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La maladie de Ledderhose (fibromatose plantaire) : mise à jour 2026

Une boule dure sous la voûte plantaire, qui ne fait pas toujours mal, qui grossit lentement, et devant laquelle presque tout le monde pense d'abord à une fasciite plantaire. C'est pourtant une autre maladie, cousine germaine de la maladie de Dupuytren, dont un seul traitement a été validé contre placebo, et ce n'est ni la chirurgie ni la kinésithérapie.

Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : identifiant résolu, revue et année contrôlées, résumé lu avant citation. Bibliographie complète en fin d'article.

La maladie de Ledderhose en trois chiffres

Un lien familial fort avec la main, un traitement qui a passé l'épreuve du placebo, une chirurgie qui récidive

Trois chiffres clés de la maladie de Ledderhose 15,2 % des hommes atteints de maladie de Dupuytren portent des nodules plantaires contre 3,9 % des témoins ; 74 % de soulagement de la douleur à douze mois sous radiothérapie contre 56 % sous placebo ; 67 % de récidive après résection locale. 15,2 % des hommes Dupuytren portent des nodules plantaires, contre 3,9 % des témoins Gudmundsson 2013, OR 4,35 74 % soulagés à douze mois sous radiothérapie, contre 56 % sous placebo (p = 0,002) LedRad, essai de phase 3 67 % de récidive après résection locale ; 27 % après fasciectomie Anwander 2024, revue systématique

Sources : Gudmundsson KG, Jónsson T, Arngrímsson R. Foot Ankle Int 2013;34(6):841-845 (PMID 23386754) ; de Haan A et al. Radiother Oncol 2023;185:109718 (PMID 37211283) ; Anwander H et al. Foot Ankle Spec 2024;17(2):109-116 (PMID 34369197).

Synthèse clinique

Ce qu'il faut retenir avant de lire le reste

  • Ce que c'est. Une prolifération bénigne de fibroblastes et de myofibroblastes dans l'aponévrose plantaire, formant des nodules le plus souvent sur le bord médial, au tiers moyen du fascia. Même histologie que la maladie de Dupuytren, dont elle est l'équivalent plantaire.
  • La différence majeure avec la main. Le Ledderhose ne provoque en général pas de rétraction : la plainte est celle d'une masse douloureuse à l'appui, pas celle d'un orteil qui se plie.
  • Le lien avec Dupuytren, chiffré. 15,2 % des hommes atteints de Dupuytren dans la cohorte de Reykjavík portaient des nodules plantaires, contre 3,9 % des témoins appariés (rapport de cotes 4,35). Regarder les pieds d'un patient Dupuytren, et les mains d'un patient Ledderhose, n'est pas facultatif.
  • Le diagnostic est clinique, confirmé par l'échographie. Le nodule est fixé au fascia, mobile avec lui, et se durcit à la dorsiflexion des orteils.
  • Le seul traitement validé contre placebo est la radiothérapie : essai randomisé en double aveugle de phase 3, 84 patients. Aucun autre traitement, chirurgie et kinésithérapie comprises, n'a atteint ce niveau de preuve.
  • Le piège à ne pas manquer. Une masse plantaire n'est pas toujours un fibrome. Des sarcomes de bas grade ont été rapportés sous cette présentation exacte, et un Ledderhose authentique peut à l'inverse mimer un sarcome à l'IRM.

Qu'est-ce que la maladie de Ledderhose, et de quoi est-elle la cousine ?

Comprendre ce que fabrique cette maladie dispense d'un long détour : c'est le même tissu que dans la paume, au même stade cellulaire, mais dans un pied qui porte le poids du corps, et ce dernier point change à peu près tout le reste.

Une fibromatose superficielle, cousine de la maladie de Dupuytren

La maladie de Ledderhose appartient au groupe des fibromatoses superficielles, aux côtés de la maladie de Dupuytren (fibromatose palmaire) et de la maladie de La Peyronie (atteinte pénienne). Toutes reposent sur le même processus : une prolifération bénigne de fibroblastes et de myofibroblastes, produisant du collagène en excès.

Une revue anatomopathologique consacrée aux deux localisations décrit une histologie commune : une prolifération cellulaire fusiforme banale, d'aspect bleuté, avec une quantité variable de collagène de fond selon l'ancienneté de la lésion1. Les auteurs soulignent surtout la différence clinique décisive : la fibromatose palmaire mène aux nodules puis à la rétraction digitale, tandis que la fibromatose plantaire produit des nodules souvent douloureux mais n'aboutit habituellement pas à une rétraction1.

C'est cette nuance qu'il faut expliquer au patient qui a un parent opéré de la main et qui craint de « ne plus pouvoir déplier les orteils ». La rétraction d'orteils existe, mais elle est rare2 ; ce qui gêne, c'est la boule sous le pied.

Où se logent les nodules, exactement

La topographie est stéréotypée et c'est un argument diagnostique. Les nodules siègent dans la partie médiale de l'aponévrose plantaire, sur le cordon central ou médial. Une série échographique de 57 fibromes chez 43 patients a mesuré leur répartition : 84 % se situaient au tiers moyen du fascia plantaire3.

Ce détail explique deux choses. D'abord, pourquoi la douleur n'est pas talonnière : elle siège sous la voûte, en avant du talon, exactement là où la fasciite plantaire ne fait pas mal. Ensuite, pourquoi la chaussure et l'appui commandent la plainte : un nodule au milieu de la voûte est écrasé à chaque pas entre le sol et l'os.

Une cause qui reste inconnue, des associations qui ne le sont pas

Aucune étiologie n'est établie, et les revues le disent sans détour : il n'existe aucun traitement causal, la prise en charge reste symptomatique2. Les associations rapportées dans la littérature sont, elles, assez constantes d'une revue à l'autre : traumatisme, diabète, prise d'anticonvulsivants, capsulite rétractile de l'épaule, consommation d'alcool et hépatopathie4.

Il faut les manier avec la prudence qui convient à des associations issues de séries : elles orientent l'interrogatoire, elles n'expliquent pas la maladie et elles ne se traitent pas. Le seul lien dont l'ampleur a été mesurée dans une cohorte avec groupe témoin est celui de la maladie de Dupuytren, et c'est l'objet du chapitre suivant.

La maladie de Ledderhose n'est pas une fasciite plantaire qui aurait mal tourné : c'est une maladie de la main qui s'est trompée d'étage.

À retenir

  • Fibromatose superficielle bénigne, même histologie que la maladie de Dupuytren et que la maladie de La Peyronie.
  • Nodules du bord médial de l'aponévrose, au tiers moyen dans 84 % des cas, donc sous la voûte, pas sous le talon.
  • Contrairement à la main, la rétraction est l'exception : la plainte est celle d'une masse douloureuse à l'appui.
  • Aucune cause établie, aucun traitement causal : tout ce qui suit est symptomatique.

Qui est touché, et quel est le lien avec la maladie de Dupuytren ?

C'est le chapitre le plus utile en cabinet, parce qu'il transforme une curiosité en réflexe d'examen : deux articulations à regarder chez le même patient, dans les deux sens.

Une maladie rare, dont la prévalence exacte reste mal connue

Il faut commencer par une honnêteté méthodologique : aucune étude en population générale n'a mesuré la prévalence de la maladie de Ledderhose. Les revues citent des chiffres d'incidence de l'ordre de un à deux cas pour cent mille personnes, mais ces valeurs proviennent de séries hospitalières et non d'un échantillon représentatif4. Ce qui est établi en revanche, c'est le profil : adulte d'âge moyen ou avancé, avec une prédominance masculine.

Les séries chirurgicales donnent des repères concordants. Dans une série britannique de 18 patients opérés d'une fasciectomie partielle, l'âge moyen était de 41,3 ans (extrêmes 20 à 57), avec 12 hommes sur 18, et 17 % des patients présentaient des nodules multiples dès la première consultation5. La série échographique de Cohen portait sur 43 patients de 26 à 77 ans, d'âge moyen 54 ans3.

Le lien avec la main, mesuré dans une cohorte avec témoins

C'est la donnée la plus solide de tout ce chapitre, et elle vient de l'étude de Reykjavík. Cent vingt-deux hommes porteurs d'une maladie de Dupuytren ont été réinvités dix-huit ans après leur inclusion initiale, avec autant de témoins appariés sur l'âge et le tabagisme. Quatre-vingt-douze patients et 101 témoins se sont présentés et ont été examinés à la recherche de nodules plantaires6.

Une maladie de Ledderhose a été identifiée chez 14 des 92 hommes atteints de Dupuytren (15,2 %), contre 4 des 101 témoins (3,9 %), soit un rapport de cotes de 4,35 (intervalle de confiance à 95 % : 1,3 à 16,7 ; p < 0,01). Deux résultats secondaires méritent autant d'attention :

  • Les hommes opérés de leur maladie de Dupuytren, ou porteurs d'une rétraction digitale, avaient six fois plus de risque de présenter des nodules plantaires que ceux qui n'avaient que des nodules ou des brides palmaires (rapport de cotes 6,1 ; 1,8 à 27,1 ; p < 0,001)6.
  • L'atteinte plantaire était liée à un antécédent familial de maladie de Dupuytren (rapport de cotes 3,1 ; 1,1 à 8,5 ; p = 0,02)6.

La réciproque a été observée dans une étude de prévalence néerlandaise portant sur 763 sujets de 50 à 89 ans tirés au sort : la prévalence de la maladie de Dupuytren y atteignait 22,1 %, et la présence d'une maladie de Ledderhose figurait parmi les facteurs de risque significatifs de maladie de Dupuytren, aux côtés de l'antécédent de traumatisme de la main, de la consommation excessive d'alcool et de l'histoire familiale7.

Nodules plantaires : maladie de Dupuytren contre témoins appariés

Cohorte de Reykjavík, examen clinique des pieds à 18 ans de suivi : 92 hommes atteints, 101 témoins appariés sur l'âge et le tabagisme

Fréquence des nodules plantaires selon la présence d'une maladie de Dupuytren 15,2 % chez les hommes atteints de Dupuytren contre 3,9 % chez les témoins, rapport de cotes 4,35. Le risque monte à un rapport de cotes de 6,1 chez les patients opérés ou porteurs d'une rétraction digitale. Proportion d'hommes porteurs de nodules plantaires Maladie de Dupuytren (n = 92) 15,2 % Témoins appariés (n = 101) 3,9 % Rapports de cotes mesurés (échelle logarithmique, trait = intervalle de confiance à 95 %) 1251030 Dupuytren vs témoins 4,35 Opéré ou rétracté 6,1

Source : Gudmundsson KG, Jónsson T, Arngrímsson R. Association of Morbus Ledderhose with Dupuytren's contracture. Foot Ankle Int 2013;34(6):841-845 (PMID 23386754). Intervalles de confiance : 1,3-16,7 pour le premier rapport, 1,8-27,1 pour le second.

La nuance de la « diathèse », qu'il faut citer correctement

La notion de diathèse de Dupuytren désigne les caractéristiques cliniques qui identifient les formes agressives et à haut risque de récidive. Sa version historique comptait l'atteinte ectopique (c'est-à-dire hors de la paume, donc plantaire ou pénienne), parmi ses quatre facteurs.

Une réévaluation menée sur 322 patients a modifié cette définition, et le détail compte : les facteurs ont été élargis au sexe masculin et à un âge de début inférieur à 50 ans, mais l'atteinte ectopique a été restreinte aux coussinets des articulations interphalangiennes (coussinets de Garrod) seuls. La présence de l'ensemble des facteurs révisés porte le risque de récidive à 71 %, contre 23 % chez un patient qui n'en a aucun8.

Autrement dit : la maladie de Ledderhose n'est pas, dans la version révisée, un critère formel de diathèse. Mais l'étude de Reykjavík montre qu'elle accompagne préférentiellement les formes palmaires les plus sévères6. La conduite pratique est la même dans les deux lectures, regarder l'autre localisation, mais la formulation exacte évite de faire dire à un score ce qu'il ne dit pas.

Quatre repères de terrain

Valeurs issues des séries citées ; en l'absence d'étude en population générale, ce sont des ordres de grandeur cliniques et non des taux populationnels

Quatre statistiques secondaires sur la fibromatose plantaire Âge moyen 41 ans dans une série chirurgicale, 54 ans dans une série échographique ; 84 % des nodules au tiers moyen du fascia ; nodules multiples chez 17 % des patients ; 25 % de formes bilatérales rapportées. 41 / 54 âges moyens (ans) série chirurgicale / série échographique Kadir 2017 · Cohen 2018 84 % au tiers moyen du fascia plantaire, 57 nodules mesurés Cohen 2018 17 % nodules multiples dès la première consultation Kadir 2017 53 % vascularisation intralésionnelle au Doppler : c'est banal Cohen 2018

Sources : Kadir HKA, Chandrasekar CR. Foot 2017;31:31-34 (PMID 28334642) ; Cohen BE, Murthy NS, McKenzie GA. J Ultrasound Med 2018;37(11):2725-2731 (PMID 29603334).

À retenir

  • Aucune étude en population générale : la prévalence exacte est inconnue, et les chiffres d'incidence cités dans les revues viennent de séries hospitalières.
  • 15,2 % contre 3,9 % : le lien avec la maladie de Dupuytren est mesuré, avec un rapport de cotes de 4,35.
  • Le risque monte à 6,1 chez les patients opérés de la main ou porteurs d'une rétraction digitale : ce sont eux qu'il faut déchausser.
  • Dans la diathèse révisée, l'atteinte ectopique retenue est celle des coussinets de Garrod, pas l'atteinte plantaire. Citer le score correctement.

Que change une atteinte à plusieurs étages ?

Certains patients ne font pas une maladie de Ledderhose : ils font une maladie fibromateuse qui s'exprime en plusieurs endroits. Cette sous-population mérite d'être identifiée, parce qu'elle change l'examen, le pronostic et le discours.

Trois localisations, un seul processus

Les fibromatoses superficielles forment un groupe cohérent sur le plan histologique. Une revue anatomopathologique consacrée aux formes palmaire et plantaire décrit dans les deux cas la même prolifération de fibroblastes et de myofibroblastes, avec un aspect microscopique commun : cellules fusiformes banales d'aspect bleuté, quantité de collagène de fond variable selon l'ancienneté de la lésion1. Les revues cliniques ajoutent la troisième localisation, pénienne, sous le nom de maladie de La Peyronie4.

Ce qui distingue ces trois expressions, c'est le comportement mécanique du tissu concerné, pas la nature de la lésion :

Les trois fibromatoses superficielles. Les éléments cités correspondent à ce que rapportent les sources référencées ; il ne s'agit pas d'une classification formelle.
LocalisationNomCe que fait la lésionConséquence clinique dominante
Aponévrose palmaireMaladie de DupuytrenNodules puis brides longitudinales qui se rétractent1Rétraction digitale, perte d'extension des doigts
Aponévrose plantaireMaladie de LedderhoseNodules du bord médial, tiers moyen dans 84 % des cas3 ; rétraction inhabituelle1Masse douloureuse à l'appui, gêne au chaussage
Albuginée pénienneMaladie de La PeyroniePlaque fibreuse de l'albuginée4Déformation en érection, douleur

La différence entre la main et le pied mérite d'être expliquée au patient, car elle explique pourquoi le traitement diffère. Dans la paume, la bride tire sur un doigt mobile et la chirurgie a un objectif géométrique : rendre l'extension. Sous le pied, le nodule est écrasé contre le sol et la chirurgie a un objectif antalgique : supprimer la compression. Les deux maladies partagent une histologie et pas une logique thérapeutique.

Comment repérer ce patient en consultation

Trois gestes suffisent, et aucun ne prend plus d'une minute :

  • Déchausser tout patient qui consulte pour une main. Dans la cohorte de Reykjavík, 15,2 % des hommes atteints d'une maladie de Dupuytren portaient des nodules plantaires, contre 3,9 % des témoins appariés6.
  • Regarder les paumes de tout patient qui consulte pour un pied. La réciproque est documentée à l'échelle populationnelle : dans une étude néerlandaise sur 763 sujets de 50 à 89 ans, la présence d'une maladie de Ledderhose figurait parmi les facteurs de risque significatifs de maladie de Dupuytren7.
  • Demander l'antécédent familial. L'atteinte plantaire était liée à un antécédent familial de maladie de Dupuytren avec un rapport de cotes de 3,1 (1,1 à 8,5 ; p = 0,02)6.

Le signal le plus fort n'est toutefois pas la simple présence d'une atteinte palmaire : c'est sa sévérité. Les hommes opérés de leur maladie de Dupuytren, ou porteurs d'une rétraction digitale constituée, avaient six fois plus de risque de présenter des nodules plantaires que ceux qui n'avaient que des nodules ou des brides (rapport de cotes 6,1 ; 1,8 à 27,1 ; p < 0,001)6. Autrement dit, le patient à déchausser en priorité est celui qui a déjà été opéré de la main.

Ce que cela change, et ce que cela ne change pas

Ce que cela change. L'examen devient systématiquement bilatéral et pluri-localisé. Le suivi s'allonge, parce qu'une atteinte peut apparaître des années après l'autre : la cohorte islandaise a réexaminé ses patients dix-huit ans après l'inclusion6. Et le discours change : on ne parle plus d'un nodule isolé mais d'un terrain, ce qui aide le patient à comprendre pourquoi la maladie revient après chirurgie.

Ce que cela ne change pas. Le traitement de chaque localisation reste celui de cette localisation. Aucune donnée n'indique qu'un traitement systémique agisse sur l'ensemble, et les molécules citées dans les revues (vérapamil, tamoxifène, imatinib, sorafénib, mitomycine C), le sont à des niveaux de preuve descriptifs, sans indication établie49.

Citer la diathèse sans lui faire dire plus qu'elle ne dit

La version révisée de la diathèse de Dupuytren, établie sur 322 patients, a restreint le critère d'atteinte ectopique aux coussinets des articulations interphalangiennes (coussinets de Garrod), et ajouté le sexe masculin et un début avant 50 ans. La présence de tous les facteurs révisés porte le risque de récidive à 71 %, contre 23 % en leur absence8. La maladie de Ledderhose n'y figure donc pas nommément comme critère, ce qui n'enlève rien à son association mesurée avec les formes palmaires sévères6. Dire « votre atteinte plantaire fait partie de votre diathèse » est une approximation ; dire « elle accompagne plus souvent les formes de la main qui récidivent » est exact.

À retenir

  • Une seule maladie, trois expressions : paume, plante, verge, même histologie, mécaniques et traitements différents.
  • Le patient à déchausser en priorité est celui qui a déjà été opéré de la main : rapport de cotes 6,1.
  • L'atteinte plantaire est liée à l'antécédent familial de maladie de Dupuytren (rapport de cotes 3,1).
  • Aucun traitement systémique validé : chaque localisation se traite pour elle-même.

Comment reconnaître un nodule plantaire à l'examen ?

Le diagnostic est clinique. Il tient en une palpation bien conduite et en trois questions, à condition d'avoir en tête ce à quoi il ne faut surtout pas le confondre.

Ce que le patient raconte

Trois plaintes reviennent, dans cet ordre de fréquence : une boule sous le pied que le patient a découverte en se lavant ou en marchant pieds nus, une douleur à l'appui qui augmente avec la station debout prolongée et la marche pieds nus sur sol dur, et une gêne au chaussage. La série chirurgicale de Kadir résume les motifs de consultation à trois items : douleur, tuméfaction, et gêne fonctionnelle5.

Ce qui n'est pas le tableau : une douleur du premier pas au réveil, maximale sous le talon, s'atténuant après quelques minutes de marche. C'est celui de la fasciopathie plantaire, et la distinction est la première à faire.

La palpation, geste par geste

  • Patient en décubitus ventral, genou fléchi à 90°, pied détendu : c'est la position qui donne le meilleur accès à la face plantaire sans mise en tension.
  • Palper le bord médial de l'aponévrose du talon vers les orteils. Le nodule est ferme, bien limité, de quelques millimètres à quelques centimètres, souvent au tiers moyen : 84 % des lésions dans la série échographique de référence3.
  • Apprécier la mobilité. Le nodule est solidaire du fascia : il ne roule pas sous le doigt comme un lipome et ne suit pas la peau, qui reste libre au-dessus de lui.
  • Mettre le fascia en tension par une dorsiflexion passive des orteils (manœuvre du treuil). Le nodule devient plus saillant et plus dur, ce qui confirme son appartenance à l'aponévrose.
  • Compter et cartographier. Les nodules multiples ne sont pas rares : 17 % des patients de la série de Kadir en avaient plusieurs d'emblée5. Noter le nombre, la taille et la distance au talon permet de suivre l'évolution sans imagerie répétée.
  • Examiner l'autre pied, puis les deux mains. L'atteinte bilatérale est fréquente4, et la recherche d'une maladie de Dupuytren associée n'est pas une curiosité : elle concerne un homme sur sept dans la cohorte de Reykjavík6.
  • Rechercher une rétraction d'orteil : rare, mais elle change la conduite parce qu'elle signe une forme évoluée1.

Ce avec quoi on le confond

Diagnostics différentiels d'une masse ou d'une douleur plantaire. Les éléments cités correspondent à ce que rapportent les sources référencées.
DiagnosticCe qui l'évoqueCe qui le distingue du fibrome plantaire
Fasciopathie plantaireDouleur du premier pas, maximale à l'insertion calcanéenne, dérouillage à la marchePas de masse palpable ; douleur talonnière et non médio-plantaire
Fibrome de gaine tendineuseMasse ferme au contact d'un tendon fléchisseurNe fait pas corps avec l'aponévrose ; ne se durcit pas au treuil
Kyste synovial ou ganglionMasse fluctuante, transilluminable, souvent d'apparition rapideContenu liquidien anéchogène à l'échographie
Névrome de MortonDouleur de l'avant-pied entre les têtes métatarsiennes, irradiation aux orteils, signe de MulderTopographie antérieure, pas de masse fasciale ; voir l'article dédié du site
Bursite ou callosité plantairePoint d'hyperappui, hyperkératose en regardLésion cutanée superficielle, mobile avec la peau
Corps étranger, granulomeNotion d'effraction cutanée, inflammation localeContexte, signes inflammatoires, imagerie
Sarcome des tissus mousCroissance rapide, taille supérieure à 5 cm, douleur nocturne, masse profonde et fixéeDrapeau rouge absolu : des sarcomes ont été pris pour des fibromes plantaires19

Drapeaux rouges, ne pas traiter, adresser

  • Croissance rapide d'une masse plantaire, ou taille supérieure à 5 cm.
  • Douleur nocturne non mécanique, non soulagée par la décharge.
  • Masse profonde, fixée aux plans profonds, ou qui ne se durcit pas à la mise en tension du fascia.
  • Signes généraux : amaigrissement, fièvre, adénopathie.
  • Antécédent néoplasique personnel.
  • Rappel de la littérature : un chondrosarcome myxoïde extra-squelettique de l'arche médiale a été initialement pris pour un fibrome plantaire chez un homme de 44 ans19. Devant le moindre doute, l'imagerie et l'avis spécialisé passent avant toute thérapeutique locale.

Quelle imagerie, et quand faut-il craindre autre chose ?

L'imagerie ne fait pas le diagnostic, elle le confirme et surtout elle écarte. Deux publications suffisent à savoir quoi demander et comment lire le compte rendu.

L'échographie en première intention

Les revues s'accordent : le diagnostic est clinique, l'échographie et l'IRM sont des appoints de confirmation, l'IRM étant réservée aux formes agressives ou avancées49. L'échographie a l'avantage d'être dynamique, comparative et immédiate.

La série de référence a décrit 57 fibromes chez 43 patients et quantifié les signes échographiques3 :

Ce que l'échographie montre dans la fibromatose plantaire

57 nodules chez 43 patients : fréquence de chaque signe

Signes échographiques de la fibromatose plantaire Siège au tiers moyen 84 %, échogénicité mixte 82 %, renforcement postérieur 65 %, vascularisation intralésionnelle 53 %, comb sign 51 %. Siège au tiers moyen du fascia Échogénicité mixte Renforcement acoustique postérieur Vascularisation intralésionnelle « Comb sign » (bandes alternées) 84 % 82 % 65 % 53 % 51 % Le comb sign, alternance de bandes hypo- et iso-échogènes, est plus fréquent sur les nodules volumineux (p < 0,05).

Source : Cohen BE, Murthy NS, McKenzie GA. Ultrasonography of Plantar Fibromatosis: Updated Case Series, Review of the Literature, and a Novel Descriptive Appearance Termed the « Comb Sign ». J Ultrasound Med 2018;37(11):2725-2731 (PMID 29603334).

Deux points de lecture méritent d'être soulignés au patient comme au prescripteur. D'abord, la vascularisation intralésionnelle au Doppler n'est pas un signe de malignité ici : elle est présente dans plus de la moitié des fibromes bénins de cette série3. Ensuite, le comb sign, cette alternance de bandes hypo- et iso-échogènes décrite par ces auteurs, apparaît d'autant plus volontiers que le nodule est gros, ce qui en fait un signe utile mais non indispensable.

L'IRM, et le piège qu'elle réserve

L'IRM est demandée quand la lésion est volumineuse, profonde, atypique, ou quand un doute tumoral persiste. Elle a toutefois un défaut qu'il faut connaître avant de lire un compte rendu inquiétant.

Un cas publié dans The Foot rapporte celui d'un homme de 42 ans porteur d'une fibromatose plantaire prouvée histologiquement, dont l'IRM montrait un motif dit « gyriforme cérébral », un aspect jusqu'alors décrit comme spécifique du sarcome fibromyxoïde de bas grade. Le renforcement acoustique postérieur à l'échographie, l'hypersignal T2 et la prise de contraste étaient tous atypiques, et correspondaient histologiquement à des zones de forte cellularité alternant avec des zones fibreuses pauvres en cellules20.

Le message pratique est double, et il va dans les deux sens : un fibrome plantaire authentique peut avoir l'air d'un sarcome à l'IRM, et un sarcome peut être pris pour un fibrome plantaire19. Aucune imagerie ne remplace l'anatomopathologie quand la présentation sort du cadre. Ce n'est pas au kinésithérapeute de trancher, c'est à lui de savoir quand ne pas traiter.

À retenir

  • Diagnostic clinique : nodule ferme du bord médial, solidaire du fascia, qui se durcit à la mise en tension des orteils.
  • Échographie en première intention ; l'IRM pour les formes volumineuses, profondes ou douteuses.
  • Une vascularisation Doppler intralésionnelle est banale (53 %) et n'évoque pas la malignité par elle-même.
  • L'imagerie peut se tromper dans les deux sens : masse atypique = anatomopathologie, pas de traitement local à l'aveugle.

Que peut la kinésithérapie, et qu'est-ce qui relève d'ailleurs ?

C'est une maladie où le kinésithérapeute est souvent le premier consulté et rarement celui qui la traitera. Savoir ce qu'on peut offrir, et à quel moment passer la main, vaut mieux que de multiplier les séances sur un nodule qui ne bougera pas.

L'état de la preuve, sans arrangement

La revue systématique la plus complète des traitements a colligé 25 études et 233 patients. Sur cet ensemble, cinq études seulement portaient sur un traitement conservateur, totalisant 35 patients, contre 178 patients opérés15. Les auteurs concluent que des essais cliniques à critères de jugement standardisés restent nécessaires pour évaluer sérieusement le taux de succès et les complications de chaque procédure.

Une revue plus ancienne l'écrivait déjà : aucune thérapeutique causale n'existe, la prise en charge est symptomatique et graduée selon la sévérité, et aucune étude randomisée contrôlée de long terme n'était disponible pour les options conservatrices2. Depuis, une exception est apparue, et une seule : la radiothérapie, qui a son propre chapitre plus bas.

Ce que la rééducation vise réellement

Objectif n° 1 : décharger le nodule. C'est le geste dont l'effet est le plus immédiat et le plus reproductible en pratique. Une orthèse plantaire avec évidement en regard du nodule, une semelle amortissante, un chaussage à semelle épaisse et rigide : tout ce qui empêche le nodule d'être écrasé entre le sol et l'os réduit la douleur d'appui. Aucun essai n'a mesuré cet effet dans cette pathologie : c'est un raisonnement mécanique, et il faut le présenter comme tel.

Objectif n° 2 : entretenir la souplesse de la chaîne postérieure. Un triceps sural court augmente la contrainte sur l'aponévrose. Les étirements du gastrocnémien et du soléaire, et l'étirement spécifique du fascia plantaire, sont couramment proposés. Là encore, aucune donnée propre au Ledderhose : la transposition vient de la fasciopathie plantaire, qui est une autre maladie du même tissu.

Objectif n° 3 : surveiller. C'est une mission de kinésithérapeute à part entière et elle est sous-estimée. Cartographier les nodules, les mesurer, noter leur nombre : c'est ce qui permettra de dire dans six mois si la maladie progresse, et c'est ce qui déclenchera l'orientation.

Ce qu'il faut éviter. Les techniques agressives directement sur le nodule (massage transverse profond appuyé, pressions ischémiques prolongées, ondes de choc radiales à visée « de décollement » sans protocole établi), n'ont aucune donnée en leur faveur et exposent à l'aggravation douloureuse d'une lésion qui, elle, ne se dissout pas sous le doigt. Ce point relève du raisonnement, pas d'un essai : il n'y en a pas.

Les ondes de choc : un cas particulier, à ne pas confondre avec le massage

Les ondes de choc focalisées de haute énergie ont fait l'objet d'une petite série prospective : six patients, deux séances à sept jours d'intervalle, 2 000 impulsions à 3 Hz et 1,24 mJ/mm². La douleur est passée de 6 ± 2 avant traitement à 2 ± 1 à quatorze jours puis 1 ± 1 à trois mois, tous les patients rapportant un assouplissement des nodules, sans effet indésirable12. Un cas clinique publié en 2024 rapporte un résultat comparable chez un homme de 48 ans atteint bilatéralement, avec un protocole différent : trois séances hebdomadaires, 2 000 impulsions à 5 Hz et 0,20 mJ/mm²13. Six patients plus un cas, sans groupe témoin, ne font pas une preuve : cela fait une piste sérieuse, avec des paramètres publiés, et les auteurs eux-mêmes appellent à des essais de plus grande ampleur12.

Le tableau des modalités, avec le niveau de preuve réellement disponible

Le classement ci-dessous applique les principes GRADE à la question précise du traitement symptomatique de la maladie de Ledderhose. Il s'agit d'une appréciation éditoriale : aucune évaluation GRADE publiée ni aucune recommandation de société savante n'existe pour cette pathologie.

Modéré

Radiothérapie sur nodules symptomatiques. Seul traitement évalué par un essai randomisé de phase 3 en double aveugle contre placebo : soulagement de la douleur chez 74 % contre 56 %, différence significative à 12 et 18 mois, qualité de vie et vitesse de marche pieds nus améliorées10. Déclassé de « élevé » pour la taille de l'échantillon (84 patients) et l'absence de réplication indépendante.

Faible

Décharge mécanique : orthèse plantaire évidée en regard du nodule, semelle amortissante, chaussage adapté. Cohérent avec le mécanisme douloureux et sans risque, mais aucune étude ne l'a mesuré dans cette indication. Recommandé par les revues au titre du traitement symptomatique gradué2.

Faible

Chirurgie d'exérèse, réservée à l'échec du traitement conservateur. Efficace sur les symptômes, mais la récidive dépend directement de l'étendue de la résection : 67 % après résection locale, 42 % après résection large, 27 % après fasciectomie16. Séries rétrospectives uniquement.

Très faible

Ondes de choc focalisées de haute énergie. Une série prospective de six patients12 et un cas clinique13, tous deux sans groupe témoin. Paramètres publiés, effets indésirables non rapportés, mais l'effectif interdit toute conclusion sur l'efficacité.

Très faible

Infiltration de corticoïdes, avec ou sans fenestration intralésionnelle. Deux cas cliniques rapportent une réduction de la douleur et du volume à douze mois après deux injections de triamcinolone associées à une fenestration14. Les auteurs soulignent eux-mêmes que cette option n'a reçu qu'une attention marginale dans la littérature.

Très faible

Collagénase de Clostridium histolyticum. Décrite uniquement par des cas cliniques isolés, dont une injection guidée par échographie sur une récidive1718. Aucune série comparative, aucune indication validée au pied.

Très faible

Vérapamil topique, tamoxifène, imatinib, sorafénib, mitomycine C. Cités par les revues comme options documentées à des niveaux de preuve variables, essentiellement descriptifs49. Aucun ne relève de la kinésithérapie et aucun n'a d'indication établie.

Aucune preuve

Étirements et travail de souplesse de la chaîne postérieure dans cette indication : aucune étude. Transposition depuis la fasciopathie plantaire, qui est une autre maladie du même tissu. Sans risque, mais à annoncer pour ce que c'est.

Aucune preuve

Massage transverse profond appuyé et pressions ischémiques sur le nodule. Aucune donnée, aucun mécanisme plausible de résorption d'un tissu fibreux mature, et un risque d'aggravation douloureuse d'une lésion déjà comprimée à chaque pas.

À retenir

  • La littérature conservatrice de cette maladie tient en cinq études et 35 patients : la kinésithérapie n'y a jamais été évaluée.
  • Le geste le plus utile est la décharge mécanique du nodule, et il faut le présenter comme un raisonnement, pas comme une preuve.
  • Les ondes de choc focalisées de haute énergie ont des paramètres publiés et six patients derrière elles. C'est une piste, pas un protocole établi.
  • Ne pas s'acharner sur le nodule : rien ne montre qu'on le dissout, et il est déjà écrasé à chaque pas.

La radiothérapie fonctionne-t-elle vraiment ?

C'est la seule question de cet article à laquelle un essai randomisé contre placebo répond. Elle mérite d'être traitée en détail, parce que c'est aussi le traitement dont les patients ont le plus peur.

L'essai LedRad, et pourquoi il compte

L'étude LedRad est un essai prospectif multicentrique randomisé en double aveugle de phase 3. Les patients y étaient répartis entre radiothérapie et simulacre de radiothérapie : un placebo, donc, ce qui est exceptionnel dans ce domaine. Le critère de jugement principal était la réduction de la douleur à douze mois sur une échelle numérique10.

Quatre-vingt-quatre patients ont été inclus. Les résultats :

  • Douleur à 12 mois : 2,5 dans le groupe irradié contre 3,6 dans le groupe placebo (p = 0,03).
  • Douleur à 18 mois : 2,1 contre 3,4 (p = 0,008), l'écart se creuse avec le temps plutôt que de s'estomper.
  • Soulagement de la douleur à 12 mois : 74 % contre 56 % (p = 0,002).
  • Qualité de vie significativement supérieure dans le groupe irradié (p < 0,001), et vitesse de marche et cadence pieds nus supérieures (p = 0,02).
  • Effets indésirables : érythème, sécheresse cutanée, sensations de brûlure et majoration transitoire de la douleur, de grade léger dans 95 % des cas, et résolus chez 87 % des patients à dix-huit mois10.

LedRad : radiothérapie contre simulacre de radiothérapie

Essai randomisé de phase 3 en double aveugle, 84 patients : douleur moyenne sur échelle numérique

Résultats de l'essai LedRad sur la douleur Douleur 2,5 contre 3,6 à douze mois et 2,1 contre 3,4 à dix-huit mois ; soulagement obtenu chez 74 % contre 56 % des patients. ■ radiothérapie ■ simulacre (placebo) 0246 2,5 3,6 12 mois p = 0,03 2,1 3,4 18 mois p = 0,008 Douleur moyenne sur échelle numérique : l'écart se creuse entre 12 et 18 mois. Soulagement à 12 mois 74 % irradiés 56 % placebo p = 0,002 Effets indésirables 95 % de grade léger 87 % résolus à 18 mois érythème, sécheresse cutanée, brûlure, douleur transitoire

Source : de Haan A, van Nes JGH, Kolff MW et al. Radiotherapy for Ledderhose disease: results of the LedRad-study. Radiother Oncol 2023;185:109718 (PMID 37211283).

Ce que devient l'effet à long terme

La même équipe a interrogé par questionnaires l'ensemble des patients traités par radiothérapie dans son centre entre 2008 et 2017. Cent deux pieds ont été irradiés chez 67 patients (28 hommes, 39 femmes), selon un protocole de deux séries de cinq fractions quotidiennes de 3 Gy11.

La douleur moyenne est passée de 5,7 avant traitement à 1,7 au moment de l'évaluation (p < 0,001). Le détail de la réponse est plus instructif que la moyenne : réponse complète, disparition de la douleur, pour 42 pieds (41 %), réponse partielle pour 38 pieds (37 %), absence de changement pour 22 pieds (22 %), et aggravation pour aucun. Soixante-dix-huit pour cent des patients se déclaraient satisfaits, 57 % ne trouvaient pas le traitement pénible, et les scores de qualité de vie étaient comparables à ceux de la population néerlandaise du même âge. L'effet indésirable résiduel le plus fréquent était une sécheresse cutanée, chez 10 patients (15 %)11.

Un patient sur cinq ne tire rien de la radiothérapie, aucun n'en sort aggravé, et deux sur cinq n'ont plus mal du tout : c'est le seul traitement de cette maladie dont on puisse dire cela avec un chiffre.

Ce que le kinésithérapeute peut en dire au patient

Le mot « radiothérapie » évoque le cancer, et beaucoup de patients refusent avant d'écouter. Trois éléments factuels suffisent à rétablir les proportions : il s'agit de doses faibles (deux séries de cinq séances de 3 Gy dans le protocole publié11), les effets indésirables rapportés sont cutanés et légers dans 95 % des cas et résolus chez 87 % des patients à dix-huit mois10, et c'est le seul traitement de cette maladie à avoir été comparé à un placebo en double aveugle. La décision revient au médecin ; l'information factuelle, elle, se donne en séance.

À retenir

  • La radiothérapie est le seul traitement validé contre placebo dans cette maladie : essai de phase 3, double aveugle, 84 patients.
  • 74 % de soulagement contre 56 % à douze mois, avec un écart qui se creuse à dix-huit mois.
  • Dans la cohorte de suivi long : 41 % de réponse complète, 37 % de réponse partielle, 0 % d'aggravation.
  • Effets indésirables cutanés, légers dans 95 % des cas, résolus chez 87 % des patients à dix-huit mois.

Quand opère-t-on, et pourquoi la récidive est-elle la règle ?

La chirurgie soulage, et elle récidive. Ces deux faits ne se contredisent pas : ils s'expliquent par une seule variable, l'étendue de ce qu'on enlève.

La récidive dépend de la largeur de la résection, et de rien d'autre

C'est le résultat le plus utile de toute la littérature chirurgicale de cette maladie. Une revue systématique doublée d'une série personnelle a compilé six études portant sur 109 pieds chez 92 patients, et classé la récidive selon le geste réalisé16 :

Récidive après chirurgie, selon l'étendue de la résection

Revue systématique de six études, 109 pieds chez 92 patients

Taux de récidive de la fibromatose plantaire selon le geste chirurgical 67 % de récidive après résection locale, 42 % après résection large, 27 % après fasciectomie. Plus la résection est étendue, moins la maladie revient. 0 %25 %50 %75 % 67 % Résection locale le nodule seul 42 % Résection large nodule et marges 27 % Fasciectomie tout le fascia atteint

Source : Anwander H, Weichsel F, Cullmann J et al. Recurrence Rate After Wide Resection of Plantar Fibromatosis: A Case Series and Systematic Literature Review. Foot Ankle Spec 2024;17(2):109-116 (PMID 34369197).

Les auteurs en tirent une recommandation explicite : préférer la résection large ou la fasciectomie à la résection locale, en raison du taux de récidive nettement inférieur16. Leur propre série de 12 patients revus entre 2 et 13 ans après une résection large montre 2 récidives (17 %) à 7,8 ans de recul moyen, avec un indice fonctionnel du pied (Foot Functional Index) médian à 1 et un score AOFAS médian à 95 : autrement dit d'excellents résultats fonctionnels chez ceux qui ne récidivent pas.

Une série britannique offre un contrepoint utile. Dix-huit patients, dix-neuf fasciectomies partielles, avec jusqu'à cinq ans de recul : une seule récidive (6 %), mais 17 % de problèmes cicatriciels, deux douleurs de cicatrice et une cicatrice hypersensible résolue à douze mois5. Ce dernier point n'est pas anodin dans une région qui porte le poids du corps : une cicatrice plantaire douloureuse peut être plus invalidante que le nodule qu'elle a remplacé.

Qui opérer, et quand

La règle admise par toutes les revues est simple : la chirurgie vient après l'échec du traitement conservateur, jamais avant915. Les critères qui font pencher la balance :

  • douleur d'appui invalidante malgré décharge, orthèse adaptée et adaptation du chaussage ;
  • nodule volumineux, ou en progression documentée sur plusieurs mois ;
  • rétraction d'orteil constituée : rare, mais elle change la donne fonctionnelle ;
  • doute diagnostique persistant, où l'exérèse a aussi une valeur anatomopathologique.

Et une contre-indication de bon sens que la littérature suggère par ses chiffres : un nodule asymptomatique ne s'opère pas. Deux tiers de récidive après résection locale, ce n'est pas un prix raisonnable pour retirer une boule qui ne fait pas mal.

À retenir

  • La récidive suit l'étendue de la résection : 67 % en local, 42 % en large, 27 % après fasciectomie.
  • La revue systématique recommande explicitement la résection large ou la fasciectomie plutôt que l'exérèse du seul nodule.
  • Les résultats fonctionnels des non-récidivants sont excellents (AOFAS médian 95), mais 17 % de problèmes cicatriciels ont été rapportés après fasciectomie partielle.
  • Un nodule indolore ne s'opère pas.

Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Quatre situations publiées, prises telles quelles avec leurs identifiants. Deux montrent ce que le traitement peut faire, deux montrent ce que l'imagerie ne peut pas.

Cas 1 : Une atteinte bilatérale traitée par ondes de choc

Fulceri F, Ryskalin L, Morucci G et al. Life 2024;14(2):16913 : texte intégral libre (PMC10889909).

Un homme de 48 ans présente une maladie de Ledderhose bilatérale. Le protocole appliqué comportait trois séances à une semaine d'intervalle, 2 000 impulsions à 5 Hz, densité de flux énergétique de 0,20 mJ/mm², avec suivi échographique. Le résultat rapporté est une disparition complète de la douleur, la restauration d'une activité fonctionnelle complète et une nette amélioration de la qualité de vie.

Ce que ce cas enseigne, et ce qu'il n'enseigne pas. Il documente des paramètres précis et reproductibles, ce qui manque cruellement à ce domaine : les auteurs relèvent eux-mêmes que la littérature sur les ondes de choc dans cette indication est « extrêmement limitée » et qu'aucun paramètre optimal n'a été défini. Mais un cas unique sans groupe témoin, dans une maladie qui fluctue, ne démontre pas une efficacité.

Cas 2 : Deux nodules traités par fenestration et corticoïdes

Flanagan G, Burt N, Reilly IN. SAGE Open Med Case Rep 2021;9:2050313X21101181314 : texte intégral libre (PMC8107658).

Deux patients porteurs de nodules plantaires douloureux ont reçu, à deux reprises chacun, une fenestration intralésionnelle associée à une injection d'acétonide de triamcinolone mélangé à un anesthésique local. À douze mois, les auteurs rapportent une réduction significative de la douleur et du volume lésionnel.

Ce que ce cas enseigne. Les auteurs ouvrent leur article en constatant que l'infiltration de corticoïdes n'a reçu, dans cette maladie, qu'une mention de passage dans les publications scientifiques. C'est exactement le problème du domaine : des pratiques répandues, presque jamais évaluées. Deux patients ne changent pas ce constat, mais ils décrivent un protocole que d'autres pourront reproduire.

Cas 3 : Un sarcome pris pour un fibrome plantaire

Lockyer MG, Rosen DG. Anticancer Res 2015;35(11):6171-617419.

Un homme de 44 ans présente une masse de l'arche médiale du pied, initialement considérée comme un fibrome plantaire. L'IRM montrait une masse sous-cutanée lobulée, indissociable du fascia. L'examen microscopique a révélé un chondrosarcome myxoïde extra-squelettique : une tumeur rare, d'évolution indolente mais à fort potentiel de récidive locale et de métastase.

Ce que ce cas enseigne. Les auteurs concluent que ce diagnostic doit toujours être envisagé devant une masse du fascia plantaire. Pour le kinésithérapeute, la traduction est directe : une masse plantaire qui grossit, qui dépasse quelques centimètres ou qui s'accompagne de douleur nocturne ne se traite pas ; elle s'adresse.

Cas 4 : Un fibrome plantaire qui, lui, ressemblait à un sarcome

Touraine S, Bousson V, Kaci R et al. The Foot 2013;23(2-3):88-9220.

Un homme de 42 ans porteur d'une fibromatose plantaire prouvée histologiquement présentait à l'IRM un motif « gyriforme cérébral » jusqu'alors décrit comme exclusif du sarcome fibromyxoïde de bas grade, avec renforcement acoustique postérieur à l'échographie, hypersignal T2 et prise de contraste : tous atypiques. L'histologie a montré que ce motif correspondait à la juxtaposition de zones très cellulaires et de zones fibreuses pauvres en cellules.

Ce que ce cas enseigne. C'est le miroir exact du précédent, et les deux vont ensemble. L'imagerie se trompe dans les deux sens ; seule l'anatomopathologie tranche. Un compte rendu d'IRM alarmant ne condamne pas plus le patient qu'un compte rendu rassurant ne le met à l'abri.

À retenir

  • Les traitements conservateurs les mieux décrits de cette maladie le sont par des cas cliniques, pas par des essais : le dire au patient fait partie du consentement.
  • Deux cas symétriques rappellent que l'imagerie se trompe dans les deux sens : sarcome pris pour un fibrome, fibrome ressemblant à un sarcome.
  • Devant une masse atypique, la conduite du kinésithérapeute n'est pas de trancher mais de ne pas traiter et d'adresser.

Comment appliquer tout cela dès lundi matin ?

Une maladie rare, sans recommandation, dont le meilleur traitement ne relève pas de nous : le rôle du kinésithérapeute y est réel, mais il faut le définir avec précision pour ne pas s'égarer en séances inutiles.

La première séance, en six points

  1. Nommer et distinguer. Dire au patient que ce n'est pas une fasciite plantaire, que c'est la cousine plantaire de la maladie de Dupuytren, et que la rétraction d'orteils qu'il redoute est l'exception et non la règle1.
  2. Cartographier. Nombre de nodules, taille en millimètres, distance au bord postérieur du talon, côté. C'est la seule donnée qui permettra de suivre l'évolution sans multiplier les imageries.
  3. Examiner les mains, et l'autre pied. Un homme sur sept atteint de maladie de Dupuytren porte des nodules plantaires6 ; la réciproque justifie d'inspecter les paumes de tout patient Ledderhose.
  4. Écarter les drapeaux rouges avant de poser la main : croissance rapide, taille supérieure à 5 cm, douleur nocturne, fixation profonde.
  5. Décharger. Orthèse plantaire avec évidement en regard du nodule, semelle amortissante, conseil de chaussage. C'est l'intervention dont l'effet est le plus direct sur la plainte.
  6. Informer sur l'ensemble du parcours. Y compris sur la radiothérapie, que le patient n'envisagera pas spontanément et qui est pourtant le seul traitement validé contre placebo10.

Ce qu'on suit, et à quel rythme

Suivi proposé. Les indicateurs sont ceux qu'emploie la littérature de cette pathologie ; les intervalles relèvent d'une organisation de bon sens et non d'une recommandation publiée.
Ce qu'on mesurePourquoiRythme
Nombre et taille des nodulesSeul marqueur objectif de progression ; les nodules multiples concernent 17 % des patients dès la première consultation5Tous les 2 à 3 mois
Douleur à l'appui sur échelle numériqueC'est le critère de jugement principal de l'essai LedRad, ce qui rend les valeurs comparables à la littérature10À chaque bilan
Périmètre de marche et tolérance à la station deboutTraduction fonctionnelle directe ; la vitesse de marche pieds nus était un critère secondaire de LedRad10À chaque bilan
Examen des paumesDépistage d'une maladie de Dupuytren associée, dont la prévalence est multipliée par quatre dans ce contexte6Initial, puis annuel
Mobilité des orteilsLa rétraction est rare mais elle signe une forme évoluée1À chaque bilan
Tolérance de l'orthèseUne décharge mal placée déplace la contrainte au lieu de la supprimerÀ 3 semaines, puis à chaque bilan

Vers qui adresser, et quand

  • Chirurgien orthopédiste du pied : devant une douleur invalidante malgré la décharge, un nodule volumineux ou en progression, une rétraction d'orteil, ou un doute diagnostique. Lui rappeler que l'étendue de la résection commande la récidive16 est légitime : c'est publié.
  • Radiothérapeute, via le médecin traitant ou le spécialiste : c'est le traitement de meilleur niveau de preuve, et le patient ne le demandera jamais de lui-même.
  • Podo-orthésiste ou pédicure-podologue, pour l'orthèse plantaire avec décharge sélective, qui demande une prise d'empreinte adaptée au siège exact du nodule.
  • Avis spécialisé sans délai : devant tout drapeau rouge. Rappel : des sarcomes se présentent sous le masque exact du fibrome plantaire19.

Questions fréquentes

Cette boule peut-elle disparaître toute seule ?

C'est peu probable. La maladie de Ledderhose est une prolifération fibreuse ; aucune régression spontanée régulière n'est décrite, et aucun traitement causal n'existe2. En revanche, un nodule peut rester stable et indolore pendant des années, auquel cas il n'y a rien à faire, et c'est une bonne nouvelle qu'il faut savoir annoncer comme telle.

Est-ce que je vais avoir la même chose aux mains ?

Le lien existe et il est chiffré : dans la cohorte de Reykjavík, 15,2 % des hommes atteints de maladie de Dupuytren portaient des nodules plantaires contre 3,9 % des témoins6, et la présence d'un Ledderhose figure parmi les facteurs de risque de Dupuytren dans une étude de population néerlandaise7. Cela justifie d'examiner les paumes, pas de s'alarmer : la majorité des patients n'auront pas les deux.

Est-ce que c'est un cancer ?

Non : c'est une lésion bénigne1. Mais la question est légitime, parce que des tumeurs malignes rares peuvent se présenter exactement de la même façon19. C'est précisément pour cela qu'une masse qui grossit vite, qui dépasse quelques centimètres ou qui réveille la nuit s'explore avant de se traiter.

Faut-il opérer ?

Seulement après échec du traitement conservateur915, et jamais sur un nodule indolore. Le point à connaître avant de décider : la récidive dépend de l'étendue de la résection, 67 % après ablation du seul nodule, 42 % après résection large, 27 % après fasciectomie16. Une fasciectomie partielle a par ailleurs entraîné 17 % de problèmes cicatriciels dans une série de 18 patients5, ce qui n'est pas rien sous un pied.

Les semelles servent-elles à quelque chose ?

Aucune étude ne l'a mesuré dans cette maladie. Le raisonnement mécanique est solide (un nodule du tiers moyen de la voûte est comprimé à chaque pas entre le sol et l'os, et l'évidement supprime cette compression) et le risque est nul. C'est une intervention de bon sens, à proposer comme telle et non comme un traitement validé.

Puis-je continuer à courir ?

Rien ne l'interdit et rien ne l'encourage : la question n'a pas été étudiée. Le repère pratique est celui de la douleur d'appui, qui commande. Modifier la surface, la chaussure et le volume avant d'arrêter, et adapter l'orthèse à la chaussure de sport, qui n'a pas le même volume interne qu'une chaussure de ville.

La radiothérapie, ce n'est pas dangereux ?

Dans l'essai randomisé de phase 3, les effets indésirables (érythème, sécheresse cutanée, sensations de brûlure, majoration transitoire de la douleur) étaient de grade léger dans 95 % des cas et résolus chez 87 % des patients à dix-huit mois10. Dans la cohorte de suivi long, l'effet résiduel le plus fréquent était une sécheresse cutanée chez 15 % des patients11. La décision revient au médecin ; l'information factuelle se donne en séance.

Les ondes de choc marchent-elles ?

La littérature disponible est une série prospective de six patients et un cas clinique, tous deux sans groupe témoin1213. Les résultats rapportés sont favorables et les paramètres sont publiés (ondes focalisées de haute énergie, pas radiales), mais l'effectif interdit de conclure. À proposer, le cas échéant, comme un essai thérapeutique dont on annonce le niveau de preuve.

Sur le même sujet

Bibliographie

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  20. Touraine S, Bousson V, Kaci R et al. Plantar fibromatosis may adopt the brain gyriform pattern of a low-grade fibromyxoid sarcoma. Foot (Edinb) 2013;23(2-3):88-92. DOI 10.1016/j.foot.2012.12.006 : PMID 23415764

Méthode et limites

Sources recherchées dans PubMed via les services E-utilities du NCBI, en croisant fibromatose plantaire et maladie de Ledderhose avec l'épidémiologie, l'imagerie, la radiothérapie, les ondes de choc, les infiltrations, la collagénase et la chirurgie. Chaque identifiant a été résolu et chaque résumé lu avant citation. Limite principale : un seul essai randomisé existe dans cette maladie, et il porte sur la radiothérapie ; tout le reste repose sur des séries rétrospectives et des cas cliniques. Les niveaux de preuve du tableau des modalités sont une appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, et non une évaluation GRADE publiée. Une référence a par ailleurs été écartée en cours de travail : un article dont le titre annonçait un cas de fibromatose plantaire bilatérale mais dont le résumé indexé décrivait un tout autre patient, métadonnées incohérentes, donc non citée. Article rédigé le 14 août 2026.

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