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Critères de Budapest : diagnostiquer le SDRC en quatre conditions

Les critères de Budapest du SDRC en entier : les quatre conditions, les jeux clinique et de recherche, leur précision et un vérificateur en ligne.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Les critères de Budapest posent le diagnostic de syndrome douloureux régional complexe (SDRC, ou algodystrophie) sur quatre conditions : une douleur continue et disproportionnée, des symptômes rapportés, des signes constatés à l'examen, et aucun autre diagnostic qui explique mieux le tableau. Sur leur échantillon de validation, le jeu clinique garde une sensibilité de 0,99 et fait passer la spécificité de 0,41, celle des critères de 1994, à 0,68. Le vérificateur est juste en dessous.

Critères de Budapest, vérification

Choisissez le jeu de critères, puis cochez ce que le patient rapporte et ce que l'examen retrouve, catégorie par catégorie. Un signe constaté ne remplace pas le symptôme : les deux colonnes se remplissent séparément.

Condition d'entrée (A)

Sensorielle

Vasomotrice

Sudomotrice et œdème

Motrice et trophique

Diagnostic d'exclusion (D)

Cochez ce que le patient rapporte et ce que l'examen retrouve.

Le jeu clinique a une sensibilité de 0,99 et une spécificité de 0,68 ; le jeu de recherche, 0,78 et 0,79. Il gagne peu en spécificité et perd beaucoup en sensibilité. Le détail est plus bas.

Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. L'énoncé des critères suit l'annexe de la publication de validation de 2010 et le tableau du consensus de Valence de 2021, reformulés.

Ce que les critères de Budapest décident

Les critères de Budapest répondent à une seule question : ce tableau est-il un syndrome douloureux régional complexe ? Ils rendent une décision, oui ou non, et non un score. Proposés par un groupe de consensus international réuni à Budapest, ils ont été validés par Harden et coll. en 2010 sur 113 patients atteints d'un SDRC de type I et 47 patients souffrant d'une douleur neuropathique d'une autre origine, dans sept centres.

Ils remplacent les critères de l'IASP de 1994, qui avaient réuni sous le nom de SDRC la dystrophie sympathique réflexe, devenue le type I, sans lésion nerveuse identifiable, et la causalgie, devenue le type II, avec une lésion nerveuse définie. Ces critères de 1994 venaient d'un consensus, pas d'une validation, et ils surdiagnostiquaient : sur l'échantillon de 2010, leur spécificité n'est que de 0,41.

Leur découpage en quatre catégories vient des données. Une analyse statistique de 1999, sur 123 patients, avait séparé un facteur vasomoteur d'un facteur sudomoteur et œdème, que les critères de 1994 confondaient, et isolé un facteur moteur et trophique qu'ils ignoraient.

L'énoncé des quatre conditions

Les quatre conditions sont toutes requises. A : une douleur continue, disproportionnée par rapport à l'événement déclencheur. B : au moins un symptôme rapporté par le patient dans au moins trois des quatre catégories. C : au moins un signe constaté par l'examinateur, au moment de l'évaluation, dans au moins deux catégories. D : aucun autre diagnostic n'explique mieux les signes et les symptômes.

  • Sensorielle : hyperesthésie ou allodynie rapportée ; à l'examen, hyperalgésie à la piqûre, ou allodynie au tact léger, à la pression somatique profonde ou au mouvement articulaire.
  • Vasomotrice : asymétrie de température, changement ou asymétrie de couleur de la peau, rapportés ou constatés.
  • Sudomotrice et œdème : œdème, changement ou asymétrie de la sudation, rapportés ou constatés.
  • Motrice et trophique : amplitude articulaire diminuée, trouble moteur (faiblesse, tremblement, dystonie) ou changement trophique (pilosité, ongles, peau), rapportés ou constatés.

Le jeu de recherche ne change qu'une chose : il exige un symptôme dans les quatre catégories au lieu de trois. Les signes restent à deux catégories dans les deux jeux.

Le consensus de Valence, réuni en 2019 et publié en 2021, précise la façon d'examiner sans toucher au libellé des critères. L'hyperalgésie se teste à la piqûre, comparée au côté sain ; l'allodynie se confirme par un seul stimulus positif, parmi le tact léger, une pression cutanée légère, le diapason ou la température ; les asymétries se jugent contre le membre controlatéral. Son tableau fusionne les listes sensorielles des deux colonnes en une seule, qui ajoute la sensation thermique, absente de l'annexe de 2010.

Deux sources plus récentes divergent sur un mot. Côté symptôme, l'annexe de 2010 et le tableau de Valence écrivent hyperesthésie, et réservent l'hyperalgésie aux signes ; les recommandations de 2022 et le tableau de la version auto-déclarée du score de sévérité écrivent hyperalgésie côté symptôme aussi. Cette fiche suit le texte des critères validés.

Deux jeux, un compromis qui ne va pas dans le sens attendu

Le jeu de recherche existe pour gagner en spécificité au prix de la sensibilité. Sur l'échantillon de validation, le gain est modeste et le prix élevé : la spécificité passe de 0,68 à 0,79, et la sensibilité tombe de 0,99 à 0,78.

La conséquence se lit dans la valeur prédictive négative. À une prévalence de SDRC de 70 %, elle vaut 0,97 pour le jeu clinique et 0,60 pour le jeu de recherche : un résultat négatif du jeu de recherche n'écarte plus grand-chose. Les auteurs concluent eux-mêmes que son avantage sur le jeu clinique était minime, et que deux jeux distincts pourraient ne pas être nécessaires.

En pratique, le jeu clinique est celui du diagnostic. Le jeu de recherche reste, par usage, celui des essais cliniques.

Trois jeux de critères sur un même échantillon
Jeu de critèresSensibilitéSpécificitéVPP, prévalence 70 %VPN, prévalence 70 %
IASP 19941,000,410,801,00
Budapest, jeu clinique0,990,680,880,97
Budapest, jeu de recherche0,780,790,900,60

Ce que les critères ne disent pas

Ils ne disent rien de certain sur le type II. L'étude de validation l'a exclu de son analyse principale, faute d'effectif : 13 % de la cohorte initiale. Les chiffres de sensibilité et de spécificité ne sont donc démontrés que pour distinguer un type I d'une douleur neuropathique. Le consensus de Valence rappelle pourtant que les signes des deux types sont identiques, et que pour le type II ils doivent dépasser le territoire du nerf lésé pour compter.

Ils ne mesurent pas la sévérité. Le nombre de signes et de symptômes présents sépare bien les groupes, 12,0 en moyenne chez les SDRC contre 5,4 chez les autres patients, mais la décision reste binaire. Un score continu cumulant les quatre catégories ferait mieux sur le papier, avec une sensibilité de 0,95 et une spécificité de 0,81, et les auteurs préviennent qu'il ne se compare pas au seuil qu'un clinicien doit réellement fixer.

Ils ne décrivent pas l'évolution. Avec la durée, les catégories atteintes se redistribuent : davantage de signes et de symptômes sensoriels, moins de vasomoteurs, et un passage progressif d'un tableau chaud à un tableau froid.

Le score de sévérité, pour suivre et non pour diagnostiquer

Le CRPS Severity Score compte 16 éléments cotés présents ou absents, 8 signes et 8 symptômes, pour un score de 0 à 16. Il ne se superpose pas exactement aux quatre catégories : parmi ses items, la douleur disproportionnée reprend le critère A, et l'allodynie y compte pour deux items là où les critères n'en font qu'une notion. Aucune source accessible ne nomme ses 16 éléments un par un, et l'article qui l'a construit en 2010 partait de 17 signes et symptômes. Un changement d'au moins 4,9 points signale une vraie évolution, avec une confiance de 95 %, d'après une validation sur 156 patients.

Sa version auto-déclarée sert au dépistage à distance, avec un seuil de 8 sur 16 : sensibilité et spécificité de 0,79 pour prédire un diagnostic de Budapest. Ses auteurs la destinent au recrutement d'essais cliniques, pas au diagnostic, qui se pose à l'examen.

Trois pièges d'application

Compter un signe comme un symptôme

Un examinateur peut constater une asymétrie de couleur ou de température que le patient n'a pas rapportée, parce qu'il ne la perçoit pas. Le consensus de Valence est explicite : le signe constaté ne vaut pas automatiquement le symptôme correspondant. Un patient peut ainsi manquer le seuil des trois catégories de symptômes avec assez de signes objectifs.

Examiner une seule fois

Les signes et les symptômes fluctuent. Valence recommande de reprendre toute la liste des symptômes à chaque évaluation formelle, y compris ceux que le patient n'avait pas signalés jusque-là.

Traiter le critère D comme une formalité

L'absence d'autre diagnostic est une condition à part entière. Dans une cohorte belge de 24 patients qui remplissaient tous les critères de Budapest au membre supérieur, un geste ciblé sur un canal carpien irritatif a fait passer la douleur de 70 à 11 sur 100 chez les 18 patients suivis complètement.

Questions fréquentes

Que sont les critères de Budapest ?

Ce sont les critères diagnostiques du syndrome douloureux régional complexe, ou algodystrophie, validés en 2010. Ils exigent quatre conditions : une douleur continue et disproportionnée, des symptômes rapportés dans au moins trois catégories sur quatre, des signes constatés dans au moins deux, et aucun autre diagnostic qui explique mieux le tableau.

Quelle différence entre les critères cliniques et les critères de recherche ?

Une seule : le jeu de recherche exige un symptôme dans les quatre catégories au lieu de trois. Sur l'échantillon de validation, il gagne peu en spécificité, 0,79 contre 0,68, et perd beaucoup en sensibilité, 0,78 contre 0,99.

Existe-t-il un score de Budapest ?

Les critères ne donnent pas de score, ils rendent une décision. Le score de sévérité qui en dérive, le CRPS Severity Score, va de 0 à 16 : 8 signes et 8 symptômes cotés présents ou absents. Un changement d'au moins 4,9 points signale une vraie évolution.

Existe-t-il un questionnaire pour le SDRC ?

Le diagnostic ne se pose pas par questionnaire, car les signes se constatent à l'examen. Une version auto-déclarée du score de sévérité existe pour le dépistage à distance, avec un seuil de 8 sur 16, mais ses auteurs la réservent au recrutement d'essais cliniques.

Les critères de Budapest s'appliquent-ils au SDRC de type II ?

Les signes sont les mêmes, et pour le type II ils doivent dépasser le territoire du nerf lésé. Mais l'étude de validation a exclu le type II faute d'effectif : sa sensibilité et sa spécificité ne sont démontrées que pour le type I.

Références

11 sources, PMID compris
  1. Stanton-Hicks M, Janig W, Hassenbusch S, Haddox JD, Boas R, Wilson P. Reflex sympathetic dystrophy: changing concepts and taxonomy. Pain 1995;63(1):127-33. PMID 8577483. La taxonomie de l'IASP de 1994. Elle réunit la dystrophie sympathique réflexe et la causalgie sous le nom unique de SDRC, en deux types : le type I sans lésion nerveuse identifiable, le type II avec une lésion nerveuse définie. C'est le texte que les critères de Budapest ont révisé.
  2. Bruehl S, Harden RN, Galer BS, Saltz S, Bertram M, Backonja M, Gayles R, Rudin N, Bhugra MK, Stanton-Hicks M. External validation of IASP diagnostic criteria for Complex Regional Pain Syndrome and proposed research diagnostic criteria. Pain 1999;81(1-2):147-54. PMID 10353502. La validation externe des critères de 1994, sur 117 patients qui les remplissaient et 43 douleurs neuropathiques d'une autre origine. Sensibilité de 0,98, spécificité de 0,36 : un diagnostic positif n'était exact que dans 40 % des cas, d'où la révision.
  3. Harden RN, Bruehl S, Galer BS, Saltz S, Bertram M, Backonja M, Gayles R, Rudin N, Bhugra MK, Stanton-Hicks M. Complex regional pain syndrome: are the IASP diagnostic criteria valid and sufficiently comprehensive? Pain 1999;83(2):211-9. PMID 10534592. L'analyse statistique qui a fondé les quatre catégories, sur 123 patients : un facteur vasomoteur distinct d'un facteur sudomoteur et œdème, que les critères de 1994 confondaient, et un facteur moteur et trophique qu'ils ignoraient.
  4. Harden RN, Bruehl S, Stanton-Hicks M, Wilson PR. Proposed new diagnostic criteria for complex regional pain syndrome. Pain Med 2007;8(4):326-31. PMID 17610454. La publication qui annonce les critères issus du consensus de Budapest : des révisions dérivées des données, parce que les critères de 1994 étaient sensibles mais peu spécifiques, et ignoraient les signes moteurs et trophiques.
  5. Harden NR, Bruehl S, Perez RSGM, Birklein F, Marinus J, Maihofner C, Lubenow T, Buvanendran A, Mackey S, Graciosa J, Mogilevski M, Ramsden C, Chont M, Vatine JJ. Validation of proposed diagnostic criteria (the "Budapest Criteria") for Complex Regional Pain Syndrome. Pain 2010;150(2):268-74. PMID 20493633. L'étude de validation, sur 113 SDRC de type I et 47 douleurs neuropathiques, dans sept centres. Critères de 1994 : sensibilité 1,00, spécificité 0,41. Budapest, jeu clinique : 0,99 et 0,68. Jeu de recherche : 0,78 et 0,79. Le SDRC de type II, 13 % de la cohorte, est exclu de l'analyse principale. L'annexe énonce les critères en entier.
  6. Harden NR, Bruehl S, Perez RSGM, Birklein F, Marinus J, Maihofner C, Lubenow T, Buvanendran A, Mackey S, Graciosa J, Mogilevski M, Ramsden C, Schlereth T, Chont M, Vatine JJ. Development of a severity score for CRPS. Pain 2010;151(3):870-6. PMID 20965657. La construction du CRPS Severity Score, sur 114 SDRC et 41 douleurs neuropathiques, à partir de 17 signes et symptômes. Le score sépare les deux groupes et suit l'intensité de la douleur, la détresse et les limitations fonctionnelles.
  7. Harden RN, Maihofner C, Abousaad E, Vatine JJ, Kirsling A, Perez RSGM, Kuroda M, Brunner F, Stanton-Hicks M, Marinus J, van Hilten JJ, Mackey S, Birklein F, Schlereth T, Mailis-Gagnon A, Graciosa J, Connoly SB, Dayanim D, Massey M, Frank H, Livshitz A, Bruehl S. A prospective, multisite, international validation of the Complex Regional Pain Syndrome Severity Score. Pain 2017;158(8):1430-6. PMID 28715350. La validation prospective du score, sur 156 patients : un changement d'au moins 4,9 points signale une vraie différence de symptomatologie, avec une confiance de 95 %.
  8. Goebel A, Birklein F, Brunner F, Clark JD, Gierthmuhlen J, Harden N, Huygen F, Knudsen L, McCabe C, Lewis J, Maihofner C, Magerl W, Moseley GL, Terkelsen A, Thomassen I, Bruehl S. The Valencia consensus-based adaptation of the IASP complex regional pain syndrome diagnostic criteria. Pain 2021;162(9):2346-8. PMID 33729210. Le consensus de Valence, réuni en 2019. Il précise l'examen sans changer le libellé des critères, crée le sous-type « SDRC avec rémission partielle », et rappelle qu'un signe constaté ne vaut pas le symptôme correspondant.
  9. Harden RN, McCabe CS, Goebel A, Massey M, Suvar T, Grieve S, Bruehl S. Complex Regional Pain Syndrome: Practical Diagnostic and Treatment Guidelines, 5th Edition. Pain Med 2022;23(Suppl 1):S1-S53. PMID 35687369. Les recommandations pratiques, 5e édition. Elles donnent la version finale du CRPS Severity Score : 16 éléments, 8 signes et 8 symptômes cotés présents ou absents, pour un score de 0 à 16.
  10. Bruehl S, Sideris A, Chen T, Gungor S, Horine S, Kramskiy V, Billings FT, Anderson S, Harden RN. Validation of a self-report measure for diagnostic screening and assessment in complex regional pain syndrome. Pain Rep 2026;11(3):e1410. PMID 41958857. La version auto-déclarée du score, pour le dépistage à distance. Seuil à 8 sur 16 : sensibilité et spécificité de 0,79 pour prédire un diagnostic de Budapest, sur 80 patients d'une consultation de la douleur. Un outil de recrutement, pas de diagnostic.
  11. Lavigogne C, Cromheecke M, De Keyzer PB, Coeman P, Goubau J. Carpal tunnel-targeted treatment in patients with CRPS-like symptoms: a retrospective cohort study of irritative carpal tunnel syndrome. Hand Surg Rehabil 2026:102715. PMID 42379301. Une cohorte belge de 24 patients qui remplissaient tous les critères de Budapest au membre supérieur, avec un canal carpien irritatif. Après un geste ciblé sur le canal carpien, la douleur passe de 70 à 11 sur 100 chez les 18 patients suivis complètement : le critère D n'est pas une formalité.
Anthony Baillon Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Les critères, eux, sont issus du consensus international de Budapest, validés par Harden et coll. en 2010 : ce sont des critères diagnostiques de la littérature, et cette page les énonce en entier.

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