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Score de Kujala : onze points d'importance, treize points d'erreur

Le score de Kujala en pratique : le changement que le patient juge important, 11 points, est plus petit que l'erreur de mesure de l'échelle, 13 points.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Le score de Kujala cote la fonction fémoro-patellaire sur 100 points. Sur la même cohorte, le changement que le patient juge important vaut 11 points et l'erreur de mesure de l'échelle en vaut 13. Ses auteurs l'écrivent tels quels. L'interpréteur ci-dessous tient les deux grandeurs séparées, parce qu'elles ne mesurent pas la même chose.

Score de Kujala, lecture du score

Saisissez le score sur 100. L'outil situe l'écart par rapport aux seuils d'importance publiés d'une part, et par rapport à l'erreur de mesure d'autre part. Les treize items ne sont pas reproduits ici.

de 0 à 100, 100 étant la fonction la plus élevée

facultatif, sur 100

Saisissez un score entre 0 et 100.

Une version française validée existe, sur 101 patients de Belgique et de France, mais son étude ne publie aucun seuil : tous ceux employés en France sont importés. Le détail est plus bas.

Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Le questionnaire lui-même n'est pas reproduit.

Ce que le Kujala mesure, et sur qui il a été construit

Le score de Kujala, publié sous le nom d'Anterior Knee Pain Scale, est un auto-questionnaire de treize items à format de réponse ordinal variable : chaque item ne pèse pas le même nombre de points, et le nombre de modalités diffère de l'un à l'autre. Le total va de 0 à 100, sans sous-échelle, et le sens est l'inverse d'une échelle de douleur : 100 est la meilleure fonction.

Sa publication princeps ne lui donne d'ailleurs aucun nom. Elle s'intitule simplement Scoring of patellofemoral disorders et parle d'un nouveau questionnaire. Elle l'éprouve sur 68 sujets exclusivement féminins répartis en quatre groupes : les témoins obtiennent 100 en moyenne, la douleur antérieure 83, la subluxation rotulienne 68, la luxation 62.

Cette répartition mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle explique la suite. Sur ces 68 sujets, 35 étaient instables, 16 subluxations et 19 luxations, contre 16 seulement réellement douloureux. La population fondatrice de ce que tout le monde emploie aujourd'hui comme une échelle de douleur fémoro-patellaire était donc, majoritairement, une population d'instabilité rotulienne.

Et la trace en est restée dans l'instrument. Le princeps cite six items qui séparaient le plus nettement ses groupes, tous à p < 0,0001 et sans hiérarchie entre eux : les mouvements rotuliens anormaux et douloureux, la boiterie, la douleur, la course, la montée d'escaliers et la station assise prolongée genoux fléchis. Vingt-sept ans plus tard, une analyse de Rasch sur 646 adolescents en douleur fémoro-patellaire désigne un seul item en mésajustement significatif : celui des mouvements rotuliens anormaux. L'item qui a fondé l'échelle est celui qui lui va le plus mal dans la population où on l'emploie.

Onze points d'importance contre treize points d'erreur

C'est le point qui décide de ce qu'on peut conclure d'un suivi, et il faut d'abord distinguer deux grandeurs que la pratique confond.

Un seuil d'importance répond à la question « ce changement compte-t-il pour le patient ? ». Une erreur de mesure répond à « ce changement est-il réel ou est-ce l'instrument qui a bougé ? ». Ce ne sont pas les mêmes objets, et on ne les range pas dans un même intervalle.

Une seule cohorte a mesuré les deux ensemble, sur 112 patients norvégiens dont 50 stables pour le test-retest. Le changement minimal important y vaut 11 points. Le changement minimal détectable y vaut 13. Ses auteurs écrivent la conséquence eux-mêmes : un changement de 11 points serait considéré comme important par le patient, bien que des changements allant jusqu'à 13 points puissent être dus à l'erreur de mesure.

Autrement dit, il existe une zone, entre onze et treize points, où le patient déclare que quelque chose a changé pour lui et où l'échelle est incapable de le confirmer. C'est cette zone que l'outil du haut de page nomme, plutôt que de la lisser.

Deux autres résultats de la même étude méritent d'être connus. Le score total n'a ni effet plancher ni effet plafond, ce qui rassure, mais huit de ses treize items plafonnent pris isolément, ce qui ne rassure plus. Et ses auteurs concluent que la faible corrélation entre la douleur et l'échelle met en cause la validité du score, en recommandant d'en envisager une révision.

Les seuils publiés, et les populations dont ils viennent

Le seuil que la pratique française cite le plus est 10 points sur 100. Il vient d'une seule étude, qui comparait cinq instruments dans la douleur fémoro-patellaire, et deux précisions comptent avant de le reprendre : il est issu d'une analyse de groupe sur 71 personnes, et non d'une étude de seuil individuel ; et la fidélité test-retest y allait de médiocre à bonne, de 0,49 à 0,83.

Ce chiffre n'est pas non plus une constante de l'instrument. Une cohorte thaïlandaise de 47 patients trouve une amélioration minimale cliniquement importante à 3,5 points, soit près du tiers. La même étude fournit le seul score-cible publié pour cette échelle en fémoro-patellaire conservateur : un état symptomatique acceptable à partir de 72. Ce n'est pas un changement, c'est un niveau, et les deux ne se substituent pas.

Une revue systématique de 24 études ajoute une valeur d'une autre nature encore : le changement minimal détectable de cette échelle exprimé en pourcentage, 9,0 %. Un pourcentage ne se convertit pas mécaniquement en points, et cette revue ne classe d'ailleurs pas le Kujala premier : elle recommande en premier choix un autre questionnaire, celui des activités de la vie quotidienne du Knee Outcome Survey.

Enfin, une donnée qui gouverne toutes les autres : l'échelle n'est pas une mesure d'intervalle. L'analyse de Rasch conclut qu'elle doit être traitée comme une donnée ordinale. Un gain de dix points ne vaut donc pas la même chose selon l'endroit d'où l'on part, et une différence de scores ne se manipule pas comme une différence de centimètres.

Les seuils publiés, et ce que chacun mesure
Ce qui est mesuréValeurPopulation
Amélioration minimale cliniquement importante3,547 patients, cohorte thaïlandaise
Différence jugée importante, analyse de GROUPE1071 personnes, essai randomisé
Changement minimal important11112 patients, essai randomisé norvégien
Changement minimal détectable, soit l'ERREUR DE MESURE1350 patients stables de la même cohorte
Le même, exprimé en pourcentage9,0 %revue de 24 études, cinq questionnaires
État symptomatique acceptable, un NIVEAU et non un écart72les mêmes 47 patients

La version française, et ses seuils importés

Il existe une version française validée, et c'est une bonne nouvelle : elle a été produite par une équipe liégeoise sur 101 patients recrutés en Belgique francophone et en France, d'âge moyen 34,5 ans, avec une traduction en six étapes selon les recommandations internationales.

Ses propriétés sont solides : fidélité test-retest de 0,97, cohérence interne de 0,87, validité de construit cohérente contre le SF-36, avec des corrélations fortes sur la fonction physique et le rôle physique et faibles sur la santé mentale, et aucun effet plancher ni plafond.

Mais ce que cette validation n'établit pas compte autant. Son résumé ne rapporte ni changement minimal détectable, ni changement minimal important, ni score-cible pour la version française. Tous les seuils employés en France sont donc importés : les 10 points d'une étude comparant cinq instruments, les 11 et 13 d'une cohorte norvégienne, les 3,5 et le 72 d'une cohorte thaïlandaise.

Détail qui a son importance pour un compte rendu : l'échelle n'a aucun nom français. La validation elle-même est publiée sous l'intitulé anglais, et il n'existe aucune publication de langue française sur cet instrument. Contrairement au Roland-Morris devenu EIFEL, aucun intitulé français n'a jamais été introduit dans la littérature indexée.

Pourquoi cette page ne nomme pas les items en cause

Deux études mettent la structure de cette échelle en cause, et l'une d'elles montre qu'une forme réduite à onze items s'ajuste mieux que la version complète, tout en corrélant à 0,966 avec elle. Son résumé désigne ces deux items par leur numéro et ne les nomme pas. Cette page ne les nomme donc pas non plus. La relecture adversariale de ce dossier avait relevé, comme faute bloquante, une version antérieure qui leur attribuait des libellés absents de la source, et de surcroît inversés par rapport à la numérotation d'origine. Aucune licence n'étant établie pour cet instrument, ses treize items ne sont pas reproduits ici.

Trois pièges de passation

Traiter les 10 points comme un seuil individuel

Ils viennent d'une analyse de groupe sur 71 personnes. Les seuils d'importance publiés vont de 3,5 à 11 points selon la population et la méthode, et l'erreur de mesure de l'échelle vaut 13 points, plus que le plus grand d'entre eux.

Ranger l'erreur de mesure parmi les seuils d'importance

Ce sont deux constructions différentes. Trois et demi, dix et onze répondent à « est-ce que cela compte pour le patient ? » ; treize répond à « est-ce que l'instrument sait le voir ? ». Un intervalle allant de 3,5 à 13 mélange les deux questions.

Traiter une différence de points comme une distance

L'analyse de Rasch conclut que l'échelle ne satisfait pas aux critères de mesure d'intervalle : un gain de dix points ne vaut pas la même chose à 55 et à 85. Le score se lit, il ne se soustrait pas comme une longueur.

Questions fréquentes

Que mesure le score de Kujala ?

Il cote la fonction fémoro-patellaire sur treize items à points inégaux, pour un total de 0 à 100 où 100 est la meilleure fonction. Le sens est inverse de celui d'une échelle de douleur.

À partir de combien de points un changement compte-t-il ?

Les seuils d'importance publiés vont de 3,5 à 11 points selon la population. Mais l'erreur de mesure de l'échelle vaut 13 points : en dessous, un changement individuel ne se conclut pas.

Quel score viser en fin de rééducation ?

Le seul score-cible publié est un état symptomatique acceptable à partir de 72, établi sur 47 patients suivis en traitement conservateur. Il ne s'agit pas d'un changement mais d'un niveau atteint.

Existe-t-il une version française du score de Kujala ?

Oui, validée en 2019 sur 101 patients de Belgique francophone et de France, avec une fidélité de 0,97. En revanche, cette étude ne publie aucun seuil : tous ceux employés en France viennent d'ailleurs.

Le score de Kujala mesure-t-il la douleur ?

Mal, et ses propres évaluateurs le disent : la faible corrélation entre la douleur et l'échelle met en cause la validité du score. L'instrument a d'ailleurs été construit sur une population majoritairement faite d'instabilités rotuliennes.

Références

9 sources, PMID compris
  1. Kujala UM, Jaakkola LH, Koskinen SK, Taimela S, Hurme M, Nelimarkka O. Scoring of patellofemoral disorders. Arthroscopy 1993;9(2):159-63. PMID 8461073. La publication princeps, qui ne donne à l'échelle aucun nom et parle seulement d'un nouveau questionnaire. Elle l'éprouve sur 68 sujets exclusivement féminins répartis en quatre groupes : 17 témoins à 100 points en moyenne, 16 douleurs antérieures à 83, 16 subluxations rotuliennes à 68 et 19 luxations à 62. Elle cite six items qui séparaient le plus nettement les groupes, tous à p < 0,0001 et sans hiérarchie entre eux, dont les mouvements rotuliens anormaux et douloureux, la boiterie, la douleur, la course, la montée d'escaliers et la station assise prolongée genoux fléchis.
  2. Ittenbach RF, Huang G, Barber Foss KD, Hewett TE, Myer GD. Reliability and Validity of the Anterior Knee Pain Scale: Applications for Use as an Epidemiologic Screener. PLoS One 2016;11(7):e0159204. PMID 27441381. Le texte en accès libre qui porte la description de la cotation, et c'est la seule lue en entier. L'instrument compte 13 items à format de réponse ordinal variable : chaque item ne pèse pas le même nombre de points et le nombre de modalités diffère de l'un à l'autre. Le total va de 0 à 100. Ce même texte ne contient aucune occurrence de « permission », « freely available » ni « copyright holder ».
  3. Crossley KM, Bennell KL, Cowan SM, Green S. Analysis of outcome measures for persons with patellofemoral pain: which are reliable and valid? Arch Phys Med Rehabil 2004;85(5):815-22. PMID 15129407. La source unique des 10 points sur 100 devenus le réflexe français. Une précision décisive avant de reprendre ce chiffre : il vient d'une analyse de groupe sur 71 personnes, et non d'une étude de seuil individuel, et la fidélité test-retest y va de médiocre à bonne, 0,49 à 0,83. L'échelle y est en revanche la plus réactive des cinq comparées, taille d'effet 0,98 contre 0,37 pour le questionnaire d'indice fonctionnel.
  4. Hott A, Liavaag S, Juel NG, Brox JI, Ekeberg OM. The reliability, validity, interpretability, and responsiveness of the Norwegian version of the Anterior Knee Pain Scale in patellofemoral pain. Disabil Rehabil 2021;43(11):1605-14. PMID 31583918. La référence la plus dérangeante de ce dossier, parce qu'elle mesure ensemble les deux grandeurs et trouve la mauvaise plus grande. Sur 112 patients, dont 50 stables pour le test-retest, le changement minimal important vaut 11 points et le changement minimal détectable en vaut 13. Ses auteurs l'écrivent : un changement de 11 points serait considéré comme important par le patient, bien que des changements allant jusqu'à 13 points puissent être dus à l'erreur de mesure. Elle montre aussi que l'absence d'effet plafond du total masque un plafonnement de huit items sur treize, et conclut que la faible corrélation entre la douleur et l'échelle met en cause sa validité.
  5. Selhorst M, Fernandez-Fernandez A, Cheng MS. Rasch analysis of the anterior knee pain scale in adolescents with patellofemoral pain. Clin Rehabil 2020;34(12):1512-9. PMID 32674606. L'analyse de Rasch sur 646 adolescents en douleur fémoro-patellaire, score médian 73, étendue observée de 7 à 100. Elle établit que l'échelle ne satisfait pas aux critères de mesure d'intervalle : un gain de dix points ne vaut pas la même chose à 55 et à 85. Elle désigne un seul item en mésajustement significatif, celui des mouvements rotuliens anormaux et douloureux, c'est-à-dire précisément celui que le princeps citait en tête de ses six items les plus discriminants. Et seuls cinq items sur treize ordonnent correctement leurs modalités de réponse.
  6. Apivatgaroon A, Tungbanjerdsook P, Chernchujit B, Sanguanjit P. Clinically meaningful thresholds for the Thai Kujala score in patellofemoral pain syndrome: Minimal clinically important improvement and patient acceptable symptom state. J ISAKOS 2026;19:101169. PMID 42398829. La preuve chiffrée que le « plus dix » n'est pas une propriété de l'instrument. Sur 47 patients suivis à un et trois mois, l'amélioration minimale cliniquement importante descend à 3,5 points, soit près du tiers du chiffre le plus cité. Cette étude fournit par ailleurs le seul état symptomatique acceptable publié pour cette échelle en fémoro-patellaire conservateur : un score-cible de 72, aire sous la courbe 0,708.
  7. Buckinx F, Bornheim S, Remy G, Van Beveren J, Reginster J, Bruyère O, Dardenne N, Kaux JF. French translation and validation of the "Anterior Knee Pain Scale" (AKPS). Disabil Rehabil 2019;41(9):1089-94. PMID 29264931. La seule version française validée, produite par une équipe liégeoise sur 101 patients recrutés en Belgique francophone et en France, d'âge moyen 34,5 ans. Elle établit une fidélité test-retest excellente, 0,97, une cohérence interne de 0,87, une validité de construit cohérente contre le SF-36, et aucun effet plancher ni plafond. Ce qu'elle n'établit pas compte autant : son résumé ne rapporte ni changement minimal détectable, ni changement minimal important. Tout seuil chiffré appliqué en France est donc importé.
  8. Esculier JF, Roy JS, Bouyer LJ. Psychometric evidence of self-reported questionnaires for patellofemoral pain syndrome: a systematic review. Disabil Rehabil 2013;35(26):2181-90. PMID 23627531. La revue systématique qui met cette échelle en concurrence avec quatre autres dans le syndrome fémoro-patellaire, et qui ne la classe pas première : elle recommande en premier choix l'échelle d'activités de la vie quotidienne du Knee Outcome Survey, le Kujala restant adéquat. Elle donne aussi son changement minimal détectable exprimé en pourcentage, 9,0 %, à comparer aux 8,3 % de la première et aux 30 % d'un autre score de genou. Un pourcentage ne se convertit pas mécaniquement en points.
  9. da Silva-Júnior FB, Dibai-Filho AV, Barros DCC, Dos Reis-Júnior JR, Gonçalves MBS, Soares AR, Cabido CET, Pontes-Silva A, Fidelis-de-Paula-Gomes CA, Pires FO. Anterior Knee Pain Scale (AKPS): structural and criterion validity in Brazilian population with patellofemoral pain. BMC Musculoskelet Disord 2024;25(1):39. PMID 38191375. Une seconde mise en cause de la structure, sur 101 participants : deux items portent une saturation factorielle inférieure à 0,23, et une forme à 11 items qui les exclut s'ajuste mieux tout en corrélant à 0,966 avec la version longue. Son résumé ne nomme pas ces deux items, et cette page ne les nomme donc pas non plus : c'est la correction bloquante relevée par la relecture adversariale de ce dossier.
Anthony Baillon Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le questionnaire, lui, est de Kujala et coll. en 1993 : cette page le documente et l'interprète, elle n'en reproduit aucun item.

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