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Syndrome des jambes sans repos (maladie de Willis-Ekbom)
Vos patients vous le décrivent déjà. Ils disent « des crampes », « des impatiences », « une mauvaise circulation », « des fourmis qui m'empêchent de dormir ». Le syndrome des jambes sans repos touche environ 3 % des adultes à un degré qui justifie un traitement, et son diagnostic est entièrement clinique : quatre questions, plus une cinquième qui fait tout le travail.
Synthèse fondée sur les critères IRLSSG 2014, la revue JAMA de février 2026, les recommandations de l'American Academy of Sleep Medicine de 2025, la revue systématique des interventions non médicamenteuses de Harrison et coll. et l'étude REST en population générale. Chaque chiffre porte sa source à l'endroit où il est écrit.
Synthèse clinique
Trois chiffres qui résument le problème
Une pathologie fréquente, presque jamais nommée, et dont les critères ne suffisent pas seuls.
Sources : prévalence et taux de diagnostic, étude REST en population générale, 15 391 questionnaires (Allen et coll., Arch Intern Med 20053) ; spécificité des quatre critères, étude familiale cas-témoins, 1 232 sujets (Hening et coll., Sleep Med 20092).
Ce qu'il faut retenir
- Le diagnostic est clinique, et il tient en cinq critères. Besoin impérieux de bouger les jambes, souvent accompagné d'une sensation désagréable ; déclenché ou aggravé par le repos ; soulagé par le mouvement ; aggravation vespérale ou nocturne ; et, depuis 2014, ces symptômes ne sont pas expliqués par une autre affection1. La polysomnographie n'est pas recommandée pour poser le diagnostic5.
- Le cinquième critère n'est pas une formalité. Sur 788 sujets dont un expert avait établi qu'ils n'avaient pas de syndrome des jambes sans repos, 126, soit 16 %, satisfaisaient pourtant les quatre premiers critères : crampes, inconfort positionnel, pathologie locale de jambe2.
- La prévalence dépend entièrement de la définition retenue, et c'est une information clinique en soi : 7,2 % pour des symptômes de toute fréquence, 2,7 % pour ceux qui justifient un traitement3.
- Un syndrome des jambes sans repos justifie un dosage de la ferritine. Une supplémentation martiale est indiquée dès une ferritine inférieure ou égale à 75 ng/mL, ou une saturation de la transferrine sous 20 %7. Ces seuils ne sont pas ceux de la population générale.
- La vraie plainte est souvent le sommeil. 87 % des patients rapportent des troubles du sommeil, et surtout : 29 % les attribuent explicitement à leurs jambes, contre 5 % des faux positifs ; c'est le discriminateur le plus net de toute la littérature2.
- Ce que le kiné peut apporter est réel mais modeste. L'exercice et les dispositifs de compression sont supérieurs au contrôle sur la sévérité ; la revue systématique qui l'établit ne retient que onze essais et conclut que « la qualité des preuves n'était pas élevée »9.
- Ce qui a changé en 2025. Les agonistes dopaminergiques ne sont plus recommandés en première intention, en raison du risque d'augmentation : une aggravation iatrogène dont l'incidence annuelle est de 7 à 10 %57.
Le rôle du kinésithérapeute, énoncé sans ambiguïté
Le kinésithérapeute ne prescrit ni bilan biologique ni traitement. Son apport est ailleurs, et il est décisif : reconnaître un tableau que le patient décrit sans le nommer, l'écarter des jambes douloureuses du soir d'origine mécanique ou vasculaire, et orienter vers une consultation médicale en nommant ce qu'il suspecte. Un patient qui arrive chez son médecin avec « je crois que j'ai un syndrome des jambes sans repos, mon kiné m'a dit d'en parler » n'a pas le même parcours que celui qui dit « j'ai mal aux jambes le soir ». Les chiffres de l'étude REST donnent la mesure de cet écart : 81 % des patients concernés en avaient parlé à leur médecin, 6,2 % avaient reçu le diagnostic3.
« Le syndrome des jambes sans repos est mal reconnu par les médecins et il est en conséquence souvent mal diagnostiqué et mal pris en charge. »
Manconi et coll., Nature Reviews Disease Primers, 20218
Pourquoi ce syndrome passe-t-il inaperçu chez des patients qu'on voit chaque semaine ?
Parce qu'il n'a pas de mot dans le vocabulaire des patients, parce que sa prévalence change du simple au triple selon la question qu'on pose, et parce que la plainte qui amène en consultation n'est presque jamais celle qui porte le diagnostic.
Un patient ne dit jamais « j'ai un besoin impérieux de bouger les jambes, déclenché par le repos et soulagé par le mouvement, avec une aggravation vespérale ». Il dit qu'il a des crampes. Des impatiences. Des fourmis. Que ça le prend le soir devant la télévision, qu'il faut qu'il se lève, que sa femme se plaint parce qu'il gigote. Il dit souvent qu'il dort mal, et il attribue rarement l'un à l'autre.
Cette pathologie a en outre la particularité d'être invisible au moment où on l'examine. Le patient consulte le matin ou l'après-midi ; les symptômes surviennent le soir et la nuit. L'examen clinique est normal, et il doit l'être. Il n'existe aucun test, aucune manœuvre, aucune imagerie qui fasse le diagnostic. La revue JAMA de 2026 est explicite sur ce point : le syndrome des jambes sans repos se diagnostique sur l'anamnèse, et la polysomnographie n'est pas recommandée pour le diagnostic5.
Une prévalence qui dépend de la question posée
C'est le point le plus mal compris de cette pathologie, et il n'est pas un détail méthodologique : il commande la façon dont on lit tous les chiffres publiés.
L'étude REST a interrogé 16 202 adultes et exploité 15 391 questionnaires complets. Elle a mesuré trois choses différentes avec les mêmes sujets3 :
La même population, trois prévalences
Ce que l'on compte change le résultat d'un facteur trois. Aucune de ces valeurs n'est fausse ; elles ne répondent pas à la même question.
Sources : Allen et coll., Arch Intern Med 2005 (étude REST)3 pour les trois premières barres ; Broström et coll., J Sleep Res 2023, méta-analyse de 97 études et 483 079 participants de 33 pays, prévalence poolée corrigée 3,0 % (IC 95 % 1,4–3,8)4.
Retenez la lecture clinique de ce graphique : quand un article annonce « 10 % de la population », il applique une définition large ; quand il annonce « 2 à 3 % », il compte les patients qui relèvent d'un traitement. Les deux sont vrais. Un kinésithérapeute qui suit une patientèle de 300 personnes en croise statistiquement une vingtaine avec des symptômes, et une huitaine chez qui la gêne justifierait une prise en charge.
Le sous-diagnostic, mesuré
L'étude REST ne s'est pas arrêtée à la prévalence. Elle a demandé aux 416 personnes réunissant les critères de gêne cliniquement significative si elles en avaient parlé à un médecin, et ce qu'on leur avait répondu.
Où le diagnostic se perd
Le problème n'est pas que les patients se taisent. C'est qu'ils parlent et que le tableau n'est pas reconnu.
Source : Allen et coll., Arch Intern Med 2005;165(11):1286-92, étude REST en population générale3. Le pourcentage de 6,2 % est celui des 21 diagnostiqués rapporté aux 337 qui en avaient parlé.
Ce sont ces 316 patients qui font l'intérêt de cet article pour un cabinet de kinésithérapie. Ils consultent. Ils décrivent. Ils repartent sans nom pour ce qu'ils ont, et souvent avec une prescription de séances pour « des jambes lourdes » ou « des troubles circulatoires ».
Qui est concerné, et sur quels terrains
Quatre repères secondaires
Sources : rapport de sexe et prévalence après 65 ans, comorbidités cardiovasculaires et dépressives, Winkelman et Wipper, JAMA 2026;335(8):703-7145 ; répartition par sexe de la méta-analyse, Broström et coll., J Sleep Res 20234.
Certains terrains concentrent la pathologie au point qu'y penser devient systématique. La revue JAMA 2026 en donne la hiérarchie5, et plusieurs de ces terrains sont ceux que le kinésithérapeute suit au long cours.
Sur quels terrains y penser systématiquement
Prévalence du syndrome des jambes sans repos dans chaque population, comparée à la population générale.
Source : Winkelman et Wipper, JAMA 2026;335(8):703-7145. Autres facteurs de risque rapportés dans la même revue : antécédents familiaux, ascendance nord-européenne, sexe féminin.
Trois de ces terrains méritent d'être soulignés pour un cabinet de kinésithérapie. La sclérose en plaques arrive en tête avec 27,5 %. La neuropathie périphérique, notamment diabétique, à 21,5 %, et c'est précisément la pathologie avec laquelle le syndrome se confond le plus. La maladie de Parkinson à 20 %, où le tableau se complique du traitement dopaminergique lui-même.
À retenir
- La prévalence varie de 7,2 % à 2,7 % dans la même population, selon que l'on retient les symptômes de toute fréquence ou ceux qui gênent réellement3.
- Le sous-diagnostic n'est pas un défaut de plainte : 81 % des patients concernés en avaient parlé, 6,2 % avaient été diagnostiqués3.
- L'examen clinique est normal, et il doit l'être. Le diagnostic est anamnestique ; la polysomnographie n'est pas recommandée pour le poser5.
- Sur un terrain de sclérose en plaques, d'insuffisance rénale, d'anémie, de grossesse avancée, de neuropathie ou de maladie de Parkinson, la question se pose par principe5.
Quels sont les critères diagnostiques, et pourquoi sont-ils passés de quatre à cinq ?
Les quatre critères historiques décrivent parfaitement la maladie. Leur défaut n'est pas de manquer des patients : c'est d'en attraper qui ne l'ont pas. Le cinquième critère existe pour ça, et sa formulation exacte importe.
La version en vigueur
Les critères de référence sont ceux du groupe d'étude international sur le syndrome des jambes sans repos (IRLSSG), révisés en 2014 et publiés dans Sleep Medicine1. Ils sont toujours ceux en vigueur en 2026 : la classification internationale des troubles du sommeil dans sa troisième édition révisée (ICSD-3-TR, 2023) les reprend, et la revue JAMA de 2026 les décrit à l'identique5.
La révision de 2014 a introduit quatre changements, dont un seul modifie la démarche diagnostique au quotidien1 :
- l'ajout d'un cinquième critère essentiel, le diagnostic différentiel, dans le but explicite d'améliorer la spécificité en exigeant que les symptômes ne soient pas confondus avec ceux d'autres affections ;
- l'ajout d'un qualificatif de significativité clinique, qui distingue les patients relevant d'un traitement ;
- l'ajout de qualificatifs d'évolution : forme chronique-persistante ou intermittente ;
- la fusion des critères pédiatriques et adultes en un jeu unique.
| Critère | Énoncé | Ce qu'on demande au patient |
|---|---|---|
| 1. Le besoin | Un besoin impérieux de bouger les jambes, habituellement mais pas toujours accompagné de sensations inconfortables et désagréables dans les jambes, ou ressenti comme causé par elles. | « Avez-vous parfois un besoin irrésistible de bouger les jambes ? Est-ce qu'il vous faut absolument les remuer ? » |
| 2. Le repos | Le besoin de bouger et les sensations désagréables débutent ou s'aggravent pendant les périodes de repos ou d'inactivité, comme la position allongée ou assise. | « Est-ce que ça arrive quand vous êtes assis ou allongé, tranquille ? Au cinéma, en voiture, le soir dans le fauteuil ? » |
| 3. Le mouvement | Le besoin de bouger et les sensations désagréables sont partiellement ou totalement soulagés par le mouvement, marche ou étirement, au moins tant que le mouvement dure. | « Si vous vous levez et que vous marchez, est-ce que ça va mieux ? Et est-ce que ça revient quand vous vous rasseyez ? » |
| 4. Le soir | Le besoin de bouger et les sensations désagréables sont plus marqués le soir ou la nuit que le jour, ou ne surviennent que le soir ou la nuit. | « Est-ce que c'est pire le soir ? À la même immobilité, est-ce identique le matin ? » |
| 5. Le différentiel ajouté en 2014 |
Ces manifestations ne sont pas expliquées uniquement par les symptômes d'une autre affection ou d'un problème comportemental. | Ce n'est pas une question au patient : c'est le travail du clinicien. Il fait l'objet du chapitre suivant. |
Le quatrième critère est celui qu'on oublie de vérifier
L'aggravation vespérale est le critère le plus souvent tenu pour acquis, et c'est une erreur de méthode. La question utile n'est pas « est-ce pire le soir ? », presque toutes les douleurs de jambe le sont, par fatigue et par disponibilité de l'attention. La question utile est : à immobilité égale, est-ce différent le matin ? Un patient à qui l'on demande de comparer une heure assis à 10 h du matin et une heure assis à 21 h répond sans hésiter quand le syndrome est là. Chez les patients dont les symptômes sont très sévères et présents jour et nuit, ce rythme peut être masqué : le critère porte alors sur l'histoire du début des troubles.
Pourquoi quatre ne suffisaient pas : la mesure
La démonstration est venue d'une étude familiale cas-témoins conduite par l'équipe de Johns Hopkins. Sur 1 255 apparentés contactés, 1 232 ont pu être classés par un expert du syndrome au moyen d'un entretien téléphonique validé, plus riche que les seuls quatre critères : questions ouvertes sur la qualité des sensations, les stratégies de soulagement, la nature des situations déclenchantes2.
Ce que les quatre critères laissent passer
Parmi les sujets dont l'expert a établi qu'ils n'avaient pas le syndrome, un sur six cochait pourtant les quatre cases.
Source : Hening et coll., Sleep Med 2009;10(9):976-812. Les auteurs concluent que les affections susceptibles de mimer le syndrome « peuvent être plus fréquentes dans la population que le syndrome lui-même ».
« Un diagnostic définitif du syndrome des jambes sans repos exige donc d'exclure ces autres affections, qui peuvent être plus fréquentes dans la population que le syndrome lui-même. »
Hening et coll., Sleep Medicine, 20092
Drapeaux rouges, ce qui doit faire sortir du cadre
- Un déficit moteur, une abolition de réflexe, un trouble sensitif objectif. L'examen neurologique doit être normal. Une anomalie objective oriente vers une neuropathie, une radiculopathie ou une atteinte médullaire, pas vers ce syndrome.
- Une douleur unilatérale et fixe. Le syndrome est habituellement bilatéral, même si l'intensité peut être asymétrique ; une jambe seule, toujours la même, impose de chercher une cause locale.
- Une douleur qui apparaît à la marche et cède à l'arrêt. C'est l'inverse exact du critère 3 : cette description est celle d'une claudication, vasculaire ou neurogène14.
- Un début brutal chez un patient âgé, ou une aggravation rapide. Faire chercher une cause secondaire, à commencer par une anémie et une insuffisance rénale.
- Des troubles sphinctériens, une anesthésie en selle. Sans rapport avec ce syndrome : voir le syndrome de la queue de cheval, urgence chirurgicale.
À retenir
- Les critères en vigueur sont ceux de l'IRLSSG révisés en 2014, repris par l'ICSD-3-TR de 20231.
- Ils sont cinq, pas quatre, et le cinquième est le diagnostic différentiel.
- La spécificité des quatre premiers pris seuls est de 84 % : un sujet sur six sans le syndrome les coche tous2.
- Le critère vespéral se vérifie à immobilité comparable, pas dans l'absolu.
Comment distinguer un syndrome des jambes sans repos des autres jambes douloureuses du soir ?
C'est le chapitre qui rend cet article utile en cabinet. Cinq entités se ressemblent au récit et se séparent sur des points simples, à condition de savoir lesquels, et de poser les bonnes questions plutôt que d'écouter la plainte spontanée.
Une jambe qui fait mal le soir est un motif banal. Le patient dit « des crampes » quel que soit le mécanisme, parce que c'est le mot disponible. Cinq entités principales se disputent ce terrain, et l'Organisation mondiale de la santé les sépare d'ailleurs formellement : le syndrome des jambes sans repos porte le code 7A80 de la CIM-11, et les crampes des jambes liées au sommeil un code distinct, 7A8226.
Les discriminateurs mesurés
L'étude de Hening et coll. n'a pas seulement compté les faux positifs : elle a comparé point par point les réponses des vrais patients à celles des sujets qui cochaient les quatre critères sans avoir la maladie. Ce tableau est, à notre connaissance, la seule quantification publiée de ces discriminateurs2.
| Réponse du patient | Syndrome confirmé | Mimes | Écart |
|---|---|---|---|
| Les troubles du sommeil sont dus aux jambes | 100/345 : 29 % | 6/119 : 5 % | *** |
| Un simple changement de position suffit à soulager | 17/142 : 12 % | 36/64 : 56 % | *** |
| Les symptômes durent plus de 10 minutes | 98/119 : 83 % | 12/42 : 29 % | *** |
| Une posture précise est en cause | 16/140 : 11 % | 27/56 : 48 % | *** |
| Troubles du sommeil, toutes causes | 299/345 : 87 % | 69/119 : 58 % | *** |
| Le patient tolère de se retenir de bouger | 6/63 : 10 % | 6/14 : 43 % | ** |
| Sensation douloureuse | 82/366 : 23 % | 34/73 : 47 % | ** |
| Besoin ressenti comme irrésistible | 163/215 : 76 % | 34/82 : 42 % | * |
| Soulagement rapide par le mouvement | 182/207 : 88 % | 64/70 : 91 % | n.s. |
| Caractère chronique | 160/400 : 60 % | 60/118 : 51 % | n.s. |
Deux enseignements pratiques sortent de ce tableau, et ils sont contre-intuitifs.
Le soulagement par le mouvement ne discrimine rien. 88 % des vrais patients et 91 % des faux disent être soulagés rapidement en bougeant : la différence n'est pas significative. C'est pourtant le critère que tout le monde retient comme signature de la maladie. Il est nécessaire au diagnostic, il n'est pas discriminant.
Ce qui discrimine, c'est la manière dont le soulagement s'obtient et combien de temps le symptôme dure. Chez un mime, un changement de position suffit une fois sur deux et le symptôme ne revient pas ; le patient reste ensuite tranquille. Chez un vrai patient, il faut se lever, marcher, et ça recommence dès qu'il se rassied. C'est ce que traduisent les deux lignes les plus tranchées du tableau : il faut davantage de mouvement pour obtenir le soulagement, et le symptôme dure plus longtemps2.
La douleur est plutôt un argument contre. 47 % des mimes décrivent une douleur, contre 23 % des vrais patients. Un patient qui insiste sur le mot « douleur » plutôt que sur le mot « besoin de bouger » doit faire chercher autre chose, ce qui n'exclut pas les formes douloureuses, qui existent.
Le tableau différentiel des jambes douloureuses du soir
| Entité | Ce que le repos fait | Ce que le mouvement fait | Le détail qui tranche |
|---|---|---|---|
| Syndrome des jambes sans repos CIM-11 7A80 |
Déclenche ou aggrave. Apparaît après quelques minutes d'immobilité. | Soulage tant qu'il dure. Récidive dès le retour à l'immobilité. | Un besoin de bouger plus qu'une douleur. Le patient attribue son insomnie à ses jambes (29 % contre 5 %)2. |
| Crampes nocturnes CIM-11 7A82 |
Survient au repos, mais de façon brutale et paroxystique, pas progressive. | L'étirement passif du muscle soulage. Un mouvement libre ne fait rien. | Contraction visible et palpable, douleur intense, durée de quelques secondes à quelques minutes, puis courbature résiduelle. Aucun besoin de bouger entre les crises. |
| Neuropathie périphérique | Symptômes permanents, souvent majorés le soir mais présents aussi au repos diurne. | Peu ou pas d'effet. Le patient ne se lève pas pour être soulagé. | Examen neurologique anormal : hypoesthésie, abolition des réflexes achilléens, atteinte en chaussette. Brûlures, engourdissement. |
| Akathisie médicamenteuse | Indépendante de la position. Le besoin de bouger est diffus, pas limité aux jambes. | Soulage, mais l'agitation est globale : le patient déambule, se balance, ne tient pas assis. | Rythme diurne absent et surtout lien temporel avec un neuroleptique ou un antiémétique. Le patient se dit « intérieurement agité », pas gêné aux jambes. |
| Insuffisance veineuse chronique | La station debout ou assise prolongée aggrave, pas le repos allongé. | La marche améliore, par la pompe musculaire, comme le syndrome. | Soulagement par la surélévation des jambes, ce qui est du repos et non du mouvement. Lourdeur, œdème vespéral, varices, aggravation par la chaleur. |
| Artériopathie oblitérante | Soulage. C'est l'inverse exact du syndrome. | Déclenche. Douleur du mollet à la marche, cédant en moins de 10 minutes d'arrêt14. | Index de pression systolique inférieur à 0,90 : sensibilité 57 à 79 %, spécificité 83 à 99 % pour une sténose d'au moins 50 %14. Abolition des pouls distaux. |
La question qui sépare le plus vite
Si vous ne deviez en poser qu'une : « Quand ça vous prend, est-ce que vous avez mal, ou est-ce que vous avez besoin de bouger ? »
Un patient artéritique répond qu'il a mal, et à la marche. Un patient veineux répond qu'il a les jambes lourdes et qu'il les surélève. Un patient crampé mime une contraction avec sa main. Un patient neuropathique parle de brûlures qui ne le quittent pas. Un patient avec un syndrome des jambes sans repos hésite, cherche ses mots, et finit par dire quelque chose comme « c'est pas vraiment mal, c'est que je peux pas rester tranquille ». Cette hésitation est un signe.
Insuffisance veineuse et artériopathie : deux pièges opposés
Ces deux entités méritent d'être traitées ensemble parce qu'elles se trompent dans des directions inverses, et parce que le site ne leur consacre pas encore de page propre : leur versant clinique est abordé dans la neuropathie périphérique pour le pied diabétique, et dans le syndrome des loges chronique d'effort pour le triage de la douleur d'effort du mollet.
L'insuffisance veineuse est le faux ami le plus dangereux, parce qu'elle partage avec le syndrome son horaire vespéral et son soulagement par la marche. Deux éléments la démasquent. D'abord la position : c'est la station debout ou assise prolongée, jambes pendantes, qui aggrave, alors que le syndrome se déclenche au repos allongé. Ensuite et surtout, la surélévation des jambes soulage l'insuffisance veineuse, or surélever, c'est augmenter le repos, ce qui devrait aggraver un syndrome des jambes sans repos. Cette dissociation est décisive et elle se teste au fauteuil, en quinze secondes.
Signes associés à chercher : œdème vespéral prenant le godet, varices, dermite ocre, aggravation par la chaleur et en fin de journée. La revue de Youn et Lee rappelle que cette pathologie est « fréquemment négligée » par sous-estimation de son ampleur et méconnaissance de ses présentations15.
L'artériopathie est le piège le plus simple à écarter et le plus grave à manquer. Sa description est l'inverse point par point de celle du syndrome : la douleur naît à l'effort et cède au repos. Polonsky et McDermott en donnent la définition opérationnelle : une douleur du mollet à l'effort, qui ne commence pas au repos, et qui cède en moins de dix minutes d'arrêt14.
Le piège de l'artériopathie silencieuse
La même revue apporte une nuance que tout kinésithérapeute devrait connaître : 70 à 90 % des personnes dont l'index de pression systolique est inférieur à 0,90 ne rapportent aucun symptôme d'effort, ou des symptômes qui ne ressemblent pas à une claudication classique14. Autrement dit, l'absence de claudication typique n'écarte pas une artériopathie. Chez un patient de plus de 65 ans, tabagique, diabétique ou coronarien, qui décrit des jambes désagréables le soir, l'existence d'une artériopathie associée doit être évoquée auprès du médecin, non pas comme cause des symptômes vespéraux, mais parce qu'elle change le risque cardiovasculaire global et la conduite de la rééducation à l'effort.
L'akathisie : chercher l'ordonnance
L'akathisie médicamenteuse partage avec le syndrome un besoin impérieux de bouger soulagé par le mouvement. Trois éléments l'en séparent en pratique.
- Le lien temporel avec un médicament. C'est l'élément principal. Neuroleptiques, antiémétiques comme le métoclopramide, certains antidépresseurs. La recommandation de l'AASM place d'ailleurs la révision de l'ordonnance en tout premier geste de la prise en charge, en nommant explicitement les médicaments antidopaminergiques, sérotoninergiques et antihistaminiques7.
- L'absence de rythme circadien. L'akathisie n'a pas de préférence vespérale marquée : elle occupe la journée.
- Le caractère global de l'agitation. Le patient ne décrit pas ses jambes : il décrit une tension intérieure, une impossibilité de tenir en place, qui le fait déambuler ou se balancer.
Cette distinction a une conséquence directe. Chez un patient sous neuroleptique, un tableau évocateur peut être les deux à la fois : le médicament antidopaminergique aggrave un syndrome préexistant tout en pouvant induire une akathisie. Ce n'est pas au kinésithérapeute de trancher, mais c'est à lui de signaler la chronologie s'il l'a repérée.
Un cas particulier : l'enfant et les douleurs de croissance
Chez l'enfant, le chevauchement n'est pas anecdotique : une partie des tableaux étiquetés « douleurs de croissance » relève en réalité d'un syndrome des jambes sans repos, question posée dès 2002 et toujours d'actualité252423. Les critères pédiatriques ont d'ailleurs été fusionnés avec ceux de l'adulte en 20141. Ce versant est traité en détail dans notre article sur les pathologies de croissance du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent, qui rapporte notamment l'étude de jumeaux montrant que la prévalence des douleurs de croissance chute d'un tiers dès qu'on exige l'absence d'impatience motrice.
Une démarche en quatre temps
Arbre décisionnel devant des jambes désagréables le soir
Conçu pour le raisonnement du kinésithérapeute : il conduit à une orientation, jamais à une prescription.
Sources : critères, IRLSSG 20141 ; taux de faux positifs de l'étape 2, Hening 20092 ; définition de la claudication, Polonsky et McDermott 202114 ; bilan martial, énoncé de bonne pratique de l'AASM 20257.
À retenir
- Le soulagement par le mouvement ne discrimine pas : 88 % contre 91 %, différence non significative2.
- Ce qui discrimine : l'insomnie attribuée aux jambes (29 % contre 5 %), la durée au-delà de dix minutes, et le fait qu'un simple changement de position ne suffise pas2.
- L'insuffisance veineuse est soulagée en surélevant, c'est-à-dire en se reposant davantage : la dissociation est décisive.
- L'artériopathie est l'inverse exact : douleur à la marche, cédant en moins de dix minutes d'arrêt14.
- Devant une akathisie possible, c'est l'ordonnance qu'il faut regarder, pas la jambe.
Pourquoi un syndrome des jambes sans repos justifie-t-il un dosage de la ferritine ?
Parce que c'est la seule cause secondaire fréquente, accessible et corrigeable, et parce que les seuils qui déclenchent une supplémentation ne sont pas ceux qu'on applique au reste de la population.
La carence martiale est au centre de la physiopathologie admise. La revue de référence de Nature Reviews Disease Primers place la carence en fer cérébral parmi les mécanismes principaux à l'étude, aux côtés d'une dysfonction des systèmes dopaminergique et nociceptif et d'altérations des voies adénosinergique et glutamatergique8. Ces hypothèses ne sont pas toutes établies ; le lien avec le fer, lui, a des conséquences thérapeutiques démontrées.
Le chiffre à retenir : 23,9 % des patients ayant une anémie ferriprive ont un syndrome des jambes sans repos5. Un patient sur quatre. Sur la carence martiale de l'adulte prise en elle-même (ses causes, son bilan, ses traitements), une revue de synthèse récente fait le point20.
Des seuils qui ne sont pas ceux de la population générale
C'est le point le plus important de ce chapitre, et celui qui est le plus souvent manqué. Un bilan martial peut être interprété comme « normal » par les valeurs de référence du laboratoire tout en justifiant une supplémentation chez un patient qui a ce syndrome. L'énoncé de bonne pratique de l'AASM 2025 est explicite : « ces recommandations de supplémentation en fer sont différentes de celles de la population générale »7.
Les seuils de fer qui commandent la conduite
Chez l'adulte ayant un syndrome des jambes sans repos cliniquement significatif.
Source : énoncé de bonne pratique, Winkelman et coll., J Clin Sleep Med 2025;21(1):137-152, recommandations de l'American Academy of Sleep Medicine7. Les seuils du groupe international IRLSSG concordent : fer oral possiblement efficace pour une ferritine inférieure ou égale à 75 µg/L6.
Une précision sur les conditions de prélèvement, souvent négligée et pourtant décisive : l'AASM demande que le dosage soit fait le matin, en évitant tout supplément et tout aliment contenant du fer dans les 24 heures qui précèdent7. Un patient qui prend déjà du fer et qu'on dose sans précaution rendra un résultat ininterprétable.
Ce que la supplémentation apporte réellement
Les preuves sont solides pour la voie intraveineuse et plus modestes pour la voie orale. Le groupe international IRLSSG a retenu 31 publications sur 299 examinées, dont quatre études de classe I chez l'adulte : une pour le fer sucrose intraveineux et trois pour le carboxymaltose ferrique6. Le carboxymaltose ferrique à 1 000 mg est efficace sur les formes modérées à sévères pour une ferritine inférieure à 300 µg/L, et peut être utilisé en première intention chez l'adulte. Le fer oral, à 65 mg de fer élément, est jugé possiblement efficace pour une ferritine inférieure ou égale à 75 µg/L : la nuance de vocabulaire traduit un niveau de preuve moindre6.
Les recommandations de l'AASM de 2025 reprennent cette hiérarchie : le carboxymaltose ferrique intraveineux fait l'objet d'une recommandation forte, tandis que le sulfate ferreux oral, le fer dextran de bas poids moléculaire et le ferumoxytol reçoivent des recommandations conditionnelles7.
Une chose que le kiné peut dire, et une qu'il ne doit pas dire
Ce qui est juste : « Ce que vous décrivez ressemble à un syndrome des jambes sans repos. Il existe un bilan sanguin simple, le dosage de la ferritine, qui fait partie de la mise au point habituelle de ce trouble, et dont les seuils d'interprétation sont particuliers dans ce cas. Parlez-en à votre médecin. »
Ce qui ne l'est pas : conseiller un complément de fer en vente libre. La supplémentation martiale sans carence documentée n'est pas anodine, le dosage doit précéder la prise sous peine d'être ininterprétable, et la voie et la dose relèvent d'une décision médicale. Un kinésithérapeute qui suggère « prenez du fer » désorganise la démarche qu'il voulait déclencher.
Les autres causes secondaires
Le fer n'est pas la seule. La revue JAMA 2026 et le rapport du groupe international listent les terrains où un syndrome apparaît ou s'aggrave519 : insuffisance rénale terminale, grossesse, neuropathie périphérique, maladies inflammatoires. Le cas clinique de la spondyloarthrite présenté plus loin illustre un mécanisme composite : l'anémie inflammatoire des maladies rhumatismales et la carence martiale qui l'accompagne peuvent contribuer à l'apparition du syndrome17.
À cela s'ajoutent les causes iatrogènes, qui sont les plus faciles à corriger. L'AASM place en deuxième position de son énoncé de bonne pratique la correction des facteurs aggravants : alcool, caféine, antihistaminiques, sérotoninergiques, antidopaminergiques, et syndrome d'apnées du sommeil non traité7. La revue JAMA nomme en particulier les antihistaminiques H1 à action centrale comme la diphénhydramine5 : présente dans des somnifères disponibles sans ordonnance, que les patients prennent précisément parce qu'ils dorment mal.
Le cercle vicieux du somnifère en vente libre
Un patient dort mal à cause de ses jambes. Il achète un somnifère à base d'antihistaminique. Cette classe de médicaments aggrave le syndrome des jambes sans repos57. Il dort plus mal, augmente les doses, et son sommeil se dégrade encore. Ce scénario est fréquent et il est réversible : c'est une des rares situations où une question de kinésithérapeute, « que prenez-vous pour dormir ? », peut changer une trajectoire.
À retenir
- 23,9 % des patients ayant une anémie ferriprive ont un syndrome des jambes sans repos5.
- Les seuils sont propres à cette pathologie : supplémentation dès une ferritine ≤ 75 ng/mL ou une saturation de la transferrine < 20 %, et voie intraveineuse seule entre 75 et 1007.
- Le prélèvement se fait le matin, à distance de 24 heures de tout apport en fer7.
- Le kiné évoque et oriente. Il ne conseille pas de complément : cela rendrait le bilan ininterprétable.
- Les somnifères antihistaminiques en vente libre aggravent le syndrome : une question à poser systématiquement5.
Pourquoi le sommeil est-il souvent la vraie plainte ?
Parce que c'est lui qui pousse à consulter, parce que c'est lui qui dégrade la qualité de vie, et parce que la façon dont le patient relie son insomnie à ses jambes est le meilleur discriminateur diagnostique dont on dispose.
Le syndrome des jambes sans repos est classé par l'Organisation mondiale de la santé parmi les troubles du mouvement liés au sommeil, dans le chapitre des troubles de l'éveil et du sommeil26. Ce classement n'est pas administratif : il dit où se situe le dommage.
La mécanique est simple. Les symptômes culminent le soir et la nuit, précisément au moment où le patient s'immobilise pour dormir. Le besoin de bouger empêche l'endormissement ; s'il se réveille, il empêche le rendormissement. La revue JAMA 2026 le formule ainsi : les symptômes « peuvent conduire à des difficultés d'endormissement, de maintien du sommeil, ou de retour au sommeil »5.
Le chiffre qui doit rester en mémoire
Dans l'étude des mimes, deux lignes concernent le sommeil et elles ne disent pas la même chose2.
- Troubles du sommeil, toutes causes confondues : 87 % des vrais patients, 58 % des mimes. L'écart est très significatif, mais mal dormir est fréquent dans les deux groupes.
- Troubles du sommeil que le patient attribue à ses jambes : 29 % contre 5 %. Un rapport de près de six.
C'est le discriminateur le plus net du tableau. Il ne suffit pas de demander « dormez-vous bien ? », presque tout le monde répond non. La question qui porte est : « Qu'est-ce qui vous empêche de dormir ? », posée ouvertement, sans souffler la réponse. Le patient qui répond spontanément « mes jambes, il faut que je les bouge » vient de fournir l'élément le plus discriminant de l'entretien.
Ce que le conjoint apporte au diagnostic
Les patients présentent souvent, en plus, des mouvements périodiques des membres pendant le sommeil ou l'éveil au repos8 : une entité que la CIM-11 code d'ailleurs séparément, en 7A8126. Le patient ne les connaît pas : il dort. Le conjoint, lui, les décrit très bien : « il donne des coups de pied toute la nuit », « je ne peux plus dormir dans le même lit ». Cette information, obtenue en une question, ne fait pas le diagnostic à elle seule, mais elle est rarement fournie spontanément.
Un retentissement comparable à celui d'une maladie chronique
L'étude REST a mesuré la qualité de vie des patients concernés au moyen du questionnaire SF-36. Les scores étaient significativement sous les normes de la population et se situaient au niveau de ceux de patients atteints d'autres maladies chroniques3. La revue JAMA 2026 ajoute des comorbidités psychiatriques mesurées : dépression chez 30,4 % des patients, et idées suicidaires ou automutilation avec une incidence de 0,35 cas pour 1 000 personnes-années5.
Ce dernier chiffre mérite d'être lu correctement : il s'agit d'une incidence faible en valeur absolue, mais mesurée et rapportée dans une revue de référence. Il rappelle qu'une pathologie qui prive de sommeil pendant des années n'est pas une gêne bénigne.
À retenir
- La plainte qui amène en consultation est le plus souvent l'insomnie, pas les jambes.
- « Qu'est-ce qui vous empêche de dormir ? » est la question la plus rentable de tout l'entretien : 29 % contre 5 %2.
- Le conjoint décrit les mouvements nocturnes que le patient ignore26.
- La qualité de vie est dégradée au niveau d'autres maladies chroniques3.
Que peut réellement apporter le kinésithérapeute ?
Des données existent, elles sont favorables, et elles sont fragiles. Les présenter autrement serait malhonnête, et la revue systématique qui les rassemble le dit elle-même.
La référence est une revue systématique des essais contrôlés randomisés d'interventions non médicamenteuses, conduite par le département de physiothérapie de l'université Monash et publiée dans Disability and Rehabilitation9. Sa méthode et ses limites doivent être énoncées avant ses résultats : 442 articles examinés, onze essais retenus. Onze essais pour l'ensemble du champ non médicamenteux.
« Peu d'études ont été identifiées et la qualité des preuves n'était pas élevée. »
Harrison, Keating et Morgan, Disability and Rehabilitation, 20199
Les auteurs ajoutent un avertissement qu'on ne lit pas souvent sous la plume de kinésithérapeutes, et qui les honore : « Les interventions non médicamenteuses dans le syndrome des jambes sans repos peuvent provoquer des effets placebo, et les professionnels de la rééducation devraient contrôler cette éventualité dans leurs futures investigations »9.
Ce qui marche, ce qui ne marche pas
La revue distingue deux critères de jugement, et une modalité peut être efficace sur l'un sans l'être sur l'autre9.
- Supérieurs au contrôle sur la sévérité du syndrome : stimulation magnétique transcrânienne répétitive, exercice, dispositifs de compression, relâchement positionnel (counterstrain), thérapie par infrarouge, acupuncture standard.
- Inefficaces sur la sévérité : coussins vibrants, cryothérapie, stimulation transcrânienne par courant continu.
- Améliorent certains critères de sommeil sans améliorer la sévérité : coussins vibrants, cryothérapie, yoga, dispositifs de compression, acupuncture.
L'exercice, essai par essai
Le premier essai contrôlé randomisé d'un programme d'exercice date de 2006. Ses résultats sont favorables et son effectif impose la prudence : 41 patients randomisés, 28 ayant réellement commencé, et 23 ayant terminé, onze dans le groupe exercice, douze dans le groupe contrôle. Le programme durait douze semaines, à raison de trois séances hebdomadaires associant travail aérobie et renforcement des membres inférieurs. L'amélioration était significative sur l'échelle de sévérité du groupe international (p = 0,001)10.
Un second essai, mené par la même équipe australienne de physiothérapie que la revue systématique, a testé des exercices d'étirement et de mise en fatigue des membres inférieurs destinés à provoquer des tremblements thérapeutiques, contre des groupes de discussion. Effectif : dix-huit participants, neuf contre neuf, sur six semaines11.
Chez l'hémodialysé, les données sont plus abondantes. Une méta-analyse a réuni quinze essais contrôlés randomisés et conclut à un effet favorable de l'entraînement physique sur le syndrome (p < 0,001), la dépression et la fatigue. Réserve importante : il s'agit d'une population dialysée, chez qui le syndrome est secondaire, ces résultats ne se transposent pas mécaniquement au syndrome primaire12.
La compression pneumatique, la donnée la plus propre du champ
C'est méthodologiquement l'essai le plus solide dont dispose la rééducation sur ce sujet : prospectif, randomisé, en double insu, contre dispositif factice. Trente-cinq sujets portaient un appareil de compression pneumatique, actif ou factice, au moins une heure par jour avant l'heure habituelle d'apparition des symptômes, pendant un mois13.
Dans le groupe actif, le score de sévérité est passé de 14,1 ± 3,9 à 8,4 ± 3,4 (p = 0,006) et l'échelle Johns Hopkins de 2,2 ± 0,5 à 1,2 ± 0,7 (p = 0,01), avec une amélioration supérieure au groupe factice sur l'ensemble des variables mesurées, y compris la somnolence diurne et la fatigue. Le résultat le plus parlant : un soulagement complet chez un tiers des sujets du groupe actif, et chez aucun sujet du groupe factice13.
Une modalité non médicamenteuse est entrée dans les recommandations
Les recommandations de l'AASM 2025 comportent une ligne qui intéresse directement la rééducation : la stimulation bilatérale à haute fréquence du nerf fibulaire fait l'objet d'une recommandation conditionnelle, avec une certitude de preuve modérée7. C'est le niveau de certitude le plus élevé atteint par une intervention non médicamenteuse dans ce texte : supérieur à celui de plusieurs médicaments qui y figurent. Il s'agit d'un dispositif médical et non d'un acte de kinésithérapie, mais sa présence dit quelque chose : la voie non médicamenteuse n'est pas une consolation, elle est un champ de recherche actif.
Modalités et niveau de preuve
Ce que valent les modalités accessibles en cabinet
Niveaux de certitude selon la logique GRADE, en cartes empilées.
Sources : Harrison et coll., Disabil Rehabil 2019 (onze essais)9 ; Lettieri et Eliasson, Chest 200913 ; Aukerman et coll. 200610 ; Song et coll. 201812 ; recommandations AASM 20257. Les niveaux sont ceux que soutiennent les sources citées, effectifs et réplication compris.
Stimulation du nerf fibulaire. Recommandation conditionnelle de l'AASM avec certitude modérée7. Dispositif médical, hors champ direct du cabinet, mais à connaître pour informer un patient réfractaire aux traitements.
Compression pneumatique. Un essai en double insu contre dispositif factice, 35 sujets, soulagement complet chez un tiers du groupe actif contre aucun sous factice13. Retenu comme efficace sur la sévérité par la revue systématique9. Effectif unique et non répliqué.
Exercice aérobie et renforcement des membres inférieurs. Un essai de 23 sujets ayant terminé, douze semaines, trois séances hebdomadaires, p = 0,00110 ; quinze essais concordants mais en population dialysée12. C'est la modalité la plus accessible en cabinet et celle dont le rapport bénéfice-risque est le meilleur.
Yoga. Améliore certains critères de sommeil sans amélioration démontrée de la sévérité du syndrome9. À proposer pour le sommeil, pas comme traitement du syndrome.
Acupuncture, infrarouge, relâchement positionnel. Supérieurs au contrôle dans des essais isolés au sein de la revue systématique, sans réplication et avec un risque de biais que les auteurs signalent explicitement9.
Coussins vibrants, cryothérapie, stimulation transcrânienne par courant continu. Inefficaces sur la sévérité du syndrome9. Les deux premiers améliorent certains critères de sommeil, ce qui n'est pas la même chose et ne doit pas être présenté comme tel.
Conseils d'hygiène de vie. Réduction de la caféine et de l'alcool, régularité des horaires de coucher, révision des somnifères en vente libre. Ces mesures figurent dans l'énoncé de bonne pratique de l'AASM au titre du consensus d'experts7 ; elles ne reposent sur aucun essai contrôlé propre au syndrome. Utiles, peu coûteuses, à présenter pour ce qu'elles sont.
Ce qu'il ne faut pas promettre
Aucune des modalités ci-dessus ne guérit ce syndrome, et aucune ne dispense d'un bilan martial ni d'un avis médical. Un patient à qui l'on annonce que « la rééducation va régler ça » sera déçu, et surtout : il retardera la seule démarche qui peut modifier durablement l'évolution, à savoir la recherche d'une carence martiale et, le cas échéant, un traitement médicamenteux. La bonne formulation est celle-ci : l'exercice régulier apporte un bénéfice modeste, mesuré, et il ne remplace pas le bilan.
En pratique, à quoi ressemble un programme
Les données disponibles ne permettent pas de définir un protocole optimal : aucun essai comparatif de régimes d'exercice n'existe, et les auteurs de la méta-analyse en population dialysée réclament précisément ces essais12. Le seul programme testé contre contrôle dans le syndrome primaire est celui d'Aukerman, dont on peut reprendre les paramètres puisqu'ils sont les seuls à avoir été évalués10 :
- Fréquence : trois séances par semaine.
- Durée : douze semaines ; c'est le terme auquel l'effet a été mesuré, pas un seuil magique.
- Contenu : travail aérobie associé à un renforcement des membres inférieurs.
- Progression : conditionnement progressif, tel que décrit dans l'essai.
Deux points d'attention cliniques, qui relèvent du bon sens et non des essais. D'abord, un exercice intense en soirée est rapporté par de nombreux patients comme aggravant ; en l'absence de donnée, il est raisonnable de placer les séances plutôt en journée et d'écouter le patient sur ce point. Ensuite, l'exercice sert aussi le sommeil et l'humeur, deux dimensions altérées ici : la méta-analyse en dialyse retrouve d'ailleurs un effet sur la dépression et la fatigue au moins aussi net que sur le syndrome lui-même12.
À retenir
- Tout le champ non médicamenteux repose sur onze essais, et leur qualité « n'était pas élevée »9.
- Exercice et compression pneumatique sont supérieurs au contrôle sur la sévérité ; c'est ce qu'un cabinet peut proposer.
- Coussins vibrants, cryothérapie et tDCS sont inefficaces sur la sévérité : le savoir évite d'en proposer9.
- Les conseils d'hygiène de vie relèvent du consensus, sans essai propre au syndrome : les proposer, sans les vendre comme un traitement.
- Les auteurs de la revue avertissent eux-mêmes du risque d'effet placebo dans ce champ9.
Quels traitements médicaux, et qu'est-ce qui a changé en 2025 ?
Un renversement majeur est intervenu : les médicaments qui étaient la première ligne depuis vingt ans n'y sont plus. Le kinésithérapeute ne prescrit pas, mais il suit des patients traités, et il est bien placé pour repérer la complication qui a motivé ce renversement.
Les recommandations de l'American Academy of Sleep Medicine publiées en janvier 2025 constituent le texte de référence7. Elles reposent sur une revue systématique et une évaluation des preuves selon la méthodologie GRADE. Côté européen, les sociétés allemandes de sommeil et de neurologie ont publié en 2024 leurs propres recommandations, sous forme abrégée18.
| Traitement | Recommandation | Ce qu'il faut en savoir |
|---|---|---|
| Gabapentine enacarbil | Forte, pour certitude modérée | Les gabapentinoïdes sont la première ligne médicamenteuse. Dans les essais, environ 70 % des patients traités rapportent une amélioration importante ou très importante, contre environ 40 % sous placebo (p < 0,001)5. |
| Gabapentine | Forte, pour certitude modérée | |
| Prégabaline | Forte, pour certitude modérée | |
| Carboxymaltose ferrique intraveineux | Forte, pour certitude modérée | Sous réserve du statut martial défini par l'énoncé de bonne pratique. Voir le chapitre sur la ferritine. |
| Sulfate ferreux oral | Conditionnelle, pour | Même réserve. Certitude modérée. |
| Stimulation du nerf fibulaire | Conditionnelle, pour certitude modérée | Seule modalité non médicamenteuse recommandée dans ce texte. |
| Opioïdes à libération prolongée | Conditionnelle, pour | Formes réfractaires ou avec augmentation. La revue JAMA mentionne la méthadone à faible dose, 5 à 10 mg par jour5. |
| Lévodopa | Conditionnelle, CONTRE l'usage standard | Réserve explicite sur les effets indésirables au long cours, l'augmentation en particulier. |
| Agonistes dopaminergiques ropinirole, pramipexole, rotigotine | Conditionnelle, CONTRE l'usage standard | Le renversement de 2025. Ils étaient la première ligne. Motif : le risque d'augmentation. |
| Cabergoline | Forte, CONTRE | Recommandation forte contre, certitude modérée. |
| Bupropion, carbamazépine, clonazépam, valériane, acide valproïque | Conditionnelles, contre | Cités pour éviter qu'ils soient proposés par analogie. |
L'augmentation : la complication que le kiné peut repérer
C'est le motif du renversement, et c'est un phénomène que sa description rend reconnaissable en cabinet.
L'augmentation est une aggravation iatrogène du syndrome induite par le traitement dopaminergique lui-même. Son incidence annuelle est de 7 à 10 % sous ces médicaments5. La revue de Nature Reviews Disease Primers la décrivait déjà en 2021 comme une aggravation sérieuse survenant lors de l'usage prolongé, alors même que le traitement dopaminergique est « initialement très efficace »8. Le phénomène fait aujourd'hui l'objet de travaux qui lui sont entièrement consacrés, dont une étude observationnelle sur une cohorte espagnole22.
Ce qui doit alerter chez un patient traité depuis des mois ou des années :
- les symptômes commencent plus tôt dans la journée qu'avant le traitement : c'est le signe le plus caractéristique ;
- ils s'étendent à d'autres territoires, bras, tronc ;
- ils sont plus intenses qu'avant l'instauration du traitement ;
- le délai d'apparition après la mise au repos se raccourcit ;
- le patient rapporte qu'il « a besoin d'augmenter les doses », et que chaque augmentation soulage brièvement avant que tout recommence.
Le réflexe à avoir
Un patient qui vous dit « avant, ça ne me prenait que le soir, maintenant ça commence l'après-midi » et qui prend du pramipexole, du ropinirole ou de la rotigotine depuis longtemps décrit peut-être une augmentation. Ce n'est pas au kinésithérapeute de modifier quoi que ce soit : un arrêt brutal d'un agoniste dopaminergique expose à un rebond sévère. C'est en revanche exactement le type d'information qui doit remonter au médecin prescripteur, parce que le patient, lui, interprète souvent cette évolution comme « ma maladie qui s'aggrave » et non comme un effet du traitement.
À retenir
- Depuis 2025, les agonistes dopaminergiques ne sont plus recommandés en usage standard, et la cabergoline fait l'objet d'une recommandation forte contre7.
- La première ligne médicamenteuse est constituée des gabapentinoïdes : environ 70 % d'amélioration importante contre 40 % sous placebo5.
- Le motif du renversement est l'augmentation, d'incidence annuelle 7 à 10 %5.
- Signe le plus caractéristique : des symptômes qui commencent plus tôt dans la journée qu'avant traitement. À signaler, jamais à traiter soi-même.
Quelles situations particulières faut-il connaître ?
Trois populations changent la lecture du tableau : la femme enceinte, l'enfant, et le patient déjà suivi pour une maladie neurologique ou rénale. Dans chacune, le syndrome est plus fréquent et sa prise en charge diffère.
La grossesse
C'est la situation où la prévalence grimpe le plus vite et où elle est le plus souvent attribuée à autre chose. La revue JAMA 2026 donne 22 % au troisième trimestre5, soit près d'une femme sur quatre en fin de grossesse. Des travaux plus récents ont mesuré la prévalence pendant la grossesse et en post-partum21.
Trois éléments expliquent cette concentration : les besoins en fer augmentent et la carence martiale est fréquente, les modifications hormonales interviennent, et l'inconfort mécanique de fin de grossesse brouille l'interprétation. Une femme enceinte qui dit mal dormir à cause de ses jambes est très souvent écoutée sous l'angle des crampes et de la circulation, alors que la question du syndrome se pose.
Prudence sur les traitements pendant la grossesse
L'AASM consacre un point de son énoncé de bonne pratique à cette situation : le syndrome est fréquent pendant la grossesse, et les prescripteurs doivent tenir compte du profil de sécurité spécifique à la grossesse de chaque traitement envisagé7. Autrement dit, rien de ce qui figure au tableau des traitements ne se transpose sans discussion. Le rôle du kinésithérapeute reste strictement le même : reconnaître, distinguer, orienter, et ne rien conseiller sur le plan médicamenteux, y compris en vente libre.
L'enfant et l'adolescent
Les critères pédiatriques ont été fusionnés avec ceux de l'adulte en 20141, ce qui simplifie la démarche mais ne règle pas la difficulté principale : un enfant décrit mal ses sensations, et l'entourage traduit spontanément en « douleurs de croissance ».
La question de savoir si une partie des enfants étiquetés « douleurs de croissance » relève en réalité d'un syndrome des jambes sans repos est posée dans la littérature depuis 200225, reprise en revue en 201524, et de nouveau en 202523. Elle n'est pas tranchée, mais elle est suffisamment établie pour changer l'écoute : devant un enfant aux jambes douloureuses le soir, chercher le besoin de bouger et le soulagement par le mouvement coûte deux questions.
Sur le versant du fer, le seuil pédiatrique diffère : la supplémentation est instaurée pour une ferritine inférieure à 50 ng/mL, par voie orale ou intraveineuse7. Les preuves d'efficacité chez l'enfant restent insuffisantes pour conclure, tant pour la voie orale que pour la voie intraveineuse6.
Le détail de ce différentiel pédiatrique est traité dans notre article sur les pathologies de croissance du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent.
L'insuffisance rénale terminale
Prévalence de 24 %5. C'est la population chez qui les données d'exercice sont les plus fournies : quinze essais contrôlés randomisés dans une méta-analyse concluant à un effet favorable sur le syndrome, la dépression et la fatigue12. Un kinésithérapeute intervenant en centre de dialyse dispose donc, pour cette population précise, d'un socle de preuves plus étoffé que pour le syndrome primaire.
Les recommandations de l'AASM comportent des lignes spécifiques : gabapentine, fer sucrose intraveineux pour une ferritine inférieure à 200 ng/mL avec une saturation de la transferrine sous 20 %, et vitamine C, toutes en recommandations conditionnelles7. Noter que le seuil de ferritine y est différent de celui de la population générale des patients concernés.
Les maladies neurologiques chroniques
La sclérose en plaques arrive en tête de tous les terrains recensés avec 27,5 %5. La maladie de Parkinson suit avec 20 %, dans une configuration particulière : le patient reçoit déjà un traitement dopaminergique, ce qui rend l'interprétation d'une aggravation délicate, s'agit-il de l'évolution de la maladie, d'un syndrome des jambes sans repos associé, ou d'une augmentation ? Cette question relève du neurologue, mais la chronologie que rapporte le kinésithérapeute qui voit le patient chaque semaine l'éclaire souvent mieux qu'une consultation semestrielle.
La neuropathie périphérique, à 21,5 %, pose le problème inverse : ces deux entités figurent au différentiel l'une de l'autre et coexistent fréquemment. Un patient neuropathique peut avoir les deux, et la présence d'un examen neurologique anormal n'écarte pas un syndrome surajouté. C'est le cinquième critère dans toute sa difficulté : il demande que les symptômes ne soient pas uniquement expliqués par l'autre affection1.
Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?
Deux observations publiées, choisies parce qu'elles illustrent chacune un mécanisme différent de sous-diagnostic. Ce sont de véritables cas rapportés dans la littérature indexée, avec leurs identifiants.
Un syndrome révélant une anémie ferriprive sévère, chez un patient qui ne se plaignait de rien d'autre
Gul A, Khan Z. Cureus 2025;17(1):e78159 : PMID 40027033, PMCID PMC1187077516
Un homme de 35 ans, aborigène d'Australie, se présente pour un bilan de santé de routine : l'examen périodique prévu tous les neuf mois pour les populations aborigènes et insulaires du détroit de Torrès. Il n'est pas venu pour ses jambes. Interrogé, il mentionne des jambes sans repos la nuit.
Le point qui fait tout l'intérêt de ce cas : il nie tout autre symptôme, en particulier la fatigue et la faiblesse. Rien, dans sa plainte spontanée, n'oriente vers une anémie. Les examens biologiques révèlent pourtant une anémie ferriprive sévère, accompagnée d'une dyslipidémie.
Après mise en route d'un traitement martial, ses symptômes de jambes sans repos s'améliorent nettement. Les auteurs concluent sur l'importance de rechercher les causes secondaires, l'anémie ferriprive en premier lieu, et rappellent que la douleur de jambe, les jambes sans repos en particulier, est l'un des motifs les plus fréquents en médecine générale en Australie.
Ce que ce cas enseigne au cabinet. L'absence de fatigue n'écarte pas une carence martiale. Un patient jeune, actif, sans plainte générale, peut être profondément carencé et n'exprimer que par ses jambes. Un kinésithérapeute qui entend une description typique et suggère d'en parler au médecin en mentionnant le bilan martial fait exactement ce que ce cas montre être utile.
Un syndrome des jambes sans repos comme mode de présentation d'une spondyloarthrite
Yılmaz E. Reumatismo 2023;75(4) : PMID 38115781. Service de médecine physique et de réadaptation, université Bezmialem Vakıf, Istanbul17
L'auteure rapporte l'association d'une spondyloarthrite et d'un syndrome des jambes sans repos, sous un titre qui est une question directe : « Les jambes sans repos peuvent-elles être le signe d'autre chose ? »
L'article rappelle que les formes secondaires du syndrome sont associées à la carence martiale, à l'insuffisance rénale, à la grossesse, au diabète, à la neuropathie périphérique, et à plusieurs affections rhumatologiques dont la polyarthrite rhumatoïde et le syndrome de Gougerot-Sjögren. Quelques essais cliniques ont rapporté une fréquence accrue du syndrome chez les patients atteints de spondyloarthrite.
Le cas rapporté a évolué favorablement sous traitement conservateur, complété par du naproxène. L'auteure propose un mécanisme : l'anémie inflammatoire des maladies rhumatismales, et la carence martiale qui l'accompagne, peuvent contribuer à l'apparition du syndrome.
Ce que ce cas enseigne au cabinet. Le fait que l'observation vienne d'un service de médecine physique et de réadaptation n'est pas anodin : c'est là que ces patients arrivent. Devant des jambes sans repos chez un patient qui a par ailleurs des douleurs rachidiennes inflammatoires (réveils nocturnes de deuxième partie de nuit, dérouillage matinal prolongé, amélioration par l'exercice), les deux pistes se tiennent. Voir notre article sur la spondylarthrite ankylosante.
Pourquoi ces deux cas et pas des vignettes inventées
Un cas clinique trop net (« patiente de 42 ans, jambes sans repos depuis six mois, ferritine à 18, résolution complète en trois semaines ») est le signal le plus fiable d'une observation fabriquée. Les deux cas ci-dessus sont publiés, indexés, et vérifiables par leur identifiant. Ils sont d'ailleurs moins nets qu'une vignette inventée : dans le premier, l'amélioration est « nette » et non « complète » ; dans le second, la part respective de la spondyloarthrite, de l'anémie inflammatoire et du naproxène n'est pas démêlée. C'est ainsi que se présentent les vrais patients.
Comment appliquer tout cela en cabinet ?
Trois moments : le repérage pendant un bilan fait pour autre chose, l'entretien qui confirme ou écarte, et la transmission qui décide de la suite.
Repérer, sans chercher
Ce syndrome ne se dépiste pas : il se remarque. Les patients concernés viennent pour une lombalgie, une gonarthrose, une rééducation post-opératoire. La phrase qui doit accrocher l'oreille est toujours de la même famille : « le soir, il faut que je bouge les jambes », « j'ai des impatiences », « je dors mal, ça me travaille dans les jambes », « ma femme dit que je gigote toute la nuit ».
Deux questions suffisent pour décider s'il faut aller plus loin :
- « Quand ça vous prend, est-ce que vous avez mal, ou est-ce que vous avez besoin de bouger ? »
- « Qu'est-ce qui vous empêche de dormir ? », sans souffler la réponse.
Confirmer, en trois minutes
| Ce qu'on demande | Réponse compatible | Réponse qui doit faire douter |
|---|---|---|
| Besoin de bouger les jambes ? | Oui, irrésistible, difficile à décrire | Le patient parle d'emblée de douleur |
| Qu'est-ce qui le déclenche ? | Rester assis ou allongé, tranquille | La marche ; une posture précise |
| Qu'est-ce qui soulage ? | Se lever, marcher, et ça revient en se rasseyant | Un simple changement de position, une fois pour toutes ; surélever les jambes ; s'arrêter de marcher |
| À immobilité égale, différence matin / soir ? | Nettement pire le soir et la nuit | Identique toute la journée |
| Combien de temps ça dure ? | Plus de dix minutes | Quelques secondes ; une contraction brève et visible |
| Qu'est-ce qui vous empêche de dormir ? | « Mes jambes », spontanément | Autre chose, ou pas de trouble du sommeil |
| Que prenez-vous, y compris sans ordonnance ? | Rien de la liste ci-contre | Somnifère antihistaminique, neuroleptique, antiémétique, antidépresseur sérotoninergique7 |
Transmettre, en nommant
C'est le geste qui a le plus de valeur, et il ne coûte que quelques lignes. Un courrier ou un message au médecin traitant qui contient :
- les cinq critères, repris un par un, avec ce que le patient a répondu ;
- le retentissement sur le sommeil, en précisant que le patient l'attribue à ses jambes ;
- les mimes que vous avez écartés et sur quoi : c'est ce qui distingue une orientation argumentée d'une intuition ;
- la mention d'un bilan martial, ferritine et saturation de la transferrine, en rappelant que les seuils d'interprétation sont propres à cette pathologie7 ;
- le cas échéant, les médicaments repérés susceptibles d'aggraver.
Rappelons l'ordre de grandeur qui justifie ce soin : dans l'étude REST, 81 % des patients concernés avaient parlé de leurs symptômes à un médecin généraliste et 6,2 % avaient reçu le diagnostic3. La différence ne tient pas à la compétence du médecin : elle tient à la façon dont l'information lui parvient. « Il a mal aux jambes le soir » et « il présente les cinq critères d'un syndrome des jambes sans repos, avec insomnie attribuée aux jambes, mimes écartés » ne déclenchent pas la même consultation.
À lire aussi sur le site
- La neuropathie périphérique, notamment diabétique, le différentiel le plus fréquent, et la comorbidité la plus fréquente : 21,5 % des patients neuropathiques.
- Les pathologies de croissance du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent : le versant pédiatrique du chevauchement avec les douleurs de croissance.
- Le syndrome des loges chronique d'effort : le triage de la douleur d'effort du mollet et la place de l'index de pression systolique.
- La lésion musculaire du mollet : l'autre mollet douloureux, et la thrombose veineuse profonde qu'il faut écarter en premier.
- La sténose lombaire dégénérative, pour distinguer claudication neurogène et claudication vasculaire.
- La sclérose en plaques et la maladie de Parkinson : les deux terrains neurologiques où la prévalence dépasse 20 %.
- La spondylarthrite ankylosante : le terrain du second cas clinique.
- La fibromyalgie : autre tableau de plaintes diffuses avec troubles du sommeil, à ne pas confondre.
À retenir
- Le repérage se fait pendant un bilan mené pour autre chose : deux questions suffisent à décider s'il faut creuser.
- La confirmation prend trois minutes et suit les cinq critères.
- Le geste utile est la transmission nommée : les critères, le sommeil, les mimes écartés, le bilan martial.
- Le kinésithérapeute ne prescrit rien, ne conseille aucun complément, et ne modifie aucun traitement.
Questions fréquentes
Le syndrome des jambes sans repos et la maladie de Willis-Ekbom, est-ce la même chose ?
Oui. Ce sont deux noms de la même entité. « Maladie de Willis-Ekbom » rend hommage à Thomas Willis, qui en a donné une description au XVIIe siècle, et à Karl-Axel Ekbom, qui l'a caractérisée au XXe. Les critères internationaux de 2014 emploient d'ailleurs la double dénomination dans leur titre1. L'Organisation mondiale de la santé retient « syndrome des jambes sans repos » comme intitulé officiel du code 7A8026.
Faut-il une prise de sang pour faire le diagnostic ?
Non pour le diagnostic, oui pour la prise en charge. Le diagnostic est entièrement clinique et repose sur les cinq critères1 ; la polysomnographie n'est pas recommandée pour le poser5. En revanche, une fois le diagnostic évoqué, le bilan martial fait partie de la mise au point standard : l'AASM demande de doser régulièrement ferritine et saturation de la transferrine chez tout patient ayant un syndrome cliniquement significatif7.
Un patient peut-il avoir à la fois une neuropathie et un syndrome des jambes sans repos ?
Oui, et c'est fréquent : 21,5 % des patients ayant une neuropathie périphérique ont aussi ce syndrome5. Le cinquième critère n'exige pas l'absence de toute autre affection, mais que les symptômes ne soient pas expliqués uniquement par elle1. En pratique, un patient neuropathique qui décrit en plus un besoin de bouger apparaissant au repos du soir, soulagé par la marche et récidivant à l'immobilité, a probablement les deux.
Les étirements du soir sont-ils utiles ?
Il n'existe pas d'essai contrôlé propre aux étirements dans cette indication. La revue systématique des interventions non médicamenteuses ne les identifie pas comme une modalité évaluée à part9. Ils sont sans risque et beaucoup de patients les pratiquent spontanément parce que le mouvement soulage, ce qui est le critère 3, pas un effet thérapeutique. Les proposer est raisonnable ; les présenter comme un traitement ne l'est pas.
Le magnésium, ça marche ?
Ce n'est pas établi. Le magnésium ne figure ni parmi les traitements recommandés, ni parmi ceux explicitement déconseillés dans les recommandations de l'AASM 20257 : il n'y a tout simplement pas de preuve suffisante pour trancher. Ce qui est établi, en revanche, c'est le rôle du fer, avec des seuils précis. Orienter un patient vers un dosage de ferritine est fondé ; lui conseiller du magnésium ne l'est pas.
Pourquoi mon patient dit-il que son traitement marche moins bien qu'avant ?
Deux explications possibles, et elles appellent des conduites opposées. Il peut s'agir de l'évolution naturelle de la maladie. Il peut aussi s'agir d'une augmentation, aggravation iatrogène induite par le traitement dopaminergique lui-même, dont l'incidence annuelle est de 7 à 10 %5. Le signe qui oriente : les symptômes commencent plus tôt dans la journée qu'avant le traitement, s'étendent parfois aux bras, et chaque augmentation de dose ne soulage que brièvement. Cette information doit remonter au prescripteur, sans jamais modifier ni interrompre le traitement, un arrêt brutal exposant à un rebond sévère.
Est-ce que ça se guérit ?
Le syndrome primaire est une affection chronique, classée par les critères de 2014 en forme chronique-persistante ou intermittente1. Les formes secondaires, elles, peuvent régresser quand leur cause est corrigée : c'est exactement ce que montre le cas clinique de l'anémie ferriprive, où la supplémentation martiale a nettement amélioré les symptômes16. C'est une raison de plus pour que le bilan martial ne soit pas différé.
Un kinésithérapeute peut-il poser ce diagnostic ?
Il peut le reconnaître, le documenter et l'orienter ; le diagnostic médical revient au médecin. Cette distinction n'est pas une précaution de langage : elle est utile au patient. Un kinésithérapeute qui écrit « les cinq critères sont réunis, avec insomnie attribuée aux jambes, et j'ai écarté crampes, insuffisance veineuse et claudication » transmet un travail clinique exploitable. Les chiffres de l'étude REST montrent que c'est précisément à cette étape que le diagnostic se perd3.
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