Le score de Lysholm cote le genou sur 100 points. Le progrès que le patient juge important vaut 5,5 points ; le plus petit changement que l'échelle sait détecter en vaut 8,9. Entre les deux s'ouvre une zone où quelque chose de réel arrive au patient sans que l'instrument puisse le prouver. L'interpréteur ci-dessous la nomme.
Publié en 1982 comme un score rempli par le médecin, le Lysholm n'a été validé en auto-questionnaire qu'en 2009. Le détail est plus bas.
Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Le questionnaire lui-même n'est pas reproduit.
Ce que le Lysholm mesure, et par qui il était rempli
Le score de Lysholm cote le genou sur huit items à points inégaux : boiterie, aide à la marche, blocage, instabilité, douleur, gonflement, montée des escaliers et accroupissement. Le total va de 0 à 100, et un score élevé signale une meilleure fonction. Il n'y a pas de sous-score exploitable : seul le total se lit.
Voici le fait le moins su de cet instrument, et il change la façon de le tendre. Le score a été publié en 1982 comme un score rempli par le médecin. Ce ne sont pas des commentateurs qui le disent, ce sont ses propres auteurs, dans le résumé de leur revalidation de 2009 : ils y écrivent que le Lysholm avait été publié comme a physician-administered score. Sa validation comme questionnaire rempli par le patient date de cette étude, soit vingt-sept ans plus tard.
Conséquence directe pour une bibliographie : une fiche qui cite le princeps de 1982 pour justifier un auto-questionnaire cite la mauvaise référence. C'est la revalidation de 2009 qui autorise cet usage, et c'est aussi elle qui donne les chiffres qu'on emploie ensuite.
Enfin, le Lysholm ne mesure pas le niveau d'activité, et ses auteurs ont publié pour cela une échelle distincte en 1985. Leur conclusion y est explicite : test de stabilité, score fonctionnel, test de performance et cotation d'activité ont un poids relatif qui change au cours du traitement, et ils ne doivent pas être réunis dans un seul et même score.
Cinq points et demi contre huit virgule neuf
C'est le point le plus utile de cette page, et il tient dans une soustraction.
Le changement minimal détectable du Lysholm vaut 8,9 points. Il est mesuré en test-retest chez 50 patients revus deux ans après une chirurgie du croisé antérieur, avec une seconde passation dans les quatre semaines. C'est le bruit de fond de l'instrument : en dessous, on ne sait pas si le score a bougé ou si c'est la mesure qui a bougé.
La différence minimale cliniquement importante, elle, vaut 5,5 points. Elle est calculée par méthode d'ancrage chez 59 patients opérés du croisé antérieur par un même chirurgien, à six mois. C'est le progrès à partir duquel le patient déclare que quelque chose a changé pour lui.
Cinq et demi est plus petit que huit virgule neuf. Autrement dit : un progrès qui compte réellement pour le patient reste, chez cet individu, indiscernable de l'erreur de mesure. Ce n'est pas une bizarrerie de calcul, c'est une propriété de l'échelle, et elle a une traduction opératoire simple : sur un suivi individuel, ne rien conclure d'un écart inférieur à environ neuf points, et ne pas non plus le déclarer nul. Entre 5,5 et 8,9, la bonne phrase de compte rendu est « le patient rapporte un progrès que l'échelle ne permet pas de confirmer ».
Les seuils publiés, et les populations dont ils viennent
Les seuils publiés sur le Lysholm ne forment pas un jeu cohérent, parce qu'ils ne viennent pas de la même chose. Le tableau ci-dessous les remet chacun devant sa population.
Deux d'entre eux appellent une mise en garde particulière. La différence importante de 25,4 points et l'état acceptable au-dessus de 52,5 points ont été établis chez 99 patients opérés d'une arthroplastie fémoro-patellaire à inlay. Ils sont ensuite repris tels quels dans d'autres pathologies du genou, ce qui n'a pas de fondement. Et la version persane trouve un changement minimal détectable individuel de 2,88 points, soit trois fois moins que les 8,9 de la version originale : d'une population et d'une méthode à l'autre, ces estimations varient d'un facteur trois.
Deux propriétés structurelles complètent le tableau. D'abord, quatre domaines sur huit plafonnent chez plus de 30 % des patients, et le domaine accroupissement s'effondre au plancher chez plus de 30 % : les domaines pris isolément ne mesurent rien, seul le total de 0 à 100 est exploitable. Le plus ironique est que le domaine instabilité, raison d'être historique de l'échelle, est le seul des cinq domaines chiffrés dont la taille d'effet reste petite, quand douleur, boiterie, gonflement et accroupissement atteignent des tailles d'effet larges.
Ensuite, le plafonnement n'est pas fixe : il double avec le temps. Chez 134 patients opérés du croisé antérieur et tous évalués deux fois, il passe de 14,9 % à six mois à 30,6 % à douze mois. L'échelle devient donc aveugle au moment précis où se prennent les décisions de retour au sport.
| Ce qui est mesuré | Valeur | Population |
|---|---|---|
| Changement minimal détectable, version originale | 8,9 | 50 patients, test-retest à 2 ans d'une chirurgie du croisé antérieur |
| Différence minimale cliniquement importante | 5,5 | 59 opérés du croisé antérieur, méthode d'ancrage à 6 mois |
| Changement minimal détectable individuel, version persane | 2,88 | 100 patients, rupture complète du croisé antérieur |
| Différence importante, population chirurgicale particulière | 25,4 | 99 arthroplasties fémoro-patellaires à inlay |
| État symptomatique acceptable, même population | > 52,5 | les mêmes 99 patients |
| Effet plafond à six mois d'une ligamentoplastie | 14,9 % | 134 opérés du croisé antérieur |
| Effet plafond à douze mois, mêmes patients | 30,6 % | les mêmes 134 patients |
Aucune version française validée
Aucune version française validée du score de Lysholm n'est indexée dans PubMed. L'absence a été cherchée, pas supposée : sept formulations distinctes ont été passées à la base, dont deux qui ne renvoient rigoureusement aucun résultat, et les seuls travaux français retrouvés sont des séries cliniques qui emploient l'instrument en anglais.
Douze autres langues en ont une : allemande, turque, polonaise, chinoise, néerlandaise, italienne, arabe, espagnole, grecque, indonésienne, thaïe, persane. Plusieurs ont été publiées après 2020, et Tegner ou Lysholm eux-mêmes cosignent certaines d'entre elles. Le français manque à cette liste.
Il y a une explication historique, et elle est honorable : la communauté francophone de rééducation a validé en français son propre outil de suivi après reconstruction du croisé antérieur, l'échelle PPLP, plutôt que de traduire celui-ci. Reste la conséquence pratique : toute cotation du Lysholm en français repose sur une traduction maison, dont les propriétés de mesure sont inconnues, et à laquelle on applique des seuils venus d'ailleurs.
Pourquoi cette page n'affiche pas le questionnaire
Le score de Lysholm circule très largement reproduit, y compris en annexe d'articles en libre accès sous licence Creative Commons. Cela ne vaut pas permission : aucun texte autorisant explicitement la reproduction des items de la version anglaise d'origine n'a pu être lu. Les deux sources ont été ouvertes au navigateur le 1er septembre 2026, après avoir été sondées en ligne de commande, et le navigateur a rendu deux résultats différents. La page de l'éditeur du princeps oppose un contrôle anti-robot, qui n'a pas été contourné. La base ePROVIDE, elle, ne sert pas une coquille vide comme pour d'autres instruments : elle rend une véritable page d'erreur 404 à l'adresse de cet instrument comme à sa recherche interne. Aucune notice n'y est donc publiée pour le Lysholm, ce qui n'est pas la même chose qu'une page illisible. En l'absence de licence établie, cette page décrit, cote et interprète, sans reproduire. Et il n'existe de toute façon aucune version française validée à reproduire.
Trois pièges de passation
Suivre des sous-scores
Quatre des huit domaines plafonnent chez plus de 30 % des patients et un cinquième s'effondre au plancher. Seul le total de 0 à 100 est exploitable ; un domaine pris isolément ne mesure rien.
Lire un gain de cinq ou six points comme un progrès prouvé
Il dépasse la différence minimale cliniquement importante, 5,5 points, mais reste sous le changement minimal détectable, 8,9. Chez un individu, cet écart ne se conclut pas, et il ne se nie pas non plus.
Comparer un taux de réussite d'une échelle à l'autre
Sur les mêmes 90 reconstructions du croisé antérieur, le système Lysholm-Tegner rendait 92,5 % de bons et excellents résultats, contre 82 % pour l'IKDC et 79 % pour l'ARPEGE. C'est la même chirurgie, lue par trois instruments qui ne pondèrent pas les mêmes choses : ici la douleur pèse le plus, dans l'IKDC c'est l'examen ligamentaire.
Questions fréquentes
Que mesure le score de Lysholm ?
Il cote la fonction du genou sur huit items à points inégaux, pour un total de 0 à 100, où 100 est un genou sans plainte. Il ne mesure ni le niveau d'activité ni la stabilité objective.
À partir de combien de points un changement compte-t-il ?
Il faut deux chiffres pour répondre. Le patient déclare un progrès à partir de 5,5 points, mais l'échelle ne sait détecter un changement qu'à partir de 8,9 points. Entre les deux, on ne conclut pas.
Le Lysholm est-il un auto-questionnaire ?
Aujourd'hui oui, mais depuis 2009 seulement. Il avait été publié en 1982 comme un score rempli par le médecin, et ce sont ses propres auteurs qui l'écrivent.
Peut-on l'utiliser à un an d'une ligamentoplastie ?
Avec prudence : son effet plafond passe de 14,9 % à six mois à 30,6 % à douze mois. Il devient donc peu sensible au moment où l'on décide du retour au sport.
Existe-t-il une version française du score de Lysholm ?
Non. Aucune version française validée n'est indexée, alors qu'il en existe au moins douze autres. La francophonie a validé à la place son propre outil, l'échelle PPLP.
Références
7 sources, PMID compris
- Lysholm J, Gillquist J. Evaluation of knee ligament surgery results with special emphasis on use of a scoring scale. Am J Sports Med 1982;10(3):150-4. PMID 6896798. La publication princeps. Les auteurs construisent l'échelle pour suivre la chirurgie ligamentaire du genou, en la centrant explicitement sur le dérobement. Comparée à une échelle de Larson légèrement modifiée, elle donne des résultats équivalents pour les lésions méniscales mais un total significativement plus bas pour les genoux instables. Point que presque personne ne rappelle : c'est un score rempli par le médecin.
- Tegner Y, Lysholm J. Rating systems in the evaluation of knee ligament injuries. Clin Orthop Relat Res 1985;(198):43-9. PMID 4028566. La seconde publication fondatrice, qui ajoute une cotation d'activité en complément du score fonctionnel. Sa conclusion est la clé de lecture des deux instruments, et elle est régulièrement ignorée : test de stabilité, score fonctionnel, test de performance et cotation d'activité sont tous importants, mais leur poids relatif varie au cours du traitement et ils ne doivent pas être réunis dans un seul et même score.
- Kocher MS, Steadman JR, Briggs KK, Sterett WI, Hawkins RJ. Reliability, validity, and responsiveness of the Lysholm knee scale for various chondral disorders of the knee. J Bone Joint Surg Am 2004;86(6):1139-45. PMID 15173285. L'étude métrologique de référence. Le total se tient bien : fidélité test-retest de 0,91, effet plancher de 0 % et effet plafond de 0,7 %, taille d'effet de 1,16. Le détail, lui, ne tient pas : quatre domaines sur huit plafonnent chez plus de 30 % des patients, et un cinquième s'effondre au plancher. Et le domaine instabilité, raison d'être historique de l'échelle, est le seul des cinq domaines chiffrés dont la taille d'effet reste petite. La population globale compte 1 657 patients, mais chaque analyse porte sur un sous-échantillon dont le résumé ne donne pas la taille.
- Briggs KK, Lysholm J, Tegner Y, Rodkey WG, Kocher MS, Steadman JR. The reliability, validity, and responsiveness of the Lysholm score and Tegner activity scale for anterior cruciate ligament injuries of the knee: 25 years later. Am J Sports Med 2009;37(5):890-7. PMID 19261899. Vingt-sept ans après le princeps, les auteurs d'origine valident enfin le score comme questionnaire rempli par le patient. Leur résumé écrit noir sur blanc qu'en 1982 il avait été publié comme un score rempli par le médecin. C'est aussi de là que vient le changement minimal détectable de 8,9 points, mesuré en test-retest chez 50 patients, à opposer à toute lecture individuelle d'un gain de quelques points.
- Nascimento BFD, Lima MBDR, Dias Júnior JM, Antunes Filho J, Campos TVO, Mendes Júnior AF. Calculation of the Minimal Important Clinical Difference of the Lysholm and IKDC Scores After Anterior Cruciate Ligament Reconstruction. Rev Bras Ortop (Sao Paulo) 2023;58(1):79-84. PMID 36969791. La tension la plus utile en cabinet, et elle tient dans une soustraction. Par méthode d'ancrage, chez 59 patients opérés du croisé antérieur par un même chirurgien, la différence minimale cliniquement importante vaut 5,5 points. C'est moins que le changement minimal détectable de 8,9 points publié par les auteurs de l'échelle : chez un individu, un progrès qui compte réellement pour lui ne peut pas être distingué du bruit de mesure.
- Ra HJ, Kim HS, Choi JY, Ha JK, Kim JY, Kim JG. Comparison of the ceiling effect in the Lysholm score and the IKDC subjective score for assessing functional outcome after ACL reconstruction. Knee 2014;21(5):906-10. PMID 24998912. Le plafonnement n'est pas une propriété fixe de l'échelle, c'est une fonction du délai. Chez 134 patients opérés du croisé antérieur et tous évalués deux fois, l'effet plafond passe de 14,9 % à six mois à 30,6 % à douze mois. Autrement dit, l'échelle devient aveugle au moment précis où se prennent les décisions de retour au sport. Sa corrélation avec le saut monopodal y est aussi plus faible que celle de l'autre score comparé.
- Christel P, Djian P, Darman Z, Witvoët J. [Results of Marshall-MacIntosh reconstruction according to 3 scoring systems (ARPEGE, Lysholm, IKDC). 90 cases reviewed with at least a one-year follow-up]. Rev Chir Orthop Reparatrice Appar Mot 1993;79(6):473-83. PMID 8066299. Une étude française qui applique trois systèmes de cotation aux mêmes 90 reconstructions du croisé antérieur. Le taux de bons et excellents résultats dépend massivement de l'échelle choisie : 92,5 % avec le système Lysholm-Tegner, 82 % avec l'IKDC, 79 % avec l'ARPEGE. Et elle dit pourquoi : dans l'IKDC le résultat final dépend d'abord de l'examen ligamentaire, alors qu'ici c'est la douleur qui est le paramètre prédominant.
Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le score, lui, est de Lysholm et Gillquist en 1982 : cette page le documente et l'interprète, elle n'en reproduit aucun item.
