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SPADI : une version française depuis 2024, pas encore éprouvée

Le SPADI en pratique : treize items, deux sous-échelles ramenées sur 100, une version française depuis 2024, et deux seuils qui se contredisent.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Le SPADI, pour Shoulder Pain and Disability Index, mesure la douleur et l'incapacité de l'épaule sur treize items. Il a depuis 2024 une version française, dont les propriétés de mesure n'ont pas encore été évaluées. Le questionnaire et son calcul sont juste en dessous.

SPADI, questionnaire et calcul du score

Répondez aux treize items ci-dessous, cinq pour la douleur et huit pour l'incapacité, chacun coté de 0 à 10. Le score se calcule au fur et à mesure : chaque sous-échelle est ramenée sur 100, et le total est leur moyenne.

Quelle est l'intensité de votre douleur ?

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Quel niveau de difficulté rencontrez-vous pour :

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Items reproduits d'après la version française SPADI-FR de Lathière et coll., 2024, article sous licence CC BY 4.0, figure 2, traduite avec la permission de Kathryn E. Roach, titulaire des droits du questionnaire original. Le libellé anglais reprend la version recopiée par Kim DH, 2023 depuis la publication princeps de Roach et coll., 1991 ; aucune licence de reproduction n'est publiée pour cette version anglaise, et toute autre utilisation doit s'adresser à ses auteurs.

facultatif, sur 100, pour situer l'écart

Répondez aux treize items pour obtenir le score.

Les deux seuils du SPADI ne disent pas la même chose : 8 points pour la différence qui compte pour le patient, 18 points pour le plus petit changement détectable. Le détail est plus bas.

Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Les treize items sont reproduits d'après la version française validée et la version recopiée par Kim DH, 2023, sans y changer un mot.

Ce que le SPADI mesure

Le SPADI mesure la douleur et l'incapacité de l'épaule telles que le patient les rapporte. Il a été publié en 1991 par Roach et coll., sur 37 patients, tous des hommes, consultant pour une douleur d'épaule.

Sa cohérence interne était d'emblée élevée, de 0,86 à 0,95, et ses scores fortement corrélés, en négatif, aux amplitudes articulaires. Sa reproductibilité, en revanche, était médiocre : 0,64 à 0,66 dans la publication princeps.

Cette faiblesse initiale a été corrigée par l'usage, pas par une révision de l'instrument. La revue systématique de 2009, sur 71 études primaires, retrouve pour les quatre grands questionnaires d'épaule une fidélité ICC supérieure ou égale à 0,90, et les synthèses ultérieures situent celle du SPADI au-delà de 0,89 selon les populations.

Échographie d'épaule en coupe longitudinale : non-visualisation du tendon du supra-épineux, flèches, signant une rupture transfixiante complètement rétractée.

ÉchographieÉchographie d'épaule en coupe longitudinale : non-visualisation du tendon du supra-épineux, flèches, signant une rupture transfixiante complètement rétractée.

Source : Gaitini, Journal of clinical imaging science, 2012, figure 7 · CC BY-NC-SA

Échographie d'épaule en coupe longitudinale : défect sonolucent, flèches, traversant toute la largeur du tendon du supra-épineux, rupture transfixiante non rétractée.

ÉchographieÉchographie d'épaule en coupe longitudinale : défect sonolucent, flèches, traversant toute la largeur du tendon du supra-épineux, rupture transfixiante non rétractée.

Source : Gaitini, Journal of clinical imaging science, 2012, figure 8 · CC BY-NC-SA

IRM d'épaule en coupe sagittale pondérée T1 : muscle supra-épineux sain à gauche, comparé à une atrophie avec infiltration graisseuse marquée du muscle à droite, dans le cadre d'une rupture massive et chronique de la coiffe des rotateurs.

IRMIRM d'épaule en coupe sagittale pondérée T1 : muscle supra-épineux sain à gauche, comparé à une atrophie avec infiltration graisseuse marquée du muscle à droite, dans le cadre d'une rupture massive et chronique de la coiffe des rotateurs.

Source : Thankam et al., PLoS ONE, 2016, figure 1 · CC BY

Figure 1 sur 3

Treize items, deux sous-échelles

Le SPADI compte treize items : cinq pour la douleur, huit pour l'incapacité, reproduits sur le coteur en haut de page. La version d'origine les cote sur une échelle visuelle analogique ; celle de 1995, conçue pour la passation téléphonique, les cote de 0 à 10, et c'est cette dernière que le coteur reprend. Les deux sont très concordantes, avec un coefficient de corrélation intraclasse de 0,86.

La cotation n'est pas une simple addition, et c'est là que se perdent la plupart des utilisateurs. Chaque sous-échelle est sommée puis ramenée sur 100, et le score total est la moyenne des deux, pas la somme des treize items. Un score élevé signale une gêne plus grande.

Une réserve complète le calcul : ni la SPADI-FR ni la version recopiée par Kim DH n'impriment de case « non applicable ». Le coteur en haut de page exige donc les treize réponses ; en deçà, il affiche combien d'items sont cotés plutôt que de risquer un score faux.

Deux seuils qui ne disent pas la même chose

C'est le point qui décide de la lecture, et il est inconfortable.

La différence minimale cliniquement importante du SPADI est de 8 points : c'est le plus petit changement qui compte pour le patient. Mais le plus petit changement détectable à 95 %, celui qui dépasse l'erreur de mesure, est de 18 points. Le second vaut plus du double du premier.

Autrement dit, un patient peut annoncer une amélioration qui compte pour lui sans que l'instrument sache la distinguer de son propre bruit. La revue de 2009 situe d'ailleurs le changement minimal détectable du SPADI à 18 points, contre 10,5 pour le DASH et 9,4 pour l'ASES : c'est le moins précis des quatre questionnaires d'épaule qu'elle compare. La note clinimétrique de 2011 en tire la conséquence et recommande explicitement la prudence en cas d'usage répété chez le même patient.

Les seuils du SPADI, et l'étude dont ils viennent
Ce qui est mesuréValeurSource
Différence minimale cliniquement importante8note clinimétrique de 2011
Plus petit changement détectable à 95 %18note clinimétrique de 2011
Différence cliniquement importante, revue de 20098 à 1371 études primaires
Changement minimal détectable, DASH, pour comparaison10,571 études primaires
Changement minimal détectable, ASES, pour comparaison9,471 études primaires
Cohérence interne des sous-échelles> 0,92129 volontaires
Fidélité test-retest, publication princeps0,64 à 0,6637 patients
Fidélité test-retest, revue de 2009ICC ≥ 0,9071 études primaires

La version française de 2024

Jusqu'en 2024, aucune version française du SPADI n'était disponible, ni pour la pratique ni pour la recherche en pays francophone. Elle existe depuis, publiée par Lathiere et coll. selon les recommandations internationales d'adaptation transculturelle.

Le procédé est solide : sept étapes, quinze contributeurs, cinq traducteurs francophones natifs à l'aller, cinq anglophones natifs en aveugle au retour, un comité d'experts bilingue, puis un pré-test auprès de dix patients. Sept ajustements ont été retenus, et seulement lorsqu'au moins 20 % des participants au pré-test les suggéraient.

Une réserve, que les auteurs posent eux-mêmes : les propriétés psychométriques de cette version française restent à évaluer. La validité apparente a été jugée par le comité d'experts, et rien de plus. Les seuils cités plus haut viennent tous de versions anglophones, et rien ne garantit encore qu'ils se transposent.

D'où viennent les treize items reproduits ici

La version française est la SPADI-FR de Lathière et coll., 2024, un article sous licence CC BY 4.0 ; sa figure 2 est traduite avec la permission de Kathryn E. Roach, titulaire des droits du questionnaire original de Roach et coll., 1991. La version anglaise reprend le libellé recopié par Kim DH, 2023, dans un tableau récapitulatif publié dans Annals of Rehabilitation Medicine, coquilles comprises : aucune licence de reproduction n'y est publiée. Cette page ne change pas un mot aux deux versions et renvoie à leurs auteurs pour tout autre usage que le sien, clinique et non commercial.

Trois pièges de passation

Additionner les treize items

La somme brute des treize items ne donne pas le score du SPADI. Chaque sous-échelle se ramène d'abord sur 100, et le total est la moyenne des deux, ce qui donne à la douleur, sur cinq items, exactement le même poids qu'à l'incapacité, sur huit.

Conclure sur un changement de dix points

Dix points dépassent la différence minimale cliniquement importante, 8 points, mais restent sous le plus petit changement détectable, 18 points. C'est la zone où l'on ne peut ni conclure à une amélioration établie, ni l'écarter.

Répondre à une partie seulement des items

Ni la version française ni la version anglaise reproduites ici ne prévoient de case « non applicable » : le coteur exige donc les treize réponses. Sans elles, il affiche combien d'items sont cotés plutôt que d'en calculer un sur une base incomplète.

Questions fréquentes

Que veut dire SPADI ?

SPADI est le sigle de Shoulder Pain and Disability Index. Le questionnaire a été publié en 1991 par Roach et coll. pour mesurer la douleur et l'incapacité de l'épaule telles que le patient les rapporte.

Comment se cote le SPADI ?

Il compte treize items, cinq de douleur et huit d'incapacité, chacun coté de 0 à 10 sur le coteur de cette page. Chaque sous-échelle est ramenée sur 100 et le score total est la moyenne des deux, pas la somme des treize items. Un score élevé signale une gêne plus grande. Les treize réponses sont nécessaires : ni la version française ni la version anglaise reproduites ici ne prévoient de case « non applicable ».

À partir de combien de points un changement compte-t-il ?

La différence minimale cliniquement importante est de 8 points, mais le plus petit changement détectable à 95 % est de 18 points. Entre les deux, on ne peut pas trancher.

Existe-t-il une version française ?

Oui, depuis 2024, publiée par Lathiere et coll. Ses propriétés psychométriques n'ont toutefois pas encore été évaluées : c'est une traduction éprouvée sur la forme, pas encore sur ses mesures.

Le SPADI est-il libre d'utilisation ?

Les treize items de la version française sont reproduits sur cette page avec une autorisation documentée : l'article de Lathière et coll., 2024 est sous licence CC BY 4.0, et sa figure 2 est traduite avec la permission de Kathryn E. Roach, titulaire des droits du questionnaire original. Les items anglais, recopiés depuis un tableau publié par Kim DH en 2023, ne portent en revanche aucune licence de reproduction publiée : pour tout autre usage que celui de cette page, s'adresser à leurs auteurs.

Références

6 sources, PMID compris
  1. Roach KE, Budiman-Mak E, Songsiridej N, Lertratanakul Y. Development of a shoulder pain and disability index. Arthritis Care Res 1991;4(4):143-9. PMID 11188601. La publication princeps, sur 37 patients, tous des hommes. Treize items en deux sous-échelles, douleur et incapacité. Cohérence interne de 0,86 à 0,95, mais fidélité test-retest de 0,64 à 0,66 seulement.
  2. Williams JW, Holleman DR, Simel DL. Measuring shoulder function with the Shoulder Pain and Disability Index. J Rheumatol 1995;22(4):727-32. PMID 7791172. La version cotée de 0 à 10, conçue pour la passation téléphonique, chez 102 patients de médecine générale suivis trois mois. Les deux versions sont très concordantes, coefficient de corrélation intraclasse 0,86. Aire sous la courbe de 0,91 pour distinguer les patients améliorés des autres.
  3. MacDermid JC, Solomon P, Prkachin K. The Shoulder Pain and Disability Index demonstrates factor, construct and longitudinal validity. BMC Musculoskelet Disord 2006;7:12. PMID 16472394. 129 volontaires suivis à trois et six mois. Cohérence interne des sous-échelles supérieure à 0,92. L'analyse factorielle retrouve les deux dimensions attendues, mais deux items fonctionnels difficiles se rangent avec les items de douleur.
  4. Roy JS, MacDermid JC, Woodhouse LJ. Measuring shoulder function: a systematic review of four questionnaires. Arthritis Rheum 2009;61(5):623-32. PMID 19405008. La revue de référence, sur 71 études primaires, comparant quatre questionnaires d'épaule. Changement minimal détectable d'environ 18 points pour le SPADI, contre 10,5 pour le DASH et 9,4 pour l'ASES ; différence cliniquement importante située entre 8 et 13 points.
  5. Breckenridge JD, McAuley JH. Shoulder Pain and Disability Index (SPADI). J Physiother 2011;57(3):197. PMID 21843839. La note clinimétrique qui fixe la cotation : chaque sous-échelle ramenée sur 100, le total étant la moyenne des deux. Différence minimale cliniquement importante de 8 points, plus petit changement détectable à 95 % de 18 points, d'où la prudence recommandée en cas d'usage répété chez le même patient.
  6. Lathiere T, Chantriaux N, Beard D, Pinsault N, Druart L. French translation and transcultural adaptation of the shoulder pain and disability index (SPADI). Musculoskelet Sci Pract 2024;74:103209. PMID 39500021. La version française, publiée en 2024 : sept étapes, quinze contributeurs, traduction et rétro-traduction en aveugle, comité d'experts bilingue et pré-test auprès de dix patients. Les auteurs précisent que ses propriétés psychométriques restent à évaluer.
Anthony Baillon Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le questionnaire, lui, est de Roach et coll. en 1991, et sa version française de Lathière et coll. en 2024 : cette page les reproduit, les documente et les calcule.

Derrière cet article

Un auteur qui vulgarise, un relecteur qui vérifie.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

KinéIngénieur pédagogiqueDesign du soin
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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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