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FABQ : deux sous-échelles, une seule qui prédit

Le FABQ en pratique : deux sous-échelles inégales, les seuils de 30 et 34 au travail, un seuil sans valeur pronostique à l'activité physique.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Le FABQ, pour Fear-Avoidance Beliefs Questionnaire, mesure les croyances de peur et d'évitement du patient lombalgique sur deux sous-échelles, l'activité physique et le travail. Les deux ne se valent pas, et une seule prédit quelque chose. Le questionnaire et son calcul sont juste en dessous.

FABQ, questionnaire et calcul des deux sous-échelles

Répondez aux seize items ci-dessous, cinq pour l'activité physique et onze pour le travail, chacun coté de 0 à 6. Les sous-scores se calculent au fur et à mesure : l'activité physique à partir des items 2, 3, 4 et 5, le travail à partir des items 6, 7, 9, 10, 11, 12 et 15. Les items 1, 8, 13, 14 et 16 sont posés mais n'entrent dans aucun sous-score, et aucun total ne se rend.

FABQ PHYSIQUE

1
2
3
4
5

FABQ TRAVAIL

6
7
8
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11
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13
14
15
16

Items français reproduits d'après l'annexe II de la thèse d'exercice de Debache, 2020 (dépôt DUMAS, en accès libre pour consultation), transcrits depuis l'image du formulaire pour les items 8 et 14 ; cette transcription n'est pas rattachée avec certitude à la version française validée de Chaory et coll., 2004. Items anglais recopiés du tableau 1 de Schmidt et coll., 2025, publié sous licence CC BY-NC, et corroborés par celui de Vasseljen et coll., 2013, publié sous licence CC BY. Aucune licence de réutilisation n'est publiée pour la thèse française ; pour tout autre usage que celui de cette page, s'adresser à leurs auteurs respectifs et à l'éditeur de Pain pour le questionnaire original de Waddell et coll., 1993.

facultatif, sur 42, pour situer l'écart

facultatif, sur 24, pour situer l'écart

Répondez aux items d'au moins une sous-échelle pour obtenir la lecture.

Les deux sous-échelles ne se valent pas : celle du travail prédit le retour au travail et l'incapacité à six mois, celle de l'activité physique n'a rien prédit du tout. Le détail est plus bas.

Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Les seize items sont reproduits d'après une traduction française déposée dans une thèse d'exercice et d'après la version anglaise sous licence citée sous les items, sans y changer un mot.

Ce que le FABQ mesure

Le FABQ a été publié en 1993 par Waddell et coll., à partir d'une idée simple : entre la lombalgie et l'incapacité qu'elle produit s'intercalent des croyances, et ces croyances se mesurent.

L'analyse en composantes principales, sur 210 patients, en dégage deux facteurs : les croyances liées au travail, avec une cohérence interne de 0,88 et 43,7 % de la variance, et celles liées à l'activité physique, à 0,77 et 16,5 %. Le premier pèse presque trois fois le second dès l'origine.

La suite le confirme sur les résultats. Chez 184 patients, les croyances liées au travail expliquent 23 % de la variance de l'incapacité dans les activités quotidiennes et 26 % de celle de l'arrêt de travail, une fois la sévérité de la douleur prise en compte. Celles liées à l'activité physique n'y ajoutent que 9 %.

Deux sous-échelles, une seule qui prédit

C'est le point que trente ans de littérature ont établi, et que la pratique ignore encore souvent.

L'étude de suivi à six mois, sur 160 patients traités en kinésithérapie, est sans ambiguïté. Le seuil habituel de la sous-échelle activité physique, plus de 14, classe 69,4 % des patients comme élevés, et ceux-là n'ont aucune différence de résultat à six mois. Son aire sous la courbe vaut 0,562, avec un intervalle de confiance qui contient le hasard.

La sous-échelle travail, elle, tient. Son seuil de plus de 29 ne classe que 11,9 % des patients, mais ceux-là rapportent bien une incapacité plus élevée à six mois et sont plus souvent sans amélioration. Dans le modèle final, elle est le seul prédicteur unique issu du FABQ, à côté de la manipulation et de l'exercice.

Les deux seuils de la sous-échelle travail

Deux valeurs circulent pour la sous-échelle travail. Elles viennent de la même étude et ne servent pas au même usage, ce qui explique la confusion.

Chez 78 patients en lombalgie aiguë liée au travail, dont 29 % gardent des restrictions à quatre semaines, un score inférieur à 30 donne un rapport de vraisemblance négatif de 0,08. Un score supérieur à 34 donne un rapport de vraisemblance positif de 3,33.

L'asymétrie entre les deux est la chose à retenir. Un rapport de vraisemblance négatif de 0,08 est puissant : sous 30, le risque de restriction prolongée s'écarte solidement. Un rapport positif de 3,33 est modéré : au-dessus de 34, le risque monte sans être établi. Le FABQ travail rassure mieux qu'il n'alerte, et entre 30 et 34 il ne dit rien de tranché.

Les deux sous-échelles du FABQ, côte à côte
Ce qui est mesuréActivité physiqueTravail
Étendue du score0 à 240 à 42
Cohérence interne, publication princeps0,770,88
Part de la variance du questionnaire16,5 %43,7 %
Fidélité test-retest, version française0,720,88
Seuil qui circule1430 et 34
Patients classés élevés par ce seuil69,4 %11,9 %
Aire sous la courbe à six mois0,5620,694
Plus petit changement détectable9,412,7
Ce changement, rapporté à l'étendue39 %30 %

Suivre un FABQ : ce que le bruit autorise

Un score se suit dans le temps, à condition de savoir à partir de quand il a vraiment bougé.

L'étude du plus petit changement détectable en lombalgie aiguë donne 9,4 points pour la sous-échelle activité physique, qui va de 0 à 24, et 12,7 points pour la sous-échelle travail, qui va de 0 à 42. Rapportés à leur étendue, cela fait 39 % et 30 % : il faut qu'un patient traverse près de la moitié de l'échelle pour qu'on soit sûr qu'il a changé.

Les auteurs en tirent une conclusion nette : la sous-échelle activité physique a des difficultés considérables à détecter une amélioration comme une dégradation. Une analyse de Rasch en lombalgie chronique arrive au même endroit par un autre chemin, avec une fidélité de séparation des personnes de 0,69 et 0,79, suffisante pour comparer des groupes mais pas pour décider chez un patient.

D'où viennent les seize items reproduits ici

Les items français sont transcrits depuis l'image de l'annexe II de la thèse d'exercice de Debache, 2020, déposée en accès libre sur DUMAS ; cette transcription n'est pas rattachée avec certitude à la version française validée de Chaory et coll., 2004, qu'aucune des traductions françaises qui circulent ne cite. Aucune licence de réutilisation n'est publiée pour cette thèse. Les items anglais sont recopiés du tableau 1 de Schmidt et coll., 2025, publié sous licence CC BY-NC dans PAIN Reports, et corroborés par le tableau 1 de Vasseljen et coll., 2013, publié sous licence CC BY dans BMC Musculoskeletal Disorders. Cette page ne change pas un mot aux deux versions et renvoie à leurs auteurs, et à l'éditeur du questionnaire original de Waddell et coll., 1993, pour tout autre usage que le sien, clinique et non commercial.

Trois pièges de passation

Lire un score élevé d'activité physique comme un facteur de risque

Plus de deux patients sur trois dépassent le seuil de 14, et le dépasser n'a prédit aucune différence de résultat à six mois. Ce chiffre décrit une croyance présente, il n'annonce pas une évolution.

Additionner les deux sous-échelles

Elles n'ont ni la même étendue, ni le même poids, ni la même valeur pronostique. Aucune des études citées ici ne travaille sur un total, et le fabriquer noie la seule sous-échelle qui informe dans celle qui n'informe pas.

Décider chez un patient sur quelques points d'écart

Le plus petit changement détectable vaut 9,4 points sur 24 et 12,7 sur 42. En deçà, l'écart observé ne se distingue pas de l'erreur de mesure, et l'analyse de Rasch déconseille explicitement la décision individuelle.

Questions fréquentes

Que veut dire FABQ ?

FABQ est le sigle de Fear-Avoidance Beliefs Questionnaire. Il a été publié en 1993 par Waddell et coll. pour mesurer les croyances de peur et d'évitement du patient lombalgique.

Comment se cote le FABQ ?

Chaque item se répond de 0 à 6, seize items au total. Deux sous-échelles se calculent, chacune exigeant la totalité de ses items : l'activité physique à partir des items 2, 3, 4 et 5 (0 à 24), le travail à partir des items 6, 7, 9, 10, 11, 12 et 15 (0 à 42). Les items 1, 8, 13, 14 et 16 sont posés mais n'entrent dans aucun sous-score. Il n'y a pas de score total.

À partir de quel score la sous-échelle travail alerte-t-elle ?

Sous 30, le rapport de vraisemblance négatif de 0,08 écarte solidement le risque de restriction de travail prolongée. Au-delà de 34, le rapport de vraisemblance positif est de 3,33, ce qui augmente le risque sans l'établir.

Existe-t-il une version française validée ?

Oui, publiée en 2004 par Chaory et coll., avec une fidélité test-retest de 0,88 pour le travail et 0,72 pour l'activité physique. Les items français reproduits sur cette page viennent toutefois d'une autre source, une thèse d'exercice qui n'est pas rattachée avec certitude à cette version validée.

Le FABQ sert-il à suivre un patient ?

Avec prudence. Le plus petit changement détectable est de 9,4 points sur 24 et de 12,7 sur 42, et l'analyse de Rasch conclut que ses sous-échelles conviennent au jugement de groupe, pas à la décision individuelle.

Le FABQ est-il libre d'utilisation ?

Les items anglais reproduits sur cette page sont publiés sous licence CC BY-NC (Schmidt et coll., 2025) et CC BY (Vasseljen et coll., 2013). Les items français viennent d'une thèse d'exercice déposée en accès libre sur DUMAS, sans licence de réutilisation publiée. Le questionnaire original reste la propriété de Waddell et coll., 1993 ; pour tout autre usage que celui de cette page, s'adresser aux auteurs cités.

Références

7 sources, PMID compris
  1. Waddell G, Newton M, Henderson I, Somerville D, Main CJ. A Fear-Avoidance Beliefs Questionnaire (FABQ) and the role of fear-avoidance beliefs in chronic low back pain and disability. Pain 1993;52(2):157-68. PMID 8455963. La publication princeps. L'analyse en composantes principales, sur 210 patients, dégage deux facteurs : le travail, cohérence interne 0,88 et 43,7 % de la variance, et l'activité physique, 0,77 et 16,5 %. Sur 184 patients, les croyances liées au travail expliquent 23 % de la variance de l'incapacité quotidienne et 26 % de celle de l'arrêt de travail, après prise en compte de la douleur.
  2. Chaory K, Fayad F, Rannou F, Lefèvre-Colau MM, Fermanian J, Revel M, Poiraudeau S. Validation of the French version of the fear avoidance belief questionnaire. Spine (Phila Pa 1976) 2004;29(8):908-13. PMID 15082995. La version française validée. Fidélité test-retest de 0,88 pour le travail et 0,72 pour l'activité physique, chez 31 patients. Deux réserves des auteurs : l'analyse factorielle extrait quatre facteurs dans un groupe et les deux facteurs d'origine seulement dans l'autre, et la réactivité la plus faible revient à la sous-échelle travail, avec une taille d'effet de 0,30.
  3. Fritz JM, George SZ. Identifying psychosocial variables in patients with acute work-related low back pain: the importance of fear-avoidance beliefs. Phys Ther 2002;82(10):973-83. PMID 12350212. 78 patients en lombalgie aiguë liée au travail, dont 22 gardent des restrictions à quatre semaines. La sous-échelle travail est le meilleur prédicteur : rapport de vraisemblance négatif de 0,08 sous 30, rapport de vraisemblance positif de 3,33 au-delà de 34. C'est de là que viennent les deux seuils.
  4. George SZ, Fritz JM, McNeil DW. Fear-avoidance beliefs as measured by the fear-avoidance beliefs questionnaire: change in fear-avoidance beliefs questionnaire is predictive of change in self-report of disability and pain intensity for patients with acute low back pain. Clin J Pain 2006;22(2):197-203. PMID 16428956. 63 patients en lombalgie aiguë, réévalués après quatre semaines. Les items du FABQ corrèlent avec la flexion lombaire mais pas avec l'intensité de la douleur. Les variations des croyances expliquent une part significative des variations de l'incapacité, une fois la douleur contrôlée : c'est l'argument en faveur d'un usage comme mesure de résultat.
  5. George SZ, Fritz JM, Childs JD. Investigation of elevated fear-avoidance beliefs for patients with low back pain: a secondary analysis involving patients enrolled in physical therapy clinical trials. J Orthop Sports Phys Ther 2008;38(2):50-8. PMID 18349490. 160 patients suivis six mois. Le seuil de 14 à l'activité physique classe 69,4 % des patients comme élevés, sans aucune différence de résultat à six mois, avec une aire sous la courbe de 0,562 dont l'intervalle contient le hasard. Le seuil de 29 au travail ne classe que 11,9 % des patients, et ceux-là vont bien moins bien : aire sous la courbe 0,694.
  6. Ostelo RW, Swinkels-Meewisse IJ, Knol DL, Vlaeyen JW, de Vet HC. Assessing pain and pain-related fear in acute low back pain: what is the smallest detectable change? Int J Behav Med 2007;14(4):242-8. PMID 18001240. L'étude qui donne les bornes et le bruit. Sous-échelle activité physique, de 0 à 24, plus petit changement détectable 9,4 ; sous-échelle travail, de 0 à 42, plus petit changement détectable 12,7. Ses auteurs écrivent que la sous-échelle activité physique a des difficultés considérables à détecter une amélioration comme une dégradation.
  7. Franchignoni F, Giordano A, Rocca B, Ferriero G, Monticone M. A further Rasch analysis of the Fear-Avoidance Beliefs Questionnaire in adults with chronic low back pain suggests the revision of its rating scale. Eur J Phys Rehabil Med 2021;57(1):110-19. PMID 33215903. 155 lombalgiques chroniques. Les deux sous-échelles sont bien unidimensionnelles, mais les sept modalités de réponse fonctionnent mal et quatre suffiraient. Surtout, la fidélité de séparation des personnes vaut 0,69 et 0,79 : les auteurs concluent que les sous-échelles conviennent au jugement de groupe, pas à la décision individuelle.
Anthony Baillon Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le questionnaire, lui, est de Waddell et coll. en 1993 : cette page en reproduit les seize items, les documente et calcule les deux sous-échelles.

Derrière cet article

Un auteur qui vulgarise, un relecteur qui vérifie.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

KinéIngénieur pédagogiqueDesign du soin
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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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