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Kinésithérapie · Pathologie tendineuse · Sport

La tendinopathie d'Achille MAJ 2026

En bref

La tendinopathie d'Achille est une pathologie de surcharge dégénérative (tendinose), non principalement inflammatoire, touchant le corps du tendon (2 à 7 cm au-dessus du calcanéum) ou son insertion, dont les prises en charge diffèrent. Le diagnostic est clinique : douleur localisée à la palpation, raideur matinale, Arc sign et Royal London Hospital test ; l'imagerie n'est pas requise en première intention. Le traitement associe éducation du patient et gestion progressive de la charge, les protocoles d'exercice (excentrique d'Alfredson, HSR, isométrique) ayant des effets équivalents. L'incidence sur la vie atteint 52 % chez le coureur de fond, et le diabète est le facteur de risque le plus puissant (OR 7,22).

Synthèse clinique fondée sur les meta-analyses et consensus internationaux les plus récents : Dutch CPG 2021, living NMA van der Vlist 2021, ICON 2023 COS-AT, revision JOSPT 2024, Cochrane / SR 2022-2025.

Diagnostic clinique HSR & excentrique Retour au sport Evidence-based
52%
Incidence vie chez le coureur
Hutchison 2022 · SR/MA 16 études
×7,2
OR tendinopathie si diabète
De Luca 2025 · SR/MA 53 études
1/3
coureurs avec symptômes persistants a 1 an
Lagas 2020 · cohorte prospective SJMSS

Synthèse clinique

  • La tendinopathie d'Achille est une pathologie de surcharge degenerative ("tendinose"), non principalement inflammatoire. Elle se decline en forme du corps (2-7 cm au-dessus du calcanéum) et d'insertion, dont la prise en charge differe.
  • Prévalence ≈ 6 % en sport, 52 % de coureurs sur la vie (Hutchison 2022). Incidence par saison : 7,4 % chez le marathonien (Lagas 2020). Le pic se situe entre 35 et 50 ans.
  • Facteurs de risque clés : diabète (OR 7,22), hypercholesterolemie, dorsiflexion limitée, antécédent de tendinopathie, prise de fluoroquinolones, IMC élevé, charge d'entraînement mal geree.
  • Le modèle du continuum de Cook-Purdam (réactive → remaniement → degenerative) reste le cadre pédagogique dominant, mais demeure conceptuel : il guide la modulation de charge plus qu'il ne classe formellement.
  • Le diagnostic est clinique : douleur localisée à la palpation, raideur matinale, Arc sign et Royal London Hospital test. L'imagerie n'est pas requise en première intention (corrélation image-symptômes faible).
  • Le VISA-A est l'outil PROM de référence. Il est integre au COS-AT 2024 (ICON 2023, de Vos), avec douleur, fonction et participation comme outcomes essentiels.
  • L'éducation du patient et la gestion progressive de la charge sont la base universelle du traitement (Dutch CPG 2021, JOSPT 2018 revision 2024).
  • Les protocoles d'exercice (Alfredson excentrique, HSR Beyer 2015, Silbernagel combine, isométrique antalgique) ont des effets équivalents en NMA (van der Vlist 2021). La clé est l'individualisation et la progression, pas le choix du protocole.
  • Les ondes de choc (ESWT) sont un adjuvant valable pour les cas chroniques réfractaires après 12 semaines d'exercices, surtout pour l'insertion (Stania 2024 SR/MA).
  • Le PRP n'est pas supérieur au sham (Kearney 2021 JAMA, n=240). Les injections de corticoïdes sont a éviter (risque de rupture).
  • Le modèle de surveillance de la douleur (Silbernagel 2007) autorise la poursuite du sport avec douleur ≤ 5/10 qui ne s'aggrave pas en 24h. C'est l'approche pivot pour l'auto-gestion.
  • Le retour au sport se base sur des critères fonctionnels objectifs : symétrie ≥ 90 % en heel-rise endurance, hop test, VISA-A près du normal (Silbernagel & Crossley 2015).
  • Hanlon 2021 a identifie 3 sous-groupes cliniques (activity-, psychosocial-, structure-dominant) avec trajectoires distinctes a 6 mois : argument pour une stratification individualisée.
  • Les drapeaux rouges (rupture aiguë, fracture de stress, infection, processus tumoral) imposent une orientation médicale. Les drapeaux jaunes psychologiques (kinésiophobie, catastrophisme, Mallows 2017) sont des prédicteurs majeurs d'échec.
  • Diagnostics différentiels critiques : rupture partielle, paratenonite, déformation de Haglund, bursite retrocalcaneenne, fracture de stress du calcanéum, radiculopathie S1, syndrome du tunnel tarsien.

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux a connaître sur la tendinopathie d'Achille ?
    1. Comment définir cette pathologie, qui est touche et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le tendon et comment évolue-t-il naturellement ?
  2. Comment évaluer et diagnostiquer la tendinopathie d'Achille avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?
    3. Faut-il classifier les patients et pour quels bénéfices ?
  3. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour la tendinopathie d'Achille ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
    2. Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
    3. Thérapies adjuvantes : que valent ondes de choc, PRP, thérapies manuelles ?
    4. Au-delà du physique : comment adresser les facteurs psychologiques ?
  4. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives de la tendinopathie d'Achille ?
    1. Comment rendre le patient acteur grâce au modèle de surveillance de la douleur ?
    2. Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport ?
  5. Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur la tendinopathie d'Achille ?
    1. Analyse d'un cas réfractaire publié : le rapport Omodani 2024.
    2. Le défi diagnostique : quand la douleur achilleenne cache autre chose.
    3. Étude d'un cas complexe : insertion, diabète et sous-groupes cliniques
  6. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles a l'implémentation ?

Quels sont les fondamentaux a connaître sur la tendinopathie d'Achille ?

Dans ce chapitre : définition contemporaine de la tendinopathie d'Achille (corps vs insertion), épidémiologie actualisée (Hutchison 2022, Lagas 2020), facteurs de risque hierarchises avec le diabète au premier plan (De Luca 2025), modèle du continuum de Cook-Purdam et trajectoire longitudinale chez le coureur.
La tendinopathie d'Achille est une pathologie clinique d'origine essentiellement mécanique et degenerative, longtemps qualifiee de "tendinite" mais que les histopathologistes preferent aujourd'hui appeler tendinose : la composante inflammatoire classique (granulocytes, macrophages organises) est absente du corps du tendon douloureux chronique. On y observe en revanche une désorganisation des fibres de collagène, une augmentation de la substance fondamentale et une néovascularisation desordonnee.¹,² Cette nuance terminologique conditionne directement l'approche thérapeutique : on ne traite pas une "inflammation" qu'on supprime, on guide une adaptation tissulaire à la charge. 🦵

Comment définir cette pathologie, qui est touche et quels sont les facteurs de risque ?

La nomenclature recommandée par la Dutch multidisciplinary guideline 2021 et la revision JOSPT 2024 distingue deux entités cliniques majeures, dont la prise en charge differe :³,⁴
  • Tendinopathie du corps du tendon (midportion) : douleur localisée 2-7 cm au-dessus de l'insertion calcanéenne, sensible à la palpation, souvent associée à un épaississement fusiforme.
  • Tendinopathie d'insertion (insertional) : douleur au point d'attache osseux du tendon sur le calcanéum, fréquemment associée à une enthesopathie, une déformation de Haglund ou des epicrosses calcaneennes.⁵
Ces deux formes ont des physiopathologies partiellement distinctes : le corps du tendon est soumis à des contraintes principalement de tension, alors que l'insertion subit en plus des contraintes de compression entre le tendon et le calcanéum lors de la dorsiflexion maximale, ce qui explique pourquoi l'excentrique en contrebas de marche (qui force la dorsiflexion) peut aggraver l'insertion.⁵ La prévalence dans le sport est consequente. La meta-analyse Hutchison 2022 (16 études incluses, recherche jusqu'à octobre 2021, publiée dans Sports Medicine and Health Science) retrouve une prévalence ponctuelle globale d'environ 6 % chez les sportifs, mais une incidence vie supérieure à 52 % chez le coureur de fond, avec une prévalence plus élevée en gymnastique (17 %) et dans les sports collectifs avec impacts (6 %).⁶ Dans la population générale néerlandaise, l'incidence est plus modeste, environ 2,35 pour 1 000 patient-années consultant un médecin généraliste (de Jonge 2011, BJSM).⁷ Chez le coureur amateur de marathon, la cohorte prospective hollandaise Lagas 2020 (SJMSS) documenté une incidence par saison de 7,4 % chez le marathonien, et un tiers des coureurs avec un premier épisode développent des symptômes persistants à un an.⁸
6 %Prévalence ponctuelle en sport (Hutchison 2022)
52 %Incidence vie chez le coureur
7,4 %Incidence par saison marathon (Lagas 2020)
35-50 ansPic d'incidence age

📊 Prévalence de la tendinopathie d'Achille selon le sport (Hutchison 2022, SR/MA)

Prévalence ponctuelle, intervalles de confiance 95 %

Prévalence tendinopathie Achille par sport 0 % 5 % 10 % 15 % Gymnastique 17 % Sports collectifs / ball 6 % Athletes (général) 6 % Amateurs exercice 4 % Incidence VIE chez le coureur = 52 % (sépare, hors échelle)

Source : Hutchison AM, Pickering RM, Williams DJ, et al. Sports Med Health Sci. 2022;4(3):152-159. PMID 36090915.

Les facteurs de risque sont multifactoriels. La revue systématique van der Vlist 2019 (BJSM, 50 études incluses) identifie 9 facteurs de risque cliniques d'intérêt :⁹
  • Antécédent personnel de tendinopathie du membre inférieur ou de fracture : facteur de risque le plus puissant identifie par la cohorte Lagas 2019.¹⁰
  • Diabète : la meta-analyse De Luca 2025 (J'Exp Orthop, 53 études) retrouve un OR de 7,22 (IC 95 % 2,61-19,97) pour la tendinopathie d'Achille chez le diabétique, lié aux glycations non enzymatiques du collagène et à la microangiopathie.¹¹
  • Prise de fluoroquinolones (notamment ofloxacine) et corticostéroïdes : risque dose-dépendant de tendinopathie et de rupture.⁹
  • Diminution de l'amplitude de dorsiflexion de cheville : Rabin 2014 dans une cohorte de 1 405 recrues militaires retrouve un HR de 3,49 pour les sujets avec dorsiflexion limitée.
  • IMC élevé / obésité : surcharge mécanique répétée, et probable rôle inflammatoire systémique de l'adiposite.
  • Erreurs d'entraînement : augmentation brusque du volume hebdomadaire (> 30 % d'une semaine sur l'autre), changement soudain de surface ou de chaussures.
  • Hypercholesterolemie et hypertension artérielle : facteurs métaboliques systémiques associés à une altération de la structure tendineuse.
  • Diminution de la force des fléchisseurs plantaires, en particulier du soléaire (porteur principal de la charge lors de la course).⁴
  • L'age > 40 ans : altération progressive de la matrice extracellulaire et de la capacité de réparation tendineuse.

⚖️ Hiérarchie des facteurs de risque (odds ratios / hazard ratios)

Synthèse des plus forts prédicteurs identifiés dans la littérature 2019-2025

Facteurs de risque OR HR tendinopathie Achille OR/HR = 1 (réf) 2 4 6 8 Diabète OR 7,22 Dorsiflexion limitée HR 3,49 ATCD tendinopathie OR 2,76 Fluoroquinolones OR ≈ 2,2 IMC élevé (> 30) OR ≈ 1,7 Hypercholesterolemie OR ≈ 1,5

Sources : De Luca 2025 (diabète), van der Vlist 2019 (synthèse SR), Rabin 2014 (dorsiflexion), Lagas 2019 (antécédent).

« La tendinopathie d'Achille n'est pas une maladie isolée du tendon, mais l'expression locale d'une intersection entre charge mécanique, metabolisme et capacité tissulaire. Identifier le diabète, l'hypercholesterolemie ou la prise de fluoroquinolones est aussi important que prescrire un exercice. »

Que se passe-t-il dans le tendon et comment évolue-t-il naturellement ?

Le cadre conceptuel le plus utilisé pour comprendre la pathologie tendineuse reste le continuum de Cook & Purdam 2009 (PMID 18812414), repris et nuance par les mêmes auteurs en 2016. Il décrit trois états de structure tendineuse qui peuvent coexister, évoluer dans un sens ou dans l'autre, mais qui guident la modulation de la charge :¹²,¹³
  1. Tendinopathie réactive : réponse proliferative non-inflammatoire à une surcharge aiguë (changement brusque du volume d'entraînement). Le tendon s'épaissit transitoirement par augmentation de la teneur en eau et en protéoglycanes pour resister au stress. État réversible avec une réduction de charge et des isometries antalgiques.
  2. Remaniement tendineux (dysrepair) : si la surcharge persiste, la matrice se desorganise, la cellularite augmente, des facteurs angiogeniques apparaissent (neo-vaisseaux). État partiellement réversible : la mise en charge progressive (HSR, excentrique) stimule la remodelisation.
  3. Tendinopathie degenerative : zones de nécrose cellulaire, désorganisation sévère de la matrice, néovascularisation dense. Souvent localisée à une zone et entouree de tissu encore sain. Les changements structuraux sont peu reversibles ; l'objectif thérapeutique est d'optimiser la fonction du tissu sain résiduel pour qu'il compense la zone degeneree, pas de "guérir" cette zone.¹³

🔄 Le continuum de Cook-Purdam : 3 états du tendon

Modèle clé pour adapter la mise en charge selon le stade clinique

Continuum Cook-Purdam tendinopathie 1. Réactive Surcharge aiguë Épaississement transitoire Pas de désorganisation RÉVERSIBLE ↓ Charge + Isometries antalgiques + Sommeil et glace si réactif aigu 2. Remaniement Surcharge persistante Désorganisation matricielle Cellularite augmentée PARTIELLEMENT RÉVERSIBLE Mise en charge progressive HSR (Beyer 2015) Excentrique (Alfredson 1998) 3. Degenerative Nécrose cellulaire Néovascularisation dense Tissu sain en peripherie PEU RÉVERSIBLE Optimiser tissu sain + ESWT adjuvant si réfractaire Risque ↑ de rupture Charge mécanique inadaptee ↓ Capacité tendineuse ↑ progression Réduction de charge + travail progressif ↑ Capacité tendineuse ↓ régression

Source : Cook JL, Purdam CR. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414. Revise dans Cook 2016 BJSM 50(19):1187-1191.

Le modèle est conceptuel et pédagogique. Les trois états peuvent coexister au sein d'un même tendon (zone degenerative entouree de tissu réactif) et il est impossible de les distinguer formellement sans biopsie. Sa valeur clinique réside dans la guidance de la modulation de charge : un tendon "réactif" (après surcharge aiguë chez un sujet jeune) répond à une réduction immédiate de charge et a l'isométrie, alors qu'un tendon "degenerative" (sujet de 50 ans, douleur depuis 18 mois) requiert un travail de remodelisation prolongée.¹³ L'évolution naturelle de la tendinopathie d'Achille est moins favorable que la croyance populaire ne le suggère. La cohorte prospective Lagas 2020 (n = 1 929 coureurs neerlandais avec premier épisode AT) a documenté qu'un tiers (33,5 %) des coureurs développent des symptômes persistants à un an, et que la variable la plus protective est paradoxalement le volume kilometrique hebdomadaire élevé avant l'apparition des symptômes (effet conditionning).⁸ La meta-analyse Magnussen 2009 (Clin J Sport Med, et non AJSM) avait déjà montre que sans intervention structurée, la pathologie tend a chroniciser, avec un effet ceiling de l'évolution spontanée.¹⁴ Une approche conservatrice active et progressive, demarree précocement, est donc la règle.

A retenir

  • La tendinopathie d'Achille est une tendinose (pathologie degenerative non-inflammatoire), distincte en deux entités cliniques : corps (2-7 cm au-dessus de l'insertion) et insertion (au calcanéum), avec prise en charge différente.
  • Prévalence : 6 % en sport, 52 % d'incidence vie chez le coureur, 7,4 % incidence par saison chez le marathonien. Pic chez l'adulte de 35-50 ans.
  • Facteurs de risque hierarchises : diabète (OR 7,22, le plus puissant), dorsiflexion limitée (HR 3,49), antécédent de tendinopathie, fluoroquinolones, IMC élevé, erreurs d'entraînement.
  • Le continuum Cook-Purdam (réactive → remaniement → degenerative) reste le cadre pédagogique de référence pour guider la modulation de charge. Les trois états peuvent coexister.
  • Évolution naturelle défavorable sans intervention : 1/3 des coureurs développent des symptômes persistants a 1 an (Lagas 2020). Une approche conservatrice structurée est requise des le premier épisode.
Bibliographie
  1. Maffulli N, Wong J, Almekinders LC. Types and epidemiology of tendinopathy. Clin Sports Med. 2003;22(4):675-692. PMID 14587714.
  2. Silbernagel KG, Hanlon S, Vicenzino B. Current Clinical Concepts: Conservative Management of Achilles Tendinopathy. J'Athl Train. 2020;55(5):438-447. PMID 32267723.
  3. de Vos RJ, van der Vlist AC, Zwerver J, et al. Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(20):1125-1134. PMID 34187784.
  4. Martin RL, Chimenti R, Cuddeford T, et al. Achilles Pain, Stiffness, and Muscle Power Déficits: Midportion Achilles Tendinopathy Revision 2018. J'Orthop Sports Phys Ther. 2018;48(5):A1-A38. PMID 29712543.
  5. Chimenti RL, Cychosz CC, Hall MM, Phisitkul P. Current Concepts Review Update: Insertional Achilles Tendinopathy. Foot Ankle Int. 2017;38(10):1160-1169. PMID 28789557.
  6. Hutchison AM, Pickering RM, Williams DJ, et al. Prévalence of Achilles tendinopathy in physical exercise: A systematic review and meta-analysis. Sports Med Health Sci. 2022;4(3):152-159. PMID 36090915.
  7. de Jonge S, van den Berg C, de Vos RJ, et al. Incidence of midportion Achilles tendinopathy in the général population. Br J Sports Med. 2011;45(13):1026-1028. PMID 21926076.
  8. Lagas IF, Tol JL, Weir A, et al. How many runners with new-onset Achilles tendinopathy develop persisting symptoms? A large prospective cohort study. Scand J Med Sci Sports. 2020;30(10):1939-1948. PMID 32615645.
  9. van der Vlist AC, Breda SJ, Oei EHG, Verhaar JAN, de Vos RJ. Clinical risk factors for Achilles tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2019;53(21):1352-1361. PMID 30718234.
  10. Lagas IF, Fokkema T, Verhaar JAN, et al. Incidence of Achilles tendinopathy and associated risk factors in recreational runners: A large prospective cohort study. J Sci Med Sport. 2020;23(5):448-452. PMID 31879135.
  11. De Luca A, Trecca EMC, et al. The interplay between metabolic disorders and tendinopathies: Systematic review and meta-analysis. J'Exp Orthop. 2025;12:e70429. doi:10.1002/jeo2.70429.
  12. Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical présentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
  13. Cook JL, Rio E, Purdam CR, Docking SI. Revisiting the continuum model of tendon pathology: what is its merit in clinical practice and research? Br J Sports Med. 2016;50(19):1187-1191. PMID 27127294.
  14. Magnussen RA, Dunn WR, Thomson AB. Nonoperative treatment of midportion Achilles tendinopathy: a systematic review. Clin J Sport Med. 2009;19(1):54-64. PMID 19124985.
Ce sujet fait l’objet d’une formation Physio Learning, éligible DPC et FIFPL.Voir la formation

Comment évaluer et diagnostiquer la tendinopathie d'Achille avec certitude ?

Dans ce chapitre : approche cliniquement guidée (anamnèse + palpation + tests fonctionnels), Arc sign et Royal London Hospital test, place de l'imagerie en seconde intention, VISA-A et COS-AT 2024, diagnostic différentiel exhaustif (rupture partielle, fracture stress, paratenonite, Haglund, radiculopathie S1), modèles de classification (corps vs insertion, continuum, sous-groupes Hanlon).
Le diagnostic de la tendinopathie d'Achille est essentiellement clinique. La Dutch multidisciplinary guideline 2021 (de Vos) et la revision JOSPT 2024 (Martin) sont unanimes : l'imagerie n'est pas recommandée en première intention. La corrélation entre les anomalies structurelles visibles a l'échographie ou l'IRM et les symptômes est faible : un tendon epaissi avec néovascularisation peut être totalement asymptomatique chez un sportif sain.¹,² Le clinicien doit donc traiter le patient, pas l'image.

Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?

L'anamnèse ouvre tout le raisonnement. 📝 Elle doit caractériser la douleur, identifier les facteurs de risque actionnables et orienter d'emblée vers la forme corps ou insertion, ce qui conditionne le choix du protocole d'exercice.³
  • Localisation précise de la douleur : faire pointer du doigt. Douleur 2-7 cm au-dessus du calcanéum → corps du tendon. Douleur a l'insertion sur le calcanéum → tendinopathie d'insertion. Douleur diffuse ou irradiante → reconsidérer le diagnostic (radiculopathie S1, tunnel tarsien, fracture stress).
  • Mode d'apparition : insidieux et progressif sur plusieurs semaines (typique d'une tendinopathie de surcharge) vs aigu avec sensation de "coup de fouet" ou de "claquage" (suspicion de rupture du tendon, drapeau rouge, voir chapitre 6).
  • Chronologie caractéristique de la douleur :
    • Douleur et raideur matinales au lever, diminuant après quelques pas : signe quasi-pathognomonique.⁴
    • Douleur d'échauffement qui diminue pendant l'effort puis réapparaît après (et le lendemain matin).
    • Douleur permanente ou nocturne → reconsidérer (suspicion de processus inflammatoire, infectieux, tumoral).
  • Modifications récentes de la charge : augmentation du volume hebdomadaire (règle classique des +10 %/semaine non respectee), changement de surface (passage de la piste à la route, du tartan a l'herbe), nouvelles chaussures (drop réduit), reprise après pause, modification du programme.⁵
  • Antécédent personnel de tendinopathie (achilleenne ou patellaire) : facteur de risque le plus puissant.⁵
  • Facteurs métaboliques : age > 40 ans, IMC, diabète connu ou suspect, hypercholesterolemie, hypertension, prise récente de fluoroquinolone (ofloxacine, ciprofloxacine), corticostéroïdes.⁵,⁶
  • Profil psychosocial : peur du mouvement, catastrophisme, croyances sur la douleur ("mon tendon va se rompre"), niveau d'auto-efficacité, prédicteurs majeurs du pronostic (Mallows 2017).⁷
  • VISA-A baseline : 8 questions (0-100, 100 = asymptomatique), outil PROM de référence recommande par le COS-AT 2024 (de Vos ICON 2023). Permet de quantifier objectivement la sévérité et de suivre l'évolution.⁸

🚩 Drapeaux rouges a dépister des l'anamnèse

  • "Claquage" audible + impossibilité de monter sur la pointe du pied → rupture du tendon d'Achille (Thompson test positif). Urgence orthopédique.
  • Fièvre + tuméfaction chaude + douleur exquise → cellulite, fasciite necrosante, arthrite septique de la cheville → urgence.
  • Douleur osseuse focale + douleur nocturne + saut sur une jambe impossible → suspicion de fracture de stress du calcanéum → IRM/scintigraphie.
  • Masse palpable, augmentation progressive, sueurs nocturnes, perte de poids → bilan oncologique (tumeur des tissus mous rare mais a évoquer).
  • Douleur en éclair, paresthésies, faiblesse pied tombantradiculopathie S1, syndrome du tunnel tarsien, syndrome de la queue de cheval → examen neurologique + IRM lombaire.

Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?

L'examen physique combine palpation, tests spécifiques et tests fonctionnels. 🩺 Aucun test isolé n'est suffisamment sensible et spécifique pour poser le diagnostic : c'est leur faisceau d'arguments qui le confirme. Palpation : le test le plus fiable et reproductible. Une douleur reproduite à la pression directe du corps du tendon (2-7 cm au-dessus du calcanéum) ou de son insertion est un signe cardinal.⁹ L'épaississement fusiforme du tendon (compare au cote sain) et la présence éventuelle de nodules orientent. Tests cliniques spécifiques :
  • Arc sign (signe de l'arc) : on identifie la zone d'épaississement maximal, puis on demande au patient de mobiliser la cheville en flexion-extension. Si l'épaississement se déplace avec le tendon (vers le haut en flexion plantaire, vers le bas en dorsiflexion) → atteinte intra-tendineuse. S'il reste fixe → suspicion de paratenonite (inflammation de la gaine peritendineuse). Spécificité élevée, sensibilité modérée.⁹
  • Royal London Hospital test : patient en décubitus ventral, pied dans le vide. Le clinicien palpe le point le plus douloureux, puis amene passivement la cheville en dorsiflexion maximale. Si la douleur diminue ou disparaît dans cette position → test positif (atteinte intra-tendineuse, tendon mis en tension hors de la zone de pression). Bonne fiabilité inter-examinateurs.⁹
  • Heel-rise test unipodal : monter sur la pointe d'un seul pied. Reproduction de douleur, asymétrie de hauteur ou d'endurance versus cote sain (< 90 %) → atteinte fonctionnelle significative. Le test d'endurance (nombre de heel-raises consécutifs jusqu'à fatigue) est un indicateur clé du retour au sport.²,⁴
  • Single-leg hop test : pour le sportif a haut niveau. Asymétrie > 10 % vs cote sain → déficit fonctionnel.²
Test cliniqueCe qu'il evaluePerformanceNiveau de preuve
Palpation localiséeReproduction de douleur sur le tendonSensible (clinique de routine)Élevé
Arc signDistinguer atteinte intra-tendineuse vs paratenoniteSpécificité haute, sensibilité modéréeModéré
Royal London Hospital testConfirme atteinte intra-tendineuseBonne fiabilité inter-examinateursModéré
Heel-rise test enduranceForce et endurance du triceps suralPrédictif fonctionnel (RTS)Élevé
VISA-A (PROM)Sévérité globale et suivi (COS-AT 2024)Validité et responsivite excellentesÉlevé
Thompson testDépistage de rupture complèteSensibilité et spécificité ≈ 95 %Élevé
Imagerie (échographie/IRM)Bilan anatomique en 2e intentionFaible corrélation symptômes/imageFaible pour le diagnostic primaire
Place de l'imagerie : la Dutch CPG 2021 et la JOSPT 2024 sont claires, l'imagerie n'est pas indiquée en première intention.¹,² Elle se justifie dans 4 situations :
  1. Suspicion de rupture partielle ou complète (écho Doppler ou IRM).
  2. Échec d'au moins 3 mois de traitement conservateur bien mené → réévaluer le diagnostic.
  3. Suspicion de diagnostic alternatif (fracture stress, processus tumoral, atteinte nerveuse).
  4. Demande chirurgicale en bilan préopératoire.
🎯 Le diagnostic différentiel doit être systématique :
  • Rupture partielle ou totale du tendon d'Achille : claquage audible, douleur aiguë, Thompson test positif, perte de la flexion plantaire.
  • Paratenonite isolée : inflammation de la gaine peritendineuse, crépitations à la mobilisation, épaississement fixe (Arc sign négatif).
  • Bursite retrocalcaneenne ou pré-achilleenne : douleur postérieure, surtout en flexion dorsale forcée, souvent associée à une déformation de Haglund.
  • Fracture de stress du calcanéum : douleur osseuse focale, saut sur une jambe impossible, contexte de coureur en surcharge.
  • Ténosynovite du long fléchisseur de l'hallux ou du tibial postérieur : douleur médiale, parfois confondue.
  • Radiculopathie S1 : douleur référée suivant le dermatome, paresthésies, déficit moteur éventuel, signe de Lasègue.
  • Syndrome du tunnel tarsien : compression du nerf tibial postérieur, paresthésies plantaires, signe de Tinel positif à la cheville médiale.
  • Arthrose sous-talienne ou tibio-talienne, atteinte rhumatologique systémique (spondylarthrite, polyarthrite rhumatoïde avec atteinte tendineuse).

Faut-il classifier les patients et pour quels bénéfices ?

Oui, mais avec nuance. Plusieurs systèmes de classification coexistent :
  1. Topographique (corps vs insertion) : le plus utile cliniquement, car il conditionne directement les modalités d'exercice (éviter la dorsiflexion forcée pour l'insertion).⁵
  2. Continuum Cook-Purdam (réactive/remaniement/degenerative) : pédagogique, guide la modulation de charge mais reste conceptuel.¹⁰
  3. Sous-groupes cliniques de Hanlon 2021 (JOSPT, n = 145, latent class analysis) : trois profils, activity-dominant (sportif sain, présentation aiguë, bonne réponse au protocole d'exercice classique), psychosocial-dominant (kinésiophobie, catastrophisme, douleur chronique, comorbidités, necessite une approche biopsychosociale), structure-dominant (femme âgé moyen, tendinopathie chronique avec changements structurels marqués, évolution plus lente). Le suivi a 6 mois (Hanlon 2023) confirme que les trajectoires de récupération different significativement entre sous-groupes : argument fort pour une stratification thérapeutique individualisée.¹¹,¹²
« On ne traite pas une échographie ou une IRM. On traite un patient qui a mal et qui ne peut plus courir. L'imagerie répond à une question précise (rupture ? processus tumoral ?), pas à la question diagnostique générale. »

A retenir

  • Le diagnostic de la tendinopathie d'Achille est essentiellement clinique. L'imagerie n'est pas recommandée en première intention (Dutch CPG 2021, JOSPT 2024).
  • Triade diagnostique : douleur localisée + raideur matinale + reproduction à la palpation du tendon. Confirmation par Arc sign et Royal London Hospital test.
  • Le VISA-A (8 questions, 0-100) est l'outil PROM de référence recommande par le COS-AT 2024 (ICON 2023, de Vos).
  • Toujours distinguer corps (2-7 cm au-dessus du calcanéum) et insertion : la prise en charge differe (éviter la dorsiflexion forcée pour l'insertion).
  • Drapeaux rouges a dépister : rupture (Thompson test), fracture de stress, infection, processus tumoral, radiculopathie S1.
  • Hanlon 2021 a identifie 3 sous-groupes cliniques (activity / psychosocial / structure-dominant) avec trajectoires distinctes : argument pour une stratification individualisée.
Bibliographie
  1. de Vos RJ, van der Vlist AC, Zwerver J, et al. Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(20):1125-1134. PMID 34187784.
  2. Martin RL, Chimenti R, Cuddeford T, et al. Achilles Pain, Stiffness, and Muscle Power Déficits: Midportion Achilles Tendinopathy Revision 2018. J'Orthop Sports Phys Ther. 2018;48(5):A1-A38. PMID 29712543.
  3. Silbernagel KG, Hanlon S, Vicenzino B. Current Clinical Concepts: Conservative Management of Achilles Tendinopathy. J'Athl Train. 2020;55(5):438-447. PMID 32267723.
  4. Chimenti RL, Neville C, Houck J, Cuddeford T, Carreira D, Martin RL. Achilles Pain, Stiffness, and Muscle Power Déficits: Midportion Achilles Tendinopathy Revision 2024. J'Orthop Sports Phys Ther. 2024;54(12):CPG1-CPG32. PMID 39611662.
  5. Chimenti RL, Cychosz CC, Hall MM, Phisitkul P. Current Concepts Review Update: Insertional Achilles Tendinopathy. Foot Ankle Int. 2017;38(10):1160-1169. PMID 28789557.
  6. van der Vlist AC, Breda SJ, Oei EHG, Verhaar JAN, de Vos RJ. Clinical risk factors for Achilles tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2019;53(21):1352-1361. PMID 30718234.
  7. Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
  8. de Vos RJ, van der Vlist AC, Winters M, et al. ICON 2023: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus — the core outcome set for Achilles tendinopathy (COS-AT) using a systematic review and a Delphi study. Br J Sports Med. 2024;58(20):1175-1186. PMID 39271248.
  9. Maffulli N, Kenward MG, Testa V, Capasso G, Regine R, King JB. Clinical diagnosis of Achilles tendinopathy with tendinosis. Clin J Sport Med. 2003;13(1):11-15. PMID 12544158.
  10. Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
  11. Hanlon SL, Pohlig RT, Silbernagel KG. Beyond the Diagnosis: Using Patient Characteristics and Domains of Tendon Health to Identify Latent Subgroups of Achilles Tendinopathy. J'Orthop Sports Phys Ther. 2021;51(9):440-448. PMID 34074130.
  12. Hanlon SL, Pohlig RT, Silbernagel KG. Différences in Recovery of Tendon Health Explained by Midportion Achilles Tendinopathy Subgroups: A 6-Month Follow-up. J'Orthop Sports Phys Ther. 2023;53(4):200-208. PMID 36688719.

Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour la tendinopathie d'Achille ?

Dans ce chapitre : pyramide thérapeutique evidence-based, équivalence des protocoles d'exercice établie par la NMA van der Vlist 2021, comparaison Alfredson / HSR Beyer 2015 / Silbernagel combine (Habets 2021), consensus international Delphi 2025 (Demangeot, BJSM) sur les paramètres d'exercice, place des ondes de choc (Stania 2024), échec démontré du PRP (Kearney 2021 JAMA), facteurs psychosociaux (Mallows 2017) et éducation à la douleur tolérable.
La prise en charge de la tendinopathie d'Achille a connu une revolution conceptuelle au cours des trois dernières décennies. L'approche moderne s'eloigne radicalement des modalités passives (repos, AINS, corticostéroïdes) au profit d'une approche active centrée sur la mise en charge progressive, encadrée par l'éducation du patient et la surveillance de la douleur. La living network meta-analysis van der Vlist 2021 (BJSM, 29 RCT analyses) démontré clairement la primaute des interventions actives par rapport au sham / wait-and-see, et l'équivalence des principaux protocoles d'exercice entre eux.¹,²

Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

La Dutch CPG 2021 et la JOSPT 2024 sont alignees : deux piliers incontournables avant toute autre intervention.³,⁴
  1. Éducation du patient et modulation de la charge : expliquer la nature degenerative de la tendinopathie, déconstruire le mythe de la "tendinite inflammatoire" qui necessiterait du repos, présenter le modèle de surveillance de la douleur (Silbernagel 2007), fixer des attentes réalistes (récupération = 3-12 mois, non linéaire), responsabiliser le patient sur sa gestion de la charge.⁵
  2. Programme d'exercices progressifs en mise en charge du triceps sural et du tendon : la pierre angulaire du traitement, niveau de preuve élevé (GRADE high).¹,⁶
Les thérapies adjuvantes (ondes de choc, thérapie manuelle, taping, semelles) ne se justifient qu'en complément d'un programme d'exercices bien conduit. Les injections (PRP, sclerosant, corticostéroïdes) n'ont pas démontré de supériorité versus placebo dans les RCT récents, voire sont contre-indiquees (corticostéroïdes : risque de rupture).⁷ La chirurgie reste exceptionnelle après'échec d'au moins 6 mois de traitement conservateur structure.

🔺 Pyramide thérapeutique de la tendinopathie d'Achille

Du plus invasif (sommet) au plus universel (base) : hiérarchie d'intention

Pyramide thérapeutique tendinopathie Achille ⬆ + invasif ⬇ + universel Chirurgie < 5 % Recours exceptionnel après'échec ≥ 6 mois Injections (PRP, sclerosant) ≈ 10 % PRP non supérieur au sham (Kearney 2021 JAMA) Ondes de choc + adjuvants passifs ≈ 20 % ESWT pour insertion / cas chroniques (Stania 2024) Exercice progressif (HSR / ECC / Silbernagel) ≈ 95 % 12 semaines minimum, NMA équivalence protocoles Éducation + modulation de charge 100 % Fondation : surveillance de la douleur ≤ 5/10

⚠️ Lecture critique : les pourcentages sont des estimations cliniques expertes illustrant la hiérarchie d'intention thérapeutique selon les guidelines (Dutch CPG 2021, JOSPT 2018/2024), non issues d'une étude épidémiologique. La hiérarchie elle-même est solidement établie par les SR/MA citées.

Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?

🏋️ L'exercice est le traitement actif le mieux documenté, niveau de preuve élevé (Dutch CPG 2021, JOSPT 2024).¹,³,⁴ Le débat des trente dernières années a porte sur le meilleur protocole. La living NMA van der Vlist 2021 (BJSM, 29 RCT incluant 42 traitements comparés) a tranche : aucun protocole d'exercice n'est cliniquement supérieur à un autre a 12 semaines, ni à long terme.² Quatre protocoles ont des données solides et restent les références :
  1. Protocole Alfredson 1998 (excentrique pur) : 3 séries × 15 répétitions, deux fois par jour, sept jours sur sept, pendant 12 semaines. Heel-drop excentrique en contrebas de marche, genou tendu (gastrocnemiens) et fléchi (soléaire). Charge progressivement augmentée par sac a dos lestee. Le protocole "fondateur" valide chez 15 athletes recreatifs, qui ont tous repris le sport.⁸
  2. Heavy Slow Resistance (HSR) : Beyer 2015 : 3 séries × 6 à 15 RM en mouvement lent (3 sec phase concentrique + 3 sec phase excentrique), 3 fois par semaine, 12 semaines. Charge externe (machine ou sac a dos) augmentée progressivement de 15 RM a 6 RM. Équivalent a l'excentrique a 12 et 52 semaines, avec une meilleure adhérence (92 % vs 78 %) car le volume hebdomadaire est plus faible (3 x 15 vs 2 x 7 x 45 répétitions chez Alfredson) : argument clé en pratique courante.⁹
  3. Protocole Silbernagel combine (concentrique + excentrique) : 4 phases progressives de 12 semaines, intégrant des heel-rises bilatéraux puis unilatéraux, du concentrique-excentrique, des sauts. Tolere une douleur ≤ 5/10 pendant l'exercice (modèle de surveillance de la douleur). L'essai randomisé Habets 2021 (Orthopaedic Journal of Sports Medicine, n = 40 athletes recreatifs) démontré des résultats équivalents a Alfredson a 1 an sur le VISA-A.¹⁰
  4. Isométriques antalgiques (Rio) : utiles pour la phase réactive aiguë ou pour gérer la douleur en période competitive. Effet analgésique à court terme, ne remplacent pas un programme d'exercices structures.

📌 Consensus international 2025 sur les paramètres d'exercice (Demangeot et al., BJSM). Une étude Delphi modifiée menée auprès de 24 experts internationaux en tendinopathie d'Achille (dont Alfredson, Silbernagel, Cook, Chimenti, Malliaras, Rio) a établi un consensus sur les 4 paramètres ayant une influence majeure sur la rééducation : l'intensité de contraction, le temps total sous tension, le nombre de répétitions/séries et le type de contraction.¹⁶ Pour le corps du tendon, c'est l'intensité de contraction qui est jugée la plus déterminante ; pour l'insertion, c'est l'amplitude de dorsiflexion. La cible optimale pour l'adaptation tendineuse se situe entre 70 et 90 % du 1RM. Ce consensus, le plus récent en date, vient pragmatiquement confirmer la clé de voûte du traitement : ce n'est pas le nom du protocole qui compte, mais la dose appliquée au tendon.¹⁶

⚖️ Comparaison des protocoles d'exercice (NMA van der Vlist 2021)

Effet vs sham / wait-and-see sur le VISA-A a 12 semaines

Comparaison protocoles exercice tendinopathie Achille Effet = 0 (sham) +5 +10 +15 +20 pts VISA-A HSR (Beyer 2015) +13,5 Excentrique (Alfredson) +12,7 Silbernagel combine +13,1 Isométriques (court terme) +9,2 Wait-and-see +3,1

Valeurs illustratives basées sur la NMA van der Vlist 2021 (PMID 32522732). Les différences entre HSR / ECC / Silbernagel ne sont pas statistiquement significatives ; le choix se fait selon les préférences du patient, l'adhérence prevue et la disponibilité materielle.

Thérapies adjuvantes : que valent ondes de choc, PRP, thérapies manuelles ?

💡 Toutes les modalités'adjuvantes doivent être considérées en complément d'un programme d'exercices, jamais en substitution.¹ Ondes de choc extracorporelles (ESWT) : la meta-analyse Stania 2024 (Explore, 12 RCT en monothérapie) montre un effet positif sur la douleur et le VISA-A, particulièrement pour la tendinopathie d'insertion. L'effet est plus marqué quand l'ESWT est associée à un programme d'exercices.¹¹ Recommandation pratique : réserver aux cas chroniques (> 3 mois de symptômes) ayant déjà debute un programme d'exercices depuis au moins 12 semaines sans amélioration suffisante. Niveau de preuve modéré a élevé, surtout pour l'insertion. PRP (Platelet-Rich Plasma) : la grande étude Kearney 2021 (JAMA, n = 240, RCT multicentrique anglais, suivi 6 mois) a définitivement tranche : une injection unique de PRP n'est pas supérieure à une injection sham pour la tendinopathie d'Achille chronique du corps du tendon, sur aucune des mesures composites (douleur, fonction, activité).⁷ Le PRP n'est pas recommande en pratique routine (niveau de preuve élevé contre son utilisation). Corticostéroïdes intra ou peritendineux : contre-indiqués. Risque accru de rupture tendineuse documenté.¹ Thérapie manuelle (massage transverse profond, mobilisations articulaires de cheville) : preuves limitées spécifiquement sur la tendinopathie d'Achille. Peut être justifie pour améliorer une mobilité limitée (talo-crural) qui empechera une mise en charge correcte, mais ne doit pas constituer le coeur du traitement.¹ Autres modalités (laser de basse intensité, ultrasons, taping, semelles de hausse talon, sclerosant intratendineux) : preuves insuffisantes ou contradictoires. Les semelles avec hausse talon (15-20 mm) peuvent être utiles a très court terme pour diminuer la charge en flexion dorsale dans une phase aiguë très douloureuse, particulièrement pour la tendinopathie d'insertion. A retirer rapidement pour éviter une adaptation délétère.⁴
ModalitéIndication principaleNiveau de preuveEffet attendu
Éducation + modulation de chargeTous patientsÉlevé↗ adhérence, ↘ récidives, ↘ peur du mouvement
Exercice progressif (HSR / ECC / Silbernagel)Tous patients, 12+ semainesÉlevé↘ douleur (-15 a -25 pts VISA-A), ↗ fonction
Isométriques antalgiquesPhase réactive, in-seasonModéréAntalgie à court terme
ESWT (insertion ou réfractaire)Adjuvant cas chroniquesModéré a élevé↘ douleur surtout pour l'insertion (Stania 2024)
Thérapie manuelle (cheville)Limitation talo-crurale associéeFaibleAdjuvant si mobilité limitée
Semelle hausse talon (15-20 mm)Phase aiguë insertionnelleFaibleSoulagement transitoire, a retirer rapidement
PRP intratendineuxNon supérieur au sham (Kearney 2021)Non recommande en routine
Corticostéroïdes intra/peritendineuxRisque rupture⚠️ A éviter
Ultrasons / laser / TENSAdjuvant symptomatiqueFaiblePreuves insuffisantes
Chirurgie (tenosynovectomie, debridement)Échec ≥ 6 mois de conservateurRecours exceptionnelPas de supériorité vs ECC bien mené

Au-delà du physique : comment adresser les facteurs psychologiques ?

🧠 Les facteurs psychologiques sont un déterminant majeur de la chronicisation, fréquemment sous-traite. La revue systématique Mallows 2017 (BJSM) démontré que la kinésiophobie (peur du mouvement), le catastrophisme (interprétation négative et amplifiee de la douleur) et la faible auto-efficacité sont des prédicteurs indépendants de pronostic défavorable a 12 mois.¹² L'éducation du patient doit être active et proactive sur quatre points :
  • Reformuler la douleur : une douleur tolérable (≤ 5/10 EVA) pendant les exercices, qui ne s'aggrave pas pendant l'effort et qui revient au niveau de base dans les 24h, est acceptable et même productive pour adapter le tendon (modèle Silbernagel 2007).¹³
  • Déconstruire les mythes : "le tendon ne va pas se rompre parce que je fais des heel-rises", "le repos complet aggrave plutôt qu'il ne soigne", "l'imagerie anormale n'implique pas une douleur grave".
  • Fixer des attentes réalistes : récupération = 3 à 12 mois selon le profil, non linéaire, avec des fluctuations attendues. Cette information évite le decouragement quand un mauvais jour arrive après'une semaine d'amélioration.
  • Auto-efficacité : donner au patient les outils concrets (journal de bord, EVA quotidienne, critères simples pour ajuster la charge) pour qu'il devienne acteur de sa guérison plutôt que recipient passif.¹⁴
Pour les patients du sous-groupe psychosocial-dominant de Hanlon 2021 (kinésiophobie élevée, catastrophisme, douleur chronique), une approche cognitivo-comportementale ou une orientation vers un psychologue spécialisé dans la douleur chronique peuvent être nécessaires en complément.¹⁵

Critique et controverse

La guerre des protocoles d'exercice appartient au passe : la NMA van der Vlist 2021 a définitivement établi leur équivalence.² Pourtant, de nombreuses publications, formations et marqués commerciales continuent d'affirmer la supériorité d'un protocole sur un autre, ce qui relève davantage du marketing que de l'evidence. Plus problematique : l'industrie des injections (PRP, sclerosant, cellules souches) continue de progresser malgré des données scientifiques solides et concordantes contre leur efficacité.⁷ Le clinicien doit être vigilant a ne pas ceder à la pression commerciale ou aux attentes du patient pour des "traitements modernes" non validés. Enfin, la dichotomie corps vs insertion, bien que pertinente cliniquement, reste imparfaitement étudiée : la majorité des RCT incluent des patients avec tendinopathie du corps, et les preuves sont moins solides pour l'insertion. La JOSPT 2024 reconnaît'explicitement ce gap de connaissance.⁴

A retenir

  • ✅ Première ligne : éducation + modulation de charge + programme d'exercices progressifs sur 12+ semaines. Niveau de preuve élevé.
  • Aucun protocole d'exercice n'est supérieur (NMA van der Vlist 2021) : choisir HSR, Alfredson ou Silbernagel selon les préférences et la faisabilité. Le HSR a souvent la meilleure adhérence (volume hebdomadaire réduit).
  • 📌 Consensus international 2025 (Demangeot, BJSM) : ce qui compte est la dose (intensité 70-90 % du 1RM, temps sous tension, répétitions, type de contraction), pas le nom du protocole.
  • Ondes de choc (ESWT) : adjuvant valable pour les cas chroniques réfractaires, particulièrement pour la tendinopathie d'insertion. Toujours en complément d'exercices.
  • PRP non supérieur au sham (Kearney 2021 JAMA, n = 240). Pas en routine.
  • Corticostéroïdes intra/peritendineux contre-indiqués (risque rupture).
  • Adresser systématiquement les facteurs psychosociaux : kinésiophobie et catastrophisme sont des prédicteurs majeurs d'échec (Mallows 2017). Modèle de surveillance de la douleur ≤ 5/10.
Bibliographie
  1. de Vos RJ, van der Vlist AC, Zwerver J, et al. Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(20):1125-1134. PMID 34187784.
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  5. Silbernagel KG, Hanlon S, Vicenzino B. Current Clinical Concepts: Conservative Management of Achilles Tendinopathy. J'Athl Train. 2020;55(5):438-447. PMID 32267723.
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  11. Stania M, Juras G, Chmielewska D, et al. The Efficacy of Extracorporeal Shock Wave Therapy as a Monotherapy for Achilles Tendinopathy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Explore (NY). 2024;20(4):488-499. PMID 38205224.
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Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives de la tendinopathie d'Achille ?

Dans ce chapitre : modèle de surveillance de la douleur (Silbernagel 2007) pour autoriser la poursuite du sport, programme RTS structure (Silbernagel & Crossley 2015), critères fonctionnels objectifs (heel-rise endurance, hop test, VISA-A), prévention des récidives à long terme et trajectoire chez le coureur (Lagas 2020).
La récupération durable et la prévention des récidives constituent un enjeu majeur de la tendinopathie d'Achille : la cohorte Lagas 2020 (n = 1 929 coureurs) a documenté qu'un tiers des patients développent des symptômes persistants à un an après le premier épisode.¹ Au-delà de la résolution de l'épisode aigu, le patient doit être prepare à un retour structure aux activités, et à un suivi des années de la charge mécanique.

Comment rendre le patient acteur grâce au modèle de surveillance de la douleur ?

🎯 Le modèle de surveillance de la douleur de Silbernagel 2007 a transforme la prise en charge en demontrant, dans un essai randomisé (n = 38), que continuer le sport pendant la rééducation est non seulement sans danger mais aussi efficace, a condition de suivre une règle simple :²
  • Douleur tolérable (≤ 5/10 EVA) pendant l'effort.
  • Douleur qui ne s'aggrave pas de session en session.
  • Douleur qui revient au niveau de base dans les 24h suivant l'effort.
  • Raideur matinale qui ne s'aggrave pas semaine après semaine.
Si l'un de ces critères n'est pas respecte → réduire la charge (vitesse, distance, intensité, fréquence) de 20-30 % et réévaluer. Si les critères sont respectes → augmenter progressivement (règle classique des +10 %/semaine maximum).

🚦 Modèle de surveillance de la douleur de Silbernagel

Une règle simple pour autoriser, ajuster ou stopper l'activité

Modèle de surveillance de la douleur Silbernagel ✓ ZONE VERTE Douleur ≤ 5/10 EVA Pas d'aggravation Retour base en 24h Raideur matinale stable → Continuer +10 %/semaine max Mise en charge productive ⚠ ZONE ORANGE Douleur 5-7/10 EVA Aggravation modeste Retour base > 24h Raideur matinale ↗ → Réduire charge -20 a -30 % Réévaluer a 7 jours ⛔ ZONE ROUGE Douleur ≥ 7/10 EVA Aggravation marquée Persiste > 48h Réveille la nuit → Stopper activité Réévaluer dx Rechercher drapeaux rouges

Adapté de Silbernagel KG et al. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906 (PMID 17307888) et du JOSPT RTS program 2015.

Les outils concrets a remettre au patient :
  • Journal de bord hebdomadaire : volume de course (km), intensité, EVA douleur matinale et après'effort, raideur matinale. Permet d'objectiver les tendances et de prendre des décisions sans biais affectif.³
  • VISA-A mensuel : score 0-100 pour objectiver le progrès. Une amélioration de 10 points est cliniquement significative (MCID).⁴
  • Maintien du programme de renforcement à long terme : 2-3 sessions de heel-rises chargees par semaine au minimum, même après résolution complète des symptômes, pour maintenir la capacité tendineuse.⁵
  • Reglement de la charge externe : règle des +10 %/semaine maximum sur le volume hebdomadaire (km, nombre de séances), application Strava ou similaire pour le suivi objectif, planning de saison incluant 1 semaine de décharge toutes les 3-4 semaines.

Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport ?

🏃 Le retour au sport (RTS) ne doit jamais être base sur le seul temps ecoule ou sur l'absence de douleur. Le programme RTS de Silbernagel & Crossley 2015 (JOSPT) propose une approche par critères fonctionnels objectifs, devenue la référence internationale.⁵ Critères minimaux a remplir avant de reprendre la course / les sauts :
  1. Absence de douleur au heel-rise unipodal (10 répétitions consecutives).
  2. Symétrie heel-rise endurance unipodal > 90 % vs cote sain (nombre de répétitions a fatigue).
  3. Symétrie heel-rise height (hauteur maximale) > 90 % vs cote sain.
  4. Hop tests (single-leg hop, triple hop) avec asymétrie < 10 %.
  5. VISA-A > 80/100 ou amélioration cliniquement significative ≥ 20 points.
  6. Tolérance au saut bilatéral puis unilatéral sans reproduction de douleur.
Progression du retour au sport en 5 phases :
  1. Phase 1. Rééducation et renforcement (semaines 0-4) : modulation de charge, isométriques antalgiques, HSR ou ECC de base. Pas de course.
  2. Phase 2. Capacité musculaire et plyométrie de base (semaines 4-8) : HSR/ECC progressif, heel-rises unipodaux charges, mini-rebonds bilatéraux puis unilatéraux.
  3. Phase 3. Reprise progressive de la course (semaines 8-12) : alternance marche/course (start 30 sec course / 90 sec marche × 8, progression sur 4 semaines). Surface souple (piste, tartan). Distance courte (1-3 km).
  4. Phase 4. Augmentation du volume et de l'intensité (semaines 12-20) : augmentation +10 %/semaine maximum, retour aux entraînements spécifiques (vitesse, cotes, terrain accidenté progressivement).
  5. Phase 5. Retour compétition : réintégration competitive avec maintien du programme de renforcement et de la surveillance de la douleur.
« Le retour au sport ne s'autorise pas avec un calendrier : il se mérite avec des critères fonctionnels. Un VISA-A a 95/100 et une symétrie heel-rise > 90 % parlent plus fort que "3 mois sans douleur". »
Trajectoire réaliste a partager avec le patient : amélioration cliniquement perceptible attendue a 4-6 semaines (Murphy 2018, rate of improvement), pic d'amélioration aux alentours de 12 semaines, récupération complète et retour au sport compétitif entre 4 et 12 mois selon le profil.⁶ Un tiers des patients restent symptomatiques a 1 an (Lagas 2020) : d'ou l'importance du maintien du programme et de la surveillance de la charge à long terme.¹

Critique et controverse

Le seuil de "5/10 EVA" du modèle Silbernagel est une heuristique clinique largement adoptee, mais son seuil exact n'a jamais été formellement valide a grande échelle. Il pourrait être trop permissif pour certains patients (catastrophistes, kinesiophobes) et trop restrictif pour d'autres (athletes de haut niveau habitues a tolerer la douleur). Une personnalisation reste nécessaire selon le profil psychologique et le niveau d'activité. Les critères de retour au sport (symétrie ≥ 90 %, VISA-A > 80) sont logiques mais leur valeur prédictive de non-récidive à long terme reste modérément établie. La majorité des études mesurent le taux de retour au sport, pas le taux de récidive a 2-3 ans. Enfin, en pratique courante, ces critères demandent du temps, du matériel (tapis pour heel-rise, chronométré) et une formation spécifique : le risque est qu'ils restent theoriques et que le clinicien autorise le retour au sport sur des critères plus souples (absence de douleur au repos, ce qui est très'insuffisant).

A retenir

  • Le modèle de surveillance de la douleur de Silbernagel 2007 est l'outil pivot de l'auto-gestion : douleur ≤ 5/10 EVA, sans aggravation, retour à la base en 24h → zone verte, continuer.
  • Outils concrets pour le patient : journal de bord, VISA-A mensuel, maintien du programme HSR/ECC à long terme.
  • Le retour au sport doit se baser sur des critères fonctionnels objectifs (Silbernagel & Crossley 2015) : symétrie heel-rise endurance et height > 90 %, hop test < 10 % d'asymétrie, VISA-A > 80.
  • Programmation par 5 phases progressives sur 12-20 semaines, règle des +10 %/semaine maximum.
  • Trajectoire réaliste : amélioration perçue a 4-6 semaines, pic a 12 semaines, retour compétition entre 4 et 12 mois. 1/3 des patients restent symptomatiques a 1 an (Lagas 2020) : maintien du programme indispensable.
Bibliographie
  1. Lagas IF, Tol JL, Weir A, et al. How many runners with new-onset Achilles tendinopathy develop persisting symptoms? A large prospective cohort study. Scand J Med Sci Sports. 2020;30(10):1939-1948. PMID 32615645.
  2. Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906. PMID 17307888.
  3. Silbernagel KG, Hanlon S, Vicenzino B. Current Clinical Concepts: Conservative Management of Achilles Tendinopathy. J'Athl Train. 2020;55(5):438-447. PMID 32267723.
  4. de Vos RJ, van der Vlist AC, Winters M, et al. ICON 2023: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus — Core Outcome Set for Achilles tendinopathy (COS-AT). Br J Sports Med. 2024;58(20):1175-1186. PMID 39271248.
  5. Silbernagel KG, Crossley KM. A Proposed Return-to-Sport Program for Patients With Midportion Achilles Tendinopathy: Rationale and Implémentation. J'Orthop Sports Phys Ther. 2015;45(11):876-886. doi:10.2519/jospt.2015.5885.
  6. Murphy M, Travers M, Gibson W, et al. Rate of improvement of pain and function in mid-portion Achilles tendinopathy with loading protocols: A systematic review and longitudinal meta-analysis. Sports Med. 2018;48(8):1875-1891. PMID 29766442.
  7. Habets B, van Cingel REH, Backx FJG, et al. No Différence in Clinical Effects When Comparing Alfredson Eccentric and Silbernagel Combined Concentric-Eccentric Loading in Achilles Tendinopathy: A RCT. Orthop J Sports Med. 2021;9(10):23259671211031254. PMC 8554573.
  8. Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
  9. Martin RL, Chimenti R, Cuddeford T, et al. Midportion Achilles Tendinopathy Revision 2018. J'Orthop Sports Phys Ther. 2018;48(5):A1-A38. PMID 29712543.
  10. de Vos RJ, van der Vlist AC, Zwerver J, et al. Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(20):1125-1134. PMID 34187784.

Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur la tendinopathie d'Achille ?

Dans ce chapitre : cas réfractaire réel Omodani 2024 (Cureus, athlete de 23 ans), diagnostics différentiels critiques (rupture, fracture stress, paratenonite, Haglund), sous-groupes cliniques Hanlon 2021/2023, rôle des comorbidités (diabète), et pyramide GRADE de la preuve.
La tendinopathie d'Achille illustre bien la tension permanente entre les preuves agrégées (NMA, guidelines) et la réalité clinique hétérogène. Les cas cliniques apportent un eclairage précieux sur les présentations atypiques, les échecs thérapeutiques et les diagnostics différentiels critiques que les essais randomisés ne capturent pas. 🧐 Le clinicien doit toutefois interpréter ces cas avec rigueur : ils illustrent mais ne démontrent pas une efficacité.

Analyse d'un cas réfractaire publié : le rapport Omodani 2024

Le cas rapporte par Omodani T (2024, Cureus ; PMC10975086) illustre la complexité d'une tendinopathie d'Achille réfractaire et la pertinence d'une approche multimodale combinant thérapies conventionnelles et adjuvants avancés.¹ Il s'agit d'une athlete de 23 ans pratiquant l'athletisme de demi-fond, présentant une tendinopathie d'Achille bilatérale évoluant depuis 4 ans, réfractaire au traitement standard. Les traitements antérieurs comportaient : rééducation classique (exercices excentriques), semelles orthopédiques, infiltrations de corticostéroïdes, et ondes de choc extracorporelles (ESWT), sans amélioration durable. La patiente avait du arrêter la compétition. Le diagnostic confirme par échographie revelait un épaississement marqué avec néovascularisation dense, signature d'une tendinopathie degenerative chronique. L'approche multimodale finalement réussie a combine :
  • Embolisation transarterielle ciblée sur les neo-vaisseaux pathologiques.
  • ESWT répétée a paramètres optimises.
  • Prolothérapie intratendineuse.
  • Programme de renforcement progressif structure (HSR style).
Après 12 semaines, la patiente rapportait une diminution significative de la douleur, une amélioration du VISA-A et un retour progressif a l'entraînement sportif. ⚠️ Limites méthodologiques importantes à noter : il s'agit d'un cas isolé (n = 1), niveau de preuve 5 (le plus faible) sur l'échelle Oxford CEBM. L'effet placebo, la régression vers la moyenne et l'évolution spontanée ne sont pas controles. L'article illustre une démarche clinique chez un cas réfractaire, il ne démontré PAS l'efficacité de la combinaison.

🧩 Composantes du protocole réfractaire : cas Omodani 2024

Athlete 23 ans, demi-fond, tendinopathie bilatérale 4 ans, échec traitements antérieurs

Composantes du protocole multimodal Omodani 2024 Athlete 23 ans · demi-fond · bilatérale 4 ans · réfractaire Embolisation transarterielle Preuve : très faible (n=1) ESWT Ondes de choc répétées Preuve : modéré (Stania 2024) Prolothérapie Injections intratendineuses Preuve : faible/hétérogène HSR Renforcement Preuve : élevée (Beyer 2015) ↓ Effets rapportés a 12 semaines ↓ Douleur ↘ significative VISA-A ↗ amélioration Retour sport progressif Cohérent avec les meta-analyses ESWT (Stania 2024) + HSR (Beyer 2015) ⚠️ Case report = niveau de preuve faible (n=1) ; illustre, ne démontré pas

Source : Omodani T. Cureus. 2024;16(2):e55030. PMC 10975086. Les niveaux de preuve sont issus des SR/MA citées dans l'article.

Le défi diagnostique : quand la douleur achilleenne cache autre chose

La douleur rétro-malléolaire et tibio-tarsienne n'est pas toujours d'origine tendineuse. ⚠️ Plusieurs pathologies peuvent mimer une tendinopathie d'Achille, parfois avec des conséquences graves si le diagnostic est retarde :
  • 🔍 Rupture partielle ou complète du tendon d'Achille : La cause la plus critique a ne pas manquer. Le Thompson test (compression du mollet patient en décubitus ventral, pied dans le vide → absence de flexion plantaire = rupture complète) à une sensibilité et spécificité > 95 %. Suspicion clinique forte si claquage audible, douleur aiguë intense, impossibilité de monter sur la pointe du pied. Échographie ou IRM en confirmation.²
  • 🔍 Paratenonite isolée : Inflammation de la gaine peritendineuse, distinguee par l'Arc sign négatif (épaississement fixe, ne se deplacant pas avec le tendon en mobilisation). Crépitations à la palpation lors de la flexion-extension. Prise en charge différente (anti-inflammatoires plus efficaces, repos relatif plus court).⁹
  • 🔍 Fracture de stress du calcanéum : A évoquer chez le coureur en surcharge avec douleur osseuse focale, douleur à la percussion du calcanéum, douleur au saut sur un pied (incapacité). IRM ou scintigraphie en confirmation. Le retard diagnostique conduit à la fracture complète.
  • 🔍 Déformation de Haglund + bursite retrocalcaneenne : Proéminence osseuse postéro-supérieure du calcanéum, frottement avec la contrefort de la chaussure, bursite associée. Souvent confondue avec une tendinopathie d'insertion (peuvent coexister). L'imagerie latérale du calcanéum (radio) suffit.
  • 🔍 Radiculopathie S1 : Douleur référée dans le territoire S1 (face postérieure de jambe, talon), associée à une lombalgie éventuelle, paresthésies plantaires, signe de Lasègue positif, déficit du réflexe achilléen ou de la force des fléchisseurs plantaires. IRM lombaire en bilan.
  • 🔍 Syndrome du tunnel tarsien : Compression du nerf tibial postérieur en arrière de la malléole médiale. Paresthésies plantaires, signe de Tinel positif à la cheville médiale. Électromyographie en confirmation.
  • 🔍 Tendinopathie du tibial postérieur : Douleur médiale, perte de l'arche plantaire interne, test du "too many toes" (vu en arrière du patient debout, on voit trop d'orteils du cote pathologique). A bien différencier : le traitement est spécifique.

Étude d'un cas complexe : insertion, diabète et sous-groupes cliniques

La complexité augmente quand plusieurs facteurs s'agregent. Trois situations méritent une attention particulière : 1. La tendinopathie d'insertion compliquée de déformation de Haglund, particulièrement fréquente chez la femme d'age moyen avec chaussures rigides postéro-supérieures. La prise en charge est spécifique : éviter la dorsiflexion forcée qui aggrave la compression entre tendon et calcanéum. Adapter le programme d'exercice en évitant le contrebas de marche (rester en sol plat ou avec un léger surrelevement). Hausse talon temporaire utile à court terme.³ L'ESWT a particulièrement de bons résultats sur cette forme insertionnelle.⁴ 2. Le patient diabétique avec tendinopathie d'Achille : la meta-analyse De Luca 2025 a établi un OR de 7,22 pour le diabète comme facteur de risque.⁵ Les mécanismes incluent la glycation non enzymatique du collagène (formation d'AGEs), la microangiopathie diminuant l'apport vasculaire au tendon, et probablement une composante inflammatoire systémique. Spécificités de prise en charge : récupération plus lente que la moyenne (attente plus longue), risque accru de rupture (éviter absolument les corticostéroïdes), collaboration étroite avec le diabétologue pour optimiser l'équilibre glycémique (HbA1c < 7 %).⁶ 3. Le sous-groupe "psychosocial-dominant" de Hanlon 2021 : patient avec kinésiophobie élevée, catastrophisme, comorbidités douloureuses (lombalgie chronique, fibromyalgie), VISA-A bas mais imagerie modeste. Le programme d'exercices seul est insuffisant. La prise en charge necessite une approche biopsychosociale : éducation à la douleur, thérapie cognitivo-comportementale, gestion de la kinésiophobie, parfois orientation vers un psychologue spécialisé dans la douleur chronique. Le suivi a 6 mois (Hanlon 2023) montre que ce sous-groupe à une trajectoire de récupération significativement plus lente que les autres.⁷,⁸
« Une tendinopathie d'Achille n'est pas qu'un problème de tendon. C'est une intersection entre charge mécanique, metabolisme et psychisme. Le clinicien doit naviguer entre les trois : un programme HSR n'est rien si la peur du mouvement empêche son exécution. »

Critique et controverse, ou se situent les cas cliniques dans la hiérarchie des preuves ?

🧠 Les cas cliniques sont fondamentaux pour générer des hypothèses et signaler des présentations rares, mais leur niveau de preuve est le plus faible de toute la hiérarchie scientifique. Un cas unique illustre une possibilité, non une generalite. Il ne peut pas contrôler le placebo, la régression vers la moyenne ni l'évolution spontanée.⁹ Le biais de publication est massif (les échecs sont rarement publiés).

📐 Hiérarchie de la preuve scientifique, où classer chaque type d'étude ?

Force de preuve décroissante du haut (méta-analyses) vers le bas (cas isolés)

NIVEAU
1a
Meta-analyses & revues systématiques d'ECR
Ex : van der Vlist NMA 2021 · Murphy 2019 SR/MA · Stania 2024 ESWT · COS-AT 2024
NIVEAU
1b
Essais randomisés controles (ECR)
Ex : Beyer 2015 HSR vs ECC · Kearney 2021 PRP · Habets 2021 Alfredson vs Silbernagel · Silbernagel 2007 pain monitoring
NIVEAU
2
Études de cohorte prospectives
Ex : Lagas 2020 persistance coureurs · de Jonge 2011 incidence · Habets 2018 prognostic
NIVEAU
3
Cas-témoins & études transversales
Ex : Hanlon 2021 latent subgroups · Hutchison 2022 prévalence · van der Vlist 2019 risk factors
NIVEAU
4
Séries de cas
Ex : petites séries chirurgicales · séries ESWT pré/post non randomisées
NIVEAU
5
Case reports (n=1) & opinion d'expert
Ex : Omodani 2024 Cureus · expert opinions sur protocoles experimentaux

Hiérarchie GRADE / Oxford CEBM simplifiée. La longueur de la barre colorée a droite illustre la force de preuve relative. Implication pratique : en cas de divergence entre un cas clinique séduisant et une meta-analyse, la décision doit suivre la meta-analyse. Les cas cliniques restent précieux pour générer des hypothèses, signaler des présentations rares, ou illustrer une démarche de raisonnement clinique.

Une controverse persistante en tendinopathie d'Achille est la place exacte de l'imagerie. La corrélation faible entre symptômes et anomalies structurelles (tendons epais asymptomatiques) plaide pour une utilisation parcimonieuse, mais la pratique courante reste très "image-dépendante", sur-prescription d'échographie, décisions thérapeutiques basées sur l'image plutôt que sur la clinique.¹⁰ La JOSPT 2024 reitere : traiter le patient, pas l'image. Une autre controverse concerne le biais de publication des protocoles experimentaux (PRP, prolothérapie, embolisation, cellules souches). Les succès sont publiés, les échecs restent dans les tiroirs. Le clinicien doit être particulièrement vigilant face aux "nouvelles techniques miracle" sans données agrégées solides : la RCT Kearney 2021 sur le PRP en est un avertissement clair.⁷ Enfin, l'hétérogénéité des patients tendinopathie d'Achille rend la généralisation perilleuse. Un protocole HSR efficace chez l'athlete jeune motive peut être inadapté chez le diabétique sédentaire de 60 ans. La stratification proposée par Hanlon 2021 (3 sous-groupes cliniques) reste a confirmer a large échelle mais constitue une piste majeure.⁸,¹¹

⭐ A retenir

  • Le cas Omodani 2024 (Cureus) illustre qu'une approche multimodale (embolisation + ESWT + prolothérapie + HSR) peut être tentee chez les cas réfractaires après'échec du traitement standard, mais ne démontré pas son efficacité (n = 1).
  • Diagnostics différentiels critiques a connaître : rupture (Thompson test), paratenonite (Arc sign négatif), fracture de stress du calcanéum, déformation de Haglund, radiculopathie S1, syndrome du tunnel tarsien, tendinopathie du tibial postérieur.
  • La tendinopathie d'insertion compliquée de Haglund requiert une approche spécifique : éviter la dorsiflexion forcée, hausse talon temporaire, ESWT particulièrement efficace.
  • Le diabète multiplie par 7,2 le risque (De Luca 2025) et impose une prise en charge spécifique : récupération plus lente, éviter les corticostéroïdes (risque rupture), collaboration avec le diabétologue (HbA1c < 7 %).
  • Les 3 sous-groupes cliniques de Hanlon 2021 (activity-, psychosocial-, structure-dominant) ont des trajectoires distinctes a 6 mois : argument pour une stratification individualisée.
  • ⚠️ Niveau de preuve : un case report = niveau 5 (le plus faible). En cas de divergence, suivre les meta-analyses (niveau 1a), pas le cas isolé. Les cas illustrent, ne démontrent pas.
Bibliographie
  1. Omodani T. Multifaceted Treatment Using Advanced Modalities for Refractory Achilles Tendinopathy: A Case Report. Cureus. 2024;16(2):e55030. PMC 10975086.
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  3. Chimenti RL, Cychosz CC, Hall MM, Phisitkul P. Current Concepts Review Update: Insertional Achilles Tendinopathy. Foot Ankle Int. 2017;38(10):1160-1169. PMID 28789557.
  4. Stania M, Juras G, Chmielewska D, et al. The Efficacy of Extracorporeal Shock Wave Therapy as a Monotherapy for Achilles Tendinopathy: A Systematic Review and Meta-Analysis. Explore (NY). 2024;20(4):488-499. PMID 38205224.
  5. De Luca A, Trecca EMC, et al. The interplay between metabolic disorders and tendinopathies: Systematic review and meta-analysis. J'Exp Orthop. 2025;12:e70429. doi:10.1002/jeo2.70429.
  6. Cannata F, Vadala G, Ambrosio L, et al. The impact of type 2 diabetes on the development of tendinopathy. Diabetes Metab Res Rev. 2021;37(8):e3417. PMID 33156563.
  7. Kearney RS, Ji C, Warwick J, et al. Effect of Platelet-Rich Plasma Injection vs Sham Injection on Tendon Dysfunction in Patients With Chronic Midportion Achilles Tendinopathy: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2021;326(2):137-144. PMID 34255009.
  8. Hanlon SL, Pohlig RT, Silbernagel KG. Beyond the Diagnosis: Using Patient Characteristics and Domains of Tendon Health to Identify Latent Subgroups of Achilles Tendinopathy. J'Orthop Sports Phys Ther. 2021;51(9):440-448. PMID 34074130.
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  10. Chimenti RL, Neville C, Houck J, Cuddeford T, Carreira D, Martin RL. Midportion Achilles Tendinopathy Revision 2024. J'Orthop Sports Phys Ther. 2024;54(12):CPG1-CPG32. PMID 39611662.
  11. Hanlon SL, Pohlig RT, Silbernagel KG. Différences in Recovery of Tendon Health Explained by Midportion Achilles Tendinopathy Subgroups: A 6-Month Follow-up. J'Orthop Sports Phys Ther. 2023;53(4):200-208. PMID 36688719.
  12. de Vos RJ, van der Vlist AC, Zwerver J, et al. Dutch multidisciplinary guideline on Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(20):1125-1134. PMID 34187784.
  13. Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjaer B, et al. Heavy Slow Resistance Versus Eccentric Training as Treatment for Achilles Tendinopathy: A RCT. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-1711. PMID 26018970.
  14. van der Vlist AC, Winters M, Weir A, et al. Which treatment is most effective for patients with Achilles tendinopathy? A living systematic review with network meta-analysis. Br J Sports Med. 2021;55(5):249-256. PMID 32522732.
  15. Lagas IF, Tol JL, Weir A, et al. How many runners with new-onset Achilles tendinopathy develop persisting symptoms? Scand J Med Sci Sports. 2020;30(10):1939-1948. PMID 32615645.

Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : drapeaux rouges spécifiques (rupture, fracture, infection, processus tumoral, radiculopathie), critères d'orientation, PROMs et COS-AT 2024, barrières et facilitateurs a l'implémentation evidence-based.
L'application des recommandations dans la pratique courante reste le maillon faible de la chaîne evidence-based. Savoir ce qu'il faut faire (NMA van der Vlist 2021, Dutch CPG, JOSPT 2024) n'est pas savoir comment l'appliquer auprès de chaque patient, avec ses contraintes de temps, ses préférences et ses comorbidités. 🧑‍⚕️

Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?

La première étape non-négociable du triage est le dépistage des drapeaux rouges. Le clinicien doit avoir un seuil bas pour orienter : la sensibilité prime sur la spécificité quand il s'agit de pathologies graves.

🚩 Drapeaux rouges spécifiques à la region achilleenne

  • Rupture du tendon d'Achille : claquage audible/ressenti + impossibilité de monter sur la pointe du pied + Thompson test positif (compression du mollet pieds dans le vide → absence de flexion plantaire). Urgence orthopédique.
  • Fracture de stress du calcanéum : douleur osseuse focale, douleur à la percussion, saut sur une jambe impossible. Surtout chez le coureur en surcharge, le militaire, l'amenorrheique (REDs).
  • Infection (cellulite, fasciite necrosante, arthrite septique) : fièvre + tuméfaction chaude + douleur exquise + érythème rapidement progressif. Urgence.
  • Processus tumoral (rare mais a évoquer) : masse palpable d'apparition progressive, douleur nocturne, sueurs nocturnes, perte de poids inexpliquée, altération de l'état général.
  • Syndrome compartimental chronique : douleur de mollet a l'effort, syndrome à la pression intracompartimentale.
  • Radiculopathie S1 / syndrome de la queue de cheval : douleur radiculaire (territoire S1), paresthésies, déficit moteur, troubles sphinctériens, anesthésie en selle.
  • Pathologie rhumatologique systémique : spondylarthrite (HLA-B27, raideur axiale matinale, uveite), polyarthrite rhumatoïde (atteinte multi-articulaire), goutte (accès'aigu).
  • Récent traitement par fluoroquinolones + douleur tendineuse aiguë : risque accru de rupture, alerter le médecin prescripteur.

⚠️ Tout drapeau rouge → orientation médicale rapide (médecin généraliste, urgences, médecin du sport, chirurgien orthopédiste) avant ou en parallèle de la prise en charge kinésithérapique.

Au-delà des urgences, les drapeaux jaunes (facteurs psychosociaux d'échec) justifient une approche élargie. La revue Mallows 2017 (BJSM) identifie kinésiophobie élevée, catastrophisme et faible auto-efficacité comme prédicteurs majeurs de chronicisation.¹ Dans ces cas, considérer une collaboration avec un psychologue spécialisé dans la douleur chronique, et intégrer une approche cognitivo-comportementale au programme de rééducation. La collaboration interprofessionnelle est requise pour les profils complexes :
  • Médecin généraliste / médecin du sport : bilan métabolique (HbA1c, cholesterol, uricémie), bilan médicamenteux (fluoroquinolones, corticostéroïdes), suivi global.
  • Endocrinologue / diabétologue : pour les patients avec diabète (OR 7,22, De Luca 2025).²
  • Chirurgien orthopédiste / chirurgien du pied : échec ≥ 6 mois de traitement conservateur structure, déformation de Haglund symptomatique sévère, suspicion de lésion intratendineuse complexe.
  • Podologue / pedorthiste : analyse biomécanique de la course, semelles correctrices si nécessaire (pronation excessive, etc.), conseil chaussures.
  • Coach / preparateur physique : revue et restructuration du programme d'entraînement pour gérer la charge sur le long terme.

Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles a l'implémentation ?

📊 La mesure des résultats est la condition sine qua non d'une pratique de qualité. Le COS-AT 2024 (Core Outcome Set for Achilles Tendinopathy), issu du consensus ICON 2023 (de Vos, BJSM, PMID 39271248), standardisé les outcomes a mesurer dans toute prise en charge ou recherche sur la tendinopathie d'Achille.³ Outcomes essentiels du COS-AT 2024 :
  • Douleur : échelle numérique (ENS) 0-10.
  • Fonction : VISA-A (Victorian Institute of Sport Assessment, Achilles), 8 questions, score 0-100. MCID (Minimal Clinically Important Différence) ≈ 10 points.
  • Participation : retour aux activités sportives, niveau de pratique vs avant la blessure.
  • Qualité de vie : EQ-5D ou similar.
  • Évaluation globale du changement par le patient (PGIC).
L'intégration de ces PROMs en pratique courante se heurte à des barrières documentées : manque de temps (le plus fréquent), absence d'outil informatique adapté, manque de formation a l'interprétation, perception que c'est "administratif" plutôt que cliniquement utile. Stratégies d'implémentation pour surmonter ces barrières :
  • Outils digitaux : application sur tablette ou smartphone que le patient remplit en salle d'attente, calcul automatique du score, visualisation graphique de l'évolution.
  • Formation continue : ateliers pratiques sur l'utilisation des PROMs et la prise de décision partagée.
  • Champions cliniques : leaders d'opinion dans la pratique ou la clinique qui diffusent l'usage de l'EBP.
  • Intégration dans la routine : VISA-A à chaque consultation de suivi (toutes les 4-6 semaines), pas seulement en début et fin de prise en charge.
  • Prise de décision partagée : présenter au patient les options (HSR vs ECC vs Silbernagel), discuter des avantages/inconvenients, décider ensemble en fonction de ses préférences et de son emploi du temps. Augmente significativement l'adhérence et la satisfaction.

Critique et controverses : au-delà des directives

Le paradoxe des drapeaux rouges reste valable : aucun signe pris isolément n'à une valeur prédictive positive élevée. C'est le faisceau d'arguments + le raisonnement clinique probabiliste qui permettent d'orienter, pas une checklist. Le risque est double : sur-diagnostiquer (envoyer chaque douleur a l'IRM) ou sous-diagnostiquer (rater une rupture en attribuant la douleur à une simple tendinopathie). L'écart "knowing-doing" est particulièrement frappant en tendinopathie d'Achille : la NMA van der Vlist 2021 a établi depuis 5 ans l'équivalence des protocoles d'exercice, le rejet du PRP par Kearney 2021 est connu depuis 4 ans, et pourtant la pratique courante continue parfois d'imposer un protocole unique ou de prescrire des injections de PRP coûteuses sans indication. Le passage à une vraie EBP requiert plus qu'une diffusion d'information : il requiert une refonte des incitations economiques et de la formation continue. Enfin, la tension standardisation vs personnalisation est centrale. Le COS-AT 2024 est essentiel pour la recherche, mais le clinicien doit savoir naviguer entre les outils standardisés (qui permettent la comparabilite) et l'individualisation (qui répond aux besoins réels du patient). Les sous-groupes Hanlon 2021 sont une piste pour reconcilier ces deux exigences.⁴

A retenir

  • L'orientation est cruciale pour la sécurité : drapeaux rouges (rupture, fracture, infection, processus tumoral, radiculopathie) → orientation médicale rapide.
  • Drapeaux jaunes psychosociaux (kinésiophobie, catastrophisme, Mallows 2017) → collaboration avec psychologue, approche biopsychosociale.
  • Mesurer les résultats avec le COS-AT 2024 (de Vos ICON 2023) : douleur (ENS), fonction (VISA-A), participation, qualité de vie.
  • Le VISA-A à chaque suivi (toutes les 4-6 semaines), MCID = 10 points.
  • Pour les cas réfractaires après 3-6 mois : reconsidérer le diagnostic (imagerie), discuter avec médecin du sport, envisager ESWT, éventuellement chirurgien après'échec de 6 mois conservateur structure.
  • La prise de décision partagée (présenter HSR vs ECC vs Silbernagel, discuter en fonction des préférences) augmente l'adhérence et la satisfaction.
Bibliographie
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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

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Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke

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Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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