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WOMAC : une validité de construit non démontrée en France

Le WOMAC en pratique : trois sous-échelles, plusieurs étendues de score, un seuil qui ne voyage qu'en pourcentage, et une validité française en défaut.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Le WOMAC, pour Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index, est l'instrument de référence de l'arthrose de hanche et de genou. Deux choses compliquent sa lecture : il existe en plusieurs formats d'étendues différentes, et sa validité de construit n'a pas pu être démontrée en population française. Le normalisateur est juste en dessous.

WOMAC, normalisation du score

Saisissez le score obtenu et le maximum de l'échelle que vous avez utilisée. L'outil ramène le tout en pourcentage, seule forme sous laquelle le seuil publié se transporte d'un format à l'autre. Le questionnaire n'est pas reproduit ici.

total ou sous-échelle, tel que votre formulaire le rend

à lire sur votre formulaire : il varie selon le format

facultatif, sur la même échelle

Saisissez un score et le maximum de votre échelle.

Dans une revue de 134 essais, l'étendue du score WOMAC est rapportée de façon ambiguë dans 38 % des cas et reste totalement obscure dans 10 % de plus. C'est pourquoi cet outil demande votre maximum. Le détail est plus bas.

Chiffres issus des études citées en fin de page, chaque valeur portant sa source à l'endroit où elle est écrite. Le questionnaire lui-même n'est pas reproduit.

Ce que le WOMAC mesure

Le WOMAC a été publié en 1988 par Bellamy et coll., à l'intérieur d'un essai contrôlé comparant deux anti-inflammatoires. Il mesure ce que l'arthrose de hanche ou de genou coûte au patient, sur trois sous-échelles : douleur, raideur et fonction physique.

Il s'est imposé comme l'instrument de référence de ce champ, et une réunion de consensus l'a recommandé dès 1994 comme critère principal d'efficacité dans l'arthrose. Sa réactivité est bonne : chez 43 patients suivis un an après prothèse, il se montre plus réactif que l'indice de Lequesne, avec une moyenne de réponse standardisée de 2,4 à la hanche contre 2,1.

Un détail de la publication d'origine mérite d'être noté, parce qu'il commande la façon de la citer : son résumé ne porte aucune valeur chiffrée. Les coefficients qu'on lui attribue parfois viennent d'ailleurs, et cette page va les chercher dans les études qui les ont réellement mesurés.

Quel WOMAC lisez-vous ?

C'est la question qu'il faut se poser avant de lire un score WOMAC, et elle a rarement une réponse.

L'instrument existe sous plusieurs formats de réponse, et leurs étendues de score diffèrent. Une revue systématique de 134 essais de traitements physiques dans la gonarthrose a mesuré ce que cela produit : le type d'échelle employé est rapporté de façon insuffisante dans 53 % des essais, l'étendue du score est ambiguë dans 38 %, et totalement obscure dans 10 % de plus.

La conséquence est directe. Un score de 40 ne veut rien dire tant qu'on ne sait pas sur combien il est calculé, et deux essais qui rapportent tous deux « WOMAC 40 » peuvent décrire des patients très différents. C'est pour cette raison que l'outil du haut de page demande le maximum de votre échelle avant de rendre quoi que ce soit : le pourcentage se compare, le score brut non.

La validité de construit, en population française

Ce résultat est peu cité en France, et il concerne pourtant directement le lecteur francophone.

En 2002, une équipe française a fait passer deux fois, à trois heures d'intervalle, la version franco-canadienne du WOMAC et l'indice de Lequesne à 88 patients gonarthrosiques. La reproductibilité est correcte, de 0,68 à 0,82 selon la section. Mais la validité de construit n'a pas pu être démontrée.

Le détail est net : l'analyse factorielle extrait cinq facteurs, là où la structure annoncée en prévoit trois ; la section fonction en extrait deux, expliquant 71 % de la variance, que les auteurs ne parviennent pas à caractériser cliniquement ; et huit de ses questions ont des propriétés psychométriques insuffisantes. Leur conclusion porte sur les deux indices : ils ne sont pas valides pour évaluer l'incapacité fonctionnelle de la gonarthrose en population française. Une analyse de Rasch parvenue d'un autre côté va dans le même sens : seules une douleur réduite à trois items et une fonction réduite à quatorze s'ajustent au modèle.

Ce qui est établi sur le WOMAC, et sur quel effectif
Ce qui est mesuréValeurEffectif
Sous-échelles3douleur, raideur, fonction
Reproductibilité, version française0,68 à 0,8288 patients gonarthrosiques
Facteurs retrouvés, version française5mêmes patients, 3 attendus
Amélioration minimale importante6 à 9 points609 patients, 7 pays
La même, en relatif10 à 17 %mêmes patients
État symptomatique acceptable39 à 48mêmes patients
Réactivité à 12 mois, hanche2,443 prothèses, contre 2,1 pour Lequesne
Essais où le format n'est pas clair53 %134 essais
Essais où l'étendue est ambiguë38 %134 essais

Les seuils, et la forme sous laquelle ils voyagent

Les seuils du WOMAC existent, mais ils ne voyagent pas sous n'importe quelle forme.

L'étude multinationale de 2015, sur 609 patients de sept pays évalués avant et quatre semaines après un anti-inflammatoire, situe l'amélioration minimale cliniquement importante à un changement absolu de 6 à 9 points selon la sous-échelle. Ses auteurs prennent soin de donner l'équivalent relatif : 10 à 17 %.

C'est cette seconde forme qu'il faut retenir. Le changement absolu dépend de l'étendue de l'échelle utilisée, dont la section précédente a montré qu'on l'ignore souvent ; le pourcentage, lui, se transporte. La même étude relève par ailleurs une variation entre pays, ce qui invite à traiter ces valeurs comme un ordre de grandeur plutôt que comme une règle.

Pourquoi cette page n'affiche pas le questionnaire

Aucune licence libre n'est établie pour le WOMAC : ni ses items, ni ses modalités de réponse ne sont reproduits ici. C'est d'autant plus vrai qu'il en circule plusieurs formats, dont les étendues diffèrent : se procurer le formulaire auprès de ses ayants droit est le seul moyen de savoir avec certitude sur quelle échelle on cote, ce qui est exactement le problème que cette page décrit.

Trois pièges de passation

Comparer deux scores sans connaître leurs étendues

C'est l'erreur que la revue de 134 essais rend visible. Un WOMAC ne se compare à un autre qu'une fois les deux ramenés en pourcentage de leur maximum respectif, et le compte rendu doit porter le format employé.

Citer la publication de 1988 pour un coefficient

Son résumé n'en contient aucun. Les valeurs de fidélité, de réactivité et de seuil qui circulent viennent d'études ultérieures, et les attribuer au texte fondateur est une erreur d'attribution.

Traiter les trois sous-échelles comme un bloc homogène

La section douleur est plus réactive que la section fonction, dans le WOMAC comme dans l'indice de Lequesne, et l'analyse de Rasch ne retient que des versions réduites de chacune. Un total unique masque ces différences.

Questions fréquentes

Que veut dire WOMAC ?

WOMAC est le sigle de Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index. Le questionnaire a été publié en 1988 par Bellamy et coll. pour l'arthrose de hanche et de genou.

Comment se cote le WOMAC ?

Il rend trois sous-échelles : douleur, raideur et fonction physique. Il existe en plusieurs formats de réponse, dont les étendues de score diffèrent : c'est le format employé, et non le seul chiffre, qu'il faut reporter.

À partir de quel changement peut-on conclure ?

L'amélioration minimale cliniquement importante est un changement de 6 à 9 points, soit 10 à 17 % de l'étendue selon la sous-échelle. C'est la forme relative qu'il faut retenir, la forme absolue dépendant du format utilisé.

Le WOMAC est-il validé en français ?

Sa reproductibilité l'est, de 0,68 à 0,82. Sa validité de construit ne l'est pas : dans une étude sur 88 patients gonarthrosiques français, elle n'a pas pu être démontrée, l'analyse factorielle retrouvant cinq facteurs au lieu de trois.

Faut-il préférer le WOMAC ou l'indice de Lequesne ?

Pour suivre un changement, le WOMAC est plus réactif, avec une moyenne de réponse standardisée de 2,4 contre 2,1 à la hanche à douze mois. L'étude française de 2002, elle, met les deux en défaut sur la validité de construit.

Références

6 sources, PMID compris
  1. Bellamy N, Buchanan WW, Goldsmith CH, Campbell J, Stitt LW. Validation study of WOMAC: a health status instrument for measuring clinically important patient relevant outcomes to antirheumatic drug therapy in patients with osteoarthritis of the hip or knee. J Rheumatol 1988;15(12):1833-40. PMID 3068365. La publication princeps, au sein d'un essai contrôlé de deux anti-inflammatoires. Elle établit les trois sous-échelles, douleur, raideur et fonction physique, et conclut qu'elles satisfont aux critères de validité, de fidélité et de réactivité. Son résumé ne porte aucune valeur chiffrée.
  2. Faucher M, Poiraudeau S, Lefevre-Colau MM, Rannou F, Fermanian J, Revel M. Algo-functional assessment of knee osteoarthritis: comparison of the test-retest reliability and construct validity of the WOMAC and Lequesne indexes. Osteoarthritis Cartilage 2002;10(8):602-10. PMID 12479381. 88 patients gonarthrosiques français, version franco-canadienne du WOMAC. Reproductibilité correcte, de 0,68 à 0,82 selon la section. Mais la validité de construit n'a pas pu être démontrée : l'analyse factorielle extrait cinq facteurs au lieu des trois attendus, huit questions de la section fonction ont des propriétés insuffisantes, et les auteurs concluent que l'indice n'est pas valide pour évaluer l'incapacité fonctionnelle de la gonarthrose en population française.
  3. Theiler R, Sangha O, Schaeren S, Michel BA, Tyndall A, Dick W, Stucki G. Superior responsiveness of the pain and function sections of the Western Ontario and McMaster Universities Osteoarthritis Index (WOMAC) as compared to the Lequesne-Algofunctional Index in patients with osteoarthritis of the lower extremities. Osteoarthritis Cartilage 1999;7(6):515-9. PMID 10558848. 43 patients suivis jusqu'à un an après prothèse de hanche ou de genou. Le WOMAC y est plus réactif que l'indice de Lequesne : moyenne de réponse standardisée de 2,4 à la hanche et 2,0 au genou à douze mois, contre 2,1 et 1,5. Dans les deux instruments, les sections douleur sont plus réactives que les sections fonction.
  4. Bellamy N, Hochberg M, Tubach F, Martin-Mola E, Awada H, Bombardier C, Hajjaj-Hassouni N, Logeart I, Matucci-Cerinic M, van de Laar M, van der Heijde D, Dougados M. Development of multinational definitions of minimal clinically important improvement and patient acceptable symptomatic state in osteoarthritis. Arthritis Care Res (Hoboken) 2015;67(7):972-80. PMID 25581339. 609 patients de sept pays, évalués avant et quatre semaines après un anti-inflammatoire. L'amélioration minimale cliniquement importante s'établit à un changement absolu de 6 à 9 points, soit 10 à 17 % selon la sous-échelle, et l'état symptomatique jugé acceptable entre 39 et 48. Les auteurs relèvent une variation entre pays.
  5. Davis AM, Badley EM, Beaton DE, Kopec J, Wright JG, Young NL, Williams JI. Rasch analysis of the Western Ontario McMaster (WOMAC) Osteoarthritis Index: results from community and arthroplasty samples. J Clin Epidemiol 2003;56(11):1076-83. PMID 14614998. Analyse de Rasch sur un échantillon communautaire de plus de 55 ans et sur des séries de prothèses, avant et un an après. Seules deux dimensions réduites s'ajustent au modèle : une douleur à trois items, une fois retirées la douleur nocturne et la douleur en station debout, et une fonction à quatorze items, une fois retirés les gros travaux domestiques, le bain et les toilettes.
  6. Woolacott NF, Corbett MS, Rice SJ. The use and reporting of WOMAC in the assessment of the benefit of physical therapies for the pain of osteoarthritis of the knee: findings from a systematic review of clinical trials. Rheumatology (Oxford) 2012;51(8):1440-6. PMID 22467082. 134 essais de traitements physiques passés au crible. Le type d'échelle WOMAC utilisé est rapporté de façon insuffisante dans 53 % des essais ; l'étendue du score est ambiguë dans 38 % et totalement obscure dans 10 % de plus. Les auteurs concluent que cette imprécision limite l'interprétation des résultats et leur mise en commun.
Anthony Baillon Fiche rédigée par Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute, co-fondateur de Physio Learning. Le questionnaire, lui, est de Bellamy et coll. en 1988 : cette page le documente et normalise son score, elle n'en reproduit aucun item.

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