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Kinésithérapie du sport · Jambe et cheville

Le syndrome des loges chronique d'effort : un tableau que l'examen au repos efface

En bref

Une douleur de jambe qui apparaît à un seuil d'effort presque toujours le même, à type de tension ou de brûlure, qui oblige à s'arrêter, cède en quelques minutes de repos, et revient exactement au même point à la reprise. Parfois des fourmillements, parfois un pied qui claque en fin de course. Entre les crises, l'examen ne trouve rien, et c'est précisément ce qui égare : un patient examiné au repos paraît indemne. L'erreur classique consiste à traiter une périostite tibiale ou une fracture de fatigue pendant des mois. La mesure des pressions intra-compartimentales reste la référence, mais ses seuils historiques chevauchent les valeurs de sujets sains, et le débat sur leur validité est ouvert depuis 2012. Côté traitement, la piste conservatrice la plus documentée est la modification de la technique de course, et la fasciotomie, souvent présentée comme la solution, laisse plus de quatre coureurs sur dix sans retour à la course.

Synthèse clinique fondée sur les critères historiques de Pedowitz (AJSM 1990), les deux revues systématiques de 2012 qui en ont contesté la validité (Roberts, Aweid), la série diagnostique de Roscoe (AJSM 2015), la plus grande série de mesures publiée à ce jour (Lindorsson, 864 patients) et la revue de synthèse du British Medical Bulletin 2026 : 55 références vérifiées une à une sur PubMed et recoupées sur CrossRef.

Douleur de jambe du coureurDiagnostic différentielSeuils contestésRéentraînement de la fouléeEvidence-based
51%
des loges atteintes sont la loge antérieure
Campano 2016 · Arthroscopy · 1 596 patients opérés
27,5mmHg
la plus haute pression relevée chez un sujet témoin à 1 min d'effort
Aweid 2012 · Clin J Sport Med · 32 études revues
65%
de retour au service actif sans chirurgie après réentraînement de la foulée
Zimmermann 2019 · BMJ Open SEM · n = 75 militaires

Synthèse clinique

Le diagnostic se fait à l'interrogatoire, pas à l'examen. C'est la phrase la plus importante de cet article, et elle est aussi la plus difficile à appliquer, parce qu'elle contredit le réflexe de tout clinicien : chercher un signe. Ici, le signe n'existe pas au repos. Ce qui existe est un récit, et ce récit a une forme si constante qu'il constitue à lui seul l'essentiel de la preuve. La revue du British Medical Bulletin 2026 le pose comme un des rares points d'accord du domaine : « l'anamnèse reste centrale », soutenue par un test de provocation des symptômes (Vogels et Zimmermann, PMID 42478572).

Le seuil d'effort est reproductible, et c'est le meilleur indice. Le patient ne dit pas « j'ai mal quand je cours ». Il dit « j'ai mal au bout de dix minutes », ou « au troisième kilomètre », et si on lui demande si c'est toujours au même moment, il répond oui sans hésiter. Cette régularité est le signe le plus discriminant du tableau. Dans une comparaison directe entre patients avec syndrome des loges et patients artéritiques de plus de 50 ans, le délai médian d'apparition des symptômes était de 15 minutes pour les loges contre 4 minutes pour l'artériopathie (de Bruijn, J Vasc Surg 2021, PMID 33278541).

Les deux diagnostics concurrents sont la périostite tibiale et la fracture de fatigue, et ils sont concurrents au sens fort : ce sont eux qu'on pose à la place, souvent pendant des mois. Ils se distinguent sur trois points, que le chapitre différentiel détaille : la localisation de la douleur (os contre muscle), sa cinétique dans la séance (installée d'emblée contre déclenchée à un seuil), et ce que donne la palpation (douloureuse sur plusieurs centimètres de bord tibial contre silencieuse). Le site publie une synthèse dédiée pour chacun : la périostite tibiale (MTSS) et la fracture de fatigue chez le sportif.

La mesure de pression est la référence, et sa référence est contestée. Les trois seuils de Pedowitz (1990) sont encore ceux que la plupart des séries utilisent. Deux revues systématiques publiées la même année ont montré qu'à l'exception de la pression de relaxation, ces seuils chevauchent la plage des sujets sains, et que plusieurs études rapportent chez des asymptomatiques des moyennes qui déclencheraient un diagnostic positif (Roberts et Franklyn-Miller, PMID 22092446 ; Aweid, PMID 22627653). Quatorze ans plus tard, la revue de 2026 conclut toujours que « les seuils courants manquent de validation robuste ».

La physiopathologie n'est pas établie. L'explication habituelle, une pression qui étrangle la perfusion musculaire, est présentée dans les manuels comme un fait. La revue de 2026 la classe parmi les questions ouvertes : le syndrome « a traditionnellement été vu comme un trouble de la perfusion, ce qui reste non prouvé ». Et le fascia, cible de l'opération, ne semble pas coupable : ni son épaisseur ni sa raideur ne diffèrent entre patients et sujets sains sur des biopsies du tibial antérieur (Dahl, CORR 2011, PMID 21948310). On opère donc une structure dont on n'a pas montré qu'elle était anormale, avec des résultats qui, eux, sont réels.

Il existe une piste conservatrice sérieuse, et elle est mécanique. Passer d'une attaque talon à une attaque avant-pied a fait chuter la pression post-course de 78,4 à 38,4 mmHg chez dix patients qui avaient déjà une indication opératoire, en multipliant par plus de trois la distance courue sans douleur. Aucun n'a été opéré (Diebal, AJSM 2012, PMID 22427621). L'effectif est petit, le devis est une série de cas, et le résultat a depuis été répliqué sur 19 puis sur 75 patients.

La fasciotomie marche, mais moins bien qu'on ne le dit. Sur 1 596 patients opérés, le succès est atteint chez environ deux tiers, la satisfaction chez 84 %, avec 13 % de complications et 6 % de reprises (Campano, Arthroscopy 2016, PMID 27020462). Chez des coureurs suivis en moyenne 66 mois, 84 % ont repris un sport, mais seulement 56 % la course (Salzler, Sports Health 2020, PMID 32163722). C'est cette différence entre « reprendre un sport » et « reprendre son sport » qu'il faut annoncer avant l'opération.

  • Le diagnostic est anamnestique. Un examen normal entre les crises ne l'infirme pas, il le confirme presque.
  • La question à poser n'est pas « où avez-vous mal ? » mais « à quel moment exactement ? » et « qu'est-ce qu'il faut faire pour que ça passe ? ».
  • Les seuils de pression ne sont pas un test de vérité. Une valeur sous le seuil chez un patient au récit typique ne referme pas le dossier ; une valeur au-dessus chez un patient au récit atypique ne l'ouvre pas.
  • Avant de parler chirurgie, la technique de course a été modifiée et évaluée. C'est la seule modalité conservatrice qui dispose de plusieurs séries convergentes.

Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome des loges chronique d'effort ?

Une loge musculaire est un volume clos par de l'os et du fascia. À l'effort, le muscle qui travaille gonfle. Si le contenant ne cède pas, la pression monte. Voilà la théorie, elle tient en trois phrases, et elle est probablement incomplète : ce chapitre pose l'anatomie, les chiffres de population, puis dit franchement ce qu'on ne sait pas.

Quatre loges, une seule le plus souvent en cause

La jambe est divisée en quatre loges ostéo-fasciales, délimitées par le tibia, la fibula, la membrane interosseuse et des cloisons intermusculaires. Chacune contient ses muscles et son nerf, et c'est ce nerf qui explique la sémiologie sensitive quand elle existe.

  • Loge antérieure : tibial antérieur, long extenseur des orteils, long extenseur de l'hallux, troisième fibulaire. Nerf fibulaire profond. C'est la loge la plus rigide, coincée entre le tibia, la fibula et la membrane interosseuse.
  • Loge latérale : long et court fibulaires. Nerf fibulaire superficiel.
  • Loge postérieure superficielle : gastrocnémiens, soléaire, plantaire. Nerf sural (sensitif).
  • Loge postérieure profonde : tibial postérieur, long fléchisseur des orteils, long fléchisseur de l'hallux, poplité. Nerf tibial.

La répartition des atteintes n'est pas égale, et elle est connue avec une précision inhabituelle grâce à la revue systématique de Campano, qui a agrégé 24 séries chirurgicales représentant 1 596 patients.

Quelle loge est atteinte, et chez qui

Répartition des loges décomprimées dans 24 séries chirurgicales agrégées, 1 596 patients

Diagramme en barres horizontales de la fréquence d'atteinte des quatre loges de la jambe selon Campano 2016 : loge antérieure 51 %, loge latérale 33 %, loge postérieure profonde 13 %, loge postérieure superficielle 3 %. Base : 1 596 patients opérés, part de chaque loge parmi les loges atteintes (Campano 2016) Loge antérieure Tibial antérieur, extenseurs. Nerf fibulaire profond 51 % IC 95 % : 48,6 à 52,3 % Loge latérale Fibulaires. Nerf fibulaire superficiel 33 % IC 95 % : 31,4 à 34,9 % Loge postérieure profonde Tibial postérieur, fléchisseurs. Nerf tibial 13 % Loge postérieure superficielle Triceps sural. Nerf sural 3 %

Source : Campano D, Robaina JA, Kusnezov N, Dunn JC, Waterman BR. Surgical Management for Chronic Exertional Compartment Syndrome of the Leg: A Systematic Review of the Literature. Arthroscopy 2016;32(7):1478-86 (PMID 27020462). Attention à la nature de la base : ce sont des patients opérés, donc la répartition reflète aussi les indications chirurgicales et non seulement la maladie.

Deux enseignements pratiques en découlent. D'abord, si l'on ne devait explorer qu'une loge, ce serait l'antérieure : elle représente la moitié des atteintes, et c'est aussi celle dont la sémiologie est la plus caractéristique, avec le pied qui claque et le déficit de relevé en fin de course. Ensuite, la loge postérieure profonde est la plus difficile : elle est profonde, sa mesure est techniquement délicate, et c'est celle dont la présentation ressemble le plus à une périostite tibiale, puisqu'elle fait mal du même côté du tibia.

  • Une atteinte latérale isolée existe et n'est pas anecdotique : elle a fait l'objet de séries dédiées, et sa présentation, douleur latérale de jambe avec parfois une gêne sensitive du dos du pied, se confond volontiers avec un piégeage du nerf fibulaire superficiel.
  • Le fait que la loge antérieure domine en chirurgie ne veut pas dire qu'elle domine en consultation. Dans la cohorte de 698 patients de de Bruijn, l'atteinte des fléchisseurs profonds concernait 53 % des moins de 50 ans contre 26 % des plus âgés (PMID 29531960) : chez le jeune coureur, la loge postérieure profonde est loin d'être marginale.

Qui est concerné, et à quelle fréquence

L'incidence dans la population générale est mal connue. La mise au point de Current Sports Medicine Reports avance une estimation d'environ 1 cas pour 2 000 personnes par an (Velasco et Leggit, 2020, PMID 32925373). Ce chiffre circule beaucoup et mérite d'être manipulé avec prudence : il s'agit d'une estimation citée dans une revue de mise au point, pas du résultat d'une enquête de population.

Les chiffres solides viennent de populations fermées, où l'on connaît le dénominateur. Chez 294 skieurs nordiques d'élite des équipes de France suivis de 1994 à 2014, dix-huit cas confirmés ont été identifiés, soit une prévalence de 6,1 % et une incidence de 13 pour 1 000 skieurs-années, plus élevée chez les biathlètes, avec le skating et le ski-roue comme conditions déclenchantes principales (Calvelli, Int J Sports Med 2020, PMID 31935775). Le milieu militaire est l'autre grand pourvoyeur : dans la revue de Campano, 54 % des patients opérés étaient des militaires et 29 % des sportifs, dont 83 % de pratiquants récréatifs.

26,6 ansâge moyen des patients opérés, 1 596 cas (Campano 2016)
51 %de femmes parmi les patients diagnostiqués, 24 études (Rothman 2024)
1 sur 7des patients diagnostiqués a 50 ans ou plus, 698 cas (de Bruijn 2018)
85 %de formes bilatérales chez l'adolescent opéré, 155 patients (Beck 2016)

Ces quatre chiffres méritent d'être lus ensemble, parce qu'ils démentent trois idées reçues d'un coup.

Ce n'est pas une maladie d'homme. La revue systématique consacrée aux différences de sexe a agrégé 24 études fournissant une répartition : 51 % des patients diagnostiqués étaient des femmes (Rothman, Phys Sportsmed 2024, PMID 36698053). Le contraste avec les 70 % d'hommes des séries chirurgicales de Campano n'est pas une contradiction, c'est un effet de recrutement : les séries opératoires sont dominées par les cohortes militaires, elles-mêmes majoritairement masculines. En consultation de ville, la répartition est équilibrée. La même revue retrouve d'ailleurs un signal défavorable chez la femme : les athlètes masculins reprenaient plus souvent leur sport après chirurgie que les athlètes féminines.

Ce n'est pas une maladie d'adolescent uniquement. Sur 698 patients d'un centre de référence néerlandais, 98 avaient 50 ans ou plus, soit un sur sept. Ces patients plus âgés étaient moins sportifs (62 % ne pratiquaient rien ou seulement la marche), avaient plus de comorbidités, et surtout se présentaient bien plus souvent avec des symptômes unilatéraux (45 % contre 22 %). Chez eux, la loge antérieure dominait nettement (82 % contre 59 %) (de Bruijn, OJSM 2018, PMID 29531960).

C'est le plus souvent bilatéral. Chez 155 patients de 18 ans ou moins opérés dans un centre pédiatrique, 131 (85 %) présentaient des symptômes bilatéraux imposant une libération des deux côtés, 88 % étaient des filles, et le sport principal était la course (25 %), le football (23 %) ou le hockey sur gazon (12 %) (Beck, AJSM 2016, PMID 27365374). Une douleur strictement unilatérale chez un adolescent doit donc faire redoubler d'attention sur les autres causes.

Un patient de plus de 50 ans qui décrit une douleur de mollet à la marche n'est pas forcément artéritique. Un sur sept des syndromes des loges diagnostiqués dans un centre de référence avait cet âge, et il consultait le plus souvent pour une jambe, pas pour deux.

Ce que l'on croit savoir de la physiopathologie, et ce que l'on sait

Le récit standard tient en une boucle : l'exercice fait gonfler le muscle, la loge inextensible ne s'adapte pas, la pression monte, la perfusion capillaire chute, le muscle devient ischémique, la douleur apparaît, l'arrêt de l'effort inverse le processus. C'est cohérent, c'est enseigné partout, et deux données au moins invitent à ne pas le tenir pour acquis.

Le fascia n'est pas anormal. Dahl a prélevé des biopsies fasciales du tibial antérieur chez six sujets sains, onze patients atteints et dix patients atteints et diabétiques, puis mesuré la raideur sur machine de traction et l'épaisseur au microscope. Ni la raideur normalisée au poids ni l'épaisseur ne différaient entre les groupes. Les auteurs concluent que « les propriétés structurelles et mécaniques n'expliquent vraisemblablement pas le syndrome » et qu'il faut chercher ailleurs (Clin Orthop Relat Res 2011, PMID 21948310). C'est une donnée gênante pour un traitement qui consiste précisément à ouvrir ce fascia.

L'ischémie n'est pas démontrée. La revue de synthèse de 2026 range explicitement l'étiologie parmi les chantiers ouverts, en des termes qui ne laissent pas de place à l'interprétation : la recherche future « devrait s'attaquer à la question centrale de l'étiologie des symptômes », le syndrome ayant « traditionnellement été vu comme un trouble lié à la perfusion, ce qui reste non prouvé » (Vogels et Zimmermann, PMID 42478572).

Une hypothèse alternative a été explorée à grande échelle : l'obstruction veineuse fonctionnelle. Sur 284 patients avec douleur de jambe d'effort explorés par angioscanner en contrainte, une compression veineuse fonctionnelle reproduisant les symptômes a été retrouvée chez 91,5 % d'entre eux, et un traitement ciblé par toxine botulique a réduit ou fait disparaître les symptômes chez 79,9 % à quatre semaines (McGinley, Clin J Sport Med 2022, PMID 34009799). Le devis est une série rétrospective monocentrique sans groupe témoin, la conclusion des auteurs (« le syndrome résulte d'une obstruction veineuse ») dépasse ce que ce devis permet d'affirmer, et le résultat n'a pas été répliqué de façon indépendante. Il mérite d'être connu, pas d'être enseigné comme le mécanisme.

Une observation clinique va dans le sens d'une mécanique plutôt que d'une simple ischémie : les patients modifient leur marche avant d'avoir mal. Roscoe a mesuré les pressions plantaires de 20 militaires atteints et de 20 témoins, à la marche et au pas cadencé, avant l'apparition des symptômes. Les patients posaient le pied à plat plus vite après l'attaque du talon, avec une aire sous la courbe ROC de 0,75 à 0,77, ce que les auteurs qualifient de « validité prédictive correcte ». Leur interprétation est un désavantage mécanique du tibial antérieur (Gait Posture 2018, PMID 29702369). Ce résultat est important pour la suite : si la mécanique de course est en amont, la modifier peut être un traitement, et pas seulement un aménagement.

  • Quatre loges, une domine largement les séries opératoires : l'antérieure, la moitié des cas.
  • Populations à risque : coureurs, militaires, et des sports d'endurance dont on parle moins, comme le ski de fond en skating.
  • La répartition hommes-femmes est équilibrée quand on regarde les patients diagnostiqués et non les patients opérés.
  • Ni le fascia ni l'ischémie n'ont été démontrés comme la cause. Le dire au patient est plus honnête que de lui servir le schéma du manuel.

À quoi reconnaît-on le tableau, une fois qu'on le connaît ?

C'est le chapitre qui rend cet article utile. Le syndrome des loges chronique d'effort est extrêmement reconnaissable, à condition d'avoir en tête la forme exacte du récit. Ce qui suit est cette forme, découpée en éléments, chacun avec ce qu'on en sait.

Cinq symptômes cardinaux, et un ordre d'importance

La littérature s'accorde sur cinq symptômes : douleur, sensation de tension, crampes, faiblesse et troubles de la sensibilité, apparaissant à l'effort et disparaissant à l'arrêt (Ding, J Vasc Surg 2020, PMID 32473344 ; Dunn et Waterman, Clin Sports Med 2014, PMID 25280617). Ils ne pèsent pas le même poids. Dans la cohorte de 698 patients de de Bruijn, la douleur était présente chez 94 à 96 % des patients selon la tranche d'âge, et la sensation de tension chez 57 à 62 % (PMID 29531960). Douleur et tension sont donc le noyau ; les trois autres sont des arguments supplémentaires quand ils sont là, et leur absence n'élimine rien.

Le mot que les patients emploient spontanément mérite attention. « Ça serre », « ça gonfle », « c'est comme si la peau allait craquer », « ça brûle » reviennent plus souvent que « ça fait mal ». Cette qualité de tension, distincte d'une douleur ponctuelle, est un des éléments qui orientent d'emblée loin de l'os.

Le seuil d'effort reproductible : l'élément le plus discriminant

Le patient est capable de dire à quel moment ça arrive, et ce moment ne bouge pas. Dix minutes, trois kilomètres, la deuxième montée du parcours. Cette régularité n'a rien d'un détail de confort : elle est ce qui distingue une souffrance de loge d'une douleur d'os, laquelle s'installe plus progressivement et dépend surtout de la charge cumulée des semaines précédentes.

La seule mesure directe de ce délai vient d'une comparaison inattendue. Cherchant à aider les chirurgiens vasculaires à ne pas confondre un syndrome des loges avec une artériopathie chez les patients de plus de 50 ans, de Bruijn a comparé 43 patients atteints de syndrome des loges et 41 artéritiques nouvellement diagnostiqués. Le délai d'apparition des symptômes à l'effort était de 15 minutes dans le groupe loges contre 4 minutes dans le groupe artériel (p < 0,01) (J Vasc Surg 2021, PMID 33278541).

La forme de la crise : trois cinétiques qui ne se ressemblent pas

Schéma de principe, ancré sur les délais mesurés par de Bruijn 2021 (15 min contre 4 min)

Trois courbes de douleur en fonction du temps de course. Le syndrome des loges reste indolore une dizaine de minutes puis monte brutalement et redescend vite à l'arrêt. La périostite tibiale démarre dès l'échauffement et plafonne. L'artériopathie apparaît dès la quatrième minute et disparaît complètement à l'arrêt. 0 4 min 10 min 15 min arrêt Temps depuis le début de l'effort Douleur seuil franchi, toujours au même point Syndrome des loges Périostite tibiale Artériopathie

Les délais portés sur l'axe proviennent de de Bruijn JA, Wijns KCA, van Kuijk SMJ, Hoogeveen AR, Teijink JAW, Scheltinga MRM. Chronic exertional compartment syndrome in the differential diagnosis of peripheral artery disease in older patients with exercise-induced lower limb pain. J Vasc Surg 2021;73(6):2114-21 (PMID 33278541). La forme des courbes est une représentation pédagogique de descriptions cliniques, elle n'est pas issue d'une mesure continue de la douleur.

Ce qui cède au repos, et ce qui ne cède pas toujours

Le troisième élément du récit est la récupération : le patient s'arrête, marche quelques minutes, et ça passe. Puis il repart, et ça revient au même endroit. Cette réversibilité rapide est ce qui donne son nom au tableau et le sépare d'une lésion tissulaire constituée.

Il faut cependant se garder d'en faire un critère absolu, parce que la seule étude qui l'a mesuré de front dit autre chose. Chez de Bruijn, l'arrêt de l'effort soulageait complètement les 41 patients artéritiques, sans exception, mais 73 % des patients atteints de syndrome des loges gardaient une gêne résiduelle. Ce résultat inverse l'usage habituel du critère : ce n'est pas la disparition qui signe le syndrome des loges, c'est la persistance d'une gêne après l'arrêt qui l'a le mieux distingué de l'artériopathie, avec une spécificité de 100 % et une valeur prédictive positive de 100 % dans cette comparaison. La persistance de la douleur au-delà de 4,5 minutes après l'arrêt avait la meilleure sensibilité (95 %), pour une spécificité de 54 %.

Deux précautions avant de généraliser. D'abord, la population est particulière : patients de 50 ans et plus des deux côtés, comparés à des artéritiques dont l'âge médian était de 72 ans. Ensuite, la comparaison n'oppose pas le syndrome des loges à la périostite ou à la fracture de fatigue, mais à une maladie artérielle. Ce que l'étude établit solidement, c'est qu'un soulagement immédiat et total à l'arrêt évoque davantage une claudication vasculaire que le syndrome des loges. Ce qu'elle n'établit pas, c'est un seuil applicable au jeune coureur.

  • La formule des manuels, « la douleur cède au repos en quelques minutes », est vraie en tendance : la douleur s'effondre nettement à l'arrêt. Elle est fausse comme critère binaire : près de trois patients sur quatre gardent quelque chose.
  • Question utile en consultation : « quand vous vous arrêtez, ça part complètement, ou il reste une gêne ? » Une gêne résiduelle n'est pas un argument contre le diagnostic.

Les paresthésies et le pied qui lâche

Quand la loge atteinte contient un nerf moteur, l'histoire peut inclure une composante neurologique transitoire. La plus caractéristique concerne la loge antérieure et le nerf fibulaire profond : engourdissement du premier espace intermétatarsien, et surtout un pied qui claque en fin de course, parce que le tibial antérieur ne freine plus la descente de l'avant-pied. Certains patients décrivent un trébuchement sur le bord d'un trottoir dans les dernières minutes de la sortie, jamais au début.

La fréquence des paresthésies a été mesurée dans une cohorte chirurgicale de 78 jambes : 33 patients sur 78, soit 42,3 %, en rapportaient (Shankar, Sports Health 2024, PMID 36951383). Ce n'est donc ni rare ni constant. Et ce symptôme a une valeur pronostique qui compte pour la suite : dans cette même série, la présence de paresthésies prédisait de moins bons résultats après fasciotomie, avec des douleurs de repos et d'activité quotidienne plus sévères, un gain d'activité moindre et une probabilité de retour au sport plus faible. Le sous-groupe le plus défavorable était celui des paresthésies dans le territoire du nerf tibial.

Autrement dit, un patient qui décrit des fourmillements donne à la fois un argument diagnostique et un signal pronostique. Cela mérite d'être noté au dossier avant, et non après, la discussion chirurgicale.

Le seul signe d'examen qui a fait ses preuves : la hernie musculaire

Pedowitz a comparé, sur 131 dossiers, les patients dont le diagnostic a été confirmé par la mesure de pression et ceux chez qui il a été infirmé. La conclusion est frappante et n'a jamais été démentie depuis : la seule différence significative retrouvée à l'interrogatoire et à l'examen physique était la présence de hernies musculaires, chez 45,9 % des patients atteints contre 12,9 % des autres (AJSM 1990, PMID 2301689).

Il s'agit d'une petite voussure sous-cutanée, souvent sur la face antéro-latérale du tiers moyen ou distal de la jambe, au point de sortie d'une branche perforante du fascia, mieux visible en contraction ou après l'effort. Elle est indolore le plus souvent. La chercher demande de regarder la jambe debout, en contraction du relevé, et pas seulement de palper le patient allongé.

Sur 131 dossiers, un seul élément de l'examen clinique séparait significativement les patients atteints des autres : la hernie musculaire. Trente-six ans plus tard, aucun test physique n'est venu s'y ajouter.

Le retard diagnostique, et pourquoi il est la règle

Dans la série pédiatrique de Beck, les symptômes évoluaient depuis plus d'un an chez 63 % des 155 patients au moment de la chirurgie (PMID 27365374). Ce délai n'est pas un accident : il est produit par la structure même du tableau. Le patient consulte pour une douleur qu'il n'a pas au moment de la consultation, chez un praticien qui l'examine au repos et ne trouve rien, avec une imagerie standard normale. Chacun conclut logiquement à quelque chose de bénin, et la conclusion la plus disponible est la périostite.

La conséquence pratique est simple : c'est l'interrogatoire qui doit être systématique, pas l'examen. Trois questions suffisent à orienter :

  1. « À quel moment de la séance, exactement ? » Une réponse précise et stable oriente vers la loge.
  2. « Qu'est-ce qu'il faut faire pour que ça passe ? » Devoir s'arrêter, et que cela suffise en quelques minutes, oriente vers la loge. Devoir attendre plusieurs jours oriente vers l'os.
  3. « Est-ce que ça revient au même endroit si vous repartez ? » Un retour au même seuil, dans la même séance, est très évocateur.

Drapeaux rouges devant une douleur de jambe d'effort

  • Douleur disproportionnée, qui ne cède pas à l'arrêt, avec tension de loge et déficit sensitivomoteur progressif : penser au syndrome de loge aigu sur chronique. C'est une urgence chirurgicale. La forme aiguë sur chronique est rare mais décrite, y compris bilatérale et sans traumatisme, et le rapport de cas publié insiste sur le fait que « la douleur disproportionnée par rapport à l'examen est le signe le plus sensible » (Schwartz, Bull Hosp Jt Dis 2017, PMID 28583063).
  • Douleur nocturne, de repos, non mécanique, réveillant le patient, ou douleur exquise et fixe sur un point osseux avec impossibilité de sauter à cloche-pied : évoquer une fracture de fatigue à haut risque avant tout le reste.
  • Mollet unilatéral tendu, chaud, augmenté de volume, sans notion d'effort déclenchant, surtout après immobilisation, voyage long ou chirurgie : thrombose veineuse profonde, exclusion en urgence.
  • Claudication à distance courte et fixe chez un patient de plus de 50 ans, avec facteurs de risque vasculaire, disparaissant complètement et immédiatement à l'arrêt : artériopathie oblitérante, mesure de l'index de pression systolique.
  • Symptômes déclenchés par la flexion plantaire contre résistance ou la dorsiflexion forcée, abolition d'un pouls distal en position provoquée chez un jeune sportif : syndrome de l'artère poplitée piégée, imagerie vasculaire dynamique.
  • Contexte de faible disponibilité énergétique, aménorrhée, antécédent de fracture de fatigue : la douleur de jambe n'est plus un problème local, elle est le symptôme d'un problème général.
  • Douleur et sensation de tension sont le noyau du tableau ; crampes, faiblesse et paresthésies sont des arguments de renfort.
  • Le seuil reproductible est l'élément le plus utile de tout l'interrogatoire.
  • La hernie musculaire est le seul signe physique dont la valeur discriminante a été mesurée. On la cherche debout, en contraction.
  • Les paresthésies sont présentes chez environ 4 patients sur 10 et annoncent un résultat chirurgical moins bon : ce n'est pas seulement un symptôme, c'est un facteur pronostique.

Pourquoi l'examen au repos est-il normal, et comment faire parler la jambe ?

C'est le piège central de cette pathologie : le patient vient vous voir dans l'état exact où il n'a rien. Un examen normal n'est pas un argument contre le diagnostic, c'est une conséquence attendue du mécanisme. La parade tient en un principe : ne pas examiner la jambe au repos, mais après l'avoir mise en difficulté.

Un examen de repos normal est la règle, pas l'exception

Entre deux crises, il n'y a rien à trouver, et il ne devrait rien y avoir à trouver. Les amplitudes sont libres, la force testée en manuel est normale, la palpation du corps musculaire est indolore, les tests de mise en tension neuro-méningée sont négatifs. Le seul élément que l'on puisse relever à froid est la hernie musculaire décrite plus haut, présente chez moins d'un patient sur deux.

Cette normalité produit un effet pervers documenté : elle oriente vers un diagnostic qui, lui, donne quelque chose à palper. Une périostite tibiale offre une douleur reproductible à la pression sur le bord postéro-médial du tibia, sur plusieurs centimètres. Le clinicien qui palpe trouve, et ce qu'il trouve devient le diagnostic. Rien n'oblige pourtant les deux à s'exclure : une part des patients pris en charge en centre militaire pour syndrome des loges avaient également une périostite associée, et leur traitement conservateur a donné les mêmes résultats que celui des patients sans périostite (Zimmermann, BMJ Open Sport Exerc Med 2019, PMID 31191976).

Le test de provocation des symptômes

La revue de synthèse de 2026 place le test de provocation parmi les rares éléments consensuels : l'anamnèse « reste centrale, soutenue par un test de provocation des symptômes positif » (Vogels et Zimmermann, PMID 42478572). Le principe est de reproduire, en consultation, l'effort qui déclenche les symptômes, puis d'examiner immédiatement.

En pratique, cela se fait sans équipement particulier :

  • Reproduire l'effort déclenchant, pas un effort générique. Si le patient a mal en courant, il faut courir. Un tapis, une boucle extérieure, ou à défaut un enchaînement de montées sur la pointe des pieds et de relevés de pointe contre résistance jusqu'à reproduction du symptôme.
  • Aller jusqu'au seuil. Un test arrêté avant l'apparition des symptômes ne prouve rien. C'est la faute la plus fréquente : on interrompt à la première gêne alors que le tableau se révèle au moment où le patient dit « voilà, c'est ça ».
  • Examiner tout de suite après. Dans la minute, pas après le déshabillage et la prise de tension.

Ce que l'on cherche dans cette fenêtre courte :

  1. Une loge tendue à la palpation comparative, avec parfois une différence nette entre les deux jambes ou entre deux loges de la même jambe.
  2. Une hernie musculaire qui devient visible alors qu'elle ne l'était pas à froid.
  3. Un déficit de relevé de pointe, testé en manuel et en fonctionnel (marche sur les talons). Sa présence, transitoire, oriente fortement vers la loge antérieure.
  4. Une hypoesthésie du dos du pied ou du premier espace, comparée au côté opposé.
  5. La reproduction du symptôme du patient, ce qui est le point le plus important : il doit reconnaître sa douleur, pas décrire une douleur nouvelle.
  • Aucun de ces éléments n'a de valeur diagnostique chiffrée publiée. Ce sont des observations cliniques classiques, pas des tests validés, et il faut le savoir en les utilisant.
  • Leur intérêt réel est autre : ils documentent ce qui se passe à l'effort, et cette documentation fait la différence entre « le patient dit qu'il a mal » et « j'ai vu sa jambe se tendre et son relevé faiblir ». Elle change la conversation avec le médecin adressant.

Ce que la démarche en consultation ne peut pas faire

Il faut être clair sur les limites. Aucun test clinique du syndrome des loges chronique d'effort ne dispose d'une sensibilité ou d'une spécificité publiée. La revue systématique consacrée aux outils diagnostiques non invasifs a passé en revue 25 études sur 1 257 participants et n'a retenu, parmi les modalités évaluées, aucun outil validé comme substitut à la mesure de pression, y compris pour un modèle clinique prédictif, présent dans une seule étude (van der Kraats, OJSM 2023, PMID 36655016).

Le rôle du kinésithérapeute n'est donc pas de poser un diagnostic de certitude, mais de faire trois choses que personne d'autre ne fera aussi bien :

  • Reconnaître le motif dans un récit qui, sans cela, se range en périostite.
  • Éliminer activement les concurrents, en particulier la fracture de fatigue, qui n'admet pas de délai.
  • Commencer le traitement conservateur, dont la modalité la mieux documentée relève directement de sa compétence, et qui n'exige pas d'avoir mesuré une pression pour être mise en route. Ce point est établi : sur 108 militaires, la valeur de pression de la loge antérieure n'était pas associée au résultat du programme conservateur, et les auteurs concluent explicitement que la mesure « peut être reportée sans risque » (Vogels, Arch Rehabil Res Clin Transl 2022, PMID 35282146).
  • Un examen de repos normal est attendu. Ne pas le tenir pour un argument contre le diagnostic.
  • Le test de provocation consiste à reproduire l'effort réel jusqu'au seuil, puis à examiner dans la minute.
  • Ce que l'on y cherche : loge tendue, hernie qui apparaît, relevé de pointe faible, hypoesthésie du dos du pied, et surtout la reconnaissance du symptôme par le patient.
  • Aucune de ces manœuvres n'a de valeur diagnostique publiée. Elles documentent, elles ne prouvent pas.

Périostite, fracture de fatigue ou syndrome des loges : comment trancher ?

Les deux diagnostics que l'on pose à la place sont la périostite tibiale et la fracture de fatigue. Ce n'est pas un hasard : ce sont les trois causes les plus fréquentes de douleur de jambe chez le coureur, elles touchent la même population, et deux d'entre elles donnent quelque chose à palper. Ce chapitre les sépare sur des critères utilisables en consultation, puis élargit au reste du diagnostic différentiel.

Le trio du coureur, ligne par ligne

Trois questions suffisent à séparer les trois entités dans la grande majorité des cas : , quand dans la séance, et que donne la palpation.

Où. La périostite fait mal sur l'os, précisément sur le bord postéro-médial du tibia, dans son tiers distal ou moyen. La fracture de fatigue fait mal sur l'os aussi, mais sur un point, pas sur une ligne. Le syndrome des loges fait mal dans le muscle, en avant ou en dehors dans la moitié des cas, avec une localisation que le patient désigne du plat de la main et non du doigt.

Quand. La périostite est souvent présente dès l'échauffement, peut s'atténuer pendant la course, et revient à la fin ou après. La fracture de fatigue s'aggrave au fil de la séance et surtout au fil des semaines, avec une charge tolérée qui diminue de sortie en sortie. Le syndrome des loges est muet jusqu'à un seuil, puis devient intolérable en quelques minutes, et ce seuil ne se dégrade pas séance après séance.

Palpation. C'est le critère le plus opérationnel. La périostite donne une douleur reproductible à la pression sur plusieurs centimètres de bord tibial. La fracture de fatigue donne une douleur exquise et focale, sur deux ou trois centimètres au plus, souvent avec une douleur au saut à cloche-pied. Le syndrome des loges ne donne rien du tout au repos.

Tableau différentiel des principales causes de douleur de jambe liée à l'effort chez le coureur
EntitéQuand dans la séancePalpation au reposCe qui tranche
Syndrome des loges chronique d'effortDans le muscle. Antérieure ou latérale dans 84 % des loges opéréesMuet, puis seuil reproductible (délai médian mesuré à 15 min contre 4 min pour l'artériopathie)Normale. Hernie musculaire chez 45,9 % contre 12,9 % des non atteintsRécit du seuil reproductible et de la récupération rapide ; mesure de pression si le doute persiste
Périostite tibiale (MTSS)Bord postéro-médial du tibia, tiers distal ou moyenSouvent dès l'échauffement, peut s'atténuer en courantDouloureuse sur plusieurs centimètres de bord tibialLa palpation. Voir notre synthèse dédiée
Fracture de fatigue du tibiaPoint osseux focal. Tibia dans 99 % des lésions de jambe, tiers distal dans 57 %Aggravation progressive au sein de la séance et de semaine en semaineDouleur exquise focale, saut à cloche-pied douloureuxIRM. Voir notre synthèse dédiée
Artère poplitée piégéeMollet, parfois pied froid ou pâleEffort intense, parfois très précoceNormale au repos ; abolition possible d'un pouls en flexion plantaire ou dorsiflexion activeImagerie vasculaire dynamique (angio-IRM ou angioscanner en position provoquée)
Piégeage du nerf fibulaire superficielFace latérale de jambe, dos du piedÀ l'effort, parfois à la marche prolongéeSigne de Tinel possible au point de sortie fasciale, 10 à 12 cm au-dessus de la malléole latéralePrédominance des symptômes sensitifs sur la douleur musculaire ; bloc anesthésique diagnostique
Endofibrose de l'artère iliaque externeCuisse et fesse plus que jambe, côté dominantAux intensités maximales seulement, chez le cycliste et le triathlèteNormaleIndex de pression cheville-bras après effort maximal, imagerie artérielle
Artériopathie oblitéranteMollet, distance de marche fixeDélai court et constant (médiane 4 min)Pouls diminués ou abolis, troubles trophiquesSoulagement complet et immédiat à l'arrêt chez 100 % des patients artéritiques ; index de pression systolique
Thrombose veineuse profondeMollet unilatéral, tendu, chaudPermanent, non lié à l'effortMollet augmenté de volume, empâté, douloureuxScore clinique, D-dimères, échographie-doppler en urgence
Radiculopathie L5 ou S1Trajet radiculaire, souvent du rachis au piedVariable, souvent aggravée par la position assise ou la touxDouleur rachidienne, tests de mise en tension neurale positifsTopographie radiculaire, examen neurologique, absence de seuil d'effort reproductible

Sources des chiffres cités dans le tableau : Campano 2016 (PMID 27020462) pour la répartition des loges ; de Bruijn 2021 (PMID 33278541) pour les délais et le soulagement à l'arrêt ; Pedowitz 1990 (PMID 2301689) pour les hernies musculaires ; Ruohola 2006 (PMID 16523142) pour la topographie des lésions osseuses. Les autres lignes reprennent les revues de synthèse sur la douleur de jambe d'effort de Rajasekaran et Finnoff (PMID 26616179) et Burrus (PMID 25157051) ; les seuils qui y figurent sont des repères cliniques, sans valeur diagnostique chiffrée publiée.

Un ordre d'élimination, pas une liste

Le diagnostic différentiel ne se déroule pas à plat : certaines hypothèses coûtent plus cher que d'autres si on les rate. La fracture de fatigue vient donc en premier, non parce qu'elle est la plus probable, mais parce que continuer à courir dessus peut la faire passer d'une fissure à une fracture complète. L'ordre qui suit reflète ce coût.

Ordre d'élimination devant une douleur de jambe d'effort

Les hypothèses les plus coûteuses à manquer sont écartées en premier, pas les plus probables

Arbre décisionnel. Étape 1 : douleur osseuse focale et persistante, imagerie pour fracture de fatigue. Étape 2 : douleur du bord postéro-médial du tibia sur plusieurs centimètres, périostite tibiale. Étape 3 : seuil d'effort reproductible avec tension et récupération rapide, sinon chercher du côté nerveux, rachidien ou veineux. Étape 4 : signes vasculaires en position provoquée, imagerie dynamique pour artère poplitée piégée. Conclusion : syndrome des loges chronique d'effort. Douleur de jambe déclenchée par l'effort 1. Point osseux exquis, douleur qui persiste après l'effort, saut à cloche-pied douloureux ? Fracture de fatigue jusqu'à preuve du contraire. Imagerie sans délai. 2. Douleur reproductible à la pression du bord postéro-médial du tibia, sur plusieurs centimètres ? Périostite tibiale (MTSS). Les deux peuvent coexister : la trouver n'arrête pas la recherche. 3. Seuil d'effort reproductible, tension musculaire, soulagement rapide à l'arrêt ? Si non : piégeage nerveux, radiculopathie, cause veineuse. Reprendre l'examen neurologique et rachidien. 4. Pouls modifié en flexion plantaire ou dorsiflexion active, pied froid ou pâle à l'effort ? Artère poplitée piégée ou endofibrose. Imagerie vasculaire en position provoquée. Les deux peuvent coexister. Syndrome des loges chronique d'effort non non oui non oui oui non oui

Séquence construite à partir des revues de synthèse sur la douleur de jambe d'effort (Rajasekaran et Finnoff 2016, PMID 26616179 ; Burrus 2015, PMID 25157051) et de la revue 2026 (PMID 42478572). Ce n'est pas un algorithme validé : c'est un ordre de priorité fondé sur le coût de l'erreur.

Deux diagnostics peuvent coexister, et c'est fréquent

L'arbre ci-dessus a un défaut que tout arbre partage : il suggère qu'on s'arrête à la première réponse positive. Deux données invitent à ne pas le faire.

D'abord, périostite et syndrome des loges cohabitent. Dans la cohorte militaire de Zimmermann, les 75 patients traités étaient répartis en deux groupes par construction : ceux avec un syndrome des loges antérieur à pression positive, et ceux qui avaient en plus une périostite tibiale associée. Fait notable pour la pratique : le résultat du traitement conservateur ne différait pas entre les deux groupes (PMID 31191976). Trouver une périostite ne dispense donc ni de chercher un syndrome des loges, ni de traiter la mécanique de course.

Ensuite, syndrome des loges et piégeage poplité peuvent coexister. Une joueuse de football universitaire suivie deux ans pour des douleurs de mollet bilatérales à l'effort avait été diagnostiquée avec un syndrome des loges sur les mesures de pression ; la persistance des symptômes et un examen évocateur ont conduit à une angio-IRM, qui a montré un spasme artériel sévère en flexion plantaire des deux côtés, établissant un syndrome de l'artère poplitée piégée de type VI associé. Elle a bénéficié d'une libération poplitée. Les auteurs en tirent la leçon qui compte : « le diagnostic réussi d'une affection n'exclut pas la possibilité d'une seconde pathologie, indépendante » (Bellomo, Diagnostics 2024, PMID 39202313).

Le piège n'est pas de manquer le syndrome des loges. Le piège est de le trouver, de s'arrêter là, et de laisser à côté une fracture de fatigue ou une artère piégée qui, elles, ne pardonnent pas l'attente.

Ce que pèse chaque hypothèse dans une population de coureurs

Deux chiffres donnent l'ordre de grandeur. Sur 154 militaires consécutifs adressés pour une douleur antérieure de jambe et explorés par IRM sur cinq ans, 86 (56 %) avaient une lésion osseuse de contrainte, dont 99 % siégeaient au tibia et 57 % dans son tiers distal (Ruohola, Clin Orthop Relat Res 2006, PMID 16523142). Autrement dit, chez un militaire à l'entraînement dont la douleur antérieure de jambe justifie une IRM, plus d'une fois sur deux la réponse est osseuse.

De l'autre côté, la périostite est banale : la revue de portée la plus récente rapporte des prévalences allant jusqu'à 69,5 % chez des marathoniens récréatifs dans une étude indienne, et des incidences jusqu'à 35,7 % dans une étude allemande, avec une hétérogénéité considérable entre populations (Saad, Cureus 2025, PMID 40171337). Ces valeurs extrêmes disent surtout ceci : la périostite est si fréquente qu'elle sera presque toujours l'hypothèse la plus probable a priori, ce qui explique mécaniquement pourquoi le syndrome des loges est manqué.

  • Trois questions séparent le trio du coureur : (os contre muscle), quand (d'emblée contre à un seuil), palpation (douloureuse sur une ligne, exquise sur un point, ou muette).
  • La fracture de fatigue s'élimine en premier, par coût de l'erreur et non par probabilité.
  • La périostite est si fréquente qu'elle capte le diagnostic par défaut. Il faut une raison positive de s'y arrêter, pas seulement l'absence d'autre idée.
  • Deux entités peuvent coexister. Trouver la première n'autorise pas à arrêter de chercher.

La mesure des pressions fait-elle vraiment le diagnostic ?

C'est la question qui structure tout le domaine depuis quinze ans. La mesure des pressions intra-compartimentales est présentée partout comme la référence, y compris dans les articles qui en démontrent les faiblesses. Ce chapitre expose d'où viennent les seuils, ce qui leur a été reproché, ce qui a été proposé pour les remplacer, et ce que cela change en consultation.

D'où viennent les seuils de 1990

Les trois valeurs que la plupart des services utilisent encore aujourd'hui viennent d'un article de 1990. Pedowitz et ses collègues avaient revu 131 dossiers de patients adressés entre 1978 et 1987 pour douleur chronique de jambe à l'effort, dont 45 avaient reçu le diagnostic de syndrome de loge chronique et 75 chez qui il avait été écarté par la mesure. Ils ont ensuite construit des critères à partir des pressions relevées au cathéter à fente dans 210 loges musculaires sans syndrome. Le résultat est le triplet devenu canonique : en présence de signes cliniques concordants, une pression de repos supérieure ou égale à 15 mmHg, ou une pression à 1 minute après effort supérieure ou égale à 30 mmHg, ou une pression à 5 minutes supérieure ou égale à 20 mmHg est diagnostique (AJSM 1990, PMID 2301689).

Deux remarques sur la construction de ces seuils, qui expliquent tout le débat ultérieur. D'abord, ils sont dérivés de la distribution des sujets sans syndrome, pas d'une comparaison de performance diagnostique contre une référence indépendante. Ensuite, l'article lui-même contient une donnée qu'on cite rarement : au recul de six mois à neuf ans, un tiers des patients atteints et plus de la moitié des patients non atteints rapportaient encore une douleur modérée à sévère persistante. La série qui a fondé les critères décrivait donc déjà une population dont le devenir était médiocre des deux côtés du seuil.

La contestation de 2012, en deux revues systématiques

Deux revues systématiques ont été publiées la même année, indépendamment, et sont arrivées à la même conclusion par deux chemins différents.

Roberts et Franklyn-Miller ont comparé les pressions intramusculaires de la loge antérieure de sujets sains, rapportées dans 38 études, aux critères diagnostiques en usage. Leur conclusion est sans ambiguïté : à l'exception de la pression de relaxation, « les critères actuels, considérés comme la référence, chevauchent la plage retrouvée chez les sujets sains ». Plusieurs études rapportaient des pressions moyennes qui déclencheraient un diagnostic positif alors qu'aucun sujet ne rapportait le moindre symptôme. Ils ajoutent que la pression intramusculaire varie selon de nombreux facteurs autres que la présence de la maladie, et que ces données « ont des implications majeures sur la capacité à utiliser ces critères publiés » (Scand J Med Sci Sports 2012, PMID 22092446).

Aweid et ses collègues ont, eux, agrégé les valeurs mesurées dans 32 études, chez les patients et chez les témoins, aux trois temps classiques. Le résultat mérite d'être regardé en détail, parce qu'il est plus nuancé qu'un simple rejet.

Où les patients et les témoins se distinguent, et où ils se confondent

Étendue des moyennes rapportées dans 32 études, en mmHg, aux trois temps de mesure

Trois paires de barres d'étendue. Avant l'effort, les patients vont de 7,4 à 50,8 mmHg et les témoins de 5,7 à 12 : les plages se chevauchent. Pendant l'effort, patients 42 à 150 et témoins 28 à 141 : chevauchement presque total. À une minute après l'effort, patients 34 à 55,4 et témoins 9 à 19 : aucun chevauchement. Chaque barre couvre l'étendue des moyennes rapportées par les études, du minimum au maximum Avant l'effort Patients 7,4 à 50,8 Témoins 5,7 à 12 plages qui se chevauchent Pendant l'effort Patients 42 à 150 Témoins 28 à 141 chevauchement quasi total : ce temps ne sépare rien 1 minute après l'effort Patients 34 à 55,4 Témoins 9 à 19 seul temps sans chevauchement 04080120160 Pression intra-compartimentale (mmHg)

Source : Aweid O, Del Buono A, Malliaras P, Iqbal H, Morrissey D, Maffulli N, Padhiar N. Systematic review and recommendations for intracompartmental pressure monitoring in diagnosing chronic exertional compartment syndrome of the leg. Clin J Sport Med 2012;22(4):356-70 (PMID 22627653). Les barres représentent l'étendue des moyennes rapportées par étude, non la dispersion des mesures individuelles.

La conclusion des auteurs suit exactement cette figure : les critères de pression en usage sont « peu fiables », l'accent doit rester sur une bonne anamnèse, et si l'on mesure, c'est à une minute après l'effort qu'il faut le faire, seul temps où les plages ne se chevauchaient pas dans les études analysées. Ils ajoutent une recommandation opérationnelle rarement citée : une valeur au-dessus de 27,5 mmHg, plus haute valeur relevée chez un témoin dans l'ensemble des études, associée à une histoire évocatrice, doit être considérée comme très suggestive.

  • Aweid ne dit pas « la mesure ne sert à rien ». Il dit : mesurez à 1 minute, pas pendant l'effort ni au repos, et lisez le résultat à côté de l'histoire, pas à sa place.
  • Le seuil de 30 mmHg à 1 minute de Pedowitz et le repère de 27,5 mmHg d'Aweid sont proches. Ce n'est pas ce seuil-là qui est le plus contesté, ce sont les deux autres : la pression de repos à 15 et la pression à 5 minutes à 20.

La proposition de 2015 : mesurer pendant, pas après

Roscoe a pris le problème par l'autre bout : plutôt que d'affiner un seuil post-effort, mesurer en continu pendant l'effort. Quarante hommes de 21 à 40 ans, vingt avec des symptômes de syndrome des loges antérieur et vingt témoins asymptomatiques, ont couru sur tapis avec une charge de 15 kg et des chaussures identiques, pression enregistrée en continu avant, pendant et après.

Trois résultats. Premièrement, les patients avaient déjà une pression plus élevée au simple passage en position debout : 35,5 contre 23,8 mmHg (p = 0,006). Deuxièmement, l'écart se creusait au moment de la douleur maximale tolérable : 114 contre 68,7 mmHg (p < 0,001). Troisièmement, un seuil de 105 mmHg pendant la phase d'effort offrait une sensibilité de 63 %, une spécificité de 95 % et un rapport de vraisemblance positif de 12,5 (IC 95 % : 3,2 à 49), « constamment supérieur aux critères existants » (AJSM 2015, PMID 25406302).

Il faut lire ces chiffres pour ce qu'ils sont. Une spécificité de 95 % et un rapport de vraisemblance de 12,5 rendent un test positif très informatif : au-dessus de 105 mmHg en charge, le diagnostic devient probable. Mais une sensibilité de 63 % signifie qu'un peu plus d'un patient sur trois passera sous le seuil. Un test négatif n'élimine rien. Et l'intervalle de confiance du rapport de vraisemblance, de 3,2 à 49, traduit l'incertitude d'un effectif de quarante sujets.

La suite de cette histoire mérite d'être connue, parce qu'elle est rare. La même équipe a suivi ce que devenaient les patients opérés après avoir été sélectionnés sur ces critères plus stricts : 46 % ont amélioré leur classement d'aptitude professionnelle militaire. Les auteurs le disent eux-mêmes, ces résultats « se situent dans le bas de la fourchette rapportée dans les populations civiles » (Simpson, BMJ Mil Health 2020, PMID 30992340). Des critères diagnostiques plus spécifiques n'ont donc pas produit de meilleurs résultats chirurgicaux, ce qui interroge autant la chirurgie que les critères.

Ce que montre la plus grande série de mesures publiée

Lindorsson a mesuré consécutivement, de 2009 à 2018, les pressions intramusculaires des quatre loges chez tous les patients adressés pour douleur de jambe d'effort dans un service d'orthopédie suédois. 864 patients : 442 avec un diagnostic retenu, 422 avec un diagnostic écarté. C'est de loin la plus grande base disponible, et elle permet de voir deux choses d'un coup : que les loges n'ont pas les mêmes valeurs, et que les extrêmes se chevauchent.

Pression à 1 minute après effort, par loge, chez 864 patients

Barre claire : étendue observée. Trait foncé : médiane. En haut de chaque paire, les 442 patients avec diagnostic retenu ; en dessous, les 422 chez qui il a été écarté

Quatre paires de barres d'étendue avec médiane, pour les quatre loges de la jambe. Les médianes des patients avec syndrome des loges vont de 33 mmHg pour la loge postérieure profonde à 47 mmHg pour la loge antérieure. Les médianes des patients sans syndrome vont de 12 à 18 mmHg. Les étendues se recoupent dans les quatre loges. Médianes et étendues, en mmHg, mesurées 1 minute après l'effort de provocation Loge antérieure médiane 47 médiane 18 Loge latérale médiane 40 médiane 14 Postérieure superficielle médiane 35 médiane 12 Postérieure profonde médiane 33 médiane 12 0306090120 Pression intra-compartimentale à 1 minute (mmHg)

Source : Lindorsson S, Zhang Q, Brisby H, Rennerfelt K. Significantly lower intramuscular pressure in the posterior and lateral compartments compared with the anterior compartment suggests alterations of the diagnostic criteria for chronic exertional compartment syndrome in the lower leg. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2021;29(4):1332-9 (PMID 32642913). Niveau de preuve 2. Le diagnostic a été retenu ou écarté sur l'histoire, l'examen et la mesure : les groupes ne sont donc pas indépendants du test évalué.

Deux enseignements. Le premier est explicite dans le titre de l'article : les loges postérieures et latérale ont des pressions significativement plus basses que la loge antérieure, chez les malades comme chez les non-malades. Appliquer un seuil unique de 30 mmHg à toutes les loges revient donc à exiger davantage des loges postérieures, et probablement à sous-diagnostiquer les atteintes profondes. Les auteurs recommandent explicitement d'abaisser le seuil pour ces loges.

Le second saute aux yeux sur la figure : dans les quatre loges, les étendues se recoupent. Un patient avec syndrome des loges peut avoir 24 mmHg en loge antérieure, un patient sans syndrome peut en avoir 34. La médiane sépare très bien les deux groupes ; le cas individuel, beaucoup moins.

Seuils de pression intra-compartimentale proposés, leur origine et leur statut actuel
Seuil proposéOriginePerformance publiéeStatut en 2026
Repos ≥ 15 mmHgPedowitz 1990, dérivé de 210 loges sans syndromeAucune sensibilité ni spécificité publiée dans l'article princepsContesté : chevauche la plage des sujets sains (Roberts 2012)
1 min ≥ 30 mmHgPedowitz 1990Sensibilité mesurée à 77 % (IC 67 à 86) pour un seuil de 35 mmHg dans une série prospective de 50 patientsLe moins contesté : seul temps sans chevauchement dans la revue d'Aweid, qui propose 27,5 mmHg comme repère
5 min ≥ 20 mmHgPedowitz 1990Aucune performance diagnostique publiée séparémentContesté : chevauche la plage des sujets sains
Effort ≥ 105 mmHg (mesure continue)Roscoe 2015, 20 patients et 20 témoinsSensibilité 63 %, spécificité 95 %, RV+ 12,5 (IC 3,2 à 49)Prometteur mais non répliqué de façon indépendante ; exige un dispositif dynamique
Seuils abaissés pour les loges postérieures et latéraleLindorsson 2021, 864 patientsDifférence significative entre loges, pas de seuil chiffré validé proposéRecommandation d'experts non encore traduite en critères opérationnels

Ce qui se fait réellement, et ce que cela implique

Malgré quinze ans de contestation, la pratique n'a presque pas bougé. La revue systématique de Dean a classé 29 études selon leur modalité diagnostique : 24 utilisaient une mesure statique de pression, 5 une mesure dynamique, et 2 seulement un diagnostic strictement clinique, pour un total de 1 270 patients (J ISAKOS 2024, PMID 37778507). La mesure statique, celle dont les seuils sont les plus discutés, reste donc la norme de fait.

La revue de synthèse de 2026 formule le point d'arrivée : « la valeur diagnostique de la mesure de pression reste très débattue. Les seuils courants manquent de validation robuste et montrent une sensibilité et une spécificité limitées, avec une variabilité méthodologique considérable » (PMID 42478572).

Pour un kinésithérapeute, trois conséquences pratiques en découlent, et elles sont libératrices plutôt que paralysantes.

  1. Un résultat négatif ne referme pas le dossier. Avec une sensibilité de 63 % pour le meilleur seuil publié, un patient sur trois au récit typique aura une mesure sous le seuil. La conduite ne change pas pour autant.
  2. Un résultat positif ne dispense pas du reste du différentiel. La joueuse de football du cas rapporté par Bellomo avait une mesure positive et une artère poplitée piégée.
  3. Il n'est pas nécessaire d'attendre la mesure pour commencer. C'est établi par une étude conçue pour cela : sur 108 militaires ayant complété un programme conservateur de 6 à 12 semaines, la valeur absolue de pression de la loge antérieure n'était pas associée au résultat (odds ratio 1,01 ; p = 0,64), et la conclusion des auteurs est que la mesure « peut être reportée sans risque » (Vogels, Arch Rehabil Res Clin Transl 2022, PMID 35282146). Aucun syndrome de loge aigu sur chronique n'est survenu dans cette cohorte.
Le seul temps de mesure dont les valeurs ne se chevauchent pas entre malades et sains est une minute après l'effort. Tout le reste, repos compris, se lit dans les deux populations.
  • Les seuils de 1990 dérivent de la distribution de sujets non malades, pas d'une comparaison contre une référence indépendante.
  • Deux revues systématiques de 2012 ont montré leur chevauchement avec les valeurs de sujets sains. Le repère le plus solide reste la mesure à 1 minute.
  • Le seuil dynamique de 105 mmHg de Roscoe est le plus performant publié : très bon pour confirmer, insuffisant pour écarter (sensibilité 63 %).
  • La mesure n'a pas besoin de précéder la mise en route du traitement conservateur : elle ne prédit pas son résultat.

Que valent les alternatives non invasives à l'aiguille ?

Puisque la mesure de pression est invasive, douloureuse et contestée, plusieurs équipes ont cherché à la remplacer. Trois pistes ont été sérieusement explorées : l'IRM, la spectroscopie proche infrarouge et la scintigraphie. Une quatrième, l'échographie, est plus accessible et beaucoup moins étudiée. Voici ce que chacune a démontré, et pourquoi aucune n'a encore remplacé l'aiguille.

L'IRM après effort

Le principe est simple : si le muscle souffre à l'effort, son signal T2 doit augmenter davantage que celui d'un muscle sain. Verleisdonk l'a testé sur 21 patients (41 loges antérieures) et 12 témoins, avec IRM avant et après effort, puis à nouveau chez 13 patients après fasciotomie. Les résultats sont nets : le signal T2 de la loge antérieure augmentait de 27,5 % (étendue 13,6 à 38,6 %) chez les patients, contre 7,6 % (0 à 9,1 %) chez les témoins et 4,25 % dans leur propre loge postérieure. Après fasciotomie, l'augmentation retombait à 4,1 % (Skeletal Radiol 2001, PMID 11465772).

Ce résultat est élégant : la loge atteinte se distingue de la loge saine du même patient, du témoin, et d'elle-même une fois opérée. Il a pourtant deux limites qui expliquent qu'il n'ait pas remplacé la mesure. La première est logistique : il faut une IRM disponible immédiatement après un effort suffisant pour déclencher les symptômes, ce qui n'est pas l'organisation habituelle d'un service de radiologie. La seconde est de performance : quand IRM et pression ont été comparées de front sur une population plus large, l'IRM avait une sensibilité comparable mais une spécificité moindre à sensibilité égale.

La spectroscopie proche infrarouge

La spectroscopie proche infrarouge mesure la saturation en oxygène du tissu à travers la peau, sans aiguille. Van den Brand a montré que les patients atteints désaturaient beaucoup plus : saturation moyenne au pic d'effort de 27 chez les patients contre 56 chez les sujets sains (p < 0,05), avec une variation entre repos et pic d'effort également plus marquée. Les valeurs revenaient dans la plage normale après fasciotomie (AJSM 2004, PMID 14977673).

La même équipe a ensuite conduit l'étude la plus utile du domaine : une comparaison prospective des trois modalités chez 50 patients (100 jambes), avec pour référence rétrospective la disparition des symptômes après fasciotomie. Le diagnostic a été confirmé chez 42 des 45 patients revus, et infirmé chez 3.

Sensibilité mesurée, aiguille contre lumière

Étude prospective sur 50 patients, référence : disparition des symptômes après fasciotomie

Deux barres de sensibilité avec intervalle de confiance à 95 pour cent. La mesure de pression intra-compartimentale au seuil de 35 mmHg atteint 77 pour cent, intervalle 67 à 86. La spectroscopie proche infrarouge atteint 85 pour cent, intervalle 76 à 92. Une ligne verticale marque les 93 pour cent annoncés pour la mesure de pression dans la littérature antérieure. Barres : sensibilité ponctuelle. Traits horizontaux : intervalle de confiance exact à 95 % Mesure de pression seuil 35 mmHg, invasive 77 % Spectroscopie proche infrarouge non invasive 85 % 93 % : sensibilité annoncée pour la pression dans la littérature antérieure 0255075100 Sensibilité (%)

Source : van den Brand JG, Nelson T, Verleisdonk EJ, van der Werken C. The diagnostic value of intracompartmental pressure measurement, magnetic resonance imaging, and near-infrared spectroscopy in chronic exertional compartment syndrome: a prospective study in 50 patients. Am J Sports Med 2005;33(5):699-704 (PMID 15722275). Niveau de preuve 2. Le devis n'inclut que des patients opérés : la spécificité n'y est donc pas estimable avec la même solidité que la sensibilité.

Le résultat qui a fait date est celui de la barre violette : la sensibilité de la mesure de pression mesurée dans cette étude, 77 % (IC 95 % : 67 à 86), était inférieure aux 93 % que la littérature lui prêtait. Et la spectroscopie, non invasive, atteignait 85 % (IC : 76 à 92), exactement l'estimation antérieure. La conclusion des auteurs est explicite : « la sensibilité de la spectroscopie proche infrarouge non invasive est cliniquement équivalente à celle des mesures invasives de pression ».

  • C'est le seul travail qui compare les trois modalités sur les mêmes patients. Il fait deux choses à la fois : il valide la spectroscopie et il dégonfle la sensibilité de la mesure de référence.
  • Vingt ans plus tard, la spectroscopie proche infrarouge n'est toujours pas d'usage courant. Ce n'est pas faute de résultat, c'est faute de réplication à grande échelle et de protocole standardisé.

L'échographie, la plus accessible et la moins étudiée

Mesurer l'épaississement de la loge antérieure en échographie avant et après course est séduisant : l'appareil est au cabinet, l'examen est immédiat, il ne coûte rien au patient. Une étude pilote a comparé 4 patients et 9 témoins après dix minutes de tapis. L'épaisseur de la loge antérieure augmentait de 21,3 % contre 6,32 % à 30 secondes, 24,6 % contre 4,22 % à 2 minutes 30, et 24,9 % contre 5,08 % à 4 minutes 30, toutes différences significatives (Rajasekaran, Clin J Sport Med 2013, PMID 23558330).

Quatre patients. Les auteurs concluent eux-mêmes que « d'autres études sont nécessaires pour valider ces résultats, avec l'objectif de développer des critères diagnostiques échographiques ». Treize ans après, ce travail de validation n'a pas été publié à une échelle qui permette de s'en servir. C'est une piste, pas un outil.

Le verdict des revues systématiques

Deux revues ont fait le bilan à un an d'intervalle, et elles concordent.

Ritchie a inclus 28 études évaluant des tests autres que la mesure de pression : IRM dans 8, scintigraphie SPECT dans 6, spectroscopie dans 4, IRM et spectroscopie ensemble dans 1, modalités diverses dans 9. Des résultats prometteurs étaient rapportés pour l'IRM, la spectroscopie et la scintigraphie, mais « les outils et protocoles diagnostiques étaient variés », cinq études exploraient ces modalités en complément plutôt qu'en remplacement, et « des études de validation de haute qualité étaient absentes » (Int J Sports Med 2023, PMID 35649437).

Van der Kraats a couvert 25 études et 1 257 participants, en évaluant le risque de biais avec les outils QUADAS. Quatre études seulement présentaient un risque de biais faible ; 21 étaient à risque. La conclusion est franche : « malgré le besoin de remplacer l'usage controversé de la mesure de pression, notre revue indique un manque de validité de tous les outils non invasifs discutés en tant que remplacement » (OJSM 2023, PMID 36655016).

Ritchie ajoute une phrase qui indique où va le domaine, et qui rejoint le fil de cet article : l'optimisation de critères cliniques précis fondés sur « l'histoire du patient, l'examen physique et la provocation des symptômes » pourrait à terme « rendre la mesure de pression intra-compartimentale redondante ». Autrement dit, la piste la plus sérieuse pour remplacer l'aiguille n'est peut-être pas une machine, mais un interrogatoire mieux structuré.

  • IRM : signal T2 de la loge atteinte nettement plus élevé après effort, avec normalisation après chirurgie. Sensibilité comparable à la pression, spécificité moindre.
  • Spectroscopie proche infrarouge : sensibilité 85 %, supérieure aux 77 % mesurés pour la pression dans la même étude. Non invasive. Peu diffusée.
  • Échographie : plausible et accessible, mais un seul travail pilote sur 4 patients. Pas d'usage diagnostique aujourd'hui.
  • Deux revues systématiques concluent qu'aucun outil non invasif n'est validé comme remplaçant. La piste la plus prometteuse reste un algorithme clinique bien construit.

Que peut la modification de la technique de course ?

C'est la piste conservatrice la mieux documentée, et de loin. Elle repose sur une idée simple : si la loge souffre parce que le tibial antérieur travaille trop pour freiner le pied à chaque attaque du talon, alors changer la façon de poser le pied change la demande. Quatre séries indépendantes ont testé cette hypothèse, avec des résultats convergents. Voici ce qu'elles montrent, et ce qu'elles ne montrent pas.

L'étude fondatrice : dix patients qui devaient être opérés

Diebal a recruté prospectivement dix patients ayant une indication chirurgicale posée pour syndrome des loges, et leur a proposé six semaines de réentraînement à l'attaque avant-pied avant d'opérer. Le choix de cette population est ce qui donne à l'étude sa force : ce ne sont pas des cas légers, ce sont des patients pour qui la chirurgie était déjà décidée.

Six semaines d'attaque avant-pied, chez dix patients qui devaient être opérés

Point clair : avant. Point plein : après six semaines. Chaque ligne a sa propre échelle

Quatre lignes de mesure avant et après six semaines de course en attaque avant-pied. La pression de la loge antérieure après course passe de 78,4 à 38,4 mmHg. La distance courue passe de 1,4 à 4,8 kilomètres. Le score SANE passe de 49,9 à 90,4 sur 100. Le score Lower Leg Outcome Survey passe de 67,3 à 91,5 sur 100. n = 10 patients, série prospective de cas, niveau de preuve 4 Pression de loge après course échelle 0 à 100 mmHg 78,4 38,4 Distance courue sans douleur échelle 0 à 6 km 1,4 4,8 Score SANE auto-évaluation, échelle 0 à 100 49,9 90,4 Score Lower Leg Outcome Survey échelle 0 à 100 67,3 91,5

Source : Diebal AR, Gregory R, Alitz C, Gerber JP. Forefoot running improves pain and disability associated with chronic exertional compartment syndrome. Am J Sports Med 2012;40(5):1060-7 (PMID 22427621). Série de cas prospective, niveau de preuve 4, sans groupe témoin ni randomisation.

Aux quatre mesures de la figure s'ajoutent trois résultats importants. Les forces verticales de réaction du sol et les impulsions étaient significativement réduites, ce qui donne un mécanisme plausible au bénéfice. Le score global de changement perçu était compris entre 5 et 7 pour tous les patients, c'est-à-dire entre « nettement mieux » et « beaucoup mieux ». Et surtout, à un an, les scores étaient encore meilleurs qu'à six semaines, avec des temps sur deux miles (3,2 km) significativement plus rapides qu'avant l'intervention. Aucun des dix patients n'a été opéré.

Dix patients avaient une indication opératoire. Six semaines plus tard, la pression de leur loge antérieure avait été divisée par deux, ils couraient trois fois plus loin, et aucun n'est passé au bloc.

Ce que la réplication a confirmé, et à quel prix

Une série de cas de dix patients ne suffit pas. Trois travaux ultérieurs ont testé la robustesse du résultat.

Helmhout a repris le protocole sur 19 patients, en comparant un programme encadré en centre à un programme à domicile supervisé de façon moins intensive. Les gains sont retrouvés : distance de course +43 %, pression post-course −36 %, SANE +36 %, Lower Leg Outcome Survey +18 %, plaintes spécifiques du patient +60 %. Le score global de changement se situait entre +4 et +5, donc « un peu mieux » à « modérément mieux », c'est-à-dire plus modeste que chez Diebal. Deux détails comptent : les scores continuaient de progresser quatre mois après la fin du programme (SANE +48 %, plaintes spécifiques +81 %, changement perçu +6, « beaucoup mieux »), et l'encadrement en centre n'a pas fait mieux que le domicile (OJSM 2015, PMID 26665032). Ce dernier point est décisif en pratique de ville : le bénéfice ne dépend pas d'un plateau technique.

Breen a travaillé sur 10 patients avec une approche un peu différente, quatre consignes de coaching plutôt que la seule attaque avant-pied : augmenter la flexion de hanche, augmenter la cadence, maintenir le tronc redressé, adopter une attaque médio-pied. À un an, 70 % des patients couraient sans douleur, le score du questionnaire de douleur de jambe d'effort s'était amélioré de 40,3 % à six semaines et de 49,2 % à un an, et trois des quatre consignes avaient produit des modifications cinématiques durables (Int J Sports Phys Ther 2015, PMID 25709867).

Zimmermann a évalué le passage à l'échelle en milieu militaire, sur 75 patients éligibles à la chirurgie. Après un programme de 145 jours en moyenne centré sur le réentraînement de la course et de la marche au pas, 65 % (49 sur 75) sont retournés au service actif sans chirurgie, 28 % ont été adressés au chirurgien et 7 % ont quitté l'armée. Le suivi à deux ans, obtenu chez 42 des 50 patients sollicités, montre une érosion : 57 % avaient poursuivi leur service sans chirurgie, mais parmi eux 57 % occupaient un poste physiquement moins exigeant (BMJ Open Sport Exerc Med 2019, PMID 31191976).

Cette dernière nuance est celle qu'il faut transmettre au patient. Un résultat conservateur réussi n'est pas toujours un retour à l'identique : c'est parfois un retour avec une charge ajustée. C'est déjà considérable au regard de l'alternative, mais ce n'est pas la même promesse.

Le programme, dans le détail publié

Les protocoles publiés se ressemblent assez pour qu'on en dégage une trame. Elle est décrite le plus précisément dans la cohorte de Vogels : 4 à 6 séances individuelles de réentraînement de la foulée sur 6 à 12 semaines, avec des devoirs à domicile uniformes insistant sur l'acquisition de la nouvelle technique (PMID 35282146). Dans cette cohorte de 108 patients, 69 % sont retournés au service actif.

Éléments du réentraînement de la foulée retrouvés dans les protocoles publiés
ÉlémentCe que disent les protocoles publiésEffet mesuré
Point d'attaque du piedPassage d'une attaque talon à une attaque avant-pied (Diebal) ou médio-pied (Breen)Pression post-course divisée par deux chez Diebal, réduite de 36 % chez Helmhout
CadenceAugmentation de la fréquence de pas, avec réduction de la longueur de fouléeLongueur de foulée, impulsion et pic de force verticale diminués (Diebal)
Posture du troncTronc maintenu redressé, sans flexion antérieure excessiveUne des trois consignes ayant produit un changement cinématique durable à un an (Breen)
Flexion de hancheAugmentation de la flexion de hanche pendant la phase oscillanteModification cinématique maintenue à un an (Breen)
Volume et progression4 à 6 séances individuelles sur 6 à 12 semaines, plus travail à domicile69 % de retour au service actif sur 108 patients (Vogels)
Lieu de la prise en chargeCentre spécialisé ou domicile superviséAucune différence significative entre les deux (Helmhout)
  • Le passage à l'avant-pied augmente la demande sur le triceps sural et le tendon d'Achille. Les protocoles publiés étalent la transition sur six semaines, et cette progressivité n'est pas décorative : c'est ce qui évite de troquer un syndrome des loges contre une tendinopathie achilléenne.
  • Aucun de ces travaux n'a comparé le réentraînement de la foulée à un groupe témoin randomisé. Le niveau de preuve reste celui de séries de cas et de cohortes.

Pourquoi cela marcherait

Le mécanisme proposé tient debout et s'appuie sur des mesures. À l'attaque talon, le tibial antérieur travaille en excentrique pour freiner la descente de l'avant-pied. Roscoe a montré que les patients atteints posent le pied à plat plus vite que les témoins, et cela avant même l'apparition de la douleur, ce qu'il interprète comme un désavantage mécanique de ce muscle (PMID 29702369). En attaque avant-pied, cette phase de freinage disparaît largement, et avec elle la sollicitation excentrique de la loge antérieure. Diebal a mesuré, en parallèle de la baisse de pression, une réduction des forces verticales et de l'impulsion, ce qui est cohérent.

Une limite honnête doit être posée : ce raisonnement explique bien le bénéfice sur la loge antérieure. Il explique moins bien ce qu'on pourrait attendre pour une atteinte postérieure profonde, où l'attaque avant-pied augmente au contraire la demande. Les séries publiées portent d'ailleurs très majoritairement sur des atteintes antérieures. Transposer le protocole à une atteinte postérieure profonde n'est soutenu par aucune donnée.

Ce qui ne prédit pas le résultat

Deux études se sont attaquées à la question du pronostic, et leur réponse est utile parce qu'elle est négative.

Meulekamp a testé treize facteurs pronostiques chez 45 militaires en rééducation : âge, indice de masse corporelle, pourcentage de masse grasse, sentiment d'efficacité personnelle, désalignement du pied, pression intramusculaire, comorbidités, usage de protéines et de créatine, tabac, alcool, durée des symptômes, exigences physiques du poste, ancienneté de service. Aucun n'atteignait la significativité (Mil Med Res 2017, PMID 29502519). Et Vogels a montré que la pression n'était pas associée au résultat, alors qu'un score d'auto-évaluation bas à l'entrée l'était défavorablement (odds ratio 0,95 ; p = 0,01).

La conclusion pratique est simple : on ne peut pas sélectionner à l'avance les patients qui répondront. Il n'existe pas de profil à qui refuser l'essai conservateur sur des bases objectives. Cela plaide pour le proposer à tous, sauf urgence.

  • Quatre séries convergentes : la modification de la technique de course réduit la pression et augmente la distance courue, avec des gains qui se maintiennent ou progressent à un an.
  • Ordre de grandeur du succès : 65 à 70 % de retour à l'activité sans chirurgie dans les deux plus grandes cohortes.
  • Le programme tient en 4 à 6 séances sur 6 à 12 semaines, et le domicile fait aussi bien que le centre.
  • Le raisonnement mécanique vaut pour la loge antérieure. Rien ne le soutient pour la loge postérieure profonde.
  • Aucun facteur ne permet de prédire qui répondra. Ne pas trier avant d'essayer.

Quels sont les résultats réels de la fasciotomie, et ses échecs ?

La fasciotomie est présentée comme le traitement de référence, et elle fonctionne chez une majorité de patients. Elle ne fonctionne pas chez tous, ses taux de succès varient énormément d'une série à l'autre, et la différence entre « reprendre une activité » et « reprendre son sport » est celle qui compte pour le patient. Ce chapitre expose les chiffres avec leur dispersion, parce que c'est la dispersion qui est l'information.

Le principe, et ses variantes

L'opération consiste à ouvrir le fascia de la ou des loges atteintes, pour supprimer la contrainte de contenant. Elle se pratique à ciel ouvert, par mini-incisions, sous endoscopie, et, en cas d'échec, sous forme de fasciectomie, c'est-à-dire de résection d'une bande de fascia plutôt que d'une simple incision. Le nombre de loges ouvertes varie : deux (antérieure et latérale) ou quatre.

Sur cette dernière question, la revue systématique de Weiss a comparé les deux stratégies sur 7 études et 194 athlètes et militaires d'âge moyen 24 ans. Les taux de retour à l'activité étaient de 90 à 100 % pour deux loges et 50 à 100 % pour quatre loges, sans différence significative, et les auteurs concluent que les deux approches « paraissent également efficaces ». Ils ajoutent aussitôt la réserve qui s'impose : toutes les études incluses présentaient un risque de biais élevé, avec de petits effectifs, un biais de sélection et aucune mesure de résultat uniforme (J Foot Ankle Surg 2022, PMID 35337738).

Deux séries suggèrent pourtant l'inverse, et il faut les connaître. Chez 155 adolescents, les jambes n'ayant eu qu'une libération antérieure ou latérale avaient 3,4 fois plus de risque de réintervention (IC 95 % : 1,29 à 9,14 ; p = 0,01) que celles ayant eu les quatre loges ouvertes (Beck, PMID 27365374). Et dans une petite série de 21 patients revus, 91 % de ceux dont les quatre loges avaient été libérées ont retrouvé leur niveau d'exercice souhaité, contre 66,7 % des autres (Maher, Foot Ankle Spec 2018, PMID 29931999). Le débat n'est donc pas tranché.

Les chiffres, et surtout leur dispersion

Ce que la littérature rapporte, en étendues plutôt qu'en moyennes

Chaque barre couvre l'écart entre la valeur la plus basse et la plus haute rapportées par les revues systématiques

Cinq barres d'étendue. Satisfaction après fasciotomie de 42 à 94 pour cent. Retour au sport après fasciotomie de 26 à 100 pour cent. Retour au sport après traitement conservateur de 25 à 35 pour cent. Récidive des symptômes de 3 à 17 pour cent. Lésions nerveuses de 2 à 18,6 pour cent. Étendues rapportées par les revues systématiques de Dean 2024, Ding 2020 et Shankar 2024 Satisfaction après fasciotomie Dean 2024, 25 études chirurgicales 42 % 94 % Retour au sport, chirurgie Dean 2024 26 % 100 % Retour au sport, conservateur Dean 2024, 9 études, 252 patients 25 % 35 % Récidive des symptômes Shankar 2024 3 % 17 % Lésions nerveuses Ding 2020, 14 études 2 % 18,6 % 0 %25 %50 %75 %100 %

Sources : Dean RS, Farley KX, Waterman BR, Guettler J, Bicos J. Chronic exertional compartment syndrome is frequently diagnosed through static compartment pressure measurements and managed with fasciotomy: A systematic review. J ISAKOS 2024;9(1):71-8 (PMID 37778507) ; Ding A, Machin M, Onida S, Davies AH. J Vasc Surg 2020;72(5):1802-12 (PMID 32473344) ; Shankar DS et coll. Sports Health 2024;16(3):396-406 (PMID 36951383). Ces étendues agrègent des populations, des définitions de succès et des durées de suivi différentes : elles décrivent l'incertitude, pas une variabilité biologique.

  • La ligne « retour au sport, conservateur » ne contredit pas les 65 à 70 % de retour à l'activité des cohortes militaires : ce ne sont pas les mêmes populations ni les mêmes critères. Dean agrège des études conservatrices hétérogènes, souvent des bras témoins de séries chirurgicales, où le traitement « conservateur » se résume parfois à une réduction d'activité sans programme structuré.
  • La leçon à en tirer n'est pas « le conservateur marche moins bien » mais « tout ce qu'on appelle conservateur n'est pas le même traitement ». Un repos relatif et un réentraînement de la foulée sur douze semaines ne sont pas comparables.

La série la plus complète, et la plus tempérée

Campano a agrégé 24 études réunissant 1 596 patients, avec un recul moyen de 48,8 mois. Le bilan : la chirurgie primaire a été un succès chez environ deux tiers des patients jeunes et sportifs, 84 % se déclaraient satisfaits, 6 % ont eu une reprise chirurgicale et le taux global de complications s'établissait à 13 %, principalement des dysfonctions neurologiques postopératoires et des infections (Arthroscopy 2016, PMID 27020462).

Deux tiers de succès et 84 % de satisfaction : l'écart entre les deux chiffres n'est pas une contradiction, il dit quelque chose d'important. Des patients peuvent être satisfaits d'une amélioration partielle. C'est exactement ce que confirme la série de mini-fasciotomies d'Oliver : à 3,7 ans en moyenne, 30 % des patients étaient asymptomatiques et 56 % de plus rapportaient des symptômes améliorés, la douleur en sport passant de 9,1 à 4,7 sur 10. 74 % étaient satisfaits et 81 % recommanderaient l'intervention, alors que 64 % seulement avaient repris leur sport (Eur J Orthop Surg Traumatol 2022, PMID 33675406).

Le chiffre qu'il faut annoncer à un coureur

Si le patient court, une série mérite d'être citée telle quelle. Salzler a interrogé 32 coureurs opérés, à un recul moyen de 66 mois. Les résultats :

  • 84 % ont repris un sport.
  • 56 % seulement ont repris la course en compétition, et parmi eux la distance hebdomadaire moyenne avait diminué.
  • 28 % se sont tournés vers un sport sans course, dont 16 % à cause de douleurs récidivantes.
  • 19 % ont récidivé, et tous ont été réopérés.
  • 78,1 % se déclaraient satisfaits, la douleur en activité passant de 7,9 à 1,7 sur 10 (Sports Health 2020, PMID 32163722).
Quatre-vingt-quatre pour cent des coureurs opérés reprennent un sport. Cinquante-six pour cent reprennent la course. C'est cette différence de vingt-huit points qu'il faut dire avant l'opération, pas après.

Toutes les populations ne se ressemblent pas. Chez 18 skieurs nordiques d'élite français opérés bilatéralement, 94 % ne rapportaient plus de douleur ou seulement des douleurs sporadiques et près de 90 % avaient repris la compétition au même niveau ou à un niveau supérieur (Calvelli, PMID 31935775). À l'autre extrémité, chez les militaires, « seule la moitié environ connaît une résolution complète des symptômes et au moins 25 % sont incapables de reprendre le service à plein » (Dunn et Waterman, PMID 25280617). Le même geste, deux mondes.

Les complications, et le devenir des échecs

La revue de Ding donne les fourchettes les plus complètes : hématomes 2,7 à 22,5 %, lésions nerveuses 2,0 à 18,6 %, thrombose veineuse profonde 2,7 %, récidive des symptômes 0,65 à 8,4 %, et jusqu'à 10,4 % de reprises chirurgicales (PMID 32473344). La série de mini-fasciotomies d'Oliver rapporte 16 % de complications, dont 11 % d'infections superficielles.

Quand la chirurgie échoue, une reprise est possible et documentée. Vogels a suivi 24 patients, sur 958 évalués pour douleur de jambe d'effort, qui ont bénéficié d'une fasciectomie après échec d'une fasciotomie mini-invasive. En peropératoire, les chirurgiens retrouvaient des brides fibreuses, des pseudo-fascias ou des fusions complètes des berges fasciales. Après rééducation, les scores symptomatiques à l'effort étaient divisés par trois, et à un recul médian de 12 mois 79 % rapportaient un résultat satisfaisant et 75 % avaient repris une activité physique (Med Sci Sports Exerc 2021, PMID 33731658).

Ce résultat éclaire un mécanisme d'échec : le fascia se referme. Il justifie aussi de ne pas considérer un échec de première intention comme la fin du parcours.

Chirurgie contre conservateur : ce que dit la comparaison directe

Il n'existe aucun essai randomisé comparant fasciotomie et traitement conservateur. Ding le formule sans détour : « il n'y a pas de preuve suffisante dans la littérature pour soutenir la prise en charge conservatrice ou chirurgicale l'une plutôt que l'autre », et appelle à des essais randomisés (PMID 32473344). Cette absence se mesure : au 15 août 2026, une interrogation d'Europe PMC croisant « chronic exertional compartment syndrome » et le type de publication « Randomized Controlled Trial » ne rend que trois enregistrements, dont un seul porte réellement sur le sujet, et il compare les pressions de loge entre deux techniques de ski-roue chez des skieurs, pas deux traitements (PMID 26090709). Il s'agit d'un vide d'indexation, qu'un essai mal indexé pourrait masquer, mais l'ordre de grandeur ne laisse pas de place au doute.

Une méta-analyse a néanmoins agrégé les quatre études de cohorte comparatives disponibles. La chirurgie faisait mieux sur la douleur (différence moyenne standardisée −0,46 ; IC 95 % : −0,74 à −0,17 ; p = 0,002, avec une hétérogénéité faible, I² = 13 %) et sur la satisfaction (odds ratio 3,51 ; IC : 2,19 à 5,60 ; p < 0,00001). En revanche, aucune différence significative sur le retour à l'activité (odds ratio 3,70 ; IC : 0,53 à 25,96 ; p = 0,19), avec une hétérogénéité massive (I² = 88 %) (Elsenosy, Cureus 2024, PMID 39759644).

Il faut lire cet intervalle de confiance : de 0,53 à 25,96, il contient l'absence d'effet et un effet énorme. Sur quatre études de cohorte non randomisées, avec 88 % d'hétérogénéité, ce résultat ne permet de conclure ni dans un sens ni dans l'autre. Ce que la méta-analyse établit raisonnablement, c'est un avantage de la chirurgie sur la douleur et la satisfaction. Ce qu'elle n'établit pas, c'est un avantage sur ce qui intéresse le coureur : reprendre.

  • Succès d'environ deux tiers, satisfaction 84 %, complications 13 %, reprises 6 % sur 1 596 patients.
  • Chez les coureurs : 84 % reprennent un sport, 56 % la course. C'est le chiffre à annoncer.
  • Ouvrir deux ou quatre loges : pas de différence dans la revue systématique, mais deux séries suggèrent un avantage aux quatre loges sur la récidive.
  • Les paresthésies préopératoires annoncent un moins bon résultat, surtout dans le territoire tibial.
  • Aucun essai randomisé n'a comparé chirurgie et rééducation. La méta-analyse disponible montre un gain sur la douleur, pas sur le retour à l'activité.

Quelles modalités, à quel niveau de preuve ?

Le tableau qui suit range chaque modalité selon la confiance qu'on peut avoir dans son effet. Un avertissement s'impose avant de le lire : aucune de ces modalités n'a fait l'objet d'une cotation GRADE publiée pour cette pathologie. La colonne de niveau de preuve est une appréciation, construite selon la logique GRADE, avec le motif de déclassement indiqué à chaque ligne pour que le lecteur puisse la contester.

Où se situe l'ensemble de la littérature disponible

Cartes empilées : aucune modalité n'atteint un niveau de preuve élevé ou modéré, faute d'essai randomisé

Quatre cartes de niveau de preuve. Niveau élevé : aucune modalité. Niveau modéré : aucune modalité. Niveau faible : réentraînement de la technique de course et fasciotomie. Niveau très faible : toxine botulique, fasciectomie de reprise, adaptation de la charge d'entraînement et choix du nombre de loges ouvertes. Niveau de preuve élevé Aucune modalité. Il n'existe aucun essai randomisé de traitement dans cette pathologie. Niveau de preuve modéré Aucune modalité. Niveau de preuve faible Réentraînement de la technique de course : 4 séries convergentes, de 10 à 108 patients, effets larges et durables, aucune randomisation. Fasciotomie : 1 596 patients agrégés, effet net sur la douleur, aucune comparaison randomisée. Niveau de preuve très faible Toxine botulique : effet initial chez 2 patients sur 3, mais récidive chez tous les répondeurs partiels et chez 57 % des répondeurs complets. Fasciectomie de reprise : une série de 24 patients. Adaptation de la charge : aucune étude dédiée. Deux loges contre quatre : 7 études, toutes à risque de biais élevé, résultats discordants.

Appréciation construite selon la logique GRADE à partir des sources citées dans le tableau ci-dessous. Aucune cotation GRADE publiée n'existe pour cette pathologie ; ce classement est le nôtre, et le motif de déclassement de chaque ligne figure dans le tableau afin qu'il puisse être discuté.

Modalités de prise en charge du syndrome des loges chronique d'effort et niveau de preuve associé
ModalitéCe qui est mesuréBase de preuvesNiveauMotif de déclassement
Réentraînement de la technique de coursePression post-course divisée par deux ; distance courue multipliée par trois ; 65 à 70 % de retour à l'activité sans chirurgieDiebal 2012 (n = 10), Helmhout 2015 (n = 19), Breen 2015 (n = 10), Zimmermann 2019 (n = 75), Vogels 2022 (n = 108)FaibleAucune randomisation, aucun groupe témoin, effectifs limités. Non déclassé plus bas en raison de la convergence de cinq travaux indépendants et de l'ampleur de l'effet
FasciotomieSuccès chez environ deux tiers, satisfaction 84 %, complications 13 %Campano 2016 (1 596 patients), Ding 2020, Dean 2024, Salzler 2020FaibleAucun essai randomisé ; définitions du succès hétérogènes ; taux allant de 42 à 94 % selon les séries
Fasciectomie après échec de fasciotomie79 % de résultat satisfaisant, 75 % de retour à l'activitéVogels 2021 (n = 24, sur 958 patients évalués)Très faibleSérie unique, effectif très faible, population hautement sélectionnée
Toxine botuliqueEfficacité initiale chez 68,75 % ; récidive chez 100 % des répondeurs partiels et 57 % des répondeurs completsCharvin 2022 (n = 16), McGinley 2022 (n = 284, sans témoin)Très faibleSéries rétrospectives sans groupe témoin, effet transitoire documenté, faiblesse musculaire induite non quantifiée dans le contexte sportif
Adaptation de la charge d'entraînement seuleSoulagement des symptômes rapporté, sans quantificationMentionné comme évidence clinique dans Ding 2020 et les revues de mise au pointTrès faibleAucune étude dédiée. Efficace par construction si l'on renonce à l'activité déclenchante, ce qui n'est acceptable que pour une partie des patients
Ouvrir quatre loges plutôt que deuxAucune différence dans la revue systématique ; 3,4 fois plus de reprises après libération antérieure ou latérale seule chez l'adolescentWeiss 2022 (7 études, 194 patients), Beck 2016 (n = 155), Maher 2018 (n = 21)Très faibleRisque de biais élevé dans les 7 études incluses ; résultats discordants entre revue et séries
Mesure de pression avant traitement conservateurAucune association avec le résultat du programme (odds ratio 1,01 ; p = 0,64)Vogels 2022 (n = 108, 200 jambes)Faible, en défaveurÉtude rétrospective unique, mais conçue pour cette question précise et de bonne taille
Étirements, thérapie manuelle, orthèses plantairesAucun résultat propre à cette pathologieAucune étude identifiée évaluant ces modalités isolément dans le syndrome des logesNon évaluableAbsence de données. Ne pas confondre absence de preuve d'effet et preuve d'absence d'effet

La toxine botulique, une piste qui mérite une lecture attentive

L'idée est contre-intuitive : affaiblir volontairement le muscle pour réduire la pression dans sa loge. Deux travaux existent, très différents l'un de l'autre.

Charvin a suivi rétrospectivement 16 patients traités en première intention par injections de toxine botulique A, membres inférieurs et supérieurs confondus, âge médian 25,5 ans. 68,75 % rapportaient une efficacité initiale (7 complète, 4 partielle), et 8 patients sur 16 ont pu reprendre l'activité déclenchante. Puis vient la partie décisive : tous les patients à efficacité partielle ont récidivé, avec un délai médian de 2,25 mois, et 57,14 % de ceux à efficacité complète ont récidivé, avec un délai médian de 5 mois. Les effets indésirables étaient mineurs et sans retentissement fonctionnel (Clin J Sport Med 2022, PMID 34282061).

McGinley a publié une série bien plus grande, 284 patients, mais dans un cadre qui en limite la portée : monocentrique, rétrospective, sans groupe témoin, avec un critère de jugement principal reposant sur l'imagerie et une conclusion causale forte tirée d'un devis qui ne l'autorise pas (PMID 34009799).

Ce qu'on peut en dire à un patient : la toxine peut soulager pendant quelques mois, chez environ deux patients sur trois, et le soulagement s'estompe. Chez un sportif, la faiblesse induite est un effet à considérer et non un simple effet indésirable, puisque c'est le mécanisme même du traitement.

Une évolution du discours qu'il faut noter

En 2014, une revue de référence sur le syndrome des loges en milieu militaire écrivait que « la prise en charge non chirurgicale est généralement infructueuse, bien que le réentraînement de la marche puisse avoir des bénéfices chez des individus sélectionnés » (Dunn et Waterman, PMID 25280617).

Douze ans plus tard, la revue du British Medical Bulletin range parmi les points d'accord que « la prise en charge conservatrice, en particulier une rééducation structurée avec adaptation d'activité et réentraînement de la foulée, est de plus en plus considérée comme le traitement de première ligne » (PMID 42478572).

Ce renversement s'est produit sans qu'aucun essai randomisé ne soit publié. Il repose sur l'accumulation de séries convergentes et sur la démonstration, en milieu militaire, qu'un programme structuré évite la chirurgie chez deux patients sur trois. C'est un niveau de preuve faible qui a changé une pratique, ce qui arrive, et qu'il vaut mieux savoir en le disant au patient.

  • Aucune modalité n'atteint un niveau de preuve élevé ou modéré, faute d'essai randomisé dans cette pathologie.
  • Le réentraînement de la foulée et la fasciotomie sont au même niveau, faible, pour des raisons différentes : convergence de petites séries pour l'un, gros volume sans comparateur pour l'autre.
  • La toxine botulique soulage temporairement environ deux patients sur trois, avec une récidive systématique chez les répondeurs partiels.
  • La mesure de pression ne guide pas le traitement conservateur : c'est le seul point où la preuve va en défaveur d'une pratique répandue.

Que nous apprennent des cas cliniques réels ?

Les quatre observations qui suivent sont des cas publiés et indexés, cités avec leur identifiant. Aucune n'est une vignette reconstituée. Elles ont été choisies parce que chacune illustre une erreur ou une décision différente : le diagnostic manqué, la chirurgie évitée, le second diagnostic caché derrière le premier, et l'urgence.

Cas 1. Une coureuse suivie pendant des mois pour autre chose

Une coureuse de fond de 24 ans se présente pour une douleur aiguë sur fond chronique de la jambe droite. Son histoire comporte deux diagnostics antérieurs, tous deux erronés selon les auteurs : une périostite tibiale, puis une fracture de fatigue du tibia. L'interrogatoire retrouve le tableau attendu, douleur et engourdissement à l'effort, soulagés par le repos.

L'IRM ne montre aucune anomalie tibiale. Les mesures de pression retrouvent une élévation dans les quatre loges, confirmant le diagnostic. Une fasciotomie mini-invasive des quatre loges est réalisée. Deux mois après la reprise de la course, les symptômes de la jambe droite sont améliorés, mais des symptômes apparaissent à gauche. Les mesures y confirment le même diagnostic, une fasciotomie des quatre loges est réalisée du côté gauche, et la patiente reprend la course sans douleur des deux côtés à six semaines.

Truex N, Menge TJ. Bilateral Chronic Exertional Compartment Syndrome of the Leg: A Rare but often Debilitating Condition in Athletes. S D Med 2018;71(7):310-314 (PMID 30005541). Ce que le cas enseigne : les deux diagnostics posés à la place sont exactement ceux que le chapitre différentiel désigne ; et une atteinte présentée comme unilatérale peut se révéler bilatérale dès que le côté douloureux est traité et que la charge se redistribue.

Cas 2. Une chirurgie annulée après six semaines de réentraînement

Une sportive de 34 ans décrit une douleur, une sensation de tension et des modifications de la sensibilité des jambes et des pieds survenant après environ 1,6 kilomètre de course. Un test au cathéter à mèche est réalisé ; un chirurgien orthopédiste retient le diagnostic de syndrome des loges chronique d'effort et la déclare éligible à une fasciotomie.

La patiente choisit d'essayer d'abord un programme de six semaines de réentraînement de la foulée, sur l'hypothèse qu'une foulée en attaque avant-pied retarde l'apparition des symptômes et réduit l'inconfort. Au terme des six semaines, elle court sans aucun symptôme, et ses pressions de loge sont réduites, ce qui conduit le chirurgien à ne plus recommander la fasciotomie.

Allison AK, Ishikawa KL, Gerber JP, Dewing C. Chronic Exertional Compartment Syndrome Resolved With Running Gait Retraining: A Case Report. J Athl Train 2023;58(4):345-348 (PMID 37418562). Ce que le cas enseigne : une indication chirurgicale posée n'est pas une sentence. Le seuil décrit, autour de 1,6 km, illustre aussi la reproductibilité caractéristique du tableau.

Cas 3. Le bon diagnostic, et celui qui se cachait derrière

Une footballeuse universitaire souffre depuis deux ans de douleurs progressives des mollets à l'effort, bilatérales, avec une faiblesse de cheville pendant l'activité. Les mesures de pression conduisent au diagnostic de syndrome des loges chronique d'effort. Mais sa présentation reste suspecte d'un syndrome de l'artère poplitée piégée de type VI associé.

Une angio-IRM est demandée. Elle montre un spasme artériel sévère en flexion plantaire, des deux côtés, confirmant le second diagnostic. Devant l'aggravation des symptômes, la patiente bénéficie d'une libération poplitée à ciel ouvert du côté droit.

Bellomo TR, Hsu C, Bolla P, Mohapatra A, Kotler DH. Concurrent Chronic Exertional Compartment Syndrome and Popliteal Artery Entrapment Syndrome. Diagnostics (Basel) 2024;14(16):1825 (PMID 39202313). Ce que le cas enseigne : les auteurs le formulent eux-mêmes, « le diagnostic réussi d'une affection n'exclut pas la possibilité d'une seconde pathologie, indépendante ». Un test positif ferme un dossier ; il ne devrait fermer qu'une hypothèse.

Cas 4. Quand la forme chronique bascule en urgence

Un garçon de 17 ans est hospitalisé en pédiatrie pour des douleurs bilatérales de la loge antérieure de jambe d'origine indéterminée. Il s'agit d'un syndrome de loge aigu sur chronique, forme rare et sévère de décompensation d'un syndrome des loges chronique d'effort. Les auteurs soulignent que la nature peu spécifique de la douleur exige un haut niveau de suspicion pour porter le diagnostic à temps et éviter une ischémie de loge avec lésions irréversibles des tissus mous et des nerfs.

Ils rappellent que, comme dans tout syndrome de loge, la douleur disproportionnée par rapport aux données de l'examen est le signe le plus sensible, et que le déficit de littérature sur cette entité a lui-même contribué au retard diagnostique.

Schwartz A, Poole C, Schleien C. Characterization of the Development of Acute-on-Chronic Exertional Compartment Syndrome: A Case Report of Symmetric Compartment Syndromes and Review of the Literature. Bull Hosp Jt Dis 2017;75(2):148-152 (PMID 28583063). Ce que le cas enseigne : le syndrome des loges chronique est une pathologie bénigne jusqu'au moment où elle ne l'est plus. Une douleur qui ne cède pas à l'arrêt, avec une loge tendue et un déficit qui s'installe, sort du cadre de cet article et relève de l'urgence.

Une question ouverte, posée par un cinquième cas

Un dernier cas rapporté mérite une mention prudente. Il décrit un coureur de fond ayant développé un syndrome des loges de jambe après usage de créatine, et discute les facteurs de risque et les diagnostics différentiels (Bruneau, Curr Sports Med Rep 2025, PMID 40627559). Les auteurs notent eux-mêmes que la recherche sur la relation entre syndrome des loges et supplémentation est « rare ».

Un cas isolé n'établit aucune causalité, et il serait fautif d'en tirer une consigne. La raison de le citer est autre : c'est une question que les patients posent, et il est utile de savoir qu'elle a été soulevée dans la littérature, avec exactement ce niveau de preuve, c'est-à-dire aucun. On peut noter au passage que l'usage de créatine figurait parmi les treize facteurs pronostiques testés par Meulekamp, sans atteindre la significativité (PMID 29502519).

  • Cas 1 : les deux diagnostics erronés retrouvés sont bien la périostite et la fracture de fatigue, et l'atteinte s'est révélée bilatérale après traitement du premier côté.
  • Cas 2 : une indication chirurgicale posée a été levée par six semaines de réentraînement de la foulée.
  • Cas 3 : une mesure de pression positive a masqué pendant deux ans une artère poplitée piégée associée.
  • Cas 4 : la forme aiguë sur chronique existe, elle est une urgence, et son signe le plus sensible est une douleur disproportionnée à l'examen.

Comment appliquer tout cela en pratique ?

Ce chapitre condense l'article en une conduite de consultation. Il ne remplace pas les précédents, il les ordonne : ce qu'on demande, ce qu'on fait, ce qu'on adresse, et ce qu'on dit au patient.

Première consultation : l'interrogatoire fait le diagnostic

Cinq questions, dans cet ordre, cadrent l'essentiel :

  1. « À quel moment de la séance, exactement ? » Un moment précis et stable oriente vers la loge. Une douleur présente d'emblée oriente vers l'os ou le tendon.
  2. « Est-ce que c'est toujours au même moment ? » La reproductibilité est l'élément le plus discriminant du tableau.
  3. « Comment décririez-vous la sensation ? » Tension, gonflement, brûlure, crampe orientent vers la loge. Douleur ponctuelle sur l'os oriente ailleurs.
  4. « Qu'est-ce qu'il faut faire pour que ça passe, et combien de temps ça met ? » S'arrêter et attendre quelques minutes oriente vers la loge. Attendre plusieurs jours oriente vers l'os.
  5. « Est-ce que ça revient au même point si vous repartez dans la même séance ? » Un retour au même seuil est très évocateur.

Deux questions complémentaires méritent d'être posées systématiquement, pour leur valeur pronostique et de sécurité : « avez-vous des fourmillements ou une zone endormie ? » et « est-ce que le pied vous lâche, ou claque, en fin de course ? ».

Examen : au repos puis après provocation

Séquence d'examen recommandée devant une suspicion de syndrome des loges chronique d'effort
TempsCe qu'on faitCe qu'on chercheInterprétation
Au reposPalpation du bord tibial sur toute sa longueur, palpation des corps musculaires, test du saut à cloche-pied, examen neurologique de jambe et de piedDouleur exquise focale, douleur linéaire du bord postéro-médial, déficit neurologique fixeUne douleur osseuse focale arrête la démarche et impose une imagerie. Un examen normal est attendu et n'infirme rien
Au repos, deboutInspection en charge et en contraction du relevé de pointeHernie musculaire antéro-latéralePrésente chez 45,9 % des patients atteints contre 12,9 % des non atteints : c'est le seul signe dont la valeur a été mesurée
ProvocationReproduire l'effort déclenchant, jusqu'au seuil et pas avantLa reconnaissance du symptôme par le patientUn test interrompu avant le seuil ne conclut rien
Immédiatement aprèsPalpation comparative des loges, inspection, test du relevé de pointe, marche sur les talons, sensibilité du dos du piedLoge tendue, hernie devenue visible, faiblesse du relevé, hypoesthésieAucune valeur diagnostique publiée. Ces éléments documentent et orientent, ils ne prouvent pas

Ce qu'on met en route sans attendre

Si le récit est typique et qu'aucun drapeau rouge n'est présent, le traitement conservateur peut commencer immédiatement. La mesure de pression n'est pas un préalable : elle ne prédit pas le résultat du programme et peut être différée sans risque, ce qui a été démontré sur 108 patients militaires (PMID 35282146).

Le programme, tel qu'il est décrit dans les travaux publiés :

  • Format : 4 à 6 séances individuelles réparties sur 6 à 12 semaines, complétées par un travail à domicile. Le suivi en centre n'a pas fait mieux que le suivi à domicile dans la seule comparaison publiée.
  • Objet : passage à une attaque avant-pied ou médio-pied, augmentation de la cadence avec réduction de la longueur de foulée, tronc redressé, flexion de hanche augmentée.
  • Progressivité : la transition s'étale sur six semaines dans tous les protocoles. Cette lenteur protège le triceps sural et le tendon d'Achille, dont la charge augmente mécaniquement.
  • Mesure du résultat : distance courue sans douleur avant et après, et un score auto-rapporté. Les travaux publiés utilisent la SANE, la Lower Leg Outcome Survey ou l'échelle des plaintes spécifiques du patient. Une revue systématique des questionnaires disponibles pour la douleur de jambe d'effort a conclu que la Lower Extremity Functional Scale était le mieux validé, devant le score de périostite tibiale et le questionnaire dédié à la douleur de jambe d'effort (Castillo-Domínguez, Medicina 2022, PMID 35888560).
  • Le réentraînement ne se limite pas à dire « attaque avant-pied ». Les séries qui obtiennent des résultats utilisent des consignes explicites, répétées, et vérifiées en vidéo, avec un travail à domicile entre les séances.
  • Mesurer la distance courue sans douleur avant et après est le critère le plus parlant pour le patient, et c'est celui qui a le plus bougé dans les études : de 1,4 à 4,8 km chez Diebal.

Quand adresser, et à qui

  • En urgence : douleur qui ne cède pas à l'arrêt, loge tendue, déficit sensitivomoteur qui s'installe. Syndrome de loge aigu sur chronique jusqu'à preuve du contraire.
  • Sans délai : suspicion de fracture de fatigue, en particulier sur un site à haut risque, ou contexte de faible disponibilité énergétique.
  • Rapidement : signes vasculaires en position provoquée chez un jeune sportif, pour une imagerie vasculaire dynamique.
  • Après échec du programme conservateur : adresser pour discussion d'une mesure de pression et d'une éventuelle fasciotomie. Un délai de trois mois de programme bien conduit est cohérent avec les protocoles publiés, qui durent 6 à 12 semaines.

Ce qu'il faut dire au patient, en chiffres

Les patients demandent des probabilités. En voici quatre, avec leur source, qu'on peut donner sans exagérer dans un sens ni dans l'autre.

65 %retournent à l'activité sans chirurgie après un programme structuré (Zimmermann 2019, n = 75)
84 %des coureurs opérés reprennent un sport (Salzler 2020, n = 32)
56 %des coureurs opérés reprennent la course (Salzler 2020)
13 %de complications après fasciotomie (Campano 2016, n = 1 596)

Trois phrases à éviter, parce qu'elles ne sont pas soutenues par ce qu'on a lu :

  • « La mesure de pression dira si vous l'avez ou non. » Avec une sensibilité de 63 % pour le meilleur seuil publié, elle ne le dira pas dans un tiers des cas.
  • « C'est le fascia qui est trop serré, l'opération corrige ça. » Ni l'épaisseur ni la raideur du fascia ne diffèrent des sujets sains.
  • « Après l'opération, vous recourrez comme avant. » Un peu plus d'un coureur opéré sur deux reprend la course, et souvent avec un volume réduit.
  • Le diagnostic se pose à l'interrogatoire, en cinq questions.
  • La provocation puis l'examen immédiat documentent ; ils ne prouvent pas.
  • Le traitement conservateur commence sans attendre la mesure de pression.
  • Trois mois de programme bien conduit avant d'envisager la chirurgie sont cohérents avec les protocoles publiés.
  • Les chiffres à donner : deux tiers évitent la chirurgie ; parmi les opérés, un peu plus d'un coureur sur deux revient à la course.

Questions fréquentes

Le syndrome des loges chronique d'effort peut-il guérir sans opération ?

Chez une partie des patients, oui. Le programme conservateur le mieux évalué, centré sur le réentraînement de la foulée, a ramené 65 % de 75 militaires au service actif sans chirurgie, et 57 % l'étaient encore deux ans plus tard, dont une partie à un poste physiquement moins exigeant (PMID 31191976). Une cohorte ultérieure de 108 patients retrouve 69 % de retour au service (PMID 35282146). Ce n'est pas une garantie, et cela ne concerne pas tout le monde : ce sont des populations militaires, majoritairement des atteintes antérieures.

Faut-il mesurer les pressions avant de commencer la rééducation ?

Non. C'est le seul point où la preuve va franchement contre une pratique répandue. Sur 108 militaires ayant complété un programme de 6 à 12 semaines, la valeur de pression de la loge antérieure n'était pas associée au résultat (odds ratio 1,01 ; p = 0,64), et les auteurs concluent que la mesure « peut être reportée sans risque ». Aucun syndrome de loge aigu sur chronique n'est survenu dans cette cohorte (PMID 35282146).

Quelle différence avec une périostite tibiale ?

Trois éléments les séparent. La localisation : la périostite fait mal sur le bord postéro-médial du tibia, le syndrome des loges dans le muscle. La cinétique : la périostite est souvent présente dès l'échauffement et peut s'atténuer en courant, le syndrome des loges est muet jusqu'à un seuil puis devient intolérable. La palpation : la périostite est douloureuse sur plusieurs centimètres de bord tibial, le syndrome des loges ne donne rien au repos. Les deux peuvent coexister, et dans la cohorte de Zimmermann le traitement conservateur donnait les mêmes résultats avec ou sans périostite associée.

Un examen normal élimine-t-il le diagnostic ?

Non, au contraire. L'examen entre les crises est normal par construction : le mécanisme n'opère qu'à l'effort. Le seul signe physique dont la valeur discriminante a été mesurée est la hernie musculaire, présente chez 45,9 % des patients atteints contre 12,9 % des non atteints (PMID 2301689). Elle manque donc plus d'une fois sur deux.

La fasciotomie guérit-elle définitivement ?

Pas toujours. Sur 1 596 patients agrégés, le succès est atteint chez environ deux tiers, avec 84 % de satisfaction, 13 % de complications et 6 % de reprises chirurgicales (PMID 27020462). Chez 32 coureurs suivis 66 mois en moyenne, 84 % ont repris un sport mais 56 % seulement la course, et 19 % ont récidivé et ont été réopérés (PMID 32163722). En cas d'échec, une fasciectomie de reprise donne 79 % de résultats satisfaisants dans une série de 24 patients (PMID 33731658).

Combien de loges faut-il ouvrir ?

La question n'est pas tranchée. La revue systématique de 7 études et 194 patients ne retrouve pas de différence entre deux et quatre loges, mais toutes les études incluses présentaient un risque de biais élevé (PMID 35337738). Deux séries suggèrent l'inverse : chez 155 adolescents, une libération limitée à l'antérieure ou la latérale multipliait par 3,4 le risque de réintervention (PMID 27365374).

Est-ce que ça touche seulement les jeunes coureurs ?

Non. Sur 698 patients d'un centre de référence, un sur sept avait 50 ans ou plus ; ces patients étaient moins sportifs, plus souvent unilatéraux (45 % contre 22 %) et l'atteinte antérieure y dominait (82 %) (PMID 29531960). Et la répartition hommes-femmes est équilibrée : 51 % de femmes parmi les patients diagnostiqués dans 24 études (PMID 36698053).

Peut-on continuer à courir avec ce diagnostic ?

Aucune donnée ne montre que continuer à courir aggrave la maladie ou fait courir un risque structurel, en dehors de la forme aiguë sur chronique, qui est rare. La limite est donc surtout fonctionnelle : la douleur borne la distance. La conduite raisonnable est de continuer sous le seuil pendant qu'on travaille la technique de course, plutôt que d'arrêter complètement. En revanche, une douleur qui ne cède plus à l'arrêt impose de s'arrêter et de consulter le jour même.

La toxine botulique est-elle une option ?

Elle existe, elle soulage temporairement, et elle ne tient pas. Sur 16 patients traités en première intention, 68,75 % ont eu une efficacité initiale, mais tous les répondeurs partiels ont récidivé (délai médian 2,25 mois) et 57 % des répondeurs complets aussi (délai médian 5 mois) (PMID 34282061). Chez un sportif, la faiblesse musculaire induite n'est pas un effet indésirable annexe : c'est le mécanisme même du traitement.

Pourquoi ce diagnostic met-il si longtemps à être posé ?

Parce que le patient consulte pour une douleur qu'il n'a pas au moment de la consultation, chez un praticien qui l'examine au repos et ne trouve rien, avec une imagerie standard normale. La périostite, beaucoup plus fréquente, capte alors le diagnostic par défaut. Dans une série pédiatrique, les symptômes évoluaient depuis plus d'un an chez 63 % des patients au moment de la chirurgie (PMID 27365374).

Bibliographie

Les 55 références citées dans cet article, par ordre alphabétique du premier auteur. Chacune a été récupérée par l'API E-utilities de PubMed (auteurs complets, revue, volume, pagination) puis recoupée sur CrossRef pour le titre, la revue, l'année et la liste d'auteurs. Quatre références n'ont pas de DOI enregistré et sont identifiées par leur seul PMID.

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  • Ce que cet article traite : le syndrome des loges chronique d'effort, forme réversible liée à l'exercice.
  • Ce qu'il ne traite pas : le syndrome de loge aigu, post-traumatique ou par écrasement, qui est une urgence chirurgicale d'une tout autre nature. Il est abordé, comme complication, dans nos synthèses sur la contusion musculaire et sur l'entorse du médiopied.

Méthode

Les 55 références de cet article ont été recherchées sur PubMed, récupérées par l'API E-utilities (auteurs complets, revue, volume, numéro, pagination, identifiant d'objet numérique) puis recoupées une à une sur CrossRef pour le titre, la revue, l'année et le nombre d'auteurs. Une référence candidate a été écartée du socle parce que son identifiant numérique n'était pas enregistré chez CrossRef. Chaque chiffre du texte porte sa source à l'endroit où il est écrit. Les appréciations de niveau de preuve du chapitre « modalités » sont les nôtres et sont argumentées ligne par ligne : aucune cotation GRADE publiée n'existe pour cette pathologie.

Rédaction et relecture

Anthony Baillon, masseur-kinésithérapeute et ingénieur pédagogique. LinkedIn

Robin Vervaeke, responsable scientifique, masseur-kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique, Master 2 de santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception. LinkedIn

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