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Kinésithérapie · Rééducation vestibulaire

La névrite vestibulaire MAJ 2026

Synthèse clinique sur la vestibulopathie unilatérale aiguë : reconnaître le tableau, écarter l'AVC au lit du patient, et conduire la rééducation vestibulaire. Chaque référence a été vérifiée individuellement sur PubMed.

Head impulse testHINTSRééducation vestibulaireDrapeaux rouges vertige central
100%
Sensibilité de l'examen HINTS de chevet pour l'AVC (spécificité 96 %) chez 101 patients en syndrome vestibulaire aigu : plus sensible que l'IRM précoce, faussement négative dans 12 % des cas
Kattah et al. 2009 · Stroke
2,67OR
Odds ratio en faveur de la rééducation vestibulaire sur la fréquence des vertiges (IC95 % 1,85–3,86), sur 39 essais randomisés et 2 441 participants, sans effet indésirable rapporté
McDonnell & Hillier 2015 · Cochrane Database of Systematic Reviews
3,2m/min
Sway path à J30 sous exercices vestibulaires spécifiques (19 patients) contre 16,9 m/min sans exercices (20 patients) : p < 0,001 : la rééducation agit sur la compensation vestibulospinale
Strupp et al. 1998 · Neurology

📝 En bref : synthèse clinique

  • Définition et critères. La névrite vestibulaire (vestibulopathie unilatérale aiguë, AUVP) associe un vertige rotatoire ou non rotatoire d'installation aiguë ou subaiguë, d'intensité modérée à sévère, durant au moins 24 heures, un nystagmus spontané périphérique de direction fixe majoré par la suppression de la fixation visuelle (généralement horizonto-torsionnel), et une réduction non ambiguë du réflexe vestibulo-oculaire du côté opposé à la phase rapide, sans signe central ni audiologique aigu 1. Cette durée prolongée l'oppose d'emblée au VPPB, dont le vertige est bref et positionnel.
  • Épidémiologie et mécanisme. Son incidence annuelle rapportée est de 3,5 à 15,5 pour 100 000 personnes ; c'est la sixième cause de vertige/étourdissement et la troisième cause de trouble vestibulaire périphérique, survenant habituellement entre 30 et 60 ans 1. Il s'agit le plus souvent d'une lésion partielle, touchant préférentiellement la division supérieure du nerf vestibulaire, dont le canal osseux mesure en moyenne 2,30 mm contre 0,59 mm pour le nerf singulaire, un défilé long et étroit favorisant l'engainement et l'ischémie 6. L'hypothèse dominante est la réactivation d'une infection latente à HSV-1, de l'ADN et de l'ARN viraux ayant été détectés dans les ganglions vestibulaires humains 3.
  • Écarter l'AVC avant toute rééducation. Devant un syndrome vestibulaire aigu, l'examen HINTS de chevet (Head-Impulse, Nystagmus, Test-of-Skew) était, chez 101 patients à haut risque, 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC, alors que l'IRM de diffusion précoce était faussement négative dans 12 % des cas, tous à moins de 48 h du début des symptômes 8. Un head impulse test normal chez un patient en syndrome vestibulaire aigu est un signal d'alarme central, pas un signe rassurant 1. Attention : cette performance dépend de l'opérateur, sensibilité 96,7 % et spécificité 94,8 % entre les mains de neurologues, mais 83 % et 44 % dans les cohortes mixtes incluant des urgentistes 9.
  • Le signe clinique princeps. Le head impulse test (manœuvre de Halmagyi) est réalisable au cabinet sans matériel : une rotation céphalique horizontale rapide vers le côté lésé déclenche une grande saccade, ou plusieurs petites, de refixation compensatrice de direction opposée ; le signe a été validé par bobines magnétiques chez 12 patients ayant subi une neurectomie vestibulaire unilatérale 7. En instrumental, le vHIT différencie la névrite des autres vertiges aigus avec une sensibilité de 87,9 % et une spécificité de 94,3 % 10 ; les seuils Bárány retiennent un gain du RVO inférieur à 0,70 avec une différence entre côtés supérieure à 0,30, sachant qu'il n'existe aucun test définitif de l'AUVP 1.
  • Corticoïdes : bénéfice débattu, qui ne conditionne pas la rééducation. L'essai princeps randomisé 2×2 (141 patients) montrait à 12 mois une amélioration de la fonction vestibulaire de 62,4 ± 16,9 points de pourcentage sous méthylprednisolone contre 39,6 ± 28,1 sous placebo (P<0,001), le valaciclovir étant inefficace (P=0,43) 4. Mais la revue Cochrane (4 essais, 149 participants) ne retrouve un effet que sur la récupération calorique complète à 1 mois (RR 2,81 ; IC95 % 1,32–6,00), effet disparu à 12 mois (RR 1,58 ; P=0,48) et sans traduction symptomatique 5 ; l'essai randomisé le plus récent (69 patients, 3 centres) ne retrouve aucun bénéfice sur la récupération calorique, le gain vHIT ni le ressenti subjectif 15.
  • Rééducation vestibulaire = traitement de référence, et le plus tôt possible. La revue Cochrane (39 essais, 2 441 participants) conclut à un niveau de preuve modéré à fort en faveur d'une prise en charge sûre et efficace, avec un odds ratio de 2,67 (IC95 % 1,85–3,86) sur la fréquence des vertiges et une amélioration marquée du Dizziness Handicap Inventory (SMD −0,83 ; IC95 % −1,02 à −0,64), sans effet indésirable rapporté 11. La recommandation APTA est forte (niveau I) : proposer la kinésithérapie vestibulaire dès la phase aiguë/subaiguë, à raison de 3 fois par jour pour au moins 12 minutes quotidiennes, puis 3 à 5 fois par jour pour au moins 20 minutes pendant 4 à 6 semaines en phase chronique, et ne jamais utiliser saccades ou poursuite lente isolées, sans mouvement de tête 19. En pratique, la rééducation précoce réduit le vertige perçu à 3 mois (p=0,007) et 12 mois (p=0,001) 18, et améliore la compensation vestibulospinale : sway path 3,2 ± 1,9 m/min contre 16,9 ± 6,1 m/min sans exercices 17. Corollaire : les suppresseurs vestibulaires doivent être réduits rapidement, car ils diminuent le déséquilibre de tonus qui est le moteur principal de la compensation centrale 16.
  • Le pronostic ne se lit pas dans les tests vestibulaires. Ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle, et non la sévérité du déficit vestibulaire structurel ni le statut de compensation, qui prédisent le mieux le vertige chronique et le PPPD 12 ; la dépendance visuelle et l'activation autonome mesurées en phase aiguë prédisent le devenir 13. Les seuils de dépistage à 10 semaines sont établis : Vestibular Activities Avoidance Instrument 23/54, Visual Vertigo Analog Scale 33,5/100, HADS-Anxiété 7,5/21 22. D'où une rééducation orientée vers l'exposition précoce, la lutte contre l'évitement et la restauration de la confiance.
  • Deux complications à dépister au suivi. Un VPPB secondaire du canal postébrieur de l'oreille atteinte survient chez 5/51 patients (9,8 %) sur 4 à 6 ans de suivi, alors que la récidive de la névrite elle-même est rare (1/51, 2,0 %) 2 : la réapparition de vertiges brefs positionnels impose un Dix-Hallpike, pas un constat d'échec de compensation, et le VPPB relève des manœuvres de repositionnement, supérieures aux exercices à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49) 11. Second écueil : l'AUVP est le troisième déclencheur de vertige fonctionnel secondaire, après le VPPB et la migraine vestibulaire 1, le PPPD associant étourdissement, instabilité ou vertige non rotatoire la plupart des jours pendant 3 mois ou plus, aggravés par la station debout, le mouvement et les stimuli visuels complexes 23.

🌀 Quels sont les fondamentaux à connaître sur la névrite vestibulaire ?

🦴 Pourquoi c'est presque toujours le nerf vestibulaire supérieur

La réponse est mécanique : son canal osseux est près de quatre fois plus long. Un long défilé étroit, donc un nerf piégé dès qu'un œdème survient.

Canal du nerf vestibulaire supérieur2,30 mmCanal du nerf singulaire (division inférieure)0,59 mm

Longueur moyenne du trajet osseux, mesurée sur 40 rochers. Le passage y est aussi relativement plus étroit pour le nerf et son artériole, ce qui expose la division supérieure à l'engainement et à l'ischémie. Source : Goebel et al., 2001 (PMID 11449110).

La névrite vestibulaire est l'un des rares tableaux où le clinicien peut, dès la première consultation, faire trois choses décisives : reconnaître une entité nosologique précise, écarter une urgence vitale, et engager la rééducation. Encore faut-il en maîtriser la définition exacte, qui n'est ni « un vertige », ni une perte vestibulaire totale.

Définition : une vestibulopathie unilatérale aiguë (AUVP)

Le document de consensus de la Bárány Society définit la vestibulopathie unilatérale aiguë (AUVP, terme international qui recouvre la « névrite vestibulaire ») comme un syndrome vestibulaire aigu dû à une perte unilatérale aiguë de la fonction vestibulaire périphérique, sans argument pour des symptômes ou des signes centraux ou audiologiques aigus 1. Trois mots portent tout le sens clinique :

  • Aiguë : installation aiguë ou subaiguë, pas une plainte qui s'installe sur des mois.
  • Unilatérale : un côté déficitaire, l'autre intact ; c'est ce déséquilibre de tonus qui produit tout le tableau.
  • Périphérique : le déficit siège sur le nerf vestibulaire ; l'absence de signe central est une condition du diagnostic, pas une option.

Le signe cardinal est un nystagmus vestibulaire périphérique spontané, de direction fixe, majoré par la suppression de la fixation visuelle, de trajectoire généralement horizonto-torsionnelle 1. Ce seul signe sépare d'emblée la névrite du VPPB, où le nystagmus est positionnel, bref, et où il n'existe pas de nystagmus spontané.

« Un nystagmus qui n'est pas atténué par la fixation visuelle n'est pas un nystagmus vestibulaire périphérique spontané », Bárány Society 1. D'où l'intérêt des lunettes de Frenzel, qui en augmentent typiquement l'intensité.

Épidémiologie : fréquente, mais pas la première hypothèse

3,5 à 15,5 / 100 000 personnes et par an : c'est l'incidence annuelle rapportée de l'AUVP 1. Ce chiffre la place au 6e rang des causes de vertige/étourdissement toutes causes confondues, et au 3e rang des troubles vestibulaires périphériques 1. Traduction pour la pratique : devant un patient vertigineux non trié, cinq diagnostics sont statistiquement plus probables, d'où l'importance de ne pas plaquer l'étiquette « névrite » sur tout vertige aigu.

L'âge habituel de survenue se situe entre 30 et 60 ans, avec un plateau de la distribution entre 40 et 50 ans 1. C'est donc typiquement un patient actif, en pleine vie professionnelle, chez qui l'enjeu de reprise fonctionnelle est majeur.

Deux données de suivi complètent utilement ce cadrage épidémiologique Preuve modérée : sur une cohorte prospective de 51 patients suivis 4 à 6 ans (moyenne 4,9 ans), la récidive de la névrite est rare (1/51 ; 2,0 %), alors qu'un VPPB secondaire survient chez 9,8 % (5/51), touchant typiquement le canal postérieur de l'oreille précédemment atteinte, plus fréquent en cas de récupération initiale incomplète et plus résistant au traitement que le VPPB idiopathique 2. Un patient qui « rechute » après une névrite fait bien plus souvent un VPPB qu'une seconde névrite.

Physiopathologie : l'hypothèse virale/inflammatoire

L'hypothèse étiologique dominante est la réactivation d'une infection latente à herpès simplex virus de type 1 (HSV-1), considérée comme la cause la plus probable ; l'argument majeur est direct : de l'ADN et de l'ARN d'HSV-1 ont été détectés dans les ganglions vestibulaires humains 3. Le mécanisme lésionnel retenu par le consensus Bárány est ensuite inflammatoire : le virus se réplique, induit une inflammation et un œdème du ganglion vestibulaire et, par ce biais, un dommage cellulaire secondaire 1.

C'est ici que la pharmacologie a servi d'expérience physiopathologique. L'essai princeps randomisé en double aveugle contre placebo, en plan factoriel 2×2 chez 141 patients, a comparé méthylprednisolone, valaciclovir, leur association et le placebo Preuve élevée. À 12 mois, l'amélioration moyenne de la fonction vestibulaire périphérique (épreuve calorique) était de :

Groupe 4Amélioration à 12 mois (points de %)Effet
Placebo39,6 ± 28,1
Méthylprednisolone62,4 ± 16,9Significatif (P < 0,001)
Valaciclovir36,0 ± 26,7Non significatif (P = 0,43)
Méthylprednisolone + valaciclovir59,2 ± 24,1Non supérieur au corticoïde seul

Lecture physiopathologique : l'antiviral ne change rien, l'anti-inflammatoire agit. Cela renforce l'hypothèse d'un mécanisme inflammatoire plutôt que d'une réplication virale active persistante 4. Attention toutefois à ne pas transformer cet argument mécanistique en certitude thérapeutique : le bénéfice clinique des corticoïdes est débattu, la revue Cochrane (4 essais, 149 participants) conclut à des preuves insuffisantes, l'effet sur la récupération calorique complète présent à 1 mois (RR 2,81 ; IC95 % 1,32–6,00) disparaissant à 12 mois, sans différence sur la récupération symptomatique 5. La question relève du prescripteur et ne conditionne pas la prise en charge rééducative.

Pourquoi la division supérieure du nerf vestibulaire ?

C'est le point le plus mal connu, et le plus utile. Contrairement à une idée répandue, la névrite vestibulaire n'est pas, dans la majorité des cas, une déafférentation vestibulaire totale : il s'agit le plus souvent d'une lésion partielle, touchant préférentiellement la seule division supérieure du nerf vestibulaire 1. Cette division innerve :

  • le canal semi-circulaire horizontal (d'où le HIT positif dans le plan horizontal et le nystagmus horizonto-torsionnel) ;
  • le canal semi-circulaire antérieur ;
  • l'utricule.

L'explication est mécanique, et elle est chiffrée. Sur 40 rochers étudiés, le canal osseux du nerf vestibulaire supérieur mesure en moyenne 2,30 mm de long contre 0,59 mm pour le canal du nerf singulaire (nerf du canal postérieur, issu de la division inférieure), soit un trajet osseux près de quatre fois plus long (p < 0,001), et un passage relativement plus étroit pour le nerf et son artériole (rapport épine osseuse/largeur du canal 0,34 vs 0,30 mm, p < 0,05 ; rapport artériolaire 0,54 vs 0,45 mm, p < 0,05). Ce long défilé osseux étroit rend la division supérieure plus vulnérable à l'engainement (entrapment) et à d'éventuelles modifications ischémiques labyrinthiques lorsqu'un œdème inflammatoire survient 6.

Corollaire clinique direct : le nerf vestibulaire inférieur, et donc le canal postérieur, est habituellement épargné. C'est précisément cette épargne qui explique le VPPB « post-infectieux » du canal postérieur décrit après une AUVP 1. Le kinésithérapeute qui voit réapparaître des vertiges brefs positionnels chez un patient en cours de rééducation ne doit pas conclure à un échec de compensation : il doit re-tester Dix-Hallpike 2.

Tableau clinique typique : les six critères Bárány

Le diagnostic repose sur six critères, dont deux sont des critères d'exclusion Consensus international 1 :

  1. A. Vertige rotatoire ou non rotatoire, d'installation aiguë ou subaiguë, soutenu, d'intensité modérée à sévère, durant au moins 24 heures.
  2. B. Nystagmus vestibulaire périphérique spontané, de direction fixe, majoré par la suppression de la fixation visuelle, de trajectoire adaptée aux afférences canalaires impliquées (généralement horizonto-torsionnelle).
  3. C. Preuve non ambiguë d'une réduction du réflexe vestibulo-oculaire (RVO) du côté opposé à la phase rapide du nystagmus.
  4. D. Absence de symptômes neurologiques centraux aigus et de symptômes cochléaires (surdité, acouphènes) ou otologiques (otalgie).
  5. E. Absence de signes centraux : pas de signe oculomoteur ou vestibulaire central, en particulier pas de skew deviation, pas de nystagmus provoqué par le regard excentré, et pas de signe audiologique aigu.
  6. F. Tableau non mieux expliqué par une autre pathologie.

Le critère A (≥ 24 heures) oppose d'emblée la névrite au VPPB (vertiges brefs, déclenchés par les changements de position) ; le critère D l'oppose à la labyrinthite et à la maladie de Ménière (atteinte audiologique associée). La névrite est un diagnostic d'exclusion : toute déviation de ce cadre, signe cochléaire ou central, doit faire réorienter le patient, et non entrer en rééducation.

Le signe qui fait le diagnostic… et celui qui doit alerter

Le head impulse test (manœuvre de Halmagyi) est le signe princeps de la parésie canalaire unilatérale, exploitable au cabinet sans matériel : une rotation céphalique horizontale rapide vers le côté lésé déclenche une grande saccade, ou plusieurs petites, de refixation compensatrice de sens opposé. Les auteurs le décrivent comme un signe simple et fiable de perte unilatérale de la fonction du canal semi-circulaire horizontal, validé par bobines magnétiques de recherche chez 12 patients ayant subi une neurectomie vestibulaire unilatérale 7.

Le renversement est capital : dans un syndrome vestibulaire aigu, un HIT normal n'est pas rassurant, c'est un drapeau rouge central. Le consensus Bárány est explicite : un head impulse test normal dans un syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus n'est pas compatible avec un déficit périphérique 1. Chez 101 patients à haut risque (76 lésions centrales dont 69 AVC ischémiques, 25 périphériques), l'association « HIT horizontal normal, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou skew deviation » était 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC, alors que l'IRM de diffusion initiale était faussement négative dans 12 % des cas, tous réalisés dans les 48 premières heures 8 Preuve élevée. Une IRM précoce normale n'élimine donc pas un AVC de fosse postérieure.

Nuance indispensable avant de s'en remettre à HINTS : sa performance est fortement opérateur-dépendante. La méta-analyse de 5 études prospectives (617 patients) retrouve, entre les mains de neurologues, une sensibilité de 96,7 % (IC95 % 93,1–98,5) et une spécificité de 94,8 % (IC95 % 91–97,1) ; mais dans les cohortes mixtes incluant des urgentistes, la sensibilité chute à 83 % (IC95 % 63–95) et la spécificité à 44 % (IC95 % 36–51) : utilisé isolément par un clinicien non spécifiquement entraîné, HINTS ne suffit pas à écarter un AVC 9 Preuve modérée.

Bilan instrumental : des seuils, pas un verdict

TestSeuil retenu 1
vHITGain du RVO < 0,70 et différence entre les deux côtés > 0,30 (il n'existe pas de gold standard pour le calcul des gains)
Épreuve caloriqueParésie canalaire habituellement définie par une asymétrie > 25 % entre les deux oreilles, ou une valeur absolue < 6°/s

Le comité recommande fortement le vHIT en raison de sa forte valeur diagnostique 1. Les données de performance vont dans ce sens : sur 33 névrites, 96 autres vertiges aigus et 50 témoins sains, le vHIT différenciait la névrite des sujets normaux et des autres vertiges aigus avec une sensibilité de 87,9 % et une spécificité de 94,3 % 10 Preuve modérée. Mais le consensus pose une limite que nul test ne franchit : il n'existe aucun test définitif de l'AUVP, le diagnostic repose sur l'anamnèse, l'examen au lit du patient et, si nécessaire, le bilan instrumental 1.

À retenir

  • Définition : vestibulopathie unilatérale aiguë = syndrome vestibulaire aigu par perte unilatérale aiguë de la fonction vestibulaire périphérique, sans signe central ni audiologique aigu 1.
  • Épidémiologie : 3,5–15,5/100 000/an ; 6e cause de vertige, 3e cause de trouble vestibulaire périphérique ; âge 30–60 ans (plateau 40–50) 1.
  • Physiopathologie : réactivation d'HSV-1 latent (ADN/ARN détectés dans les ganglions vestibulaires humains) → inflammation et œdème du ganglion → dommage cellulaire secondaire 31. L'inefficacité du valaciclovir face à l'efficacité de la méthylprednisolone sur la récupération calorique à 12 mois plaide pour un mécanisme inflammatoire 4.
  • Lésion partielle, pas totale : atteinte préférentielle de la division supérieure (canaux horizontal et antérieur, utricule) ; explication anatomique = canal osseux 2,30 mm vs 0,59 mm pour le nerf singulaire, passage plus étroit → entrapment et ischémie 6.
  • Clinique : vertige soutenu ≥ 24 h + nystagmus spontané de direction fixe majoré à la suppression de la fixation (Frenzel) + RVO réduit du côté opposé à la phase rapide + HIT positif vers le côté lésé 7 + aucun signe cochléaire ni central.
  • Drapeau rouge : HIT normal, nystagmus changeant de direction ou skew deviation = 100 % sensible / 96 % spécifique pour l'AVC ; IRM de diffusion faussement négative dans 12 % des cas < 48 h 8. HINTS est opérateur-dépendant 9.
  • Suites attendues : VPPB secondaire du canal postérieur dans 9,8 % des cas, récidive de névrite rare (2,0 %) sur 4–6 ans 2.

🔍 Comment diagnostiquer une névrite vestibulaire ?

🎥 Ce que vaut le vHIT pour affirmer une névrite

Le head impulse test vidéo distingue la névrite des autres vertiges aigus et des sujets sains, mais il ne remplace pas le tri des drapeaux rouges.

87,9 %Sensibilité94,3 %Spécificité

Étude sur 33 névrites vestibulaires, 96 autres vertiges aigus et 50 témoins sains, sur la base des asymétries de gain du réflexe vestibulo-oculaire. Source : Guan et al., 2017 (PMID 28862109).

Le diagnostic de névrite vestibulaire, désormais vestibulopathie unilatérale aiguë (VUA / AUVP) dans la nomenclature internationale, ne repose sur aucun examen unique. Le consensus de la Bárány Society est explicite : « il n'existe pas de test définitif de la VUA » 1. Il se construit sur l'anamnèse, l'examen oculomoteur au lit du patient et, si nécessaire, le bilan instrumental, et reste, dans son principe même, un diagnostic d'exclusion.

Pour le kinésithérapeute, l'enjeu est double : reconnaître le tableau typique pour engager une rééducation dont l'efficacité est établie 11, et surtout repérer ce qui n'est pas une névrite, au premier rang, l'AVC vertébro-basilaire, qui partage la même présentation initiale.

Les critères diagnostiques de la Bárány Society (2022)

Le consensus international définit la vestibulopathie unilatérale aiguë par six critères, tous requis 1 :

CritèreContenuTraduction clinique
A : Symptôme Vertige rotatoire ou non rotatoire, d'installation aiguë ou subaiguë, soutenu, d'intensité modérée à sévère, durant au moins 24 heures Le critère de durée sépare d'emblée du VPPB (vertiges brefs, positionnels)
B : Nystagmus Nystagmus vestibulaire périphérique spontané, de direction fixe, majoré par la suppression de la fixation visuelle, de trajectoire généralement horizonto-torsionnelle Signe cardinal ; s'observe au mieux sous lunettes de Frenzel
C : RVO Preuve non ambiguë de réduction du réflexe vestibulo-oculaire du côté opposé à la phase rapide du nystagmus Head impulse test de chevet, vHIT ou épreuve calorique
D : Pas de symptôme d'alerte Aucun symptôme neurologique central aigu, aucun symptôme audiologique (surdité, acouphènes) ni otologique (otalgie) Un signe cochléaire fait sortir du cadre
E : Pas de signe central Aucun signe oculomoteur ou vestibulaire central : pas de skew deviation, pas de nystagmus provoqué par le regard excentré C'est exactement ce que teste HINTS
F : Exclusion Tableau non mieux expliqué par une autre pathologie Diagnostic d'exclusion assumé

Niveau de preuve : document de consensus international du Comité de classification de la Bárány Society 1.

Le contexte épidémiologique aide à pondérer : incidence annuelle rapportée de 3,5 à 15,5 pour 100 000 personnes, sixième cause de vertige/étourdissement et troisième cause de trouble vestibulaire périphérique, âge de survenue habituel entre 30 et 60 ans avec un plateau entre 40 et 50 ans 1.

Le nystagmus spontané unidirectionnel : le signe cardinal

Le nystagmus de la névrite obéit à une signature très reconnaissable. Il est spontané (présent sans manœuvre déclenchante, contrairement au VPPB), de direction fixe (il bat toujours du même côté, quel que soit le sens du regard), de trajectoire horizonto-torsionnelle, ce qui correspond aux afférences canalaires impliquées 1.

Le point le plus discriminant est le comportement du nystagmus vis-à-vis de la fixation visuelle. Le consensus est catégorique :

« Un nystagmus dont l'intensité n'est pas réduite par la fixation visuelle n'est pas un nystagmus spontané périphérique. » 1

Concrètement : la fixation d'une cible atténue le nystagmus périphérique ; la suppression de cette fixation (lunettes de Frenzel ou dispositif équivalent) l'augmente typiquement 1. Un examen mené en pleine lumière, sans occlusion de la fixation, peut donc conclure à tort à l'absence de nystagmus : raison suffisante, pour un cabinet qui reçoit des vertigineux, de disposer de lunettes de Frenzel ou d'une vidéonystagmoscopie. À l'inverse, un nystagmus changeant de direction dans le regard excentré ou non atténué par la fixation constitue un drapeau rouge central 81.

Le head impulse test : le signe princeps, sans matériel

Décrit par Halmagyi et Curthoys en 1988, le head impulse test (HIT) reste le geste le plus rentable au cabinet, sans aucun matériel. Le principe : une rotation céphalique horizontale rapide et passive vers le côté lésé déclenche « une grande saccade, ou plusieurs petites, de refixation compensatrice, de direction opposée », signe de la perte de fonction du canal semi-circulaire horizontal. Les auteurs l'ont validé par bobines magnétiques de recherche chez 12 patients ayant subi une neurectomie vestibulaire unilatérale, chez qui l'épreuve calorique ne produisait qu'une réponse nystagmique minime 7.

Traduction pratique : un HIT positif du côté opposé à la phase rapide du nystagmus documente la parésie canalaire et satisfait le critère C. Un HIT normal, lui, n'est pas rassurant : voir plus bas.

vHIT et épreuve calorique : les seuils du consensus

Lorsque le bilan instrumental est disponible, le consensus Bárány retient des repères chiffrés 1 :

TestSeuil de déficit significatifRemarque du consensus
vHIT (video head impulse test) Gain du RVO < 0,70 et différence entre les deux côtés > 0,30 Il n'existe pas de gold standard pour le calcul des gains ; le comité recommande fortement le vHIT, en raison de sa forte valeur diagnostique
Épreuve calorique Parésie canalaire habituellement définie par une asymétrie > 25 % entre les deux oreilles, ou une valeur absolue < 6°/s Explore essentiellement les basses fréquences ; historiquement le test de référence des essais thérapeutiques 4

La performance du vHIT dans cette indication est bonne : sur une série de 33 cas de névrite vestibulaire, 96 patients présentant d'autres vertiges aigus et 50 témoins sains, le vHIT différenciait la névrite des sujets normaux et des autres vertiges aigus avec une sensibilité de 87,9 % et une spécificité de 94,3 %, sur la base des asymétries de gain du RVO (différences significatives entre névrite et autres vertiges aigus, p < 0,01) 10.

Niveau de preuve : étude diagnostique monocentrique avec témoins et groupe de comparaison clinique 10, complétée par le consensus d'experts pour les seuils 1.

Une nuance anatomique éclaire certains bilans en apparence discordants : la névrite n'est, dans la majorité des cas, pas une déafférentation vestibulaire totale, mais une lésion partielle touchant préférentiellement la seule division supérieure du nerf vestibulaire, canaux horizontal et antérieur, utricule 1. L'explication est mécanique : sur 40 rochers étudiés, le canal osseux du nerf vestibulaire supérieur mesure en moyenne 2,30 mm contre 0,59 mm pour le canal du nerf singulaire (nerf du canal postérieur, issu de la division inférieure), un défilé osseux près de quatre fois plus long et relativement plus étroit pour le nerf et son artériole, donc plus exposé à l'engainement et à l'ischémie labyrinthique en cas d'œdème 6.

Écarter l'AVC avant tout : HINTS

Devant un syndrome vestibulaire aigu, la question n'est pas « quelle rééducation ? » mais « est-ce bien périphérique ? ». L'examen oculomoteur de chevet en trois temps HINTS (Head Impulse, Nystagmus, Test of Skew) répond à cette question mieux que l'imagerie précoce.

Dans l'étude princeps portant sur 101 patients à haut risque en syndrome vestibulaire aigu (25 lésions périphériques, 76 centrales dont 69 AVC ischémiques), la présence de l'un des trois éléments suivants (head impulse test horizontal NORMAL, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou skew deviation) était 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC. La skew deviation, présente dans 17 % des cas, était associée à des lésions du tronc cérébral. Fait majeur : l'IRM de diffusion initiale était faussement négative dans 12 % des cas, tous à moins de 48 heures du début des symptômes, l'examen de chevet en 3 temps « semble plus sensible pour l'AVC que l'IRM précoce » 8.

Niveau de preuve : étude prospective sur cohorte à haut risque 8, confortée par le consensus international 1.

Le consensus Bárány formule la règle contre-intuitive à retenir : « un head impulse test normal en syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus n'est pas compatible avec un déficit périphérique ». La combinaison de l'interrogatoire et de l'examen physique (protocoles HINTS et HINTS-plus, destinés à écarter les signes centraux) permet de différencier une VUA d'un syndrome vestibulaire central aigu avec une sensibilité et une spécificité d'environ 90 % 1.

Deux réserves majeures encadrent cet outil. D'abord, HINTS ne s'applique qu'au syndrome vestibulaire aigu (vertige soutenu, avec nystagmus), pas à un vertige positionnel bref. Ensuite, sa performance dépend fortement de l'opérateur : une méta-analyse de 5 études prospectives (617 patients) retrouve, entre les mains de neurologues, une sensibilité de 96,7 % (IC95 % 93,1–98,5) et une spécificité de 94,8 % (IC95 % 91–97,1) ; mais dans les cohortes mixtes incluant des urgentistes, la sensibilité chute à 83 % (IC95 % 63–95) et la spécificité à 44 % (IC95 % 36–51). Utilisé isolément par un clinicien non spécifiquement entraîné, HINTS ne suffit pas à écarter un AVC 9.

Ce que le kinésithérapeute doit savoir tester et reconnaître

1. Reconnaître le tableau (critères A–C). Vertige soutenu ≥ 24 h, nystagmus spontané de direction fixe majoré par la suppression de la fixation (Frenzel), HIT positif du côté opposé à la phase rapide 71.

2. Reconnaître ce qui n'en est pas. Tout signe cochléaire (surdité, acouphènes) ou otologique (otalgie), tout signe central (skew deviation, nystagmus changeant de direction, HIT normal) fait sortir du cadre et impose une réorientation médicale, pas une rééducation 18.

3. Ne pas confondre avec le VPPB : l'erreur la plus coûteuse. Le VPPB donne un vertige bref, positionnel, sans nystagmus spontané 1. La distinction n'est pas académique : la revue Cochrane (39 essais, 2 441 participants) établit un niveau de preuve modéré à fort en faveur des exercices dans l'hypofonction vestibulaire unilatérale (OR 2,67 ; IC95 % 1,85–3,86 ; 4 études, 565 participants), mais montre que dans le VPPB spécifiquement, ce sont les manœuvres de repositionnement qui sont supérieures aux exercices à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49) 11. Les exercices traitent la névrite, les manœuvres traitent le VPPB.

4. Re-tester au fil du suivi. Un VPPB secondaire « post-infectieux » du canal postérieur est une complication attendue de la névrite 1 : sur 51 patients suivis 4 à 6 ans (moyenne 4,9 ans), 5/51 (9,8 %) ont développé un VPPB (typiquement du canal postérieur de l'oreille atteinte, plus fréquent en cas de récupération incomplète et plus résistant au traitement que le VPPB idiopathique), alors que la récidive de la névrite est rare (1/51, 2,0 %) 2. Des vertiges positionnels brefs en cours de rééducation imposent un Dix-Hallpike, pas un constat d'échec de compensation.

5. Élargir le bilan au-delà des tests canalaires. Le pronostic ne se lit pas dans le gain du RVO. Une revue systématique (13 études) montre que ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte vestibulaire, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle (et non la sévérité du déficit structurel initial ou ultérieur, ni le statut de compensation), qui prédisent le mieux le vertige chronique et le PPPD 12. Une cohorte prospective de 40 patients évalués en aigu (médiane 2 jours) puis 32 en récupération (médiane 10 semaines) le confirme : la dépendance visuelle et l'activation autonome mesurées en aigu prédisent le devenir, pas les variables vestibulaires 13.

À retenir

  • Aucun test définitif. Le diagnostic de VUA/névrite repose sur l'anamnèse, l'examen de chevet et, si besoin, le bilan instrumental, et reste un diagnostic d'exclusion 1.
  • Trois critères positifs : vertige soutenu ≥ 24 h ; nystagmus spontané de direction fixe, horizonto-torsionnel, majoré par la suppression de la fixation ; réduction non ambiguë du RVO du côté opposé à la phase rapide 1.
  • Un nystagmus non atténué par la fixation n'est pas périphérique : d'où l'intérêt des lunettes de Frenzel 1.
  • Head impulse test 7 : saccade de refixation à la rotation rapide vers le côté lésé. vHIT : gain < 0,70 et différence inter-côtés > 0,30 ; calorique : asymétrie > 25 % ou < 6°/s 1. vHIT : Se 87,9 % / Sp 94,3 % 10.
  • Un HIT NORMAL en syndrome vestibulaire aigu est un drapeau rouge central, pas un signe rassurant 81. HINTS : Se 100 %, Sp 96 % pour l'AVC ; IRM de diffusion précoce faussement négative dans 12 % des cas (< 48 h) 8. Mais performance opérateur-dépendante : Se 83 %, Sp 44 % en cohortes non spécialisées 9.
  • Névrite ≠ VPPB : exercices pour l'hypofonction unilatérale, manœuvres pour le VPPB 11, penser au VPPB secondaire (9,8 %) devant des vertiges positionnels brefs en cours de suivi 2.
  • Le bilan pronostique n'est pas vestibulaire : dépister dès l'aigu la dépendance visuelle et l'anxiété 1312.

🚩 Comment ne pas passer à côté d'un AVC (drapeaux rouges) ?

🚩 HINTS ne vaut que ce que vaut la main qui l'exécute

Le même examen, entre des mains différentes, ne protège pas de la même façon. C'est la donnée la plus importante de cette section.

Sensibilité pour l'AVC96,7%83%Spécificité94,8%44%■ Réalisé par des neurologues■ Cohortes incluant des urgentistes

Méta-analyse de 5 études prospectives (617 patients en syndrome vestibulaire aigu). La spécificité s'effondre de 94,8 % à 44 % hors des mains de spécialistes entraînés : utilisé isolément par un clinicien non spécifiquement formé, HINTS ne suffit pas à écarter un AVC. Source : Ohle et al., 2020 (PMID 32167642).

Un patient arrive avec un vertige rotatoire installé depuis la veille, des nausées, une instabilité majeure et un nystagmus. Ce tableau, le syndrome vestibulaire aigu, a deux grandes causes qui se ressemblent à s'y méprendre au premier coup d'œil : la névrite vestibulaire, bénigne, et l'AVC vertébro-basilaire, qui engage le pronostic vital. Le consensus de la Bárány Society est sans ambiguïté sur la nature du diagnostic de vestibulopathie unilatérale aiguë (VUA) : c'est un diagnostic d'exclusion, qui exige l'absence de signes neurologiques centraux aigus, l'absence de signes cochléaires, et le fait que le tableau ne soit pas mieux expliqué par une autre pathologie 1. Autrement dit : avant de rééduquer une névrite, il faut avoir écarté l'AVC.

Devant un vertige aigu prolongé, la question n'est pas « est-ce une névrite ? » mais « est-ce que ce n'est pas un AVC ? ».

HINTS : trois gestes de chevet, plus sensibles que l'IRM précoce

L'examen oculomoteur en trois temps HINTS (Head-Impulse, Nystagmus, Test-of-Skew) est l'outil de référence. Dans l'étude princeps de Kattah et al. 8, 101 patients à haut risque en syndrome vestibulaire aigu ont été explorés (25 lésions périphériques, 76 lésions centrales dont 69 AVC ischémiques). La présence d'un head impulse test horizontal normal, d'un nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou d'une skew deviation était 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC. La skew deviation était présente dans 17 % des cas et associée aux lésions du tronc cérébral.

  • H : Head Impulse Test. Rotation céphalique horizontale rapide et passive. Le signe princeps décrit par Halmagyi et Curthoys 7, validé par bobines magnétiques chez 12 patients neurectomisés, est une grande saccade, ou plusieurs petites, de refixation compensatrice de direction opposée, déclenchée par la rotation vers le côté lésé. Ce signe traduit la perte de fonction du canal semi-circulaire horizontal : il est attendu dans une névrite.
  • N : Nystagmus. Dans la névrite, le nystagmus est spontané, de direction fixe, horizonto-torsionnel, et majoré par la suppression de la fixation visuelle 1. Un nystagmus qui change de direction selon la position du regard excentré est un drapeau rouge central.
  • TS : Test of Skew. Le cover test alterné recherche une désalignement oculaire vertical (skew deviation). Sa présence est un critère d'exclusion formel de la VUA selon la Bárány Society 1 et un marqueur de lésion du tronc 8.

Le piège contre-intuitif : un head impulse test NORMAL est alarmant

C'est le point le plus souvent inversé en pratique. Le réflexe naturel est de se rassurer quand l'examen paraît « propre ». C'est exactement l'inverse qu'il faut faire. Le consensus Bárány l'énonce sans détour : « un head impulse test normal dans un syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus n'est pas compatible avec un déficit périphérique » 1 ; il oriente vers une cause centrale. Kattah et al. 8 en font l'un des trois items du triptyque à 100 % de sensibilité.

La logique est mécanique : la névrite détruit le réflexe vestibulo-oculaire d'un côté, donc le HIT doit être pathologique. Si le patient est violemment vertigineux depuis 24 heures, avec nystagmus, et que son RVO fonctionne normalement, alors le vertige ne vient pas du labyrinthe. Un HIT normal chez un patient vertigineux aigu est un signal d'alarme, pas un signe rassurant.

À retenir : le paradoxe du HIT

HIT pathologique (saccade de refixation) = plutôt rassurant → cohérent avec une atteinte périphérique.
HIT normal chez un patient en syndrome vestibulaire aigu = drapeau rouge central → suspicion d'AVC jusqu'à preuve du contraire 81.

Trois autres signes d'exclusion immédiate de la névrite : skew deviation, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, tout signe cochléaire aigu (surdité, acouphènes) ou otologique (otalgie), critères D et E de la Bárány Society 1.

HINTS est opérateur-dépendant : ne pas surestimer sa propre performance

Le chiffre de 100 % de sensibilité ne se transpose pas tel quel au cabinet. La méta-analyse d'Ohle et al. 9, qui agrège 5 études prospectives et 617 patients en syndrome vestibulaire aigu, montre une performance fortement dépendante de l'examinateur :

Contexte d'utilisation de HINTSSensibilité pour l'AVCSpécificité
Neurologues (cohortes dédiées)96,7 % (IC95 % 93,1–98,5)94,8 % (IC95 % 91–97,1)
Cohortes mixtes incluant des urgentistes83 % (IC95 % 63–95)44 % (IC95 % 36–51)

Les auteurs concluent explicitement que « l'examen HINTS, utilisé isolément par des urgentistes, n'a pas démontré une exactitude suffisante pour écarter un AVC chez les patients présentant un syndrome vestibulaire aigu » 9. La lecture pour le kinésithérapeute est directe : HINTS sert à repérer un drapeau rouge et à adresser, jamais à s'auto-autoriser à rééduquer. Le consensus Bárány situe d'ailleurs la performance de la combinaison anamnèse + examen physique (HINTS et HINTS-plus) autour de 90 % de sensibilité et de spécificité pour distinguer une VUA d'un syndrome vestibulaire central aigu 1 : excellent, mais pas infaillible.

Les limites de l'IRM précoce : une imagerie normale ne rassure pas

C'est le second contre-sens fréquent. Dans l'étude de Kattah et al. 8, l'IRM de diffusion initiale était faussement négative dans 12 % des cas, et toutes ces IRM faussement négatives avaient été réalisées dans les 48 premières heures suivant le début des symptômes. La conclusion des auteurs est frontale : l'examen de chevet en 3 temps « apparaît plus sensible pour l'AVC que l'IRM précoce dans le syndrome vestibulaire aigu ».

Conséquence pratique : « l'IRM était normale » n'élimine pas un AVC de fosse postérieure si elle a été faite tôt. Un patient adressé aux urgences à H+12, reparti avec une IRM normale et une ordonnance d'antivertigineux, mais qui présente un HIT normal ou une skew deviation, reste un patient à risque. Le compte-rendu d'imagerie ne remplace pas l'examen oculomoteur : il le complète.

Différencier névrite, VPPB, Ménière et labyrinthite

Le tri repose d'abord sur trois axes : la durée, le déclencheur, la présence de signes auditifs. Les critères de la Bárány Society 1 définissent la VUA par un vertige rotatoire ou non rotatoire, d'installation aiguë ou subaiguë, soutenu, d'intensité modérée à sévère, durant au moins 24 heures, avec nystagmus spontané périphérique de direction fixe, majoré par la suppression de la fixation visuelle, et preuve non ambiguë de réduction du RVO du côté opposé à la phase rapide.

 Névrite vestibulaire (VUA)VPPBMénière / labyrinthiteAVC vertébro-basilaire
Durée du vertigeSoutenu, ≥ 24 hBref, paroxystiqueÉpisodique ou aiguSoutenu (syndrome vestibulaire aigu)
DéclenchementSpontanéPositionnel (changements de position)VariableSpontané
Nystagmus spontanéPrésent, direction fixe, horizonto-torsionnel, majoré sans fixationAbsent (nystagmus positionnel uniquement)Peut changer de direction dans le regard excentré
Signes auditifsAucun (critère d'exclusion)AucunAtteinte audiologique associée
Head impulse testPathologique (saccade)Souvent normal = drapeau rouge
Skew deviationAbsente (critère d'exclusion)AbsentePrésente dans 17 % 8

VPPB. La distinction est d'emblée tranchée par la sémiologie : vertige bref, positionnel, déclenché par les mouvements de tête, sans nystagmus spontané, à l'opposé de la névrite, dont le critère cardinal est justement ce nystagmus spontané de direction fixe 1. Cette distinction n'est pas académique : elle commande le traitement. La revue Cochrane de McDonnell et Hillier 11 montre que dans le VPPB, ce sont les manœuvres de repositionnement qui sont supérieures aux exercices à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49), alors que la rééducation par exercices s'adresse à l'hypofonction vestibulaire unilatérale : la névrite (OR 2,67 ; IC95 % 1,85–3,86 en faveur de la rééducation vestibulaire).

Ménière et labyrinthite. Le discriminant est auditif. Le critère D de la Bárány Society exclut la VUA en cas de « symptômes audiologiques aigus tels qu'une perte auditive ou des acouphènes, ou d'autres symptômes otologiques tels qu'une otalgie » 1. C'est précisément ce qui sépare la névrite de la labyrinthite ou de la maladie de Ménière, où existe une atteinte audiologique associée. Un vertige aigu avec surdité brutale n'est pas une névrite : il ne relève pas d'une entrée directe en rééducation.

Ce que le bilan instrumental peut, et ne peut pas, faire

Le consensus Bárány pose une limite essentielle : « il n'existe aucun test définitif de la VUA », le diagnostic repose sur l'anamnèse, l'examen au lit du patient et, si nécessaire, le bilan instrumental 1. Les seuils retenus : au vHIT, un gain du RVO inférieur à 0,70 avec une différence entre côtés supérieure à 0,30 (le document précisant qu'il n'existe pas de gold standard pour le calcul des gains) ; à l'épreuve calorique, une asymétrie supérieure à 25 % entre les deux oreilles, ou une valeur absolue inférieure à 6°/s. Le comité recommande fortement le vHIT en raison de sa forte valeur diagnostique. Guan et al. 10, sur 33 névrites, 96 autres vertiges aigus et 50 témoins, rapportent une sensibilité de 87,9 % et une spécificité de 94,3 % du vHIT pour différencier la névrite des autres vertiges aigus.

Mais aucun de ces chiffres n'écarte un AVC : ils confirment une atteinte périphérique une fois le central éliminé cliniquement. L'ordre du raisonnement compte.

Quand adresser en urgence

Toute déviation du cadre diagnostique de la Bárány Society doit faire réorienter le patient, et non entrer en rééducation 1. En pratique, adressez sans délai devant :

  • Un head impulse test normal chez un patient en syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus 81 ;
  • Un nystagmus changeant de direction dans le regard excentré (nystagmus provoqué par le regard excentré = critère d'exclusion E) ;
  • Une skew deviation (désalignement oculaire vertical) ;
  • Un nystagmus non atténué par la fixation visuelle : le consensus rappelle qu'« un nystagmus qui n'est pas réduit en intensité par la fixation visuelle n'est pas un nystagmus vestibulaire périphérique spontané », les lunettes de Frenzel en augmentent typiquement l'intensité dans la névrite 1 ;
  • Tout signe cochléaire ou otologique aigu : surdité, acouphènes, otalgie ;
  • Tout signe ou symptôme neurologique central aigu.

Rappel de contexte enfin : la névrite est fréquente, incidence annuelle rapportée de 3,5 à 15,5 pour 100 000 personnes, sixième cause de vertige toutes causes confondues, troisième cause de trouble vestibulaire périphérique, âge de survenue habituel entre 30 et 60 ans avec un plateau entre 40 et 50 ans 1. Sa fréquence même est le piège : c'est parce qu'on en voit souvent qu'on risque d'étiqueter « névrite » le cas qui n'en est pas un. Le tri central se fait à chaque patient, pas une fois sur dix.

🎯 Quelle rééducation vestibulaire proposer ?

⏱️ Le dosage recommandé des exercices de stabilisation du regard

La recommandation de l'Academy of Neurologic Physical Therapy chiffre précisément ce qu'il faut prescrire, et c'est un minimum quotidien, pas une moyenne.

Phase aiguë / subaiguë, 3×/jour≥ 12 min/jourPhase chronique, 3 à 5×/jour≥ 20 min/jourÉquilibre statique et dynamique (chronique)≥ 20 min/jour

En phase chronique, ces durées sont à tenir 4 à 6 semaines. Source : recommandation de pratique clinique actualisée, Hall et al., 2022 (PMID 34864777).

Une fois le diagnostic posé (vertige soutenu de plus de 24 heures, nystagmus spontané de direction fixe majoré par la suppression de la fixation, RVO réduit du côté opposé à la phase rapide, et surtout absence de signe central 1), la question devient thérapeutique. Et elle est vite tranchée : c'est le seul domaine de la prise en charge où le niveau de preuve est solide. Là où la corticothérapie reste débattue 4 et où les suppresseurs vestibulaires freinent activement la récupération 16, la rééducation dispose d'un corpus randomisé cohérent.

Preuves de la rééducation vestibulaire : ce que dit la Cochrane

La revue Cochrane de McDonnell et Hillier 11 reste la référence : 39 essais contrôlés randomisés, 2 441 participants atteints de dysfonction vestibulaire périphérique unilatérale. Sa conclusion est explicite : il existe des preuves modérées à fortes que la rééducation vestibulaire est une prise en charge sûre et efficace du déficit vestibulaire périphérique unilatéral, sur la base de plusieurs ECR de haute qualité.

Fréquence des vertiges : OR 2,67 (IC95 % 1,85–3,86 ; 4 études, 565 participants) en faveur de la rééducation vs contrôle ou absence d'intervention. Activité/participation (Dizziness Handicap Inventory) : SMD −0,83 (IC95 % −1,02 à −0,64). Aucun effet indésirable rapporté dans les études incluses 11.

Deux essais structurent la compréhension du mécanisme. Strupp et al. 17 ont comparé 19 patients recevant des exercices vestibulaires spécifiques à 20 patients contrôles sans exercices après névrite : à J30, le trajet de balancement postural était de 3,2 ± 1,9 m/min dans le groupe kinésithérapie contre 16,9 ± 6,1 m/min dans le groupe contrôle (ANOVA, p < 0,001). Point capital, souvent mal lu : la torsion oculaire et la verticale visuelle subjective se normalisaient de façon comparable dans les deux groupes. La rééducation agit sur la compensation vestibulospinale centrale, pas sur la récupération de la fonction périphérique elle-même.

Tokle et al. 18 ont ensuite testé l'ajout d'un programme de rééducation débuté précocement après le diagnostic chez 65 patients à névrite confirmée par vidéonystagmographie (27 dans le groupe intervention), en complément des soins standards (prednisolone 10 jours + conseils). Résultat : réduction significative du vertige perçu à 3 mois (p = 0,007) et à 12 mois (p = 0,001), avec à 12 mois une amélioration du DHI (p = 0,049), du HADS (p = 0,039) et de la VAS-C (p = 0,012). En revanche, pas de différence sur l'équilibre debout ni la vitesse de marche : le gain se lit dans le vécu du patient et son fonctionnement quotidien, pas dans les performances posturales brutes.

« Il existe des preuves modérées à fortes que la rééducation vestibulaire est une prise en charge sûre et efficace de la dysfonction vestibulaire périphérique unilatérale. », McDonnell & Hillier, Cochrane 2015

Le piège à ne jamais franchir : névrite ≠ VPPB

La même revue Cochrane porte l'exception la plus importante pour la pratique quotidienne. Dans le groupe diagnostique spécifique du VPPB, ce sont les manœuvres physiques de repositionnement qui sont supérieures aux exercices de rééducation basés sur le mouvement en taux de guérison à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49), même si la combinaison des deux est utile pour la récupération fonctionnelle à plus long terme 11.

 Névrite vestibulaire (VUA)VPPB
VertigeSoutenu, ≥ 24 h, modéré à sévère 1Bref, positionnel, déclenché par les changements de position
NystagmusSpontané, direction fixe, majoré par suppression de la fixation, horizonto-torsionnelPositionnel, pas de nystagmus spontané
Traitement de 1re intentionExercices de rééducation vestibulaire preuve forteManœuvres de repositionnement (OR 0,19 en faveur des manœuvres vs exercices) preuve forte

Autrement dit : les exercices sont le traitement de la névrite, les manœuvres celui du VPPB. Transposer le protocole de l'un à l'autre, c'est faire moins bien que ne rien faire de spécifique.

Stabilisation du regard : le cœur du programme

Le déficit fonctionnel princeps de la névrite est la perte de gain du réflexe vestibulo-oculaire du côté lésé. Sa signature clinique est connue depuis l'article de Halmagyi et Curthoys 7 : une rotation céphalique horizontale rapide vers le côté lésé déclenche une grande saccade, ou plusieurs petites, de refixation compensatrice de direction opposée, signe validé par bobines magnétiques chez 12 patients neurectomisés. C'est exactement ce déficit que les exercices de stabilisation du regard visent à faire compenser.

La recommandation de pratique clinique de l'Academy of Neurologic Physical Therapy 19 est ici sans ambiguïté, et elle contient un interdit explicite :

« Clinicians should not include voluntary saccadic or smooth-pursuit eye movements in isolation (ie, without head movement) to promote gaze stability. », Hall et al. 2022 preuve forte, recommandation contre

Les mouvements oculaires isolés (saccades volontaires, poursuite lente), ne stabilisent pas le regard. Un exercice de stabilisation du regard n'est un exercice de stabilisation du regard que s'il sollicite le RVO par un mouvement de tête. C'est le critère de tri le plus rentable pour auditer un programme d'exercices : s'il n'y a pas de mouvement céphalique, il n'y a pas de stimulus vestibulaire.

Habituation : provoquer le signal d'erreur, ne pas l'éteindre

Le rationnel de l'habituation est pharmacologiquement documenté à rebours, par ce qu'il ne faut pas faire. Sousa et al. 16 l'énoncent en une phrase : le traitement symptomatique diminue le déséquilibre de tonus vestibulaire, qui agit précisément comme le principal moteur de la compensation centrale, ce qui a vraisemblablement un impact négatif sur la compensation et les résultats à long terme ; l'usage prolongé de ces médicaments prolonge, voire empêche, la compensation centrale. La logique rééducative est l'exacte inverse : utiliser les exercices vestibulaires, en particulier les mouvements de tête, pour augmenter ce déséquilibre de tonus, accroître la compensation centrale et permettre un retour adéquat à un état fonctionnel complet. S'y ajoute l'argument de Dyhrfjeld-Johnsen et Attali 20 : la sédation, effet indésirable principal et limitant des suppresseurs vestibulaires, est contre-productive pour le fonctionnement normal et pour le processus de récupération naturelle par compensation centrale.

Un patient encore sous antivertigineux au-delà de la phase aiguë est donc un patient dont la compensation est freinée pharmacologiquement : information à obtenir au bilan, et à faire remonter au prescripteur.

Substitution : viser la compensation, pas la restitution

Il faut fixer un objectif réaliste, et l'annoncer au patient. Dans l'essai randomisé en double aveugle de Strupp et al. 4 sur 141 patients, l'amélioration moyenne de la fonction vestibulaire périphérique (parésie calorique) à 12 mois n'était que de 39,6 ± 28,1 points de pourcentage sous placebo et de 62,4 ± 16,9 sous méthylprednisolone. Même sous corticoïdes, un déficit canalaire résiduel persiste très souvent à un an. La restitution périphérique n'est pas l'objectif atteignable ; la compensation centrale l'est, et c'est elle que Strupp et al. 17 ont montrée modifiable par les exercices sur la voie vestibulospinale (sway path 3,2 vs 16,9 m/min).

Cette dissociation est le fondement de la stratégie de substitution : on ne répare pas le canal, on reconstruit une performance fonctionnelle avec les entrées restantes. C'est pourquoi les recommandations APTA associent systématiquement au travail du regard des exercices d'équilibre statique et dynamique, au minimum 20 minutes par jour pendant au moins 4 à 6 semaines 19.

Précocité et dosage : les chiffres à appliquer

La recommandation APTA place la rééducation en première intention dès la phase aiguë : « Clinicians should offer vestibular physical therapy to individuals with acute or subacute unilateral vestibular hypofunction », qualité de preuve I, recommandation forte 19. C'est cohérent avec Tokle et al. 18, dont le bénéfice à 3 et 12 mois est obtenu par un programme débuté précocement après le diagnostic.

À retenir : posologie 19

  • Hypofonction unilatérale aiguë/subaiguë, stabilisation du regard : 3 fois par jour, pour un total d'au moins 12 minutes quotidiennes qualité de preuve II, recommandation faible
  • Hypofonction unilatérale chronique, stabilisation du regard : 3 à 5 fois par jour, pour un total d'au moins 20 minutes quotidiennes pendant 4 à 6 semaines preuve modérée à faible
  • Équilibre statique et dynamique : minimum 20 minutes par jour pendant au moins 4 à 6 semaines
  • Interdit : saccades volontaires ou poursuite lente isolées, sans mouvement de tête, pour améliorer la stabilité du regard preuve forte contre
  • Corollaire pharmacologique : réduire les suppresseurs vestibulaires au plus court, ils suppriment le moteur de la compensation 1620

Progression : ce qui pilote réellement le pronostic

La progression ne se règle pas sur les tests vestibulaires. Arshad et al. 21 sont catégoriques : après une névrite, le pronostic à long terme ne dépend pas de l'ampleur du déficit périphérique résiduel, mesuré au calorique ou au vHIT ; la récupération est déterminée par une combinaison de facteurs visuo-vestibulaires (dépendance visuelle), psychologiques (anxiété) et perceptifs. La revue systématique de Trinidade et al. 12 converge : ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte vestibulaire, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle, et non la sévérité du déficit structurel ni le statut de compensation, qui prédisent le mieux le vertige chronique.

Cousins et al. 13 l'ont montré prospectivement (40 patients en phase aiguë, médiane 2 jours ; 32 en récupération, médiane 10 semaines) : la dépendance visuelle et l'activation autonome mesurées en phase aiguë prédisaient le devenir, une moins bonne récupération étant associée à la dépendance visuelle, l'activation autonome, l'anxiété/dépression et la peur des sensations corporelles, mais pas aux variables vestibulaires. Van Laer et al. 22, sur 103 participants suivis à 4 et 10 semaines, ont chiffré des seuils exploitables à 10 semaines pour repérer les patients à risque : Vestibular Activities Avoidance Instrument 23/54, Visual Vertigo Analog Scale 33,5/100, HADS-Anxiété 7,5/21 ; leurs modèles expliquaient jusqu'à 64,0 % de la variabilité du vertige à 6 mois.

Conséquence directe : la progression se construit sur l'exposition précoce, la lutte contre l'évitement et la restauration de la confiance 12, dépendance visuelle et anxiété se dépistent dès la première séance, pas au troisième mois.

Ce qui doit faire réévaluer en cours de rééducation

  • Vertiges brefs positionnels qui apparaissent : rechercher un VPPB secondaire, pas conclure à un échec de compensation. Mandalà et al. 2, sur 51 patients suivis 4 à 6 ans (moyenne 4,9 ans) : 5/51 (9,8 %) ont développé un VPPB, typiquement du canal postérieur de l'oreille atteinte, plus fréquent en cas de récupération incomplète et plus résistant que le VPPB idiopathique. La récidive de la névrite, elle, est rare (1/51, 2,0 %). Le consensus Bárány décrit ce VPPB « post-infectieux » du canal postérieur 1. Et le VPPB prédit le handicap vertigineux à long terme (r = 0,626, p = 0,001), tout comme la migraine (r = 0,640, p = 0,001) et la dépendance visuelle aiguë (r = 0,667, p < 0,001) : Arshad et al. 21.
  • Symptômes qui se chronicisent au-delà de 3 mois : évoquer un PPPD, étourdissement, instabilité ou vertige non rotatoire présents la plupart des jours pendant 3 mois ou plus, aggravés par la station debout, le mouvement actif ou passif et l'exposition à des stimuli visuels mobiles ou complexes 23. Il s'agit d'un trouble vestibulaire fonctionnel chronique, ni structurel, ni psychiatrique. La VUA en est le 3e déclencheur le plus fréquent, après le VPPB et la migraine vestibulaire 1.
  • Tout signe cochléaire ou central : réorienter, ne pas rééduquer. Un head impulse test normal chez un patient en syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus n'est pas compatible avec un déficit périphérique 1 : c'est un drapeau rouge, pas un signe rassurant 8.

En une phrase

Exercices avec mouvement de tête, tôt, tous les jours, au dosage APTA, sur un patient qu'on n'a pas sédaté, et un suivi qui traque la dépendance visuelle, l'évitement et l'anxiété autant que le gain du RVO, parce que ce sont eux, et non le déficit canalaire résiduel, qui décident du résultat à un an.

💊 Corticoïdes et antivertigineux : que disent les preuves ?

⚖️ Vingt ans plus tard, la controverse n'est pas tranchée

Les synthèses successives ne disent pas la même chose. Voilà l'état réel du débat, à connaître avant d'affirmer quoi que ce soit à un patient.

Strupp 2004, essai princeps141 patientsFavorable : récupération vestibulaire à 12 moisCochrane, Fishman 20114 essais · 149 patientsPreuves insuffisantes : effet à 1 mois, disparu à 12 moisLeong 20218 étudesAucune différence à 1, 6 et 12 moisBogdanova 202215 essais · 852 patientsFavorable (OR 3,1) mais effets indésirables ×10,9Sjögren 2025, essai récent69 patientsAucun bénéfice, ni fonction ni symptômes

Ce que le kinésithérapeute doit en retenir : le bénéfice symptomatique des corticoïdes n'a jamais été démontré, et la seule intervention dont l'efficacité est solidement établie reste la rééducation vestibulaire. Sources : Strupp 2004 (PMID 15269315) ; Fishman 2011 (PMID 21563170) ; Leong 2021 (PMID 33525978) ; Bogdanova 2022 (PMID 36029039) ; Sjögren 2025 (PMID 39973595).

💊 L'essai qui a lancé la corticothérapie

Récupération de la fonction vestibulaire périphérique à 12 mois, essai randomisé en double aveugle, plan factoriel 2×2, 141 patients.

Méthylprednisolone62,4 %Placebo39,6 %Valaciclovir36,0 %

Amélioration moyenne en points de pourcentage (± 16,9 / 28,1 / 26,7). La méthylprednisolone l'emporte (p < 0,001) ; le valaciclovir n'apporte rien, et l'association ne fait pas mieux que le corticoïde seul. Source : Strupp et al., NEJM 2004 (PMID 15269315).

Le kinésithérapeute ne prescrit pas le traitement médical de la névrite vestibulaire, mais il en subit les conséquences directes. Un patient encore sous suppresseur vestibulaire à trois semaines est un patient dont la compensation centrale est freinée pharmacologiquement. Un patient qui arrive en rééducation persuadé que « la cortisone va tout réparer » est un patient dont les attentes vont être déçues. Comprendre ce que la pharmacologie fait, et surtout ce qu'elle ne fait pas, dans cette pathologie est donc un prérequis clinique, pas une coquetterie académique.

Cette section fait le point sur trois questions : les corticoïdes ont-ils un intérêt démontré ? Les antiviraux ont-ils encore une place ? Et pourquoi faut-il limiter dans le temps les antivertigineux, alors même qu'ils soulagent le patient ?

Corticoïdes : de l'essai princeps de 2004 à la controverse actuelle

Toute la discussion part d'un essai devenu classique. Strupp et al. 4, dans le New England Journal of Medicine, ont conduit un essai randomisé en double aveugle contre placebo, selon un plan factoriel 2×2, chez 141 patients en névrite vestibulaire aiguë. Les quatre bras : placebo (38 patients), méthylprednisolone (35), valaciclovir (33), association (35). Le critère de jugement était la fonction vestibulaire périphérique mesurée par épreuve calorique (formule de parésie vestibulaire), dans les 3 jours puis à 12 mois.

Les résultats à 12 mois sont nets :

+62,4 ± 16,9 points de pourcentage d'amélioration de la fonction vestibulaire périphérique sous méthylprednisolone, contre +39,6 ± 28,1 sous placebo (P<0,001). Valaciclovir : +36,0 ± 26,7 (P=0,43, non significatif). Association : +59,2 ± 24,1, pas supérieure au corticoïde seul.
Strupp et al. 2004, NEJM

Cet essai a produit deux messages, dont un seul a vraiment tenu. Le premier, les antiviraux ne servent à rien, n'a jamais été contesté depuis (voir plus bas). Le second, les corticoïdes améliorent la récupération périphérique, est aujourd'hui l'objet d'une controverse ouverte.

Pourquoi la controverse ?

Parce que la démonstration de 2004 porte sur un test de laboratoire, pas sur le vécu du patient. Le critère était le pourcentage de parésie calorique : un chiffre. Et les revues systématiques ultérieures, qui ont regardé si ce chiffre se traduisait en bénéfice clinique, ne l'ont pas retrouvé.

La revue Cochrane de Fishman et al. 5 a agrégé 4 essais randomisés contre placebo, totalisant 149 participants. Son verdict est instructif dans le détail :

  • Effet significatif sur la récupération calorique complète à 1 mois : RR 2,81 (IC95% 1,32–6,00 ; P=0,007).
  • Effet disparu à 12 mois : RR 1,58 (IC95% 0,45–5,62 ; P=0,48).
  • Aucune différence sur la récupération symptomatique : ni sur le vertige à 24 h (RR 0,39 ; IC95% 0,04–3,57 ; P=0,40), ni sur le Dizziness Handicap Inventory à 1, 3, 6 et 12 mois.

Conclusion des auteurs : les preuves sont insuffisantes pour recommander la corticothérapie dans la dysfonction vestibulaire aiguë idiopathique. Autrement dit : un bénéfice biologique transitoire sur un test, sans traduction pour le patient.

La revue systématique avec méta-analyse de Leong et al. 14, portant sur 8 études dont 6 méta-analysées (données 2010–2019), aboutit à la même conclusion sur une base plus récente : aucune différence significative entre corticoïdes et comparateurs (placebo, exercices vestibulaires seuls, ou association) sur la proportion de patients en récupération complète à 1, 6 et 12 mois. Les corticoïdes n'ont qu'un bénéfice court-terme sur la parésie canalaire, sans bénéfice à long terme, ni sur la parésie canalaire, ni sur la récupération symptomatique.

La controverse n'est pas close pour autant. La méta-analyse actualisée de Bogdanova et al. 24, qui rassemble 15 essais et 852 participants, retrouve au contraire des odds ratios favorables aux corticoïdes : OR 3,1 pour un bon résultat en phase aiguë, OR 2,4 pour la restauration de la fonction vestibulaire au suivi. Mais les auteurs pondèrent eux-mêmes leur résultat : la qualité des preuves reste limitée (hétérogénéité des études, risque de biais), et surtout les effets indésirables sont nettement majorés sous corticoïdes, OR 10,9. Des essais randomisés rigoureux restent nécessaires.

Ces essais rigoureux commencent à arriver. L'essai randomisé contrôlé contre placebo en double aveugle de Sjögren et al. 15, mené chez 69 patients sur trois centres suédois, a comparé trois bras : placebo, corticoïdes 3 jours, corticoïdes 10 jours. Résultat : tous les groupes s'améliorent significativement au fil du temps sur la fonction calorique (p=0,002), sans aucune différence entre groupes, différence moyenne −8,34 (IC95% −25,93 à 9,26 ; p=0,347) pour le schéma long, −6,61 (−24,67 à 11,45 ; p=0,467) pour le schéma court. La conclusion est sans ambiguïté : la corticothérapie n'améliore ni la récupération calorique, ni le gain au vHIT, ni le ressenti subjectif dans la vestibulopathie unilatérale aiguë. C'est l'essai le plus récent et méthodologiquement le plus solide depuis 2004.

Corticoïdes dans la névrite vestibulaire : l'état des preuves
ÉtudeDesign / effectifRésultatNiveau
Strupp 2004 (NEJM) ECR double aveugle, factoriel 2×2, 141 patients Méthylprednisolone : +62,4 vs +39,6 pts (placebo) sur la calorique à 12 mois, P<0,001 Fort (mais critère paraclinique)
Fishman 2011 (Cochrane) Méta-analyse, 4 ECR, 149 participants Effet à 1 mois (RR 2,81) mais disparu à 12 mois (RR 1,58, P=0,48) ; aucun effet sur DHI ni vertige Fort : preuves insuffisantes
Leong 2021 Revue systématique + méta-analyse, 8 études (6 méta-analysées) Aucune différence sur la récupération complète à 1, 6 et 12 mois Modéré : preuves insuffisantes
Bogdanova 2022 Méta-analyse, 15 essais, 852 participants OR 3,1 (phase aiguë) et 2,4 (suivi) en faveur, mais qualité limitée et effets indésirables OR 10,9 Faible : hétérogénéité, biais
Sjögren 2025 ECR double aveugle contre placebo, 69 patients, 3 centres, 3 bras Aucun bénéfice : ni calorique, ni vHIT, ni ressenti subjectif Fort : négatif

Vingt ans après l'essai princeps, la corticothérapie de la névrite vestibulaire reste une pratique répandue dont le bénéfice clinique n'est pas démontré, et dont les effets indésirables, eux, le sont.

Antiviraux : la question est tranchée

Ici, au moins, la littérature est simple. L'hypothèse physiopathologique dominante est virale : selon Strupp et Brandt 3, la réactivation d'une infection latente à herpès simplex virus de type 1 (HSV-1) est la cause la plus probable, argument majeur à l'appui, de l'ADN et de l'ARN d'HSV-1 ont été détectés dans les ganglions vestibulaires humains. Le consensus Bárány 1 précise le mécanisme : HSV-1 se réplique, induit une inflammation et un œdème du ganglion vestibulaire, responsables d'un dommage cellulaire secondaire.

Une étiologie virale appelait logiquement un traitement antiviral. Mais l'essai de Strupp et al. 4 a définitivement écarté cette piste : le valaciclovir donne +36,0 ± 26,7 points de pourcentage à 12 mois, un résultat superposable au placebo (+39,6 ± 28,1), effet non significatif (P=0,43). Et l'association méthylprednisolone + valaciclovir n'apporte rien de plus que le corticoïde seul.

Ce résultat négatif a une valeur explicative forte : il suggère que ce qui abîme le nerf n'est pas une réplication virale active persistante qu'un antiviral pourrait juguler, mais la réponse inflammatoire et l'œdème qui en découlent. Le mécanisme lésionnel est mécanique autant qu'inflammatoire, ce que confirme l'anatomie décrite par Goebel et al. 6 : sur 40 rochers étudiés, le canal osseux du nerf vestibulaire supérieur mesure en moyenne 2,30 mm de long contre 0,59 mm pour le canal du nerf singulaire (p<0,001), soit un trajet osseux près de quatre fois plus long, avec un passage relativement plus étroit pour le nerf et son artériole. Ce long défilé osseux rend la division supérieure plus vulnérable à l'engainement (entrapment) et à l'ischémie labyrinthique dès qu'un œdème inflammatoire survient, ce qui explique au passage pourquoi la névrite est le plus souvent une lésion partielle, touchant préférentiellement la seule division supérieure 1.

Suppresseurs vestibulaires : le piège du soulagement

C'est le point le plus directement actionnable pour le kinésithérapeute, et le plus contre-intuitif pour le patient.

Les suppresseurs vestibulaires (antivertigineux, antihistaminiques type dimenhydrinate, benzodiazépines) fonctionnent : ils réduisent le vertige subjectif et le nystagmus. Le problème est précisément là. Comme le formule Sousa et al. 16 dans le Journal of Audiology & Otology : le traitement symptomatique diminue le déséquilibre de tonus vestibulaire, qui est justement le principal moteur de la compensation centrale. En atténuant ce déséquilibre, on supprime le signal d'erreur dont le système nerveux central a besoin pour se recalibrer. Les auteurs sont explicites : cela « a vraisemblablement un impact négatif sur la compensation centrale et les résultats à long terme », et « l'usage prolongé de ces médicaments prolonge, voire empêche, la compensation centrale du déséquilibre de tonus vestibulaire ». D'où la règle admise : toutes les thérapies symptomatiques doivent être réduites rapidement, afin d'éviter d'altérer les mécanismes compensatoires centraux.

S'y ajoute un second effet délétère, souligné par Dyhrfjeld-Johnsen et Attali 20 : l'effet indésirable principal et limitant des antivertigineux, la sédation, est contre-productif pour le fonctionnement normal et pour le processus de récupération naturelle qui passe par la compensation centrale. Un patient sédaté bouge moins, s'expose moins, et alimente moins la recalibration.

La logique de la rééducation est exactement inverse à celle du suppresseur. Sousa et al. 16 le disent en toutes lettres : il s'agit d'utiliser des exercices vestibulaires, en particulier des mouvements de tête, pour augmenter le déséquilibre de tonus vestibulaire, accroître la compensation centrale et permettre un retour adéquat à un état fonctionnel complet. Le kiné cherche à provoquer le signal que le médicament cherche à éteindre.

À retenir, ce que le kiné doit savoir du traitement médical

  • Corticoïdes : bénéfice débattu, ne conditionne pas la rééducation. Strupp 2004 montre un gain sur la calorique à 12 mois (+62,4 vs +39,6 pts, P<0,001), mais Cochrane 5 ne retrouve aucun effet symptomatique (DHI à 1, 3, 6, 12 mois), Leong 2021 aucune différence sur la récupération complète, et l'ECR de Sjögren 2025 aucun bénéfice (calorique, vHIT, ressenti). Bogdanova 2022 reste favorable (OR 3,1 / 2,4) mais avec des preuves de qualité limitée et des effets indésirables OR 10,9. Preuves discordantes
  • Antiviraux : inefficaces, question tranchée. Valaciclovir = placebo (P=0,43), l'association n'apporte rien de plus que le corticoïde seul 4. L'hypothèse HSV-1 3 reste valide, mais c'est l'inflammation et l'œdème, pas une réplication active persistante, qui lèsent le nerf dans son défilé osseux étroit 6. Preuve forte
  • Suppresseurs vestibulaires : phase aiguë la plus courte possible. Ils éteignent le déséquilibre de tonus qui est le moteur même de la compensation centrale 16, et leur sédation est contre-productive pour la récupération naturelle 20. Un patient encore sous antivertigineux au-delà de la phase aiguë est un patient dont la compensation est freinée pharmacologiquement : c'est une information à recueillir au bilan et à faire remonter au prescripteur. Preuve modérée, mécanisme robuste
  • Le traitement dont l'efficacité est la mieux établie, c'est le vôtre. Cochrane 11 conclut à un niveau de preuve modéré à fort en faveur de la rééducation vestibulaire, OR 2,67 sur la fréquence des vertiges (IC95% 1,85–3,86), SMD −0,83 sur le DHI (IC95% −1,02 à −0,64), aucun effet indésirable rapporté. L'APTA 19 recommande fortement (niveau I) d'offrir une rééducation vestibulaire dès la phase aiguë/subaiguë. Preuve forte

La conséquence pratique : mobiliser tôt plutôt que sédater

Le contraste est frappant. D'un côté, une pharmacopée dont le bénéfice est soit nul (antiviraux), soit débattu et grevé d'effets indésirables (corticoïdes), soit franchement contre-productif au-delà de la phase aiguë (suppresseurs). De l'autre, une intervention dont les preuves sont modérées à fortes, sans effet indésirable rapporté 11.

La recommandation de pratique clinique de l'Academy of Neurologic Physical Therapy 19 tranche sans ambiguïté : « Clinicians should offer vestibular physical therapy to individuals with acute or subacute unilateral vestibular hypofunction », recommandation forte, niveau de preuve I. La posologie proposée en phase aiguë/subaiguë est de 3 séances par jour pour un total d'au moins 12 minutes quotidiennes (niveau II, recommandation faible), à distinguer de la phase chronique (3 à 5 fois/jour, au moins 20 min/jour, 4 à 6 semaines). Ce cadrage est parfaitement cohérent avec la limitation des antivertigineux : on mobilise tôt plutôt que de sédater le système.

La démonstration clinique existe d'ailleurs dans le contexte exact qui nous occupe. L'essai randomisé de Tokle et al. 18 a inclus 65 patients avec névrite vestibulaire confirmée par vidéonystagmographie ; tous recevaient les soins standards (prednisolone 10 jours + conseils), 27 d'entre eux bénéficiaient en plus d'une rééducation vestibulaire débutée précocement après le diagnostic. Résultat : réduction significative de la perception du vertige à 3 mois (p=0,007) et à 12 mois (p=0,001), avec à 12 mois une amélioration significative du DHI (p=0,049) et du score d'anxiété-dépression HADS (p=0,039). Autrement dit, sur un fond de corticothérapie standard, c'est l'ajout de la rééducation précoce qui fait la différence sur le vécu du patient.

Enfin, un message d'attente à donner au patient. Même sous corticoïdes, la récupération périphérique reste partielle : dans l'essai de Strupp 4, l'amélioration moyenne de la parésie calorique à 12 mois plafonne à 62,4 ± 16,9 points de pourcentage sous méthylprednisolone. Un déficit canalaire résiduel persiste très souvent à un an. La restitution périphérique n'est pas l'objectif réaliste de la prise en charge : la compensation centrale l'est. Et c'est heureux, puisque le pronostic à distance ne dépend justement pas du déficit vestibulaire résiduel mesuré : selon Arshad et al. 21, la récupération est déterminée par une combinaison de facteurs visuo-vestibulaires (dépendance visuelle), psychologiques (anxiété) et perceptifs, pas par la magnitude de la fonction périphérique restante au calorique ou au vHIT.

Autrement dit : ce que le médicament n'a pas réparé, la compensation peut le compenser, à condition qu'on ne l'ait pas endormie.

🔄 Récupération, pronostic et complications

🔄 Le VPPB secondaire est fréquent, la récidive de névrite est rare

Un patient qui « rechute » quelques mois plus tard fait le plus souvent un VPPB du canal postérieur du côté atteint, pas une nouvelle névrite. À dépister systématiquement en suivi.

VPPB secondaire9,8 %Récidive de la névrite elle-même2,0 %

Cohorte prospective de 51 patients suivis 4 à 6 ans (moyenne 4,9 ans). Le VPPB secondaire touche typiquement le canal postérieur de l'oreille précédemment atteinte, survient plus souvent en cas de récupération initiale incomplète et résiste davantage au traitement que le VPPB idiopathique. Source : Mandalà et al., 2010 (PMID 19883173).

🔮 Ce qui prédit la récupération n'est pas ce qu'on mesure à l'oreille

La sévérité du déficit vestibulaire ne prédit pas le devenir. Ce sont la charge psychologique, la dépendance visuelle et l'équilibre statique qui le font.

Modèle à 6 mois (variables les plus complètes)64,0 %Modèle intermédiaire47,6 %Modèle initial33,0 %

Part de la variabilité des vertiges à 6 mois expliquée par les modèles, cohorte prospective de 103 patients évalués à 3 semaines, 4 et 10 semaines. Le déficit vestibulaire lui-même n'y figure pas. Source : Van Laer et al., 2025 (PMID 39224036).

La névrite vestibulaire est l'un des rares tableaux vestibulaires où le pronostic ne se lit pas dans le bilan instrumental. Le patient qui va bien à un an n'est pas celui dont l'épreuve calorique s'est normalisée, et le patient qui reste handicapé n'est pas celui dont le gain du réflexe vestibulo-oculaire (RVO) est resté le plus bas. Comprendre cette dissociation (entre récupération périphérique, compensation centrale et devenir fonctionnel) est probablement le point le plus structurant de la prise en charge rééducative.

Compensation centrale : le moteur de la récupération

La lésion initiale crée un déséquilibre de tonus vestibulaire entre les deux noyaux. C'est ce déséquilibre, et non son absence, qui pilote la réorganisation centrale. La logique thérapeutique en découle directement : le traitement symptomatique diminue le déséquilibre de tonus vestibulaire, qui agit précisément comme le principal moteur de la compensation centrale, ce qui a vraisemblablement un impact négatif sur la compensation et les résultats à long terme ; l'usage prolongé de ces médicaments prolonge, voire empêche, la compensation centrale 16. À l'inverse, les exercices vestibulaires, en particulier par mouvements de tête, augmentent ce déséquilibre de tonus, renforçant la compensation centrale et un retour adéquat à un état fonctionnel complet 16. L'effet indésirable principal et limitant des suppresseurs vestibulaires, la sédation, est lui aussi contre-productif pour le fonctionnement normal et pour le processus de récupération naturelle qui passe par la compensation centrale 20.

La démonstration expérimentale de cette compensation est ancienne et nette. Dans l'étude princeps de Strupp 17, 19 patients recevant des exercices vestibulaires spécifiques étaient comparés à 20 patients contrôles sans exercices : à J30, le trajet de balancement postural (sway path) était de 3,2 ± 1,9 m/min dans le groupe kinésithérapie contre 16,9 ± 6,1 m/min dans le groupe contrôle (ANOVA, p < 0,001). Le détail capital est ailleurs : la torsion oculaire et la verticale visuelle subjective se normalisaient de façon comparable dans les deux groupes. Autrement dit, la rééducation agit sur la voie vestibulospinale et non sur la récupération de la fonction périphérique elle-même.

La rééducation ne répare pas le nerf : elle recalibre le système central autour du déficit. C'est un objectif différent, et c'est le seul atteignable.

Récupération canalaire : partielle, lente, et faiblement informative

Il faut sortir de l'idée d'une restitution périphérique complète. Dans l'essai randomisé en double aveugle de Strupp 4, l'amélioration moyenne de la fonction vestibulaire périphérique mesurée à l'épreuve calorique à 12 mois était de 39,6 ± 28,1 points de pourcentage sous placebo et de 62,4 ± 16,9 sous méthylprednisolone (effet significatif de la méthylprednisolone P < 0,001 ; valaciclovir non significatif P = 0,43 ; association non supérieure à la corticothérapie seule). Même dans le bras le plus favorable, l'amélioration reste incomplète : un déficit canalaire résiduel persiste très souvent à un an.

Ce constat est cohérent avec l'anatomie de la lésion. Contrairement à une idée répandue, la névrite n'est dans la majorité des cas pas une déafférentation vestibulaire totale : il s'agit le plus souvent d'une lésion partielle, touchant préférentiellement la seule division supérieure du nerf vestibulaire, canaux semi-circulaires horizontal et antérieur, utricule 1. L'explication est mécanique : sur 40 rochers étudiés, le canal osseux du nerf vestibulaire supérieur mesure en moyenne 2,30 mm de long contre 0,59 mm pour le canal du nerf singulaire, avec un passage relativement plus étroit pour le nerf et son artériole, rendant la division supérieure plus vulnérable à l'engainement et à l'ischémie labyrinthique en cas d'œdème inflammatoire 6.

Rappelons les seuils de référence pour objectiver ce déficit résiduel 1 : au vHIT, un déficit significatif correspond à un gain du RVO < 0,70 avec une différence entre les deux côtés > 0,30 (le consensus précise qu'il n'existe pas de gold standard pour calculer les gains) ; à l'épreuve calorique, la parésie canalaire est habituellement définie par une asymétrie > 25 % entre les deux oreilles ou une valeur absolue < 6°/s.

À retenir : la dissociation fondamentale

  • La fonction périphérique récupère mal : +39,6 points sous placebo à 12 mois, +62,4 sous corticoïdes 4. Le déficit résiduel est la règle.
  • Le pronostic ne dépend pas de ce déficit résiduel, mesuré au calorique ou au vHIT : la récupération est déterminée par une combinaison de facteurs visuo-vestibulaires (dépendance visuelle), psychologiques (anxiété) et vestibulo-perceptifs 21.
  • Le levier est la compensation centrale, entretenue par le mouvement de tête et bridée par les suppresseurs vestibulaires 16.
  • Conséquence pratique : normaliser les tests n'est pas l'objectif. Restaurer la fonction, l'exposition et la confiance l'est.

Symptômes résiduels et récupération incomplète

Le patient compensé n'est pas un patient asymptomatique. Le bénéfice de la rééducation est réel mais porte sur des dimensions précises : la revue Cochrane (39 essais randomisés, 2 441 participants) retrouve un effet significatif sur la fréquence des vertiges (OR 2,67 ; IC95 % 1,85–3,86 ; 4 études, 565 participants) et sur les mesures d'activité et de participation type Dizziness Handicap Inventory (SMD −0,83 ; IC95 % −1,02 à −0,64), sans aucun effet indésirable rapporté, avec un niveau de preuve modéré à fort 11.

La précocité de la prise en charge pèse sur ces symptômes résiduels. Dans l'essai randomisé de Tokle 18 portant sur 65 patients atteints de névrite confirmée par vidéonystagmographie (27 dans le groupe rééducation), un programme débuté précocement après le diagnostic, en complément des soins standards (prednisolone 10 jours + conseils), réduisait significativement la perception du vertige à 3 mois (p = 0,007) et à 12 mois (p = 0,001), avec à 12 mois une amélioration significative du DHI (p = 0,049), du score d'anxiété-dépression HADS (p = 0,039) et de la VAS-C (p = 0,012). En revanche, aucune différence n'était retrouvée sur l'équilibre debout ni la vitesse de marche : les gains portent sur le symptôme et le handicap perçu, pas sur les performances motrices brutes.

VPPB secondaire : la complication à dépister systématiquement

C'est le piège le plus fréquent du suivi. Le consensus Bárány note que les patients atteints de vestibulopathie unilatérale aiguë peuvent souffrir d'un VPPB « post-infectieux » secondaire du canal semi-circulaire postérieur, vraisemblablement en raison de l'épargne du nerf vestibulaire inférieur 1 : cohérent avec l'atteinte préférentielle de la division supérieure.

Les chiffres viennent de la cohorte prospective de Mandalà 2, 51 patients suivis 4 à 6 ans (moyenne 4,9 ans) : 5/51 patients (9,8 %) ont développé un VPPB, taux supérieur à celui de la population générale, touchant le canal postérieur de l'oreille précédemment atteinte, plus fréquent en cas de récupération initiale incomplète et plus résistant au traitement que le VPPB idiopathique. À l'inverse, la récidive de la névrite elle-même est rare : 1/51 patients (2,0 %).

La conséquence rééducative est directe : la réapparition de vertiges brefs positionnels chez un patient en cours de rééducation post-névrite doit faire re-tester le Dix-Hallpike et rechercher un VPPB, et non conclure à un échec de la compensation. Le traitement n'est pas le même, et c'est l'exception majeure de la littérature Cochrane : dans le VPPB, les manœuvres physiques de repositionnement sont supérieures aux exercices de rééducation à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49), même si la combinaison des deux est utile pour la récupération fonctionnelle à plus long terme 11.

Deux évolutions à ne pas confondre en suivi post-névrite
CritèreVPPB secondaireCompensation incomplète / PPPD
SymptômeVertige bref, positionnel, déclenché par le changement de positionÉtourdissement, instabilité ou vertige non rotatoire présents la plupart des jours ≥ 3 mois
DéclencheurBascule de la tête (décubitus, redressement)Station debout, mouvement actif ou passif, stimuli visuels mobiles ou complexes
Fréquence9,8 % à 4–6 ans 2VUA = 3e déclencheur de dizziness fonctionnelle secondaire, après VPPB et migraine vestibulaire 1
RéponseManœuvres de repositionnement 11Exposition graduée, lutte contre l'évitement, dépendance visuelle 12

PPPD : la vraie complication au long cours

Le persistent postural-perceptual dizziness (PPPD) associe un ou plusieurs symptômes d'étourdissement, d'instabilité ou de vertige non rotatoire présents la plupart des jours pendant trois mois ou plus, aggravés par la station debout, le mouvement actif ou passif, et l'exposition à des stimuli visuels mobiles ou complexes. Il peut être précipité par des affections perturbant l'équilibre, dont les troubles vestibulaires périphériques. Point de cadrage essentiel : il est classé comme trouble vestibulaire fonctionnel chronique, ni structurel, ni psychiatrique 23. Le consensus Bárány situe la vestibulopathie unilatérale aiguë comme le troisième déclencheur le plus fréquent de dizziness fonctionnelle secondaire, après le VPPB et la migraine vestibulaire 1.

Facteurs pronostiques : chercher ailleurs que dans les tests

La revue systématique de Trinidade 12 est sans ambiguïté : ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte vestibulaire, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle (et non la sévérité du déficit vestibulaire structurel initial ou ultérieur, ni le statut de compensation), qui prédisent le mieux le vertige chronique. Les réponses psychologiques et comportementales et la maladaptation cérébrale sont les prédicteurs les plus probables du PPPD, plutôt que la sévérité des anomalies aux tests vestibulaires.

Preuve solide Cette conclusion converge avec les données longitudinales. Chez 40 patients évalués en phase aiguë (médiane 2 jours) puis 32 en phase de récupération (médiane 10 semaines), une moins bonne récupération (score DHI) était associée à une combinaison de dépendance visuelle accrue, d'activation autonome, d'anxiété/dépression et de peur des sensations corporelles, mais pas aux variables vestibulaires ; la dépendance visuelle et l'activation autonome mesurées en phase aiguë prédisaient l'évolution 13.

Les comorbidités neuro-otologiques pèsent également. Le handicap vertigineux à long terme est significativement prédit par la migraine (r = 0,640 ; p = 0,001), la survenue d'un VPPB (r = 0,626 ; p = 0,001) et la dépendance visuelle mesurée en phase aiguë (r = 0,667 ; p < 0,001) 21 : un argument de plus pour dépister le VPPB secondaire, qui n'est pas seulement une gêne intercurrente mais un frein documenté à la récupération symptomatique.

Suivi : quoi mesurer, quand, avec quels seuils

La cohorte prospective longitudinale de Van Laer 22, 103 participants atteints de vestibulopathie unilatérale aiguë (âge moyen 55,2 ans ; 49 femmes) évalués dans les 3 premières semaines puis à 4 et 10 semaines, fournit le calendrier et les seuils. Une charge psychologique plus élevée, une dépendance visuelle accrue et de moins bonnes performances d'équilibre statique sont associées aux vertiges chroniques, et non la sévérité du déficit vestibulaire. Les modèles expliquaient 33,0 %, 47,6 % et 64,0 % de la variabilité du devenir à 6 mois selon le temps d'évaluation : plus on évalue tard dans ces 10 semaines, plus la prédiction est fiable.

Seuils à 10 semaines pour identifier un patient à risque de chronicisation 22

  • Vestibular Activities Avoidance Instrument : 23/54
  • Visual Vertigo Analog Scale : 33,5/100
  • HADS-Anxiété : 7,5/21

Ces trois cibles (évitement, dépendance visuelle, anxiété), relèvent directement du champ du kinésithérapeute. Elles orientent la rééducation vers l'exposition précoce, la lutte contre l'évitement et la restauration de la confiance, plutôt que vers la seule normalisation des tests 12. Concrètement, la guideline de l'Academy of Neurologic Physical Therapy 19 recommande de proposer une rééducation vestibulaire aux patients en hypofonction vestibulaire unilatérale aiguë ou subaiguë (niveau de preuve I, recommandation forte), avec des exercices de stabilisation du regard 3 fois par jour pour au moins 12 minutes quotidiennes en phase aiguë/subaiguë, et 3 à 5 fois par jour pour au moins 20 minutes quotidiennes pendant 4 à 6 semaines en phase chronique, complétés par des exercices d'équilibre statique et dynamique au minimum 20 minutes par jour pendant au moins 4 à 6 semaines. Preuve modérée à faible sur le dosage

Preuve forte contre Une erreur reste fréquente en pratique : les cliniciens ne doivent pas utiliser de mouvements oculaires saccadiques volontaires ou de poursuite lente isolés, c'est-à-dire sans mouvement de tête, pour améliorer la stabilité du regard 19. L'exercice n'est efficace que s'il sollicite le RVO par un mouvement céphalique, ce qui rejoint exactement le mécanisme décrit par Alves de Sousa 16 : c'est le mouvement de tête qui recrée le déséquilibre de tonus moteur de la compensation.

En synthèse, le suivi utile d'une névrite vestibulaire tient en trois questions : le patient bouge-t-il la tête et s'expose-t-il, ou évite-t-il ? Est-il encore sous suppresseur vestibulaire au-delà de la phase aiguë, auquel cas sa compensation est freinée pharmacologiquement 16 ? Et devant tout vertige bref positionnel nouveau, a-t-on refait un Dix-Hallpike 2 ? Le gain du vHIT, lui, dira où en est le nerf, pas où en sera le patient.

📋 Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Les deux vignettes qui suivent sont entièrement fictives : aucun patient réel n'y est décrit, aucune donnée personnelle n'y figure. Elles ont été construites de toutes pièces à partir des seules données validées présentées plus haut, dans un but pédagogique : rendre visible le raisonnement (tri des drapeaux rouges, examen de chevet, décisions de rééducation), plutôt que réciter une liste de critères. Elles ne remplacent ni un examen médical, ni un avis spécialisé.

Cas 1, « Mme A., 47 ans » : le tableau typique, et le tri qui doit le précéder

Vignette fictive. Mme A. décrit un vertige rotatoire d'installation brutale au réveil, intense, avec vomissements, impossibilité de tenir debout sans appui, aggravation à chaque mouvement de tête. Trente-six heures plus tard, le vertige n'a jamais cédé : il est continu, atténué mais permanent. Pas de baisse d'audition, pas d'acouphène, pas d'otalgie, pas de céphalée inhabituelle. L'âge est cohérent : la survenue habituelle de la névrite vestibulaire se situe entre 30 et 60 ans, avec un plateau entre 40 et 50 ans 1.

Première question, avant toute autre : est-ce périphérique ? Le premier tri n'est pas diagnostique, il est vital. Devant tout syndrome vestibulaire aigu, l'enjeu est d'écarter un AVC vertébro-basilaire avant de retenir une névrite. C'est le rôle de l'examen oculomoteur de chevet en trois temps HINTS : Head-Impulse, Nystagmus, Test-of-Skew 8.

Temps de l'examenCe que trouve Mme A. (vignette)Ce qui aurait imposé une réorientation immédiate
Head impulse test 7 Rotation céphalique rapide vers la droite : saccade de refixation compensatrice bien visible → parésie canalaire droite HIT normal (aucune saccade) : incompatible avec un déficit périphérique en syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus → drapeau rouge central 18
Nystagmus Spontané, horizonto-torsionnel, battant vers la gauche, de direction fixe dans tous les regards, majoré sous lunettes de Frenzel (suppression de la fixation) Nystagmus changeant de direction dans le regard excentré ; ou nystagmus non atténué par la fixation visuelle, qui n'est alors pas un nystagmus périphérique 1
Test of skew Cover-test alterné : pas de rattrapage vertical Skew deviation : présente dans 17 % des cas de la série princeps et associée aux lésions du tronc cérébral 8
Chez 101 patients à haut risque (25 lésions périphériques, 76 centrales dont 69 AVC ischémiques), l'association « HIT horizontal normal, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou skew deviation » était 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC, et plus sensible que l'IRM de diffusion précoce, faussement négative dans 12 % des cas, tous à moins de 48 heures du début des symptômes 8.

Preuve élevée Deux corollaires contre-intuitifs à ancrer. Premier : un head impulse test normal chez un patient vertigineux aigu est un signal d'alarme, pas un signe rassurant. Second : une IRM précoce normale n'élimine pas un AVC de fosse postérieure. Troisième nuance, décisive pour ne pas surinterpréter son propre examen : entre les mains de neurologues, HINTS atteint 96,7 % de sensibilité et 94,8 % de spécificité, mais dans les cohortes mixtes incluant des urgentistes, la sensibilité tombe à 83 % et la spécificité à 44 % 9. Utilisé isolément par un clinicien non spécifiquement entraîné, HINTS ne suffit pas à écarter un AVC. Dans la vignette, le raisonnement du kinésithérapeute n'est donc pas « j'ai éliminé l'AVC » mais « rien ici ne contredit une origine périphérique, et le tri médical a été fait ».

Deuxième question : le tableau coche-t-il les critères ? Les critères de la Bárány Society exigent (A) un vertige aigu ou subaigu, soutenu, modéré à sévère, durant au moins 24 heures ; (B) un nystagmus périphérique spontané de direction fixe majoré par la suppression de la fixation ; (C) une réduction non ambiguë du réflexe vestibulo-oculaire du côté opposé à la phase rapide ; (D) aucun symptôme central, otologique ou audiologique aigu ; (E) aucun signe central ; (F) pas mieux expliqué par autre chose 1. Mme A. les remplit : nystagmus battant à gauche, déficit du RVO à droite. Le vHIT confirme (gain droit < 0,70, différence entre côtés > 0,30) ; en pratique le vHIT différencie la névrite des autres vertiges aigus avec une sensibilité de 87,9 % et une spécificité de 94,3 % 10. Mais le consensus est formel : il n'existe aucun test définitif de la vestibulopathie unilatérale aiguë, le diagnostic repose sur l'anamnèse, l'examen de chevet et, si nécessaire, le bilan instrumental 1.

Notons ce que la durée règle d'emblée : un vertige continu depuis 36 heures avec nystagmus spontané n'est pas un VPPB, dont le vertige est bref, positionnel, sans nystagmus spontané 1. L'atteinte est le plus souvent partielle, touchant préférentiellement la seule division supérieure du nerf vestibulaire, une vulnérabilité qui s'explique mécaniquement : le canal osseux du nerf vestibulaire supérieur mesure en moyenne 2,30 mm contre 0,59 mm pour le canal du nerf singulaire, soit un défilé près de quatre fois plus long et relativement plus étroit pour le nerf et son artériole, propice à l'engainement et à l'ischémie labyrinthique en cas d'œdème inflammatoire 6. L'hypothèse dominante reste la réactivation d'une infection latente à HSV-1, de l'ADN et de l'ARN viraux ayant été détectés dans les ganglions vestibulaires humains 3.

Troisième question : que fait-on, et quand ? Mme A. sort des urgences avec un antivertigineux. Le point de vigilance est là. Preuve modérée Les suppresseurs vestibulaires réduisent le vertige subjectif et le nystagmus, mais en atténuant le déséquilibre de tonus vestibulaire, ils suppriment précisément le moteur principal de la compensation centrale ; leur usage prolongé retarde, voire empêche, cette compensation 16. La sédation, effet indésirable principal et limitant, est elle aussi contre-productive pour le fonctionnement normal et le processus de récupération naturelle 20. Le message au patient est donc explicite : symptomatique aigu et court, puis on bouge.

Progression de la rééducation (vignette, semaines 1 à 6).

  • Semaine 1 (aigu/subaigu). Stabilisation du regard × 1 (cible fixe, mouvements de tête actifs) fractionnée : 3 fois par jour, au moins 12 minutes cumulées 19. Verrou technique majeur : preuve élevée les cliniciens ne doivent pas utiliser de saccades volontaires ou de poursuite lente isolées, c'est-à-dire sans mouvement de tête, pour améliorer la stabilité du regard 19, l'exercice n'est efficace que s'il sollicite le RVO par un mouvement céphalique.
  • Semaines 2-3 : Ajout d'équilibre statique puis dynamique, marche avec rotations de tête, réduction progressive des appuis visuels et podaux. La rationnelle est physiologique : les exercices vestibulaires augmentent le déséquilibre de tonus, accroissent la compensation centrale et permettent le retour à un état fonctionnel complet 16.
  • Semaines 4-6. Contextes écologiques : supermarché, foule, sol irrégulier, tête en mouvement. Dépistage systématique de l'évitement et de la dépendance visuelle (voir cas 2).

Preuve élevée Le socle : la revue Cochrane de 39 essais randomisés et 2 441 participants conclut à un niveau de preuve modéré à fort en faveur d'une rééducation vestibulaire sûre et efficace dans le déficit vestibulaire périphérique unilatéral, effet significatif sur la fréquence des vertiges (OR 2,67 ; IC95 % 1,85–3,86 ; 4 études, 565 participants) et sur le Dizziness Handicap Inventory (SMD −0,83 ; IC95 % −1,02 à −0,64), sans aucun effet indésirable rapporté 11. L'APTA recommande fortement (preuve de niveau I) de proposer la rééducation dès la phase aiguë ou subaiguë 19. Et le démarrage précoce paie : dans un essai randomisé sur 65 patients à névrite confirmée, la rééducation ajoutée aux soins standard réduisait significativement le vertige perçu à 3 mois (p = 0,007) et à 12 mois (p = 0,001), avec amélioration du DHI (p = 0,049) et du HADS (p = 0,039) à un an 18. L'étude princeps avait déjà montré où agit la rééducation : à J30, le sway path était de 3,2 ± 1,9 m/min sous kinésithérapie contre 16,9 ± 6,1 m/min sans exercices (p < 0,001), alors que torsion oculaire et verticale visuelle subjective se normalisaient de façon comparable dans les deux groupes 17. Autrement dit : on rééduque la voie vestibulospinale, on ne répare pas le nerf.

Cas 2, « M. B., 55 ans » : quand les tests s'améliorent et le patient non

Vignette fictive. M. B. a fait une névrite vestibulaire droite typique il y a dix semaines. Le vHIT s'est amélioré. Pourtant il ne conduit plus, évite les rayons du supermarché, décrit un flou et une instabilité permanents aggravés en station debout et dans les environnements visuellement chargés. Il prend encore un antivertigineux « en cas de besoin », presque tous les jours. Son DHI est mauvais.

Ce ne sont ni la sévérité du déficit vestibulaire initial, ni le statut de compensation qui prédisent le mieux le vertige chronique.

Preuve modérée La revue systématique de 13 études sur les prédicteurs du PPPD est explicite : ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte vestibulaire, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle (et non la sévérité du déficit structurel initial ou ultérieur, ni le statut de compensation), qui prédisent le mieux le vertige chronique ; les réponses psychologiques et comportementales et la maladaptation cérébrale en sont les prédicteurs les plus probables 12. Dans une cohorte prospective de 40 patients évalués en phase aiguë (médiane 2 jours) puis 32 à la récupération (médiane 10 semaines), la moins bonne récupération était associée à une combinaison de dépendance visuelle, d'activation autonome, d'anxiété/dépression et de peur des sensations corporelles, mais pas aux variables vestibulaires ; dépendance visuelle et activation autonome mesurées en aigu prédisaient l'évolution 13. Même conclusion à long terme : le pronostic ne dépend pas de la fonction résiduelle mesurée au calorique ou au vHIT, mais des facteurs visuo-vestibulaires, psychologiques et perceptifs 21.

Le bilan que M. B. aurait dû avoir plus tôt. Une cohorte prospective de 103 patients (âge moyen 55,2 ans) évalués dans les 3 premières semaines puis à 4 et 10 semaines propose des seuils utilisables à 10 semaines pour repérer les patients à risque de chronicisation : Vestibular Activities Avoidance Instrument ≥ 23/54, Visual Vertigo Analog Scale ≥ 33,5/100, HADS-Anxiété ≥ 7,5/21 ; les modèles expliquaient jusqu'à 64 % de la variabilité du vertige à 6 mois 22. Évitement, dépendance visuelle, anxiété : trois cibles qui relèvent directement du champ du kinésithérapeute. Le tableau de M. B. correspond au PPPD (étourdissement, instabilité ou vertige non rotatoire présents la plupart des jours pendant 3 mois ou plus, aggravés par la station debout, le mouvement et les stimuli visuels mobiles ou complexes), classé comme trouble vestibulaire fonctionnel chronique, ni structurel ni psychiatrique 23. La vestibulopathie unilatérale aiguë en est le troisième déclencheur le plus fréquent, après le VPPB et la migraine vestibulaire 1.

Le rebondissement à la semaine 14. M. B. rapporte des vertiges brefs, déclenchés par le retournement dans le lit. Réflexe à avoir : ce n'est pas un échec de la compensation, c'est un diagnostic à refaire. Un VPPB « post-infectieux » du canal semi-circulaire postérieur peut survenir secondairement à une névrite 1 ; dans une cohorte de 51 patients suivis 4 à 6 ans (moyenne 4,9 ans), 5 patients (9,8 %) ont développé un VPPB, contre une seule récidive de névrite (2,0 %) : typiquement le canal postérieur de l'oreille précédemment atteinte, plus fréquent en cas de récupération incomplète et plus résistant au traitement que le VPPB idiopathique 2. Or migraine, VPPB et dépendance visuelle aiguë prédisent le handicap vertigineux à long terme (migraine r = 0,640 ; VPPB r = 0,626 ; dépendance visuelle aiguë r = 0,667 ; tous p ≤ 0,001) 21. Un Dix-Hallpike s'impose. Preuve élevée Et si le VPPB est confirmé, on change d'outil : dans ce groupe diagnostique précis, les manœuvres de repositionnement sont supérieures aux exercices à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49) 11. Les exercices traitent la névrite, les manœuvres traitent le VPPB.

Reprise du plan (vignette). Sevrage du suppresseur vestibulaire en accord avec le prescripteur 16 ; manœuvre de repositionnement pour le VPPB ; puis dosage « chronique » selon l'APTA : stabilisation du regard 3 à 5 fois par jour, au moins 20 minutes cumulées, pendant 4 à 6 semaines, et exercices d'équilibre statique et dynamique au minimum 20 minutes par jour pendant au moins 4 à 6 semaines 19 ; exposition graduée aux environnements visuellement riches, lutte explicite contre l'évitement, restauration de la confiance, plutôt que la seule normalisation des tests 12.

Et le débat médicamenteux, dans tout cela ?

Il traverse les deux vignettes sans les décider. L'essai princeps randomisé en double aveugle, factoriel 2×2, chez 141 patients, montrait une amélioration de la fonction vestibulaire périphérique à 12 mois de 62,4 ± 16,9 points de pourcentage sous méthylprednisolone contre 39,6 ± 28,1 sous placebo et 36,0 ± 26,7 sous valaciclovir (méthylprednisolone P < 0,001 ; valaciclovir P = 0,43), l'association n'apportant rien de plus que le corticoïde seul 4, ce qui a durablement écarté les antiviraux. Mais preuve faible / discordante la revue Cochrane de 4 essais (149 participants) retrouve un effet sur la récupération calorique complète à 1 mois (RR 2,81 ; IC95 % 1,32–6,00 ; P = 0,007) qui disparaît à 12 mois (RR 1,58 ; P = 0,48), et aucune différence sur la récupération symptomatique ni sur le DHI à 1, 3, 6 et 12 mois 5 ; la méta-analyse de 8 études de Leong et al. 14 confirme l'absence de différence sur la récupération complète à 1, 6 et 12 mois ; l'essai randomisé contrôlé le plus récent (69 patients, placebo vs corticoïdes 3 jours vs 10 jours) conclut que les corticoïdes n'améliorent ni la récupération calorique, ni le gain au vHIT, ni le ressenti subjectif 15. À l'inverse, la méta-analyse de 15 essais et 852 participants de Bogdanova et al. 24 retrouve des OR favorables (3,1 en phase aiguë ; 2,4 pour la restauration de la fonction au suivi), mais avec des effets indésirables nettement majorés (OR 10,9) et une qualité de preuve limitée. Retenons surtout, pour la vignette : même sous corticoïde, un déficit canalaire résiduel persiste très souvent à un an 4. La restitution périphérique n'est pas l'objectif réaliste ; la compensation centrale l'est.

À retenir de ces deux vignettes fictives

  • Le tri avant le diagnostic. Devant un syndrome vestibulaire aigu, HINTS d'abord : HIT normal, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré ou skew deviation = 100 % de sensibilité et 96 % de spécificité pour l'AVC, mieux que l'IRM précoce (faussement négative dans 12 % des cas < 48 h) 8. Un HIT normal alarme, il ne rassure pas 1.
  • Connaître les limites de son propre examen. Sensibilité 96,7 % chez des neurologues, 83 % (spécificité 44 %) en cohorte mixte : HINTS isolé ne suffit pas à écarter un AVC pour un clinicien non spécifiquement entraîné 9.
  • La durée sépare tout. ≥ 24 h de vertige soutenu avec nystagmus spontané de direction fixe majoré à la suppression de la fixation = névrite ; vertige bref positionnel sans nystagmus spontané = VPPB 1. Tout signe cochléaire ou central fait sortir du cadre et réorienter, pas entrer en rééducation.
  • Bouger tôt, sédater peu. Les suppresseurs vestibulaires effacent le déséquilibre de tonus qui est le moteur de la compensation 1620. La rééducation est recommandée dès la phase aiguë/subaiguë 19, avec bénéfice à 3 et 12 mois 18.
  • Doser précisément, et jamais d'yeux seuls. Aigu/subaigu : ≥ 12 min/jour en 3 prises ; chronique : 3 à 5 fois/jour, ≥ 20 min/jour, 4 à 6 semaines, + équilibre ≥ 20 min/jour. Pas de saccades ni de poursuite lente isolées sans mouvement de tête 19.
  • Le pronostic n'est pas dans le vHIT. Dépendance visuelle, anxiété, activation autonome, évitement prédisent le vertige chronique, pas le déficit résiduel 121321. Dépister tôt, avec des seuils exploitables à 10 semaines (VAAI 23/54 ; VVAS 33,5/100 ; HADS-A 7,5/21) 22.
  • Un vertige positionnel bref qui apparaît en cours de suivi = VPPB secondaire (9,8 % à 4-6 ans), pas un échec de compensation 2, et il relève de manœuvres, pas d'exercices 11.

🧭 Comment appliquer concrètement en pratique ?

La névrite vestibulaire, vestibulopathie unilatérale aiguë (VUA/AUVP) dans la nomenclature de la Bárány Society, est une situation où le kinésithérapeute intervient sur un tableau déjà étiqueté, mais où le raisonnement clinique reste entièrement à sa charge : confirmer que le cadre diagnostique tient, écarter ce qui n'a rien à faire là, doser la rééducation, et surtout dépister tôt les patients qui vont chroniciser. Voici la traduction opérationnelle des données présentées plus haut.

1. L'algorithme : quatre questions dans l'ordre

L'ordre n'est pas négociable. Chaque étape conditionne la suivante.

Question 1 : Est-ce un syndrome vestibulaire aigu, et est-ce central ?
Devant un vertige prolongé avec nausées, instabilité et nystagmus, la première question n'est jamais « quel canal ? » mais « est-ce un AVC vertébro-basilaire ? ». Chez 101 patients à haut risque (76 lésions centrales dont 69 AVC ischémiques, 25 lésions périphériques), l'association « head impulse test horizontal normal, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou skew deviation » était 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC 8. Le point contre-intuitif à intégrer une fois pour toutes : un head impulse test normal chez un patient en syndrome vestibulaire aigu est un drapeau rouge, pas un signe rassurant ; il est incompatible avec un déficit périphérique 1. Et l'imagerie ne rattrape pas l'examen clinique : l'IRM de diffusion initiale était faussement négative dans 12 % des cas, tous réalisés dans les 48 premières heures 8.

Nuance d'usage indispensable : la performance de HINTS dépend de l'opérateur. Une méta-analyse de 5 études prospectives (617 patients) retrouve une sensibilité de 96,7 % (IC95 % 93,1–98,5) et une spécificité de 94,8 % entre les mains de neurologues, mais une sensibilité qui chute à 83 % (IC95 % 63–95) et une spécificité à 44 % dans les cohortes mixtes incluant des urgentistes 9. Utilisé isolément par un clinicien non spécifiquement entraîné, HINTS ne suffit pas à écarter un AVC. Pour le kinésithérapeute, HINTS n'est donc pas un outil pour dédouaner un patient : c'est un outil pour alerter et réadresser.

Question 2 : Le cadre Bárány est-il rempli ?
Six critères 1 : (A) vertige rotatoire ou non rotatoire, aigu ou subaigu, soutenu, d'intensité modérée à sévère, durant au moins 24 heures ; (B) nystagmus vestibulaire périphérique spontané, de direction fixe, majoré par la suppression de la fixation visuelle, de trajectoire généralement horizonto-rotatoire ; (C) preuve non ambiguë de réduction du RVO du côté opposé à la phase rapide ; (D) absence de symptômes centraux, otologiques ou audiologiques aigus ; (E) absence de signes centraux, pas de skew deviation, pas de nystagmus provoqué par le regard excentré ; (F) tableau non mieux expliqué par une autre pathologie. C'est un diagnostic d'exclusion.

Question 3 : Quel est le côté et quel est le déficit ?
Le head impulse test de chevet 7 reste l'outil princeps, exploitable sans matériel : une rotation céphalique horizontale rapide vers le côté lésé déclenche une grande saccade, ou plusieurs petites, de refixation compensatrice de sens opposé. Le signe a été validé par bobines magnétiques chez 12 patients neurectomisés unilatéralement. Si un vHIT est disponible, le consensus le recommande fortement pour sa valeur diagnostique : gain du RVO < 0,70 avec différence entre les deux côtés > 0,30 1 ; sensibilité 87,9 %, spécificité 94,3 % pour distinguer la névrite des autres vertiges aigus et des sujets normaux 10. À l'épreuve calorique, la parésie canalaire est habituellement définie par une asymétrie > 25 % ou une valeur absolue < 6°/s 1. Rappel de méthode : il n'existe aucun test définitif de la VUA, anamnèse, examen de chevet, puis bilan instrumental si nécessaire 1.

Question 4 : Quel est le risque de chronicisation ?
C'est la question que l'on oublie, et c'est celle qui décide du devenir à un an. Voir plus bas.

2. Le bilan qui compte : sortir des tests canalaires

Le message le plus utile de la littérature récente est déstabilisant : le pronostic ne se lit pas dans les tests vestibulaires. La revue systématique de 13 études sur les prédicteurs du PPPD montre que ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte vestibulaire, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle (et non la sévérité du déficit vestibulaire structurel initial ou ultérieur, ni le statut de compensation), qui prédisent le mieux le vertige chronique 12. Même conclusion en cohorte prospective : chez 40 patients évalués en phase aiguë (médiane 2 jours) puis 32 en récupération (médiane 10 semaines), une moins bonne récupération était associée à une combinaison de dépendance visuelle accrue, d'activation autonome, d'anxiété/dépression et de peur des sensations corporelles, mais pas aux variables vestibulaires ; la dépendance visuelle et l'activation autonome mesurées à la phase aiguë prédisaient l'évolution 13. Après névrite, la récupération est déterminée par une combinaison de facteurs visuo-vestibulaires, psychologiques et perceptifs, pas par la fonction résiduelle au calorique ou au vHIT 21.

Chez 103 patients suivis prospectivement, les modèles combinant charge psychologique, dépendance visuelle et équilibre statique expliquaient jusqu'à 64 % de la variabilité du vertige à 6 mois 22.

Cette étude fournit des seuils directement utilisables à la 10e semaine pour identifier les patients à risque : Vestibular Activities Avoidance Instrument 23/54 ; Visual Vertigo Analog Scale 33,5/100 ; HADS-Anxiété 7,5/21 22. Ces trois cibles (évitement, dépendance visuelle, anxiété), relèvent pleinement du champ du kinésithérapeute. À intégrer aussi : la migraine et la survenue d'un VPPB interfèrent avec la récupération symptomatique, et prédisent le Dizziness Handicap Inventory à long terme (migraine r = 0,640, p = 0,001 ; VPPB r = 0,626, p = 0,001 ; dépendance visuelle aiguë r = 0,667, p < 0,001) 21.

3. Le traitement : mobiliser tôt, doser juste

La rééducation vestibulaire est le traitement dont l'efficacité est la mieux établie : la revue Cochrane (39 essais randomisés, 2 441 participants) conclut à un niveau de preuve modéré à fort en faveur d'une prise en charge sûre et efficace de la dysfonction vestibulaire périphérique unilatérale, avec un effet significatif sur la fréquence des vertiges (OR 2,67 ; IC95 % 1,85–3,86 ; 4 études, 565 participants) et sur les mesures d'activité/participation type DHI (SMD −0,83 ; IC95 % −1,02 à −0,64), sans aucun effet indésirable rapporté 11. La recommandation de l'Academy of Neurologic Physical Therapy est explicite et forte, niveau de preuve I : proposer une kinésithérapie vestibulaire aux personnes présentant une hypofonction vestibulaire unilatérale aiguë ou subaiguë 19.

Le bénéfice est démontré dès la phase précoce. Dans un essai randomisé de 65 patients avec névrite confirmée par vidéonystagmographie, une rééducation débutée précocement en complément des soins standards réduisait significativement la perception du vertige à 3 mois (p = 0,007) et à 12 mois (p = 0,001), avec à 12 mois une amélioration du DHI (p = 0,049) et du score HADS (p = 0,039) 18. L'étude princeps de Strupp 17 avait déjà montré l'effet sur la voie vestibulospinale : à J30, le sway path était de 3,2 ± 1,9 m/min sous kinésithérapie (19 patients) contre 16,9 ± 6,1 m/min sans exercices (20 patients ; ANOVA p < 0,001), en revanche, torsion oculaire et verticale visuelle subjective se normalisaient de façon comparable dans les deux groupes. Autrement dit : la rééducation agit sur la compensation centrale, pas sur la réparation du périphérique.

Posologie recommandée 19
PhaseStabilisation du regardÉquilibre
Aiguë / subaiguë 3 ×/jour, total ≥ 12 min/jour (preuve modérée à faible)
Chronique (hypofonction unilatérale) 3 à 5 ×/jour, total ≥ 20 min/jour pendant 4 à 6 semaines Statique et dynamique, ≥ 20 min/jour pendant au moins 4 à 6 semaines

Contre-indication technique à connaître (preuve forte) : les cliniciens ne doivent pas utiliser de mouvements oculaires saccadiques volontaires ou de poursuite lente isolés, c'est-à-dire sans mouvement de tête, pour améliorer la stabilité du regard 19. L'exercice n'est efficace que s'il sollicite le RVO par un mouvement céphalique.

4. Messages-clés à délivrer au patient

  • « Ce n'est pas un AVC, et on l'a vérifié. » Poser explicitement le cadre : le patient qui reste dans l'incertitude diagnostique alimente exactement l'anxiété et l'hypervigilance corporelle qui prédisent la chronicisation 12.
  • « Les tests ne diront pas comment ça va finir. » Un déficit canalaire résiduel persiste très souvent à un an : même sous méthylprednisolone, l'amélioration moyenne de la fonction périphérique à 12 mois n'était que de 62,4 ± 16,9 points de pourcentage (39,6 ± 28,1 sous placebo) 4. L'objectif réaliste n'est pas la restitution périphérique, c'est la compensation centrale.
  • « Le vertige provoqué par le mouvement est le traitement, pas le symptôme à fuir. » Les exercices vestibulaires, en particulier par mouvements de tête, augmentent le déséquilibre de tonus vestibulaire, ce qui accroît la compensation centrale et le retour à un état fonctionnel complet 16.
  • « Les antivertigineux, le moins longtemps possible. » Toutes les thérapies symptomatiques doivent être réduites rapidement pour ne pas altérer les mécanismes compensatoires centraux : elles diminuent le déséquilibre de tonus qui est précisément le moteur principal de la compensation, avec un impact négatif probable sur le devenir à long terme ; leur usage prolongé retarde voire empêche la compensation 16. Leur effet indésirable principal et limitant, la sédation, est contre-productif pour le fonctionnement normal et le processus de récupération naturelle 20.
  • « Éviter les situations visuellement chargées vous coûtera plus que ça ne vous soulagera. » Évitement, dépendance visuelle et anxiété sont les cibles pronostiques 22.

5. Les erreurs fréquentes

ErreurCe que dit la donnée
Se rassurer devant un head impulse test normal C'est un signe d'alerte central : HINTS 100 % sensible / 96 % spécifique pour l'AVC 8 ; « un HIT normal en syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus n'est pas compatible avec un déficit périphérique » 1
Confondre névrite et VPPB Névrite = vertige soutenu ≥ 24 h, nystagmus spontané de direction fixe majoré par la suppression de la fixation. VPPB = vertige bref, positionnel, sans nystagmus spontané 1
Traiter une névrite par manœuvres, ou un VPPB par exercices Dans le VPPB, les manœuvres de repositionnement sont supérieures aux exercices à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49) ; les exercices s'adressent à l'hypofonction unilatérale 11
Prescrire des saccades ou de la poursuite isolées Recommandation forte contre : pas de mouvements oculaires sans mouvement de tête 19
Attendre la normalisation des tests pour valider la sortie Ni la sévérité du déficit ni le statut de compensation ne prédisent le vertige chronique 1221
Interpréter un vertige positionnel bref post-névrite comme un échec de compensation C'est un VPPB secondaire : 5/51 patients (9,8 %) sur 4 à 6 ans de suivi, canal postérieur de l'oreille atteinte, plus fréquent en cas de récupération incomplète et plus résistant que le VPPB idiopathique 2. Re-tester Dix-Hallpike
Croire à une déafférentation totale La VUA est le plus souvent une lésion partielle, touchant préférentiellement la seule division supérieure du nerf vestibulaire 1, explication mécanique : canal osseux de 2,30 mm contre 0,59 mm pour le nerf singulaire, passage relativement plus étroit, d'où engainement et ischémie 6

Sur la corticothérapie, le kinésithérapeute doit savoir que le débat n'est pas tranché et que cela ne change pas sa conduite. L'essai princeps montrait un bénéfice de la méthylprednisolone à 12 mois (P < 0,001), sans effet du valaciclovir (P = 0,43) 4. Mais la Cochrane (4 essais, 149 participants) conclut à des preuves insuffisantes : effet sur la récupération calorique complète à 1 mois (RR 2,81 ; IC95 % 1,32–6,00 ; P = 0,007) mais plus à 12 mois (RR 1,58 ; P = 0,48), et aucune différence sur le DHI à 1, 3, 6 et 12 mois 5. Leong 14 confirme l'absence de différence sur la récupération complète à 1, 6 et 12 mois. Bogdanova 24 retrouve à l'inverse des OR favorables (3,1 en phase aiguë ; 2,4 au suivi) mais avec des effets indésirables nettement majorés (OR 10,9). Enfin, l'essai le plus récent (69 patients, placebo vs 3 jours vs 10 jours) ne retrouve aucun bénéfice : tous les groupes s'améliorent (p = 0,002) sans différence entre eux 15.

6. Quand réadresser, sans délai

  • Head impulse test normal, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou skew deviation → urgence, suspicion d'AVC 8. Une IRM précoce normale n'élimine pas le diagnostic : 12 % de faux négatifs, tous < 48 h 8.
  • Tout signe cochléaire ou otologique, surdité, acouphènes, otalgie : le critère D exclut la VUA 1 → ORL.
  • Tout signe oculomoteur ou vestibulaire central (critère E) → neurologie.
  • Vertige bref et positionnel apparu en cours de rééducation → dépister un VPPB secondaire du canal postérieur, traiter par manœuvre 21.
  • Symptômes ≥ 3 mois, présents la plupart des jours, aggravés par la station debout, le mouvement actif ou passif et les stimuli visuels mobiles ou complexes → évoquer un PPPD, trouble vestibulaire fonctionnel chronique, ni structurel, ni psychiatrique 23. La VUA en est le 3e déclencheur le plus fréquent, après le VPPB et la migraine vestibulaire 1.
  • Patient encore sous antivertigineux au-delà de la phase aiguë → échanger avec le prescripteur : sa compensation est freinée pharmacologiquement 16.

À retenir

  • Écarter l'AVC avant tout : HINTS est 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC chez 101 patients à haut risque, plus sensible que l'IRM précoce (12 % de faux négatifs < 48 h), mais sa performance s'effondre hors mains entraînées (sensibilité 83 %, spécificité 44 % en cohorte mixte). Un HIT normal alerte, il ne rassure pas 891.
  • Le cadre Bárány est un diagnostic d'exclusion : vertige soutenu ≥ 24 h, nystagmus spontané de direction fixe majoré par la suppression de la fixation, RVO réduit du côté opposé à la phase rapide, aucun signe central ni cochléaire. Aucun test n'est définitif 1.
  • Rééduquer, tôt : preuve modérée à forte, OR 2,67 sur la fréquence des vertiges, aucun effet indésirable rapporté 11 ; recommandation forte, niveau I, dès la phase aiguë 19 ; bénéfice maintenu à 12 mois quand elle est débutée précocement 18.
  • Doser : aigu/subaigu 3 ×/j, ≥ 12 min/j ; chronique 3 à 5 ×/j, ≥ 20 min/j pendant 4 à 6 semaines, plus 20 min/j d'équilibre. Jamais de saccades ou poursuite isolées sans mouvement de tête 19.
  • Ne pas sédater le système : les suppresseurs vestibulaires suppriment le déséquilibre de tonus qui est le moteur de la compensation centrale ; les réduire vite 1620.
  • Le pronostic n'est pas dans les tests : dépendance visuelle, anxiété, activation autonome, évitement et hypervigilance corporelle prédisent le vertige chronique, pas la sévérité du déficit 121321. Seuils à 10 semaines : VAAI 23/54, VVAS 33,5/100, HADS-A 7,5/21 22.
  • Anticiper deux complications : VPPB secondaire du canal postérieur (9,8 % à 4–6 ans, à traiter par manœuvre) et PPPD 223. La récidive de névrite, elle, est rare (2,0 %).
Bibliographie

Chaque référence vérifiée individuellement sur PubMed (PMID cliquable). 24 sources. Cliquez un appel de note en exposant dans le texte : la bibliographie s'ouvre et surligne la source.

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❓ Questions fréquentes

Comment distinguer une névrite vestibulaire d'un VPPB ?

C'est la durée et le caractère spontané qui tranchent. Les critères de la Bárány Society définissent la névrite vestibulaire (vestibulopathie unilatérale aiguë) par un vertige rotatoire ou non rotatoire, aigu ou subaigu, soutenu, d'intensité modérée à sévère, dont les symptômes durent au moins 24 heures, associé à un nystagmus spontané périphérique de direction fixe majoré par la suppression de la fixation visuelle, généralement horizonto-torsionnel, et à une réduction non ambiguë du réflexe vestibulo-oculaire du côté opposé à la phase rapide 1. Le VPPB, à l'inverse, se manifeste par un vertige bref, positionnel, déclenché par les changements de position, sans nystagmus spontané. Cette distinction commande le traitement : dans le VPPB, ce sont les manœuvres physiques de repositionnement qui sont supérieures aux exercices à court terme (OR 0,19 ; IC95 % 0,07–0,49), alors que la rééducation par exercices s'adresse à l'hypofonction vestibulaire unilatérale 11.

Pourquoi un head impulse test normal chez un patient vertigineux aigu est-il inquiétant ?

Parce qu'il oriente vers une cause centrale, pas périphérique. Le consensus Bárány est explicite : un head impulse test normal dans un syndrome vestibulaire aigu avec nystagmus n'est pas compatible avec un déficit périphérique 1. L'étude princeps a montré, chez 101 patients à haut risque (76 lésions centrales dont 69 AVC ischémiques, 25 lésions périphériques), que l'association « head impulse test horizontal normal, nystagmus changeant de direction dans le regard excentré, ou skew deviation » était 100 % sensible et 96 % spécifique pour l'AVC ; la skew deviation était présente dans 17 % des cas et associée à des lésions du tronc cérébral 8. Autrement dit, l'absence de saccade de refixation chez un patient en vertige aigu prolongé est un drapeau rouge, et non un signe rassurant.

Une IRM normale suffit-elle à écarter un AVC devant un vertige aigu ?

Non. Dans l'étude de référence, l'IRM de diffusion initiale était faussement négative dans 12 % des cas, tous survenus à moins de 48 heures du début des symptômes : l'examen oculomoteur de chevet en 3 temps s'est avéré plus sensible pour l'AVC que l'IRM précoce dans le syndrome vestibulaire aigu 8. Une IRM précoce normale n'élimine donc pas un AVC de fosse postérieure. Attention toutefois : la performance de HINTS dépend fortement de l'opérateur. Une méta-analyse de 5 études prospectives (617 patients) retrouve une sensibilité de 96,7 % (IC95 % 93,1–98,5) et une spécificité de 94,8 % (IC95 % 91–97,1) entre les mains de neurologues, mais une sensibilité chutant à 83 % (IC95 % 63–95) et une spécificité à 44 % (IC95 % 36–51) dans les cohortes mixtes incluant des urgentistes : utilisé isolément par un clinicien non spécifiquement entraîné, HINTS ne suffit pas à écarter un AVC 9.

Les corticoïdes sont-ils utiles dans la névrite vestibulaire ?

Le débat n'est pas tranché, et il ne conditionne pas la rééducation. L'essai princeps randomisé en double aveugle, en plan factoriel 2×2 chez 141 patients, montrait à 12 mois une amélioration de la fonction vestibulaire périphérique de 62,4 ± 16,9 points de pourcentage sous méthylprednisolone contre 39,6 ± 28,1 sous placebo (effet significatif, P<0,001), le valaciclovir étant sans bénéfice (36,0 ± 26,7 points ; P=0,43) et l'association n'étant pas supérieure à la corticothérapie seule 4. Mais la revue Cochrane (4 essais, 149 participants) ne retrouve un effet significatif que sur la récupération calorique complète à 1 mois (RR 2,81 ; IC95 % 1,32–6,00 ; P=0,007), effet qui disparaît à 12 mois (RR 1,58 ; IC95 % 0,45–5,62 ; P=0,48), sans aucune différence sur la récupération symptomatique ni sur le Dizziness Handicap Inventory à 1, 3, 6 et 12 mois 5. La revue systématique de Leong et al. (8 études) confirme l'absence de différence sur la récupération complète à 1, 6 et 12 mois 14, et l'essai randomisé contre placebo le plus récent (69 patients, trois centres suédois) conclut que la corticothérapie n'améliore ni la récupération calorique, ni le gain au vHIT, ni le ressenti subjectif 15. À l'inverse, une méta-analyse actualisée de 15 essais et 852 participants retrouve des odds ratios favorables (3,1 en phase aiguë, 2,4 pour la restauration de la fonction au suivi), mais avec des effets indésirables nettement majorés (OR 10,9) et une qualité de preuves limitée 24.

Quelle est la posologie recommandée des exercices de stabilisation du regard ?

La recommandation de pratique clinique de l'Academy of Neurologic Physical Therapy (APTA) place la kinésithérapie vestibulaire en première intention dès la phase aiguë, avec une recommandation forte de niveau I : proposer la rééducation vestibulaire aux personnes présentant une hypofonction vestibulaire unilatérale aiguë ou subaiguë. La posologie est de 3 fois par jour pour un total d'au moins 12 minutes quotidiennes en phase aiguë/subaiguë, et de 3 à 5 fois par jour pour un total d'au moins 20 minutes quotidiennes pendant 4 à 6 semaines en phase chronique, avec des exercices d'équilibre statique et dynamique au minimum 20 minutes par jour pendant au moins 4 à 6 semaines 19. Point capital, avec un niveau de preuve fort contre : les cliniciens ne doivent pas utiliser de mouvements oculaires saccadiques ou de poursuite lente isolés, c'est-à-dire sans mouvement de tête associé, pour améliorer la stabilité du regard 19. Corollaire pharmacologique : les suppresseurs vestibulaires doivent être réduits rapidement, car ils diminuent le déséquilibre de tonus vestibulaire qui constitue précisément le principal moteur de la compensation centrale, ce qui a un impact négatif sur la compensation et le devenir à long terme 16.

Qu'est-ce qui prédit la chronicisation des vertiges après une névrite ?

Pas le déficit vestibulaire résiduel. La revue systématique de 13 études montre que ce sont l'anxiété consécutive à l'atteinte vestibulaire, les traits de personnalité dépendante, l'activation autonome, l'hypervigilance corporelle et la dépendance visuelle, et non la sévérité du déficit vestibulaire structurel initial ou ultérieur ni le statut de compensation, qui prédisent le mieux le vertige chronique ; les réponses psychologiques et comportementales et la maladaptation cérébrale sont les prédicteurs les plus probables du PPPD, plutôt que la sévérité des anomalies aux tests vestibulaires 12. Une cohorte prospective de 40 patients évalués en phase aiguë (médiane 2 jours) puis 32 en phase de récupération (médiane 10 semaines) confirme que la dépendance visuelle et l'activation autonome mesurées en phase aiguë prédisent l'évolution, une moins bonne récupération étant associée à la dépendance visuelle, l'activation autonome, l'anxiété/dépression et la peur des sensations corporelles, mais pas aux variables vestibulaires 13. Une cohorte de 103 participants a établi des seuils de dépistage à 10 semaines : Vestibular Activities Avoidance Instrument 23/54, Visual Vertigo Analog Scale 33,5/100, HADS-Anxiété 7,5/21 22. Enfin, migraine et VPPB interfèrent avec la récupération symptomatique (long terme : migraine r = 0,640, p = 0,001 ; VPPB r = 0,626, p = 0,001) 21.

Derrière cet article

Un auteur qui vulgarise, un relecteur qui vérifie.

Comment nous écrivons et vérifions nos contenus

Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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