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Les pathologies de croissance du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent

Un enfant qui boite, un adolescent qui a mal au genou : derrière ces deux motifs banals se cachent quatre pathologies du cartilage de croissance dont deux se paient en hanche perdue quand on les laisse passer. Cet article est construit sur la démarche, pas sur la liste des maladies.

Article de synthèse. Chaque chiffre cité porte sa source à l'endroit où il est écrit, avec son effectif et sa méthode. Quand la littérature d'une entité est mince, c'est dit plutôt que comblé : deux de ces quatre pathologies ne reposent, en rééducation, sur aucune étude contrôlée.

Trois chiffres qui commandent la vigilance

Données primaires : cohorte prospective de 122 hanches, série de 55 hanches, cohorte rétrospective de 481 patients

Trois chiffres clés : 42,6 % des épiphysiolyses n'ont aucune douleur de hanche, 47 % de nécrose après un glissement instable, 17 semaines de délai moyen au diagnostic 42,6% des épiphysiolyses n'ont AUCUNE douleur de hanche Uvodich 2019, 122 hanches 47% de nécrose de la tête si le glissement est instable Loder 1993, 0 % si stable 17 sem de délai moyen entre les symptômes et le diagnostic Schur 2016, 481 patients

Sources : Uvodich M et al. J Pediatr 2019;206:184-189.e1 (PMID 30454962) ; Loder RT et al. J Bone Joint Surg Am 1993;75(8):1134-40 (PMID 8354671) ; Schur MD et al. J Pediatr 2016;177:250-254 (PMID 27470686).

En bref : la synthèse clinique

Ce que la littérature disponible permet d'affirmer, en douze points. Chacun est repris et sourcé dans les chapitres qui suivent.

  • L'âge est le premier tri, et il est très discriminant. La maladie de Legg-Calvé-Perthes culmine entre 2 et 5 ans dans la seule étude à dénominateur connu qui ait mesuré l'incidence par tranche d'âge12, l'épiphysiolyse fémorale supérieure appartient à la puberté3, et l'ostéochondrite disséquante du genou n'existe pas avant 6 ans : aucune lésion n'a été trouvée entre 2 et 5 ans dans une cohorte de plus d'un million d'enfants26.
  • La topographie de la douleur, elle, trompe. Dans une étude prospective de 122 hanches avec épiphysiolyse, 42,6 % n'avaient aucune douleur de hanche et 26,2 % avaient mal au genou1. Un genou d'adolescent qui fait mal sans raison locale est une hanche jusqu'à preuve du contraire.
  • L'épiphysiolyse fémorale supérieure n'est pas une ostéochondrose. C'est un glissement mécanique de l'épiphyse sur son cartilage de croissance, qui relève de la fixation chirurgicale. Le classer avec les apophysoses de l'adolescent est l'erreur de raisonnement qui coûte le plus cher dans ce groupe.
  • La mise en charge poursuivie aggrave ce glissement. La distinction pronostique n'est pas radiologique mais fonctionnelle : un glissement où l'appui est impossible, même avec des cannes, est dit instable, et 47 % de ces hanches ont développé une nécrose avasculaire contre 0 % des glissements stables4.
  • Le retard au diagnostic est la règle, pas l'exception. Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic était de 17 semaines sur 481 patients, sans aucune amélioration sur dix ans6. Une douleur de genou ou de cuisse distale est un prédicteur indépendant d'un délai plus long5.
  • La radiographie de face ne suffit pas. La ligne de Klein classique n'a identifié que 9 glissements sur 23, contre 20 sur 23 avec sa version modifiée et 23 sur 23 sur l'incidence de profil en grenouille7. Demander une face isolée, c'est accepter de manquer une épiphysiolyse sur deux.
  • Dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes, la chirurgie de recentrage n'a pas fait la preuve de sa supériorité globale. Sur la cohorte prospective nationale britannique (371 enfants, 396 hanches), 36,4 % ont été opérés, et la chirurgie n'a pas modifié le résultat radiologique à deux ans, odds ratio 1,0311.
  • Deux facteurs pronostiques dominent dans cette maladie : l'âge de début et la hauteur du pilier latéral. Au-delà de 8 ans avec un pilier B ou B/C, la chirurgie fait mieux que l'abstention ; à 8 ans ou moins, le traitement, quel qu'il soit, ne change pas le résultat13.
  • Le rôle du kinésithérapeute dans le Perthes est de préserver les amplitudes, et c'est le seul point sur lequel les praticiens s'accordent réellement. Une enquête internationale auprès de 160 chirurgiens de 43 pays trouve un accord large sur les étirements et l'importance des amplitudes, un désaccord franc sur le renforcement17 ; en Suède, aucun des 44 praticiens interrogés ne recommandait une décharge totale18.
  • La maladie de Sinding-Larsen-Johansson repose sur une base de preuves très mince. La série fondatrice compte huit patients et dix genoux21. Elle est bénigne et spontanément résolutive, mais son décours se compte en mois : cinq mois dans le cas clinique le mieux documenté par imagerie22.
  • L'ostéochondrite disséquante se traite d'abord sans chirurgie, avec un taux de guérison très variable. La revue systématique de référence, 27 études et 908 genoux, rapporte 61,4 % de guérison, dans un intervalle qui va de 10,4 à 95,8 %, et aucune étude de haut niveau de preuve29.
  • L'examen clinique de l'ostéochondrite n'a pas de test fiable. Le signe de Wilson était négatif chez 24 des 32 patients porteurs d'une lésion visible en radiographie30. On ne l'élimine pas par l'examen, on y pense sur le terrain et sur la persistance.

À qui s'adresse cet article, et ce qu'il ne traite pas

Aux kinésithérapeutes qui reçoivent des enfants et des adolescents, en cabinet comme au bord du terrain. Il couvre quatre pathologies du cartilage de croissance du membre inférieur dans un seul texte, parce qu'aucune ne se reconnaît isolément : c'est leur confrontation, à un âge donné et sur une topographie donnée, qui fait le diagnostic.

La maladie d'Osgood-Schlatter, apophysose la plus fréquente de l'adolescent, a sa page dédiée sur ce site et n'est pas retraitée ici : cet article traite les pathologies qu'on prend pour une Osgood-Schlatter, celle-ci traite l'Osgood-Schlatter elle-même et sa gestion de charge. Voir La maladie d'Osgood-Schlatter. Les douleurs de croissance bénignes et l'apophysite calcanéenne sont abordées pour ce qu'elles apportent au diagnostic différentiel, sans être traitées pour elles-mêmes.

Pourquoi l'âge oriente-t-il presque tout le diagnostic ?

Parce que chacune de ces pathologies frappe une structure qui n'est vulnérable qu'à un moment précis de la maturation du squelette. L'âge n'est pas un élément d'orientation parmi d'autres : c'est le seul qui, à lui seul, écarte des diagnostics entiers.

Le cartilage de croissance n'est pas une structure homogène qui se fragiliserait uniformément pendant toute l'enfance. La vascularisation de la tête fémorale, la résistance mécanique de la plaque de croissance proximale du fémur, l'ossification des noyaux secondaires du genou et la maturation de l'os sous-chondral suivent chacune leur propre calendrier. Une pathologie ne peut donc survenir que dans la fenêtre où sa structure cible est à la fois présente et vulnérable.

Cela produit une répartition par âge dont l'exploitation clinique est directe. La maladie de Legg-Calvé-Perthes est une nécrose de la tête fémorale liée à une défaillance de sa vascularisation, dans la période où celle-ci est terminale et précaire : dans une population de près de 800 000 enfants d'un système de santé intégré de Californie du Sud, l'incidence la plus élevée était de 3,05 pour 100 000 chez les 2 à 5 ans, et la plus basse de 1,06 chez les 9 à 12 ans, soit un rapport de cotes de 3,13 en faveur des plus jeunes12. L'épiphysiolyse fémorale supérieure est à l'inverse une défaillance mécanique de la plaque de croissance, qui survient quand celle-ci s'élargit et s'horizontalise sous l'effet des hormones de la puberté : l'incidence rapportée aux États-Unis sur les hospitalisations de 1997 et 2000 était de 10,80 pour 100 000 enfants de 9 à 16 ans3.

La fenêtre d'âge de chaque entité

Chaque barre couvre la tranche où l'incidence mesurée est la plus forte, pas les âges extrêmes rapportés

Frise des âges : Perthes de 2 à 8 ans, épiphysiolyse de 9 à 16 ans, Sinding-Larsen de 10 à 14 ans, ostéochondrite disséquante de 11 à 19 ans, avec l'âge médian ou moyen de chaque série 2 ans 5 ans 8 ans 11 ans 14 ans 17 ans Entité Fenêtre d'incidence maximale Perthes 2 à 8 ans, pic 2 à 5 ans Épiphysiolyse 9 à 16 ans, autour de la puberté Sinding-Larsen 10 à 14 ans Ostéochondrite 11 à 19 ans, médiane 13,1 ans Aucune ostéochondrite disséquante du genou n'a été trouvée avant 6 ans sur plus d'un million d'enfants. Les zones se chevauchent entre 11 et 14 ans : c'est là que l'âge cesse de trancher seul.

Sources : Kessler JI, Cannamela PC. Clin Orthop Relat Res 2018;476(12):2344-2350 (PMID 30211706) pour le Perthes ; Lehmann CL et al. J Pediatr Orthop 2006;26(3):286-90 (PMID 16670536) pour l'épiphysiolyse ; Medlar RC, Lyne ED. J Bone Joint Surg Am 1978;60(8):1113-6 (PMID 721864) et Valentino M et al. J Ultrasound 2012;15(2):127-9 (PMID 23396672) pour le Sinding-Larsen ; Kessler JI et al. Am J Sports Med 2014;42(2):320-6 (PMID 24272456) et Nissen CW et al. Am J Sports Med 2022;50(1):118-127 (PMID 34818065) pour l'ostéochondrite.

2,48nouveaux cas de Perthes pour 100 000 enfants de 0 à 14 ans et par an, cohorte prospective nationale britannique
10,8épiphysiolyses pour 100 000 enfants de 9 à 16 ans aux États-Unis, données d'hospitalisation
9,5ostéochondrites disséquantes du genou pour 100 000 sujets de 6 à 19 ans
12,4rapport de cotes du sexe masculin pour la maladie de Legg-Calvé-Perthes

Ces incidences ont un corollaire pratique que l'on oublie souvent en lisant des articles de synthèse : ces maladies sont rares. Un kinésithérapeute qui suit une patientèle pédiatrique ordinaire verra beaucoup de douleurs antérieures de genou, quelques apophysoses, et croisera une épiphysiolyse ou un Perthes quelques fois dans sa carrière. C'est précisément ce qui rend le raisonnement nécessaire : la rareté interdit de compter sur la reconnaissance de forme, et impose une démarche qui se déclenche sur des critères, pas sur une impression.

Le sexe s'ajoute à l'âge comme second filtre, et il est presque aussi discriminant. Le rapport de cotes du sexe masculin est de 12,44 pour la maladie de Legg-Calvé-Perthes dans la cohorte californienne12, et l'incidence de l'ostéochondrite disséquante du genou est de 15,4 pour 100 000 chez les garçons contre 3,3 chez les filles26. Pour l'épiphysiolyse, l'écart existe mais reste plus modeste : 13,35 contre 8,07 pour 100 0003. Ces écarts n'autorisent jamais à écarter un diagnostic chez une fille, mais ils déplacent la probabilité de départ, ce qui compte quand la décision porte sur l'opportunité d'une imagerie.

À retenir

L'âge du patient élimine des diagnostics avant tout examen. Avant 6 ans, l'ostéochondrite disséquante du genou n'a jamais été observée dans la plus grande série à dénominateur connu, et l'épiphysiolyse est exceptionnelle et suspecte d'endocrinopathie. Après 12 ans, la maladie de Legg-Calvé-Perthes ne commence plus. Entre 11 et 14 ans, les fenêtres se chevauchent et l'âge ne tranche plus seul : c'est là que la topographie et le mode de début prennent le relais.

Pourquoi une hanche malade fait-elle mal au genou, et dans quelle proportion ?

C'est le piège classique de la pathologie de hanche de l'enfant, et le chiffre qui le décrit est recopié de revue en revue sans que sa méthode soit précisée. Deux études primaires existent, elles ne mesurent pas la même chose, et l'écart entre leurs résultats s'explique entièrement par leurs définitions.

L'articulation coxo-fémorale et l'articulation du genou partagent leur innervation sensitive. Le nerf obturateur, le nerf fémoral et le nerf du muscle carré fémoral donnent des rameaux articulaires à la hanche ; les territoires cutanés et articulaires du fémoral et de l'obturateur descendent jusqu'à la face médiale du genou. Une afférence nociceptive née dans la capsule coxo-fémorale entre donc dans la moelle par des racines qui reçoivent aussi le genou, et le cerveau attribue régulièrement la douleur au segment le plus distal. Ce n'est pas une curiosité : c'est le mode de présentation habituel d'une part importante des pathologies de hanche de l'enfant.

Ce que mesurent réellement les deux études de référence

La première est rétrospective. Matava et ses collègues ont revu 106 patients porteurs d'une épiphysiolyse fémorale supérieure et compté ceux dont la plainte principale à la première consultation était une douleur du genou ou de la cuisse distale : ils étaient 16, soit 15 %. Dans le sous-groupe des 65 patients n'ayant reçu aucun traitement avant leur arrivée, la proportion montait à 15 sur 65, soit 23 %. Le résultat le plus important de ce travail n'est pas le pourcentage mais ce qui l'accompagne : ces patients recevaient significativement plus de diagnostics erronés, subissaient significativement plus de radiographies inutiles, et arrivaient avec des glissements radiologiquement plus sévères2.

La seconde est prospective, et c'est ce qui la rend précieuse. Uvodich et ses collègues ont fait remplir un schéma corporel standardisé à 107 enfants opérés d'une épiphysiolyse, soit 122 hanches analysables. Ils n'ont pas demandé la plainte principale mais la cartographie complète des zones douloureuses. Résultat : 70 hanches sur 122 avaient une douleur de hanche, donc 52 hanches, soit 42,6 %, n'en avaient aucune. Le genou était douloureux dans 32 cas (26,2 %), la cuisse ou la jambe dans 43 (35,2 %), l'aine dans 17 (13,9 %), la région postéro-latérale dans 13 (10,7 %). Une association de plusieurs zones était présente dans 39,3 % des cas, et 49 % des patients avaient consulté plus d'une fois avant le diagnostic1.

Où l'épiphysiolyse fait-elle mal ? Deux études, deux questions différentes

Les pourcentages ne s'additionnent pas dans l'étude prospective : plusieurs zones coexistent chez 39,3 % des hanches

Comparaison des topographies douloureuses : 15 % de plainte principale au genou dans l'étude rétrospective de Matava, contre 26,2 % de douleur du genou et 42,6 % de hanches sans aucune douleur de hanche dans l'étude prospective d'Uvodich Matava 1999, 106 patients, plainte PRINCIPALE 15 % 85 % hanche, aine ou cuisse proximale Genou ou cuisse distale en plainte principale. Ce groupe recevait plus de diagnostics erronés (p moins de 0,05). Uvodich 2019, 122 hanches, CARTOGRAPHIE complète Hanche 57,4 % Cuisse ou jambe 35,2 % Genou 26,2 % Aine 13,9 % Postéro-latéral 10,7 % 42,6 % des hanches n'avaient AUCUNE douleur de hanche. 49 % ont consulté plus d'une fois.

Sources : Matava MJ, Patton CM, Luhmann S, Gordon JE, Schoenecker PL. J Pediatr Orthop 1999;19(4):455-60 (PMID 10412993) ; Uvodich M, Schwend R, Stevanovic O, Wurster W, Leamon J, Hermanson A. J Pediatr 2019;206:184-189.e1 (PMID 30454962).

Pourquoi ces deux chiffres ne se contredisent pas

On lit souvent que « 15 % des épiphysiolyses se présentent par une douleur de genou », parfois « 25 % », parfois « près de la moitié ». Les trois formulations circulent, et elles viennent des mêmes deux études mal recopiées. Le 15 % de Matava répond à la question « quelle est la plainte principale ? » ; le 26,2 % d'Uvodich répond à « le genou est-il douloureux ? », ce qui inclut les patients qui ont mal à la hanche et au genou ; le 42,6 % répond à « la hanche est-elle indemne de douleur ? ». Trois questions, trois réponses, aucune contradiction. Ce qui compte en pratique n'est aucun de ces trois nombres pris isolément, mais leur conclusion commune : un examen de l'adolescent douloureux qui s'arrête au genou manque une part importante des épiphysiolyses.

Ce mécanisme ne concerne pas que l'épiphysiolyse. La maladie de Legg-Calvé-Perthes se présente elle aussi couramment par une douleur de genou ou de cuisse isolée, ce qui, comme l'écrit une revue de la littérature destinée aux pédiatres, « oblige le clinicien à garder la hanche à l'esprit pendant l'examen »20. La conséquence pratique est la même dans les deux cas, et elle tient en une règle d'examen.

Chez un enfant ou un adolescent qui a mal au genou, la hanche s'examine systématiquement. Pas parce que c'est complet, mais parce que la rotation interne de hanche est le signe le plus précoce des deux pathologies dont le retard coûte le plus cher.

Le signe qui coûte trente secondes

La perte de rotation interne de hanche est commune aux deux affections coxo-fémorales de ce groupe. Dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes, les déficits d'abduction et de rotation interne sont les anomalies d'examen les plus constantes, la boiterie de Trendelenburg n'apparaissant que tardivement20. Dans l'épiphysiolyse, le glissement postérieur de l'épiphyse produit une rotation externe obligatoire : la hanche part spontanément en rotation externe quand on fléchit passivement le genou vers l'abdomen, ce qui constitue le signe le plus évocateur de l'examen.

Cet examen se fait en décubitus dorsal, hanche fléchie à 90 degrés, et il se compare toujours au côté opposé. Une asymétrie de rotation interne chez un enfant qui a mal au genou et dont le genou est normal à l'examen suffit à demander une imagerie de hanche. Elle ne suffit pas à s'en dispenser quand elle est absente : la rotation interne peut être conservée dans les glissements de faible importance, et c'est précisément ceux-là qu'il faut attraper.

Devant un enfant qui boite, qu'est-ce qui doit être éliminé en premier ?

Avant de raisonner sur les pathologies de croissance, il faut avoir écarté ce qui n'attend pas. Deux diagnostics dominent cette étape : l'arthrite septique de hanche, et la leucémie aiguë révélée par des douleurs ostéoarticulaires. Ni l'une ni l'autre ne relève de la kinésithérapie, et toutes deux se présentent comme les pathologies de ce chapitre.

La boiterie de l'enfant est un motif dont la première tâche est un tri par gravité, avant tout raisonnement étiologique38. La règle de prédiction la plus utilisée pour séparer l'arthrite septique de hanche de la synovite aiguë transitoire, forme bénigne et spontanément résolutive, repose sur quatre variables : un antécédent de fièvre, l'impossibilité de prendre appui, une vitesse de sédimentation d'au moins 40 mm à la première heure, et un taux de globules blancs supérieur à 12 000 par millimètre cube. La probabilité d'arthrite septique passe de moins de 0,2 % quand aucun critère n'est présent à 3,0 % pour un critère, 40,0 % pour deux, 93,1 % pour trois et 99,6 % pour les quatre33.

Cette règle a été validée prospectivement dans une population différente, où l'aire sous la courbe est tombée de 0,96 à 0,86 : elle reste très performante mais perd de sa précision hors de sa population d'origine, ce qui est le comportement attendu de toute règle de prédiction34. Une étude prospective ultérieure, portant sur 53 enfants chez qui une ponction de hanche avait été jugée nécessaire, a désigné la fièvre au-dessus de 38,5 degrés comme le meilleur prédicteur isolé, la protéine C réactive étant le seul facteur indépendant en analyse multivariée35.

Drapeaux rouges devant un enfant qui boite

Aucun de ces éléments ne relève d'une prise en charge kinésithérapique de première intention. Leur présence impose un avis médical le jour même.

  • Fièvre, et a fortiori au-delà de 38,5 degrés, associée à une douleur articulaire : la probabilité d'arthrite septique devient majeure dès que deux à trois critères de la règle sont réunis33,35.
  • Refus total d'appui, ou appui impossible même avec des cannes : critère de la règle d'arthrite septique, et définition même du glissement instable dans l'épiphysiolyse4.
  • Douleur nocturne qui réveille, surtout associée à une altération de l'état général : chez 277 enfants adressés en rhumatologie pédiatrique, l'association d'une douleur nocturne, de globules blancs inférieurs à 4 x 109 par litre et de plaquettes entre 150 et 250 x 109 par litre atteignait une sensibilité de 100 % et une spécificité de 85 % pour le diagnostic de leucémie aiguë lymphoblastique. Fait décisif, 75 % de ces enfants n'avaient aucun blaste circulant au moment de la consultation36.
  • Douleur d'aggravation continue sans traumatisme identifié, chez un enfant qui perd du poids ou dont la douleur ne connaît aucune accalmie : les malignités se révèlent régulièrement par des plaintes d'allure rhumatologique37.
  • Adolescent en surpoids qui boite et n'a pas de lésion de genou à l'examen : jusqu'à preuve du contraire, c'est une épiphysiolyse fémorale supérieure. Le chapitre suivant explique pourquoi la mise en charge doit cesser avant même la radiographie.

Arbre décisionnel devant un enfant ou un adolescent qui boite

Chemin de décision kinésithérapique. Les issues rouges sortent du champ de la rééducation de première intention.

Arbre décisionnel : fièvre ou refus d'appui vers avis urgent, puis tri par âge, la tranche 9 à 16 ans imposant d'éliminer une épiphysiolyse avant toute rééducation Enfant ou adolescent qui boite Fièvre, refus total d'appui, douleur nocturne ou altération de l'état général ? OUI Avis médical le jour même. Arthrite septique, hémopathie. NON Quel est l'âge ? 2 à 8 ans 9 à 16 ans 10 à 19 ans, douleur du genou Rotation interne et abduction de hanche limitées ? Penser Perthes. Rotation externe obligatoire à la flexion de hanche ? Épiphysiolyse à écarter d'abord. Point douloureux exquis au pôle inférieur de la rotule ? Penser Sinding-Larsen. Radiographie de bassin de face et de profil en grenouille DÉCHARGE IMMÉDIATE. Pas de rééducation avant l'avis chirurgical. Épanchement, blocage ou échec à 6 semaines ? Imagerie. Règle transversale : chez tout enfant qui a mal au genou, la hanche s'examine. 42,6 % des épiphysiolyses n'ont aucune douleur de hanche. 49 % consultent plus d'une fois.

Construit à partir de : Kocher MS, Zurakowski D, Kasser JR. J Bone Joint Surg Am 1999;81(12):1662-70 (PMID 10608376) pour le tri septique ; Uvodich 2019 (PMID 30454962) pour les proportions de topographie ; Loder 1993 (PMID 8354671) pour la définition de l'instabilité ; Pinkowsky GJ, Hennrikus WL. J Pediatr 2013;162(4):804-7 (PMID 23149177) pour l'incidence radiographique à demander.

Le tableau différentiel : âge, topographie, entité

Le tableau ci-dessous croise les deux variables qui font le tri, et ajoute pour chaque entité le geste qui ne doit pas être manqué. Il inclut les entités bénignes fréquentes, sans lesquelles le raisonnement différentiel n'a pas de sens, en renvoyant vers leur page dédiée lorsqu'elle existe.

Diagnostic différentiel des douleurs du membre inférieur de l'enfant et de l'adolescent, croisant l'âge de survenue, la topographie de la douleur, l'entité et la conduite à tenir
ÂgeTopographieEntitéSigne d'appelConduite à tenir
2 à 8 ans Hanche, cuisse ou genou Maladie de Legg-Calvé-Perthes Boiterie souvent indolore au début, perte d'abduction et de rotation interne Radiographie de bassin de face et de profil en grenouille
3 à 8 ans Hanche Synovite aiguë transitoire Début brutal, souvent après un épisode viral, appui conservé Appliquer la règle des quatre critères avant de conclure au bénin
Tout âge Hanche ou toute articulation Arthrite septique Fièvre au-dessus de 38,5 degrés, refus d'appui, douleur permanente Avis médical le jour même
Tout âge Diffuse, souvent bilatérale Hémopathie maligne Douleur nocturne qui réveille, état général altéré, anomalies discrètes de la numération Avis médical, numération formule sanguine
9 à 16 ans Hanche, aine, cuisse ou genou Épiphysiolyse fémorale supérieure Rotation externe obligatoire à la flexion de hanche, surpoids fréquent Arrêt de la mise en charge, imagerie, avis chirurgical
10 à 14 ans Pôle inférieur de la rotule Maladie de Sinding-Larsen-Johansson Douleur exquise à la palpation de l'apex rotulien, sports de saut Adaptation de charge, diagnostic clinique, échographie si doute
11 à 15 ans Tubérosité tibiale antérieure Maladie d'Osgood-Schlatter Douleur et tuméfaction du tubercule tibial, deux à trois centimètres sous la rotule Voir l'article dédié : la maladie d'Osgood-Schlatter
11 à 19 ans Genou, souvent mal localisée Ostéochondrite disséquante Douleur d'effort persistante, épanchement, blocage ou dérobement si lésion instable Imagerie devant tout épanchement ou tout échec à six semaines
8 à 14 ans Talon, insertion calcanéenne Apophysite calcanéenne Douleur à la compression latérale du calcanéus, sports en appui Adaptation de charge. Retour au jeu moyen de 60,7 jours dans une académie de football40
3 à 12 ans Bilatérale, membres inférieurs Douleurs dites de croissance Douleur vespérale ou nocturne, bilatérale, examen strictement normal, aucune boiterie Diagnostic d'élimination. Toute boiterie ou toute douleur unilatérale l'exclut

Une ligne de ce tableau mérite d'être lue deux fois. Les douleurs dites de croissance sont un diagnostic d'élimination dont les critères usuels sont eux-mêmes discutés : une étude de jumeaux australiens a montré que ces critères englobent une part de syndrome des jambes sans repos douloureux, et que la prévalence chute d'un tiers dès qu'on exige l'absence d'impatience motrice41. Ce qui importe au kinésithérapeute est plus simple : ces douleurs sont bilatérales, vespérales, et ne font jamais boiter. Une boiterie, une douleur unilatérale ou une douleur diurne mécanique n'entrent pas dans ce cadre, quelle que soit l'étiquette posée par l'entourage.

À retenir

Le tri de première intention ne porte pas sur le diagnostic mais sur l'urgence. La fièvre, le refus d'appui, la douleur nocturne et l'altération de l'état général sortent du champ de la kinésithérapie. Une fois ces éléments écartés, l'âge oriente vers la hanche avant 8 ans, vers l'épiphysiolyse entre 9 et 16 ans, vers l'apex rotulien et l'ostéochondrite à l'adolescence. Une douleur du genou chez un adolescent n'autorise jamais à ne pas examiner sa hanche.

L'épiphysiolyse fémorale supérieure : pourquoi faut-il la traiter comme une urgence ?

Parce qu'elle n'est pas une ostéochondrose. C'est un glissement mécanique de l'épiphyse fémorale sur son cartilage de croissance, qui progresse tant que la hanche est chargée, et dont le traitement est chirurgical. Un adolescent rééduqué pour une douleur de genou pendant que son épiphyse glisse perd de la hanche à chaque séance.

Les trois autres entités de cet article sont des troubles de l'ossification ou de la vascularisation : elles évoluent selon leur propre histoire naturelle, et la kinésithérapie y accompagne un processus. L'épiphysiolyse fémorale supérieure appartient à une autre catégorie. La plaque de croissance proximale du fémur, élargie et redressée par les modifications hormonales de la puberté, cesse de résister aux contraintes de cisaillement qu'impose la mise en charge. L'épiphyse, retenue par le ligament rond et le périoste, glisse en arrière et en bas pendant que le col fémoral part en avant et en rotation externe.

La conséquence pratique est sans équivalent dans le reste de cet article : le facteur qui aggrave la lésion est exactement celui que la rééducation utilise comme outil. Charger, marcher, faire des exercices en appui, autant de gestes qui, sur une plaque de croissance en train de céder, augmentent le déplacement. C'est pourquoi la décharge précède l'imagerie, et non l'inverse.

Qui est concerné, et à quelle fréquence

L'incidence rapportée aux États-Unis à partir des bases d'hospitalisation pédiatriques de 1997 et 2000 est de 10,80 pour 100 000 enfants de 9 à 16 ans, avec 13,35 chez les garçons et 8,07 chez les filles. Cette même analyse retrouve une incidence relative 3,94 fois plus élevée chez les enfants noirs et 2,53 fois plus élevée chez les enfants hispaniques que chez les enfants blancs, ainsi que des variations géographiques et saisonnières3.

Le surpoids est le facteur de risque le plus constamment associé, au point d'être intégré dans les règles d'orientation étiologique. Il ne constitue pas un critère diagnostique et son absence n'écarte rien : c'est un élément qui déplace la probabilité, pas une condition nécessaire.

La distinction qui commande tout le pronostic

Loder et ses collègues ont proposé en 1993 d'abandonner la classification traditionnelle en formes aiguë, chronique et aiguë sur chronique, fondée sur la durée des symptômes, au profit d'une distinction purement fonctionnelle. Un glissement est dit instable quand la douleur est telle que la mise en charge est impossible, même avec des cannes ; il est dit stable quand le patient peut prendre appui, avec ou sans aide.

Sur 55 hanches dont la durée d'évolution était inférieure à trois semaines, 30 étaient instables et 25 stables. Le résultat était satisfaisant pour 14 des 30 hanches instables (47 %) contre 24 des 25 hanches stables (96 %). Surtout, une nécrose avasculaire est survenue dans 14 des 30 hanches instables (47 %) et dans aucune des 25 hanches stables4. Cette série ne permet pas d'établir de lien entre la précocité de la réduction et le risque de nécrose, ce que les auteurs signalent explicitement.

Ce que change la stabilité du glissement

Série de 55 hanches dont les symptômes évoluaient depuis moins de trois semaines

Comparaison des glissements stables et instables : 0 % de nécrose avasculaire et 96 % de bons résultats si stable, contre 47 % de nécrose et 47 % de bons résultats si instable Nécrose avasculaire de la tête fémorale Stable, 25 hanches 0 sur 25, soit 0 % Instable, 30 hanches 14 sur 30, soit 47 % Résultat clinique jugé satisfaisant Stable, 25 hanches 24 sur 25, soit 96 % Instable, 30 hanches 14 sur 30, soit 47 % La définition est fonctionnelle : instable veut dire appui impossible, même avec des cannes. Elle se pose donc au cabinet, sans imagerie, dès la première consultation.

Source : Loder RT, Richards BS, Shapiro PS, Reznick LR, Aronson DD. Acute slipped capital femoral epiphysis: the importance of physeal stability. J Bone Joint Surg Am 1993;75(8):1134-40. PMID 8354671

Cette définition est fonctionnelle et non radiologique, ce qui la rend directement utilisable par un kinésithérapeute : elle se pose en observant si l'adolescent peut poser le pied, sans aucun examen complémentaire. Une nuance a été apportée depuis, une équipe ayant montré que la stabilité clinique ne prédit pas parfaitement la stabilité constatée en peropératoire10. Cela n'invalide pas la règle, cela rappelle qu'un glissement cliniquement stable n'est pas un glissement inoffensif.

Le retard au diagnostic, mesuré et non estimé

Le délai entre les premiers symptômes et le diagnostic a été mesuré à plusieurs reprises, avec des résultats convergents et médiocres. Sur 196 patients, le délai médian était de 8,0 semaines, il augmentait avec la sévérité du glissement, et une douleur du genou ou de la cuisse distale restait un prédicteur multivarié indépendant d'un délai plus long, au même titre que le type de couverture sociale5.

Douze ans plus tard, une étude portant sur 481 patients admis dans trois hôpitaux pédiatriques entre 2003 et 2012 a montré l'absence de toute amélioration : le délai moyen était de 17 semaines, avec des valeurs extrêmes de 0 à 169 semaines, et aucune différence significative entre les périodes de deux ans du suivi. Le délai entre le premier professionnel consulté et le diagnostic était en moyenne nul quand ce professionnel était un orthopédiste, de 4 semaines pour un médecin de premier recours et de 6 semaines aux urgences. Enfin, 52 patients sur 481, soit 10,8 %, ont présenté un glissement du côté opposé après traitement du premier6.

Dix-sept semaines de délai moyen, sans progrès en dix ans. Le kinésithérapeute est fréquemment le professionnel que l'adolescent voit le plus souvent pendant cette période : c'est une position d'observation privilégiée, à condition de savoir ce qu'on cherche.

Quelle imagerie demander, et pourquoi la face ne suffit pas

La ligne de Klein est le repère classique de la radiographie de face : une ligne tracée le long du bord supérieur du col fémoral doit couper une portion de l'épiphyse. Dans les glissements de faible importance, elle reste normale. Une étude a comparé les trois méthodes sur 23 hanches porteuses d'une épiphysiolyse : la ligne de Klein classique n'a permis le diagnostic que dans 9 cas (39 %), sa version modifiée dans 20 cas (87 %), et l'incidence de profil en position dite en grenouille dans les 23 cas (100 %)7. La version modifiée de cette ligne, proposée pour rattraper la faible sensibilité de l'originale, a fait l'objet d'une étude de reproductibilité qui en chiffre les limites : la différence minimale requise entre deux mesures pour les considérer comme distinctes avec 95 % de confiance atteint 8,80 degrés d'un observateur à l'autre pour l'angle tête-col45.

Ce que chaque incidence permet de voir

23 hanches porteuses d'une épiphysiolyse confirmée, relecture radiographique

Détection de l'épiphysiolyse selon l'incidence : 39 % avec la ligne de Klein classique, 87 % avec la ligne de Klein modifiée, 100 % avec le profil en grenouille Ligne de Klein classique, de face 9 sur 23, soit 39 % Ligne de Klein modifiée, de face 20 sur 23, soit 87 % Profil en grenouille 23 sur 23, soit 100 % Une radiographie de bassin de FACE SEULE laisse passer six épiphysiolyses sur dix. La demande doit préciser les deux incidences, et porter sur le bassin entier.

Source : Pinkowsky GJ, Hennrikus WL. Klein line on the anteroposterior radiograph is not a sensitive diagnostic radiologic test for slipped capital femoral epiphysis. J Pediatr 2013;162(4):804-7. PMID 23149177. La fiabilité inter-observateur des mesures d'angle et de déplacement a été quantifiée par Green DW et al. J Pediatr Orthop 2009;29(5):449-53 (PMID 19568015).

Deux précisions pratiques en découlent. La première est que la demande doit mentionner explicitement les deux incidences, faute de quoi le cliché de face isolé est courant. La seconde est que l'examen porte sur le bassin entier et non sur la seule hanche douloureuse : la bilatéralité de l'épiphysiolyse est rapportée dans une fourchette large de 12 à 80 % selon les séries9, et le côté opposé est fréquemment atteint sans être encore symptomatique.

Quand faut-il suspecter une cause endocrinienne

Une épiphysiolyse qui survient en dehors de sa fenêtre habituelle, ou chez un adolescent mince, doit faire chercher une cause sous-jacente : hypothyroïdie, déficit en hormone de croissance, hypogonadisme, insuffisance rénale chronique. Loder et Greenfield ont proposé une règle simple à partir de 433 enfants, dont 285 épiphysiolyses idiopathiques et 148 atypiques, soit 612 hanches. À poids égal, un enfant de moins de 10 ans ou de plus de 16 ans avait 4,2 fois plus de risque d'avoir une forme atypique ; à âge égal, un enfant situé sous le 50e percentile de poids en avait 8,4 fois plus.

Le test dit d'âge et de poids en découle : il est négatif quand l'enfant a moins de 16 ans et un poids au moins égal au 50e percentile, positif au-delà de ces bornes. La probabilité qu'une épiphysiolyse soit idiopathique était de 93 % quand le test était négatif, et la probabilité qu'elle soit atypique de 52 % quand il était positif8. Un test positif ne fait donc pas le diagnostic d'endocrinopathie, mais il justifie une exploration.

Ce que le kinésithérapeute ne doit pas faire

  • Ne pas poursuivre la mise en charge chez un adolescent qui boite avec une rotation externe obligatoire, quel que soit le motif de prescription. La décharge se décide avant l'imagerie, pas après.
  • Ne pas rééduquer une douleur de genou d'adolescent sans avoir examiné sa hanche, en particulier chez un patient en surpoids. Le glissement gagne en sévérité pendant les semaines de retard5.
  • Ne pas mobiliser en force une hanche douloureuse avec limitation de la rotation interne avant d'avoir la radiographie de profil en grenouille.
  • Ne pas se rassurer sur une radiographie de face normale. Elle laisse passer plus de la moitié des glissements7.
  • Ne pas considérer le côté opposé comme sain. La surveillance du côté controlatéral fait partie du suivi, et 10,8 % des patients d'une série de 481 ont fait un second glissement6.

À retenir

L'épiphysiolyse fémorale supérieure est une pathologie chirurgicale dont l'aggravation dépend de la charge. Elle se présente entre 9 et 16 ans, souvent chez un adolescent en surpoids, et fréquemment par une douleur qui n'est pas à la hanche. La distinction entre glissement stable et instable se fait au cabinet, sur la possibilité de prendre appui, et sépare deux pronostics que tout oppose : 0 % contre 47 % de nécrose avasculaire. L'imagerie utile est une radiographie de bassin de face et de profil en grenouille.

La maladie de Legg-Calvé-Perthes : que peut vraiment la kinésithérapie ?

Beaucoup moins que ce qu'on lui prête, et une chose précise et défendable : préserver les amplitudes. C'est le seul point sur lequel la littérature et les praticiens convergent, et c'est aussi celui que les recommandations formelles ne peuvent pas appuyer sur un essai contrôlé, parce qu'il n'en existe pas.

La maladie de Legg-Calvé-Perthes est une nécrose avasculaire idiopathique de la tête fémorale de l'enfant. La tête se dévascularise, se fragmente, puis se reconstruit sur une durée qui se compte en années, en gardant la forme qu'elle avait pendant sa phase de fragilité. Tout le pronostic tient à cette forme finale : une tête ronde et congruente dans un cotyle adapté vieillit correctement, une tête déformée conduit à un conflit puis à une arthrose.

Fréquence et facteurs pronostiques

L'étude la plus solide sur cette maladie est une cohorte prospective nationale britannique, à laquelle ont participé 143 des 144 hôpitaux prenant en charge les hanches de l'enfant sur 18 mois. Elle a recensé 371 enfants et 396 hanches, soit une incidence annuelle de 2,48 pour 100 000 enfants de 0 à 14 ans, intervalle de confiance à 95 % de 2,20 à 2,7611. Une étude américaine sur près de 800 000 enfants de 2 à 12 ans donne un ordre de grandeur voisin, 2,84 pour 100 000, avec une prédominance masculine marquée, rapport de cotes de 12,44, et un pic entre 2 et 5 ans12. L'incidence de cette maladie varie par ailleurs fortement selon le niveau de défaveur sociale et selon la région, un gradient documenté au Royaume-Uni sur les tendances géographiques et temporelles19, ce qui rappelle qu'aucune de ces incidences n'est directement transposable d'un pays à l'autre.

Sur cette cohorte britannique, les prédicteurs indépendants d'un moins bon résultat radiologique à deux ans étaient le sexe féminin, rapport de cotes 2,27 (1,19 à 4,35), un âge supérieur à 6 ans, rapport de cotes 2,62 (1,30 à 5,28), et un affaissement radiologique de plus de 50 % à l'inclusion, rapport de cotes 2,19 (0,99 à 4,83). Et surtout : 117 hanches sur 396, soit 36,4 %, ont été opérées, sans que la chirurgie modifie le résultat radiologique, rapport de cotes 1,03 (0,55 à 1,96)11. Les auteurs concluent qu'il existe une incertitude collective suffisante pour justifier un essai randomisé, ce qui est une manière élégante de dire que le traitement de référence n'est pas établi.

Ce résultat doit être lu avec l'étude multicentrique prospective de Herring, qui reste la référence sur l'indication chirurgicale. Elle a suivi 438 patients et 451 hanches, tous âgés de 6,0 à 12,0 ans au début de la maladie, répartis entre cinq modalités : abstention, corset, exercices d'amplitude, ostéotomie fémorale et ostéotomie innominée. Toutes les hanches ont été classées selon la classification du pilier latéral modifiée et selon celle de Stulberg. La première partie de ce travail est consacrée à leur reproductibilité et introduit le groupe intermédiaire dit limite B/C : l'accord entre six observateurs atteignait 81 puis 85 % par radiographie, pour un kappa pondéré moyen de 0,71 puis 0,7914. Ses conclusions sont précises et nuancées13 :

  • Aucune différence entre l'abstention, le corset et les exercices d'amplitude.
  • Aucune différence entre les deux ostéotomies.
  • Aucun effet du traitement, quel qu'il soit, chez les enfants de 8,0 ans ou moins au début de la maladie.
  • Un bénéfice significatif de la chirurgie chez les enfants de plus de 8,0 ans dont la hanche était classée pilier latéral B ou à la limite B/C.
  • Aucune différence entre chirurgie et abstention pour les hanches de pilier latéral C, dont le résultat était le moins favorable dans tous les cas.
  • Un résultat significativement moins bon chez les filles de plus de 8,0 ans.

La revue de synthèse francophone de référence tire la même ligne : l'âge de début et la classification du pilier latéral sont les deux principaux facteurs pronostiques, le traitement non opératoire n'est pas efficace, et la chirurgie n'est utile que pour les piliers B et B/C débutant après 8 ans, l'abstention étant recommandée dans les autres situations16.

Ce que « le traitement non opératoire n'est pas efficace » veut dire, et ne veut pas dire

Cette phrase, telle qu'elle figure dans la littérature orthopédique, porte sur la capacité d'un corset ou d'un programme d'exercices à modifier la forme finale de la tête fémorale. Elle ne dit pas que la kinésithérapie est inutile dans cette maladie : elle dit qu'elle ne recentre pas la hanche. Confondre les deux conduit soit à promettre ce qu'on ne peut pas tenir, soit à renoncer à ce qu'on peut réellement apporter, c'est-à-dire des amplitudes préservées, une douleur contrôlée et un enfant qui garde une vie physique.

Le devenir à long terme

Une cohorte prospective a réexaminé 56 patients, soit 58 hanches, à une moyenne de 20,4 ans après leur inclusion, tous traités sans chirurgie par exercices d'amplitude ou corset. Le score de hanche non arthrosique moyen était de 79 sur 100, et 44 % des hanches présentaient une arthrose modérée à sévère à la radiographie. Trois patients avaient nécessité une arthroplastie15. La revue francophone rappelle de son côté que l'arthrose se développe rarement avant 50 ans16. Les deux constats se complètent plus qu'ils ne se contredisent : la gêne apparaît tôt à la radiographie, l'arthrose invalidante beaucoup plus tard.

Ce que recommandent les praticiens, faute d'essais

Deux enquêtes récentes documentent l'état réel des pratiques, et il faut les lire pour ce qu'elles sont : des relevés d'opinion, pas des preuves d'efficacité. La première a interrogé 160 chirurgiens orthopédistes pédiatriques de 43 pays et de sept continents. Elle trouve un accord général sur le fait que la limitation d'amplitude et la douleur sont les éléments qui motivent la prescription de kinésithérapie, un accord large sur l'importance des étirements aux stades précoces, et un désaccord considérable sur les exercices de renforcement. Concernant l'activité, l'accord est large pour autoriser la natation et le vélo, et pour décourager les activités à impact, sports scolaires compris, à tous les stades17.

La seconde, suédoise, a interrogé 25 chirurgiens et 19 kinésithérapeutes sur trois cas cliniques correspondant aux stades initial, de fragmentation et de reconstruction. Les étirements sont recommandés à tous les stades ; les recommandations de renforcement varient aux deux premiers stades ; aucun des participants n'a recommandé une décharge totale de la hanche atteinte, à aucun stade. La plupart limitaient le trampoline, la course, les sports de ballon et la gymnastique aux deux premiers stades, et autorisaient sans restriction la natation, la marche de courte durée, le vélo et l'équitation18.

Ce qui fait consensus, et sur quoi s'appuyer

  • Préserver l'abduction et la rotation interne est l'objectif prioritaire, reconnu par les deux enquêtes. C'est aussi ce qui conditionne le recentrage de la tête dans le cotyle.
  • Les étirements sont recommandés à tous les stades, sans opposition notable.
  • La décharge totale n'est recommandée par personne. L'appui autorisé selon la tolérance est la position dominante dans les îles Britanniques et en Scandinavie.
  • La natation et le vélo sont autorisés, les activités à impact découragées pendant les phases actives.
  • Le renforcement ne fait pas consensus. Le dire au patient et à sa famille vaut mieux que d'afficher une assurance que la littérature ne soutient pas.

À retenir

Dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes, le rôle du kinésithérapeute est de maintenir les amplitudes, en priorité l'abduction et la rotation interne, de contrôler la douleur et de maintenir une activité sans impact. Il n'est pas de modifier la forme de la tête fémorale : ni le corset ni les exercices n'y parviennent, et la chirurgie elle-même n'a pas montré de bénéfice global sur une cohorte nationale prospective. Deux facteurs dominent le pronostic et ne se traitent pas : l'âge de début et la hauteur du pilier latéral.

La maladie de Sinding-Larsen-Johansson : que sait-on vraiment de cette apexite ?

Peu de choses, et il faut le dire clairement. C'est l'entité de cet article dont la base de preuves est la plus mince : une série fondatrice de huit patients, quelques cas cliniques, aucun essai. Ce qui n'empêche pas de la reconnaître avec fiabilité, ni de savoir ce qu'elle devient.

La maladie de Sinding-Larsen-Johansson est une souffrance de l'insertion proximale du tendon patellaire sur le pôle inférieur de la rotule, chez un adolescent dont ce pôle n'est pas encore ossifié. Elle relève du même mécanisme que la maladie d'Osgood-Schlatter, à l'autre extrémité du même tendon : une traction répétée sur un noyau d'ossification en cours de maturation. C'est la règle générale des lésions de surmenage du jeune sportif, qui surviennent aux centres de croissance, épiphyses et apophyses, parce que ce sont les zones les plus faibles du squelette immature25.

La description princeps est une étude prospective d'enfants consultant pour une douleur du genou, dans laquelle huit patients, soit dix genoux, présentaient les signes cliniques et radiographiques de la maladie. Les auteurs ont attribué le tableau à une tendinite de traction avec calcification de novo dans l'insertion proximale du tendon patellaire, partiellement arraché, et ont suivi ces patients jusqu'à la résolution : l'évolution s'est révélée spontanément résolutive et bénigne, comme celle de la maladie d'Osgood-Schlatter21.

Huit patients, et ce que cela implique

Une série de huit patients ne permet pas d'estimer une fréquence, un délai de guérison moyen ni l'effet d'un traitement. Elle établit l'existence de l'entité et sa nature bénigne, ce qui n'est pas rien. Aucune revue systématique, aucun essai contrôlé et aucune recommandation de pratique clinique ne portent spécifiquement sur cette maladie. Les affirmations chiffrées qui circulent à son sujet, sur sa prévalence ou sur des durées de guérison précises, ne renvoient à aucune source primaire identifiable : elles sont écartées de cet article plutôt que reprises.

Le diagnostic est clinique, et il est simple

Le tableau associe une douleur antérieure du genou d'apparition progressive, aggravée par le saut, la course et la montée d'escaliers, et une douleur exquise à la palpation du pôle inférieur de la rotule, parfois accompagnée d'une tuméfaction locale. La douleur augmente lorsque le tendon patellaire est mis en tension en flexion. Un cas clinique documenté par imagerie décrit précisément ce tableau chez un footballeur de 13 ans, avec confirmation échographique des lésions caractéristiques, et une guérison complète après cinq mois d'arrêt sportif, l'échographie de contrôle ne montrant plus aucune anomalie22.

L'échographie n'est pas indispensable au diagnostic, mais elle est l'examen le plus adapté quand un doute existe : elle visualise l'épaississement du tendon, les fragments d'ossification et l'éventuelle bursite associée, sans irradiation.

Ce qui sépare cette maladie de l'Osgood-Schlatter

La question revient constamment en pratique, parce que les deux entités surviennent chez le même profil d'adolescent sportif et donnent une douleur antérieure de genou. La distinction se fait à la palpation, en quelques secondes, et elle a une conséquence pratique limitée sur le traitement mais réelle sur le discours au patient et sur la durée annoncée.

Comparaison de la maladie de Sinding-Larsen-Johansson et de la maladie d'Osgood-Schlatter sur la localisation, l'âge, la structure atteinte et l'évolution
CritèreSinding-Larsen-JohanssonOsgood-Schlatter
Point douloureuxPôle inférieur de la rotule, apex rotulienTubérosité tibiale antérieure, deux à trois centimètres plus bas
Structure atteinteInsertion proximale du tendon patellaire, sur un pôle rotulien non ossifiéInsertion distale du tendon patellaire, sur l'apophyse tibiale
Âge habituel10 à 14 ans11 à 15 ans, un peu plus tard chez le garçon
Tuméfaction visibleDiscrète, parfois absenteSouvent nette, une bosse qui peut persister
FréquenceNettement moins fréquenteL'apophysose la plus fréquente de l'adolescent
ÉvolutionBénigne et spontanément résolutiveBénigne, avec une saillie osseuse parfois définitive
Page dédiéeCe chapitreArticle dédié, gestion de la charge et retour au sport

Les deux peuvent coexister chez le même adolescent, ce qui ne pose aucun problème de prise en charge puisque le principe est identique : adapter la charge sur le tendon plutôt qu'imposer un repos strict.

Le piège de cette entité bénigne

Il existe, et il est documenté. Un adolescent de 12 ans traité de façon conservatrice pour une maladie de Sinding-Larsen-Johansson a présenté, à l'occasion d'un saut en hauteur, une avulsion en manchon du pôle inférieur de la rotule, lésion rare du squelette immature dont les auteurs rappellent qu'elle est facilement méconnue sur les radiographies simples, avec des résultats médiocres bien documentés en cas de retard de prise en charge. Le diagnostic a nécessité une imagerie par résonance magnétique, et la lésion a été fixée chirurgicalement23.

Ce cas ne remet pas en cause la bénignité de l'apexite, il définit le signal d'alarme : un changement brutal de tableau, une douleur qui devient aiguë et intense après un geste identifié, une perte de fonction du quadriceps, une impossibilité d'extension active, sortent du cadre de la pathologie de croissance et imposent un avis. Enfin, quelques formes réfractaires ont fait l'objet de traitements chirurgicaux publiés, comme chez un handballeur professionnel traité par arthroscopie24 : ce sont des exceptions, citées ici pour rappeler qu'une douleur qui dure au-delà de plusieurs mois malgré une adaptation de charge bien conduite mérite d'être réévaluée plutôt que prolongée.

Ce qui n'est plus une apexite

  • Douleur brutale après un saut ou un choc, avec impotence marquée : penser à une avulsion, notamment en manchon du pôle inférieur de la rotule23.
  • Impossibilité d'étendre activement le genou ou déficit d'extension active : c'est une rupture de l'appareil extenseur jusqu'à preuve du contraire.
  • Épanchement articulaire : l'apexite est une souffrance d'insertion extra-articulaire, elle ne donne pas d'épanchement. Un genou qui gonfle oriente vers l'ostéochondrite disséquante ou une lésion intra-articulaire.
  • Douleur nocturne ou permanente, sans rapport avec l'activité : sort du cadre mécanique.

À retenir

La maladie de Sinding-Larsen-Johansson est le pendant rotulien de la maladie d'Osgood-Schlatter, avec un point douloureux situé au pôle inférieur de la rotule et non sur la tubérosité tibiale. Son diagnostic est clinique, son évolution bénigne et spontanément résolutive, sa durée se compte en mois. Sa base de preuves est mince, ce qui interdit d'annoncer des délais précis. Un épanchement ou une douleur brutale avec impotence font sortir du diagnostic.

L'ostéochondrite disséquante : comment ne pas la confondre avec un syndrome fémoro-patellaire ?

En ne se fiant ni à la localisation de la douleur, qui est vague, ni à l'examen clinique, qui n'a pas de test fiable, mais à deux éléments simples : l'existence d'un épanchement, et la persistance des symptômes malgré une prise en charge bien conduite.

L'ostéochondrite disséquante est une atteinte de l'os sous-chondral et du cartilage articulaire qui le recouvre. Un fragment osseux se délimite progressivement, peut se détacher partiellement, puis se libérer dans l'articulation. Le devenir dépend d'un facteur que le kinésithérapeute ne maîtrise pas mais qui commande tout : le degré de maturité squelettique. Chez l'enfant dont les cartilages de croissance sont ouverts, la forme dite juvénile a un potentiel de consolidation spontanée que la forme de l'adulte n'a plus.

Qui est concerné, et où siègent les lésions

Deux études à dénominateur connu cadrent l'épidémiologie. La première a analysé une cohorte de plus d'un million d'enfants dans un système de santé intégré : 192 patients porteurs de 206 lésions du genou, soit une incidence de 9,5 pour 100 000 chez les 6 à 19 ans, avec 15,4 chez les garçons contre 3,3 chez les filles, et 11,2 chez les 12 à 19 ans contre 6,8 chez les 6 à 11 ans. Le condyle fémoral médial portait 63,6 % des lésions. Aucune lésion n'a été trouvée chez les enfants de 2 à 5 ans26. La seconde, en population générale du comté d'Olmsted sur près de quarante ans, donne une incidence de 6,09 pour 100 000 personnes-années, avec un pic très net entre 11 et 15 ans : 39,06 pour 100 000 chez les garçons et 16,15 chez les filles de cette tranche28.

La répartition anatomique est documentée avec précision par la cohorte prospective multicentrique nord-américaine dédiée à cette pathologie, qui a inclus 1 004 genoux chez 903 patients, dont 68,9 % de garçons, d'âge médian 13,1 ans. Les lésions siégeaient au condyle fémoral médial dans 66,2 % des cas, au condyle fémoral latéral dans 18,1 %, à la trochlée dans 9,5 %, à la rotule dans 6,0 % et au plateau tibial dans 0,2 %. Une majorité de ces patients, 68,1 %, pratiquaient plusieurs sports27.

Où siègent les lésions d'ostéochondrite disséquante du genou

Cohorte prospective multicentrique, 1 004 genoux chez 903 patients, âge médian 13,1 ans

Localisation des lésions d'ostéochondrite disséquante du genou : condyle fémoral médial 66,2 %, condyle fémoral latéral 18,1 %, trochlée 9,5 %, rotule 6,0 %, plateau tibial 0,2 % Condyle fémoral médial 66,2 % Condyle fémoral latéral 18,1 % Trochlée 9,5 % Rotule 6,0 % Plateau tibial 0,2 % Deux lésions sur trois siègent au condyle fémoral médial, en zone portante.

Source : Nissen CW, Albright JC, Anderson CN, et al. Descriptive Epidemiology From the Research in Osteochondritis Dissecans of the Knee (ROCK) Prospective Cohort. Am J Sports Med 2022;50(1):118-127. PMID 34818065

Pourquoi l'examen clinique ne suffit pas

Le signe de Wilson est le test le plus souvent cité pour cette pathologie. Décrit en 1967, il consiste à reproduire la douleur en portant le tibia en rotation interne pendant l'extension du genou, entre 90 et 30 degrés de flexion, puis à la faire disparaître en rotation externe. Sa validité a été réexaminée sur 32 patients porteurs d'une ostéochondrite du condyle fémoral médial, 17 âgés de 9 à 12 ans et 15 de 13 à 17 ans : 24 de ces 32 patients, soit 75 %, avaient un signe de Wilson négatif alors que la lésion était visible en radiographie. Les auteurs concluent que le signe a une valeur diagnostique minime, et une utilité comme repère de suivi lorsqu'il est initialement positif30.

Il n'existe pas d'autre test clinique validé pour cette pathologie. Le diagnostic repose donc sur la suspicion, déclenchée par le contexte et par deux éléments : un épanchement articulaire, et l'absence d'amélioration d'une douleur antérieure de genou correctement prise en charge.

Un adolescent sportif avec une douleur de genou qui ne s'améliore pas après six semaines de prise en charge bien conduite doit être imagé. Pas parce que la rééducation a échoué, mais parce que le diagnostic initial peut être faux.

Le traitement non opératoire, ses résultats et ses limites

La revue systématique la plus complète a retenu 27 études portant sur 908 genoux. Son premier résultat est méthodologique et mérite d'être cité tel quel : aucune étude de haut niveau de preuve n'a été trouvée, l'ensemble se composant de 24 séries de cas et de 3 cas cliniques. Le taux de guérison global est de 61,4 %, avec une variabilité considérable de 10,4 à 95,8 % selon les séries. Les facteurs de mauvais pronostic identifiés sont une lésion de grande taille, un stade avancé, un âge plus élevé et une maturité squelettique atteinte, la présence d'un ménisque discoïde, et une présentation clinique associant gonflement ou blocage29.

Le point le plus utile pour la pratique kinésithérapique est ce que cette revue ne soutient pas. Les auteurs concluent que la restriction des activités sportives intenses est l'approche la plus favorable, éventuellement associée à la kinésithérapie, mais qu'il n'existe aucune preuve qu'une physiothérapie instrumentale, une immobilisation ou une limitation de l'appui apportent un bénéfice29.

Une revue systématique consacrée au retour au sport après lésion stable chez l'adolescent, portant sur 13 études, 710 patients et 783 genoux âgés de 8 à 18 ans, complète ce tableau. Tous les patients avaient tenté au moins six semaines de traitement non opératoire. Le taux de succès du traitement non opératoire s'échelonnait de 40,3 à 87,5 % selon les séries, et parmi ceux traités avec succès sans chirurgie, le retour au sport allait de 84,7 à 100 %31.

Éléments distinguant une ostéochondrite disséquante d'un syndrome fémoro-patellaire chez l'adolescent
ÉlémentOriente vers un syndrome fémoro-patellaireDoit faire évoquer une ostéochondrite
ÉpanchementAbsentPrésent, même discret
Blocage ou dérobementAbsentPrésent, évoque une lésion instable
Réponse à six semainesAmélioration progressiveStagnation ou aggravation malgré l'adaptation de charge
Localisation de la douleurPéri-rotulienne, souvent désignée à la paumeVague, parfois désignée du côté médial du genou
Douleur en charge prolongéeEscaliers, position assise prolongéeCourse, impacts, activité soutenue
ConduiteRééducation, progression de chargeImagerie avant de poursuivre la rééducation

Et pour la cheville

La localisation talienne existe et suit une logique voisine, avec une littérature encore plus rare chez le sujet en croissance. Le principe reste le même : chez un adolescent, une cheville douloureuse de façon persistante après ce qui a été étiqueté comme une entorse, surtout si elle gonfle par intermittence ou si elle se bloque, doit faire évoquer une lésion ostéochondrale du dôme du talus et conduire à une imagerie. Le point de vigilance pratique est identique à celui du genou : c'est la persistance au-delà de la durée attendue qui déclenche l'imagerie, non l'intensité de la douleur.

À retenir

L'ostéochondrite disséquante touche surtout le garçon de 11 à 19 ans, avec deux lésions sur trois au condyle fémoral médial. Aucun test clinique ne l'élimine : le signe de Wilson est négatif dans trois quarts des cas avérés. Le traitement de première intention est la restriction des activités intenses, avec un taux de guérison de 61,4 % très variable selon les séries et aucune preuve en faveur de l'immobilisation, de la décharge ou des physiothérapies instrumentales. Un épanchement, un blocage ou une stagnation à six semaines imposent une imagerie.

Quelle rééducation pour ces quatre pathologies, et à quel niveau de preuve ?

La réponse honnête tient en une phrase : aucune de ces quatre entités ne dispose d'un essai contrôlé randomisé évaluant la kinésithérapie. Ce chapitre expose donc ce que la littérature soutient réellement, gradué par la solidité de ce qui l'appuie, et non par l'habitude.

Le niveau de preuve en rééducation pédiatrique de ces pathologies est structurellement bas, et pour une raison qui n'est pas de la paresse méthodologique : ces maladies sont rares, leur évolution se compte en années, et leur critère de jugement pertinent est une forme articulaire à maturité squelettique. Monter un essai randomisé sur une incidence de 2,5 à 10 pour 100 000 avec un suivi de dix ans est un exercice qui n'a été réussi qu'une fois, pour la seule question chirurgicale, et dont les auteurs de la cohorte britannique appellent aujourd'hui la répétition11.

Preuve modérée
Les exercices d'amplitude et le corset ne modifient pas la forme finale de la tête fémorale dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes Étude prospective multicentrique de 438 patients et 451 hanches, avec cinq bras de traitement appliqués selon l'investigateur. Aucune différence entre abstention, corset et exercices d'amplitude13. Ce résultat ne dit pas que la kinésithérapie est inutile, il dit qu'elle ne recentre pas la hanche : ce n'est pas le même énoncé, et c'est celui qu'il faut transmettre à la famille.
Preuve faible
Restreindre les activités intenses fait guérir une partie des ostéochondrites disséquantes Revue systématique de 27 études et 908 genoux, composée uniquement de séries de cas et de cas cliniques : taux de guérison de 61,4 %, dans un intervalle de 10,4 à 95,8 %29. La restriction des sports intenses est l'approche que les auteurs jugent la plus favorable, éventuellement associée à la kinésithérapie.
Preuve faible
Le retour au sport est la règle après une ostéochondrite stable traitée sans chirurgie Revue systématique de 13 études de niveau 3 et 4, 710 patients et 783 genoux de 8 à 18 ans : succès du traitement non opératoire de 40,3 à 87,5 %, et retour au sport de 84,7 à 100 % chez ceux qui ont guéri sans chirurgie, après au moins six semaines de traitement non opératoire31.
Preuve très faible
Préserver l'abduction et la rotation interne dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes Aucun essai. Deux enquêtes de pratique convergentes : accord international sur le fait que l'amplitude et la douleur motivent la prescription et que les étirements sont importants aux stades précoces17, accord suédois sur les étirements à tous les stades18. C'est un consensus de praticiens, pas une démonstration d'efficacité, et il faut le présenter comme tel.
Preuve très faible
Adapter la charge dans la maladie de Sinding-Larsen-Johansson Série fondatrice de huit patients et dix genoux, montrant une évolution spontanément résolutive21, et cas cliniques isolés dont un avec confirmation et suivi échographiques sur cinq mois22. Le raisonnement est emprunté aux apophysoses de traction, dont la maladie d'Osgood-Schlatter est le modèle documenté.
Aucune preuve
Immobilisation, limitation d'appui et physiothérapies instrumentales dans l'ostéochondrite disséquante La revue systématique conclut explicitement à l'absence de preuve que l'une de ces trois approches apporte un bénéfice29. Les proposer n'est pas neutre : elles occupent le temps, coûtent de la charge sportive et retardent la réévaluation.
Contre-indiqué
Rééduquer en charge une épiphysiolyse fémorale supérieure non fixée Aucune étude ne teste cette question, et aucune ne le fera : le mécanisme lésionnel est un glissement entretenu par la contrainte de cisaillement, et le pronostic bascule avec la perte de l'appui, 0 % contre 47 % de nécrose avasculaire4. L'absence d'essai n'est pas ici une incertitude, c'est une évidence mécanique.

Ce que la décharge veut dire, selon la maladie

Le mot recouvre deux réalités opposées dans ce même article, ce qui est une source de confusion réelle. Dans l'épiphysiolyse non fixée, la décharge est impérative et immédiate : elle protège une plaque de croissance qui cède. Dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes, la décharge totale n'est recommandée par aucun des 44 praticiens suédois interrogés, à aucun stade18, et l'appui selon la tolérance est la position dominante dans plusieurs régions du monde17. Dans l'ostéochondrite disséquante, la limitation d'appui ne repose sur aucune preuve de bénéfice29. Une consigne de décharge recopiée d'une pathologie à l'autre est donc soit vitale, soit inutile, soit contre-productive selon le diagnostic.

Ce qui reste au kinésithérapeute, et ce n'est pas rien

Une lecture rapide de ce chapitre pourrait donner l'impression que la rééducation n'a pas de place ici. C'est l'inverse, à condition de déplacer l'objectif. Ces enfants et ces adolescents traversent des maladies longues, souvent douloureuses, qui les écartent du sport à un âge où l'activité physique structure la vie sociale. Trois missions sont défendables et documentées, au moins par consensus.

  • Maintenir les amplitudes, en priorité l'abduction et la rotation interne de hanche dans le Perthes : c'est le seul point d'accord international réel17,18.
  • Maintenir une activité physique compatible. La natation, le vélo, la marche courte et l'équitation font l'objet d'un accord large dans le Perthes17,18. Un enfant qui reste actif garde sa condition physique, son sommeil et son réseau.
  • Réévaluer, et savoir renvoyer. C'est la mission la plus spécifique du kinésithérapeute dans ce groupe, parce qu'il est le professionnel qui revoit l'enfant le plus souvent. Le délai moyen de 17 semaines au diagnostic de l'épiphysiolyse6 se joue exactement dans cette fenêtre.

Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Six cas publiés, tous vérifiables par leur identifiant. Ils sont choisis parce que chacun illustre un point de bascule différent, et parce qu'aucun ne se termine par une reconnaissance immédiate du diagnostic.

Un genou normal, une hanche malade

Un garçon de 7 ans consulte pour des douleurs récidivantes du genou gauche. L'examen physique du genou, les analyses biologiques et les radiographies du genou sont tous normaux. Ce sont les radiographies demandées ensuite sur l'hypothèse d'une atteinte de hanche qui montrent un défect cortical focal de la tête fémorale gauche et un épanchement de la hanche gauche plus important que du côté opposé. Les auteurs, pédiatres, publient ce cas précisément pour rappeler qu'une douleur de genou sans cause locale doit conduire à examiner la hanche42.

Le même mécanisme fait l'objet d'un cas publié dans une revue de kinésithérapie du sport, chez un athlète de 8 ans dont la douleur parapatellaire était d'origine coxo-fémorale. L'auteur y rappelle que la douleur parapatellaire de l'adolescent actif est habituellement attribuée au syndrome fémoro-patellaire, à la maladie d'Osgood-Schlatter, à la maladie de Sinding-Larsen-Johansson ou à une tendinopathie, et que toutes les sources de douleur, primaires comme référées, doivent être évaluées44.

Ce que ces deux cas changent en pratique

Ils ne disent pas qu'il faut radiographier toute douleur de genou de l'enfant. Ils disent qu'un examen du genou strictement normal chez un enfant qui a mal au genou est une information positive, pas une absence d'information : elle déplace la recherche vers la hanche.

Deux maladies de croissance chez le même enfant

Un garçon traité à 7 ans pour une maladie de Legg-Calvé-Perthes de la hanche gauche par ostéotomie fémorale voit sa tête fémorale cicatriser sphérique et congruente. Trois ans plus tard, il développe un tibia vara du côté droit, traité par modulation de croissance. À 15 ans, il se présente avec une boiterie douloureuse gauche et les signes typiques d'une épiphysiolyse fémorale supérieure, sur la hanche même qui avait guéri. La conclusion des auteurs mérite d'être citée pour ce qu'elle implique : il faut toujours envisager une épiphysiolyse chez un adolescent présentant une douleur de hanche ou de genou ou un trouble de la marche, même s'il a eu par le passé d'autres affections comme une maladie de Perthes43.

Ce cas est rare et les auteurs le présentent comme tel. Son intérêt pour le kinésithérapeute est ailleurs : un antécédent orthopédique connu est un puissant facteur d'ancrage. Quand un adolescent suivi pour une séquelle de Perthes se remet à boiter, l'explication qui vient à l'esprit est la séquelle. Elle peut être fausse.

Une apexite qui se termine par une fracture

Un athlète de 12 ans traité de façon conservatrice pour une maladie de Sinding-Larsen-Johansson est adressé en urgence pour douleur sévère et perte de fonction après un saut en hauteur. Les radiographies simples et l'imagerie par résonance magnétique confirment une avulsion en manchon du pôle inférieur de la rotule, fixée chirurgicalement par deux bandes transosseuses. Les auteurs insistent sur le fait que ces lésions sont facilement méconnues sur les clichés simples, avec des résultats médiocres bien documentés en cas de retard23.

À l'inverse, le décours habituel de cette maladie est illustré par un footballeur de 13 ans dont la douleur antérieure du genou et la tuméfaction du pôle inférieur de la rotule ont été confirmées à l'échographie, et chez qui l'arrêt sportif a permis une guérison complète en cinq mois, avec une échographie de contrôle normale22. Les deux cas encadrent la réalité clinique : la règle est la guérison lente, l'exception est l'accident aigu, et c'est le changement brutal de tableau qui les sépare.

Une douleur fémoro-patellaire qui n'en était pas une

Un footballeur d'élite de 17 ans est repéré sur une course antalgique, et révèle alors une douleur du genou qui s'aggravait depuis deux mois. Le tableau est celui d'une douleur fémoro-patellaire avec un petit épanchement et une amyotrophie du quadriceps. Après deux semaines sans course et un traitement fémoro-patellaire classique, aucune amélioration. L'imagerie par résonance magnétique et la tomodensitométrie révèlent une ostéochondrite disséquante de la trochlée, localisation qui représente moins de 1 % des cas. Le joueur est opéré, suit une rééducation en quatre étapes définies par des critères objectifs, et reprend la compétition 24 semaines après l'intervention32.

Ce cas est le plus directement transposable de tous. Le kinésithérapeute est celui qui a vu la course antalgique, celui qui a posé l'hypothèse fémoro-patellaire, et celui qui a constaté l'absence de réponse. C'est cette dernière observation qui a produit le diagnostic. Les auteurs concluent en recommandant d'envisager une ostéochondrite disséquante dans l'évaluation de toute douleur persistante de genou chez le jeune sportif.

À retenir

Les six cas publiés partagent une structure : un diagnostic plausible posé en premier, une évolution qui ne suit pas, et une réévaluation qui redresse. Aucun ne repose sur un signe pathognomonique repéré d'emblée. Ce qui protège en pratique n'est donc pas la connaissance d'un signe rare, mais une règle de conduite : au bout de six semaines sans amélioration, on ne renforce pas le traitement, on rouvre le diagnostic.

Comment appliquer tout cela concrètement en pratique ?

Une synthèse opérationnelle, organisée selon l'ordre réel d'une consultation : ce qu'on écarte, ce qu'on examine, ce qu'on demande, ce qu'on dit.

Au premier contact, quatre questions

  1. Y a-t-il de la fièvre, un refus d'appui, une douleur nocturne qui réveille, ou une altération de l'état général ? Si oui, l'enfant relève d'un avis médical le jour même, et non d'une rééducation. Les quatre critères de la règle de prédiction de l'arthrite septique se cotent en une minute33, et l'association douleur nocturne plus anomalies discrètes de la numération oriente vers une hémopathie chez trois quarts d'enfants qui n'ont pourtant aucun blaste circulant36.
  2. Quel âge a l'enfant ? Avant 8 ans, la hanche est le premier suspect. Entre 9 et 16 ans, l'épiphysiolyse doit être écartée avant toute mise en charge. Après 10 ans, le genou entre dans la discussion avec l'apexite rotulienne et l'ostéochondrite.
  3. La douleur est-elle unilatérale et mécanique ? Des douleurs bilatérales, vespérales, chez un enfant qui court normalement le lendemain, sans boiterie ni limitation, correspondent au cadre des douleurs dites de croissance, dont les critères sont eux-mêmes discutés41. Une boiterie n'y entre jamais.
  4. Existe-t-il un épanchement du genou ? Un genou qui gonfle sort du cadre des apophysoses, qui sont extra-articulaires, et oriente vers une lésion intra-articulaire, l'ostéochondrite disséquante en premier lieu29.

À l'examen, trois gestes qui prennent deux minutes

  • Rotation interne de hanche comparative, en décubitus dorsal, hanche et genou fléchis à 90 degrés. Une asymétrie chez un enfant qui a mal au genou est un signe d'appel pour les deux affections coxo-fémorales de ce groupe20.
  • Flexion passive de hanche à la recherche d'une rotation externe obligatoire, signe le plus évocateur de l'épiphysiolyse.
  • Palpation étagée de l'appareil extenseur : pôle inférieur de la rotule pour la maladie de Sinding-Larsen-Johansson, tubérosité tibiale pour la maladie d'Osgood-Schlatter, corps du tendon pour une tendinopathie. Trois points distants de deux à trois centimètres, trois diagnostics différents.

Ce qu'il faut demander, et comment le formuler

Devant une suspicion d'atteinte coxo-fémorale, la demande doit préciser radiographie du bassin de face et de profil en position dite en grenouille. Le mot « bassin » compte, parce que la bilatéralité est fréquente et souvent asymptomatique9 ; la mention du profil compte davantage encore, puisqu'une face isolée laisse passer plus de la moitié des épiphysiolyses7. Chez l'enfant de moins de 5 ans qui boite, les critères de pertinence de l'imagerie publiés par le collège américain de radiologie constituent une référence utile pour discuter le choix des examens avec le médecin39.

Devant un genou d'adolescent qui ne s'améliore pas, la formulation la plus utile n'est pas un diagnostic supposé mais un fait : douleur d'effort persistante après six semaines de prise en charge, avec ou sans épanchement, chez un sujet en croissance. C'est ce qui déclenche l'imagerie dans les séries publiées31,32.

Ce qu'il faut dire à la famille

  • Dans le Perthes : la maladie évolue sur des années, la kinésithérapie entretient les amplitudes et permet de garder une activité, elle ne change pas la forme que prendra la tête fémorale. Cette phrase est difficile à dire, et elle évite une déception bien plus difficile plus tard.
  • Dans l'épiphysiolyse : c'est une urgence relative, la marche doit cesser, et la prise en charge est chirurgicale. Le côté opposé sera surveillé.
  • Dans la maladie de Sinding-Larsen-Johansson : c'est bénin, cela guérit, mais cela se compte en mois et non en semaines. Le cas le mieux documenté par imagerie a mis cinq mois22. Annoncer trois semaines produit un abandon de la prise en charge à la quatrième.
  • Dans l'ostéochondrite : la guérison sans chirurgie est possible et fréquente, mais elle n'est pas garantie, avec un taux global de 61,4 % et une grande variabilité29. Le retour au sport est la règle chez ceux qui guérissent sans chirurgie31.

La règle qui résume l'article

Chez l'enfant et l'adolescent, deux réflexes couvrent l'essentiel du risque. Le premier : toute douleur de genou fait examiner la hanche, parce que 42,6 % des épiphysiolyses n'ont aucune douleur de hanche1. Le second : six semaines sans amélioration rouvrent le diagnostic, elles ne justifient pas d'intensifier le traitement.

Questions fréquentes

Un enfant peut-il avoir une épiphysiolyse sans avoir mal à la hanche ?

Oui, et c'est fréquent. Dans une étude prospective portant sur 122 hanches, 52 d'entre elles, soit 42,6 %, n'avaient aucune douleur de hanche. Le genou était douloureux dans 26,2 % des cas, la cuisse ou la jambe dans 35,2 %1. C'est la raison pour laquelle l'examen de la hanche est systématique devant une douleur de genou de l'adolescent.

À partir de quel âge peut-on écarter une maladie de Legg-Calvé-Perthes ?

L'incidence chute nettement avec l'âge : elle est de 3,05 pour 100 000 chez les 2 à 5 ans et de 1,06 chez les 9 à 12 ans dans la plus grande série à dénominateur connu12. Au-delà de 12 ans, la maladie ne débute plus, et c'est l'épiphysiolyse qui devient le diagnostic à écarter. Attention toutefois : un enfant peut consulter tardivement pour un Perthes débuté plus tôt.

Faut-il mettre un enfant en décharge dans la maladie de Legg-Calvé-Perthes ?

La décharge totale n'est recommandée par aucun des 44 praticiens suédois interrogés dans une enquête dédiée, à aucun stade de la maladie18. L'appui selon la tolérance est la position dominante dans les îles Britanniques et en Scandinavie, avec une variabilité importante ailleurs17. Ce qui fait consensus est le maintien des amplitudes et l'éviction des activités à impact pendant les phases actives.

Comment distinguer une maladie de Sinding-Larsen-Johansson d'une maladie d'Osgood-Schlatter ?

Par la palpation. La première est douloureuse au pôle inférieur de la rotule, la seconde à la tubérosité tibiale antérieure, deux à trois centimètres plus bas. Les deux relèvent du même mécanisme de traction sur un noyau d'ossification et de la même logique d'adaptation de charge. La maladie d'Osgood-Schlatter est traitée en détail dans son article dédié.

Une ostéochondrite disséquante peut-elle guérir sans opération ?

Oui, dans une proportion importante mais variable. La revue systématique de référence rapporte 61,4 % de guérison, avec un intervalle de 10,4 à 95,8 % selon les séries, sur 908 genoux29. Les facteurs défavorables identifiés sont une lésion volumineuse, un stade avancé, un âge élevé avec maturité squelettique atteinte, un ménisque discoïde, et une présentation avec gonflement ou blocage.

Le signe de Wilson permet-il de diagnostiquer une ostéochondrite ?

Non. Sur 32 patients porteurs d'une ostéochondrite du condyle fémoral médial visible en radiographie, 24, soit 75 %, avaient un signe de Wilson négatif. Les auteurs concluent à une valeur diagnostique minime, le test conservant une utilité de suivi lorsqu'il est initialement positif30.

Une radiographie de hanche de face normale suffit-elle à écarter une épiphysiolyse ?

Non. La ligne de Klein classique sur le cliché de face n'a permis le diagnostic que dans 9 cas sur 23, contre 20 sur 23 avec sa version modifiée et 23 sur 23 sur l'incidence de profil en grenouille7. Une demande d'imagerie doit préciser les deux incidences.

Les douleurs de croissance existent-elles vraiment ?

Le cadre existe, mais ses critères sont discutés. Une étude de jumeaux a montré que les critères usuels englobent une part de syndrome des jambes sans repos douloureux, la prévalence chutant d'un tiers lorsqu'on exclut l'impatience motrice41. Pour la pratique, l'essentiel est ailleurs : ces douleurs sont bilatérales, vespérales ou nocturnes, avec un examen normal, et elles ne font pas boiter. Toute boiterie sort de ce cadre.

Combien de temps un adolescent reste-t-il éloigné du sport dans une apophysite calcanéenne ?

Dans une académie de football allemande ayant recensé 22 cas sur dix ans et 4 326 blessures, le délai moyen de retour au jeu était de 60,7 jours avec un écart type de 64,9 jours, chez des athlètes d'âge moyen 11,8 ans, et 13,6 % des cas étaient des récidives40. L'ordre de grandeur, deux mois avec une dispersion considérable, est utile à annoncer d'emblée.

Que faire si un adolescent suivi pour une douleur de genou ne s'améliore pas ?

Rouvrir le diagnostic plutôt qu'intensifier le traitement. C'est la structure commune des cas publiés : dans celui d'un footballeur d'élite de 17 ans, l'absence d'amélioration après deux semaines de décharge et de traitement fémoro-patellaire classique a conduit à l'imagerie qui a révélé une ostéochondrite de la trochlée32. Le seuil couramment retenu dans les séries de traitement non opératoire est de six semaines31.

Références

Quarante-cinq références, toutes vérifiées par l'API E-utilities du NCBI au moment de la rédaction : existence de l'identifiant, liste d'auteurs complète, revue, volume, pagination, et lecture du résumé pour contrôler que la source établit bien ce qui lui est attribué. Les identifiants sont cliquables.

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