 0,28 contre 0,77.
Deux définitions voisines, deux conclusions opposées
Sur une même cohorte de Rotterdam, l'arthrose de hanche définie par au moins un pincement certain et un ostéophyte certain n'est pas associée au sexe (p = 0,22) ; définie par au moins un ostéophyte certain, elle l'est de façon hautement significative (p = 3 × 10-9). Le choix des critères au seuil ne change pas seulement la précision d'un résultat : il peut en renverser la conclusion.
Trois pièges de lecture
Tenir le grade 1 pour du bruit
Un ostéophyte douteux reste un signe : 62 % évoluent vers une arthrose franche en dix ans, contre 22 % sans aucun signe au départ. Il se note, et il se revoit.
Citer un kappa comme s'il était le kappa
De 0,085 à 0,72 au genou selon l'étude et le type de lecteur : un seul chiffre de fiabilité ne décrit pas cette classification. Le citer sans dire qui lisait, et avec quel atlas, ne renseigne pas sur l'accord qu'on obtiendra soi-même.
Comparer deux clichés lus avec deux descriptions
Des cohortes ont changé de description des grades en cours de suivi. Deux grades 2 lus à des années d'écart, ou dans deux services, ne recouvrent pas forcément les mêmes signes : la description utilisée se note au dossier.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la classification de Kellgren et Lawrence ?
Une classification radiographique de l'arthrose en cinq grades, de 0 à 4, publiée en 1957. Un lecteur l'applique à une radiographie standard en regardant l'ostéophyte, le pincement de l'interligne et la sclérose de l'os sous-chondral.
Quels sont les grades de Kellgren et Lawrence ?
Dans la formulation la plus reprise : grade 0, aucun signe ; grade 1, petit ostéophyte de signification douteuse ; grade 2, ostéophyte certain, interligne non altéré ; grade 3, ostéophyte certain et diminution modérée de l'interligne ; grade 4, réduction importante de l'interligne et sclérose de l'os sous-chondral.
À partir de quel grade parle-t-on d'arthrose ?
Le seuil le plus utilisé en recherche est le grade 2, l'ostéophyte certain. Il n'est pas universel : les cohortes emploient cinq définitions de l'arthrose radiographique au genou et quatre à la hanche.
La classification s'applique-t-elle à la hanche ?
Oui. Elle y sert en recherche avec la classification de Tönnis, et l'accord entre lecteurs y est modéré, avec des kappas de 0,44 à 0,55 selon les études.
Le grade de Kellgren et Lawrence dit-il si le patient a mal ?
Pas de façon fiable pour un patient donné. Une revue trouve des proportions croisées de 15 à 81 % entre douleur et arthrose radiographique, même si une cohorte mesurée au WOMAC montre une association nette avec la sévérité des symptômes.
Références
19 sources, PMID compris
- Kellgren JH, Lawrence JS. Radiological assessment of osteo-arthrosis. Ann Rheum Dis 1957;16(4):494-502. PMID 13498604. La publication d'origine des cinq grades. Aucun résumé n'est indexé : ses définitions ne se lisent aujourd'hui qu'à travers les articles qui les citent.
- Schiphof D, Boers M, Bierma-Zeinstra SM. Differences in descriptions of Kellgren and Lawrence grades of knee osteoarthritis. Ann Rheum Dis 2008;67(7):1034-6. PMID 18198197. Une recherche systématique de 1966 à 2006 : cinq descriptions des grades circulent parmi les cohortes qui se réclament de la classification d'origine. Pour le grade 2, trois formulations qui ne se superposent pas, dont celle attribuée au texte de 1957 : ostéophytes certains et pincement possible.
- Schiphof D, de Klerk BM, Kerkhof HJ, Hofman A, Koes BW, Boers M, Bierma-Zeinstra SM. Impact of different descriptions of the Kellgren and Lawrence classification criteria on the diagnosis of knee osteoarthritis. Ann Rheum Dis 2011;70(8):1422-7. PMID 21555325. L'impact de ces descriptions sur 3 071 personnes de la Rotterdam Study. Au seuil du grade 1, les quatre variantes classent davantage de personnes comme arthrosiques ; aux seuils 2 et 3, elles concordent bien.
- Hart DJ, Spector TD. Kellgren & Lawrence grade 1 osteophytes in the knee--doubtful or definite? Osteoarthritis Cartilage 2003;11(2):149-50. PMID 12554131. Le grade 1 « douteux » suivi dix ans chez des femmes : 62 % évoluent vers une arthrose franche, contre 22 % des genoux sans aucun signe au départ.
- Kerkhof HJ, Meulenbelt I, Akune T, Arden NK, Aromaa A, Bierma-Zeinstra SM, Carr A, Cooper C, Dai J, Doherty M, Doherty SA, Felson D, Gonzalez A, Gordon A, Harilainen A, Hart DJ, Hauksson VB, Heliovaara M, Hofman A, Ikegawa S, Ingvarsson T, Jiang Q, Jonsson H, Jonsdottir I, Kawaguchi H, Kloppenburg M, Kujala UM, Lane NE, Leino-Arjas P, Lohmander LS, Luyten FP, Malizos KN, Nakajima M, Nevitt MC, Pols HA, Rivadeneira F, Shi D, Slagboom E, Spector TD, Stefansson K, Sudo A, Tamm A, Tamm AE, Tsezou A, Uchida A, Uitterlinden AG, Wilkinson JM, Yoshimura N, Valdes AM, van Meurs JB. Recommendations for standardization and phenotype definitions in genetic studies of osteoarthritis: the TREAT-OA consortium. Osteoarthritis Cartilage 2011;19(3):254-64. PMID 21059398. Le consortium TREAT-OA, 28 études : cinq définitions de l'arthrose radiographique au genou, quatre à la hanche, sept à la main. Sur une même cohorte, deux définitions voisines de l'arthrose de hanche donnent p = 0,22 et p = 3 × 10-9 pour l'association au sexe.
- Eijking HM, Voskuilen R, Tilman P, Schotanus MGM, Jong B, Boonen B, Most J. Reliability of radiographic knee and hip osteoarthritis classification between radiologists and orthopaedic surgeons. J Orthop Surg Res 2026;21(1). PMID 41652609. La fiabilité mesurée au genou et à la hanche dans la même étude, 576 patients et six lecteurs : kappa de 0,598 au genou et de 0,552 à la hanche.
- Beyaz S, Yayli SB, Kılıç K. From variability to consistency: building a Kellgren-Lawrence gonarthrosis dataset. J Orthop Surg Res 2025;20(1):922. PMID 41137119. La plus grande cohorte, 15 159 radiographies de genou dans cinq centres. Accord avec un consensus d'experts : 0,085 à 0,172 pour les radiologues, 0,18 à 0,307 pour les chirurgiens ; en deux classes, 0,637 à 0,692 pour les chirurgiens, sans gain pour les radiologues.
- Köse Ö, Acar B, Çay F, Yilmaz B, Güler F, Yüksel HY. Inter- and Intraobserver Reliabilities of Four Different Radiographic Grading Scales of Osteoarthritis of the Knee Joint. J Knee Surg 2018;31(3):247-53. PMID 28460407. Quatre échelles du genou comparées sur 140 patients : accord entre lecteurs de 0,499 et 0,458 pour celle-ci, et aucune des quatre n'atteint le seuil conventionnel de 0,80.
- Gossec L, Jordan JM, Mazzuca SA, Lam MA, Suarez-Almazor ME, Renner JB, Lopez-Olivo MA, Hawker G, Dougados M, Maillefert JF. Comparative evaluation of three semi-quantitative radiographic grading techniques for knee osteoarthritis in terms of validity and reproducibility in 1759 X-rays: report of the OARSI-OMERACT task force. Osteoarthritis Cartilage 2008;16(7):742-8. PMID 18417373. Le groupe OARSI-OMERACT au genou : kappa de 0,86 pour la largeur de l'interligne en catégories, contre 0,56 pour cette classification. Réponse au changement en semi-flexion sur 30 mois : 0,49 contre 0,22.
- Gossec L, Jordan JM, Lam MA, Fang F, Renner JB, Davis A, Hawker GA, Dougados M, Maillefert JF. Comparative evaluation of three semi-quantitative radiographic grading techniques for hip osteoarthritis in terms of validity and reproducibility in 1404 radiographs: report of the OARSI-OMERACT Task Force. Osteoarthritis Cartilage 2009;17(2):182-7. PMID 18691910. Le même groupe à la hanche : kappa de 0,71 pour la largeur de l'interligne, contre 0,44 pour cette classification ; réponse au changement de 0,77 contre 0,28.
- Khela MS, Lee T, Mulford KL, Yang L, Brkljac M, Crossman D, Taunton MJ, Wyles CC. Minimum joint space width demonstrates higher inter-and intra-observer reliability than Kellgren-Lawrence grading in knee osteoarthritis. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2026. PMID 41979362. Revue systématique de 24 études et 10 394 radiographies de genou : kappa moyen de 0,72 entre lecteurs, contre un ICC de 0,82 pour la largeur minimale de l'interligne. L'expérience du lecteur, un atlas et des incidences standardisées améliorent l'accord.
- Terjesen T, Gunderson RB. Radiographic evaluation of osteoarthritis of the hip: an inter-observer study of 61 hips treated for late-detected developmental hip dislocation. Acta Orthop 2012;83(2):185-9. PMID 22329668. 61 hanches dysplasiques, deux lecteurs : kappa de 0,55 pour cette classification, contre 0,87 pour une largeur minimale de l'interligne inférieure à 2 mm. L'accord augmente quand on passe de cinq à trois catégories.
- Bedson J, Croft PR. The discordance between clinical and radiographic knee osteoarthritis: a systematic search and summary of the literature. BMC Musculoskelet Disord 2008;9:116. PMID 18764949. La revue de la discordance radio-clinique au genou : de 15 à 76 % d'arthrose radiographique chez les personnes douloureuses, de 15 à 81 % de douleur chez les personnes arthrosiques à la radiographie.
- Duncan R, Peat G, Thomas E, Hay E, McCall I, Croft P. Symptoms and radiographic osteoarthritis: not as discordant as they are made out to be? Ann Rheum Dis 2007;66(1):86-91. PMID 16877532. La nuance : sur 745 adultes de 50 ans ou plus mesurés au WOMAC, l'arthrose radiographique suit la sévérité des symptômes, avec un odds ratio de 3,7 entre les catégories extrêmes de douleur.
- Spector TD, Hart DJ, Byrne J, Harris PA, Dacre JE, Doyle DV. Definition of osteoarthritis of the knee for epidemiological studies. Ann Rheum Dis 1993;52(11):790-4. PMID 8250610. 1 954 genoux de 977 femmes : la présence d'un ostéophyte certain, lue avec un atlas, est la meilleure définition épidémiologique de l'arthrose du genou chez la femme.
- Kim DH, Lee GC, Kim HH, Cha DH. Correlation between meniscal extrusion and symptom duration, alignment, and arthritic changes in medial meniscus posterior root tear: research article. Knee Surg Relat Res 2020;32(1):2. PMID 32660567. La source de la formulation des cinq grades retenue ici, lue dans le texte intégral en accès libre : la plus complète des sources relues.
- Moon KH. New view on the initial development site and radiographic classification system of osteoarthritis of the knee based on radiographic analysis. Int J Biomed Sci 2012;8(4):233-43. PMID 23675278. Un tableau attribué à l'atlas de 1963, qui concorde mot pour mot avec la formulation retenue pour les grades 2 et 3. Son chiffre de 92 % d'arthroses précoces manquées vient d'une étude isolée, sur un marqueur propre à l'auteur.
- Altman RD, Gold GE. Atlas of individual radiographic features in osteoarthritis, revised. Osteoarthritis Cartilage 2007;15 Suppl A:A1-56. PMID 17320422. L'atlas OARSI révisé : il cote chaque signe séparément, de 0 à 3, au lieu d'un grade global par cliché.
- Huang BK, Tan W, Scherer KF, Rennie W, Chung CB, Bancroft LW. Standard and Advanced Imaging of Hip Osteoarthritis. What the Radiologist Should Know. Semin Musculoskelet Radiol 2019;23(3):289-303. PMID 31163503. À la hanche, cette classification et celle de Tönnis sont les deux systèmes radiographiques employés surtout en recherche.
Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. La classification, elle, est de Kellgren et Lawrence, en 1957 : c'est une classification publiée, et cette page l'énonce en entier.
