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Le doigt en maillet (mallet finger) traumatique : mise à jour 2026
Un bout de doigt qui ne se redresse plus après un choc banal : un drap qu'on borde, un ballon mal reçu, une chaussette qu'on remonte. La lésion est simple, le traitement paraît trivial, et c'est justement là que se joue le résultat : entre une attelle qui tient huit semaines et une attelle qui lâche, l'écart mesuré en essai randomisé est de 23,8 points d'échec thérapeutique.
Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : identifiant résolu, revue, année et liste d'auteurs contrôlées, résumé lu avant citation. Bibliographie complète en fin d'article.
Le doigt en maillet en trois chiffres
Ce que trois travaux indépendants établissent, et qui déplace la question du « faut-il opérer ? » vers « quelle attelle, et tenue combien de temps ? »
Sources : Lin JS, Samora JB. J Hand Surg Am 2018;43(2):146-163.e2 (PMID 29174096) ; O'Brien LJ, Bailey MJ. Arch Phys Med Rehabil 2011;92(2):191-198 (PMID 21272714) ; Gruber JS, Bot AG, Ring D. Hand (N Y) 2014;9(2):145-150 (PMID 24839414).
Synthèse clinique
Ce qu'il faut retenir avant de lire le reste
- Ce que c'est. Une interruption du tendon extenseur terminal à son insertion sur la phalange distale, avec ou sans arrachement osseux. L'articulation interphalangienne distale tombe en flexion et ne se relève plus activement, alors qu'elle se relève passivement sans difficulté.
- Ce qui n'arrivera pas tout seul. Le déficit d'extension ne se corrige pas spontanément sans traitement. Une prise en charge inadaptée expose à une perte fonctionnelle durable et à une raideur.
- La vraie question n'est pas « faut-il opérer ». Chirurgie et traitement orthétique donnent des résultats équivalents : déficit résiduel de 5,7° contre 7,6°, complications 14,5 % contre 12,8 %. La question est celle de l'orthèse et de son port.
- L'orthèse sur mesure change le résultat. Dans un essai randomisé multicentrique, l'attelle de Stack et l'aluminium dorsal ont donné 23,8 % d'échec thérapeutique chacun, contre 0 % pour le thermoplastique sur mesure.
- Huit semaines de port continu, sans une seule flexion. Toute flexion de l'interphalangienne distale pendant l'immobilisation impose de reprendre le compte à zéro.
- Arriver tard n'est pas perdre. Un traitement orthétique débuté plus de quatre semaines après le traumatisme donnait des résultats comparables à un traitement précoce.
- Le piège. Un doigt en maillet sans traumatisme n'est pas un doigt en maillet : c'est un signe, et il faut chercher ce qui le produit.
Qu'est-ce qu'un doigt en maillet, et pourquoi ne se corrige-t-il pas seul ?
Une lésion de quelques millimètres, un appareil extenseur qui perd sa poulie terminale, et une articulation qui bascule. Comprendre la mécanique évite les deux erreurs les plus fréquentes : sous-estimer la durée du traitement, et surestimer l'intérêt de la chirurgie.
La lésion, en une phrase et trois conséquences
Le doigt en maillet désigne une déformation de l'extrémité du doigt où l'articulation interphalangienne distale reste fléchie et ne peut plus être étendue activement. Elle résulte d'une interruption traumatique du mécanisme extenseur terminal, soit à son insertion sur la phalange distale, soit légèrement en amont au niveau de l'articulation2.
Le signe qui l'identifie est aussi celui qui la distingue d'une raideur : l'articulation peut être étendue passivement, mais cette extension ne se maintient pas dès qu'on lâche2. C'est le test à faire systématiquement, et il prend deux secondes.
Trois conséquences en découlent, et elles gouvernent tout le reste :
- La cicatrisation demande une continuité maintenue. Un tendon rompu et laissé en position d'allongement ne cicatrise pas à la bonne longueur. C'est pourquoi l'immobilisation en extension doit être continue, et pourquoi une seule flexion pendant le traitement « remet à zéro » la lésion1.
- Le déficit ne se corrige pas spontanément. La revue de référence le dit sans ambiguïté : le déficit d'extension associé à cette déformation ne s'améliore pas sans traitement, et une prise en charge inadaptée conduit à une perte fonctionnelle chronique et à une raideur du doigt2.
- Le déséquilibre peut se propager en amont. L'appareil extenseur étant une chaîne, la perte de traction distale reporte la force sur la bandelette médiane, ce qui peut faire basculer l'articulation interphalangienne proximale en hyperextension : c'est la déformation en col de cygne, complication tardive dont la correction relève de la chirurgie2.
L'attelle ne « tient » pas le doigt : elle tient les deux extrémités du tendon assez près l'une de l'autre, assez longtemps, pour qu'elles se rejoignent. Une seule flexion suffit à défaire des semaines de travail.
Deux formes, un même mécanisme
La lésion peut être purement tendineuse, le tendon s'arrache de son insertion, ou osseuse, le tendon emportant avec lui un fragment de la corticale dorsale de la phalange distale. Les deux formes produisent la même déformation, mais elles ne se traitent pas tout à fait de la même façon quand le fragment est volumineux ou que l'articulation se subluxe : c'est l'objet du chapitre sur la classification.
À retenir
- Interphalangienne distale fléchie activement, extensible passivement : c'est la signature, et elle se teste en deux secondes.
- Le déficit ne régresse pas spontanément : l'abstention n'est pas une option de traitement.
- L'immobilisation doit être continue : une flexion pendant le port relance le compte.
- Complication tardive à connaître : la déformation en col de cygne par report de traction en amont.
Qui se blesse, comment, et quels doigts sont touchés ?
Une lésion de sportif, dit-on. C'est vrai pour une partie des cas seulement, et le mécanisme le plus fréquent en consultation de ville est d'une banalité qui surprend le patient lui-même.
Le profil
La lésion se rencontre surtout chez l'homme jeune, dans les troisième et quatrième décennies ; après la cinquième décennie, la différence entre les sexes s'efface2. Le chapitre de référence du NCBI ajoute une nuance de fréquence : les tableaux se voient chez l'homme jeune à d'âge moyen, mais aussi chez la femme plus âgée1.
La main dominante est touchée dans environ 74 % des cas2, ce qui n'est pas neutre pour le retentissement professionnel : huit semaines d'attelle sur l'index dominant d'un artisan ne se gèrent pas comme sur l'auriculaire non dominant d'un employé de bureau.
Quant aux doigts atteints, l'ordre de fréquence est constant d'une source à l'autre : le majeur d'abord, puis l'annulaire, l'auriculaire et l'index ; l'atteinte du pouce est rare2. Le chapitre du NCBI mentionne pour sa part l'auriculaire, l'annulaire et le majeur de la main dominante comme les plus fréquemment concernés1 : l'ordre exact varie, mais ce sont bien les trois derniers rayons qui dominent.
Les mécanismes, du terrain de sport à la chaussette
Les mécanismes classiquement décrits sont au nombre de trois2 :
- Le choc direct sur la pulpe, doigt tendu : ballon reçu de face au basket, au volley ou au handball. C'est le mécanisme dit du baseball finger.
- La flexion forcée contre résistance lors d'un geste anodin : border un drap, remonter une chaussette, ranger une valise. C'est le plus fréquent en pratique de ville, et celui que le patient minimise le plus.
- L'écrasement, doigt coincé dans une porte, avec ou sans plaie.
Un cas publié dans Journal of Orthopaedic Case Reports rappelle par ailleurs la place de cette lésion en traumatologie du sport : elle représente, selon ses auteurs, 2 % des urgences sportives et constitue la lésion tendineuse fermée la plus fréquente dans les sports de contact et en milieu professionnel15.
Le caractère banal du geste déclenchant est une donnée clinique à part entière : il explique les consultations tardives, et il explique aussi que la lésion survienne en dehors de tout contexte sportif. Un cas publié dans Anaesthesia Reports décrit ainsi un doigt en maillet survenu chez un anesthésiste au moment d'une intubation trachéale, traité sans chirurgie, avec un arrêt d'activité clinique prolongé avant une récupération complète17.
Quatre repères de terrain
Données issues de la revue de référence et du chapitre du NCBI
Sources : Khera B, Chang C, Bhat W. Acta Biomed 2021;92(5):e2021246 (PMID 34738569) ; Benabdallah O, Benabdallah R. J Orthop Case Rep 2022;12(11):60-64 (PMID 37013228).
Le doigt en maillet sans traumatisme n'est pas un doigt en maillet
C'est un signe, et il impose de chercher la cause. Deux cas publiés le démontrent. Une femme de 35 ans a développé la déformation progressivement, sur plus de vingt jours, sans aucun traumatisme, avec des nodules palpables au niveau de l'articulation interphalangienne distale : il s'agissait d'une synovite villonodulaire pigmentée, condition jamais rapportée auparavant dans cette présentation15. Un enfant de 4 ans a présenté une déformation indolore d'aggravation progressive sur un an, avec une masse osseuse palpable en amont de l'articulation : un ostéochondrome de la phalange moyenne repoussait le tendon terminal, et la radiographie initiale n'était pas concluante16. Installation progressive, absence de traumatisme, masse palpable, âge pédiatrique : quatre motifs d'adresser plutôt que d'appareiller.
À retenir
- Homme jeune, main dominante dans 74 % des cas, trois derniers rayons majoritairement.
- Mécanisme le plus fréquent en ville : la flexion forcée contre résistance sur un geste anodin, pas le sport.
- Le geste banal explique les consultations tardives, et le chapitre suivant montre que ce n'est pas une catastrophe.
- Sans traumatisme, la déformation est un signe à explorer, jamais un diagnostic.
Comment classer la lésion, et pourquoi cela commande le traitement ?
Une seule classification est universellement employée. Elle tient en quatre types, elle se lit sur une radiographie de profil, et c'est elle qui sépare les doigts qui s'appareillent de ceux qui s'opèrent.
La classification de Doyle
| Type | Lésion | Orientation habituelle |
|---|---|---|
| I | Lésion fermée, avec ou sans petite fracture-avulsion dorsale | Traitement orthétique : c'est la très grande majorité des cas2 |
| II | Lésion ouverte par plaie franche (lacération) | Prise en charge chirurgicale de la plaie et du tendon |
| III | Lésion ouverte par abrasion profonde, avec perte de substance cutanée et tendineuse | Chirurgie, avec couverture et reconstruction |
| IV-A | Fracture transphysaire (enfant et adolescent) | Selon le déplacement ; avis chirurgical |
| IV-B | Fragment intéressant 20 à 50 % de la surface articulaire | Décision au cas par cas, orthèse possible |
| IV-C | Fragment intéressant plus de 50 % de la surface articulaire | Risque de subluxation palmaire : avis chirurgical |
Les indications opératoires retenues par ce même chapitre sont explicites : subluxation de l'articulation interphalangienne distale, fragment intéressant plus du tiers de la surface articulaire, écart articulaire de plus de 2 mm, rupture ou section complète du tendon extenseur, et lésions complexes1.
Les quatre types de Doyle, d'un coup d'œil
Ce que la radiographie de profil montre, et ce que cela implique
Source : Mallet Finger Injuries, StatPearls, NCBI Bookshelf NBK459373 (PMID 29083648). La classification originale est due à Doyle ; une modification a été proposée par Sivakumar et al. pour en réduire l'erreur inter-observateurs (PMID 36509592).
Ce que la radiographie doit montrer
Un cliché de profil strict du doigt, centré sur l'articulation interphalangienne distale, suffit. On y cherche trois choses, dans cet ordre :
- La congruence articulaire. Une subluxation palmaire de la phalange distale est le signe qui fait basculer vers la chirurgie, indépendamment de la taille du fragment1.
- La taille du fragment, rapportée à la surface articulaire : c'est ce qui sépare les IV-B des IV-C.
- L'écart entre le fragment et son lit, dont le seuil retenu est de 2 mm1.
Une précision utile pour ne pas sur-traiter : dans une comparaison rétrospective de traitements orthétiques précoces et différés, la présence ou l'absence d'une fracture du bord dorsal intéressant moins du tiers de la surface articulaire n'a pas modifié le résultat final9. Une petite écaille osseuse ne change donc pas la conduite.
À retenir
- La classification de Doyle tient en quatre types, dont un seul, le type I, représente l'immense majorité des cas et relève de l'orthèse.
- Les seuils opératoires sont chiffrés : subluxation, plus d'un tiers de surface, écart supérieur à 2 mm.
- Un profil strict suffit ; c'est la congruence qu'on regarde en premier, pas la taille du fragment.
- Une petite écaille dorsale (moins d'un tiers) ne change pas le résultat du traitement orthétique.
Quelle orthèse choisir, et pourquoi c'est la vraie question ?
C'est le seul point de cette pathologie où plusieurs essais randomisés se répondent. Et leur message n'est pas celui qu'on attend : l'orthèse ne change pas le déficit d'extension final, elle change la probabilité que le traitement aille jusqu'au bout.
Ce que la revue Cochrane a établi, et ce qu'elle n'a pas pu établir
La revue Cochrane consacrée aux interventions du doigt en maillet a inclus quatre essais totalisant 278 participants et 283 doigts. Son verdict est net et il faut le citer tel quel : les preuves issues d'essais randomisés étaient insuffisantes pour établir l'efficacité relative des différentes orthèses, sur mesure ou préfabriquées, et insuffisantes également pour déterminer quand la chirurgie est indiquée4.
Les auteurs en tirent malgré tout deux enseignements pratiques, et ce sont eux qui ont vieilli le mieux : une orthèse portée en continu pendant des semaines doit être assez robuste pour l'usage quotidien, et l'adhésion du patient aux consignes de port occupe une place centrale4. L'un des essais inclus rapportait une attelle qui se désagrégeait (revêtement caoutchouc détérioré, fils métalliques rouillés) et qui était logiquement moins appréciée des participants.
L'essai qui a déplacé la question
Un essai contrôlé randomisé multicentrique en simple aveugle a comparé trois orthèses chez 64 patients porteurs d'un doigt en maillet aigu de type 1a ou 1b : attelle de Stack préfabriquée (témoin), attelle dorsale en aluminium rembourré, et orthèse thermoplastique sur mesure. Toutes étaient portées en continu huit semaines, suivies d'un sevrage progressif sur quatre semaines avec exercices7.
Le résultat principal est un non-résultat : aucune différence de déficit d'extension entre les trois groupes, ni à douze ni à vingt semaines. Le résultat secondaire, lui, est spectaculaire : l'échec thérapeutique a concerné 23,8 % des patients dans le groupe Stack et 23,8 % dans le groupe aluminium dorsal, contre aucun dans le groupe thermoplastique sur mesure (p = 0,04)7. Les auteurs relèvent en outre une corrélation négative moyenne entre l'observance et le déficit d'extension : moins le patient porte, plus le déficit est grand.
Trois orthèses, un même déficit final, trois taux d'échec différents
Essai contrôlé randomisé multicentrique, 64 patients, doigt en maillet aigu de type 1a-1b, port continu de 8 semaines
Source : O'Brien LJ, Bailey MJ. Single blind, prospective, randomized controlled trial comparing dorsal aluminum and custom thermoplastic splints to stack splint for acute mallet finger. Arch Phys Med Rehabil 2011;92(2):191-198 (PMID 21272714).
Les complications cutanées, chiffrées par méta-analyse
Une revue systématique avec méta-analyse a repris sept essais contrôlés totalisant 491 participants pour comparer les types d'orthèses sur trois critères : complications, déficit d'extension et taux de succès selon les critères d'Abouna et Brown6.
Le résultat est cohérent avec le précédent, et il porte cette fois sur la tolérance :
- les orthèses préfabriquées présentaient trois fois le risque de complication cutanée par rapport à l'ensemble des autres orthèses (risque relatif 3,17 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,19 à 8,43 ; preuves de qualité modérée) ;
- et près de sept fois ce risque par rapport aux seules orthèses thermoplastiques sur mesure (risque relatif 6,72 ; 1,59 à 28,46) ;
- en revanche, aucune différence sur le taux de succès (risque relatif 0,99 ; 0,80 à 1,22 ; preuves de très faible qualité) ni sur le déficit d'extension (différence moyenne standardisée 0,03 ; −0,29 à 0,36 ; preuves de qualité modérée)6.
Complications cutanées : orthèse préfabriquée contre sur mesure
Méta-analyse de 7 essais contrôlés, 491 participants : risque relatif et intervalle de confiance à 95 %
Source : Witherow EJ, Peiris CL. Custom-made finger orthoses have fewer skin complications than prefabricated finger orthoses in the management of mallet injury: a systematic review and meta-analysis. Arch Phys Med Rehabil 2015;96(10):1913-1923.e1 (PMID 26163944).
Et l'immobilisation non amovible ?
Deux essais l'ont étudiée, avec des résultats convergents mais nuancés.
Le premier a comparé, chez 57 sujets, une immobilisation par cast thermoformable (Quickcast) à une orthèse thermoplastique amovible de type levier. Le groupe amovible présentait un déficit d'extension supérieur de 5° en moyenne à douze semaines (p = 0,05), et deux facteurs se sont révélés péjoratifs : un œdème important et un âge élevé14.
Le second, sur 58 patients, a comparé le même Quickcast à une orthèse thermoplastique fabriquée sur mesure. Cette fois aucune différence sur le déficit final ni sur le recours à la chirurgie, mais moins de complications cutanées (33 % contre 64 %) et moins de douleur dans le groupe cast13.
La lecture combinée de ces travaux est assez claire pour guider la pratique : ce qui compte est que le doigt ne fléchisse jamais. Une orthèse amovible bien tolérée et effectivement portée vaut un cast ; une orthèse amovible qu'on retire pour la toilette perd son avantage.
La consigne à donner, mot pour mot
« L'attelle reste en place jour et nuit, sans exception, pendant huit semaines. Pour la toilette, on garde le doigt tendu : on ne retire l'attelle qu'en maintenant la dernière phalange en extension avec l'autre main, on nettoie, on sèche, et on remet. Si le doigt se plie une seule fois, le compte repart de zéro. » Cette dernière phrase n'est pas un procédé pédagogique : le chapitre de référence l'énonce comme telle1, et l'essai d'O'Brien montre que l'observance corrèle directement avec le résultat7.
À retenir
- Le type d'orthèse ne change pas le déficit d'extension final : trois essais concordent.
- Il change l'échec thérapeutique : 23,8 % avec une attelle préfabriquée, 0 % avec un thermoplastique sur mesure.
- Il change aussi la tolérance cutanée : risque relatif 3,17 contre les autres orthèses, 6,72 contre le sur-mesure.
- Le vrai déterminant est l'observance, et l'orthèse la meilleure est celle que ce patient-là portera huit semaines.
Combien de temps immobiliser, et que faire si le patient arrive tard ?
Deux questions que le patient pose toujours, et auxquelles la littérature répond de façon inhabituellement nette pour cette pathologie.
Le calendrier
Le protocole de référence est stable d'une source à l'autre : immobilisation continue de l'articulation interphalangienne distale en extension complète pendant six à huit semaines, suivie d'un port nocturne de deux à six semaines supplémentaires1. La revue de synthèse retient six à huit semaines de port permanent puis un sevrage progressif sur les deux semaines suivantes2, et l'essai d'O'Brien appliquait huit semaines de port continu suivies d'un sevrage gradué de quatre semaines avec exercices7.
Un point d'anatomie fonctionnelle mérite d'être expliqué au patient : seule l'articulation interphalangienne distale doit être immobilisée. L'interphalangienne proximale reste libre et doit être mobilisée dès le premier jour : c'est ce qui évite la raideur en flexion la plus invalidante à long terme.
Le calendrier du traitement orthétique
Protocole issu du chapitre de référence et de l'essai randomisé d'O'Brien
Sources : Mallet Finger Injuries, StatPearls, NCBI Bookshelf NBK459373 (PMID 29083648) ; Khera B et al. Acta Biomed 2021 (PMID 34738569) ; O'Brien LJ, Bailey MJ. Arch Phys Med Rehabil 2011 (PMID 21272714).
Le port nocturne supplémentaire sert-il à quelque chose ?
La question a été posée à un essai randomisé. Cinquante et un patients ayant terminé six à huit semaines d'immobilisation continue ont été répartis entre un mois d'orthèse nocturne supplémentaire et aucune orthèse. Aucune différence n'a été trouvée sur le déficit d'extension final, sur l'incapacité, ni sur la satisfaction8.
Ce même essai livre deux chiffres qu'il faut avoir en tête avant de promettre un résultat au patient : le déficit d'extension final moyen était de 14°, et 34 % des patients (14 sur 41 évalués en présentiel) gardaient un déficit de 20° ou plus. Les auteurs le formulent sans détour : les déficits résiduels de 20° et plus sont chose courante. Le déficit initial et la flexion initiale prédisaient d'ailleurs le déficit final, expliquant 28 % de sa variabilité8.
Un doigt en maillet bien traité laisse en moyenne quatorze degrés de déficit. Le dire dès la première consultation évite au patient de vivre son résultat normal comme un échec.
Le patient qui arrive tard
C'est la situation la plus fréquente en cabinet, puisque le geste déclenchant est banal et que la douleur est modeste. La réponse est rassurante et elle est ancienne.
Une comparaison portant sur deux groupes de 40 patients (traitement débuté dans les deux semaines suivant le traumatisme d'un côté, plus de quatre semaines après de l'autre) a mesuré le succès du traitement orthétique, défini par une extension active avec au plus 10° de déficit résiduel. Succès chez 17 patients sur 21 dans le groupe précoce, et chez 15 sur 19 dans le groupe différé. Ni la présence d'une fracture du bord dorsal intéressant moins du tiers de la surface articulaire, ni le type d'attelle utilisé, n'ont modifié le résultat final. Les auteurs concluent que l'attelle était aussi efficace dans la population traitée tardivement que dans la population traitée précocement9.
Ce que cela change en consultation
Un patient qui se présente six semaines après son traumatisme n'a pas « raté sa chance ». Il faut lui proposer le traitement orthétique complet, avec la même exigence de port continu, et sans lui laisser croire que le retard impose la chirurgie. La donnée date de 1994 et n'a jamais été contredite depuis ; elle ne dispense pas de l'avis chirurgical quand la lésion sort du type I, mais elle évite de renoncer par principe.
À retenir
- Six à huit semaines de port continu, puis deux à six semaines de port nocturne ou de sevrage progressif.
- Le port nocturne supplémentaire après une immobilisation complète n'apporte aucun bénéfice mesurable.
- Résultat attendu à annoncer : 14° de déficit résiduel en moyenne, et 34 % de patients à 20° ou plus.
- Un traitement débuté plus de quatre semaines après le traumatisme donne des résultats comparables à un traitement précoce.
Faut-il opérer un doigt en maillet ?
La question paraît décisive, elle l'est beaucoup moins que le choix de l'orthèse, et les essais qui l'ont posée directement donnent tous la même réponse.
Ce que la revue systématique établit
Une revue systématique a colligé 44 études rapportant des résultats cliniques : 22 sur des traitements chirurgicaux, 17 sur des traitements non chirurgicaux. Les deux chiffres à retenir sont d'une remarquable proximité5 :
- déficit d'extension moyen de 5,7° après chirurgie, contre 7,6° après traitement non chirurgical ;
- taux de complications de 14,5 % après chirurgie, contre 12,8 % après traitement non chirurgical.
Cinq études comparaient directement les deux stratégies, avec des résultats et des recommandations divergents. La conclusion des auteurs est explicite : les deux traitements donnent d'excellents résultats cliniques, les preuves disponibles ne permettent pas de déterminer quand l'intervention chirurgicale est indiquée, et ces traitements apparaissent équivalents et doivent être individualisés5. C'est la même conclusion que la revue Cochrane avait tirée quatorze ans plus tôt4.
Les essais randomisés qui ont posé la question de face
Sur le maillet tendineux. Un essai a réparti 48 patients entre orthèse thermoplastique et fixation par broche de Kirschner. À seize semaines, aucune différence significative sur l'extension finale ni sur le déficit d'extension. Les deux groupes ont montré le même profil de perte d'extension précoce après le retrait de l'immobilisation, partiellement récupérée par l'exercice actif régulier11.
Sur le maillet osseux avec fragment supérieur au tiers, sans subluxation initiale. Un essai randomisé de niveau I a comparé l'orthèse à la broche d'extension-block chez 32 patients randomisés, 28 analysés. À six mois, aucune différence sur le déficit d'extension actif ni sur les scores de fonction et de douleur. Mieux : la flexion, l'amplitude active et la distance pulpe-paume étaient meilleures dans le groupe orthèse. Mais trois patients de ce groupe ont développé une subluxation secondaire, ce qui conduit les auteurs à une conclusion nuancée : l'orthèse est sûre et efficace pour restaurer la mobilité, elle ne prévient pas suffisamment la subluxation secondaire, et un suivi radiographique pendant l'immobilisation apparaît nécessaire10.
Sur la comparaison avec une ancre. Un essai randomisé de niveau Ib a comparé une technique d'ancre au traitement conservateur chez 29 patients. Déficit d'extension de 8,1° après chirurgie contre 6,1° en conservateur, retour au travail à 63,2 jours contre 53,7, flexion finale de l'interphalangienne distale de 54,5° contre 58,3°. Et un résultat qui n'est pas anodin : une dégénérescence articulaire radiographique a été observée chez quatre patients du groupe chirurgical et chez aucun du groupe conservateur à un an12.
Chirurgie contre traitement orthétique : ce que les données comparées montrent
Revue systématique de 44 études, complétée par trois essais randomisés
Sources : Lin JS, Samora JB. J Hand Surg Am 2018;43(2):146-163.e2 (PMID 29174096) ; Batıbay SG, Akgül T, Bayram S, Ayık Ö, Durmaz H. J Hand Ther 2018;31(4):429-436 (PMID 28966061).
À retenir
- Chirurgie et orthèse donnent des résultats équivalents : 5,7° contre 7,6° de déficit, 14,5 % contre 12,8 % de complications.
- Trois essais randomisés indépendants n'ont trouvé aucune différence, sur le maillet tendineux, sur le maillet osseux et contre une technique d'ancre.
- Un essai a observé une dégénérescence articulaire chez 4 opérés contre 0 conservateurs à un an.
- L'orthèse sur un maillet osseux volumineux impose un suivi radiographique : trois subluxations secondaires dans l'essai de niveau I.
Que change une main qui travaille, ou qui joue ?
Le coût de cette lésion n'est presque jamais médical : c'est un coût professionnel et sportif, et il se joue sur la main dominante trois fois sur quatre.
Une lésion qui touche la main qui sert
Deux données situent le problème. La main dominante est concernée dans environ 74 % des cas2, et le traitement impose six à huit semaines d'immobilisation continue1. Rapporté à un artisan, un cuisinier, un soignant, un musicien ou un coiffeur, cela ne se règle pas par une ordonnance : cela se prépare.
Le versant sportif est également documenté. Le doigt en maillet représenterait 2 % des urgences sportives et constituerait la lésion tendineuse fermée la plus fréquente dans les sports de contact comme en milieu professionnel15. Le mécanisme classique (le ballon reçu sur la pulpe, doigt tendu) concerne surtout les sports de balle où la réception se fait à mains nues.
Ce que les essais mesurent réellement de la reprise
Une seule donnée chiffrée de reprise existe dans la littérature randomisée, et elle vient d'un essai de niveau Ib comparant une technique d'ancre au traitement conservateur chez 29 patients : retour au travail en 63,2 jours en moyenne après chirurgie, contre 53,7 jours après traitement conservateur12. Neuf jours d'écart, en faveur du traitement non chirurgical : un argument de plus, s'il en fallait, pour ne pas opérer par défaut une lésion fermée.
Pour le retour au sport, il faut être franc : aucune étude n'a évalué les modalités ni les délais de reprise sportive dans cette lésion. Ce qui se pratique relève du raisonnement (reprise progressive quand l'extension active est acquise et stable, protection lors des activités exposant à un choc direct) et doit être présenté comme tel au patient et à l'entraîneur.
Le cas de l'anesthésiste publié dans Anaesthesia Reports illustre l'ordre de grandeur du retentissement quand la main est l'outil de travail : la lésion, prise en charge sans chirurgie, a nécessité un arrêt d'activité clinique significatif avant une bonne récupération et une reprise du travail17. Les auteurs consacrent une partie de leur discussion aux facteurs contributifs et aux stratégies de prévention, ce qui, pour une lésion réputée bénigne, dit assez son coût réel.
| Contexte | Ce que dit la littérature | Adaptation à discuter |
|---|---|---|
| Travail manuel de force | Retour au travail à 53,7 jours en moyenne après traitement conservateur12 | Gant de protection par-dessus l'orthèse, aménagement ou changement de poste sur la durée du traitement |
| Métiers de soin et gestes fins | Un cas publié d'arrêt d'activité clinique prolongé après une lésion survenue au bloc17 | Orthèse la plus fine possible, essai des gestes techniques avant reprise |
| Sport de ballon | Mécanisme classique du choc direct sur la pulpe ; 2 % des urgences sportives15 | Arrêt des situations de réception pendant l'immobilisation ; aucune donnée sur les délais de reprise |
| Travail sur clavier | Aucune donnée spécifique | Compatible avec le port de l'orthèse dans la plupart des cas ; vérifier l'absence de flexion forcée à la frappe |
| Sujet âgé, œdème important | Œdème important et âge élevé associés à un déficit d'extension final plus grand14 | Surveillance rapprochée de l'orthèse et du gonflement, immobilisation non amovible à envisager |
Ce qu'il faut dire dès la première consultation
Trois messages, et il vaut mieux les donner ensemble :
- La durée est incompressible. Six à huit semaines de port continu, plus le sevrage. Ce n'est pas négociable en fonction de l'agenda professionnel, parce qu'une interruption relance le compte1.
- Le résultat attendu n'est pas la perfection. Quatorze degrés de déficit résiduel en moyenne, un tiers des patients à 20° ou plus8. Sur un doigt long, ce déficit est le plus souvent bien toléré fonctionnellement.
- La chirurgie ne raccourcit rien. Elle allonge même le retour au travail de neuf jours dans le seul essai qui l'a mesuré12, pour un déficit final équivalent5.
À retenir
- 74 % de mains dominantes et six à huit semaines d'attelle : le retentissement est d'abord professionnel.
- Seule donnée randomisée de reprise : 53,7 jours en conservateur contre 63,2 après chirurgie.
- Aucune étude n'a évalué la reprise sportive : ce qui se pratique est un raisonnement, à annoncer comme tel.
- Anticiper l'aménagement du poste dès la première consultation, pas à la sixième semaine.
Que rééduque-t-on après l'immobilisation ?
C'est la partie du traitement qui revient au kinésithérapeute, et paradoxalement la moins étudiée. Un essai récent apporte pourtant un élément que l'on n'avait pas, et il concerne exactement ce moment-là.
Le phénomène que tout le monde observe, enfin décrit
Un essai randomisé de niveau II a comparé, chez 48 patients porteurs d'un maillet tendineux, l'orthèse thermoplastique à la fixation par broche de Kirschner. Au-delà de son résultat principal, aucune différence à seize semaines, il documente une observation clinique que tout praticien connaît et que personne n'avait chiffrée : une perte d'extension survient dans les jours qui suivent le retrait de l'immobilisation, quelle qu'elle soit, et elle est partiellement récupérée par l'exercice actif de routine11.
Les auteurs concluent que l'exercice actif soutenu paraît favoriser la récupération de l'extension de l'articulation interphalangienne distale11. La formulation est prudente, c'est un résultat secondaire d'un essai qui ne testait pas cette question, mais elle donne enfin un appui à ce que la pratique fait depuis toujours.
L'essai apporte un second élément, utile pour la prédiction : l'extension finale de l'articulation était corrélée à l'extension obtenue sous immobilisation (r = 0,60) et à l'extension maximale du doigt controlatéral (rho = 0,54)11. Autrement dit, il faut regarder le doigt sain d'en face avant de fixer un objectif : un patient dont l'interphalangienne distale controlatérale ne dépasse pas 0° n'atteindra pas mieux du côté blessé.
Le programme, séance par séance
Pendant l'immobilisation (semaines 0 à 8). Le rôle du kinésithérapeute n'est pas nul, il est préventif :
- Mobilisation active de l'interphalangienne proximale, dès le premier jour et à chaque séance. C'est la raideur en flexion de cette articulation qui laisse les séquelles fonctionnelles les plus gênantes.
- Mobilisation des articulations métacarpo-phalangiennes et du poignet, et entretien de la préhension globale du côté atteint.
- Contrôle de l'œdème. Ce n'est pas un souci esthétique : dans l'essai de Tocco, un œdème important et un âge élevé influençaient négativement le déficit d'extension final14. Surélévation, drainage doux en amont de l'attelle, vérification que l'orthèse ne garrotte pas.
- Vérification de l'orthèse à chaque séance : tenue, état cutané, absence de flexion possible. Rappel du protocole de changement, phalange maintenue en extension.
Au sevrage (semaines 8 à 12). Les protocoles des essais prévoient un retrait progressif sur deux à quatre semaines avec exercices27. En pratique :
- retrait diurne progressif, orthèse conservée la nuit et pour les activités à risque ;
- extension active de l'interphalangienne distale, répétée en séries courtes et fréquentes plutôt qu'en séances longues : c'est le geste que l'essai de Zhu associe à la récupération11 ;
- flexion active progressive et non forcée : la reconquête de l'enroulement se fait sans étirement passif en flexion, qui rallongerait la cicatrice tendineuse fraîche ;
- surveillance du déficit d'extension à chaque séance : une reprise du déficit impose de remettre l'orthèse en continu quelques jours et de ralentir le sevrage.
Ce qu'il ne faut pas faire. Ajouter une orthèse nocturne après une immobilisation complète correctement conduite n'apporte rien : l'essai randomisé qui l'a testé n'a trouvé aucune différence de déficit, d'incapacité ni de satisfaction8. Et forcer la flexion de l'interphalangienne distale dans les premières semaines du sevrage n'a aucun fondement, alors que le risque de recréer un allongement tendineux, lui, est mécaniquement réel.
Le tableau des modalités, avec le niveau de preuve disponible
Appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE à la question du traitement du doigt en maillet traumatique. Aucune évaluation GRADE formelle ni recommandation de société savante n'existe pour cette pathologie : la revue Cochrane s'est explicitement arrêtée à un constat d'insuffisance de preuves4.
Orthèse thermoplastique sur mesure plutôt que préfabriquée. Essai randomisé multicentrique : 23,8 % d'échec thérapeutique contre 0 %7. Méta-analyse de 7 essais : risque de complication cutanée multiplié par 3,17 avec le préfabriqué, par 6,72 face au thermoplastique sur mesure6. Déclassé de « élevé » parce que le déficit d'extension final, lui, ne diffère pas.
Ne PAS ajouter d'orthèse nocturne après une immobilisation complète. Essai randomisé sur 51 patients : aucune différence de déficit, d'incapacité ni de satisfaction8. Preuve directe d'absence de bénéfice, sur un critère pertinent.
Traitement orthétique plutôt que chirurgie en première intention pour les lésions fermées sans subluxation. Revue systématique de 44 études : déficit 5,7° contre 7,6°, complications 14,5 % contre 12,8 %5 ; trois essais randomisés sans différence101112, dont un avec plus de dégénérescence articulaire côté chirurgie12.
Immobilisation continue en extension pendant 6 à 8 semaines. Aucun essai n'a comparé l'immobilisation à l'abstention : ce serait difficilement éthique. C'est le socle de tous les protocoles d'essai711 et la revue de synthèse rappelle que le déficit ne régresse pas spontanément2.
Exercice actif régulier après le retrait de l'immobilisation. Résultat secondaire d'un essai randomisé : la perte d'extension précoce après retrait était partiellement récupérée par l'exercice actif de routine, et l'exercice soutenu paraît favoriser la récupération11. Ce n'était pas la question testée.
Contrôle de l'œdème pendant l'immobilisation. Dans un essai randomisé, un œdème important et un âge élevé influençaient négativement le déficit d'extension final14. Association observée, pas effet d'une intervention testée.
Mobilisation de l'interphalangienne proximale dès le premier jour. Aucune étude ne l'a évaluée dans cette indication. Cohérente avec la mécanique et sans risque pour la lésion, qui ne concerne pas cette articulation.
Sevrage progressif sur 2 à 4 semaines. Protocole appliqué par les essais7, jamais comparé à un retrait franc. Usage raisonné, non démontré.
Mobilisation passive ou massage de l'interphalangienne distale pendant l'immobilisation. Contraire au principe même du traitement : toute flexion relance le compte1. Rapport bénéfice/risque défavorable par construction.
Physiothérapie instrumentale (ultrasons, laser, courants) sur le doigt en maillet : aucune étude identifiée dans cette indication.
Ce qui doit faire reprendre l'avis chirurgical
- Subluxation palmaire de la phalange distale apparue sous orthèse : trois cas sur 14 patients dans l'essai de niveau I portant sur les maillets osseux volumineux10. Un contrôle radiographique pendant l'immobilisation est nécessaire dans ces formes.
- Hyperextension de l'interphalangienne proximale qui s'installe : déformation en col de cygne, dont la correction est chirurgicale2.
- Souffrance cutanée sous l'orthèse, macération, phlyctène, nécrose dorsale : trois fois plus fréquente avec les orthèses préfabriquées6. Changer d'orthèse, ne pas interrompre le traitement.
- Déficit qui s'aggrave pendant le sevrage malgré la reprise du port continu.
À retenir
- Une perte d'extension précoce après le retrait est attendue, et l'exercice actif régulier la récupère partiellement.
- Regarder le doigt controlatéral avant de fixer un objectif : l'extension finale y est corrélée.
- Pendant l'immobilisation, le travail porte sur l'interphalangienne proximale, l'œdème et l'orthèse, jamais sur l'articulation lésée.
- Le port nocturne après une immobilisation complète n'ajoute rien : l'essai qui l'a testé est négatif.
Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?
Trois cas publiés, avec leurs identifiants. Aucun ne décrit un doigt en maillet ordinaire : ce sont précisément ceux qui apprennent quelque chose.
Cas 1 : Un doigt en maillet qui s'installe en trois semaines, sans traumatisme
Benabdallah O, Benabdallah R. Journal of Orthopaedic Case Reports 2022;12(11):60-6415 : texte intégral libre (PMC10066668).
Une femme de 35 ans consulte pour une déformation en maillet du deuxième doigt droit. Interrogée, elle ne rapporte aucun traumatisme : la déformation s'est constituée progressivement sur plus de vingt jours, précédée de douleurs modérées et de sensations de brûlure au niveau de la troisième phalange. À la palpation, des nodules sont perçus au niveau de l'articulation interphalangienne distale et sur la face dorsale de la deuxième phalange. La radiographie montre la déformation classique, sans lésion osseuse associée.
Le diagnostic de synovite villonodulaire pigmentée a été suspecté en peropératoire devant la présence d'hémosidérine dans la gaine tendineuse et dans l'articulation distale. Le traitement a associé l'excision de la masse, une ténosynovectomie et une réinsertion tendineuse.
Ce que ce cas enseigne. Les auteurs soulignent que le doigt en maillet survient « toujours après une étiologie traumatique » et que cette cause n'avait jamais été rapportée. Pour la pratique, la règle est simple et ne demande aucune expertise : installation progressive plus absence de traumatisme plus nodules palpables égale exploration, pas orthèse.
Cas 2 : Un enfant de 4 ans, une déformation indolore, une radiographie non conclusive
Aprilya D, Satria O, Vianney MM. International Journal of Surgery Case Reports 2025;129:11110516 : texte intégral libre (PMC11932670).
Les parents consultent pour un auriculaire gauche « tordu » chez un enfant de 4 ans. La déformation, indolore, a progressé sur un an, sans blessure identifiable. L'examen retrouve une masse osseuse palpable en amont de l'articulation interphalangienne distale angulée. La radiographie n'était pas concluante et évoquait une ancienne fracture de la phalange moyenne.
En peropératoire, une exostose sessile de l'épi-métaphyse de la phalange moyenne repoussait le tendon extenseur terminal vers le bord ulnaire. La biopsie a confirmé un ostéochondrome. La reconstruction du tendon terminal et de la peau a suivi la résection ; à deux ans de recul, ni infection, ni récidive de la déformation, ni récidive tumorale.
Ce que ce cas enseigne. Deux drapeaux se cumulaient, l'âge et l'absence de traumatisme, et un troisième élément aurait pu rassurer à tort : une radiographie interprétée comme une séquelle de fracture. Chez l'enfant, une déformation en maillet progressive et indolore n'est pas un maillet traumatique, et une radiographie non concluante n'est pas une radiographie normale.
Cas 3 : Un accident du travail, une prise en charge non chirurgicale, un arrêt long
de Vena Franks PL, Lightfoot NJ. Anaesthesia Reports 2020;8(2):127-13017 : texte intégral libre (PMC7656317).
Un anesthésiste se blesse au moment de l'induction, lors d'une intubation trachéale. Les auteurs relèvent que les blessures des soignants sont fréquentes mais rarement publiées, et que ce mécanisme n'avait jamais été décrit. La lésion a été traitée sans chirurgie ; après un arrêt d'activité clinique significatif, le praticien a bien récupéré et repris son travail. L'article discute les facteurs contributifs et les stratégies de prévention.
Ce que ce cas enseigne. Il illustre le mécanisme le plus fréquent et le plus banal, une flexion forcée contre résistance sur un geste ordinaire, et il rappelle le vrai coût de cette lésion, qui n'est pas médical mais professionnel. Huit semaines d'attelle sur un doigt qui travaille, cela s'anticipe avec le patient dès la première consultation : aménagement du poste, gants, matériel adapté, et information de l'employeur.
À retenir
- Les trois cas publiés les plus instructifs sont des doigts en maillet qui n'en étaient pas, ou dont l'enjeu n'était pas le doigt.
- Pas de traumatisme, installation progressive, masse palpable, enfant : quatre motifs d'explorer avant d'appareiller.
- Une radiographie non concluante n'est pas une radiographie normale.
- Le coût réel de la lésion est professionnel : à anticiper dès la première consultation.
Comment appliquer tout cela dès lundi matin ?
Une lésion fréquente, un traitement long, un résultat qui dépend presque entièrement de ce que le patient fait entre deux séances : c'est une pathologie où la première consultation vaut plus que toutes les suivantes.
La première séance, en six points
- Confirmer. Extension active impossible, extension passive libre et non maintenue au relâchement2. Deux secondes, et c'est le diagnostic.
- Écarter ce qui n'est pas un maillet traumatique. Traumatisme retrouvé ? Installation brutale ? Pas de masse palpable ? Pas d'enfant ? Sans ces quatre réponses, on explore avant d'appareiller1516.
- Exiger la radiographie de profil si elle n'a pas été faite : c'est la congruence articulaire qu'on cherche, pas seulement le fragment1.
- Confectionner ou faire confectionner une orthèse sur mesure. C'est le seul choix qui a montré une différence (0 % d'échec contre 23,8 %7) et il divise par près de sept le risque de complication cutanée6.
- Donner la consigne de port, mot pour mot, et la faire reformuler. Huit semaines, jour et nuit, changement en maintenant l'extension, une flexion égale un recommencement.
- Annoncer le résultat attendu. Quatorze degrés de déficit résiduel en moyenne, un patient sur trois à 20° ou plus8. Un patient prévenu ne vit pas son résultat normal comme un échec.
Ce qu'on suit, et à quel rythme
| Ce qu'on mesure | Pourquoi | Rythme |
|---|---|---|
| Déficit d'extension actif en degrés | Critère de jugement principal de tous les essais cités ; comparable à la littérature78 | À l'inclusion, puis à chaque bilan après sevrage |
| État cutané sous l'orthèse | Complication la plus fréquente, jusqu'à trois fois plus probable avec un modèle préfabriqué6 | À chaque séance |
| Observance déclarée | Corrélée au déficit final dans l'essai multicentrique7 ; c'est le levier principal | À chaque séance |
| Amplitude de l'interphalangienne proximale | Sa raideur est la séquelle fonctionnelle la plus gênante, et elle est évitable | À chaque séance |
| Œdème | Facteur péjoratif mesuré sur le déficit final14 | Hebdomadaire au début |
| Extension de l'interphalangienne distale controlatérale | Corrélée à l'extension finale du côté blessé11 : fixe l'objectif réaliste | Une fois, à l'inclusion |
| Radiographie de contrôle pour les maillets osseux volumineux | Trois subluxations secondaires sous orthèse dans l'essai de niveau I10 | Selon prescription, pendant l'immobilisation |
Vers qui adresser, et quand
- Chirurgien de la main : devant une plaie (types II et III), une fracture intéressant plus du tiers de la surface articulaire, une subluxation, un écart articulaire supérieur à 2 mm, une lésion complexe1, ou une subluxation apparue sous orthèse10.
- Chirurgien de la main également : devant une déformation en col de cygne constituée, dont la correction est chirurgicale2.
- Avis médical avant toute orthèse : devant un maillet non traumatique, d'installation progressive, avec masse palpable, ou chez l'enfant1516.
- Médecin du travail : le retentissement professionnel est le vrai coût de cette lésion, qui touche la main dominante dans environ trois quarts des cas2 et impose huit semaines d'attelle.
Questions fréquentes
Mon doigt sera-t-il complètement droit à la fin ?
Pas toujours, et il vaut mieux le savoir dès le début. Dans l'essai randomisé le plus informatif sur ce point, le déficit d'extension final moyen était de 14°, et 34 % des patients gardaient un déficit de 20° ou plus8. La revue systématique donne des moyennes plus favorables (7,6° après traitement orthétique5), mais un déficit résiduel modéré est la règle plutôt que l'exception, et il est le plus souvent bien toléré.
Que se passe-t-il si j'enlève l'attelle une fois ?
Le compte repart de zéro. Ce n'est pas une formule pédagogique : le chapitre de référence énonce que toute flexion de l'articulation pendant le processus de contention impose de recommencer1. Le tendon en cours de cicatrisation est ramené en position d'allongement, et le travail des semaines écoulées est perdu.
Puis-je enlever l'attelle pour me laver les mains ?
Oui, à condition de maintenir la dernière phalange en extension avec l'autre main pendant toute la manœuvre : on glisse l'attelle, on nettoie, on sèche, on remet, sans jamais laisser le doigt tomber. Si le patient n'est pas sûr de savoir le faire, une immobilisation non amovible est une alternative : dans un essai randomisé, elle a donné 5° de déficit en moins qu'une orthèse amovible à douze semaines14.
Faut-il opérer pour un meilleur résultat ?
Non, pour les lésions fermées sans subluxation. La revue systématique de 44 études trouve 5,7° de déficit après chirurgie contre 7,6° après orthèse, avec des taux de complications comparables (14,5 % contre 12,8 %), et conclut que les deux traitements sont équivalents et doivent être individualisés5. Un essai randomisé a même observé une dégénérescence articulaire radiographique chez quatre opérés contre aucun patient traité conservativement à un an12.
J'ai attendu six semaines avant de consulter, est-il trop tard ?
Non. Une comparaison de deux groupes de 40 patients, traitement débuté dans les deux semaines contre plus de quatre semaines après le traumatisme, a trouvé un succès chez 17 patients sur 21 dans le groupe précoce et 15 sur 19 dans le groupe différé9. Le traitement orthétique complet reste indiqué, avec la même exigence de port.
Quelle attelle acheter en pharmacie ?
La question mérite d'être retournée : l'attelle préfabriquée du commerce, type Stack, a montré 23,8 % d'échec thérapeutique contre 0 % pour une orthèse thermoplastique sur mesure dans un essai randomisé multicentrique7, et un risque de complication cutanée multiplié par près de sept en méta-analyse6. Le sur-mesure, confectionné par un kinésithérapeute ou un ergothérapeute formé, n'est pas un luxe : c'est ce qui fait la différence entre un traitement mené à terme et un traitement abandonné.
Puis-je reprendre le sport ?
Pas pendant les huit semaines de port continu, sauf activités sans risque pour le doigt et avec l'orthèse en place. Aucune étude n'a évalué les modalités de reprise sportive dans cette lésion ; le repère pratique est celui du sevrage : reprise progressive quand l'extension active est acquise et stable, avec protection lors des activités à risque de choc direct.
Mon doigt du milieu se met en hyperextension, est-ce normal ?
Non, et cela justifie un avis. C'est la déformation en col de cygne : la perte de traction distale reporte la force sur la bandelette médiane et bascule l'articulation interphalangienne proximale en hyperextension. Sa correction relève de la chirurgie2, et elle se dépiste en surveillant cette articulation à chaque séance.
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- Les kystes synoviaux du poignet et de la main : parmi les masses de la main à distinguer d'une tuméfaction tumorale.
Bibliographie
Chaque référence a été vérifiée individuellement dans PubMed : identifiant résolu, revue, année, volume et liste d'auteurs contrôlés, résumé lu pour s'assurer que la source établit bien ce qui lui est attribué.
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Méthode et limites
Sources recherchées dans PubMed via les services E-utilities du NCBI, en croisant le doigt en maillet avec la classification, les orthèses, la durée d'immobilisation, la chirurgie, la rééducation et les cas rapportés. Chaque identifiant a été résolu et chaque résumé lu avant citation. Point fort de ce dossier, rare dans le domaine : six essais randomisés et une revue Cochrane, le doigt en maillet est de loin le mieux étudié des trois sujets de cette série. Limite principale : ces essais comparent des orthèses entre elles ou l'orthèse à la chirurgie, jamais le traitement à l'abstention, et aucun n'a évalué un protocole de rééducation en tant que tel. Les niveaux de preuve du tableau des modalités sont une appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, et non une évaluation GRADE publiée : la revue Cochrane s'est explicitement arrêtée à un constat d'insuffisance de preuves. Article rédigé le 14 août 2026.