Il n'y a pas une échelle de Borg mais deux, et elles n'ont pas la même métrique : la 6-20 se décrit par une régression linéaire de la charge, la 0-10 par une fonction puissance. Aucune conversion de l'une vers l'autre n'est légitime, et « 15 sur 20 » ne vaut pas « 7 sur 10 ». L'outil ci-dessous demande donc laquelle vous employez.
Ces deux échelles sont des marques déposées sous licence, dont le contrat interdit de modifier les ancrages verbaux. Le détail est plus bas.
Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Les échelles elles-mêmes ne sont pas reproduites.
Deux échelles, et pas une seule
Sous le nom d'« échelle de Borg » circulent deux instruments distincts, de la même main. La Borg RPE, pour rating of perceived exertion, cote l'effort perçu sur quinze échelons entiers, de 6 à 20. La Borg CR10, pour category-ratio, cote sur une échelle de 0 à 10, et c'est elle que la littérature respiratoire appelle « échelle de Borg modifiée ». Toutes deux sont des échelles à item unique : on relève une valeur par mesure, sans sous-échelle et sans total.
Voici pourquoi les confondre coûte cher. Une comparaison directe des deux, conduite dans le laboratoire même de la famille Borg, montre que leurs données ne se décrivent pas par la même métrique : celles de la 6-20 par une régression linéaire de la charge, avec des corrélations individuelles d'environ 0,98, celles de la 0-10 par une fonction puissance d'exposant d'environ 1,2.
Deux réserves accompagnent ce résultat, et il faut les porter avec lui. Le même résumé précise que les données de la 0-10 pouvaient aussi être décrites par des régressions linéaires, la fonction puissance étant la description qui donne l'exposant rapporté. Et l'exposant d'environ 1,4 souvent cité vaut pour les deux échelles catégorie-ratio prises ensemble, pas pour la 0-10 seule.
L'essentiel tient malgré ces réserves : deux métriques qui ne se superposent pas, et donc aucune formule de passage légitime. « 15 sur 20 » ne vaut pas « 7 sur 10 », et l'outil du haut de page refuse pour cette raison de convertir.
Une troisième échelle de la même main existe, la Borg centiMax, cotée sur 100. Elle n'est pas l'objet de cette page, mais elle explique une partie des chiffres qu'on rencontre : quand une source parle d'un exposant pour « les deux échelles catégorie-ratio », c'est de la 0-10 et de celle-là qu'il s'agit.
Ce que la cotation vaut vraiment contre la physiologie
La réputation de cet instrument est celle d'un substitut fiable de la charge physiologique. Les chiffres sont plus modestes, et il vaut mieux les connaître avant de fonder une prescription dessus.
La méta-analyse de référence de la validité critérielle donne des coefficients moyens pondérés de 0,62 pour la fréquence cardiaque, 0,57 pour la lactatémie, 0,64 pour le pourcentage de consommation maximale d'oxygène et 0,72 pour la fréquence respiratoire. Ses auteurs écrivent explicitement que la validité n'est peut-être pas aussi élevée qu'on l'a cru, l'intervalle habituellement avancé étant de 0,80 à 0,90.
La très grande cohorte de 2 560 sujets trouve, elle, 0,74 avec la fréquence cardiaque et 0,83 avec la lactatémie. Les deux travaux ne se contredisent pas terme à terme : le 0,74 reste sous la fourchette que la méta-analyse déclare surestimée. La lecture praticable de cet écart est simple, et c'est la seule que cette page défend : la cotation est un excellent marqueur d'intensité au niveau d'un groupe et un médiocre substitut individuel de la fréquence cardiaque.
Une règle de poche circule pour finir, « cotation multipliée par dix égale fréquence cardiaque ». Les deux études du laboratoire Borg observent une tendance à l'écart à la linéarité entre les cotations et les fréquences cardiaques, et concluent à la nécessité de standardiser les protocoles d'épreuve. La relation dépend du protocole ; ce n'est pas une constante.
Côté respiratoire, la référence que tout le monde cite pour la validité de l'échelle 0-10 dans la dyspnée mérite d'être lue en entier. Sa conclusion favorable repose sur des corrélations de -0,31 dans l'asthme, sur 42 patients, et -0,42 dans la bronchopneumopathie chronique obstructive, sur 60, entre variation du score et variation du débit expiratoire de pointe. C'est bien plus faible que sa réputation.
Les correspondances physiologiques, et leurs écarts-types
Les seuls seuils chiffrés utilisables de ce dossier concernent l'échelle 6-20, et ils viennent d'une cohorte de 2 560 sujets d'âge médian 28 ans, soumis à des épreuves d'effort incrémentales.
Le seuil lactique y correspond à une cotation de 10,8, le seuil anaérobie individuel à 13,6, une lactatémie fixe de 3 mmol/L à 12,8 et de 4 mmol/L à 14,1. Les mêmes auteurs en tirent des fourchettes de prescription : 11 à 13 chez un sujet peu entraîné, 13 à 15 pour un travail plus intense mais restant aérobie.
Il faut lire ces valeurs avec leurs écarts-types, qui sont de 1,8 à 2,1 points. Sur une échelle de quinze échelons, deux points d'écart-type couvrent une large part de la zone d'entraînement utile. Ces correspondances décrivent donc un groupe, et non le patient qui pédale devant vous.
Pour l'échelle 0-10, ce dossier ne publie aucune correspondance physiologique. La seule valeur souvent citée, une différence minimale d'un point, vient d'un travail sur la dyspnée, par approche distributionnelle sur des essais de réhabilitation respiratoire, dont le résumé ne chiffre ni les essais ni les effectifs et ne dit même pas laquelle des deux échelles de Borg il vise. Elle ne vaut pas comme seuil de changement de l'effort perçu à l'exercice.
Une dernière propriété de la 0-10, presque jamais dite : son extrémité haute est ouverte. Le résumé qui en porte les bornes parle bien d'une échelle cotée de 0 à 10, mais la démonstration officielle de l'éditeur accepte des cotations au-delà. Une cotation supérieure à 10 n'est donc pas une erreur de recueil.
| Repère physiologique | Cotation | Écart-type |
|---|---|---|
| Seuil lactique | 10,8 | 1,8 |
| Lactatémie fixe à 3 mmol/L | 12,8 | 2,1 |
| Seuil anaérobie individuel | 13,6 | 1,8 |
| Lactatémie fixe à 4 mmol/L | 14,1 | 2,0 |
| Prescription, sujet peu entraîné | 11 à 13 | recommandation |
| Prescription, travail plus intense mais aérobie | 13 à 15 | recommandation |
Deux marques déposées, sous licence, sans version française validée
Voici un point que presque personne ne connaît en France, et qui a des conséquences pratiques immédiates : ces deux échelles sont des marques déposées, dont l'usage passe par une licence accordée par une société suédoise, ayant droit exclusif de leur auteur.
Le contrat de licence a été lu en direct. Il accorde un droit d'usage limité, non exclusif et non transférable, sans transfert de propriété. Il interdit expressément de modifier l'échelle, d'en préparer des œuvres dérivées, de la distribuer ou de la sous-licencier, et d'en retirer les mentions de propriété. Il impose, en cas de publication, une mention de copyright littérale, différente selon l'échelle employée, suivie de la formule « échelle imprimée avec permission ».
Une nouvelle, en revanche, et elle est bonne pour les enseignants et les chercheurs : la page de licence académique et pédagogique porte aujourd'hui, en toutes lettres, « il n'y a pas de frais pour cette licence », et le français figure parmi les langues proposées. La licence reste à demander, et ses conditions restent celles décrites ci-dessus, mais elle ne se paie plus. C'est un changement par rapport à ce que portaient les versions antérieures du site.
Reste l'essentiel pour un lecteur francophone : aucune version française validée n'est indexée. Cinq formulations de recherche distinctes ont été passées à PubMed, et le plus proche résultat valide un autre instrument. Deux langues seulement disposent d'une validation publiée, le chinois mandarin pour l'échelle 6-20 et le portugais brésilien pour une 0-10 adaptée à l'effort vocal. Le français existe donc comme traduction sous licence, jamais comme version validée.
Pourquoi cette page n'affiche pas les échelles
Les deux échelles sont des marques déposées, licenciées par une société suédoise ayant droit exclusif de leur auteur. Le contrat a été lu en direct au navigateur : il accorde un droit d'usage limité, non exclusif et non transférable, et interdit expressément de modifier l'échelle, d'en préparer des œuvres dérivées, de la distribuer ou de la sous-licencier. Il impose en outre, à la publication, une mention de copyright littérale suivie de la formule « échelle imprimée avec permission ». Les ancrages verbaux ne sont donc pas reproduits ici. Bonne nouvelle pour qui en a besoin : la licence académique et pédagogique est aujourd'hui annoncée sans frais, français compris, mais elle reste à demander.
Trois pièges de passation
Convertir d'une échelle à l'autre
La 6-20 se comporte linéairement avec la charge, la 0-10 se décrit par une fonction puissance. Les deux métriques ne se superposent pas, et aucune formule de passage n'est légitime.
Appliquer la règle « cotation fois dix égale fréquence cardiaque »
Les deux études du laboratoire d'origine observent une tendance à l'écart à la linéarité entre cotation et fréquence cardiaque, et concluent à la nécessité de standardiser les protocoles. La relation dépend du protocole.
Modifier les ancrages verbaux pour « adapter » l'échelle
Le contrat de licence l'interdit expressément, comme il interdit d'en préparer des dérivés ou de la distribuer. Une échelle retouchée n'est plus l'instrument dont les chiffres de cette page proviennent.
Questions fréquentes
Y a-t-il une ou deux échelles de Borg ?
Deux : la 6-20, qui cote l'effort perçu, et la 0-10, dite modifiée, employée surtout pour la dyspnée. Elles n'ont pas la même métrique et ne se convertissent pas l'une en l'autre.
À quelle intensité physiologique correspond une cotation ?
Sur la 6-20 et chez 2 560 sujets, le seuil lactique correspond à 10,8 et le seuil anaérobie individuel à 13,6, avec des écarts-types de près de deux points.
Quelle intensité prescrire avec l'échelle de Borg ?
Les auteurs de cette cohorte recommandent 11 à 13 chez un sujet peu entraîné et 13 à 15 pour un travail plus intense mais restant aérobie.
Un point de changement compte-t-il ?
Ce chiffre vient d'un travail sur la dyspnée dont le résumé ne dit pas laquelle des deux échelles il vise. Il ne vaut pas comme seuil de changement de l'effort perçu à l'exercice.
L'échelle de Borg est-elle libre de droits ?
Non. Ce sont des marques déposées sous licence, dont le contrat interdit de modifier l'échelle, d'en préparer des dérivés ou de la distribuer. La licence académique est aujourd'hui sans frais, mais elle reste à demander.
Références
9 sources, PMID compris
- Borg G. Perceived exertion as an indicator of somatic stress. Scand J Rehabil Med 1970;2(2):92-8. PMID 5523831. La publication princeps de l'échelle 6 à 20. Précaution de lecture : PubMed n'indexe aucun résumé pour cet article, et cette page ne lui fait donc porter aucun chiffre. C'est en revanche l'année que l'éditeur porte encore aujourd'hui dans la mention de copyright imposée à ses licenciés.
- Borg GA. Psychophysical bases of perceived exertion. Med Sci Sports Exerc 1982;14(5):377-81. PMID 7154893. La publication princeps de la cotation catégorie-ratio, présentée dans son résumé comme une méthode nouvelle combinant la méthode catégorielle et des propriétés de rapport. Réserve : le résumé ne prononce jamais le sigle CR10 ; l'identification de cette méthode à la CR10 est celle de la littérature et de l'éditeur. Il pose en revanche la distinction fondatrice : les estimations par rapports décrivent bien la variation perceptive, les méthodes catégorielles servent mieux à comparer des individus entre eux.
- Borg E, Kaijser L. A comparison between three rating scales for perceived exertion and two different work tests. Scand J Med Sci Sports 2006;16(1):57-69. PMID 16430682. La comparaison directe des trois échelles, conduite dans le laboratoire même de la famille Borg. Elle établit que les deux ne se décrivent pas par la même métrique : la 6-20 par une régression linéaire de la charge, corrélations individuelles d'environ 0,98, la CR10 par une fonction puissance d'exposant d'environ 1,2. Deux réserves à ne pas escamoter : le résumé précise que les données CR10 pouvaient aussi être décrites linéairement, et l'exposant d'environ 1,4 de la seconde étude vaut pour les deux échelles catégorie-ratio prises ensemble. Les deux études observent enfin une tendance à l'écart à la linéarité entre les cotations et les fréquences cardiaques.
- Chen MJ, Fan X, Moe ST. Criterion-related validity of the Borg ratings of perceived exertion scale in healthy individuals: a meta-analysis. J Sports Sci 2002;20(11):873-99. PMID 12430990. La méta-analyse de la validité critérielle, et ses chiffres sont plus bas que la réputation de l'instrument. Les coefficients moyens pondérés valent 0,62 pour la fréquence cardiaque, 0,57 pour la lactatémie, 0,64 pour le pourcentage de consommation maximale d'oxygène, 0,63 pour la consommation d'oxygène, 0,61 pour la ventilation et 0,72 pour la fréquence respiratoire. Ses auteurs concluent que la validité n'est peut-être pas aussi élevée qu'on l'a cru, l'intervalle habituellement avancé étant de 0,80 à 0,90. Le résumé ne chiffre pas le nombre d'études agrégées.
- Scherr J, Wolfarth B, Christle JW, Pressler A, Wagenpfeil S, Halle M. Associations between Borg's rating of perceived exertion and physiological measures of exercise intensity. Eur J Appl Physiol 2013;113(1):147-55. PMID 22615009. La très grande cohorte, 2 560 sujets d'âge médian 28 ans, et la source des seuils chiffrés employés par l'outil de cette page. Le seuil lactique correspond à une cotation de 10,8 ± 1,8, le seuil anaérobie individuel à 13,6 ± 1,8, une lactatémie de 3 mmol/L à 12,8 ± 2,1 et de 4 mmol/L à 14,1 ± 2,0. Ses auteurs recommandent des fourchettes de prescription de 11 à 13 chez les sujets peu entraînés et de 13 à 15 pour un travail plus intense mais restant aérobie. Les écarts-types de près de deux points sont à retenir autant que les moyennes.
- Kendrick KR, Baxi SC, Smith RM. Usefulness of the modified 0-10 Borg scale in assessing the degree of dyspnea in patients with COPD and asthma. J Emerg Nurs 2000;26(3):216-22. PMID 10839848. La référence que tout le monde cite pour la validité de l'échelle 0-10 dans la dyspnée, et c'est aussi le résumé qui en porte les bornes, cette échelle cotée de 0 à 10. Le chiffre qui fonde sa conclusion est bien plus faible que sa réputation : les corrélations entre variation du score et variation du débit expiratoire de pointe valent -0,31 dans l'asthme, sur 42 patients, et -0,42 dans la bronchopneumopathie chronique obstructive, sur 60.
- Ries AL. Minimally clinically important difference for the UCSD Shortness of Breath Questionnaire, Borg Scale, and Visual Analog Scale. COPD 2005;2(1):105-10. PMID 17136970. La source du fameux 1 point de différence minimale cliniquement importante, et le contexte qu'on oublie de citer avec lui. Il porte sur la dyspnée, il est établi par approche distributionnelle sur des essais de réhabilitation respiratoire, son résumé ne chiffre ni le nombre d'essais ni les effectifs, et il ne dit même pas laquelle des deux échelles de Borg est visée. Il ne vaut donc pas comme seuil de changement de l'effort perçu à l'exercice.
- Ding W, You T, Gona PN, Milliken LA. Validity and reliability of a Chinese rating of perceived exertion scale in young Mandarin speaking adults. Sports Med Health Sci 2020;2(3):153-8. PMID 35782285. L'une des deux seules validations linguistiques indexées de cette famille : deux versions chinoises de l'échelle 6-20, dont la validité est testée pour les deux et la fidélité pour une seule. Elle sert ici à mesurer une absence : le français ne dispose de rien d'équivalent.
- Camargo MRMC, Zambon F, Moreti F, Behlau M. Translation and cross-cultural adaptation of the Brazilian version of the Adapted Borg CR10 for Vocal Effort Ratings. Codas 2019;31(5):e20180112. PMID 31691744. La seconde, et la seule pour l'échelle 0-10 : une adaptation transculturelle brésilienne d'une version adaptée à l'effort vocal. Le champ n'a donc, en tout et pour tout, que deux validations linguistiques indexées pour deux instruments employés dans le monde entier.
Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Les échelles, elles, sont de Gunnar Borg, en 1970 et 1982 : cette page les documente et les interprète, elle n'en reproduit aucun ancrage verbal.
