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La douleur de croissance du talon chez l'enfant : la maladie de Sever

Un enfant de dix ans boite après l'entraînement, se plaint du talon, et l'entourage tranche : « c'est la croissance ». Le mot rassure, et c'est précisément le problème. Les vraies douleurs de croissance et la maladie de Sever ne sont pas la même chose, ne se traitent pas pareil, et ne se manquent pas de la même manière.

Article de synthèse. Chaque chiffre porte sa source à l'endroit où il est écrit, avec son effectif et sa méthode. La base de preuves sur cette pathologie est mince : dix essais randomisés en tout, la plupart de certitude faible à très faible selon la revue Cochrane la plus récente. Quand une affirmation n'a pas de support, elle est signalée comme telle plutôt que comblée.

Trois chiffres qui résument le problème

Une revue de portée de 145 études, une étude cas-témoins de 45 enfants, une cohorte de 612 joueurs suivie dix ans

Trois chiffres clés : 93 % des définitions publiées de la douleur de croissance ne mentionnent pas la croissance, 100 % des enfants sans douleur ont une apophyse dense en radiographie, 60,7 jours de retour au jeu moyen dans une apophysose calcanéenne 93% des définitions publiées ne parlent PAS de croissance O'Keeffe 2022, 145 études 100% des enfants SANS douleur ont une apophyse dense Perhamre 2013, 15 témoins 60,7 j de retour au jeu moyen, écart type 64,9 jours Belikan 2022, 22 cas / 10 ans

Sources : O'Keeffe M et al. Pediatrics 2022;150(2) (PMID 35864176) ; Perhamre S et al. J Am Podiatr Med Assoc 2013;103(5):361-8 (PMID 24072363) ; Belikan P et al. J Orthop Surg Res 2022;17(1):83 (PMID 35139872).

En bref : la synthèse clinique

Ce que dit la littérature, sans les arrondis d'usage. Chaque point est repris et sourcé en détail dans le corps de l'article.

  • « Douleur de croissance » ne décrit pas une maladie, et pas non plus la croissance. La revue de portée qui a examiné 145 sources et deux systèmes de classification trouve un consensus « extrêmement faible » : la douleur des membres inférieurs n'est mentionnée que par la moitié des sources, et 93 % ne font aucune référence à la croissance1.
  • Deux cohortes indépendantes ont cherché le lien avec la croissance, et ne l'ont pas trouvé. Sur 777 enfants danois d'âge préscolaire suivis par messages toutes les deux semaines, les auteurs concluent que le terme est un abus de langage2 ; sur 268 patients taïwanais, aucune association avec une croissance rapide dans les deux ans suivant le diagnostic3.
  • La maladie de Sever est une tout autre affaire : douleur mécanique, à l'effort, localisée sur l'insertion calcanéenne, chez un enfant dont le squelette est immature. C'est la première cause de talalgie de l'enfant, avec une incidence mesurée de 3,7 pour 1 000 patients de 6 à 17 ans en médecine générale néerlandaise4.
  • Ce n'est peut-être même pas une apophysite. L'IRM d'enfants étiquetés Sever et douloureux malgré le traitement montre l'œdème dans l'os trabéculaire métaphysaire, pas dans l'apophyse ; les auteurs proposent d'y voir une fracture de contrainte et concluent que le terme d'apophysite ne devrait pas être employé5.
  • Le diagnostic est clinique. Chez 30 enfants symptomatiques et 15 témoins appariés, l'appui unipodal sur la pointe du pied avait une sensibilité de 100 %, le test de compression latérale 97 %, la palpation 80 %, les trois avec une spécificité de 100 %6.
  • La radiographie ne fait pas le diagnostic, mais elle n'est pas inutile pour autant. Dans la même étude, tous les enfants, malades comme témoins sans douleur, avaient une apophyse dense, et la moitié des témoins avaient une fragmentation6. À l'inverse, sur 98 enfants adressés pour talalgie, 5,1 % avaient une lésion radiographique sérieuse (kystes, fibrome, fractures de fatigue) et aucun élément d'anamnèse ou d'examen ne permettait de les repérer7.
  • Le récit du surmenage ne tient pas debout tel qu'on le raconte. Une étude prospective conclut à l'absence de preuve que le poids et le niveau d'activité soient des facteurs de risque8, et une étude de 430 enfants sportifs trouve un risque plus élevé chez les plus jeunes et les moins entraînés9.
  • Aucun traitement n'a démontré sa supériorité. La revue Cochrane 2026 réunit dix essais randomisés et 654 enfants et classe la certitude des preuves de faible à très faible pour presque tout ; le seul résultat de certitude modérée est une absence de différence entre orthèses plantaires et talonnettes10.
  • L'essai le plus utile en pratique compare l'abstention à deux traitements actifs. Chez 101 enfants, attendre, poser une talonnette ou faire de la kinésithérapie ont tous les trois produit une amélioration cliniquement pertinente, sans différence entre eux à trois mois11.
  • L'ordre de grandeur à annoncer d'emblée est de deux mois, avec une dispersion énorme. Dans un centre de formation de football allemand, le retour au jeu moyen était de 60,7 jours avec un écart type de 64,9 jours, et 13,6 % des cas étaient des récidives12.
  • Ce qui doit sortir du cadre bénin : douleur nocturne qui réveille, fièvre, boiterie qui persiste, altération de l'état général, douleur non mécanique, douleur qui ne cède à aucun repos. L'ostéomyélite calcanéenne de l'enfant a un âge médian de 8 ans, exactement celui de Sever13, et la douleur d'un membre est présente chez 43 % des enfants au diagnostic de leucémie14.

À qui s'adresse cet article, et ce qu'il ne traite pas

Aux kinésithérapeutes qui reçoivent des enfants et des adolescents sportifs, en cabinet comme au bord du terrain, et à qui l'on présente une plainte déjà étiquetée par la famille.

Il traite le talon, c'est-à-dire la maladie de Sever, et le terme lui-même, c'est-à-dire la confusion entre les douleurs de croissance bénignes et les apophysoses de surcharge. Il ne retraite pas les pathologies du genou de l'adolescent, qui ont leurs pages sur ce site : la maladie d'Osgood-Schlatter a la sienne, et l'épiphysiolyse fémorale supérieure, la maladie de Legg-Calvé-Perthes, la maladie de Sinding-Larsen-Johansson et l'ostéochondrite disséquante sont traitées ensemble dans l'article sur les pathologies de croissance du membre inférieur. Le chapitre consacré au genou ici ne fait qu'une chose, mais qu'aucune de ces pages ne fait : il part de la plainte telle qu'elle arrive (« il a mal au genou, c'est la croissance ») et dit vers laquelle des entités on va.

Pourquoi « douleur de croissance » est-il un mauvais nom ?

Parce qu'il désigne deux réalités cliniques opposées sous une même étiquette rassurante, et parce que la seule des deux qui porte vraiment ce nom n'a, elle, presque rien à voir avec la croissance.

Le terme circule dans trois bouches à la fois. Les parents l'emploient pour dire « ça passera ». Les entraîneurs pour dire « il peut continuer ». Et une partie des soignants pour dire « je n'ai rien trouvé d'inquiétant ». Ces trois usages ne recouvrent pas le même objet, et c'est cette imprécision qui coûte des semaines de retard : un enfant à qui l'on annonce une douleur de croissance ne revient pas, parce que le mot lui-même a supprimé la raison de revenir.

Ce que la seule revue à avoir compté les définitions a trouvé

En 2022, une équipe internationale a publié dans Pediatrics une revue de portée qui n'essaie pas de traiter les douleurs de croissance, ni d'en trouver la cause : elle se contente de recenser comment la littérature les définit. Huit bases de données et six systèmes de classification diagnostique ont été fouillés depuis leur création jusqu'à janvier 2021 ; 145 études et deux systèmes, la CIM-10 et SNOMED, ont été retenus. Les critères de définition ont été extraits en double aveugle et regroupés en huit catégories : localisation, âge de début, profil de la douleur, trajectoire, types de douleur et facteurs de risque, relation à l'activité, sévérité et retentissement, examen physique et examens complémentaires1.

Le résultat est un constat d'échec, et les auteurs le formulent ainsi : le consensus entre les sources est extrêmement faible. Le seul élément à peu près stable est la localisation aux membres inférieurs, présente dans 50 % des sources. Viennent ensuite la douleur du soir ou de la nuit (48 %), le caractère épisodique ou récurrent (42 %), un examen physique normal (35 %) et la bilatéralité (31 %). Aucun autre critère n'atteint 30 %. Plus de 80 % des sources ne précisent aucun âge de début. Et 93 % ne font aucune référence à la croissance, alors même que c'est le mot qui donne son nom à l'entité1.

Ce que 145 sources s'accordent à dire de la douleur de croissance

Proportion des sources mentionnant chaque critère. Aucun critère n'est présent dans plus de la moitié des définitions

Fréquence des critères de définition : douleur des membres inférieurs 50 %, douleur du soir ou de la nuit 48 %, cours épisodique 42 %, examen normal 35 %, douleur bilatérale 31 %, référence à la croissance 7 % 25 % 50 % un quart la moitié Douleur des membres inférieurs 50 % Douleur du soir ou de la nuit 48 % Cours épisodique ou récurrent 42 % Examen physique normal 35 % Douleur bilatérale 31 % Référence à la croissance 7 % Un âge de début est précisé par moins de 20 % des sources

Source : O'Keeffe M, Kamper SJ, Montgomery L, Williams A, Martiniuk A, Lucas B, Dario AB, Rathleff MS, Hestbaek L, Williams CM. Defining Growing Pains: A Scoping Review. Pediatrics 2022;150(2) (PMID 35864176). Les 7 % de référence à la croissance sont le complément des 93 % rapportés par les auteurs.

Un diagnostic dont 93 % des définitions publiées ne mentionnent pas ce qui lui donne son nom n'est pas un diagnostic : c'est une manière de dire qu'on n'a rien trouvé.

Et la croissance, dans tout cela ?

La question a été posée directement, par deux équipes, sur deux continents, avec deux méthodes différentes.

Au Danemark, une étude nichée dans une cohorte d'enfants d'âge préscolaire a suivi 777 enfants de 3 à 6 ans à l'inclusion, entre 2016 et 2019. Les parents recevaient un message toutes les deux semaines demandant si l'enfant avait eu mal ; en cas de réponse positive, un entretien téléphonique détaillait les caractéristiques de la douleur. La prévalence des douleurs de croissance ressort entre 24 et 43 % selon la définition retenue, ce qui, en soi, redit l'imprécision du cadre. La douleur survenait le plus souvent une à trois fois par semaine, siégeait surtout aux jambes, pouvait être unilatérale comme bilatérale, et restait le plus souvent sans conséquence. Sur le point qui nous occupe, les auteurs sont explicites : ils ne trouvent aucune relation avec les périodes de croissance rapide et suggèrent que le terme est un abus de langage2.

À Taïwan, une étude rétrospective menée à l'hôpital pédiatrique de l'université nationale a repris 268 patients de moins de 12 ans diagnostiqués entre 2006 et 2019, d'âge moyen 4,7 ans, et a comparé leurs scores z de poids et de taille au diagnostic puis jusqu'à deux ans après. Là encore, aucune association significative entre les douleurs de croissance et une croissance rapide dans les deux années suivant le diagnostic3.

Une revue clinique parue dans Sports Health arrive à la même conclusion par un autre chemin, en observant que le pic d'incidence de ces douleurs ne correspond pas à une période de croissance rapide15. Ce n'est donc pas un détail sémantique : le mécanisme que le nom suggère n'a jamais été démontré, et il a été cherché.

Ce que le terme recouvre vraiment, et pourquoi cela change la conduite

Sous la même étiquette se rangent deux tableaux qui n'ont en commun que l'âge du patient.

D'un côté, les douleurs dites de croissance au sens strict : bilatérales le plus souvent, vespérales ou nocturnes, diffuses, sans point douloureux précis, avec un examen strictement normal, sans boiterie, et sans relation avec l'effort de la journée. La revue de Sports Health insiste sur ce dernier point : la douleur n'est pas provoquée par l'activité et ne fait pas boiter15. C'est un diagnostic d'élimination, dont la prévalence chez les 4 à 6 ans a été estimée à 36,9 % avec un intervalle de confiance à 95 % de 32,7 à 41,1 sur 1 445 réponses parentales valides en Australie-Méridionale16.

De l'autre, les apophysoses de surcharge : douleur mécanique, déclenchée et rythmée par l'effort, localisée avec précision sur une insertion tendineuse au niveau d'un noyau d'ossification secondaire, souvent unilatérale, avec un point exquis reproductible à la palpation. Au talon, c'est la maladie de Sever. Au tubercule tibial, la maladie d'Osgood-Schlatter. À l'apex rotulien, la maladie de Sinding-Larsen-Johansson.

Deux tableaux, une seule étiquette

Ce que l'on appelle indistinctement douleur de croissance, et ce qui les sépare à l'interrogatoire

Comparaison : les douleurs de croissance sont bilatérales, vespérales ou nocturnes, diffuses, sans boiterie, avec un examen normal et sans lien avec l'effort ; l'apophysose de surcharge est le plus souvent unilatérale, diurne, localisée sur une insertion, avec boiterie possible, un point exquis à la palpation et un lien direct avec l'effort Douleurs dites de croissance Apophysose de surcharge LATÉRALITÉ Bilatérale le plus souvent LATÉRALITÉ Unilatérale dans 20 cas sur 22 HORAIRE Fin de journée, nuit HORAIRE Pendant et après l'effort TOPOGRAPHIE Diffuse, l'enfant montre la jambe TOPOGRAPHIE Un doigt sur l'insertion BOITERIE Jamais BOITERIE Fréquente en fin de séance EXAMEN Strictement normal EXAMEN Point exquis reproductible

Colonne de gauche construite à partir de Lehman PJ, Carl RL. Sports Health 2017;9(2):132-138 (PMID 28177851) et O'Keeffe M et al. Pediatrics 2022;150(2) (PMID 35864176). Colonne de droite : la proportion d'atteintes unilatérales est celle de Belikan P et al. J Orthop Surg Res 2022;17(1):83 (PMID 35139872), 20 cas unilatéraux sur 22 chez de jeunes footballeurs ; en population non sélectionnée la bilatéralité est plus fréquente, 43,2 % contre 31,8 % dans la revue de Fares MY et al. J Am Podiatr Med Assoc 2023;113(4) (PMID 37713414).

La différence de conduite est immédiate. Devant le premier tableau, on rassure, on n'explore pas, on ne traite pas, et l'on n'a rien à modifier au sport. Devant le second, on a une lésion mécanique à une insertion, un facteur causal qui est la charge, un levier thérapeutique qui est la modulation de cette charge, et un pronostic qui se compte en semaines. Dire « c'est la croissance » à un enfant qui a une apophysose calcanéenne, c'est le renvoyer sans rien changer à ce qui produit sa douleur.

À retenir

Le terme de douleur de croissance ne devrait servir qu'à un tableau précis : douleur bilatérale des membres inférieurs, vespérale ou nocturne, diffuse, sans boiterie, examen normal, sans relation avec l'effort. Toute douleur mécanique, unilatérale, localisée sur une insertion ou responsable d'une boiterie en sort. Et même dans son emploi correct, le nom est trompeur : deux cohortes indépendantes ont cherché le lien avec la croissance rapide sans le trouver2,3.

La maladie de Sever est-elle vraiment une apophysite ?

La question paraît académique. Elle ne l'est pas : le nom que l'on donne à la lésion commande la logique du traitement, et celui qu'on emploie depuis 1912 désigne peut-être la mauvaise structure.

La description classique tient en une phrase de physiopathologie. L'apophyse calcanéenne postérieure est un noyau d'ossification secondaire, séparé du corps du calcanéus par un cartilage de croissance jusqu'à ce qu'il fusionne avec lui ; elle reçoit la traction du tendon calcanéen en arrière et celle du fascia plantaire en dessous. La répétition des impacts et des tractions y produirait une inflammation : une apophysite.

La chronologie de cette ossification est habituellement donnée en années précises dans les manuels, sans que la source primaire soit citée, et nous ne la reproduisons pas. Ce qui est mesuré, et suffit à la pratique, est plus simple : l'échographie de 336 jeunes joueurs de baseball a classé cette apophyse en cinq stades de maturation, et la douleur du talon existait à tous les stades sauf le dernier, celui de la fusion achevée17. Les essais thérapeutiques, eux, recrutent entre 8 et 15 ans11, avec des moyennes d'âge de 10,3 à 13,3 ans10.

Ce que l'IRM a montré, et qui contredit le nom

Ogden et ses collègues ont fait passer une IRM à des enfants porteurs d'un diagnostic présomptif de maladie de Sever et dont la douleur persistait malgré le traitement conservateur. Ce qu'ils ont vu ne se trouvait pas là où le nom le prédisait. L'anomalie de signal siégeait dans l'os trabéculaire de la région métaphysaire, adjacente à l'apophyse, avec une atteinte limitée du centre d'ossification secondaire lui-même. Après immobilisation, le signal métaphysaire régressait ou disparaissait, parallèlement à l'amélioration clinique, tandis que le signal apophysaire, lui, ne bougeait pas5.

Les auteurs en tirent une conclusion frontale : le trouble communément appelé apophysite de Sever serait une fracture de contrainte trabéculaire métaphysaire, comparable à la fracture de fatigue du calcanéus du tout-petit, et ne devrait pas être appelé une apophysite. Ils y voient une lésion de surmenage produisant des microlésions dans un os trabéculaire métaphysaire « équivalent » qui ne s'est pas encore adapté aux exigences biomécaniques de l'enfant en croissance et actif5.

Ce que cette étude ne dit pas

Il s'agit d'une série d'IRM sans groupe témoin apparié et sans effectif randomisé, chez des enfants sélectionnés par l'échec du traitement conservateur, donc les formes les plus résistantes. Elle ne démontre pas que toutes les maladies de Sever relèvent de ce mécanisme, et elle ne dit rien de la lésion chez l'enfant qui guérit vite. Elle établit en revanche que le siège de l'anomalie, chez ces enfants-là, n'est pas celui que le nom d'apophysite désigne.

Pourquoi le mot compte pour la prise en charge

Si la lésion est une inflammation apophysaire, la logique du traitement penche vers l'anti-inflammatoire et le repos. Si c'est une lésion de contrainte osseuse par insuffisance d'adaptation, la logique bascule : ce qui compte n'est plus de calmer une inflammation mais de ramener la charge sous le seuil que l'os tolère, puis de la remonter assez lentement pour qu'il s'adapte. C'est exactement le raisonnement qu'on applique aux fractures de fatigue de l'adulte, et il conduit à des consignes différentes de « repose-toi jusqu'à ce que ça ne fasse plus mal ».

Cette hypothèse trouve un appui indirect dans le fait que la douleur soit rythmée par l'effort, qu'elle réapparaisse à la reprise si celle-ci est trop rapide, et que 13,6 % des cas d'une cohorte de football de haut niveau soient des récidives12. Elle explique aussi pourquoi l'abstention marche à peu près aussi bien que tout le reste : ce qui soigne, dans les trois bras de l'essai pragmatique néerlandais, c'est probablement la réduction de contrainte que chacun d'eux impose par des voies différentes11.

On ne traite pas une inflammation qu'on n'a pas vue. On traite une charge que l'os ne tolère plus, et le levier n'est pas le repos : c'est le dosage.

La fenêtre se ferme quand l'apophyse fusionne

Une étude japonaise transversale a échographié l'apophyse calcanéenne de 336 jeunes joueurs de baseball et classé sa maturation en cinq stades, du stade 1, apophyse non visible, au stade 5, fusion complète. La douleur du talon était définie par une douleur ressentie au test de compression. Quarante-neuf joueurs avaient mal, soit une prévalence de 14,6 %, dont 18 en unilatéral (5,4 %) et 31 en bilatéral (9,2 %)17.

Le résultat principal est négatif : il n'y avait aucune différence de stade de maturation entre les joueurs douloureux et les autres. Le stade auquel se trouve l'apophyse ne prédit donc pas la douleur. Mais un résultat secondaire est très utile en pratique : aucun joueur n'avait mal au stade 5, celui de la fusion achevée17. Autrement dit, la maturation ne dit pas qui va avoir mal, mais elle dit quand cela ne peut plus arriver. C'est ce qui fonde l'annonce que l'on fait à la famille : cette douleur a une date de péremption, et elle est celle de la fermeture du cartilage de croissance calcanéen.

La fenêtre de vulnérabilité du talon

Âges rapportés dans les séries les plus larges. Les bornes sont celles des populations étudiées, pas des limites physiologiques

Frise des âges : la maladie de Sever survient de 8 à 15 ans, avec un âge moyen de 10,3 à 13,3 ans dans les essais et de 11,8 ans chez de jeunes footballeurs ; la fusion complète de l'apophyse met fin à la douleur 6 ans78910111213141516 ans Apophyse non fusionnée : la fenêtre reste ouverte Maladie de Sever : 8 à 15 ans Âge moyen des 10 essais : 10,3 à 13,3 11,8 ans : âge moyen des cas en centre de formation de football Fusion 0 douleur

Sources : bornes 8-15 ans des critères d'inclusion de Wiegerinck JI et al. J Pediatr Orthop 2016;36(2):152-7 (PMID 25985369) ; moyennes de 10,3 à 13,3 ans des 10 essais inclus par Williams CM et al. Cochrane Database Syst Rev 2026;7(7):CD015156 (PMID 42454655) ; 11,8 ± 2,1 ans dans Belikan P et al. J Orthop Surg Res 2022;17(1):83 (PMID 35139872) ; absence de douleur au stade de fusion complète dans Honma Y et al. Orthop J Sports Med 2024;12(10) (PMID 39430116).

À retenir

Le nom d'apophysite décrit une inflammation que l'IRM n'a pas retrouvée là où on l'attendait5. Retenir plutôt : lésion de contrainte d'un os immature, dont le levier thérapeutique est le dosage de la charge. La fenêtre de vulnérabilité se ferme avec la fusion de l'apophyse, et aucun des 336 jeunes sportifs examinés au stade de fusion complète n'avait mal17.

Qui a mal au talon, à quel âge, et pour combien de temps ?

Les chiffres varient d'un facteur quarante selon la population interrogée. Ce n'est pas une contradiction : c'est le rappel que la question « combien de cas ? » n'a de sens qu'accompagnée de « parmi qui ? ».

En population générale

Deux études ont mesuré l'incidence hors du monde du sport, et elles sont cohérentes.

Aux Pays-Bas, les dossiers de patients de 6 à 17 ans de 34 cabinets de médecine générale ont été analysés sur trois années, 2008 à 2010, à partir des réseaux d'enregistrement informatisés. Sur 16 383 dossiers examinés, 61 enfants portaient un diagnostic d'apophysite calcanéenne, soit une incidence de 3,7 pour 1 000 patients enregistrés. Les auteurs précisent que l'incidence réelle est probablement plus élevée, leurs critères d'inclusion ayant été stricts4.

À Istanbul, un audit rétrospectif des dossiers de tous les patients pédiatriques de 6 à 17 ans vus entre janvier 2014 et décembre 2017 trouve 74 cas sur 20 967 enfants, soit une incidence sur quatre ans de 0,35 %. L'atteinte touchait plus souvent les garçons, les formes bilatérales étaient plus fréquentes que les unilatérales, et les consultations augmentaient au printemps, ce que les auteurs relient à la reprise de l'activité physique18.

Chez le sportif, et selon le sport

Les chiffres changent d'échelle dès qu'on interroge une population sportive, et ils changent encore selon la façon dont on définit le cas.

Dans un centre de formation de football allemand, l'ensemble des blessures a été relevé sur dix ans, de 2009 à 2018 : 4 326 cas chez 612 joueurs, avec une consultation hebdomadaire sur place. Vingt-deux apophysites calcanéennes ont été identifiées, soit une incidence de 0,36 cas pour 100 athlètes par an. L'âge moyen au diagnostic était de 11,8 ± 2,1 ans, l'atteinte unilatérale dans 20 cas et bilatérale dans 212. Ce chiffre bas s'explique par la définition retenue (un cas diagnostiqué en consultation, avec arrêt) et non par une rareté de la douleur du talon dans cette population.

C'est ce que montre l'étude japonaise déjà citée, qui n'a pas attendu que les joueurs consultent : en dépistant activement 336 jeunes joueurs de baseball par un test de compression, elle trouve 14,6 % d'enfants douloureux17. Entre 0,36 % par an et 14,6 % à un instant donné, il n'y a pas de contradiction, il y a la différence entre les enfants qui consultent et ceux qui ont mal.

Une étude italienne a évalué 430 enfants sportifs de 6 à 14 ans (48,1 % de basketteurs, 29,5 % de footballeurs, 22,3 % de volleyeurs), par un examen physique, l'indice de posture du pied et des questionnaires. La prévalence y était plus élevée chez les plus jeunes, sans différence selon le sexe, l'indice de posture du pied, l'indice de masse corporelle, le type de terrain ni la discipline9.

La même pathologie, quatre chiffres différents

Ce que mesure chaque étude conditionne son résultat : consulter, être diagnostiqué, ou simplement avoir mal quand on le demande

Comparaison de quatre mesures : 14,6 % de douleur dépistée chez 336 joueurs de baseball japonais, 0,37 % d'incidence annuelle en médecine générale néerlandaise, 0,35 % sur quatre ans à Istanbul, 0,36 cas pour 100 athlètes par an en centre de formation de football Dépistage actif par test de compression 336 joueurs de baseball, Japon : Honma 2024 14,6 % des enfants ont mal au talon Diagnostics posés en médecine générale 16 383 dossiers de 6 à 17 ans, Pays-Bas : Wiegerinck 2014 3,7 pour 1 000 patients enregistrés Diagnostics enregistrés sur quatre ans 20 967 enfants de 6 à 17 ans, Istanbul : Ceylan 2018 0,35 % des enfants vus Football de formation, 612 joueurs sur 10 ans : Belikan 2022 : 0,36 cas pour 100 athlètes par an

Sources : Honma Y et al. Orthop J Sports Med 2024;12(10) (PMID 39430116) ; Wiegerinck JI et al. Eur J Pediatr 2014;173(5):677-9 (PMID 24297670) ; Ceylan HH, Caypinar B. BMC Musculoskelet Disord 2018;19(1):267 (PMID 30053810) ; Belikan P et al. J Orthop Surg Res 2022;17(1):83 (PMID 35139872). Les barres ne sont pas à la même échelle que le premier bloc : les dénominateurs et les périodes diffèrent.

Qui, exactement

Une revue systématique avec analyse thématique a repris 28 études et 1 362 cas publiés jusqu'en juin 2021. Les garçons représentaient 973 cas, soit 71,4 %. La présentation était bilatérale dans 589 cas (43,2 %) et unilatérale dans 433 (31,8 %), la latéralité n'étant pas précisée pour le reste. Une imagerie radiographique avait été utilisée pour le diagnostic dans 358 cas, soit 26,3 %. Tous les traitements rapportés étaient conservateurs, et 733 cas (53,7 %) rapportaient une amélioration, contre 32 cas (2,3 %) sans amélioration, le devenir n'étant pas rapporté pour 44 % des cas19.

71,4 %de garçons parmi 1 362 cas publiés, revue systématique de 28 études19
43,2 %de formes bilatérales, contre 31,8 % d'unilatérales dans la même revue19
73 %de garçons parmi les 654 enfants des 10 essais randomisés de la revue Cochrane10
13,6 %de récidives parmi 22 cas suivis dix ans en centre de formation12

Combien de temps cela dure, et ce qu'il faut annoncer

C'est la question que la famille pose en premier, et la réponse honnête tient en deux temps : l'ordre de grandeur est de deux mois, et la dispersion est telle que ce chiffre ne prédit rien pour un enfant donné.

La seule série qui l'a mesuré dans un cadre sportif structuré rapporte un retour au jeu moyen de 60,7 jours avec un écart type de 64,9 jours. Les athlètes présentant une récidive avaient un temps de récupération et un retour au jeu plus longs que ceux dont la maladie était diagnostiquée pour la première fois. Ni l'âge ni l'indice de masse corporelle au diagnostic n'avaient d'effet sur le délai de retour12.

Un écart type presque égal à la moyenne signifie que la distribution est très asymétrique : beaucoup d'enfants reprennent en quelques semaines, quelques-uns mettent six mois. C'est cette information-là qu'il faut transmettre, et non la moyenne seule, sous peine de créer une déception programmée à la huitième semaine.

Retour au jeu : la moyenne cache l'essentiel

Moyenne 60,7 jours, écart type 64,9 jours, chez 22 jeunes footballeurs suivis dix ans

Le retour au jeu moyen est de 60,7 jours mais l'écart type de 64,9 jours signifie qu'une part importante des enfants reprend en moins de trois semaines et une autre au-delà de quatre mois 030 j60 j90 j120 j150 j Intervalle moyenne ± 1 écart type : de moins d'une semaine à 126 jours Moyenne : 60,7 jours À annoncer : environ deux mois, mais certains reprennent en trois semaines et d'autres en quatre mois.

Source : Belikan P, Färber LC, Abel F, Nowak TE, Drees P, Mattyasovszky SG. J Orthop Surg Res 2022;17(1):83 (PMID 35139872). L'intervalle représenté est la moyenne plus ou moins un écart type tel que rapporté ; la distribution individuelle n'est pas publiée et n'est donc pas figurée.

À retenir

La maladie de Sever concerne surtout des garçons, entre 8 et 15 ans, avec près d'un cas sur deux bilatéral en population non sélectionnée. Elle est fréquente quand on la cherche (14,6 % des jeunes joueurs de baseball dépistés) et rare quand on attend qu'elle fasse consulter. Le délai de retour au sport tourne autour de deux mois avec une dispersion considérable, et l'annoncer d'emblée évite la déception qui fait abandonner le suivi.

Comment pose-t-on le diagnostic, et faut-il une radiographie ?

Le diagnostic tient en trois gestes qui prennent une minute. La radiographie, elle, pose une question à laquelle deux bonnes études répondent de façon opposée, et il faut savoir laquelle s'applique à l'enfant qu'on a devant soi.

Trois tests, et leurs valeurs mesurées

Une équipe suédoise a évalué 30 enfants consécutifs porteurs d'une lésion de Sever, tous très douloureux et très actifs sportivement, et 15 enfants témoins appariés, sans douleur. Trois tests cliniques ont été comparés, et chacun a été confronté au statut réel6 :

  • L'appui unipodal sur la pointe du pied. L'enfant se met en appui sur un seul pied, talon décollé. Sensibilité 100 %, spécificité 100 %.
  • Le test de compression latérale du calcanéus, en pressant les deux faces latérales du talon entre le pouce et l'index. Sensibilité 97 %, spécificité 100 %.
  • La palpation directe de l'insertion calcanéenne. Sensibilité 80 %, spécificité 100 %.

Les auteurs proposent d'asseoir le diagnostic sur l'anamnèse et les résultats de deux tests cliniques spécifiques, et concluent que le diagnostic de la lésion de Sever est clinique et non radiologique6.

Valeurs diagnostiques des trois tests du talon

30 enfants symptomatiques contre 15 témoins sans douleur, appariés. Effectif faible : les intervalles de confiance sont larges et n'ont pas été publiés

Sensibilité et spécificité : appui unipodal sur pointe 100 % et 100 %, test de compression latérale 97 % et 100 %, palpation directe 80 % et 100 % Sensibilité Spécificité 50 %75 %100 % Appui unipodal sur pointe 100 % 100 % Compression latérale du calcanéus 97 % 100 % Palpation directe de l'insertion 80 %

Source : Perhamre S, Lazowska D, Papageorgiou S, Lundin F, Klässbo M, Norlin R. Sever's injury: a clinical diagnosis. J Am Podiatr Med Assoc 2013;103(5):361-8 (PMID 24072363). Étude cas-témoins de 45 sujets au total ; ces valeurs proviennent d'un seul travail et n'ont pas été répliquées.

Ce que la radiographie montre chez les enfants qui n'ont pas mal

C'est le résultat le plus utile de cette même étude, et il devrait clore un vieux malentendu. La densification et la fragmentation de l'apophyse calcanéenne ont longtemps été présentées comme les signes radiologiques de la maladie, censés traduire l'inflammation liée à la traction du tendon calcanéen. Les auteurs ont donc radiographié aussi les témoins.

Résultat : tous les enfants, malades comme témoins, présentaient une densité augmentée de l'apophyse. Et la moitié des témoins sans aucune douleur montraient une fragmentation, contre près de 90 % des enfants douloureux6. Autrement dit, ce que l'on montrait aux parents comme la preuve de la maladie est, chez l'enfant sportif, une image de croissance normale.

Les signes radiologiques ne séparent pas les malades des bien portants

30 enfants douloureux contre 15 témoins appariés, tous physiquement très actifs

Densité augmentée de l'apophyse chez 100 % des enfants douloureux et 100 % des témoins sans douleur ; fragmentation chez près de 90 % des douloureux et environ 50 % des témoins Enfants douloureux (n = 30) Témoins sans douleur (n = 15) Densité augmentée de l'apophyse 100 % 100 % Fragmentation de l'apophyse près de 90 % environ 50 % Un signe présent chez 100 % des bien portants ne peut pas servir à poser un diagnostic.

Source : Perhamre S et al. J Am Podiatr Med Assoc 2013;103(5):361-8 (PMID 24072363). Les valeurs « près de 90 % » et « environ 50 % » sont celles rapportées par les auteurs, qui ne publient pas de pourcentages exacts pour la fragmentation.

Et pourtant, il y a un argument sérieux pour radiographier

Le raisonnement précédent conclut logiquement qu'il ne faut pas radiographier une talalgie d'enfant. Une autre étude, tout aussi honnête, arrive à l'inverse, et il faut lire les deux.

Une équipe de Memphis a repris tous les dossiers d'enfants de 4 à 17 ans venus pour une talalgie, en excluant les traumatismes aigus et les tendinopathies calcanéennes. Quatre-vingt-dix-huit patients et 134 pieds ont été retenus, d'âge moyen 10,8 ans, tous porteurs d'un diagnostic clinique d'apophysite calcanéenne. Les radiographies ont ensuite été relues par trois orthopédistes en aveugle du diagnostic clinique7.

Cinq patients avaient une anomalie, toutes visibles sur le cliché de profil : trois kystes osseux solitaires du calcanéus, un fibrome non ossifiant du tibia distal et deux fractures de fatigue du calcanéus, un patient cumulant kyste et fracture sur le même pied. Le taux d'anomalies était donc de 5,1 % des patients. Ces découvertes ont modifié la prise en charge, vers une surveillance radiographique rapprochée ou une immobilisation7.

Le point qui doit retenir l'attention du kinésithérapeute n'est pas le chiffre, c'est la phrase qui l'accompagne : aucun élément commun de l'anamnèse ou de l'examen ne permettait d'identifier les patients susceptibles d'avoir une radiographie anormale7. On ne peut donc pas se rassurer en se disant qu'on repérera les cas atypiques à l'examen : dans cette série, on ne les repérait pas.

Comment concilier les deux

Les deux études ne répondent pas à la même question. Perhamre demande : « la radiographie fait-elle le diagnostic de Sever ? », la réponse est non, ses signes sont présents chez les bien portants. Rachel demande : « la radiographie change-t-elle quelque chose chez les enfants adressés pour talalgie ? », la réponse est oui, dans 5 % des cas, et de façon imprévisible. Les deux réponses sont compatibles, et elles convergent vers une conduite : ne pas demander d'imagerie pour confirmer une maladie de Sever, mais ne pas hésiter à en demander une pour écarter autre chose, ce qui est une indication différente. Le niveau de preuve reste faible des deux côtés : 45 sujets pour l'une, une série rétrospective de niveau IV pour l'autre.

En pratique, dans le cadre français, le kinésithérapeute ne prescrit pas cette imagerie : il la fait demander. La formulation compte, et « éliminer une lésion osseuse devant une talalgie de l'enfant, cliché de profil » obtient un examen plus utile que « suspicion de maladie de Sever ».

À retenir

Trois tests suffisent, et le meilleur est le plus simple : l'appui unipodal sur la pointe du pied, sensibilité mesurée à 100 %. La radiographie ne confirme pas le diagnostic, puisque densité et fragmentation existent chez 100 % et 50 % des enfants sans douleur. Elle garde en revanche un rôle d'élimination : 5,1 % de lésions sérieuses dans une série de 98 enfants, sans aucun signe clinique annonciateur.

Qu'est-ce qui doit faire sortir du cadre bénin ?

Les diagnostics graves de ce chapitre sont rares. Ils partagent pourtant avec la maladie de Sever l'âge, le siège et parfois le mode de début, et le seul filtre fiable est le comportement de la douleur, pas son intensité.

Une remarque préalable, parce qu'elle change la façon de lire ce qui suit. Un enfant de dix ans qui a mal au talon a, dans l'immense majorité des cas, une apophysose calcanéenne. Aucun des tableaux décrits ici ne doit conduire à explorer systématiquement. Ce qui doit changer, c'est la façon dont on écoute la plainte : la question n'est pas « est-ce grave ? » mais « cette douleur se comporte-t-elle comme une douleur mécanique ? ». Une douleur mécanique augmente avec la charge, diminue au repos, laisse dormir, et ne s'accompagne de rien d'autre. Dès qu'un de ces quatre points manque, on sort du cadre.

Drapeaux rouges devant une talalgie de l'enfant

Aucun de ces éléments ne relève d'une prise en charge kinésithérapique de première intention. Leur présence impose un avis médical, et pour les deux premiers, le jour même.

  • Fièvre associée à la douleur du talon, ou douleur permanente qui ne cède à aucun repos. L'ostéomyélite calcanéenne de l'enfant a un âge médian au diagnostic de 8 ans et une durée médiane des symptômes de 0,6 mois avant le diagnostic : elle se présente donc exactement dans la fenêtre de la maladie de Sever13.
  • Altération de l'état général, pâleur, ecchymoses faciles, douleurs multiples. Dans la méta-analyse de 33 études et 3 084 enfants au diagnostic de leucémie, la douleur d'un membre était présente chez 43 %, la pâleur chez 54 %, la fièvre chez 53 %, les ecchymoses chez 52 %, l'hépatomégalie chez 64 % ; 6 % des enfants étaient asymptomatiques14.
  • Douleur nocturne qui réveille l'enfant. Elle n'appartient pas au tableau de la maladie de Sever, qui est une douleur d'effort. Attention toutefois au piège inverse : dans une série de 12 enfants porteurs d'un ostéome ostéoïde du pied, la douleur nocturne et le soulagement par les anti-inflammatoires n'étaient présents que dans la moitié des cas20. Leur absence ne rassure donc pas.
  • Douleur qui s'aggrave continûment malgré une décharge bien conduite, ou tuméfaction du talon. Un ostéosarcome du calcanéus représente moins de 1 % des ostéosarcomes et se présente typiquement par une tuméfaction et une douleur chronique du talon, fréquemment prise pour un processus traumatique ou inflammatoire21.
  • Raideur matinale, atteinte d'autres enthèses, arthrite asymétrique du membre inférieur, antécédent familial de spondyloarthrite. L'arthrite juvénile liée à l'enthésite touche typiquement les garçons de plus de 6 ans et associe une arthrite asymétrique des membres inférieurs à une enthésite ; une douleur lombosacrée inflammatoire peut apparaître ensuite, et ces enfants sont exposés à l'uvéite antérieure aiguë22.
  • Boiterie qui persiste au-delà de quelques semaines malgré l'adaptation de charge, ou refus d'appui. Le refus d'appui n'est pas un signe de maladie de Sever, même sévère.

L'infection, qui se présente au même âge

Une revue systématique a rassemblé 42 études et 128 cas d'ostéomyélite calcanéenne pédiatrique publiés entre 2000 et 2021. Le sexe-ratio était de deux garçons pour une fille, l'âge médian de 8 ans, la durée médiane des symptômes de 0,6 mois. Un traumatisme était la cause principale dans 41 cas (54 %), et la limitation d'activité le symptôme le plus fréquent, dans 68 cas. La culture était positive dans 75,4 % des prélèvements, Staphylococcus aureus étant le germe le plus fréquent (57,1 %). Une intervention chirurgicale a été réalisée chez 51 % des patients, et le taux de récidive infectieuse était de 6,8 %13.

Ce qu'il faut retenir pour le cabinet : la « limitation d'activité » comme symptôme dominant est exactement ce que rapporte un enfant avec une maladie de Sever. Ce qui sépare les deux, c'est la fièvre, le caractère permanent de la douleur, et l'absence de rythme mécanique. Un enfant qui a mal au talon la nuit, au repos, assis, et qui a de la fièvre, n'est pas un enfant à rééduquer.

La tumeur, qui se paie en délai

La série grecque de 12 enfants opérés d'un ostéome ostéoïde du pied entre 1995 et 2010 est instructive moins par ce qu'elle décrit que par ce qu'elle mesure. Âge moyen 12 ans, de 8 à 16 ans. La lésion siégeait au talus dans 8 cas, au calcanéus dans 3, au quatrième métatarsien une fois. Et surtout : les symptômes duraient en moyenne deux ans, de 14 mois à 4 ans, avant le diagnostic. Les auteurs notent des présentations atypiques (douleur projetée à la hanche, ténosynovite des extenseurs, atrophie du tendon calcanéen) et concluent que la diversité des symptômes et le retard au diagnostic restent problématiques20.

Le cas d'ostéosarcome calcanéen publié en 2023 raconte la même chose sur un mode plus grave : une jeune femme de 19 ans dont la douleur du talon résistait aux antalgiques depuis quatre mois. Les auteurs soulignent que ces tumeurs sont fréquemment prises cliniquement pour un processus traumatique ou inflammatoire, et appellent à garder l'ostéosarcome au diagnostic différentiel d'une talalgie chronique de l'adolescent, malgré sa rareté21.

Le signal n'est pas l'intensité de la douleur, c'est son refus de suivre la charge. Une talalgie qui ne s'améliore pas quand on décharge n'est plus une apophysose : c'est une question ouverte.

L'arbre de décision

Devant un enfant qui a mal au talon

Chemin de décision kinésithérapique. Les issues rouges sortent du champ de la rééducation de première intention

Arbre de décision : en présence de fièvre, d'altération de l'état général, de douleur permanente ou nocturne, avis médical le jour même. Sinon, si la douleur est mécanique, rythmée par l'effort, avec un test de compression positif chez un enfant de 8 à 15 ans, il s'agit d'une maladie de Sever relevant d'une adaptation de charge. En cas d'échec à six semaines de décharge bien conduite, réouvrir le diagnostic et demander une imagerie. Enfant de 6 à 16 ans, douleur du talon sans traumatisme aigu identifié Fièvre, état général altéré, douleur permanente ou nocturne qui réveille ? OUI Avis médical le jour même NON Douleur rythmée par l'effort, calmée au repos, compression latérale positive, appui unipodal sur pointe douloureux ? NON Reprendre le différentiel tableau ci-dessous OUI Maladie de Sever Diagnostic clinique. Pas d'imagerie pour confirmer. Adaptation de charge, éducation de la famille et de l'entraîneur. Talonnette si elle soulage. Pas d'arrêt total. Amélioration à six semaines de charge bien dosée ? NON Rouvrir le diagnostic, faire demander une imagerie

Construit à partir de : Perhamre S et al. J Am Podiatr Med Assoc 2013;103(5):361-8 (PMID 24072363) pour les tests cliniques ; Rachel JN et al. J Pediatr Orthop 2011;31(5):548-50 (PMID 21654464) pour le rendement de l'imagerie et l'absence de signe prédictif ; Dhagey IA et al. BMC Infect Dis 2024;24(1):998 (PMID 39294568) et Clarke RT et al. Arch Dis Child 2016;101(10):894-901 (PMID 27647842) pour les critères d'urgence.

Le tableau différentiel : âge, localisation, entité

Le tableau croise les deux variables qui font le tri devant une douleur d'enfant attribuée à la croissance, et ajoute pour chaque entité le geste qui ne doit pas être manqué. Il descend du talon vers le genou, et renvoie vers la page dédiée lorsqu'elle existe : les entités du genou ne sont pas retraitées ici.

Diagnostic différentiel des douleurs attribuées à la croissance chez l'enfant et l'adolescent, croisant l'âge de survenue, la localisation de la douleur, l'entité, le signe d'appel et la conduite à tenir
ÂgeLocalisationEntitéSigne d'appelConduite à tenir
8 à 15 ans Talon postérieur, insertion calcanéenne Maladie de Sever Compression latérale du calcanéus douloureuse, appui unipodal sur pointe impossible, douleur rythmée par l'effort Diagnostic clinique. Adaptation de charge, pas d'arrêt total, pas d'imagerie de confirmation
Tout âge, médiane 8 ans Talon, douleur permanente Ostéomyélite du calcanéus Fièvre, douleur non mécanique, limitation d'activité marquée, symptômes évoluant depuis moins d'un mois13 Avis médical le jour même
Tout âge Diffuse, souvent plusieurs sites Hémopathie maligne Douleur nocturne qui réveille, pâleur, fièvre, ecchymoses, hépatosplénomégalie. Douleur d'un membre chez 43 % au diagnostic14 Avis médical, numération formule sanguine
8 à 16 ans Talon ou pied, souvent mal localisée Ostéome ostéoïde Douleur nocturne et soulagement par les anti-inflammatoires dans la moitié des cas seulement. Délai diagnostique moyen de deux ans20 Imagerie et avis spécialisé devant toute talalgie qui persiste sans rythme mécanique
Adolescent Talon, avec tuméfaction Tumeur osseuse maligne Douleur chronique résistante aux antalgiques, tuméfaction, aggravation continue21 Avis médical sans délai
Garçons de plus de 6 ans Enthèses, asymétrique, membres inférieurs Arthrite juvénile liée à l'enthésite Enthésite et arthrite asymétrique, raideur matinale, lombalgie inflammatoire secondaire, antécédent familial22 Avis de rhumatologie pédiatrique. Dépistage de l'uvéite
Adolescent sportif Corps du calcanéus Fracture de fatigue du calcanéus Douleur à la compression du corps du calcanéus, augmentation récente de la charge. Retrouvée chez 2 des 98 enfants adressés pour talalgie7 Décharge relative et imagerie de profil
4 à 17 ans Calcanéus, découverte fortuite Kyste osseux solitaire, fibrome non ossifiant Aucun. Trois kystes et un fibrome sur 98 enfants, sans aucun signe clinique annonciateur7 C'est l'argument du cliché de profil devant une talalgie qui ne répond pas
3 à 12 ans Diffuse, bilatérale, membres inférieurs Douleurs dites de croissance Douleur vespérale ou nocturne, examen strictement normal, aucune boiterie, sans relation avec l'effort15 Diagnostic d'élimination. Toute boiterie ou toute douleur mécanique l'exclut
Adulte surtout, rare chez l'enfant Talon plantaire Fasciite plantaire Douleur au premier pas du matin, insertion plantaire du calcanéus et non son bord postérieur Voir l'article dédié : la fasciite plantaire
11 à 15 ans Tubérosité tibiale antérieure Maladie d'Osgood-Schlatter Douleur et tuméfaction du tubercule tibial, deux à trois centimètres sous la rotule Voir l'article dédié : la maladie d'Osgood-Schlatter
10 à 14 ans Pôle inférieur de la rotule Maladie de Sinding-Larsen-Johansson Douleur exquise à la palpation de l'apex rotulien, sports de saut Voir les pathologies de croissance du membre inférieur
9 à 16 ans Genou, aine, cuisse ou hanche Épiphysiolyse fémorale supérieure Rotation externe obligatoire à la flexion de hanche, boiterie, surpoids fréquent Arrêt de la mise en charge et avis chirurgical. Voir l'article dédié
11 à 19 ans Genou, souvent mal localisée Ostéochondrite disséquante Douleur d'effort persistante, épanchement, blocage ou dérobement si la lésion est instable Imagerie devant tout épanchement. Voir l'article dédié
Adolescents, filles surtout Genou antérieur, péri-rotulien Syndrome fémoro-patellaire Douleur aux escaliers, à l'accroupissement, en position assise prolongée. Prévalence ponctuelle de 22,7 % chez les adolescentes sportives23 Voir l'article dédié : le syndrome fémoro-patellaire

Une ligne mérite d'être lue deux fois, celle des kystes et du fibrome. Ce sont des lésions qui n'ont donné aucun signe distinctif, chez des enfants dont le diagnostic clinique était une apophysite calcanéenne, et qui ont pourtant changé la prise en charge7. Elles ne justifient pas d'irradier tous les talons d'enfant, mais elles expliquent pourquoi une talalgie qui ne suit pas la charge doit être imagée plutôt que rééduquée plus fort.

À retenir

Le tri ne porte pas sur le diagnostic mais sur le comportement de la douleur. Une douleur mécanique augmente à la charge, cède au repos et laisse dormir. Fièvre, douleur permanente, réveil nocturne, altération de l'état général et tuméfaction sortent du champ de la kinésithérapie. Et l'absence de réponse à six semaines de charge correctement dosée est en soi un motif de réouverture du diagnostic, pas d'intensification du traitement.

Quels facteurs de risque tiennent vraiment ?

Le récit courant tient en une phrase : un enfant lourd, qui s'entraîne trop, avec des mollets raides. Trois études ont testé ces trois éléments. Aucune n'en ressort intacte.

Ce que dit la revue systématique

Une revue systématique publiée dans BMJ Open a cherché les facteurs de risque, les facteurs associés et les conséquences de l'apophysite calcanéenne dans six bases de données depuis leur création jusqu'en avril 2021. Sur 736 études identifiées, 11 études observationnelles remplissaient les critères, totalisant 1 265 participants d'âge moyen 10,72 ans. Quatre étudiaient des facteurs extrinsèques, dix des facteurs intrinsèques, trois les deux24.

Les facteurs recensés sont la limitation de la flexion dorsale de cheville, l'alignement du pied, la raideur et la mobilité du médio-pied, les pressions plantaires et les forces de réaction du sol, l'indice de masse corporelle, l'âge, le sexe, la présence d'autres ostéochondroses et la pratique sportive. La conclusion est prudente et vaut d'être citée dans sa réserve : la limitation de flexion dorsale est le facteur intrinsèque le plus fréquemment étudié, suivi des pics de pression plantaire et du défaut d'alignement du pied, mais des désaccords existent entre les investigateurs des études incluses, et il n'y a pas d'unanimité sur ce qui relève du facteur de risque, du facteur associé ou de la conséquence24.

Cette dernière distinction est décisive et rarement faite. Un enfant qui a mal au talon depuis trois mois marche différemment, charge moins son talon, et perd de la flexion dorsale. Mesurer sa flexion dorsale au moment où il consulte ne dit pas si la raideur a causé la douleur ou l'inverse.

Le poids et le volume d'entraînement : le récit qui ne tient pas

Une étude prospective australienne a comparé des enfants porteurs d'une maladie de Sever à une population non symptomatique du même âge, en testant les modèles causals les plus cités de la littérature : le défaut d'alignement biomécanique du pied mesuré selon Root et par l'indice de posture du pied, la flexion dorsale de cheville mesurée à l'aide d'un appareillage modifié, l'indice de masse corporelle, et le volume et le type d'activité sportive8.

Le résultat est net et va contre l'intuition : cette étude ne trouve aucune preuve que le poids et le niveau d'activité soient des facteurs de risque. Le rapport de cotes de la flexion dorsale de cheville diminuée, statistiquement significatif du côté gauche, était de 0,93, que les auteurs qualifient eux-mêmes de cliniquement négligeable. Seul le rapport avant-pied sur arrière-pied ressortait avec un rapport de cotes cliniquement plus fort et bilatéral, ce qui conduit les auteurs à désigner le défaut d'alignement biomécanique comme une piste à explorer, sans plus8.

L'étude italienne de 430 enfants sportifs va dans le même sens et ajoute un résultat franchement contre-intuitif. L'indice de masse corporelle, le sexe, le type de terrain, la discipline sportive et l'indice de posture du pied ne devraient pas être considérés comme des facteurs de risque. En revanche, un risque significativement plus élevé a été trouvé chez les sujets les plus jeunes, chez ceux qui avaient moins de séances d'entraînement par semaine, et chez ceux dont les séances étaient plus courtes9.

Comment lire ce résultat sans le sur-interpréter

Que les enfants moins entraînés aient plus de douleurs de talon ne signifie pas que s'entraîner davantage protège. L'explication la plus économique est celle de l'exposition et de l'adaptation : les enfants les plus entraînés sont aussi les plus sélectionnés et les mieux adaptés à la charge, et ceux qui pratiquent peu subissent des à-coups de charge relativement plus violents pour un os moins habitué. C'est une étude transversale : elle décrit une association, pas une causalité. Elle suffit toutefois à disqualifier la formule « il en fait trop » comme explication automatique.

Ce que l'on mesure quand même chez ces enfants

L'étude transversale nichée dans l'essai australien a mesuré taille, poids, tour de taille, indice de masse corporelle, posture du pied et amplitude de cheville chez 124 enfants de 8 à 14 ans porteurs d'un diagnostic clinique d'apophysite calcanéenne, dont 72 garçons. Comparés aux valeurs normatives, ces enfants avaient un indice de masse corporelle plus élevé, un poids plus élevé et une taille plus grande, tous avec p inférieur à 0,001, ainsi que des différences de posture du pied et d'amplitude de cheville25.

Il n'y a pas de contradiction avec l'étude précédente, mais une différence de question : comparer des enfants malades à des normes de population n'est pas la même chose que comparer des malades à des témoins appariés du même milieu sportif. La première méthode capte aussi ce qui distingue un enfant sportif d'un enfant tout-venant.

Le résultat le plus directement utile de ce travail est ailleurs, dans l'analyse multivariée : les participants plus âgés (p = 0,046) et ceux dont la douleur durait depuis plus longtemps (p = 0,043) rapportaient une douleur plus intense. Les auteurs en concluent qu'une prise en charge précoce peut réduire l'intensité et la durée de la douleur25. Autrement dit, le seul facteur modifiable clairement identifié dans cette littérature est le délai avant la prise en charge, ce qui ramène directement au problème du terme « douleur de croissance », qui différe la consultation.

Une étude de cohorte prospective japonaise apporte le seul élément de nature à guider un exercice. Trente-sept jeunes gymnastes, soit 74 membres, ont été évalués sur leur flexibilité, l'alignement du pied, la fonction du tronc et des tests d'équilibre fonctionnel, puis suivis six mois. Les gymnastes ayant développé une maladie de Sever avaient un rapport de hauteur d'arche plus bas et de moindres valeurs au star excursion balance test dans la direction antérieure. Les auteurs suggèrent qu'un soutien de l'arche longitudinale médiale et un travail d'équilibre postural dynamique pourraient prévenir la maladie26 : une suggestion prospective, sur 37 sujets d'une seule discipline, qui n'a jamais été testée dans un essai.

À retenir

Aucun facteur de risque n'est solidement établi. La limitation de flexion dorsale est le plus étudié, avec des désaccords entre études et sans qu'on sache s'il précède ou suit la douleur. Le poids et le volume d'entraînement ne ressortent pas, et une étude trouve même plus de cas chez les enfants les moins entraînés. Le seul facteur modifiable clairement identifié est le délai avant la prise en charge : plus la douleur est ancienne, plus elle est intense.

Que vaut chaque traitement, et à quel niveau de preuve ?

La réponse courte est décevante et il faut la donner telle quelle : dix essais randomisés en tout, 654 enfants, et une certitude des preuves classée de faible à très faible pour presque tout. La réponse longue est plus utile, parce que ce que ces essais montrent en creux vaut mieux que ce qu'ils montrent.

L'état de la preuve, tel que la revue Cochrane le décrit

La revue Cochrane consacrée au traitement non chirurgical des lésions apophysaires du membre inférieur a interrogé six bases de données sans restriction de langue jusqu'au 4 janvier 2025. Elle inclut 10 essais randomisés, dont sept sur l'apophysite calcanéenne et trois sur l'apophysose de traction du tubercule tibial, totalisant 654 enfants d'âge moyen de 10,3 à 13,3 ans, dont 73 % de garçons. Le risque de biais a été évalué avec l'outil RoB 2, et la certitude des preuves avec la méthode GRADE10.

Les comparaisons ayant produit un résultat exploitable sont peu nombreuses10 :

  • Orthèses plantaires contre talonnettes, apophysite calcanéenne : probablement peu ou pas de différence sur la douleur globale (différence moyenne 0,00, intervalle de confiance à 95 % de −0,44 à 0,44 ; 1 étude, 123 participants) ni sur la fonction physique (−1,30, de −7,58 à 4,98 ; 1 étude, 124 participants), à court terme. Certitude modérée.
  • Kinesio tape contre placebo, apophysite calcanéenne : les données sont très incertaines, sur la douleur (0,10, de −1,25 à 1,45) comme sur la fonction (6,10, de −0,08 à 12,28), à partir d'une seule étude de 22 participants. Certitude très faible.
  • Coussinet de talon contre attelle de talon : très incertain sur la fonction physique (−2,00, de −12,48 à 8,48 ; 1 étude, 43 participants). Certitude très faible.
  • Aucun effet indésirable rapporté pour les orthèses et talonnettes, sur 11 études et 101 participants, certitude modérée.

La conclusion des auteurs est explicite : les preuves sont limitées, classées pour l'essentiel de faible à très faible certitude, les critères de jugement étaient hétérogènes, et les essais n'ont pas ciblé spécifiquement les enfants aux symptômes persistants avec limitation fonctionnelle. Aucun essai n'a mesuré la qualité de vie, alors que des études de cohorte ont montré que les lésions apophysaires peuvent l'affecter à long terme, et aucun n'a examiné l'impact économique10.

La carte des preuves : ce sur quoi reposent nos recommandations

Effectifs des comparaisons ayant produit un résultat, et certitude GRADE attribuée par la revue Cochrane 2026

Carte des preuves : orthèses contre talonnettes reposent sur 123 participants avec une certitude modérée ; kinesio tape contre placebo sur 22 participants avec une certitude très faible ; coussinet contre attelle sur 43 participants avec une certitude très faible ; dix essais et 654 enfants au total Toute la littérature randomisée sur les apophysoses du membre inférieur 10 essais, 654 enfants, dont 7 essais sur le talon. Recherche close au 4 janvier 2025. EFFECTIF DE CHAQUE COMPARAISON EXPLOITABLE Orthèses plantaires contre talonnettes 123 participants certitude modérée Coussinet de talon contre attelle de talon 43 certitude très faible Kinesio tape contre placebo 22 certitude très faible Aucun essai n'a mesuré la qualité de vie. Aucun n'a ciblé les enfants aux symptômes persistants avec limitation fonctionnelle.

Source : Williams CM, Krommes K, Paterson KL, Haines T, Caserta A, Thorborg K. Non-surgical treatment for lower limb apophyseal injuries. Cochrane Database Syst Rev 2026;7(7):CD015156 (PMID 42454655). Les largeurs sont proportionnelles aux effectifs des comparaisons, pas à l'ampleur des effets.

L'essai qui devrait guider la consultation

C'est un essai néerlandais pragmatique, en simple aveugle, qui a comparé trois modalités couramment employées chez des enfants de 8 à 15 ans souffrant depuis au moins quatre semaines, avec une échelle des visages révisée à au moins 3 points : un protocole d'abstention thérapeutique, une talonnette et un programme d'exercice excentrique supervisé par un kinésithérapeute. La durée du traitement était de dix semaines, le critère principal l'échelle des visages à trois mois, avec analyse en intention de traiter. Cent-un enfants ont été inclus, trois perdus de vue11.

À six semaines, les enfants sous talonnette étaient plus satisfaits que ceux des deux autres groupes, et amélioraient significativement le questionnaire Oxford Ankle and Foot version enfant par rapport à l'abstention ; le groupe kinésithérapie améliorait significativement la version parents. Mais au terme du suivi, les trois modalités avaient produit une réduction de la douleur cliniquement pertinente et statistiquement significative, sans différence cliniquement pertinente entre elles. Les auteurs concluent que les médecins devraient délibérer avec les patients et les parents sur le traitement préféré11.

Ce résultat est plus riche qu'il n'y paraît. Il ne dit pas que rien ne marche : il dit que tout marche, y compris ne rien faire de particulier, ce qui déplace la question du choix de la technique vers celle de l'accompagnement, du dosage de la charge et de l'explication donnée à la famille.

Le suivi à douze mois, qui efface les différences précoces

L'essai australien factoriel 2 × 2 a recruté 124 enfants de 8 à 14 ans avec un diagnostic clinique d'apophysite calcanéenne. Deux facteurs étaient croisés : le type d'insert dans la chaussure, talonnette ou orthèse préfabriquée, et le remplacement ou non de la chaussure. Le critère principal était l'incapacité fonctionnelle, les critères secondaires la douleur et l'amplitude de flexion dorsale, avec un suivi à 1, 2, 6 et 12 mois27.

À 1 et 2 mois, il existait un effet principal de la talonnette, mais uniquement dans le domaine physique du questionnaire Oxford (p = 0,04). À 6 et 12 mois, plus aucun effet principal ni d'interaction, pour aucun critère. Les auteurs concluent qu'au-delà de deux mois, le choix du traitement peut relever du jugement clinique, de la minimisation des coûts ou de la préférence du patient27.

Le tableau des modalités

Modalités thérapeutiques de la maladie de Sever, avec pour chacune l'effectif de la meilleure étude disponible, le résultat obtenu et le niveau de certitude des preuves
ModalitéMeilleure étudeCe qu'elle montreCertitude
Adaptation de charge et éducation Aucun essai randomisé dédié C'est le socle logique de la prise en charge, mais il n'a jamais été isolé dans un essai. La « prise en charge habituelle » des essais inclut exercice, étirements, anti-inflammatoires et massage, et reste mal décrite10 non évaluée
Abstention accompagnée Essai pragmatique, n = 10111 Réduction de la douleur cliniquement pertinente à trois mois, sans différence avec la talonnette ni avec la kinésithérapie faible
Talonnette Essai pragmatique n = 10111 et essai factoriel n = 12427 Satisfaction supérieure à six semaines et léger avantage fonctionnel à deux mois. Plus aucun avantage à 6 et 12 mois faible
Orthèses plantaires Comparaison Cochrane, n = 12310 Probablement peu ou pas de différence avec une simple talonnette, sur la douleur comme sur la fonction modérée
Exercice excentrique supervisé Bras de l'essai pragmatique, n = 10111 Améliore significativement le questionnaire parents par rapport à l'abstention à six semaines ; aucun avantage à trois mois faible
Kinesio tape Essai randomisé, n = 2228 Meilleur score fonctionnel AOFAS à 1 et 3 mois qu'un tape factice, mais pas d'effet sur la douleur. Sans effet indésirable sérieux très faible
Attelles pour sports pieds nus Essai randomisé, n = 43 inclus, 32 analysés29 Les deux attelles testées améliorent douleur et fonction sur trois mois, sans différence entre elles très faible
Orthèses sur mesure Essai randomisé, n = 20830 Seuil algométrique + 53,4 % et EVA − 68,6 % contre talonnettes prêtes à l'emploi. Résultat non repris par la synthèse Cochrane, qui conclut à l'absence de différence contestée
Immobilisation plâtrée Aucun essai randomisé Décrite dans des séries de cas résistants, notamment celle qui a permis de suivre la régression du signal IRM5. Ne s'envisage que dans les formes rebelles, et sur avis médical non évaluée
Certitude modérée
Le choix entre orthèse plantaire et talonnette n'a pas d'importanceUn seul résultat de l'ensemble de cette littérature atteint la certitude modérée, et c'est une absence de différence. Il justifie de prendre la solution la moins chère et la mieux tolérée10.
Certitude faible
Abstention, talonnette et exercice se valent à trois moisEssai pragmatique de 101 enfants, en simple aveugle, avec un léger avantage précoce de la talonnette sur la satisfaction. La conclusion pratique est de décider avec la famille11.
Très faible
Kinesio tape, attelles, coussinetsUn essai de 22 participants, un de 43. Aucun effet démontré sur la douleur pour le tape ; aucune différence entre attelles. Utilisables parce qu'inoffensifs, pas parce qu'efficaces10,28,29.
Non évaluée
La gestion de charge elle-mêmeElle est ce que tout le monde recommande et que personne n'a testé isolément. Les comparateurs « prise en charge habituelle » des essais sont explicitement décrits comme mal définis par la revue Cochrane10.

Une divergence à ne pas masquer

Un essai espagnol conforme à CONSORT a randomisé 208 enfants de 9 à 12 ans entre orthèses en polypropylène sur mesure et talonnettes prêtes à l'emploi, avec un suivi de douze semaines. Il rapporte une augmentation du seuil algométrique de 53,4 % (IC 95 % 47,1 à 59,7) et une baisse de l'EVA de 68,6 % (IC 95 % −74,5 à −62,7) en faveur des orthèses sur mesure, avec p inférieur à 0,00130. C'est le plus gros effectif de tout ce champ, et l'effet rapporté est considérable. La synthèse Cochrane, qui a interrogé les bases jusqu'en janvier 2025, conclut pourtant à l'absence de différence entre orthèses et talonnettes sur la base d'une comparaison de 123 participants10. Nous donnons la revue Cochrane comme ancrage, parce qu'elle applique RoB 2 et GRADE de façon explicite ; nous signalons l'écart plutôt que de le taire. Un clinicien qui choisit une orthèse sur mesure ne fait pas une erreur : il fait un pari coûteux sur un résultat que la synthèse de référence n'a pas retenu.

À retenir

Aucun traitement n'a fait la preuve de sa supériorité. Le seul résultat de certitude modérée de tout ce champ est une absence de différence entre deux types de semelles. Un essai de 101 enfants montre que l'abstention accompagnée, la talonnette et l'exercice supervisé donnent le même résultat à trois mois. La conséquence pratique n'est pas le nihilisme : elle est que la valeur ajoutée du kinésithérapeute se trouve dans le dosage de la charge et l'accompagnement de la famille, pas dans le choix du dispositif.

Comment gérer la charge plutôt qu'arrêter le sport ?

C'est le cœur du travail, et c'est aussi la partie la moins étayée par des essais. Il faut donc distinguer ce qui est démontré, ce qui est déduit d'un mécanisme, et ce qui relève de l'accord d'experts, et le dire à la famille dans ces termes.

Pourquoi l'arrêt total est un mauvais outil

Trois arguments convergent, aucun décisif isolément.

Le premier est mécanistique. Si la lésion est une lésion de contrainte d'un os immature qui ne s'est pas encore adapté aux exigences biomécaniques d'un enfant actif5, alors la suppression complète de la charge ne fait pas progresser l'adaptation : elle diffère le problème jusqu'à la reprise, où la contrainte retrouvée sera relativement plus grande sur un os qui a perdu ce qu'il avait gagné.

Le deuxième est empirique et vient de l'essai pragmatique néerlandais. Le bras « attente » n'était pas un bras « arrêt du sport » : c'était un protocole d'abstention thérapeutique. Et il a produit une réduction cliniquement pertinente de la douleur, comme les deux autres11. Rien dans cette littérature ne montre qu'immobiliser fait mieux.

Le troisième est celui des conséquences. Le rapport clinique de l'Académie américaine de pédiatrie sur les lésions de surmenage, le surentraînement et l'épuisement chez le jeune sportif rappelle que la participation sportive apporte à l'enfant des bénéfices physiques et psychiques considérables, et que l'épuisement, défini comme un état d'épuisement physique ou mental avec réduction du sentiment d'accomplissement conduisant à la dévalorisation du sport, constitue l'une des principales causes d'abandon dans le sport des jeunes, et une menace directe pour l'objectif d'activité physique tout au long de la vie31. Un enfant qu'on écarte trois mois de son club pour une pathologie dont le pronostic est spontanément favorable paie un prix qui ne figure dans aucun essai.

Ce qui n'est pas démontré, et qu'il faut cesser de présenter comme tel

Les règles chiffrées qui circulent sur la charge du jeune sportif (un nombre d'heures hebdomadaires plafonné par l'âge, un jour de repos par semaine, plusieurs mois sans compétition par an), proviennent d'accords d'experts, notamment de la prise de position de l'American Medical Society for Sports Medicine sur les lésions de surmenage et l'épuisement dans le sport des jeunes32 et des rapports cliniques de l'Académie américaine de pédiatrie31,33. Elles n'ont jamais été testées dans un essai chez des enfants porteurs d'une apophysite calcanéenne, et les rares données spécifiques vont même contre l'idée simple que « trop d'entraînement » explique la maladie8,9. Les employer comme repères de discussion est raisonnable ; les présenter comme des seuils validés ne l'est pas.

La douleur comme boussole, et non comme interdit

Le principe pratique tient en une distinction que les familles saisissent immédiatement : entre une douleur qu'on traverse et une douleur qui s'installe.

Concrètement, l'enfant peut continuer une activité qui réveille une gêne tolérable pendant l'effort, qui redescend dans les deux heures qui suivent, et qui n'a pas augmenté le lendemain matin. Il doit réduire dès que l'un de ces trois points est franchi : douleur qui l'oblige à modifier sa course ou à boiter, douleur qui persiste le soir, douleur au premier appui du lendemain. Ce cadre n'a pas été validé par un essai dans l'apophysite calcanéenne, aucun ne l'a testé, mais il découle directement du raisonnement de charge et il donne à l'enfant un critère qu'il peut appliquer seul, ce que « arrête si ça fait mal » ne fait pas.

Un enfant à qui l'on dit d'arrêter dès que ça fait mal apprend qu'il ne peut plus rien faire. Un enfant à qui l'on donne trois critères apprend à doser, et c'est cela qu'on lui laisse pour la suite.

Les leviers concrets, dans l'ordre où ils coûtent le moins

La modulation de charge n'est pas binaire, et l'erreur la plus fréquente est de sauter directement à la réduction du volume alors que trois leviers moins coûteux existent en amont.

  1. La surface et la chaussure. C'est le levier le moins coûteux socialement. La talonnette entre ici : elle a montré un avantage précoce sur la satisfaction et le domaine physique à six semaines et deux mois11,27, et le fait que cet avantage disparaisse à douze mois n'enlève rien à son intérêt pendant la phase douloureuse.
  2. Le contenu de la séance plutôt que sa durée. Ce sont les impacts et les tractions répétées qui chargent l'apophyse : sprints, sauts, changements de direction, courses sur pointe. Retirer les vingt minutes de travail de pied d'une séance de football coûte beaucoup moins à l'enfant que de le retirer de la séance.
  3. La fréquence des pics plutôt que le volume total. Deux entraînements et un match dans le même week-end concentrent la contrainte ; les répartir change l'exposition sans rien retirer.
  4. Le volume, en dernier. Et jamais jusqu'à zéro, sauf si la douleur est présente à la marche quotidienne.

Ce qu'il reste à faire au kinésithérapeute

Une lecture rapide de la littérature pourrait conduire au découragement : si l'abstention accompagnée fait aussi bien qu'un programme supervisé, à quoi sert la rééducation ? La réponse est dans la structure même de l'essai qui pose la question. Les trois bras comportaient tous une consultation, une explication, un cadre et un suivi de dix semaines. Ce qui a été comparé, ce sont trois techniques, pas la présence contre l'absence de prise en charge.

Et l'un des rares facteurs modifiables identifiés dans ce champ pointe exactement dans cette direction : chez 124 enfants, la douleur était plus intense chez ceux dont elle durait depuis plus longtemps, ce qui a conduit les auteurs à recommander une prise en charge précoce25. Le kinésithérapeute qui reconnaît la maladie de Sever en une consultation, écarte les drapeaux rouges, explique le mécanisme et remet l'enfant sur une charge dosée fait précisément ce que cette donnée suggère de faire.

Ce que la kinésithérapie apporte réellement ici

  • Un diagnostic posé vite, avec trois tests cliniques et sans imagerie inutile, chez un enfant que le mot « croissance » aurait renvoyé sans rien changer.
  • Un tri de sécurité : fièvre, douleur nocturne, état général, absence de réponse à la décharge.
  • Un dosage de charge, avec des critères que l'enfant peut appliquer lui-même entre deux séances.
  • Un pronostic honnête, donné d'emblée avec sa dispersion, ce qui évite l'abandon du suivi à la huitième semaine.
  • Une négociation avec l'entraîneur, que la famille seule n'obtient généralement pas.

Que dire aux parents et à l'entraîneur ?

C'est la véritable intervention, et c'est aussi la seule dont on dispose d'une mesure : les parents et les enfants ne perçoivent pas la même chose de cette maladie, et l'écart se réduit avec le temps.

Ce que les parents voient et que l'enfant ne dit pas

Une étude longitudinale nichée dans l'essai australien a fait remplir le questionnaire Oxford Ankle Foot version enfant, à l'enfant et à son parent, à l'inclusion puis à 1, 2, 6 et 12 mois. Cent trente-trois enfants ont été recrutés, 124 ont participé, 101 ont rempli le questionnaire aux cinq temps34.

La concordance entre l'enfant et son parent allait de médiocre (0,06) à bonne (0,77) pour le domaine physique, et de médiocre (0,09) à bonne (0,66) pour le domaine chaussage. Les domaines scolaire et émotionnel se tenaient mieux, de modéré (0,46) à bon (0,77). Surtout : les parents rapportaient initialement un retentissement plus important que leur enfant, avec une convergence des points de vue au fil du suivi. Les auteurs concluent qu'il est indispensable de comprendre le retentissement du point de vue de l'enfant comme de celui du parent34.

La conséquence en consultation est directe. Interroger uniquement le parent surestime le retentissement au début, et conduit à des restrictions plus lourdes que ce que l'enfant vit. Interroger uniquement l'enfant, qui veut jouer, le sous-estime. Il faut les deux, séparément, et il est utile de nommer l'écart quand il apparaît : « vous le voyez souffrir plus qu'il ne le ressent, c'est habituel, et cela va se rapprocher. »

Le script pour les parents

Cinq phrases à dire, et pourquoi

  • « Ce n'est pas une douleur de croissance, c'est une douleur de charge. » Le premier terme suggère d'attendre ; le second dit qu'il y a quelque chose à faire, et quoi.
  • « Ce n'est pas dangereux pour son squelette, et cela s'arrête quand le cartilage de croissance du talon se ferme. » C'est vrai et vérifié : aucun des 336 jeunes sportifs examinés au stade de fusion complète n'avait mal17.
  • « Comptez environ deux mois, mais certains reprennent en trois semaines et d'autres mettent quatre mois. » Donner la dispersion dès le premier jour évite la crise de confiance à la huitième semaine12.
  • « On ne va pas l'arrêter, on va changer ce qu'il fait. » Cela ouvre la discussion sur le contenu des séances plutôt que sur leur suppression.
  • « Si la douleur le réveille la nuit, s'il a de la fièvre, ou si elle ne bouge pas alors qu'on a réduit, on revoit le diagnostic. » C'est la consigne de sécurité, et elle transforme la famille en observateur utile.

Le script pour l'entraîneur

C'est l'interlocuteur le plus souvent oublié, et celui qui décide en pratique de la charge réelle. Trois messages suffisent, et il faut qu'ils soient formulés en termes de séance, pas de diagnostic.

  • Ce qu'il peut faire : tout ce qui ne provoque pas de boiterie, tout le travail avec ballon en appui à plat, le travail technique, la musculation, le vélo, la natation.
  • Ce qu'on retire pour quelques semaines : les séries de sprints, les répétitions de sauts, le travail sur pointe prolongé, les surfaces dures s'il y a le choix.
  • Comment on saura que ça remonte : pas de boiterie en fin de séance, pas de douleur au premier appui le lendemain matin. À ces deux conditions, on rajoute un bloc de travail d'impact par semaine.

La revue systématique de 1 362 cas conclut d'ailleurs, après avoir constaté l'absence de toute donnée thérapeutique robuste, que l'éducation des parents et des entraîneurs sur la symptomatologie, l'étiologie et le traitement de cette affection est essentielle pour la diagnostiquer plus tôt et obtenir de meilleurs résultats19. Quand la littérature d'un champ ne peut pas départager les techniques, elle finit par désigner ce qui reste.

À retenir

Les parents surestiment initialement le retentissement par rapport à ce que rapporte l'enfant, et les deux perceptions convergent au fil du suivi34 : il faut interroger les deux. Le message le plus utile est celui qui remplace « douleur de croissance » par « douleur de charge », parce qu'il rend l'action possible. L'entraîneur doit recevoir des consignes en termes de contenu de séance, pas de diagnostic.

Et devant un genou douloureux d'adolescent, vers quoi va-t-on ?

« Il a mal au genou, c'est la croissance » est la deuxième formulation la plus fréquente après celle du talon. Ce chapitre ne retraite aucune des pathologies du genou : il part de cette phrase et dit vers laquelle on va, avec le lien vers la page qui la traite.

Il faut d'abord dire pourquoi ce chapitre est court. Chacune des entités citées ici a sa page sur ce site, écrite en entier. Les reprendre reviendrait à créer deux textes qui se disputent la même requête, et le lecteur y perdrait la profondeur. Ce qui manquait n'était pas une description de plus : c'était l'aiguillage, c'est-à-dire la traduction de la plainte telle qu'elle arrive en une orientation.

Ce que « douleur de croissance du genou » recouvre en consultation

La formule est employée pour au moins cinq situations distinctes, dont une seule est bénigne par définition.

  1. Une apophysose du genou. Douleur mécanique, point exquis sur une insertion. Au tubercule tibial c'est la maladie d'Osgood-Schlatter, à l'apex rotulien la maladie de Sinding-Larsen-Johansson.
  2. Une douleur fémoro-patellaire. Douleur péri-rotulienne, aux escaliers, à l'accroupissement, en position assise prolongée. Ce n'est pas une pathologie de croissance, mais c'est la plus fréquente : la méta-analyse de 23 études donne une prévalence annuelle de 28,9 % chez les adolescents, une prévalence ponctuelle groupée de 7,2 % (IC 95 % 6,3 à 8,3) et de 22,7 % chez les adolescentes sportives (IC 95 % 17,4 à 28,0)23.
  3. Une douleur projetée depuis la hanche. C'est le piège coûteux, et il est traité en détail dans l'article dédié : le genou peut être le seul siège de la plainte alors que la lésion est une épiphysiolyse fémorale supérieure.
  4. Une ostéochondrite disséquante. Douleur d'effort persistante, mal localisée, avec épanchement, blocage ou dérobement quand la lésion est instable.
  5. Une vraie douleur de croissance, au sens strict du chapitre précédent : bilatérale, vespérale ou nocturne, diffuse, sans boiterie, examen normal, sans relation avec l'effort.

L'aiguillage en quatre questions

Ces quatre questions se posent en moins de deux minutes et suffisent à orienter.

  1. La douleur est-elle bilatérale, nocturne et sans lien avec l'effort, chez un enfant dont l'examen est strictement normal et qui ne boite pas ? Si oui, et seulement si les quatre conditions sont réunies, c'est le cadre des douleurs dites de croissance. Rien à explorer, rien à traiter, et il faut le dire clairement plutôt que de laisser un doute.
  2. Peut-on montrer la douleur avec un doigt sur une insertion ? Le tubercule tibial deux à trois centimètres sous la rotule, ou l'apex de la rotule. Si oui, c'est une apophysose, et le mécanisme est le même que celui de ce talon-ci : contrainte de traction sur un noyau d'ossification immature, levier thérapeutique identique.
  3. La rotation interne de hanche est-elle symétrique ? C'est le geste qui coûte trente secondes et qui évite le retard le plus cher de toute la pathologie pédiatrique. Un adolescent qui a mal au genou, dont le genou est normal à l'examen, et dont une hanche a perdu sa rotation interne, a une hanche à imager avant d'avoir un genou à rééduquer.
  4. Y a-t-il un épanchement, un blocage ou un dérobement ? Ces trois signes sortent du cadre des apophysoses et du syndrome fémoro-patellaire, et imposent une imagerie.

Une remarque sur la co-occurrence

Un enfant peut avoir plusieurs apophysoses, successivement ou simultanément. La revue systématique des facteurs associés à l'apophysite calcanéenne cite d'ailleurs la présence d'autres ostéochondroses parmi les facteurs recensés24. Trouver une maladie de Sever chez un enfant qui a aussi mal au genou ne dispense donc pas d'examiner le genou pour lui-même, et l'inverse est vrai.

À retenir

Devant un genou d'adolescent étiqueté « croissance », quatre questions orientent : la douleur est-elle bilatérale, nocturne et sans lien avec l'effort ; peut-on la montrer du doigt sur une insertion ; la rotation interne de hanche est-elle symétrique ; y a-t-il épanchement, blocage ou dérobement. Seule la première combinaison, complète, autorise à conclure au bénin. Le syndrome fémoro-patellaire est statistiquement le diagnostic le plus probable, avec 28,9 % de prévalence annuelle chez les adolescents23.

Que nous apprennent des cas cliniques publiés ?

Quatre cas ou séries réellement publiés, avec leur identifiant. Aucun n'est reconstruit ni composite : les cas trop nets sont exactement ce qui rend un article de synthèse indigne de confiance.

Deux jumelles monozygotes, mêmes talons

Deux sœurs jumelles monozygotes indiennes de 10 ans, issues d'un milieu rural défavorisé, ont développé simultanément une maladie de Sever bilatérale. Les deux rapportaient une douleur bilatérale des talons d'installation progressive depuis sept mois, aggravée par la marche et l'activité physique. À l'examen, morphologie moyenne, poids de 26 et 27 kilogrammes, hallux varus bilatéral chez les deux, et test de compression du calcanéus positif des deux côtés, ce qui a suffi à poser le diagnostic. Les radiographies de face et de profil des deux pieds ont confirmé l'apophysite. Les auteurs, devant une présentation clinique et radiographique identique chez deux jumelles, évoquent une prédisposition génétique ou des facteurs de risque biomécaniques partagés35.

Ce que ce cas enseigne : sept mois d'évolution avant le diagnostic, chez deux enfants dont l'examen était en tout point caractéristique et pour lesquelles un test de trente secondes a suffi. C'est l'illustration exacte du problème que pose le mot « croissance » : ce ne sont pas des cas difficiles qui traînent, ce sont des cas faciles qu'on ne vient pas montrer. Et la donnée qui l'accompagne est celle de James : plus la douleur dure, plus elle est intense25.

Un talon exploré par échographie

Une fillette de 10 ans a été prise en charge pour une douleur persistante du talon gauche. L'examen clinique et l'échographie diagnostique ont confirmé une maladie de Sever, l'échographie permettant en outre de documenter l'atteinte associée du tendon calcanéen. Le traitement a associé médication, immobilisation, modalités de rééducation et exercices, avec une amélioration après dix semaines36.

Ce que ce cas enseigne : l'ordre de grandeur du délai, cohérent avec les dix semaines de traitement de l'essai pragmatique néerlandais11, et l'intérêt de l'échographie quand la question n'est pas de confirmer un Sever mais de savoir si autre chose s'y ajoute. C'est aussi un cas unique, sans groupe de comparaison : il ne démontre l'efficacité d'aucune des modalités employées, et les auteurs ne le prétendent pas.

Douze enfants, un ostéome ostéoïde, deux ans de retard

Douze enfants (7 filles, 5 garçons) ont été opérés d'un ostéome ostéoïde du pied dans un service grec entre février 1995 et février 2010, avec un suivi moyen de 5 ans. Âge moyen 12 ans, de 8 à 16 ans. La lésion siégeait au talus dans 8 cas, au calcanéus dans 3 cas, au quatrième métatarsien une fois. Les symptômes ont duré en moyenne deux ans, de 14 mois à 4 ans. Point capital : la douleur nocturne et le soulagement par les anti-inflammatoires, tenus pour caractéristiques de cette tumeur, n'étaient présents que dans la moitié des cas. Des présentations atypiques ont été observées : douleur projetée à la hanche, ténosynovite des extenseurs du pied, atrophie du tendon calcanéen. L'excision en bloc a permis la guérison complète sans récidive20.

Ce que cette série enseigne : le piège n'est pas de ne pas connaître l'ostéome ostéoïde, c'est de croire qu'il se signale par sa triade classique. Dans la moitié des cas il ne le fait pas. Le seul signal fiable est celui du chapitre des drapeaux rouges : une douleur du pied qui dure et qui ne suit pas la charge. Deux ans, chez un enfant de 12 ans, ce sont deux saisons sportives.

Un ostéosarcome du calcanéus

Une jeune femme de 19 ans a consulté pour une douleur du talon résistant aux antalgiques depuis quatre mois. Le diagnostic retenu a été celui d'ostéosarcome calcanéen, entité extrêmement rare puisqu'elle représente moins de 1 % de tous les ostéosarcomes. Les auteurs soulignent que ces tumeurs se manifestent typiquement par une tuméfaction et une douleur chronique du talon, et qu'elles sont fréquemment prises cliniquement pour un processus traumatique ou inflammatoire21.

Ce que ce cas enseigne : il est hors de la fenêtre d'âge de la maladie de Sever, et c'est précisément pour cela qu'il est utile. À 19 ans, l'apophyse calcanéenne est fusionnée, et une talalgie chronique ne peut plus être une apophysose. L'âge de l'enfant est un critère d'exclusion autant que d'inclusion.

Ce que ces quatre cas ont en commun

Aucun n'est un cas d'erreur diagnostique spectaculaire. Trois sur quatre partagent la même caractéristique, et c'est celle qui mérite d'être retenue : une durée d'évolution longue avant que quelqu'un ne pose la question. Sept mois, deux ans, quatre mois. Dans le premier cas c'était une apophysose banale que personne n'était venu montrer ; dans les deux autres, une lésion sérieuse à laquelle personne n'avait pensé.

Le point commun n'est donc pas la difficulté du diagnostic. C'est le délai, et le délai a la même cause dans les deux situations : une douleur d'enfant qui ne fait pas peur ne déclenche pas de consultation, et « c'est la croissance » est la phrase qui l'empêche.

À retenir

Les cas publiés sur ce sujet ne racontent pas des diagnostics difficiles : ils racontent des diagnostics tardifs. Sept mois pour une apophysose caractéristique reconnaissable en trente secondes, deux ans pour un ostéome ostéoïde dont la moitié des porteurs n'ont pas la triade classique, quatre mois pour un ostéosarcome chez une patiente qui n'avait plus l'âge d'avoir une apophysose.

Comment appliquer concrètement en pratique ?

Ce que l'on fait au premier contact, dans quel ordre, et les erreurs qui font perdre du temps ou de la crédibilité.

Un déroulé en cinq temps

Premier temps, quatre questions à l'interrogatoire. Depuis quand ? Comment la douleur se comporte-t-elle par rapport à l'effort : augmente-t-elle pendant, après, le lendemain matin ? Le réveille-t-elle la nuit ? Y a-t-il eu de la fièvre, une perte de poids, une fatigue inhabituelle ? Ces quatre questions séparent une douleur mécanique d'une douleur qui ne l'est pas, et c'est la seule séparation qui compte à ce stade.

Deuxième temps, trois gestes. Appui unipodal sur la pointe du pied, du côté douloureux puis de l'autre. Compression latérale du calcanéus entre pouce et index. Palpation de l'insertion. Les valeurs mesurées de ces trois tests sont dans le chapitre du diagnostic ; le premier est le plus sensible et c'est aussi celui que l'enfant comprend le mieux6. Ajouter une flexion dorsale de cheville comparative et un examen rapide de hanche et de genou, parce qu'une apophysose n'exclut pas l'autre24.

Troisième temps, décider si l'on sort du cadre. Les drapeaux rouges sont dans leur encadré. En leur absence, on ne demande pas d'imagerie pour confirmer, et on le dit explicitement à la famille, qui l'attend souvent : la radiographie ne fait pas ce diagnostic, ses signes existent chez la totalité des enfants sportifs sans douleur6.

Quatrième temps, poser le plan de charge. Avec l'enfant, pas seulement avec le parent. Nommer les trois critères qu'il appliquera seul : pas de boiterie pendant la séance, douleur redescendue dans les deux heures, pas de douleur au premier appui du lendemain. Choisir les leviers dans l'ordre du chapitre correspondant, en commençant par le contenu de la séance et non par son volume. Proposer une talonnette si elle soulage : elle a un avantage précoce mesuré et aucun effet indésirable rapporté10,11.

Cinquième temps, donner le pronostic avec sa dispersion, et fixer le point de contrôle. Environ deux mois, avec une variabilité large12. Et une règle explicite : si à six semaines de charge correctement dosée rien n'a changé, on ne traite pas plus fort, on rouvre le diagnostic.

Les erreurs qui coûtent

  • Employer le mot « croissance » sans le qualifier. Il renvoie l'enfant sans plan, et retarde la consultation suivante. Deux des cas publiés cités plus haut avaient sept mois et deux ans d'évolution35,20.
  • Arrêter le sport en totalité. Aucune donnée ne le soutient, et le coût en abandon sportif est documenté par ailleurs31.
  • Faire radiographier pour confirmer. C'est une irradiation qui ne peut rien confirmer, et elle donne à la famille une image de fragmentation qu'il faudra ensuite dédramatiser6.
  • Ne pas faire radiographier quand la douleur ne suit pas la charge. C'est l'erreur symétrique, et c'est la plus grave : 5,1 % de lésions sérieuses dans une série de 98 enfants, sans signe clinique annonciateur7.
  • Promettre une guérison en trois semaines. La moyenne est de deux mois et l'écart type presque aussi grand12.
  • Attribuer la maladie au surpoids de l'enfant devant lui. C'est humiliant, et ce n'est pas soutenu : deux études ne retrouvent pas l'indice de masse corporelle comme facteur de risque8,9.
  • Ne parler qu'au parent. Les perceptions divergent, et celle du parent surestime initialement le retentissement34.
  • Oublier l'entraîneur. C'est lui qui fixe la charge réelle six jours sur sept.

Une honnêteté sur le niveau de preuve

Il faut le dire à la famille dans des termes qu'elle comprend, parce que cela change la relation. La formulation qui fonctionne : « on connaît bien cette maladie, on sait qu'elle guérit, et on sait mal laquelle des choses qu'on propose accélère les choses ; c'est pour cela que je vous propose de choisir avec moi ce qui vous convient le mieux. » C'est exactement la conclusion des auteurs de l'essai pragmatique néerlandais, qui recommandent de délibérer avec les patients et les parents sur le traitement préféré11, et c'est aussi ce que dit une revue systématique de huit essais randomisés qui conclut à l'efficacité du traitement conservateur en général sans pouvoir en désigner un meilleur37.

Questions fréquentes

La maladie de Sever est-elle une vraie douleur de croissance ?

Non, au sens strict des deux termes. Les douleurs dites de croissance sont bilatérales, vespérales ou nocturnes, diffuses, sans boiterie et sans relation avec l'effort ; la maladie de Sever est une douleur mécanique, localisée sur l'insertion calcanéenne, rythmée par l'activité. Et le terme lui-même est trompeur pour les deux : deux cohortes indépendantes ont cherché le lien avec une croissance rapide et ne l'ont pas trouvé2,3, tandis que 93 % des définitions publiées ne font aucune référence à la croissance1.

Faut-il une radiographie pour poser le diagnostic ?

Non pour confirmer, éventuellement oui pour éliminer. Chez 30 enfants douloureux et 15 témoins sans douleur, la densité augmentée de l'apophyse était présente chez 100 % des deux groupes et la fragmentation chez la moitié des témoins6 : ces signes ne peuvent donc pas faire un diagnostic. En revanche, sur 98 enfants adressés pour talalgie, 5,1 % avaient une lésion sérieuse que rien dans l'anamnèse ni l'examen n'annonçait7. La conduite raisonnable est de ne pas imager une présentation typique qui répond à l'adaptation de charge, et d'imager celle qui ne répond pas.

Combien de temps mon enfant sera-t-il gêné ?

L'ordre de grandeur est de deux mois. Dans un centre de formation de football allemand, le retour au jeu moyen était de 60,7 jours avec un écart type de 64,9 jours, chez des athlètes d'âge moyen 11,8 ans ; 13,6 % des cas étaient des récidives, et celles-ci mettaient plus longtemps12. Cette dispersion signifie que certains reprennent en trois semaines et d'autres en quatre mois : annoncer la moyenne seule prépare une déception.

Doit-il arrêter complètement le sport ?

Rien dans la littérature ne le soutient. L'essai le plus pertinent a comparé une abstention thérapeutique, une talonnette et un programme d'exercice excentrique chez 101 enfants : les trois ont produit une amélioration cliniquement pertinente, sans différence entre elles11. La démarche utile est de moduler le contenu des séances (impacts, sprints, sauts, travail sur pointe), plutôt que de les supprimer.

Les semelles sur mesure valent-elles mieux qu'une simple talonnette ?

La question est ouverte, et elle est la seule de tout ce champ à disposer d'un résultat de certitude modérée : selon la revue Cochrane, orthèses plantaires et talonnettes ne diffèrent probablement pas, ni sur la douleur ni sur la fonction10. Un essai espagnol de 208 enfants rapporte pourtant un avantage marqué des orthèses sur mesure30, résultat que la synthèse Cochrane n'a pas retenu. En pratique, commencer par la solution la moins coûteuse est défendable, et changer si elle ne soulage pas l'est aussi.

Le kinesio taping est-il utile ?

Sur la fonction peut-être, sur la douleur non. Le seul essai randomisé disponible porte sur 22 jeunes footballeurs et compare un tape actif à un tape factice : les scores fonctionnels AOFAS étaient meilleurs à un et trois mois dans le groupe actif, mais les auteurs précisent eux-mêmes que son rôle sur la douleur est limité28. La revue Cochrane classe cette comparaison en certitude très faible10. Sans effet indésirable connu, il peut s'employer en complément, pas comme traitement.

Est-ce que cela peut laisser des séquelles ?

Aucune donnée ne décrit de séquelle structurelle. La fenêtre de vulnérabilité se ferme avec la fusion de l'apophyse : aucun des 336 jeunes joueurs de baseball examinés au stade de fusion complète n'avait mal au talon17. En revanche, le retentissement pendant la phase active n'est pas négligeable, et il est mal mesuré : la revue Cochrane relève qu'aucun des dix essais n'a évalué la qualité de vie10.

Mon enfant a mal aux deux talons : est-ce plus grave ?

Non, c'est fréquent. Dans la revue systématique de 1 362 cas publiés, la présentation était bilatérale dans 43,2 % des cas contre 31,8 % d'unilatérales19, et sur 336 jeunes joueurs dépistés, les formes bilatérales étaient deux fois plus nombreuses que les unilatérales17. La bilatéralité n'est pas en soi un signe d'alarme ; ce qui en est un, c'est une douleur qui ne suit pas la charge, uni ou bilatérale.

Est-ce que c'est parce qu'il est trop lourd ou qu'il en fait trop ?

Les données ne le disent pas. Une étude prospective conclut à l'absence de preuve que le poids et le niveau d'activité soient des facteurs de risque8, et une étude de 430 enfants sportifs ne retient ni l'indice de masse corporelle, ni le sexe, ni la discipline, ni le type de terrain, et trouve même un risque plus élevé chez les enfants les moins entraînés9. Attribuer la maladie au poids de l'enfant devant lui est donc à la fois blessant et non fondé.

Faut-il étirer le mollet ?

C'est plausible et non démontré. La limitation de flexion dorsale de cheville est le facteur intrinsèque le plus étudié, mais la revue systématique qui les recense signale des désaccords entre études et l'impossibilité de distinguer ce qui est facteur de risque de ce qui est conséquence24 : un enfant qui a mal depuis trois mois a pu perdre de l'amplitude à cause de la douleur. Aucun essai n'a isolé l'étirement du triceps sural comme intervention. On peut le proposer s'il est confortable, sans en attendre l'effet principal.

Quand faut-il s'inquiéter ?

Quand la douleur cesse de se comporter mécaniquement : réveil nocturne, douleur permanente au repos, fièvre, altération de l'état général, tuméfaction, ou absence de toute amélioration après six semaines de charge correctement réduite. L'ostéomyélite calcanéenne de l'enfant a un âge médian de 8 ans13, la douleur d'un membre est présente chez 43 % des enfants au diagnostic de leucémie14, et une série de 12 ostéomes ostéoïdes du pied rapporte deux ans de délai diagnostique moyen20.

Mon adolescent a mal au genou et on m'a dit que c'était la croissance : est-ce la même chose ?

Le raisonnement est le même, les entités ne le sont pas. Le chapitre consacré au genou donne les quatre questions d'aiguillage. La plus importante est celle de la rotation interne de hanche : un adolescent qui a mal au genou, dont le genou est normal à l'examen et dont une hanche a perdu sa rotation interne, doit avoir une imagerie de hanche avant toute rééducation, le détail de cette démarche est dans l'article consacré aux pathologies de croissance du membre inférieur.

Références

Trente-sept références, toutes vérifiées par l'API E-utilities du NCBI au moment de la rédaction : existence de l'identifiant, liste d'auteurs complète, revue, année, volume, pagination, et lecture du résumé pour contrôler que la source établit bien ce qui lui est attribué. Les identifiants sont cliquables.

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