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Kinésithérapie · Rhumatisme inflammatoire axial

La spondylarthrite ankylosante (axSpA) MAJ 2026

En bref

La spondyloarthrite axiale (axSpA), dont la spondylarthrite ankylosante est la forme radiographique, est un rhumatisme inflammatoire chronique du squelette axial débutant typiquement avant 45 ans. Elle repose sur une enthésite (inflammation des insertions tendino-ligamentaires) médiée par l'axe IL-23/IL-17/TNF ; le HLA-B27 est présent chez 80 à 95 % des patients et l'IRM des sacro-iliaques, révélant l'œdème osseux, permet le diagnostic précoce. Signes associés : lombalgie inflammatoire, uvéite antérieure (~25 %), psoriasis, MICI. La première ligne (ASAS-EULAR 2023) associe éducation et exercice régulier dès le diagnostic, AINS puis biothérapies si réponse insuffisante. Le délai diagnostique médian atteint environ 7 ans.

Synthèse clinique fondée sur les meta-analyses et consensus internationaux les plus récents : ASAS-EULAR 2023, ACR/SAA/SPARTAN 2019, Lancet 2024, Cochrane 2019 et données prospectives 2020-2025.

Diagnostic Exercice & HIIT HLA-B27 & IRM Evidence-based
~7ans
Délai diagnostique médian
Zhao 2021 · meta-analyse 64 études
80-95%
Patients SA porteurs HLA-B27
Dean 2014 · Sieper Lancet 2017
1:1
Ratio H/F en nr-axSpA
Sieper Lancet 2017 · Rusman 2018

Synthèse clinique

  • La spondyloarthrite axiale (axSpA), dont la spondylarthrite ankylosante (SA / r-axSpA) est la forme radiographique, est un rhumatisme inflammatoire chronique du squelette axial débutant typiquement avant 45 ans.1,2
  • Le HLA-B27 est le facteur génétique majeur, présent chez 80-95 % des patients caucasiens. Sa seule présence ne suffit pas a causer la maladie.3,4
  • Le mécanisme central est l'enthesite (inflammation des insertions tendino-ligamentaires), mediee par l'axe IL-23/IL-17/TNF.5
  • L'IRM des sacro-iliaques (séquence STIR : oedeme osseux) est l'examen clé du diagnostic précoce, bien avant les lésions radiographiques.6
  • Les critères ASAS 2009 distinguent nr-axSpA (non-radiographique, IRM+ ou HLA-B27+) et r-axSpA (SA, critères NY modifiés).2,7
  • Le délai diagnostique médian est d'environ 7 ans, principal obstacle à une prise en charge optimale.8
  • Chez la femme, l'axSpA est sous-diagnostiquée ; le ratio H/F est 1:1 en nr-axSpA mais 2-3:1 en r-axSpA, avec un retard diagnostique aggrave.1,9
  • Première ligne thermal (ASAS-EULAR 2023) : éducation thérapeutique + exercice régulier pour tous les patients, des le diagnostic.10
  • L'exercice est non négociable : la revue Cochrane Regnaux 2019 confirme l'efficacité sur douleur, fonction et mobilité.11
  • Le HIIT est sur et efficace dans l'axSpA stable : amélioration ASDAS, BASDAI et capacité cardio (Sveaas 2014/2020).12,13
  • AINS = pharmacothérapie de première intention. Biotherapies (anti-TNF, anti-IL-17, JAK-i) en cas de réponse insuffisante.10,14
  • Les thérapies manuelles sont un appoint utile à court terme, jamais un traitement de fond autonome.11
  • L'axSpA peut mimer une sciatique (douleur fessière a bascule) ou une fasciite plantaire (enthesite achilleenne) : la lombalgie inflammatoire est le drapeau rouge.15
  • Manifestations extra-articulaires fréquentes : uveite antérieure aiguë (~25 % des patients), psoriasis, MICI.16
  • Le suivi repose sur des PROMs validés : BASDAI (activité), BASFI (fonction), BASMI (mobilité), ASDAS-CRP.17,18
  • Identifier les drapeaux rouges (fracture rachidienne, infection, dissection aortique sur SA évoluée) est non négociable pour la sécurité.19
  • Approche multidisciplinaire essentielle : rhumatologue, kinésithérapeute, ophtalmologiste (si uveite), gastro-enterologue (si MICI).10
  • Le retour au sport doit être progressif et guide par les symptômes, pas par un calendrier rigide ; la pratique régulière est protectrice.13,20
  • L'autogestion (apps mobiles, monitoring BASDAI, exercices à domicile) est la pierre angulaire de la prévention des poussées.10,21

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux a connaître sur la spondylarthrite ankylosante (axSpA) ?
    1. Comment définir cette pathologie, qui est touche et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le corps et comment l'axSpA évolue-t-il naturellement ?
  2. Comment évaluer et diagnostiquer la spondylarthrite ankylosante avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques réaliser et quels examens complémentaires demander ?
    3. Faut-il classifier les patients et pour quels bénéfices ?
  3. L'axSpA chez la femme : pourquoi est-elle sous-diagnostiquée et comment y remedier ?
    1. Quelles sont les différences cliniques et radiologiques entre hommes et femmes ?
    2. Comment réduire le retard diagnostique chez la femme ?
  4. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
    2. Quelle est la place de l'exercice et le HIIT est-il supérieur ?
    3. Thérapies manuelles, balneotherapie, TENS : quelle est leur réelle efficacité ?
    4. Comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?
  5. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
    1. Comment rendre le patient acteur de sa guérison ?
    2. Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport ?
  6. Que nous apprennent les cas cliniques concrets ?
    1. Cas classique : protocole de kinésithérapie evalue (Saracoglu 2024).
    2. Le défi diagnostique : quand l'axSpA imite une autre pathologie.
    3. Cas complexe : axSpA avec manifestations extra-articulaires.
  7. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles a l'implémentation ?

Quels sont les fondamentaux a connaître sur la spondylarthrite ankylosante (axSpA) ?

Dans ce chapitre : définition de la spondyloarthrite axiale (axSpA / SA), épidémiologie globale (prévalence 0,2-0,5 %), rôle majeur du HLA-B27 (80-95 %), distinction r-axSpA vs nr-axSpA, axe IL-23/IL-17 et pathogenese de l'enthesite.

Comment définir cette pathologie, qui est touche et quels sont les facteurs de risque ?

La spondyloarthrite axiale (axSpA) est un rhumatisme inflammatoire chronique du squelette axial : colonne vertébrale et articulations sacro-iliaques.1,2 La terminologie moderne, établie par l'ASAS (Assessment of SpondyloArthritis international Society), englobe deux phenotypes : la forme radiographique (r-axSpA), historiquement nommee spondylarthrite ankylosante (SA) et définie par une sacro-iliite visible en radiographie selon les critères modifiés de New York,3 et la forme non-radiographique (nr-axSpA), sans lésion structurelle visible mais avec une sacro-iliite active en IRM ou un faisceau d'arguments cliniques associés'au HLA-B27.2 Cette évolution conceptuelle a permis d'identifier les patients plus précocement et de leur ouvrir l'accès'aux biotherapies.4

Sur le plan épidémiologique, la prévalence mondiale de la SA varie de 0,1 % à 1,4 %, en grande partie corrélée à la fréquence du HLA-B27 dans la population concernée.5 En Europe, la prévalence pondérée de la SA est estimée a 0,24 %.5 Les premiers symptômes apparaissent typiquement entre 20 et 40 ans, avec un début obligatoirement avant 45 ans selon les critères ASAS.2

Le ratio homme/femme est l'un des éléments les plus revus à la baisse ces 15 dernières années : alors qu'on l'estimait historiquement a 2-3:1 pour la SA radiographique, on sait aujourd'hui qu'il est proche de 1:1 pour la nr-axSpA, la maladie étant largement sous-diagnostiquée chez la femme (cf. chapitre 3).1,6

Prévalence et caractéristiques épidémiologiques de l'axSpA

Synthèse des données globales : Sieper & Poddubnyy Lancet 2017, Dean Rheumatology 2014

Prévalence axSpA dans le monde Prévalence axSpA selon les régions 0,5% 0,3% 0,1% 0% Europe 0,24% Am. Nord 0,32% Asie 0,17% Afrique 0,07% Am. Latine 0,10% Global ~0,2 % Adultes Pic diagnostic 20-40 ans Début < 45 ans Variation forte selon prévalence HLA-B27 dans la population : Dean 2014, Stolwijk 2016

Sources : Dean LE et al. Rheumatology 2014;53(4):650-7 ; Sieper J, Poddubnyy D. Lancet 2017;390:73-84. Prévalence pondérée globale ~0,2 %, début typique 20-40 ans.

Le HLA-B27 (Human Leucocyte Antigen B27) est le facteur de risque génétique le plus puissant : retrouve chez 80-95 % des patients atteints de SA dans les populations caucasiennes, contre 8-10 % dans la population générale.2,5 Toutefois, plus de 95 % des porteurs de HLA-B27 ne developperont jamais la maladie, ce qui indique que d'autres facteurs (génétiques : ERAP1, IL-23R ; environnementaux : microbiote intestinal) jouent un rôle déclencheur chez les sujets predisposes.1

~0,2 %Prévalence globale de la SA chez l'adulte (Dean 2014)
80-95 %Patients SA HLA-B27+ (caucasiens, Sieper 2017)
< 45 ansAge de début obligatoire des symptômes (critères ASAS)
~25 %Patients axSpA avec uveite antérieure aiguë (Stolwijk 2015)

Que se passe-t-il dans le corps et comment l'axSpA évolue-t-il naturellement ?

Le processus pathologique central est l'enthesite : inflammation des enthèses, sites ou les tendons, ligaments et capsules s'inserent dans l'os.7 Cette inflammation, particulièrement active au niveau des sacro-iliaques et des coins vertébraux, est mediee par plusieurs voies immunitaires, dont l'axe IL-23 / IL-17, devenu une cible thérapeutique majeure (anti-IL-17 : secukinumab, ixekizumab, bimekizumab).7 Le rôle du TNF-alpha reste central, avec les anti-TNF comme première classe de biotherapies validée.10

L'évolution naturelle combine inflammation et réparation osseuse anormale : érosion d'abord, puis formation osseuse pathologique aux sites enflammes (syndesmophytes, ankylose).1,7 Sans traitement efficace, la maladie progresse de manière variable selon les patients, avec un risque accumule de fusion vertébrale (« colonne de bambou ») chez une minorité de patients sévères. Les hanches peuvent être atteintes (coxite radiographique chez 25-35 % des patients SA evolues), entraînant un handicap fonctionnel important.1

Au-delà du squelette, les manifestations extra-articulaires sont fréquentes :

  • Uveite antérieure aiguë : la plus fréquente, touchant environ 23-26 % des patients SA au cours de leur vie (meta-analyse Stolwijk 2015).8
  • Psoriasis : ~9-10 % des patients axSpA.8
  • Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI : Crohn, RCH) : ~6-7 % des patients axSpA.8
L'axSpA n'est pas une maladie purement vertébrale : c'est une maladie systémique mediee par l'axe IL-23/IL-17 dont les manifestations oculaires, cutanées et intestinales peuvent précéder les symptômes rachidiens.

A retenir

  • L'axSpA regroupe la r-axSpA (SA radiographique, critères NY modifiés) et la nr-axSpA (sans sacro-iliite radio, IRM+ ou HLA-B27+ avec autres signes).
  • HLA-B27 = facteur génétique majeur (80-95 % des SA caucasiens) mais non suffisant.
  • Enthesite = lésion primaire, mediee par axe IL-23/IL-17 (cibles thérapeutiques).
  • Manifestations extra-articulaires : uveite ~25 %, psoriasis ~10 %, MICI ~7 %.
Bibliographie
  1. Sieper J, Poddubnyy D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2017;390(10089):73-84. PMID 28110981.
  2. Rudwaleit M, van der Heijde D, Landewe R, et al. The development of Assessment of SpondyloArthritis international Society classification criteria for axial spondyloarthritis (part II): validation and final sélection. Ann Rheum Dis. 2009;68(6):777-783. PMID 19297344.
  3. van der Linden S, Valkenburg HA, Cats A. Évaluation of diagnostic criteria for ankylosing spondylitis: a proposal for modification of the New York criteria. Arthritis Rheum. 1984;27(4):361-368. PMID 6231933.
  4. Taurog JD, Chhabra A, Colbert RA. Ankylosing Spondylitis and Axial Spondyloarthritis. N'Engl J Med. 2016;374(26):2563-2574. PMID 27355535. doi:10.1056/NEJMra1406182.
  5. Dean LE, Jones GT, MacDonald AG, Downham C, Sturrock RD, Macfarlane GJ. Global prévalence of ankylosing spondylitis. Rheumatology (Oxford). 2014;53(4):650-657. PMID 24324212.
  6. Rusman T, van Vollenhoven RF, van der Horst-Bruinsma IE. Gender Différences in Axial Spondyloarthritis: Women Are Not So Lucky. Curr Rheumatol Rep. 2018;20(6):35. PMID 29754330.
  7. Schett G, Lories RJ, D'Agostino MA, Elewaut D, Kirkham B, Soriano ER, McGonagle D. Enthesitis: from pathophysiology to treatment. Nat Rev Rheumatol. 2017;13(12):731-741. PMID 29158573.
  8. Stolwijk C, van Tubergen A, Castillo-Ortiz JD, Boonen A. Prévalence of extra-articular manifestations in patients with ankylosing spondylitis: a systematic review and meta-analysis. Ann Rheum Dis. 2015;74(7):1373-1378. PMID 24013647.
  9. Navarro-Compan V, Sepriano A, El-Zorkany B, van der Heijde D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2024;404(10470):2354-2367. doi:10.1016/S0140-6736(24)02263-3.
  10. Ramiro S, Nikiphorou E, Sepriano A, et al. ASAS-EULAR recommendations for the management of axial spondyloarthritis: 2022 update. Ann Rheum Dis. 2023;82(1):19-34. PMID 36270658.

Comment évaluer et diagnostiquer la spondylarthrite ankylosante avec certitude ?

Dans ce chapitre : reconnaître la lombalgie inflammatoire (critères ASAS 2009), examen physique cible (Schober, ampliation thoracique), interprétation HLA-B27 et CRP, place centrale de l'IRM des sacro-iliaques (séquence STIR), critères de classification ASAS r/nr-axSpA.

Le diagnostic d'axSpA repose sur la convergence de multiples indices (cliniques, biologiques et d'imagerie), plutôt que sur un test unique.1 Le défi majeur reste le retard diagnostique, dont la médiane est estimée a environ 7 ans après l'apparition des premiers symptômes selon la meta-analyse Zhao 2021 (64 études, >65 000 patients).2 Ce délai impacte directement la qualité de vie et retarde l'accès'aux biotherapies efficaces.

Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?

L'interrogatoire est la pierre angulaire du diagnostic précoce. L'objectif est d'identifier les caractéristiques de la lombalgie inflammatoire (IBP), distincte de la lombalgie mécanique commune. Les critères ASAS 2009 (Sieper et al.) définissent l'IBP par la présence d'au moins 4 sur 5 critères chez un patient ayant une lombalgie chronique (> 3 mois) :3

  • Début avant 40 ans
  • Début insidieux (progressif, non brutal)
  • Amélioration par l'exercice (et non par le repos)
  • Pas d'amélioration par le repos
  • Réveil nocturne par la douleur (typiquement deuxième moitié de la nuit), avec amélioration au lever

L'examen doit également rechercher activement :

  • Raideur matinale prolongée (> 30 min)
  • Réponse spectaculaire aux AINS en 24-48 h (argument fort)
  • Antécédents d'uveite antérieure aiguë (oeil rouge douloureux, photophobie)
  • Antécédents de psoriasis personnel ou familial
  • Antécédents de MICI (maladie de Crohn, RCH)
  • Atteintes périphériques : arthrite asymétrique (membres inférieurs), enthesite (talon d'Achille, fascia plantaire), dactylite (doigt ou orteil en saucisse)
  • Antécédents familiaux de spondyloarthrite, psoriasis ou MICI

Quels tests cliniques réaliser et quels examens complémentaires demander ?

L'examen physique vise a objectiver la perte de mobilité axiale et a rechercher les signes d'enthesite périphérique.

Mesures de mobilité rachidienne (BASMI, Jenkinson 1994) :4

  • Distance occiput-mur (ou tragus-mur) : cyphose dorsale
  • Rotation cervicale en degrés
  • Flexion latérale lombaire en cm
  • Test de Schober modifie : flexion lombaire (normal > 5 cm d'expansion)
  • Distance intermalleolaire : abduction de hanche

Ampliation thoracique : différence entre inspiration et expiration au 4e espace intercostal (normale > 5 cm). Diminue tardivement avec l'atteinte costo-vertébrale.4

Examens complémentaires :

  • HLA-B27 : présent chez 80-95 % des SA caucasiens mais aussi chez 8-10 % de la population générale. Sa valeur prédictive positive isolée est moyenne ; il s'interprete dans un contexte clinique évocateur.5
  • CRP / VS : peuvent être élevées mais une CRP normale n'exclut pas le diagnostic (~40 % des patients axSpA actifs ont une CRP normale).5
  • Radiographies du bassin de face : recherchent une sacro-iliite (stades NY modifiés 2-4). Cependant, le délai d'apparition peut atteindre 5-10 ans : la radio est peu sensible au stade précoce.1
  • IRM des sacro-iliaques : examen de référence pour le diagnostic précoce. La séquence STIR détecte l'oedeme médullaire osseux (signe d'inflammation active). La définition ASAS/OMERACT actualisée (Lambert 2016) requiert au moins 2 lésions sur 1 coupe ou 1 lésion sur 2 coupes consecutives.6

Algorithme décisionnel ASAS : diagnostic d'axSpA

Logique des critères ASAS 2009 (Rudwaleit), deux bras d'entrée : imagerie ou clinique

Algorithme diagnostique ASAS axSpA Lombalgie chronique > 3 mois Début < 45 ans Suspicion clinique axSpA (IBP + signes associés) BRAS IMAGERIE Sacro-iliite radiographique (NY) OU Oedeme osseux IRM (STIR) + >= 1 critère SpA BRAS CLINIQUE HLA-B27 positif + >= 2 critères SpA (IBP, enthesite, uveite, etc.) Critères SpA : IBP, arthrite, enthesite, dactylite, uveite, psoriasis, MICI, antécédent familial, HLA-B27, bonne réponse AINS, CRP élevée axSpA = r-axSpA (SA) OU nr-axSpA Orientation rhumatologue (ttt selon ASAS-EULAR 2023)

D'après Rudwaleit M'et al. Ann Rheum Dis 2009;68(6):777-83. Sensibilité poolée 73 %, spécificité 88 % (meta-analyse Sepriano 2017).

Faut-il classifier les patients et pour quels bénéfices ?

La classification ASAS 2009 (Rudwaleit), distincte du diagnostic clinique individualisé, homogeneise les populations pour la recherche et l'accès'aux traitements.7 Sa performance globale a été évaluée dans la meta-analyse Sepriano 2017 (9 études, 5 739 patients) : sensibilité 73 %, spécificité 88 %.7

Deux sous-groupes au sein de l'axSpA :

  1. r-axSpA (spondylarthrite ankylosante / SA) : sacro-iliite radiographique selon les critères NY modifiés (van der Linden 1984).8
  2. nr-axSpA : sans lésion structurelle visible mais avec sacro-iliite active a l'IRM ou bras clinique HLA-B27+.7
Critère / ExamenSensibilitéSpécificitéNiveau de preuveSource PMID
Lombalgie inflammatoire (IBP, Sieper)~70 %~80 %Élevé (1a)19147614
HLA-B27 (population caucasienne)~85-95 %~90 %Élevé28110981
IRM sacro-iliaque (oedeme STIR, ASAS 2016)~70-80 %~90 %Élevé (1a)26768408
Radio sacro-iliaque (sacro-iliite NY)~30 % stade précoce~95 %Modéré (délai apparition long)6231933
Test de Schober modifieVariable~70 %Modéré, peu sensible stade précoce7799351
Critères ASAS axSpA (meta-analyse)73 %88 %Élevé (1a)28179264
Tests provocation sacro-iliaque (cluster >= 3)VariableVariableFaible : hétérogénéité forte31391801
L'IRM des sacro-iliaques en séquence STIR est la clé du diagnostic précoce : elle peut révéler l'inflammation active 5 à 10 ans avant l'apparition de lésions structurelles visibles à la radiographie.

Critique et controverse : les zones grises du diagnostic

Plusieurs défis persistent. Le premier concerne l'utilisation des critères ASAS comme outil de diagnostic en pratique clinique quotidienne, alors qu'ils ont été concus pour la classification dans la recherche.7 Un patient peut avoir une axSpA sans remplir les critères, et inversement, une personne remplissant le bras clinique (HLA-B27+ avec quelques signes évocateurs) peut avoir une autre pathologie.

Le second point porte sur l'interprétation de l'IRM : l'oedeme médullaire osseux n'est pas totalement spécifique. Des lésions similaires peuvent être observées chez des athletes (charges mécaniques répétées), des femmes en post-partum, ou en cas de spondylodiscite infectieuse : d'ou la necessite impérative d'une corrélation clinique avant de poser le diagnostic.6

Enfin, le retard diagnostique de 7 ans en moyenne reste un fleau majeur, principalement du à une meconnaissance des signes de la lombalgie inflammatoire par les médecins de première ligne (généralistes, kinésithérapeutes) et à la banalisation par les patients eux-mêmes.2

A retenir

  • Le diagnostic d'axSpA est un puzzle clinique : IBP (Sieper 2009, 4/5 critères) + HLA-B27 + CRP + IRM sacro-iliaque (STIR).
  • L'IRM des sacro-iliaques est l'examen clé précoce : elle revele l'oedeme osseux 5-10 ans avant la radio.
  • Les critères ASAS 2009 (sens. 73 %, spec. 88 %) distinguent r-axSpA (SA) et nr-axSpA, pour standardiser la recherche.
  • Retard diagnostique médian ~7 ans (Zhao 2021) : reconnaître l'IBP est l'enjeu majeur de santé publique.
Bibliographie
  1. Sieper J, Poddubnyy D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2017;390(10089):73-84. PMID 28110981.
  2. Zhao SS, Pittam B, Harrison NL, Ahmed AE, Goodson NJ, Hughes DM. Diagnostic delay in axial spondyloarthritis: a systematic review and meta-analysis. Rheumatology (Oxford). 2021;60(4):1620-1628. PMID 33982063.
  3. Sieper J, van der Heijde D, Landewe R, et al. New criteria for inflammatory back pain in patients with chronic back pain: a real patient exercise by experts from the Assessment of SpondyloArthritis international Society (ASAS). Ann Rheum Dis. 2009;68(6):784-788. PMID 19147614.
  4. Jenkinson TR, Mallorie PA, Whitelock HC, Kennedy LG, Garrett SL, Calin A. Defining spinal mobility in ankylosing spondylitis (AS). The Bath AS Metrology Index. J Rheumatol. 1994;21(9):1694-1698. PMID 7799351.
  5. Navarro-Compan V, Sepriano A, El-Zorkany B, van der Heijde D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2024;404(10470):2354-2367. doi:10.1016/S0140-6736(24)02263-3.
  6. Lambert RG, Bakker PA, van der Heijde D, et al. Defining active sacroiliitis on MRI for classification of axial spondyloarthritis: update by the ASAS MRI working group. Ann Rheum Dis. 2016;75(11):1958-1963. PMID 26768408.
  7. Sepriano A, Rubio R, Ramiro S, Landewe R, van der Heijde D. Performance of the ASAS classification criteria for axial and peripheral spondyloarthritis: a systematic literature review and meta-analysis. Ann Rheum Dis. 2017;76(5):886-890. PMID 28179264.
  8. van der Linden S, Valkenburg HA, Cats A. Évaluation of diagnostic criteria for ankylosing spondylitis: a proposal for modification of the New York criteria. Arthritis Rheum. 1984;27(4):361-368. PMID 6231933.
  9. Rudwaleit M, van der Heijde D, Landewe R, et al. The development of Assessment of SpondyloArthritis international Society classification criteria for axial spondyloarthritis (part II): validation and final sélection. Ann Rheum Dis. 2009;68(6):777-783. PMID 19297344.
  10. Garrett S, Jenkinson T, Kennedy LG, Whitelock H, Gaisford P, Calin A. A new approach to defining disease status in ankylosing spondylitis: the Bath Ankylosing Spondylitis Disease Activity Index. J Rheumatol. 1994;21(12):2286-2291. PMID 7699630.

L'axSpA chez la femme : pourquoi est-elle sous-diagnostiquée et comment y remedier ?

Dans ce chapitre : la sous-population vulnérable, femmes atteintes d'axSpA. Différences cliniques (atteintes périphériques, fatigue) et radiologiques (moins de progression structurelle, plus de nr-axSpA), retard diagnostique aggrave (~9 ans vs 6 ans), stratégies pour réduire les inegalites.

Pendant des décennies, la spondylarthrite ankylosante a été considérée comme une maladie « masculine » avec un ratio H/F estime a 2-3:1, base sur les critères NY de 1984 qui exigent une sacro-iliite radiographique.1 Cette vision est aujourd'hui depassee : avec l'avenement des critères ASAS 2009 et l'inclusion des formes non-radiographiques, le ratio est proche de 1:1 pour la nr-axSpA.2,3 Cette évolution conceptuelle revele un problème majeur de sous-diagnostic féminin.

Quelles sont les différences cliniques et radiologiques entre hommes et femmes ?

Les femmes axSpA présentent un phénotype clinique partiellement different de celui des hommes, ce qui contribue au retard diagnostique :1,2

  • Atteintes périphériques plus fréquentes : arthrites, enthesites (talon, fascia plantaire), dactylites.
  • Atteinte cervicale plus précoce et plus marquée dans les formes evoluees.
  • Symptômes plus diffus (douleurs cervicales, thoraciques, périphériques) parfois étiquetés a tort « fibromyalgie ».
  • Fatigue souvent plus sévère et impact accru sur la qualité de vie a niveau d'activité égal.
  • BASDAI plus élevé mais BASMI moindre (moins de raideur objective rachidienne).
  • Progression structurelle radiographique plus lente : moindre formation de syndesmophytes, donc moins de patients basculent en r-axSpA.
  • Réponse aux anti-TNF parfois moindre (par exemple, taux de rétention plus faible dans les registres scandinaves), bien que les données soient debattues.

Différences cliniques entre femmes et hommes axSpA

Synthèse d'après Rusman 2018, Wright 2020, Tournadre 2013

Caractéristiques cliniques axSpA selon le sexe Phénotype axSpA selon le sexe FEMMES HOMMES Atteinte périphérique (arthrite, enthesite) ~60% ~40% Sacro-iliite radiographique (r-axSpA) ~40% ~70% Fatigue sévère rapportée ~70% ~45% Délai diagnostique médian (années) ~9 ans ~6 ans Pourcentages indicatifs : variations selon registres et populations étudiées

Sources : Rusman T'et al. Curr Rheumatol Rep 2018;20(6):35 ; Tournadre A et al. Joint Bone Spine 2013;80(2):205-9. Le retard diagnostique est en moyenne 2-3 ans plus long chez la femme : données registres ASAS-COMOSPA et SCQM.

Comment réduire le retard diagnostique chez la femme ?

La meta-analyse Zhao 2021 (PMID 33982063) confirme que le sexe féminin est un facteur de risque indépendant de retard diagnostique en axSpA.4 Plusieurs stratégies sont validées ou en cours d'évaluation :

  • Sensibiliser les soignants de premier recours (généralistes, kinésithérapeutes, gynecologues) au phénotype féminin de l'axSpA : douleur diffuse, fatigue, atteintes périphériques, fond de lombalgie inflammatoire malgré tableau « atypique ».2
  • Éviter les diagnostics différentiels piegeurs : la fibromyalgie est sur-diagnostiquée chez la femme axSpA. Toute femme avec lombalgie chronique avant 45 ans + raideur matinale > 30 min + amélioration par l'exercice doit être évaluée pour axSpA.1
  • Privilégier l'IRM des sacro-iliaques chez la femme jeune symptomatique : la radio est encore moins sensible que chez l'homme (progression structurelle plus lente).5
  • Interpréter l'IRM avec prudence en post-partum : l'oedeme osseux sacro-iliaque peut être présent chez 30-60 % des femmes en post-partum sans pathologie inflammatoire, retombant en 6-12 mois.6
  • Utiliser les outils de dépistage : questionnaires d'IBP (Sieper 2009), référence systématique chez patientes avec IBP + HLA-B27+ ou IBP + antécédent familial.7

Spécificités chez la femme axSpA

  • Toute femme < 45 ans avec lombalgie chronique inflammatoire + raideur matinale > 30 min = évaluation rhumatologique.
  • Femme axSpA enceinte : adapter les biotherapies (certolizumab compatible grossesse, données CRIB), suivi rapproche (poussée possible au 1er-2e trimestre, amélioration au 3e trimestre).
  • Post-partum : risque élevé de poussée (jusqu'à 60 % des patientes axSpA), surveillance clinique.
  • Ne pas confondre avec fibromyalgie : la coexistence est possible (~15-20 %) mais l'IBP + IRM doivent guider l'évaluation.
Le ratio homme/femme en axSpA n'est pas de 3:1 mais proche de 1:1. La spondylarthrite n'est pas une « maladie d'homme » : c'est une maladie historiquement sous-diagnostiquée chez la femme.

A retenir

  • Ratio H/F : 2-3:1 en r-axSpA (SA) mais 1:1 en nr-axSpA. La sous-représentation féminine historique résulte des critères NY 1984 (radiographiques).
  • Phénotype féminin : plus d'atteinte périphérique, moins de progression structurelle, fatigue plus sévère, BASDAI plus élevé.
  • Délai diagnostique +2-3 ans chez la femme vs homme : sexe féminin = facteur de risque indépendant (Zhao 2021).
  • Stratégies : sensibilisation des soignants de premier recours, IRM précoce, attention au surdiagnostic de fibromyalgie.
Bibliographie
  1. Rusman T, van Vollenhoven RF, van der Horst-Bruinsma IE. Gender Différences in Axial Spondyloarthritis: Women Are Not So Lucky. Curr Rheumatol Rep. 2018;20(6):35. PMID 29754330.
  2. Sieper J, Poddubnyy D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2017;390(10089):73-84. PMID 28110981.
  3. Tournadre A, Pereira B, Lhoste A, et al. Différences between women and men with récent-onset axial spondyloarthritis: results from a prospective multicentre French cohort. Arthritis Care Res (Hoboken). 2013;65(9):1482-1489. PMID 23463610.
  4. Zhao SS, Pittam B, Harrison NL, Ahmed AE, Goodson NJ, Hughes DM. Diagnostic delay in axial spondyloarthritis: a systematic review and meta-analysis. Rheumatology (Oxford). 2021;60(4):1620-1628. PMID 33982063.
  5. Navarro-Compan V, Sepriano A, El-Zorkany B, van der Heijde D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2024;404(10470):2354-2367. doi:10.1016/S0140-6736(24)02263-3.
  6. Eshed I, Miloh-Raz H, Dulitzki M, et al. Peripartum changes of the sacroiliac joints on MRI: increasing mechanical load correlating with signs of edema and inflammation kindling spondyloarthropathy in the predisposed. Clin Rheumatol. 2015;34(8):1419-1426. PMID 26076906.
  7. Sieper J, van der Heijde D, Landewe R, et al. New criteria for inflammatory back pain in patients with chronic back pain: a real patient exercise by experts from the Assessment of SpondyloArthritis international Society (ASAS). Ann Rheum Dis. 2009;68(6):784-788. PMID 19147614.

Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?

Dans ce chapitre : hiérarchie des interventions selon ASAS-EULAR 2023 et ACR/SAA/SPARTAN 2019, éducation + exercice en première ligne, AINS, biotherapies (anti-TNF, anti-IL-17, JAK-i), place de la thérapie manuelle et balneotherapie, gestion des facteurs psychologiques.

Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

Les recommandations de référence sont les ASAS-EULAR 2022 update (Ramiro 2023, PMID 36270658)1 et les ACR/SAA/SPARTAN 2019 (Ward 2019, PMID 31436026).2 La hiérarchie est claire :

  1. Éducation thérapeutique + exercice régulier = socle non négociable pour TOUS les patients des le diagnostic.1
  2. AINS en pharmacothérapie de 1ère ligne (ibuprofene, naproxene, etoricoxib, etc.). Le choix est guide par la tolérance et le risque cardiovasculaire/gastrique.1,2
  3. bDMARDs (biotherapies) si activité persistante malgré AINS optimal : anti-TNF (infliximab, etanercept, adalimumab, golimumab, certolizumab) ou anti-IL-17 (secukinumab, ixekizumab, bimekizumab).1
  4. tsDMARDs (inhibiteurs JAK) : upadacitinib, tofacitinib. Approuves depuis 2021-2022 en axSpA. Place encore en évolution.1
  5. Les csDMARDs (methotrexate, sulfasalazine) ne sont efficaces que sur les atteintes périphériques, pas axiales.2

La kinésithérapie intervient en toute première ligne, AVANT même l'intensification médicamenteuse, et persiste tout au long du parcours.

Pyramide thérapeutique axSpA : ASAS-EULAR 2023

Cartes horizontales empilées du socle (base large) aux options de dernière intention

SOCLE
Tous patients
Éducation + Exercice régulier supervisé
Non négociable : des le diagnostic, a vie. Niveau 1a (Cochrane Regnaux 2019)
1ÈRE LIGNE
AINS
AINS au long cours si tolérance
Naproxene, ibuprofene, etoricoxib. Niveau 1a. Adapter selon risque CV/gastro.
2ÈME LIGNE
bDMARDs
Anti-TNF ou Anti-IL-17 (si ASDAS >= 2,1 malgré AINS)
Infliximab, adalimumab, secukinumab, etc. Choisir selon comorbidités (uveite : anti-TNF monoclonal ; MICI : anti-TNF mono, éviter IL-17). Niveau 1a.
3ÈME LIGNE
JAK-i
Inhibiteurs JAK (tofacitinib, upadacitinib)
Approuves 2021-2022. Position en évolution. Restriction EMA (> 65 ans, tabagisme, ATCD CV). Niveau 1b.
DERNIÈRE
Chirurgie
Arthroplastie hanche, ostéotomie correctrice rachis
Coxite invalidante, cyphose sévère. Anesthésie risque (intubation difficile sur ankylose cervicale). Niveau 4.

D'après Ramiro S'et al. Ann Rheum Dis 2023;82(1):19-34 ; Ward MM et al. Arthritis Rheumatol 2019;71(10):1599-613. La longueur de la base reflète le pourcentage de patients concernés (socle = 100 %, chirurgie = < 5 %).

Quelle est la place de l'exercice et le HIIT est-il supérieur ?

L'exercice physique n'est pas une option : c'est une intervention thérapeutique centrale. La revue Cochrane Regnaux 2019 (14 ECR, 1 579 participants) confirme que les programmes d'exercices, supervisés'ou en groupe, sont significativement supérieurs a l'absence d'intervention sur la fonction physique (BASFI), la mobilité (BASMI) et le bien-être global (preuves de qualité modérée).3

L'avancée majeure de ces 5 dernières années concerne l'entraînement par intervalles a haute intensité (HIIT). Plusieurs études Sveaas et al. ont montre qu'il est :

  • Sur chez les patients axSpA stables : pas d'augmentation des marqueurs inflammatoires ni de poussée induite.4,5,6
  • Efficace : amélioration de l'ASDAS, du BASDAI, de la fonction (BASFI) et de la capacité cardio-respiratoire (VO2max).4
  • Bénéficie aussi aux symptômes non-rachidiens : fatigue, sommeil, humeur (analyse secondaire PT 2020, n=100).6

Le HIIT ne remplace pas les exercices de mobilité et d'étirement : il les complète. Le programme idéal combine mobilité axiale, renforcement musculaire (notamment posturaux), exercice cardio-respiratoire et HIIT 2-3x/semaine.

Thérapies manuelles, balneotherapie, TENS : quelle est leur réelle efficacité ?

Les thérapies manuelles (mobilisations, massages) sont un appoint utile à court terme sur la douleur et la raideur, jamais un traitement de fond autonome.3 Elles peuvent préparer le corps a l'exercice ou soulager les épisodes de poussée.

La balneotherapie/spa (exercices en eau minerale chauffee) a montre des effets positifs sur la douleur et la fonction, particulièrement appreciee pour la flottabilite facilitant les mouvements.3

La TENS manque de preuves robustes spécifiques a l'axSpA : son usage est essentiellement empirique pour la douleur chronique.

Comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?

L'éducation thérapeutique structurée est une composante essentielle du traitement. Un patient qui comprend sa maladie, les mécanismes de la douleur et le rôle bénéfique de l'activité physique est plus adherent au traitement et obtient de meilleurs résultats fonctionnels.1

La prévalence de la fatigue, de l'anxiété et de la dépression est élevée en axSpA (~25-35 % des patients). Il est crucial de dépister ces facteurs psychologiques. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) a montre une efficacité dans la gestion de la douleur chronique, du sommeil et de la fatigue.7

L'exercice n'est pas un complément au traitement de l'axSpA : c'est le traitement de fond le plus accessible, le plus efficace et le moins coûteux disponible. Toutes les recommandations internationales (ASAS-EULAR, ACR) le placent au socle de la pyramide.

Critique et controverse : les zones d'ombre de la prise en charge

Plusieurs défis persistent. Le principal est l'écart entre les directives et la pratique clinique courante : de nombreux patients n'ont toujours pas accès à une éducation structurée ou à des programmes d'exercices supervisés.1

L'utilisation continue de thérapies passives avec niveaux de preuve faibles (TENS, ultrasons isolés) reste un problème. La science promeut une approche active centrée sur l'exercice ; pourtant, les ressources passives persistent, parfois par confort du clinicien ou attente du patient.3

Enfin, la place du JAK-i reste sujette a débat : efficacité démontrée, mais signal de risque cardiovasculaire et néoplasique chez les patients > 65 ans ou fumeurs (restrictions EMA depuis 2023 par analogie avec polyarthrite rhumatoïde, étude ORAL Surveillance).1

A retenir

  • Fondation : éducation + exercice régulier supervisé = 1ère ligne, pour TOUS les patients (ASAS-EULAR 2023, Ward 2019).
  • HIIT = sur et efficace en axSpA stable (Sveaas 2014/2020) : combiner avec mobilité, renforcement, balneotherapie.
  • AINS = 1ère ligne pharmacologique. bDMARDs (anti-TNF ou IL-17) si ASDAS persistant >= 2,1. JAK-i = 3ème ligne (restrictions EMA).
  • Thérapies manuelles = appoint à court terme uniquement. TENS = pas de preuves solides en axSpA.
  • Dépister fatigue, anxiété, dépression. TCC = aide validée pour la douleur chronique.
Bibliographie
  1. Ramiro S, Nikiphorou E, Sepriano A, et al. ASAS-EULAR recommendations for the management of axial spondyloarthritis: 2022 update. Ann Rheum Dis. 2023;82(1):19-34. PMID 36270658. doi:10.1136/ard-2022-223296.
  2. Ward MM, Deodhar A, Gensler LS, et al. 2019 Update of the American College of Rheumatology/Spondylitis Association of America/Spondyloarthritis Research and Treatment Network Recommendations for the Treatment of Ankylosing Spondylitis and Nonradiographic Axial Spondyloarthritis. Arthritis Rheumatol. 2019;71(10):1599-1613. PMID 31436026.
  3. Regnaux JP, Davergne T, Palazzo C, et al. Exercise programmes for ankylosing spondylitis. Cochrane Database Syst Rev. 2019;10(10):CD011321. PMID 31578051. doi:10.1002/14651858.CD011321.pub2.
  4. Sveaas SH, Berg IJ, Provan SA, et al. Efficacy of high intensity exercise on disease activity and cardiovascular risk in active axial spondyloarthritis: a randomized controlled pilot study. PLoS One. 2014;9(9):e108688. PMID 25268365.
  5. Sveaas SH, Bilberg A, Berg IJ, et al. High intensity exercise for 3 months reduces disease activity in axial spondyloarthritis (axSpA): a multicentre randomised trial of 100 patients. Br J Sports Med. 2020;54(5):292-297. PMID 30745314.
  6. Sveaas SH, Dagfinrud HS, Berg IJ, et al. High-Intensity Exercise Improves Fatigue, Sleep, and Mood in Patients With Axial Spondyloarthritis: Secondary Analysis of a Randomized Controlled Trial. Phys Ther. 2020;100(8):1323-1332. PMID 32367124.
  7. Sharip A, Kunz J. Understanding the Pathogenesis of Spondyloarthritis. Biomolecules. 2020;10(10):1461. PMID 33092023.
  8. Navarro-Compan V, Sepriano A, El-Zorkany B, van der Heijde D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2024;404(10470):2354-2367. doi:10.1016/S0140-6736(24)02263-3.

Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?

Dans ce chapitre : autonomisation du patient (auto-efficacité, monitoring BASDAI/ASDAS), stratégies d'autogestion validées, outils numériques (apps mobiles), retour au sport progressif, position des recommandations OMS 150 min/sem.

Comment rendre le patient acteur de sa guérison ?

L'autonomisation du patient est une composante essentielle et non négociable de la prise en charge axSpA, selon les recommandations ASAS-EULAR 2023.1 La transition d'une approche passive à une gestion active collaborative est la pierre angulaire de la prévention des poussées.

L'objectif est de renforcer l'auto-efficacité : la confiance du patient en sa capacité a gérer ses symptômes. Plusieurs stratégies sont validées :

  • Éducation thérapeutique structurée : compréhension de la maladie, mécanismes de la douleur, rôle bénéfique de l'activité physique. La meta-analyse Zhao 2020 confirme que les interventions non-pharmacologiques (éducation + exercice) entraînent des améliorations significatives douleur/fonction/mobilité.2
  • Prise de décision partagée entre patient et soignants : améliore l'adhérence et l'engagement.1
  • Suivi des symptômes par PROMs : apprendre au patient a remplir le BASDAI (Garrett 1994) ou l'ASDAS pour identifier précocement les poussées et ajuster ses activités.3
  • Outils de santé numérique : applications mobiles, plateformes en ligne. Une revue systématique récente (Druce 2023, npj Digit Med) a montre que ces outils peuvent faciliter le suivi des symptômes, l'adhérence aux exercices à domicile et fournir un contenu educatif accessible.4

Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport ?

L'exercice n'est pas seulement un traitement, c'est une stratégie de prévention fondamentale. Le retour aux activités physiques doit être encourage, mais de manière structurée.

Le « quand » : il n'y a pas de contre-indication absolue a l'activité physique, même en période de maladie active, a condition qu'elle soit adaptée.5 Le principe clé : ne pas exacerber significativement la douleur, ecouter le corps, progresser graduellement.

Le « comment » : combiner plusieurs modalités dans un programme complet et personnalisé :

  • Mobilité et étirement : essentiels contre l'enraidissement (rachis, hanches). 5-10 min/jour.
  • Renforcement musculaire : muscles posturaux (abdominaux, dorsaux, glutéaux). 2-3x/semaine.
  • Activité cardio-respiratoire : viser les recommandations OMS (150 min d'activité modérée/semaine ou 75 min d'activité vigoureuse). Marche rapide, vélo, natation.
  • HIIT 2-3x/semaine chez les patients axSpA stables : bénéficie sur ASDAS, fonction, VO2max (Sveaas 2014/2020).6,7

Effet du HIIT 3 mois sur l'activité de la maladie en axSpA

Étude Sveaas 2020 (BJSM) : ECR multicentrique, n=100 patients axSpA

Effet du HIIT en axSpA : ECR Sveaas 2020 Réduction ASDAS-CRP a 3 mois (échelle 0-7, plus bas = mieux) 3,0 2,5 2,0 1,5 HIIT (n=50) 2,4 1,9 -0,5* Contrôle (n=50) 2,4 2,4 Résultats clés Différence ASDAS -0,5 p < 0,001 VO2max +15 % vs contrôle Barre claire = baseline ; barre foncee = 3 mois : * différence significative entre groupes

D'après Sveaas SH et al. Br J Sports Med 2020;54(5):292-7 (PMID 30745314). Multicentre, n=100, supervision PT 3 mois. ASDAS-CRP réduit de 0,5 (p<0,001), VO2max améliorée de 15 %, BASDAI améliore (analyse secondaire PT 2020).

Une avancée notable : contrairement aux craintes anciennes, l'exercice a haute intensité n'exacerbe pas la maladie. Au contraire, il réduit l'activité. La clé : supervision adéquate et progression graduelle.6,7

Critique et controverse

L'adhérence à long terme aux programmes à domicile est notoirement faible (~30-50 % à 6-12 mois selon les études). Le « fosse intention-comportement » est une réalité clinique majeure qui necessite des stratégies actives de suivi (rappels, contacts periodiques, applications mobiles).1

Les outils numériques introduisent un risque de fracture numérique (patients âgés, milieux defavorises moins a l'aise). La qualité et la validation scientifique des apps de santé varient énormément.4

Enfin, le retour au sport compétitif ou a fort impact manque de données spécifiques. La plupart des études se concentrent sur l'activité générale, laissant les athletes de haut niveau dans une zone d'incertitude.

A retenir

  • Autonomisation du patient via éducation + décision partagée = base de la gestion durable axSpA.
  • Exercice non négociable : programme combinant mobilité, renforcement, cardio. HIIT = sur et efficace en axSpA stable.
  • Recommandations OMS : 150 min/semaine d'activité modérée (marche rapide, vélo, natation).
  • Retour au sport progressif et guide par les symptômes, pas par calendrier.
  • Outils numériques utiles pour suivi/motivation : vérifier accessibilité.
Bibliographie
  1. Ramiro S, Nikiphorou E, Sepriano A, et al. ASAS-EULAR recommendations for the management of axial spondyloarthritis: 2022 update. Ann Rheum Dis. 2023;82(1):19-34. PMID 36270658.
  2. Regnaux JP, Davergne T, Palazzo C, et al. Exercise programmes for ankylosing spondylitis. Cochrane Database Syst Rev. 2019;10(10):CD011321. PMID 31578051.
  3. Garrett S, Jenkinson T, Kennedy LG, Whitelock H, Gaisford P, Calin A. A new approach to defining disease status in ankylosing spondylitis: the Bath Ankylosing Spondylitis Disease Activity Index. J Rheumatol. 1994;21(12):2286-2291. PMID 7699630.
  4. Saracoglu I, Akin E, Karadibak D. Effectiveness of Physiotherapy Exercises on Pain, Range of Motion, and Quality of Life in Patients With Ankylosing Spondylitis: A Case Report. Cureus. 2024;16(1):e52972. PMID 38435867.
  5. Ward MM, Deodhar A, Gensler LS, et al. 2019 Update of the ACR/SAA/SPARTAN Recommendations for the Treatment of Ankylosing Spondylitis and Nonradiographic Axial Spondyloarthritis. Arthritis Rheumatol. 2019;71(10):1599-1613. PMID 31436026.
  6. Sveaas SH, Berg IJ, Provan SA, et al. Efficacy of high intensity exercise on disease activity and cardiovascular risk in active axial spondyloarthritis: a randomized controlled pilot study. PLoS One. 2014;9(9):e108688. PMID 25268365.
  7. Sveaas SH, Bilberg A, Berg IJ, et al. High intensity exercise for 3 months reduces disease activity in axial spondyloarthritis (axSpA): a multicentre randomised trial of 100 patients. Br J Sports Med. 2020;54(5):292-297. PMID 30745314.

Que nous apprennent les cas cliniques concrets ?

Dans ce chapitre : cas réels documentés'en PMC, protocole de kinésithérapie evalue (Saracoglu Cureus 2024), défi diagnostique (délai 8+ ans), axSpA avec uveite (cas clinique réel ophtalmo-rhumato), pyramide GRADE / Oxford CEBM pour situer les niveaux de preuve.

Cas classique : protocole de kinésithérapie evalue (Saracoglu 2024)

Le cas clinique rapporte par Saracoglu et al. (2024, Cureus, PMID 38435867) illustre une prise en charge kinésithérapique structurée chez une patiente atteinte de SA active.1 Le protocole de 8 semaines combinait :

  • Exercices de mobilité axiale (rotations rachidiennes, étirements)
  • Renforcement des muscles posturaux (abdominaux, paravertébraux, glutéaux)
  • Exercices respiratoires spécifiques (expansion thoracique)
  • Étirements actifs des chaînes musculaires postérieures et antérieures
  • Activité cardio-respiratoire progressive (marche, vélo)

Les résultats rapportés à la fin du protocole :

  • Réduction de la douleur (échelle VAS)
  • Amélioration des amplitudes rachidiennes (BASMI)
  • Amélioration de la fonction (BASFI) et de la qualité de vie (ASQoL)

Ce cas clinique illustre la cohérence avec les preuves agrégées : la meta-analyse Cochrane Regnaux 2019 (PMID 31578051) confirme que les programmes d'exercices supervisés'améliorent significativement BASDAI, BASFI et BASMI.2 Cependant : un case report reste un niveau de preuve 5 (le plus faible). Il illustre, ne démontré pas.

Le défi diagnostique : quand l'axSpA imite une autre pathologie

L'un des plus grands défis de l'axSpA reste le retard diagnostique, médiane d'environ 7 ans selon Zhao 2021.3 Ce délai résulte souvent de présentations atypiques qui miment des pathologies musculosquelettiques plus courantes :

  • Sciatique récurrente : les douleurs fessieres a bascule (typiques des sacro-iliites) sont fréquemment etiquetees « sciatique » et traitées par AINS de courte durée + kinésithérapie centrée sur le rachis lombaire, avec soulagement partiel uniquement. Les éléments distinctifs : caractère inflammatoire (amélioration par mouvement, réveil nocturne), raideur matinale prolongée, réponse spectaculaire aux AINS au long cours. L'IRM lombaire est normale, l'IRM des sacro-iliaques en STIR revele l'oedeme osseux confirmant la sacro-iliite.4
  • Fasciite plantaire / talalgie chronique : l'enthesite achilleenne ou plantaire est une manifestation cardinale de l'axSpA et peut être le symptôme initial. Toute fasciite plantaire bilatérale, récidivante, chez un sujet jeune avec lombalgie associée doit faire évoquer une spondyloarthrite.5
  • Fibromyalgie : chez la femme axSpA, la douleur diffuse peut être étiquetée a tort fibromyalgie. La coexistence est possible mais l'évaluation des critères IBP + IRM doit guider.6
  • Lombalgie « mécanique » banale : sans recherche systématique des critères IBP (Sieper 2009), l'axSpA reste invisible.7

Ces présentations soulignent l'importance pour les cliniciens de première ligne, kinésithérapeutes en particulier, de reconnaître les drapeaux rouges de la lombalgie inflammatoire et d'orienter précocement vers le rhumatologue.

Cas complexe : axSpA avec manifestations extra-articulaires

L'axSpA est une maladie systémique. Les cas complexes sont souvent ceux ou des manifestations extra-articulaires precedent les symptômes rachidiens.

L'uveite antérieure aiguë est la manifestation extra-articulaire la plus fréquente (~23-26 % des patients axSpA, Stolwijk 2015).8 Un cas type : jeune femme/homme présentant un oeil rouge douloureux avec photophobie, traite en ophtalmologie, puis récidives, puis apparition de lombalgies inflammatoires plusieurs années plus tard. Toute uveite antérieure aiguë récidivante (notamment HLA-B27 positive) doit faire rechercher une axSpA.9

L'association axSpA + MICI (maladie de Crohn ou RCH, ~6-7 % des patients axSpA) est un autre exemple de complexité. Les deux pathologies partagent des voies inflammatoires (axe IL-23/IL-17) et génétiques. La prise en charge devient multidisciplinaire :8,10

  • Choix biotherapie : anti-TNF monoclonaux (infliximab, adalimumab) efficaces sur les deux atteintes. Anti-IL-17 a ÉVITER en cas de MICI active (risque d'aggravation). Etanercept (anti-TNF recepteur soluble) non efficace en MICI.
  • Adaptation kinésithérapie : tenir compte de la fatigue chronique (anemie ferriprive), des douleurs abdominales, des épisodes de poussée intestinale.

Pyramide GRADE / Oxford CEBM : niveaux de preuve en kinésithérapie axSpA

Force de preuve décroissante du haut vers le bas : cartes horizontales

NIVEAU
1a
Meta-analyses & revues systématiques d'ECR
Ex : Cochrane Regnaux 2019 (exercice), ASAS-EULAR 2023 (Ramiro)
NIVEAU
1b
Essais randomisés controles (ECR)
Ex : Sveaas 2014 (PLOS One), Sveaas 2020 (BJSM, n=100, HIIT)
NIVEAU
2
Études de cohorte prospectives
Ex : Hamilton 2015 prévalence UK, registres ASAS-COMOSPA
NIVEAU
3
Cas-témoins & études transversales
Ex : Tournadre 2013 différences H/F, Stolwijk 2015 manifestations extra-articulaires
NIVEAU
4
Séries de cas
Ex : séries de cas axSpA + MICI, séries biotherapies en uveite
NIVEAU
5
Case reports (n=1) & opinion d'expert
Ex : Saracoglu 2024 (Cureus), case report PT axSpA

Hiérarchie GRADE / Oxford CEBM simplifiée. La longueur de la barre colorée illustre la force de preuve relative. Implication pratique : en cas de divergence entre un cas clinique séduisant et une meta-analyse, suivre la meta-analyse. Les cas cliniques servent a générer des hypothèses et illustrer la démarche, pas a démontrer l'efficacité.

Critique et controverse

Si les cas cliniques sont eclairants, leur faible niveau de preuve impose la prudence. Un cas isolé ne contrôle ni effet placebo, ni régression vers la moyenne, ni histoire naturelle de la maladie. De plus, le biais de publication favorise les succès.

Une controverse persistante : l'intensité de l'exercice. Les programmes HIIT ont montre des bénéfices supérieurs (Sveaas 2014/2020) mais leur application clinique reste timide par crainte d'exacerber l'inflammation. Les données confirment pourtant qu'a supervision adéquate et progression graduelle, le HIIT est sur.5,6

Enfin, l'IRM des sacro-iliaques reste sujette a discussion : oedeme osseux possible chez 30-60 % des femmes en post-partum, chez certains athletes, en cas d'arthrose, etc.11 Le diagnostic doit impérativement reposer sur une constellation d'arguments cliniques, biologiques et d'imagerie.

A retenir

  • Prise en charge classique : Saracoglu 2024 (Cureus, PMID 38435867) illustre 8 semaines de kinésithérapie multimodale ameliorant douleur, mobilité, fonction et qualité de vie.
  • Défi diagnostique : axSpA imite sciatique, fasciite plantaire, fibromyalgie. Lombalgie inflammatoire = drapeau rouge.
  • Complexité : ~25 % uveite antérieure aiguë, ~10 % psoriasis, ~7 % MICI. Approche multidisciplinaire (rhumato + ophtalmo + gastro + kiné).
  • Anti-TNF en axSpA + MICI : choisir anti-TNF monoclonal (infliximab, adalimumab). Éviter anti-IL-17 en MICI active.
  • Niveau de preuve : un case report = niveau 5. Il illustre, jamais ne démontré. En cas de divergence, suivre les meta-analyses (1a).
Bibliographie
  1. Saracoglu I, Akin E, Karadibak D. Effectiveness of Physiotherapy Exercises on Pain, Range of Motion, and Quality of Life in Patients With Ankylosing Spondylitis: A Case Report. Cureus. 2024;16(1):e52972. PMID 38435867.
  2. Regnaux JP, Davergne T, Palazzo C, et al. Exercise programmes for ankylosing spondylitis. Cochrane Database Syst Rev. 2019;10(10):CD011321. PMID 31578051.
  3. Zhao SS, Pittam B, Harrison NL, Ahmed AE, Goodson NJ, Hughes DM. Diagnostic delay in axial spondyloarthritis: a systematic review and meta-analysis. Rheumatology (Oxford). 2021;60(4):1620-1628. PMID 33982063.
  4. Lambert RG, Bakker PA, van der Heijde D, et al. Defining active sacroiliitis on MRI for classification of axial spondyloarthritis: update by the ASAS MRI working group. Ann Rheum Dis. 2016;75(11):1958-1963. PMID 26768408.
  5. Schett G, Lories RJ, D'Agostino MA, Elewaut D, Kirkham B, Soriano ER, McGonagle D. Enthesitis: from pathophysiology to treatment. Nat Rev Rheumatol. 2017;13(12):731-741. PMID 29158573.
  6. Rusman T, van Vollenhoven RF, van der Horst-Bruinsma IE. Gender Différences in Axial Spondyloarthritis: Women Are Not So Lucky. Curr Rheumatol Rep. 2018;20(6):35. PMID 29754330.
  7. Sieper J, van der Heijde D, Landewe R, et al. New criteria for inflammatory back pain in patients with chronic back pain: a real patient exercise by experts from the Assessment of SpondyloArthritis international Society (ASAS). Ann Rheum Dis. 2009;68(6):784-788. PMID 19147614.
  8. Stolwijk C, van Tubergen A, Castillo-Ortiz JD, Boonen A. Prévalence of extra-articular manifestations in patients with ankylosing spondylitis: a systematic review and meta-analysis. Ann Rheum Dis. 2015;74(7):1373-1378. PMID 24013647.
  9. Sieper J, Poddubnyy D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2017;390(10089):73-84. PMID 28110981.
  10. Ward MM, Deodhar A, Gensler LS, et al. 2019 Update of the ACR/SAA/SPARTAN Recommendations for the Treatment of Ankylosing Spondylitis and Nonradiographic Axial Spondyloarthritis. Arthritis Rheumatol. 2019;71(10):1599-1613. PMID 31436026.
  11. Eshed I, Miloh-Raz H, Dulitzki M, et al. Peripartum changes of the sacroiliac joints on MRI. Clin Rheumatol. 2015;34(8):1419-1426. PMID 26076906.

Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : identification des drapeaux rouges (fracture sur SA évoluée, dissection aortique, infection, néoplasie), orientation multidisciplinaire (rhumatologue, ophtalmologiste, gastro-enterologue), PROMs validés (BASDAI, ASDAS, BASFI, BASMI, ASAS-HI), barrières et facilitateurs de l'EBP.

Quand et vers quels autres professionnels faut-il orienter ?

L'orientation vers d'autres professionnels est une marqué de compétence. Elle est essentielle dans plusieurs situations.

La première étape est l'identification rigoureuse des drapeaux rouges. Le cadre de référence international Finucane 2020 (PMID 32438853) souligne que les drapeaux rouges doivent être interprétés dans le contexte global du patient, jamais de manière isolée.1

Drapeaux rouges spécifiques a l'axSpA

  • Fracture rachidienne sur SA évoluée : risque élevé (ostéoporose secondaire + ankylose = colonne rigide fragile). Tout traumatisme même mineur + douleur nouvelle persistante = imagerie urgente.
  • Dissection aortique : risque augmente en SA évoluée (atteinte de la racine aortique). Douleur thoracique brutale, douleur dorsale dechirante = urgences.
  • Cauda equina syndrome : rare mais possible (compression sur ankylose cervicale). Anesthésie en selle, troubles sphinctériens, déficit moteur = urgence neurochirurgicale.
  • Spondylodiscite infectieuse : fièvre, frissons, douleur rachidienne aiguë ou récente, élevés marqueurs inflammatoires = imagerie + bilan microbiologique.
  • Uveite antérieure aiguë (oeil rouge, douleur, photophobie) : ophtalmologie sous 24-48 h pour éviter séquelles.
  • Suspicion MICI (diarrhee chronique, sang dans les selles, perte de poids) : gastro-enterologie.
  • Perte de poids inexpliquée + douleur rachidienne : bilan néoplasique.
  • Anesthésie reglee : prévenir l'anesthesiste si SA cervicale (intubation difficile, risque de lésion médullaire).

Au-delà des urgences, évaluer les drapeaux jaunes (facteurs psychosociaux : catastrophisation, kinésiophobie, faible soutien social), prédicteurs de douleur chronique et handicap. Une collaboration avec un psychologue spécialisé dans la douleur est indiquée si ces facteurs sont prominents.2

Collaboration interprofessionnelle essentielle :

  • Rhumatologue : pivot pour le diagnostic et la décision biotherapie.
  • Ophtalmologiste : suivi si uveite a répétition.
  • Gastro-enterologue : si MICI associée.
  • Dermatologue : si psoriasis sévère.
  • Chirurgien orthopédiste / rachis : coxite invalidante, cyphose sévère.
  • Médecin du travail : adaptation poste de travail (ergonomie, pauses, teletravail).
  • Ergothérapeute : adaptation du domicile et des activités quotidiennes.

Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles a l'implémentation ?

Mettre en oeuvre les recommandations ne suffit pas : il faut mesurer les effets objectivement. L'utilisation systématique de PROMs validés est fondamentale en axSpA :

  • BASDAI (Garrett 1994) : activité de la maladie sur 0-10. Seuil > 4 = maladie active.3
  • ASDAS-CRP : score composite plus moderne (BASDAI + douleur cervicale/lombaire + durée raideur + ampliation thoracique + CRP). Recommande par ASAS.4
  • BASFI : limitation fonctionnelle sur 0-10.
  • BASMI (Jenkinson 1994) : mobilité rachidienne (5 mesures cliniques).5
  • ASAS-HI : indice de santé globale spécifique axSpA.
  • BASDAI 50 ou ASAS 20/40 : critères de réponse thérapeutique.

L'implémentation de la pratique basée sur les preuves (EBP) se heurte à des obstacles documentés :

  • Manque de temps en consultation
  • Difficultés a évaluer la littérature scientifique pertinente
  • Manque de soutien organisationnel (accès bases de données, formation)
  • Croyances divergentes entre patients et soignants

Les facilitateurs incluent : mentorat par les pairs, clubs de lecture, résumés de preuves pré-évalués, et l'adoption de la prise de décision partagée (intégrer preuves + expertise clinique + valeurs/préférences patient).6

Critique et controverse : la tension entre l'idéal et le réel

La tyrannie des moyennes : les meta-analyses informent sur l'effet moyen d'une intervention, alors que le clinicien traite un individu unique. L'application rigide d'un protocole peut ignorer les spécificités'individuelles.

Le fosse de l'implémentation est systémique, pas seulement individuel. Blamer le kinésithérapeute pour le « manque de temps » est reducteur : les modèles de remboursement valorisent le volume d'actes plutôt que la qualité, le temps de réflexion n'est pas remunere, l'accès'aux publications reste coûteux.

Enfin, la prolifération des "drapeaux" peut devenir contre-productive si elle transforme le clinicien en un « trieur » de cases au detriment de l'alliance thérapeutique. La vraie compétence : mener une anamnèse fine intégrant toutes les dimensions de l'expérience du patient.

A retenir

  • Drapeaux rouges axSpA : fracture rachidienne sur SA, dissection aortique, cauda equina, spondylodiscite, uveite, MICI active. Orientation rapide.
  • Drapeaux jaunes : catastrophisation, kinésiophobie, dépression, collaboration psychologue.
  • Collaboration multidisciplinaire : rhumatologue, ophtalmo, gastro-entero, ergothérapeute, médecin du travail.
  • PROMs incontournables : BASDAI, ASDAS-CRP, BASFI, BASMI, ASAS-HI, suivre régulièrement.
  • EBP = preuves + expertise + valeurs patient. Prise de décision partagée.
Bibliographie
  1. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J'Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853. doi:10.2519/jospt.2020.9971.
  2. Coronado RA, George SZ, Bialosky JE. The rôle of psychosocial factors in the management of patients with spine pain: a survey of physical therapists in the United States. J'Orthop Sports Phys Ther. 2018;48(1):37-47. PMID 29117863.
  3. Garrett S, Jenkinson T, Kennedy LG, Whitelock H, Gaisford P, Calin A. A new approach to defining disease status in ankylosing spondylitis: the Bath Ankylosing Spondylitis Disease Activity Index. J Rheumatol. 1994;21(12):2286-2291. PMID 7699630.
  4. Ramiro S, Nikiphorou E, Sepriano A, et al. ASAS-EULAR recommendations for the management of axial spondyloarthritis: 2022 update. Ann Rheum Dis. 2023;82(1):19-34. PMID 36270658.
  5. Jenkinson TR, Mallorie PA, Whitelock HC, Kennedy LG, Garrett SL, Calin A. Defining spinal mobility in ankylosing spondylitis (AS). The Bath AS Metrology Index. J Rheumatol. 1994;21(9):1694-1698. PMID 7799351.
  6. Bernhardsson S, Larsson MEH, Eggertsen R, et al. Évaluation of a tailored, multi-component intervention for implémentation of evidence-based clinical practice guidelines in primary care physical therapy: a non-randomized controlled trial. BMC Health Serv Res. 2022;22(1):1424. PMID 36411428.
  7. Navarro-Compan V, Sepriano A, El-Zorkany B, van der Heijde D. Axial spondyloarthritis. Lancet. 2024;404(10470):2354-2367. doi:10.1016/S0140-6736(24)02263-3.

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Anthony Baillon

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Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke

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Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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