Aller au contenu

Publié le

Kinésithérapie · Médecine du sport · Course à pied

La périostite tibiale (MTSS) chez le coureur MAJ 2026

En bref

La périostite tibiale, plus rigoureusement appelée syndrome de stress tibial médial (MTSS), est une douleur induite par l'effort le long du bord postéro-médial du tibia, reproductible à la palpation sur au moins 5 cm continus. Elle ne relève pas d'une inflammation périostée mais du continuum des lésions de stress osseux, pouvant évoluer vers la fracture de fatigue. Son incidence atteint 5 à 19 % chez le coureur et 35 à 56 % chez les recrues militaires. La gestion de la charge en est la pierre angulaire, et non le repos complet, associée à un exercice progressif ciblant le soléaire, le tibial postérieur et les abducteurs de hanche.

Synthèse clinique fondée sur les méta-analyses et consensus internationaux les plus récents : Winters 2018, Hamstra-Wright 2015, Warden 2014, Bezerra 2025 et le débat LIMP 2025.

Diagnostic clinique Gestion de la charge Continuum BSI Evidence-based
5-19%
Incidence chez le coureur
Lopes 2012 · Hamstra-Wright 2015
×2
Risque femmes vs hommes
Hamstra-Wright 2015 · MA
5cm
Longueur palpable pour le diagnostic
Winters 2018 · BJSM

Synthèse clinique

  • Le MTSS (medial tibial stress syndrome) est une douleur induite par l'effort le long du bord postéro-médial du tibia, palpable sur au moins 5 cm continus (Winters 2018). Il s'inscrit dans le continuum des bone stress injuries (BSI), non comme une simple inflammation périostée.
  • L'incidence varie de 5 à 19 % chez le coureur et 35 à 56 % chez les recrues militaires (Hamstra-Wright 2015, Alessa 2024).
  • Facteurs de risque significatifs (méta-analyse Hamstra-Wright 2015) : sexe féminin, IMC plus élevé, antécédent de blessure de course, chute du naviculaire augmentée, rotation externe de hanche accrue.
  • Physiopathologie : déséquilibre remodelage osseux ↔ résorption face à une surcharge mécanique répétée. Non géré, le MTSS peut évoluer vers la fracture de fatigue (Warden 2014).
  • Diagnostic essentiellement clinique (Winters 2018) : douleur diffuse à la palpation sur ≥ 5 cm. La fracture de fatigue se présente par une douleur très localisée (< 5 cm) et un hop test positif.
  • Classification clinique en grades 1 à 4 selon la douleur et l'impact sur l'activité. La classification IRM de Fredericson (1995) reste pertinente pour les cas suspects de BSI.
  • La gestion de la charge (load management) est la pierre angulaire, pas le repos complet. Réduire l'activité au seuil non douloureux puis réintroduire progressivement.
  • L'exercice progressif ciblant soléaire, tibial postérieur et abducteurs de hanche (RCT Atalla 2024) améliore la kinematique et réduit la douleur.
  • La méta-analyse Bezerra 2025 (Gait Posture, GRADE) recommande neuromuscular training + orthèses anti-pronation pour la prévention (preuves modérées).
  • Les ondes de choc focalisées sont une option pour les formes chroniques récalcitrantes, jamais en première intention. Les thérapies manuelles passives sont peu soutenues par les preuves.
  • Le retour à la course suit un protocole gradué (Moen 2009), guidé par les symptômes : douleur tolérable ≤ 2/10, absence de douleur résiduelle 24 h après l'effort.
  • Augmenter la cadence de course de 5 à 10 % réduit les forces d'impact tibial (Crowell & Davis 2011, Luedke 2016).
  • Le RED-S (déficit énergétique relatif dans le sport, IOC 2023) est un facteur de risque majeur pour toute blessure de stress osseux. Toujours évaluer chez les cas récalcitrants ou bilatéraux.
  • Orientation médicale obligatoire si suspicion de fracture de stress, échec du traitement conservateur (3-6 mois) ou drapeaux rouges (douleur nocturne, perte de poids, fièvre).
  • Le débat MTSS → LIMP (Load Induced Medial-Leg Pain, Anderson & Beck JOSPT 2025) reflète l'évolution conceptuelle vers une terminologie reflétant mieux la pathologie de surcharge.

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux à connaître sur la périostite tibiale (MTSS) chez le coureur ?
    1. Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le corps et comment la pathologie évolue-t-elle naturellement ?
  2. Comment évaluer et diagnostiquer la périostite tibiale (MTSS) avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies écarter ?
    3. Faut-il classifier les patients souffrant de MTSS et pour quels bénéfices ?
  3. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
    2. Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
    3. Thérapies manuelles, ondes de choc : quelle est leur réelle efficacité ?
    4. Au-delà du physique : éducation et facteurs psychologiques.
  4. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
    1. Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
    2. Quand et comment planifier un retour sécurisé à la course ?
  5. Que nous apprennent les cas cliniques concrets ?
    1. Cas réel : coureur novice. Ramteke 2024.
    2. Le défi diagnostique : quand le MTSS imite une autre pathologie.
    3. Étude de cas complexes.
  6. Le facteur systémique majeur : RED-S et continuum BSI
    1. Qu'est-ce que le RED-S et quand y penser ?
    2. Stratification du risque BSI : du MTSS à la fracture haut-risque.
  7. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

Quels sont les fondamentaux à connaître sur la périostite tibiale (MTSS) chez le coureur ?

Dans ce chapitre : définition contemporaine du MTSS (et le débat LIMP 2025), épidémiologie consolidée (Lopes 2012, Hamstra-Wright 2015, Alessa 2024), facteurs de risque identifiés par méta-analyse (Hamstra-Wright 2015, Reinking 2017), physiopathologie de surcharge osseuse et trajectoire naturelle vers la fracture de fatigue (Warden 2014).

La périostite tibiale, plus rigoureusement appelée syndrome de stress tibial médial (MTSS) dans la littérature scientifique, est l'une des pathologies de surcharge les plus fréquentes chez le coureur et le personnel militaire.¹ Le terme historique de « périostite » est trompeur car la physiopathologie n'est pas dominée par une inflammation périostée mais par une réaction de surcharge osseuse au sein du tibia, intégrée dans le continuum des bone stress injuries (BSI)

Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?

Le MTSS se définit comme une douleur induite par l'exercice le long du bord postéro-médial du tibia.¹ Le critère diagnostique consensuel, validé prospectivement par Winters et collègues (BJSM 2018), exige que la douleur soit reproductible à la palpation sur au moins 5 cm continus.³ Cette caractéristique « diffuse » est essentielle pour le distinguer d'une fracture de stress, dont la douleur est focale.

L'épidémiologie a été précisée par plusieurs revues systématiques récentes 🏃 :

  • Chez le coureur récréatif et compétitif, l'incidence du MTSS varie de 5 à 19 % selon les cohortes (Lopes 2012, Hamstra-Wright 2015).⁴,⁵
  • Chez les recrues militaires, l'incidence atteint 35 à 56 % selon le narrative review d'Alessa et al. 2024 (Cureus), avec une étude historique de Yates & White 2004 (AJSM, n = 124 recrues navales) rapportant 35 % d'incidence sur 10 semaines de formation.⁶,⁷
  • Le MTSS représente 13 à 17 % de l'ensemble des blessures liées à la course à pied (Lopes 2012).⁴
  • La scoping review Saad 2025 confirme la grande hétérogénéité géographique : prévalence de 5,4 % (USA) à 69,5 % (Inde) selon le contexte de pratique.⁸
5-19 %Incidence chez le coureur
35-56 %Recrues militaires
13-17 %Des blessures du runner
×1,7RR pieds très pronateurs

La méta-analyse de référence Hamstra-Wright et al. (BJSM 2015), poolant les données de cohortes prospectives chez runners et militaires, a identifié cinq facteurs de risque avec effet pondéré significatif et faible hétérogénéité statistique :⁵

  • Sexe féminin : risque relatif accru, particulièrement marqué dans les cohortes militaires (Yates 2004 : 53 % femmes vs 28 % hommes).⁵,⁷
  • Indice de masse corporelle (IMC) plus élevé.
  • Chute du naviculaire augmentée (navicular drop) : marqueur d'une pronation excessive.
  • Antécédent de blessure de course à pied.
  • Amplitude de rotation externe de hanche augmentée avec hanche fléchie.

L'antécédent de MTSS lui-même est l'un des prédicteurs les plus puissants de récidive (Newman 2013 dans Open Access J Sports Med, qui a confirmé indépendamment trois de ces facteurs).⁹

📊 Facteurs de risque MTSS : effet pondéré (méta-analyse Hamstra-Wright 2015)

Standardized Mean Difference (SMD) ou Odds Ratio significatifs, pooled, 13-23 études selon le facteur

Facteurs de risque MTSS - meta-analyse Hamstra-Wright 2015 Effet pondéré (SMD ou OR, plus la barre est longue, plus l'association est forte) Antécédent de MTSS / blessure OR ~2,4 Chute du naviculaire ↑ SMD 0,44 Sexe féminin OR ~1,7 IMC ↑ SMD 0,24 Rotation externe hanche ↑ SMD 0,23 Seuil null = pas d'effet

Source : Hamstra-Wright KL, Bliven KCH, Bay C. Br J Sports Med. 2015;49(6):362-369. Cinq facteurs de risque avec effet statistiquement significatif après méta-analyse.

Que se passe-t-il dans le corps et comment la pathologie évolue-t-elle naturellement ?

La physiopathologie moderne du MTSS, soutenue par les revues critiques de Moen 2009, Beck 1998 et Warden 2014, place la pathologie sur un continuum de surcharge osseuse du cortex tibial, non comme une simple inflammation périostée.¹⁰,¹¹,² Le mécanisme central est une surcharge mécanique répétée qui dépasse la capacité d'adaptation de l'os à se remodeler. 🦴

Le processus se déroule en plusieurs étapes :

  1. Charge cumulée : les impacts répétés de la course induisent un remodelage osseux accéléré.
  2. Déséquilibre résorption / formation : si le volume ou l'intensité dépasse l'adaptation, le taux de résorption ostéoclastique dépasse la formation ostéoblastique.
  3. Microdommages et porosité corticale : la balance négative entraîne une accumulation de microfractures, une augmentation de la porosité du cortex tibial et une diminution de la rigidité de l'os.²,¹¹
  4. Douleur diffuse : cette réaction de stress se manifeste cliniquement par la douleur sur ≥ 5 cm caractéristique.

Une analyse histologique (Johnell 1982, citée par Beck 1998) a montré que la lésion implique non seulement le périoste mais aussi le cortex osseux et la moelle : réorientant définitivement la prise en charge vers la gestion de la charge mécanique plutôt que vers les anti-inflammatoires.¹¹

Le MTSS n'est pas une inflammation périostée mais le premier stade d'un continuum de stress osseux qui peut, sans gestion adéquate, évoluer vers la fracture de fatigue.

L'évolution naturelle peut être défavorable si la charge n'est pas modifiée. Warden et al. (2014) décrivent un spectre clinico-radiologique allant du remodelage adaptatif normal jusqu'à la fracture complète, en passant par la réaction de stress (œdème osseux IRM Fredericson grade 1-3) et la fracture de stress incomplète (Fredericson grade 4).²,¹² La poursuite de l'entraînement malgré la douleur favorise la coalescence des microdommages.

  • Le MTSS est une pathologie de surcharge osseuse du tibia (et non une inflammation périostée). La douleur doit être palpable sur au moins 5 cm continus (Winters 2018).
  • Les facteurs de risque les plus solides sont antécédent de blessure, sexe féminin, IMC élevé, chute du naviculaire augmentée, rotation externe de hanche accrue (méta-analyse Hamstra-Wright 2015).
  • La cause est un déséquilibre entre formation et résorption osseuse dû à un stress mécanique excessif, pouvant mener à une fracture de stress si l'activité n'est pas modifiée.
  • L'incidence est de 5-19 % chez le coureur et 35-56 % chez les recrues militaires ; les récidives sont fréquentes sans gestion appropriée de la charge.
Bibliographie : Chapitre 1
  1. Winters M, Eskes M, Weir A, et al. Treatment of medial tibial stress syndrome: a systematic review. Sports Med. 2013;43(12):1315-1333. PMID 23979968.
  2. Warden SJ, Davis IS, Fredericson M. Management and prevention of bone stress injuries in long-distance runners. J Orthop Sports Phys Ther. 2014;44(10):749-765. PMID 25103133.
  3. Winters M, Bakker EWP, Moen MH, Barten CC, Teeuwen R, Weir A. Medial tibial stress syndrome can be diagnosed reliably using history and physical examination. Br J Sports Med. 2018;52(19):1267-1272. PMID 28179260.
  4. Lopes AD, Hespanhol Júnior LC, Yeung SS, Costa LO. What are the main running-related musculoskeletal injuries? A systematic review. Sports Med. 2012;42(10):891-905. PMID 22827721.
  5. Hamstra-Wright KL, Bliven KCH, Bay C. Risk factors for medial tibial stress syndrome in physically active individuals such as runners and military personnel: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2015;49(6):362-369. PMID 25185588.
  6. Alessa F, Alqarni A, Alharbi S, et al. Highlights of medial tibial stress syndrome in military recruits: a narrative review. Cureus. 2024;16(12):e75416. PMC 11629594.
  7. Yates B, White S. The incidence and risk factors in the development of medial tibial stress syndrome among naval recruits. Am J Sports Med. 2004;32(3):772-780. PMID 15090396.
  8. Saad MA, Jamal JM, Aldhafiri AT, Alkandari SA. Medial tibial stress syndrome: a scoping review of epidemiology, biomechanics, and risk factors. Cureus. 2025;17(3):e55892. PMC 11958822.
  9. Newman P, Witchalls J, Waddington G, Adams R. Risk factors associated with medial tibial stress syndrome in runners: a systematic review and meta-analysis. Open Access J Sports Med. 2013;4:229-241. PMID 24379729.
  10. Moen MH, Tol JL, Weir A, Steunebrink M, De Winter TC. Medial tibial stress syndrome: a critical review. Sports Med. 2009;39(7):523-546. PMID 19530750.
  11. Beck BR. Tibial stress injuries. An aetiological review for the purposes of guiding management. Sports Med. 1998;26(4):265-279. PMID 9820925.
  12. Fredericson M, Bergman AG, Hoffman KL, Dillingham MS. Tibial stress reaction in runners: correlation of clinical symptoms and scintigraphy with a new MRI grading system. Am J Sports Med. 1995;23(4):472-481. PMID 7573661.

Comment évaluer et diagnostiquer la périostite tibiale (MTSS) avec certitude ?

Dans ce chapitre : anamnèse structurée et facteurs d'entraînement (Tweed 2008), Shin Palpation Test à ≥ 5 cm (Winters 2018), diagnostic différentiel rigoureux (fracture de stress, CECS Aweid 2012, Dean 2023, piégeage artère poplitée), classification clinique en 4 grades et classification IRM Fredericson (1995).

Le diagnostic du MTSS repose essentiellement sur l'examen clinique, avec une sensibilité et une fiabilité validées prospectivement par Winters 2018 sur 46 patients (kappa inter-examinateur élevé pour la palpation de la longueur douloureuse).¹ L'imagerie n'est pas nécessaire en première intention, sauf en cas de doute diagnostique ou de suspicion de fracture de fatigue. 🏃

Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?

L'anamnèse vise à reconstituer l'histoire de la blessure et à identifier les erreurs d'entraînement, principal facteur déclenchant.² Les axes d'interrogatoire :

  • Caractéristiques de la douleur : douleur sourde, diffuse, le long du tiers distal du bord postéro-médial du tibia, apparaissant pendant l'effort, pouvant initialement diminuer après l'échauffement, puis réapparaissant avec une intensité accrue à la poursuite ou à l'arrêt de l'activité.²,³
  • Historique d'entraînement : toute augmentation rapide du volume, de l'intensité, de la fréquence ou changement de surface (passage piste à route) ou de chaussures dans les 4 à 6 semaines précédant les symptômes est suspect.⁴
  • Antécédents : un antécédent de MTSS ou de blessure de course est l'un des prédicteurs les plus puissants de récidive.⁵
  • Facteurs systémiques : interroger systématiquement sur l'apport énergétique, le cycle menstruel chez la femme, les antécédents de fractures de stress, la prise de glucocorticoïdes (drapeaux pour RED-S et BSI haut-risque).
  • Facteurs biomécaniques et matériel : type de chaussures, usure, semelles, type de pied (plus pronateur = risque accru avec RR 1,7 dans Yates 2004).⁶

Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies écarter ?

Le test clinique central est le « Shin Palpation Test » : la palpation reproduit la douleur sur une longueur continue d'au moins 5 cm le long du bord postéro-médial du tibia, généralement dans son tiers distal. La fiabilité inter-examinateur a été démontrée bonne à excellente (Winters 2018, kappa 0,76).¹ 🔬

D'autres tests sont utiles :

  • Hop test (saut unipodal sur place 10x) : une douleur aiguë et focalisée doit faire suspecter une fracture de stress plutôt qu'un MTSS.⁷
  • Fulcrum test : pression bimanuelle sur le tibia ; positif si douleur localisée évocatrice de fracture (Milgrom 2021).⁷
  • Tests fonctionnels : relevés de talon unipodal (capacité à 20-30 répétitions sans douleur = critère de progression), single-leg squat (recherche de pelvic drop et valgus dynamique).
DiagnosticLocalisation douleurCaractèreTest évocateurImagerie
MTSSDiffuse, ≥ 5 cm bord postéro-médial tibiaSourde, exercice, post-effortPalpation diffusePas nécessaire
Fracture de stress tibiaFocale, < 5 cm, point exquisAiguë, peut être nocturneHop test +, fulcrum +IRM (Fredericson 1-4)
CECSCompartiment (souvent antérieur)Crampe/pression, soulagement < 5 min reposPression intra-compartimentaleMesure pression dynamique
Piégeage artère poplitéeMolletCrampes effort, sensation jambe morte, paresthésiesDisparition pouls pédieux flexion plantaireÉcho-doppler dynamique
Radiculopathie L4-L5Trajet radiculaireBrûlure, paresthésiesLasègue, examen neuroIRM lombaire si red flag

Le diagnostic différentiel critique est la fracture de stress du tibia, situé sur le même continuum (Warden 2014).⁸ Les signes orientant vers une fracture :

  • Douleur très localisée (< 5 cm) sur un point exquis.
  • Douleur au repos, voire nocturne (drapeau rouge).
  • Hop test positif.
  • Persistance malgré la mise au repos correctement appliquée.

Le syndrome des loges chronique à l'effort (CECS) se présente par une douleur crampiforme prévisible, augmentant pendant l'effort et disparaissant en quelques minutes à l'arrêt. Le diagnostic de référence reste la mesure de la pression intra-compartimentale, comme l'a confirmé la revue systématique récente Dean 2023 (J ISAKOS, 25 études chirurgicales, 1018 patients ; aponévrotomie offre un retour au sport de 26 à 100 %).⁹,¹⁰

Le piégeage de l'artère poplitée, plus rare, peut mimer un MTSS : chercher la disparition du pouls pédieux lors d'une flexion plantaire contrariée et confirmer par écho-doppler dynamique.

À orienter en consultation médicale urgente

  • Douleur tibiale très localisée et persistant au repos (suspicion de fracture de stress), surtout côté antérieur (région à haut risque).
  • Douleur nocturne non liée à un appui.
  • Antécédent de cancer, perte de poids inexpliquée, fièvre, sueurs nocturnes.
  • Douleur bilatérale chez une jeune femme avec aménorrhée ou apport énergétique faible (suspicion RED-S, voir chapitre 6).
  • Douleur crampiforme + parésie transitoire à l'effort (CECS aigu, urgence chirurgicale rare).
  • Échec d'un traitement conservateur bien mené pendant 3 à 6 mois.

Faut-il classifier les patients souffrant de MTSS et pour quels bénéfices ?

Oui, la classification du MTSS aide à évaluer la sévérité, fixer un pronostic et guider la stratégie de rééducation, en particulier le retour à la course.

Une classification clinique en 4 grades, dérivée de Galbraith & Lavallee (2009) et largement utilisée :¹¹

📈 Classification clinique du MTSS : 4 grades de sévérité

Relation entre la douleur et l'activité (Galbraith & Lavallee 2009)

Classification clinique MTSS - 4 grades G1 Léger Douleur APRÈS l'activité uniquement Activité possible G2 Modéré Douleur PENDANT sans limiter la perf Adaptation charge G3 Sévère Douleur PENDANT qui limite la perf Réduction marquée G4 Invalidant Douleur quotidienne arrêt obligatoire Décharge sportive

Source : Galbraith RM, Lavallee ME. Medial tibial stress syndrome: conservative treatment options. Curr Rev Musculoskelet Med. 2009;2(3):127-133. La classification guide la prescription de la charge tolérable.

Cette gradation a une utilité pronostique claire : un grade 1 permet de poursuivre une activité modifiée, tandis qu'un grade 4 impose une décharge sportive et une réévaluation poussée (suspicion de fracture de stress associée).

Pour les cas suspects de BSI, la classification IRM de Fredericson (1995) reste la référence :¹²

  • Grade 1 : œdème périosté isolé.
  • Grade 2 : œdème médullaire visible sur séquences T2.
  • Grade 3 : œdème médullaire sur séquences T1 et T2.
  • Grade 4a : zones multiples de signal intra-cortical.
  • Grade 4b : ligne de fracture visible (temps de récupération significativement plus long).

La validation de cette classification IRM par Nattiv 2013 et confirmée par les études pédiatriques (Stein 2020) montre que le grade 4b prolonge significativement le temps de retour au sport.

Critique et controverse : le débat « MTSS → LIMP » (Anderson 2025)

🤔 La nomenclature elle-même fait débat depuis longtemps. Le terme « périostite » est anachronique car les données histologiques ne soutiennent pas une inflammation périostée prédominante.¹¹ Plus récemment, Anderson & Beck (JOSPT 2025) proposent de renommer le MTSS en LIMP (Load Induced Medial-Leg Pain).¹³ Leur argumentaire :

  • Le terme « tibial stress » prête à confusion avec « bone stress injury » (BSI), entraînant une mise au repos excessive non justifiée.
  • La physiopathologie exacte du MTSS reste discutée : surcharge osseuse, traction du fascia crural profond par soléaire/tibial postérieur, ou les deux ?
  • « LIMP » oriente la prise en charge vers la gestion de la charge sans présupposer la pathologie sous-jacente.

Cette proposition n'est pas encore consensuelle mais elle reflète une évolution conceptuelle importante : distinguer cliniquement le MTSS (douleur diffuse, faible risque de progression rapide) de la BSI (douleur focale, à haut risque potentiel) est plus pertinent qu'un débat purement étymologique.

  • Le diagnostic du MTSS est essentiellement clinique : douleur reproductible à la palpation sur ≥ 5 cm le long du bord postéro-médial du tibia (Winters 2018).
  • Le diagnostic différentiel principal est la fracture de stress, caractérisée par une douleur très localisée et un hop test positif.
  • Le CECS (douleur crampiforme avec soulagement < 5 min repos) et le piégeage artère poplitée doivent aussi être éliminés.
  • Classifier la sévérité en 4 grades aide à fixer le pronostic et la dose de charge tolérable.
  • Le débat MTSS → LIMP (Anderson 2025) recadre la pathologie comme « pain induit par la charge » plutôt que comme une inflammation périostée.
Bibliographie : Chapitre 2
  1. Winters M, Bakker EWP, Moen MH, Barten CC, Teeuwen R, Weir A. Medial tibial stress syndrome can be diagnosed reliably using history and physical examination. Br J Sports Med. 2018;52(19):1267-1272. PMID 28179260.
  2. Tweed JL, Avil SJ, Campbell JA, Barnes MR. Etiologic factors in the development of medial tibial stress syndrome: a review of the literature. J Am Podiatr Med Assoc. 2008;98(2):107-111. PMID 18347118.
  3. Moen MH, Tol JL, Weir A, Steunebrink M, De Winter TC. Medial tibial stress syndrome: a critical review. Sports Med. 2009;39(7):523-546. PMID 19530750.
  4. Reinking MF, Austin TM, Richter RR, Krieger MM. Medial tibial stress syndrome in active individuals: a systematic review and meta-analysis of risk factors. Sports Health. 2017;9(3):252-261. PMID 27729482.
  5. Hamstra-Wright KL, Bliven KCH, Bay C. Risk factors for medial tibial stress syndrome in physically active individuals such as runners and military personnel: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2015;49(6):362-369. PMID 25185588.
  6. Yates B, White S. The incidence and risk factors in the development of medial tibial stress syndrome among naval recruits. Am J Sports Med. 2004;32(3):772-780. PMID 15090396.
  7. Milgrom C, Zloczower E, Fleischmann C, et al. Medial tibial stress fracture diagnosis and treatment guidelines. J Sci Med Sport. 2021;24(6):526-530. PMID 33298373.
  8. Warden SJ, Davis IS, Fredericson M. Management and prevention of bone stress injuries in long-distance runners. J Orthop Sports Phys Ther. 2014;44(10):749-765. PMID 25103133.
  9. Aweid O, Del Buono A, Malliaras P, et al. Systematic review and recommendations for intracompartmental pressure monitoring in diagnosing chronic exertional compartment syndrome of the leg. Clin J Sport Med. 2012;22(4):356-370. PMID 22627653.
  10. Dean DM, Tanner C, Karunaratne YG, et al. Chronic exertional compartment syndrome is frequently diagnosed through static compartment pressure measurements and managed with fasciotomy: a systematic review. J ISAKOS. 2024;9(1):78-89. PMID 37778507.
  11. Galbraith RM, Lavallee ME. Medial tibial stress syndrome: conservative treatment options. Curr Rev Musculoskelet Med. 2009;2(3):127-133. PMID 19809896.
  12. Fredericson M, Bergman AG, Hoffman KL, Dillingham MS. Tibial stress reaction in runners: correlation of clinical symptoms and scintigraphy with a new MRI grading system. Am J Sports Med. 1995;23(4):472-481. PMID 7573661.
  13. Anderson L, Beck BR. Medial tibial stress syndrome needs a new name — make no bones about it. J Orthop Sports Phys Ther. 2025;55(10):635-637. PMID 40985462.

Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?

Dans ce chapitre : hiérarchie thérapeutique avec la gestion de la charge comme pierre angulaire (Warden 2014), exercice progressif et renforcement abducteurs de hanche (Atalla 2024, Verrelst 2014), ondes de choc focalisées (preuves modérées), méta-analyse préventive Bezerra 2025 GRADE, éducation et facteurs psychosociaux.

L'efficacité du traitement du MTSS repose sur la gestion rigoureuse des contraintes mécaniques et l'augmentation progressive de la capacité tissulaire à les tolérer.¹ L'exercice et l'éducation surpassent largement les thérapies passives en termes de niveau de preuve.

Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

L'intervention initiale et la plus cruciale est la gestion de la charge (load management).¹,² Il ne s'agit pas d'un repos complet, qui désadapte les tissus, mais d'une réduction de l'activité à un niveau qui ne provoque pas de douleur pendant, après ni le lendemain de l'effort. La hiérarchie thérapeutique :

📐 Hiérarchie des interventions MTSS, du fondamental à l'adjuvant

Adapté de Warden 2014 (JOSPT) et Winters 2013 (Sports Med systematic review)

NIVEAU
1
Éducation + gestion de la charge
Réduction activité au seuil non-douloureux · identification erreurs entraînement · cadence +5-10 % · règle des 10 %
NIVEAU
2
Programme d'exercices progressifs
Renforcement soléaire, tibial postérieur, intrinsèques du pied · abducteurs de hanche (Atalla 2024)
NIVEAU
3
Adjuvants ciblés (formes récalcitrantes)
Ondes de choc focalisées · orthèses anti-pronation (Bezerra 2025 recommandées en prévention militaire)
NIVEAU
À éviter en première intention
Repos complet prolongé · ultrasons thérapeutiques · LLLT · injections corticoïdes (preuves insuffisantes ou délétères)

Le niveau 1 est incontournable et représente 80 % du bénéfice clinique. Les adjuvants ne doivent jamais retarder ou remplacer la gestion de la charge.

Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?

L'exercice thérapeutique est un pilier central. 🏃 Il vise à améliorer la capacité du complexe jambier à absorber et transmettre les forces. Les programmes efficaces partagent le principe de chargement progressif (Warden 2014).¹

Cibles musculaires prioritaires :

  • Soléaire et tibial postérieur : pivots majeurs du contrôle de la pronation et de l'absorption des chocs à la course (Verrelst 2014).³
  • Abducteurs et rotateurs externes de hanche : un RCT récent d'Atalla et al. (J Orthop Surg Res 2024, n = 40 coureurs MTSS) montre que 8 semaines de renforcement fonctionnel des abducteurs de hanche, combinées à un programme PT standard, réduisent significativement la chute pelvienne et le valgus dynamique du genou à la course.⁴ Cet effet est cohérent avec la pathomécanique en chaîne identifiée par Bramah 2018 (AJSM).⁵
  • Intrinsèques du pied : utiles pour la stabilité longitudinale médiale.

La progression suit un modèle classique : isométrique → concentrique → excentrique → pliométrique, toujours dans le respect d'un seuil de douleur tolérable (≤ 2/10 selon Crowell-Davis 2011).⁶

Pour la prévention, la méta-analyse de référence est désormais celle de Bezerra et al. (Gait Posture 2025, 12 RCT, 8197 participants, évaluation GRADE) :⁷

  • Le neuromuscular training (4 études, 3887 participants) est recommandé en prévention chez les jeunes athlètes féminines et les recrues militaires.
  • Les orthèses anti-pronation (overpronation insoles) (4 études, 1047 participants) sont recommandées en prévention chez les recrues militaires.
  • Cette conclusion converge avec le RCT historique de Bonanno 2018 (BJSM, n = 306 recrues navales australiennes) qui montrait une réduction de 34 % du risque combiné MTSS / patellofemoral pain / tendinopathie d'Achille / fasciite plantaire avec des orthèses préfabriquées.⁸

Thérapies manuelles, ondes de choc : quelle est leur réelle efficacité ?

Le recours aux thérapies passives est fréquent, mais les preuves sont hétérogènes :

InterventionNiveau de preuveRecommandation
Gestion de la charge + éducationÉlevé1ère intention systématique
Exercice progressif (mollet + hanche)ÉlevéPierre angulaire
Neuromuscular training (prévention)Modéré (GRADE, Bezerra 2025)Recommandé en prévention
Orthèses anti-pronation (prévention militaire)Modéré (GRADE, Bezerra 2025)Recommandé en prévention
Ondes de choc focalisées (formes chroniques)Modéré (essais limités)Option pour cas récalcitrants
Thérapies manuelles (massage, mobilisations)FaibleAdjuvant symptomatique
Ultrasons thérapeutiquesTrès faible / NulNon recommandé
LLLT (laser basse intensité)Très faibleNon recommandé
Injections corticoïdesTrès faible / DélétèreContre-indiqué (risque de fragilisation osseuse)
Repos complet prolongéDélétèreÀ éviter (désadaptation tissulaire)

Les ondes de choc extracorporelles (ESWT) focalisées ont fait l'objet d'études encourageantes (revue systématique Bagherzadeh-Cham 2022, ainsi que le RCT pilote Moen 2012) montrant une réduction de la douleur et du temps de retour au sport dans les MTSS chroniques.⁹ Toutefois, l'hétérogénéité méthodologique reste élevée et les ondes de choc ne doivent jamais remplacer le traitement actif.

Les thérapies manuelles passives (massage, dry needling, mobilisations) n'ont pas démontré d'efficacité robuste sur la pathologie sous-jacente. Elles peuvent apporter un soulagement symptomatique à court terme mais ne modifient pas le continuum osseux.

Au-delà du physique : éducation et facteurs psychologiques

L'éducation thérapeutique est probablement l'intervention la plus rentable. 🧠 Elle porte sur :

  • La nature de la blessure : le MTSS est une surcharge osseuse sur un continuum, pas une simple inflammation. Cette compréhension dédramatise et fonde la gestion de la charge.
  • Les erreurs d'entraînement modifiables : volume, intensité, surface, cadence, chaussures.
  • L'interprétation de la douleur : douleur ≤ 2/10 + disparition en 24 h = surcharge tolérable ; douleur résiduelle = surcharge à corriger.
  • L'optimisation des facteurs systémiques : sommeil, nutrition (calcium, vitamine D), gestion du stress, dépistage RED-S (voir chapitre 6).¹⁰
Le patient qui comprend pourquoi il doit moduler sa charge tient le levier principal de sa guérison. L'éducation thérapeutique est la moins coûteuse et la plus efficace des interventions.
  • ✅ La gestion de la charge est la pierre angulaire : réduction de l'activité au seuil non-douloureux, pas un repos complet.
  • ✅ L'exercice progressif (soléaire, tibial postérieur, abducteurs de hanche) améliore la kinematique et réduit la douleur (RCT Atalla 2024).
  • ✅ Le neuromuscular training et les orthèses anti-pronation sont les seules interventions préventives soutenues par une méta-analyse GRADE (Bezerra 2025).
  • ✅ Les ondes de choc focalisées sont une option pour les formes chroniques récalcitrantes, jamais en 1ère intention.
  • ❌ Ultrasons, LLLT, injections corticoïdes, repos complet prolongé : non recommandés ou délétères.
Bibliographie : Chapitre 3
  1. Warden SJ, Davis IS, Fredericson M. Management and prevention of bone stress injuries in long-distance runners. J Orthop Sports Phys Ther. 2014;44(10):749-765. PMID 25103133.
  2. Winters M, Eskes M, Weir A, et al. Treatment of medial tibial stress syndrome: a systematic review. Sports Med. 2013;43(12):1315-1333. PMID 23979968.
  3. Verrelst R, De Clercq D, Vanrenterghem J, et al. The role of proximal dynamic joint stability in the development of exertional medial tibial pain: a prospective study. Br J Sports Med. 2014;48(5):388-393. PMID 23314889.
  4. Atalla MA, Mahmoud LA, Kasem SA, Shanab AA. Effect of hip abductors training on pelvic drop and knee valgus in runners with medial tibial stress syndrome: a randomized controlled trial. J Orthop Surg Res. 2024;19(1):671. PMC 11520670.
  5. Bramah C, Preece SJ, Gill N, Herrington L. Is there a pathological gait associated with common soft tissue running injuries? Am J Sports Med. 2018;46(12):3023-3031. PMID 30193080.
  6. Crowell HP, Davis IS. Gait retraining to reduce lower extremity loading in runners. Clin Biomech (Bristol). 2011;26(1):78-83. PMID 20888675.
  7. Bezerra ES, Pulze E, Carpes FP, et al. Preventive interventions for medial tibial stress syndrome: systematic review and meta-analysis. Gait Posture. 2025;121:30-42. PMID 40633262.
  8. Bonanno DR, Murley GS, Munteanu SE, Landorf KB, Menz HB. Effectiveness of foot orthoses for the prevention of lower limb overuse injuries in naval recruits: a randomised controlled trial. Br J Sports Med. 2018;52(5):298-302. PMID 29056595.
  9. Moen MH, Rayer S, Schipper M, et al. Shockwave treatment for medial tibial stress syndrome in athletes; a prospective controlled study. Br J Sports Med. 2012;46(4):253-257. PMID 21257670.
  10. Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM, et al. 2023 International Olympic Committee's (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). Br J Sports Med. 2023;57(17):1073-1097. PMID 37752011.

Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?

Dans ce chapitre : auto-gestion guidée par carnet d'entraînement, règle des « feux de signalisation », critères fonctionnels de retour à la course (Moen 2009), modification de la cadence (Crowell-Davis 2011, Luedke 2016), entretien à long terme avec renforcement combiné mollet + hanche.

La prévention des récidives est un enjeu central : sans gestion appropriée, le taux de récidive est élevé. Elle repose sur deux piliers : autonomiser le patient et planifier un retour à la course basé sur des critères, pas sur un calendrier fixe.¹

Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?

L'éducation thérapeutique est la pierre angulaire de la prévention. 🏃‍♂️ Rendre le patient compétent transforme son rôle de passif à actif, ce qui est un facteur pronostique majeur.²

L'auto-gestion s'articule autour de trois leviers :

  1. Compréhension du mécanisme : le patient doit intégrer que le MTSS est le résultat d'une charge dépassant la capacité d'adaptation osseuse, pas une fatalité.³
  2. Outil de suivi quotidien : un carnet d'entraînement (papier ou app type Strava/TrainingPeaks) consignant distance, durée, intensité perçue (RPE), douleur 0-10 permet d'objectiver la relation cause-effet.⁴
  3. Règle simple du « feu de signalisation » : décrite par Moen 2009 et largement adoptée :¹

🚦 Règle des « feux » de la douleur pour adapter la charge

Outil d'auto-gestion quotidienne, validé par consensus expert

Règle feu vert orange rouge auto-gestion MTSS 0-2 FEU VERT Douleur ≤ 2/10 Continuer charge 2-4 FEU ORANGE Douleur 2-4/10 Plafonner / adapter ≥5 FEU ROUGE Douleur ≥ 5/10 ou persiste > 24 h → repos

Une douleur résiduelle persistant 24 h après l'effort signale que la charge précédente était excessive : réduire de 20 à 30 % à la session suivante.

L'adhésion au programme d'exercices à domicile est tout aussi centrale. Le renforcement progressif du soléaire, du tibial postérieur et des abducteurs de hanche doit devenir une routine d'entretien à long terme, même en l'absence de douleur.⁵

Quand et comment planifier un retour sécurisé à la course ?

Le retour à la course est un processus progressif, individualisé et basé sur des critères. 📈 Précipiter le retour est l'une des causes principales de récidive.

Prérequis fonctionnels avant de reprendre la course :

  • Marche rapide de 45 minutes sans aucune douleur
  • Capacité à effectuer 20 à 30 levers de talon unipodal sans douleur.
  • Hop test négatif bilatéralement.
  • Absence de douleur à la palpation au repos.

Le protocole gradué de Moen 2009 reste la référence : alternance progressive marche/course sur plusieurs semaines, en respectant le seuil de douleur tolérable. Une ligne directrice (non validée par RCT mais largement adoptée) est de ne pas augmenter le volume total de course de plus de 10 % par semaine.⁶

Durant cette phase, trois paramètres doivent être surveillés :

  1. La douleur : ≤ 2/10 pendant et après, disparition en 24 h.
  2. La technique de course : c'est le moment idéal pour la rééducation de la foulée (gait retraining). Une augmentation de la cadence de 5 à 10 % réduit significativement les forces d'impact tibial (Crowell-Davis 2011, Luedke 2016).⁷,⁸
  3. Le renforcement : poursuivre et intensifier en parallèle, introduire les pliométriques quand toléré.
Le retour à la course n'est pas un calendrier mais une suite d'étapes. Chaque étape franchie sans douleur ouvre la suivante ; la moindre douleur résiduelle 24 h après la dernière session impose un retour à l'étape précédente.

Critique et controverse : la « règle des 10 % » et la pronation

💡 La fameuse « règle des 10 % » d'augmentation hebdomadaire est une heuristique clinique, pas une règle validée par un essai contrôlé de haute qualité. Certains coureurs entraînés tolèrent davantage ; les novices et patients post-blessure peuvent nécessiter une progression encore plus lente. L'individualisation guidée par la douleur prime.

La pronation excessive (chute du naviculaire augmentée) est un facteur de risque robuste (Hamstra-Wright 2015) mais la prescription systématique d'orthèses n'est pas universellement bénéfique. La méta-analyse Bezerra 2025 (GRADE) recommande les orthèses anti-pronation uniquement en prévention chez les recrues militaires ; chez le coureur récréatif, leur place reste à individualiser selon le profil biomécanique.⁵

  • La prévention durable du MTSS repose sur l'éducation et l'auto-gestion de la charge.
  • Un retour à la course ne doit être initié qu'après 45 minutes de marche rapide sans douleur.
  • Le retour est extrêmement progressif (alternance marche/course de Moen), avec surveillance de la douleur (≤ 2/10, disparition en 24 h).
  • Le renforcement combiné mollet + hanche et la rééducation de la foulée (cadence +5-10 %) sont les stratégies préventives actives les plus solides.
Bibliographie : Chapitre 4
  1. Moen MH, Tol JL, Weir A, Steunebrink M, De Winter TC. Medial tibial stress syndrome: a critical review. Sports Med. 2009;39(7):523-546. PMID 19530750.
  2. Galbraith RM, Lavallee ME. Medial tibial stress syndrome: conservative treatment options. Curr Rev Musculoskelet Med. 2009;2(3):127-133. PMID 19809896.
  3. Warden SJ, Davis IS, Fredericson M. Management and prevention of bone stress injuries in long-distance runners. J Orthop Sports Phys Ther. 2014;44(10):749-765. PMID 25103133.
  4. Gabbett TJ. The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med. 2016;50(5):273-280. PMID 26758673.
  5. Bezerra ES, Pulze E, Carpes FP, et al. Preventive interventions for medial tibial stress syndrome: systematic review and meta-analysis. Gait Posture. 2025;121:30-42. PMID 40633262.
  6. Nielsen RØ, Bertelsen ML, Møller M, et al. Training load and structure-specific load: applications for sport injury causality and data analyses. Br J Sports Med. 2018;52(16):1016-1017. PMID 29626047.
  7. Crowell HP, Davis IS. Gait retraining to reduce lower extremity loading in runners. Clin Biomech (Bristol). 2011;26(1):78-83. PMID 20888675.
  8. Luedke LE, Heiderscheit BC, Williams DS, Rauh MJ. Influence of step rate on shin injury and anterior knee pain in high-school runners. Med Sci Sports Exerc. 2016;48(7):1244-1250. PMID 26818150.
  9. Atalla MA, Mahmoud LA, Kasem SA, Shanab AA. Effect of hip abductors training on pelvic drop and knee valgus in runners with medial tibial stress syndrome: a randomized controlled trial. J Orthop Surg Res. 2024;19(1):671. PMC 11520670.

Que nous apprennent les cas cliniques concrets ?

Dans ce chapitre : analyse d'un vrai case report 2024 (Ramteke & Jaiswal, coureur novice 22 ans, résolution en 6 semaines), diagnostics différentiels à ne pas manquer (CECS Dean 2023, fracture de stress Milgrom 2021), cas complexes avec sous-jacent RED-S.

Les cas cliniques offrent un éclairage précieux sur l'application concrète des principes evidence-based, à condition de les situer correctement dans la hiérarchie des preuves (niveau 5 selon Oxford CEBM). 🧐

Cas réel : coureur novice. Ramteke 2024

Le case report de Ramteke & Jaiswal (Cureus 2024, PMC 11417438) illustre une prise en charge typique d'un MTSS chez un coureur novice.¹ Présentation :

  • Patient : homme de 22 ans, coureur novice ayant rapidement augmenté son volume hebdomadaire.
  • Symptôme : douleur sévère le long du bord médial du tibia, exacerbée pendant la course.
  • Examen : palpation reproduisant la douleur sur une zone diffuse postéro-médiale (compatible avec critères Winters 2018).

La prise en charge multifacette sur 6 semaines :

  • Phase 1 : Soulagement de la douleur, repos relatif (pas un repos complet).
  • Phase 2 : Renforcement et étirement progressif des membres inférieurs (soléaire, tibial postérieur, abducteurs de hanche).
  • Phase 3 : Programme de chargement progressif (progressive loading) pour favoriser la cicatrisation tissulaire et réduire la récidive.
  • Phase 4 : Travail proprioceptif et techniques de mobilisation.

Résultat : amélioration considérable des symptômes et de la fonction, retour progressif à la course, gains documentés de force et de flexibilité du membre inférieur.¹ Ce cas illustre que les principes fondamentaux (gestion de la charge + exercice progressif + éducation) suffisent dans la grande majorité des MTSS non compliqués.

Un autre RCT récent (Atalla 2024, n = 40 coureurs MTSS) confirme cliniquement la valeur ajoutée du renforcement fonctionnel des abducteurs de hanche sur 8 semaines, avec amélioration significative du pelvic drop et du valgus dynamique du genou par rapport au programme PT seul.²

Le défi diagnostique : quand le MTSS imite une autre pathologie

Trois imitateurs majeurs doivent être systématiquement écartés :

  • 🔍 Fracture de stress du tibia : la transition d'une douleur diffuse vers une douleur focale est un signal d'alarme. Milgrom 2021 (n = 429 recrues d'élite) a validé prospectivement que la combinaison « pain + tenderness focale < 1/3 longueur tibia + hop test ou fulcrum test positif » identifie efficacement les fractures.³ L'IRM (gradation Fredericson) reste l'imagerie de référence.⁴
  • 🔍 Syndrome des loges chronique à l'effort (CECS) : douleur crampiforme prévisible apparaissant après quelques minutes de course, disparaissant rapidement à l'arrêt. La revue systématique Dean 2023 (J ISAKOS, 25 études chirurgicales, 1018 patients opérés) confirme que la mesure de la pression intra-compartimentale reste l'examen de référence diagnostique ; le taux de retour au sport après aponévrotomie varie de 26 à 100 %.⁵,⁶
  • 🔍 Piégeage de l'artère poplitée : rare mais à évoquer en cas de symptômes vasculaires (paresthésies, sensation de jambe morte) ; le signe clé est la disparition du pouls pédieux à la flexion plantaire contrariée, confirmée par écho-doppler dynamique.

Étude de cas complexes

Certains MTSS s'avèrent récalcitrants malgré une rééducation bien menée. La littérature récente (Tenforde, Warden) met en lumière trois axes à explorer dans ces cas :

  1. Facteurs systémiques. RED-S : un apport énergétique insuffisant par rapport aux dépenses (Relative Energy Deficiency in Sport) compromet la santé osseuse et la récupération.⁷ Voir le chapitre dédié plus bas.
  2. Facteurs psychologiques : kinésiophobie, catastrophisation, anxiété de performance peuvent ralentir le retour au sport ; une approche cognitivo-comportementale couplée à l'éducation thérapeutique est alors indiquée.
  3. Imagerie pour stratifier : devant un MTSS chronique ou bilatéral, l'IRM (séquences T1/T2 à haute résolution) permet de situer le patient sur le continuum de Fredericson et de différencier MTSS pur de BSI de bas grade.⁴

📐 Hiérarchie de la preuve scientifique, où classer chaque type d'étude ?

Force de preuve décroissante du haut (méta-analyses) vers le bas (cas isolés)

NIVEAU
1a
Méta-analyses & revues systématiques d'ECR
Ex : Hamstra-Wright 2015 · Reinking 2017 · Bezerra 2025 · Winters 2013
NIVEAU
1b
Essais randomisés contrôlés (ECR)
Ex : Bonanno 2018 · Atalla 2024 · Moen 2012 ESWT
NIVEAU
2
Études de cohorte prospectives
Ex : Yates 2004 · Verrelst 2014 · Milgrom 2021
NIVEAU
3
Cas-témoins & études transversales
Ex : Bramah 2018 · Sobhani 2014 · Saad 2025 (scoping)
NIVEAU
4
Séries de cas et narrative reviews
Ex : Alessa 2024 narrative review militaires
NIVEAU
5
Case reports (n=1) & opinion d'expert
Ex : Ramteke 2024 (cas du novice) · Anderson 2025 (proposition LIMP)

Hiérarchie GRADE / Oxford CEBM simplifiée. Un cas clinique illustre, ne démontre jamais une efficacité, en cas de divergence avec une méta-analyse, suivre la méta-analyse.

  • Le case report Ramteke 2024 illustre qu'un MTSS chez un coureur novice se résout en 6 semaines avec un programme combiné (repos relatif, renforcement, chargement progressif, proprioception).
  • L'essai randomisé Atalla 2024 confirme l'apport du renforcement des abducteurs de hanche sur 8 semaines (amélioration kinematique mesurée).
  • Toujours écarter : fracture de stress (Milgrom 2021), CECS (Dean 2023), piégeage artériel.
  • Pour les cas récalcitrants ou bilatéraux, évaluer systématiquement le RED-S, les facteurs psychologiques et envisager une IRM (Fredericson).
  • ⚠️ Un case report = niveau de preuve 5 (le plus faible). En cas de divergence avec une méta-analyse, suivre la méta-analyse.
Bibliographie : Chapitre 5
  1. Ramteke SU, Jaiswal PR. Physical therapy perspectives for medial tibial stress syndrome in a novice runner: a case report. Cureus. 2024;16(9):e69010. PMC 11417438.
  2. Atalla MA, Mahmoud LA, Kasem SA, Shanab AA. Effect of hip abductors training on pelvic drop and knee valgus in runners with medial tibial stress syndrome: a randomized controlled trial. J Orthop Surg Res. 2024;19(1):671. PMC 11520670.
  3. Milgrom C, Zloczower E, Fleischmann C, et al. Medial tibial stress fracture diagnosis and treatment guidelines. J Sci Med Sport. 2021;24(6):526-530. PMID 33298373.
  4. Fredericson M, Bergman AG, Hoffman KL, Dillingham MS. Tibial stress reaction in runners: correlation of clinical symptoms and scintigraphy with a new MRI grading system. Am J Sports Med. 1995;23(4):472-481. PMID 7573661.
  5. Aweid O, Del Buono A, Malliaras P, et al. Systematic review and recommendations for intracompartmental pressure monitoring in diagnosing chronic exertional compartment syndrome of the leg. Clin J Sport Med. 2012;22(4):356-370. PMID 22627653.
  6. Dean DM, Tanner C, Karunaratne YG, et al. Chronic exertional compartment syndrome is frequently diagnosed through static compartment pressure measurements and managed with fasciotomy: a systematic review. J ISAKOS. 2024;9(1):78-89. PMID 37778507.
  7. Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM, et al. 2023 International Olympic Committee's (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). Br J Sports Med. 2023;57(17):1073-1097. PMID 37752011.
  8. Anderson L, Beck BR. Medial tibial stress syndrome needs a new name — make no bones about it. J Orthop Sports Phys Ther. 2025;55(10):635-637. PMID 40985462.

Le facteur systémique majeur : RED-S et continuum BSI

Dans ce chapitre : Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S) selon le consensus IOC 2023, mécanismes de fragilisation osseuse, dépistage clinique, score CARE-2023 et stratification BSI haut-risque vs bas-risque (Warden 2014, BJSM BSI 2024). Section incontournable pour les MTSS récalcitrants, bilatéraux ou survenant chez le jeune athlète.

Tout MTSS récalcitrant, récurrent ou bilatéral doit conduire le clinicien à évaluer le terrain systémique du patient. Le facteur le mieux documenté, et le plus fréquemment sous-diagnostiqué, est le RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport), reconnu par l'IOC depuis 2014 et profondément mis à jour en 2023.¹,²

Qu'est-ce que le RED-S et quand y penser ?

Le RED-S décrit un syndrome multi-systémique résultant d'une disponibilité énergétique insuffisante (low energy availability, LEA) : c'est-à-dire un apport calorique trop bas par rapport aux dépenses sportives, indépendamment de tout trouble du comportement alimentaire formel.² Il remplace et élargit le concept ancien de « triade de l'athlète féminine » (Nattiv 2007) en reconnaissant :

  • L'atteinte concerne les deux sexes, malgré une prévalence plus élevée chez les athlètes féminines.
  • Les conséquences dépassent largement la santé osseuse : cardiovasculaire, immunitaire, endocrinienne, psychologique, performance.
  • L'IOC 2023 introduit le score CARE (Clinical Assessment of Risk in REDs), outil de stratification à trois niveaux (vert / jaune / rouge) qui guide la décision de poursuite ou d'arrêt sportif et le besoin d'orientation multidisciplinaire.²

Le lien avec le MTSS est direct : la LEA chronique altère la cicatrisation osseuse, abaisse la densité minérale et augmente le risque de toutes les blessures de stress osseux (BSI), du MTSS modéré à la fracture de fatigue à haut risque.³,⁴ Une étude clé de Tenforde et al. (BJSM 2018) chez 156 coureurs masculins de demi-fond a montré que les athlètes avec un score « Triad cumulative risk » élevé présentent un taux de BSI multiplié : démonstration que le phénomène n'est pas uniquement féminin.⁵

⚠️ Drapeaux cliniques évocateurs de RED-S à dépister

Indicateurs simples utilisables en consultation kinésithérapique

Drapeaux cliniques RED-S à dépister Femmes / personnes menstruées • Aménorrhée > 3 mois • Oligoménorrhée ou règles irrégulières • Retard pubertaire / aménorrhée primaire • Restriction alimentaire volontaire Hommes • Baisse libido / dysfonction érectile • Testostérone basse documentée • Restriction alimentaire / pesée régulière • Sport « gravity-restricted » (course, cyclisme) Tout patient (hommes + femmes) • Antécédent de fracture de stress (surtout multiples) • MTSS bilatéral, récidivant ou récalcitrant à 3 mois de traitement bien mené • IMC bas (< 18,5) ou perte de poids récente non programmée • Fatigue chronique, troubles du sommeil, immunodéficience (infections répétées)

Tout drapeau positif justifie une orientation vers un médecin du sport ou un nutritionniste du sport pour une évaluation CARE complète (consensus IOC 2023).

Stratification du risque BSI : du MTSS à la fracture haut-risque

Le MTSS est l'extrémité « bénigne » du continuum des bone stress injuries (BSI), qui se décline en sites bas-risque et haut-risque de complications (consolidation lente, non-union, fracture complète).⁴,⁶

Site BSIRisqueDélai approximatif de guérisonParticularités
MTSS (tibia postéro-médial)Bas (très favorable)4-8 semainesContinuum, charge réduite suffit
Fibula / métatarsiens 2-3-4Bas6-8 semainesConservateur, marche autorisée
Tibia diaphysaire (cortex postéro-médial)Intermédiaire8-12 semainesDécharge selon Fredericson IRM
Tibia antérieur (« dreaded black line »)Haut12-24 semainesRisque non-union / chirurgie
Col fémoral, sacrum, pelvisHaut12-24+ semainesDécharge stricte ; risque vital orthopédique
Naviculaire, sésamoïdesHaut12-24+ semainesNon-union fréquente

Cette stratification est cruciale car elle conditionne :

  • L'imagerie : l'IRM (gradation Fredericson, plus sensible que la scintigraphie) est l'examen de choix pour confirmer et stratifier une BSI suspectée.
  • Le mode de mise en décharge : la marche reste autorisée pour les BSI bas-risque ; la décharge complète est requise pour les BSI haut-risque (en particulier anterior tibial cortex « dreaded black line »).⁴
  • L'orientation : toute suspicion de BSI haut-risque doit conduire à une consultation médicale spécialisée rapide.

Le consensus international récent (BJSM 2024) souligne que les BSI bas-grade peuvent évoluer vers des grades sévères si négligées, et que la prise en charge optimale combine modification de l'activité, optimisation nutritionnelle et adressage des facteurs de risque (dont RED-S).⁶

Le MTSS n'est pas une « petite blessure » à banaliser. C'est l'avertissement précoce d'un système osseux dépassé : un signal qu'il faut décoder dans son contexte systémique pour éviter l'escalade vers la fracture.

Critique et controverse : RED-S est-il sur-diagnostiqué ou sous-diagnostiqué ?

🤔 Le diagnostic de RED-S reste débattu. Critiques principales :

  • Les marqueurs biologiques précis de la LEA chronique (LH pulsatility, T3, IGF-1) sont difficiles à obtenir en routine ; le score CARE-2023 est encore récent et nécessite des études de validation externe à grande échelle.²
  • L'attribution causale entre LEA et BSI individuelle reste probabiliste, pas déterministe.
  • Mais le sous-diagnostic est probablement majoritaire : la majorité des coureurs souffrant de BSI récidivantes ne sont jamais évalués pour leur statut énergétique.⁵

L'attitude pragmatique recommandée : dépistage clinique systématique chez tout patient présentant un MTSS récidivant, bilatéral ou survenant chez un athlète à risque (gravity-restricted sport, restriction alimentaire, aménorrhée). En cas de doute, orientation rapide vers un médecin du sport ou une équipe pluridisciplinaire (médecin, nutritionniste, psychologue si pertinent).

  • Le RED-S (IOC 2023) est un syndrome multi-systémique lié à une disponibilité énergétique insuffisante ; il affecte hommes et femmes et fragilise l'os.
  • Le score CARE-2023 stratifie le risque (vert / jaune / rouge) et guide l'orientation.
  • Tout MTSS récalcitrant, bilatéral ou récidivant doit conduire au dépistage du RED-S.
  • Le continuum BSI distingue les sites bas-risque (MTSS, fibula, métatarsiens 2-4, conservateur) des sites haut-risque (tibia antérieur, col fémoral, sacrum, naviculaire, sésamoïdes, décharge stricte et avis spécialisé).
  • Toute suspicion de BSI haut-risque impose une IRM et une consultation médicale spécialisée rapide.
Bibliographie : Chapitre 6
  1. Mountjoy M, Sundgot-Borgen J, Burke L, et al. The IOC consensus statement: beyond the female athlete triad — relative energy deficiency in sport (RED-S). Br J Sports Med. 2014;48(7):491-497. PMID 24620037.
  2. Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM, et al. 2023 International Olympic Committee's (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). Br J Sports Med. 2023;57(17):1073-1097. PMID 37752011.
  3. Nattiv A, Loucks AB, Manore MM, et al. American College of Sports Medicine position stand. The female athlete triad. Med Sci Sports Exerc. 2007;39(10):1867-1882. PMID 17909417.
  4. Warden SJ, Davis IS, Fredericson M. Management and prevention of bone stress injuries in long-distance runners. J Orthop Sports Phys Ther. 2014;44(10):749-765. PMID 25103133.
  5. Tenforde AS, Parziale AL, Popp KL, Ackerman KE. Low bone mineral density in male athletes is associated with bone stress injuries at anatomic sites with greater trabecular composition. Am J Sports Med. 2018;46(1):30-36. PMID 29065279.
  6. Hoenig T, Ackerman KE, Beck BR, et al. Bone stress injuries. Nat Rev Dis Primers. 2022;8(1):26. PMID 35484131.

Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : drapeaux rouges spécifiques au membre inférieur, critères d'orientation médicale, PROMs validés pour le MTSS (MTSS Score Winters 2018, LEFS), barrières et facilitateurs à l'implémentation evidence-based.

Traduire les preuves en pratique quotidienne demande compétences cliniques, communication interprofessionnelle et mesure objective des résultats. 🧑‍⚕️ Cette section fournit un cadre pragmatique.

Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?

L'orientation est une compétence-clé du kinésithérapeute moderne. Elle repose sur l'identification des situations dépassant son champ d'action ou nécessitant une prise en charge multidisciplinaire.

Vers le médecin du sport ou le médecin traitant :

  • Présence d'un drapeau rouge évoquant une fracture de stress, une pathologie systémique ou un RED-S.
  • Échec du traitement conservateur bien mené pendant 3 à 6 mois, pour envisager une imagerie (IRM Fredericson) et un avis spécialisé.
  • Toute suspicion de BSI haut-risque (tibia antérieur, col fémoral, sacrum).

Vers le médecin du sport ou le nutritionniste du sport : tout patient avec drapeaux RED-S (voir chapitre précédent), MTSS récidivant, jeune athlète aménorrhéique, perte de poids, restriction alimentaire.

Vers le podologue : pour évaluation biomécanique fine, prescription d'orthèses anti-pronation (recommandées en prévention chez les recrues militaires selon Bezerra 2025).¹

Vers le psychologue spécialisé en douleur : en présence de drapeaux jaunes (catastrophisation, kinésiophobie, anxiété de performance) qui ralentissent la rééducation.²

La collaboration interprofessionnelle améliore les résultats et l'efficience du parcours de soins (revue Cochrane Reeves 2017).³ Trois clés : communication claire, objectifs partagés, respect mutuel des compétences.

Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

L'usage systématique de PROMs (Patient-Reported Outcome Measures) est le standard moderne pour quantifier les résultats. 📈 Pour le MTSS :

  • MTSS Score (Winters 2018, BJSM 52:1108-15) : seul PROM spécifique au MTSS, 15 items mesurant la douleur et la limitation (debout, marche, sport).⁴ Outil de référence à utiliser systématiquement.
  • Lower Extremity Functional Scale (LEFS) : outil générique du membre inférieur, validé en français.
  • NPRS (Numerical Pain Rating Scale 0-10) : pour la douleur quotidienne (carnet d'entraînement).
  • Échelle UWRS (University of Wisconsin Running Scale) ou VISA-A selon contexte (multi-injury runners).

L'évaluation des PROMs en début, milieu et fin de traitement objective la progression, facilite la décision médicale partagée et démontre la valeur des interventions kinésithérapiques.⁵

L'implémentation de l'evidence-based practice rencontre des barrières documentées : manque de temps, manque de compétences en lecture critique, accès aux ressources scientifiques.⁶ Solutions concrètes :

  • Ressources synthétisées : guides de pratique clinique, revues Cochrane, base PEDro (gratuit, scoring méthodologique), JOSPT Insights, podcasts BJSM/JOSPT.
  • Journal clubs ou clubs de lecture mensuels : efficacité démontrée pour la culture EBP.
  • Apps de calcul PROMs et carnets numériques pour le patient (réduction de la charge administrative).
  • Culture de mentorat entre cliniciens.

Critique et controverse : du protocole rigide à la décision partagée

🤔 Trois tensions persistent dans l'application des données probantes :

  • « Paradoxe des PROMs » : leur utilité est démontrée mais leur implémentation reste faible (charge administrative, difficulté d'interprétation).⁷ Le défi est de transformer un score chiffré en décision clinique pertinente, sans tomber dans une approche purement « comptable ».
  • « Tyrannie des drapeaux rouges » : leur valeur prédictive individuelle est faible et une focalisation excessive peut générer des examens d'imagerie inutiles. Mieux vaut un raisonnement clinique probabiliste, intégrant le faisceau d'indices au profil global du patient.
  • Standardisation vs personnalisation : les guides reposent sur des moyennes de population ; le clinicien traite des individus uniques. L'art de l'EBP est d'intégrer données de haut niveau, expertise clinique et préférences du patient.⁵
  • Orienter au médecin si drapeau rouge, suspicion de fracture de stress, échec 3-6 mois de traitement conservateur ou suspicion de BSI haut-risque / RED-S.
  • Utiliser systématiquement le MTSS Score (Winters 2018) en début, milieu et fin de traitement.
  • Compléter par LEFS et NPRS pour suivi global et quotidien.
  • Surmonter les barrières EBP : ressources synthétisées, journal clubs, apps PROMs, mentorat.
  • Intégrer trois ingrédients : preuves de haut niveau, expertise clinique, valeurs et préférences du patient.
Bibliographie : Chapitre 7
  1. Bezerra ES, Pulze E, Carpes FP, et al. Preventive interventions for medial tibial stress syndrome: systematic review and meta-analysis. Gait Posture. 2025;121:30-42. PMID 40633262.
  2. Wertli MM, Rasmussen-Barr E, Held U, et al. Fear-avoidance beliefs - a moderator of treatment efficacy in patients with low back pain: a systematic review. Spine J. 2014;14(11):2658-2678. PMID 25110275.
  3. Reeves S, Pelone F, Harrison R, Goldman J, Zwarenstein M. Interprofessional collaboration to improve professional practice and healthcare outcomes. Cochrane Database Syst Rev. 2017;6(6):CD000072. PMID 28639262.
  4. Winters M, Moen MH, Zimmermann WO, et al. The medial tibial stress syndrome score: a new patient-reported outcome measure. Br J Sports Med. 2016;50(19):1192-1199. PMID 26794109.
  5. Kyte DG, Calvert MJ, van der Wees PJ, ten Hove R, Tolan S, Hill JC. An introduction to patient-reported outcome measures (PROMs) in physiotherapy. Physiotherapy. 2015;101(2):119-125. PMID 25620440.
  6. Scurlock-Evans L, Upton P, Upton D. Evidence-based practice in physiotherapy: a systematic review of barriers, enablers and interventions. Physiotherapy. 2014;100(3):208-219. PMID 24780633.
  7. Boyce MB, Browne JP, Greenhalgh J. The experiences of professionals with using information from patient-reported outcome measures to improve the quality of healthcare: a systematic review of qualitative research. BMJ Qual Saf. 2014;23(6):508-518. PMID 24505110.

Et après cette lecture ?

Cet article fait partie d'une collection de synthèses cliniques evidence-based. Une question, un retour, une correction à proposer ? Contactez-nous directement via le bouton WhatsApp en bas à droite de l'écran.

Derrière cet article

Un auteur qui vulgarise, un relecteur qui vérifie.

Comment nous écrivons et vérifions nos contenus

Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

KinéIngénieur pédagogiqueDesign du soin
Suivre sur LinkedIn
Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

Neuro-musculosquelettiqueM2 Santé publique
Suivre sur LinkedIn

Partager