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Kinésithérapie · Vestibulaire

Le vertige d'origine cervicale (vertige cervicogénique) MAJ 2026

En bref

Le vertige cervicogénique (VCG) est un diagnostic d'exclusion défini, selon la position de la Bárány Society 2022, comme un déséquilibre, une instabilité ou un étourdissement associé aux mouvements ou positions du cou, en l'absence d'autre cause identifiable. Ces symptômes vestibulaires non spécifiques sont corrélés dans le temps à une douleur ou raideur cervicale, après élimination du VPPB, de la migraine vestibulaire et de l'insuffisance vertébro-basilaire ; le whiplash est le facteur de risque majeur. La prise en charge de première intention associe thérapie manuelle, exercices proprioceptifs, oculomoteurs et de renforcement des fléchisseurs profonds du cou, plus éducation. Environ 43 % des cervicalgies chroniques s'accompagnent de vertiges.

Synthèse clinique fondée sur la position officielle de la Bárány Society 2022, les méta-analyses De Vestel 2022 et Carrasco-Uribarren 2025, la critique Howard 2022 sur le CFRT et les données empiriques 2023 sur la JPSE (AlDahas).

Diagnostic d'exclusion Thérapie manuelle Whiplash / WAD Evidence-based
43%
Cervicalgies chroniques avec vertige
Knapstad 2023 · cohorte n = 133
−23pts
VAS vertige après thérapie manuelle
De Vestel 2022 · 13 RCT, n = 898
70%
WAD chroniques avec vertige
Treleaven 2017 · JOSPT

Synthèse clinique

  • Le vertige cervicogénique (VCG) est un diagnostic d'exclusion selon la position officielle de la Bárány Society 2022, reposant sur la corrélation temporelle entre douleur cervicale et symptômes vestibulaires, après élimination du VPPB, de la migraine vestibulaire et de l'IVB.
  • La migraine vestibulaire est la cause la plus fréquente de l'association cervicalgie + vertige : elle doit être exclue en priorité selon les critères Lempert 2022.
  • La physiopathologie repose sur un conflit sensoriel entre afférences proprioceptives cervicales altérées, système vestibulaire et système visuel.
  • Le traumatisme cervical (whiplash) est le facteur de risque majeur : jusqu'à 70 % des WAD chroniques rapportent du vertige (Treleaven 2017) ; 40-43 % des cervicalgies chroniques s'accompagnent de vertiges (Knapstad 2023, Vural 2021).
  • Les tests cliniques clés (CFRT, JPSE, SPNT) ont une utilité d'orientation, mais leurs propriétés diagnostiques sont probablement surestimées selon la revue critique Howard 2022.
  • La thérapie manuelle seule réduit significativement le DHI (−10 pts) et la VAS vertige (−23 pts) avec un niveau de preuve modéré selon GRADE (De Vestel 2022, 13 RCT, n = 898).
  • La combinaison thérapie manuelle + exercices est plus efficace mais avec une qualité de preuve devenant très basse selon GRADE.
  • L'exercice cible la proprioception cervicale, le contrôle sensori-moteur, la stabilité du regard (VOR) et le renforcement des fléchisseurs profonds du cou.
  • La prévention des récidives repose sur l'auto-gestion (programme à domicile + éducation thérapeutique). Reid 2015 démontre des effets maintenus à 12 mois.
  • L'anxiété et la catastrophisation sont des freins documentés à la guérison : 30-47 % des patients vestibulaires présentent une anxiété (Kim 2024, n = 764 403).
  • Le PPPD (ICD-11 AB32.0) peut se développer secondairement chez 15-20 % des patients après tout épisode vestibulaire : son dépistage est essentiel.
  • Le retour au sport doit être progressif et guidé par critères (DHI < 30, NDI < 10/50, JPSE < 3°), particulièrement pour les sports de contact (Marshall 2015, Cheever 2021).
  • Les drapeaux rouges (5D-3N, déficit neurologique focal) imposent une orientation médicale urgente ; les drapeaux jaunes (anxiété, kinésiophobie) orientent vers une collaboration psychologique.
  • Les PROMs standardisés (DHI, NDI, NRS) sont indispensables pour mesurer l'efficacité ; MCID DHI = 18 points (Jacobson 1990), MCID NDI = 7,5/50 (Carreon 2010).

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux à connaître sur le vertige d'origine cervicale (vertige cervicogénique) ?
    1. Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le corps et comment le vertige cervicogénique évolue-t-il naturellement ?
  2. Comment évaluer et diagnostiquer le vertige cervicogénique avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?
    3. Faut-il classifier les patients souffrant de vertige cervicogénique et pour quels bénéfices ?
  3. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
    2. Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
    3. Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
    4. Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?
  4. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
    1. Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
    2. Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?
  5. Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le vertige cervicogénique ?
    1. Cas typique : femme de 38 ans (Minguez-Zuazo 2016)
    2. Le défi diagnostique : quand le VCG imite la maladie de Ménière (Chu 2021)
    3. Étude d'un cas complexe : post-commotion (Teare-Ketter 2021)
  6. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

Quels sont les fondamentaux à connaître sur le vertige d'origine cervicale (vertige cervicogénique) ?

Dans ce chapitre : définition contemporaine du VCG selon la Bárány Society 2022, épidémiologie consolidée (Knapstad 2023, Vural 2021, Treleaven 2017), facteurs de risque (whiplash, dégénératif, fonctionnel), physiopathologie du conflit sensoriel cervico-vestibulaire et trajectoire naturelle sous prise en charge.
Le vertige d'origine cervicale, ou vertige cervicogénique (VCG), est une entité clinique dont le statut nosologique est activement débattu. La position officielle de la Bárány Society 2022 clarifie le cadre : il s'agit d'un symptôme non spécifique (et non d'une pathologie en soi) défini comme un déséquilibre, une instabilité ou un étourdissement directement associé aux mouvements ou positions du cou, en l'absence d'autre cause identifiable.¹ 🧐

Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?

La définition opérationnelle retenue par la majorité des auteurs repose sur trois critères convergents.¹٬²٬³ Premièrement, des symptômes vestibulaires non spécifiques (instabilité, « tête qui flotte », déséquilibre) plutôt qu'un vrai vertige rotatoire. Deuxièmement, une corrélation temporelle claire avec une douleur ou une raideur cervicale. Troisièmement, l'exclusion documentée des autres causes (VPPB, migraine vestibulaire, neuronite, Ménière, IVB). L'épidémiologie vérifiée 2021-2023 confirme une forte prévalence du vertige chez les patients cervicalgiques chroniques. La cohorte norvégienne Knapstad 2023 (n = 133) rapporte 43 % de vertiges concomitants chez les patients ayant une cervicalgie persistante.⁴ La cohorte turque multicentrique Vural 2021 (n = 2 361) retrouve une prévalence de 40,1 %.⁵ Chez les patients atteints de whiplash-associated disorders (WAD), jusqu'à 70 % rapportent du vertige en phase chronique selon Treleaven 2017.⁶ En soins ORL spécialisés, le VCG ne représente cependant que 5-6 % des consultations pour vertige (perspective Frontiers Neurol 2025).⁷
43 %Cervicalgies chroniques avec vertige
70 %WAD chroniques avec vertige
5-6 %Consultations ORL vertige = VCG
22 %Sensibilité des « 5D » dans l'IVB

📊 Distribution des causes de vertige chronique en clinique spécialisée

VPPB et migraine vestibulaire dominent ; le VCG reste minoritaire (5-6 %)

Distribution des causes de vertige chronique Vertige chronique (%) VPPB : 38 % (von Brevern 2007) Migraine vestibulaire : 21 % (Paz-Tamayo 2020) PPPD : 10 % (Staab 2017) Ménière, périphériques : 6 % VCG : 5-6 % (Frontiers 2025) Autres / inexpliqué : 20 %

Sources : von Brevern 2007 [PMID 17135456] · Paz-Tamayo 2020 [PMID 33110417] · Staab 2017 [PMID 29036855]. Les proportions varient selon le setting (1re ligne vs centres spécialisés).

Les facteurs de risque sont multiples et interagissent 🧐 :
  • Traumatisme cervical de type whiplash : le plus établi. La méta-analyse Treleaven 2017 confirme une prévalence persistante du vertige en phase chronique (jusqu'à 70 %) avec déficits proprioceptifs marqués, troubles oculomoteurs et altération du contrôle sensori-moteur.⁶
  • Cervicarthrose et pathologies dégénératives du rachis cervical supérieur, particulièrement les segments C1-C3 (Devaraja 2018, revue dans Eur Arch Otorhinolaryngol).⁸
  • Tensions musculaires chroniques sous-occipitales et trigger points masticateurs / sous-occipitaux (Sung 2020).⁹
  • Postures prolongées (travail sur écran, position de la tête en avant) : le RCT Moustafa 2017 démontre qu'un programme de correction posturale de 8 semaines réduit significativement les vertiges et la sensibilité kinesthésique cervico-céphalique à 1 an de suivi.¹⁰
Le VCG n'est pas une étiquette diagnostique simple à apposer : c'est un raisonnement clinique qui ne se valide qu'après avoir systématiquement écarté les causes vestibulaires plus fréquentes, et après confirmation par la réponse au traitement. La Bárány Society 2022 est explicite sur ce point.

Que se passe-t-il dans le corps et comment le vertige cervicogénique évolue-t-il naturellement ?

Le mécanisme principal accepté est un conflit sensoriel. 🧠 Le rachis cervical supérieur (C0-C3) est densément innervé par des mécanorécepteurs (fuseaux neuromusculaires, organes tendineux de Golgi, récepteurs articulaires) dont les afférences convergent vers les noyaux vestibulaires et le cervelet.⁷ Une dysfonction (post-traumatique, inflammatoire ou dégénérative) génère des signaux proprioceptifs incohérents avec ceux du système vestibulaire et visuel, produisant une sensation d'instabilité.¹¹٬¹² Une théorie alternative implique une compression vasculaire de l'artère vertébrale lors des rotations extrêmes (insuffisance vertébro-basilaire). La revue systématique 2025 de la VBI athéroscléreuse confirme que le vertige est le symptôme le plus fréquent (27,7 %), mais que les classiques « 5D » de Coman (Dizziness, Diplopia, Dysarthria, Dysphagia, Drop attacks) ne couvrent que 22 % des features rapportées : leur valeur prédictive isolée est limitée.¹³ L'évolution naturelle est variable. Sans intervention, les symptômes peuvent devenir chroniques et fluctuants, avec des périodes de rémission et d'exacerbation déclenchées par les mouvements du cou ou les postures maintenues. Avec une prise en charge kinésithérapique adaptée, le pronostic est généralement favorable à court et moyen terme : la méta-analyse De Vestel 2022 (13 RCT, n = 898) confirme un effet significatif sur le DHI et la VAS vertige.¹⁴

À retenir : Chapitre 1

  • Le VCG est un diagnostic d'exclusion selon la position officielle de la Bárány Society 2022 (Seemungal et al., J Vestib Res).
  • La cause principale est un conflit sensoriel proprioceptif / vestibulaire / visuel.
  • Épidémiologie consolidée : 43 % des cervicalgies chroniques (Knapstad 2023), 40,1 % (Vural 2021), jusqu'à 70 % en WAD chronique (Treleaven 2017).
  • La migraine vestibulaire est la cause la plus fréquente de l'association cervicalgie + vertige : l'exclure en priorité.
  • Pronostic globalement favorable sous prise en charge (De Vestel 2022, méta-analyse 13 RCT n = 898).
Bibliographie
  1. Seemungal BM, Agrawal Y, Bisdorff A, Bronstein A, Cullen KE, Goadsby PJ, Lempert T, Kothari S, Lim PB, Magnusson M, Marcus HJ, Strupp M, Whitney SL. The Bárány Society Position on Cervical Dizziness. J Vestib Res. 2022;32(6):487-499. PMC9837683 · doi:10.3233/VES-220202.
  2. Reiley AS, Vickory FM, Funderburg SE, Cesario RA, Clendaniel RA. How to diagnose cervicogenic dizziness. Arch Physiother. 2017;7:12. PMID 29340206.
  3. De Vestel C, De Hertogh W, Van Rompaey V, Vereeck L. Clinical characteristics and diagnostic aspects of cervicogenic dizziness in patients with chronic dizziness: A cross-sectional study. Musculoskelet Sci Pract. 2022;60:102559. PMID 35364427.
  4. Knapstad MK, Ask T, Skouen JS, Goplen FK, Nordahl SHG. Prevalence and consequences of concurrent dizziness on disability and quality of life in patients with long-lasting neck pain. Physiother Theory Pract. 2023. PMID 35152809.
  5. Vural M et al. Prevalence and characteristics of cervicogenic dizziness in patients with chronic neck pain — multicenter cohort. 2021. PMC8790272.
  6. Treleaven J. Dizziness, Unsteadiness, Visual Disturbances, and Sensorimotor Control in Traumatic Neck Pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2017;47(7):492-502. PMID 28622488 · doi:10.2519/jospt.2017.7052.
  7. Yacovino DA, Hain TC, Zanotti E. Proprioceptive Cervicogenic Dizziness: A Narrative Review of Pathogenesis, Diagnosis, and Treatment. J Clin Med. 2022. PMC9655761.
  8. Devaraja K. Approach to cervicogenic dizziness: a comprehensive review of its aetiopathology and management. Eur Arch Otorhinolaryngol. 2018;275(10):2421-2433. PMID 30094486.
  9. Sung YH. Upper cervical spine dysfunction and dizziness. J Exerc Rehabil. 2020;16(5):385-391. PMID 33178639.
  10. Moustafa IM, Diab AA, Harrison DE. The effect of normalizing the sagittal cervical configuration on dizziness, neck pain, and cervicocephalic kinesthetic sensibility: a 1-year randomized controlled study. Eur J Phys Rehabil Med. 2017;53(1):57-71. PMID 27575013.
  11. Wrisley DM, Sparto PJ, Whitney SL, Furman JM. Cervicogenic dizziness: a review of diagnosis and treatment. J Orthop Sports Phys Ther. 2000;30(12):755-766. PMID 11153554.
  12. Peng B. Cervical Vertigo: Historical Reviews and Advances. World Neurosurg. 2018;109:347-350. PMID 29061460.
  13. Signs and symptoms of vertebrobasilar insufficiency secondary to atherosclerosis: a systematic review. 2025. PMID 40148099.
  14. De Vestel C, Vereeck L, Reid SA, Van Rompaey V, Lemmens J, De Hertogh W. Systematic review and meta-analysis of the therapeutic management of patients with cervicogenic dizziness. J Man Manip Ther. 2022;30(5):273-283. PMID 35383538.

Comment évaluer et diagnostiquer le vertige cervicogénique avec certitude ?

Dans ce chapitre : démarche diagnostique structurée (anamnèse, examen, exclusion), tests cliniques validés (CFRT, JPSE, SPNT) avec critique Howard 2022, diagnostic différentiel obligatoire (VPPB, VM, PPPD, Ménière, IVB) et stratification par sous-groupes (traumatique / dégénératif / fonctionnel).
En l'absence de gold standard, le diagnostic du VCG repose sur une démarche structurée associant anamnèse ciblée, examen clinique systématique et exclusion rigoureuse des diagnostics différentiels.¹ La Bárány Society 2022 souligne qu'aucun test isolé ne suffit, et que la « preuve par le traitement » (diagnostic confirmé rétrospectivement par la réponse thérapeutique) reste pragmatique mais scientifiquement faible

Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?

L'interrogatoire vise à établir la plausibilité du lien cervico-vestibulaire.²
  • Temporalité : les vertiges ont-ils débuté en même temps ou après l'apparition de la cervicalgie / d'un traumatisme cervical ? Cette corrélation est indispensable.
  • Description du symptôme : instabilité, « tête qui flotte » (light-headedness) ou déséquilibre. Un vrai vertige rotatoire (« la pièce tourne ») doit faire suspecter une cause vestibulaire périphérique ou centrale.
  • Déclencheurs : mouvements de rotation / extension du cou, postures maintenues. Un déclencheur exclusivement positionnel (se coucher, se relever) évoque plutôt un VPPB.
  • Antécédents : traumatisme en coup du lapin, chirurgie cervicale, arthrose connue, comorbidités vestibulaires antérieures.
  • Symptômes associés : céphalées, troubles visuels, acouphènes, plénitude auriculaire (Ménière ?), nausées, photophobie (migraine vestibulaire ?).

🚩 Drapeaux rouges : orientation médicale urgente

  • Diplopie, dysarthrie, dysphagie, ataxie, déficit sensitivo-moteur focal → atteinte centrale (« 5D-3N »).
  • Drop attacks (chutes brutales sans perte de connaissance prolongée) → suspicion IVB.
  • Céphalée brutale « en coup de tonnerre » → suspicion dissection vertébrale / HSA.
  • Nystagmus spontané vertical pur ou en battant vers le bas → signe central.
  • Tests HINTS « central pattern » (skew deviation, nystagmus directionnel changeant) → AVC vertébro-basilaire jusqu'à preuve du contraire.
  • Facteurs de risque vasculaires majeurs + symptômes déclenchés par rotation extrême → bilan IVB indispensable.
  • Perte de poids inexpliquée, sueurs nocturnes, fièvre + douleur cervicale → bilan néoplasique / infectieux.

⚠️ Source : cadre international Finucane 2020 (JOSPT)¹⁵ et revue VBI atherosclerosis 2025.¹³

Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?

L'examen clinique combine deux approches complémentaires : (1) reproduire les symptômes par la sollicitation cervicale, et (2) exclure activement les causes vestibulaires.

Tests d'orientation cervicale

  • Cervical Flexion-Rotation Test (CFRT) : amplitude normale ≈ 44° de chaque côté en flexion cervicale maximale ; seuil positif < 32° ou différence ≥ 10° entre côtés.³ Sensibilité 91 %, spécificité 90 % dans l'étude originale de Hall 2008, mais propriétés diagnostiques probablement surestimées selon la revue critique Howard 2022 (gold standard imparfait, biais d'inclusion).⁴
  • Joint Position Sense Error (JPSE) : le seuil historique de Revel 1991 était > 4,5°. Les données empiriques récentes d'AlDahas 2023 (n = 43) montrent que les sujets sains présentent en moyenne 2-2,5° d'erreur, et les patients cervicalgiques chroniques 3,5-4,8° : un seuil clinique de 3-4° offre un meilleur compromis Se/Sp.⁵٬⁶
  • Head-Neck Differentiation Test (HNDT) et Smooth Pursuit Neck Torsion Test (SPNT) : reproduction des symptômes par rotation du tronc sous tête fixe, oriente vers une origine cervicale (L'Heureux-Lebeau 2014).⁷
  • Palpation segmentaire C0-C3, mobilités articulaires actives et passives, recherche de trigger points sous-occipitaux et trapèze supérieur.

📐 Seuils cliniques clés : CFRT et JPSE chez sujets sains vs cervicalgiques chroniques

Valeurs moyennes et seuils de décision : données AlDahas 2023, Hall 2010, Treleaven 2003

Seuils CFRT et JPSE 50° 40° 30° 10° 44° CFRT : sain Hall 2010 27° CFRT : VCG ≈ valeur moyenne seuil 32° JPSE : sain AlDahas 2023 4,5° JPSE : VCG whiplash + vertige seuil 3-4°

Sources : Hall 2010 [PMID 21886422] · critique Howard 2022 [PMID 36476405] · Treleaven 2003 [PMID 12610847] · AlDahas 2023 [PMC10569517]. ⚠️ Ces seuils ont une valeur d'orientation, pas un statut diagnostique définitif.

Diagnostic différentiel obligatoire (par ordre de fréquence)

🎯 Le diagnostic du VCG étant un diagnostic d'exclusion, il est fondamental de tester et d'éliminer les causes les plus fréquentes de vertiges :
📋 Diagnostics différentiels, du plus fréquent au plus rare
PathologieTest / critère cléÉlément distinctif
VPPB (cause n° 1)Dix-Hallpike, Supine RollNystagmus typique après latence, fatigabilité, épisodes < 1 min
Migraine vestibulaireCritères Lempert 2022≥ 5 épisodes 5 min - 72 h, antécédents migraine, photo / phonophobie
PPPD (ICD-11 AB32.0)Critères Staab 2017Symptômes ≥ 3 mois, déclenchement orthostatique / visuel
Maladie de MénièreAudiométrie, glycérol testTriade : vertige + acouphène + plénitude / surdité fluctuante
Névrite vestibulaireHINTS, vHIT, caloriqueVertige rotatoire aigu, déficit unilatéral périphérique
IVB (rare)Écho-Doppler, IRM5D-3N, déclenché par rotation extrême, FdR vasculaires
Cette priorisation suit les critères ICD-11 (MB48 Dizziness or giddiness, AB31.7 Vertiginous syndromes, AB32.0 PPPD) et la position Bárány Society 2022.¹٬⁸٬⁹٬¹⁰

Faut-il classifier les patients souffrant de vertige cervicogénique et pour quels bénéfices ?

La classification est encore en développement mais cliniquement utile. Le consensus Bárány Society 2022 distingue deux niveaux de certitude diagnostique :
  • Vertige cervical « probable » : critères remplis avec corrélation temporelle plausible.
  • Vertige cervical « définitif » : confirmation rétrospective par la disparition des symptômes après traitement de la dysfonction cervicale.
Une stratification clinique selon les mécanismes présomptifs peut orienter le traitement :
  • Profil traumatique (post-WAD) : déficits proprioceptifs marqués, troubles oculomoteurs, contrôle sensori-moteur altéré. Cible thérapeutique : rééducation proprioceptive + oculomotrice (Treleaven 2017, Sterling 2004).¹¹٬¹²
  • Profil dégénératif (cervicarthrose) : restriction articulaire C1-C3, douleurs mécaniques. Cible : thérapie manuelle douce + mobilité + endurance.
  • Profil fonctionnel (musculaire / postural) : trigger points, posture en avant. Cible : relâchement myofascial, correction posturale, renforcement.

Critique et controverse

Le diagnostic du VCG reste un diagnostic d'exclusion sans test pathognomonique. La position Bárány 2022 souligne qu'aucun signe ou test isolé ne suffit, et que la « preuve par le traitement » est pragmatique mais scientifiquement faible. La revue critique de Howard 2022 alerte que le CFRT, souvent présenté comme un test de référence, voit ses propriétés diagnostiques (Se 91 % / Sp 90 %) probablement surestimées par les biais d'inclusion et l'imperfection du gold standard utilisé (examen manuel). Le clinicien doit donc considérer ces tests comme des éléments d'orientation dans un faisceau d'arguments, non comme des verdicts. Une autre controverse concerne le poids réel des afférences cervicales dans l'équilibre global : leur rôle est anatomiquement prouvé, mais l'ampleur de leur contribution par rapport aux systèmes vestibulaire et visuel reste débattue.

À retenir : Chapitre 2

  • ✅ Le diagnostic du VCG est un diagnostic d'exclusion.
  • ✅ La corrélation temporelle cervicalgie → vertige est le critère central.
  • ✅ Tests clés : CFRT (seuil < 32° ou Δ ≥ 10°), JPSE (seuil 3-4° en clinique), SPNT et HNDT.
  • ⚠️ Howard 2022 : propriétés diagnostiques du CFRT probablement surestimées (biais gold standard).
  • ✅ Impératif d'écarter VPPB (Dix-Hallpike), migraine vestibulaire (Lempert 2022) et PPPD (Staab 2017, ICD-11 AB32.0).
  • 📌 La migraine vestibulaire est plus fréquente que le VCG dans la population cervicalgique + vertige (Bárány Society 2022).
Bibliographie
  1. Seemungal BM, Agrawal Y, Bisdorff A, et al. The Bárány Society Position on Cervical Dizziness. J Vestib Res. 2022;32(6):487-499. PMC9837683.
  2. Reiley AS, Vickory FM, Funderburg SE, Cesario RA, Clendaniel RA. How to diagnose cervicogenic dizziness. Arch Physiother. 2017;7:12. PMID 29340206.
  3. Hall T, Briffa K, Hopper D, Robinson K. The influence of lower cervical joint pain on range of motion and interpretation of the flexion-rotation test. J Man Manip Ther. 2010;18(3):126-131. PMID 21886422.
  4. Howard PD, Behrns W, Martino MD, et al. A perspective on the use of the cervical flexion rotation test in the physical therapy management of cervicogenic headaches. J Man Manip Ther. 2022. PMID 36476405.
  5. AlDahas A, Petersen S, Devecchi V, et al. Measurement properties of cervical joint position error in people with and without chronic neck pain. PLoS One. 2023. PMC10569517.
  6. Treleaven J, Jull G, Sterling M. Dizziness and unsteadiness following whiplash injury: characteristic features and relationship with cervical joint position error. J Rehabil Med. 2003;35(1):36-43. PMID 12610847.
  7. L'Heureux-Lebeau B, Godbout A, Berbiche D, Saliba I. Evaluation of paraclinical tests in the diagnosis of cervicogenic dizziness. Otol Neurotol. 2014;35(10):1858-1865. PMID 25058834.
  8. Bhattacharyya N, Gubbels SP, Schwartz SR, et al. Clinical Practice Guideline: Benign Paroxysmal Positional Vertigo (Update). Otolaryngol Head Neck Surg. 2017;156(3_suppl):S1-S47. PMID 28248609.
  9. Lempert T, Olesen J, Furman J, et al. Vestibular migraine: Diagnostic criteria (Update). J Vestib Res. 2022;32(1):1-6. PMID 34719447.
  10. Staab JP, Eckhardt-Henn A, Horii A, et al. Diagnostic criteria for persistent postural-perceptual dizziness (PPPD). J Vestib Res. 2017;27(4):191-208. PMID 29036855.
  11. Treleaven J. Dizziness, Unsteadiness, Visual Disturbances, and Sensorimotor Control in Traumatic Neck Pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2017;47(7):492-502. PMID 28622488.
  12. Sterling M. A proposed new classification system for whiplash associated disorders. Man Ther. 2004;9(2):60-70. PMID 15040964.
  13. Signs and symptoms of vertebrobasilar insufficiency secondary to atherosclerosis: a systematic review. 2025. PMID 40148099.
  14. Yacovino DA, Hain TC, Zanotti E. Proprioceptive Cervicogenic Dizziness: A Narrative Review. J Clin Med. 2022. PMC9655761.
  15. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853.

Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le vertige cervicogénique ?

Dans ce chapitre : approche multimodale validée par De Vestel 2022 (13 RCT, n = 898) et Carrasco-Uribarren 2025, hiérarchie GRADE des interventions, place de l'exercice proprioceptif et oculomoteur, thérapies manuelles (Maitland vs Mulligan SNAGs), éducation thérapeutique et dépistage des facteurs psychologiques (anxiété, PPPD).
La littérature 2022-2025 converge vers une approche multimodale combinant thérapie manuelle, exercice ciblé et éducation du patient.¹ 💡 Cependant, les niveaux de preuve restent faibles à très faibles selon GRADE, et la dose optimale n'est pas établie.

Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

La méta-analyse De Vestel 2022 reste la référence la plus solide à ce jour : 13 RCT inclus, n = 898 patients.¹ 🩺 Les effets moyens (différences de moyennes) sont les suivants :
  • Intensité vertige (VAS) : MD = −22,56 [IC 95 % −28,11 ; −17,01], p < 0,001, I² = 0 %.
  • DHI : MD = −10,04 [IC 95 % −16,36 ; −3,73], p = 0,002, I² = 79 % (forte hétérogénéité).
  • CROM flexion-extension : MD = +7,18° [IC 95 % 3,65 ; 10,70].
  • VAS cervicalgie : MD = −14,01 [IC 95 % −22,77 ; −5,26].
Niveau de preuve GRADE : modéré pour la thérapie manuelle seule ; très bas pour la combinaison manuelle + exercice (effet plus fort mais qualité de preuve moindre).¹ La méta-analyse plus récente de Carrasco-Uribarren 2025 (6 RCT primaires, n = 272) confirme l'efficacité des interventions cervicales hautes sur le DHI (MD −7,30) et la VAS vertige (MD −19,34), mais avec une certitude GRADE faible à très faible

📈 Effets cliniques moyens de la thérapie manuelle sur le VCG (De Vestel 2022)

13 RCT, n = 898 : différences moyennes pooled avec IC 95 %

Effets cliniques pooled thérapie manuelle VAS vertige −22,56 VAS cervicalgie −14,01 DHI −10,04 I² = 79 % : hétérogénéité élevée CROM flex-ext +7,18° 0 5 15 25 unités MCID DHI individuel = 18 points (Jacobson 1990) : effet poolé sous le MCID, mais significatif. Niveau GRADE : modéré pour thérapie manuelle seule.

Source : De Vestel C et al. J Man Manip Ther. 2022;30(5):273-283 [PMID 35383538] · confirmé par Carrasco-Uribarren 2025 [PMID 40618099].

Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?

L'exercice n'est pas optionnel, mais aucun protocole n'a démontré sa supériorité absolue. La personnalisation prime sur le format. 🏋️‍♂️ Trois catégories d'exercices sont validées :
  • Contrôle sensori-moteur et proprioception : repositionnement articulaire avec pointeur laser, suivi de cibles, exercices oculomoteurs coordonnés au mouvement cervical. C'est la cible la plus directe du mécanisme physiopathologique (Lystad 2011).³
  • Rééducation vestibulaire et oculomotrice : exercices de fixation oculaire pendant les mouvements de tête (VOR x1, x2), saccades, habituation. Le RCT de Piromchai 2023 (n = 68) montre une réduction significative du DHI à 2 semaines avec un programme d'auto-exercices à domicile.⁴
  • Renforcement et endurance : fléchisseurs profonds du cou (longus colli) et stabilisateurs de la scapula. Moustafa 2017 a montré qu'un programme de 8 semaines de correction posturale améliore l'alignement et réduit l'intensité des vertiges.⁵
Aucune network meta-analysis ne compare à ce jour les différentes modalités d'exercice pour le VCG. Les recommandations sur la « meilleure » forme d'exercice relèvent d'avis d'experts, pas de preuves directes.

Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?

Les interventions manuelles sont les plus étudiées et offrent les données quantitatives les plus solides du domaine. 🤲
  • Mobilisations cervicales hautes (techniques de Maitland, Mulligan SNAGs) : le RCT de référence Reid 2014 (n = 86, Phys Ther) montre une efficacité équivalente entre SNAGs et Maitland sur le DHI à 12 semaines.⁶ Le suivi long terme Reid 2015 confirme la persistance des effets à 12 mois.⁷
  • Techniques sur les tissus mous : inhibition des sous-occipitaux, relâchement myofascial. Données prometteuses mais essais à faible effectif (n typiquement < 50).
  • Mécanismes : Bialosky 2018 (JOSPT) propose un modèle intégré, effets neurophysiologiques périphériques, spinaux et supraspinaux, modulés par les attentes du patient et l'alliance thérapeutique.⁸
📋 Modalités thérapeutiques × niveau de preuve (GRADE / Oxford CEBM)
ModalitéIndication principaleNiveau de preuveEffet attendu
Éducation thérapeutiqueTout profilModéré-élevé↘ anxiété, ↗ auto-gestion, ↘ récidives
Thérapie manuelle cervicale hauteToute formeModéré (De Vestel 2022)VAS vertige −23, DHI −10 (court terme)
Mobilisations Maitland / Mulligan SNAGsRestriction C1-C3Modéré (Reid 2014, n = 86)SNAGs ≈ Maitland sur DHI à 12 sem.
Exercices proprioceptifs / oculomoteursProfil traumatique++Faible-modéré↘ JPSE, ↗ stabilité du regard
Auto-exercices à domicilePhase d'entretienFaible (Piromchai 2023, n = 68)↘ DHI à 2 semaines
Combinaison manuelle + exerciceToutes formes chroniquesTrès faibleEffet additif probable, preuve faible
Dry needling, kinesiotaping, laserAdjuvant symptomatiqueTrès faibleDonnées parcellaires, RCT n < 50
Traction mécanique seuleTrès faible⚠️ non recommandée en 1re intention

🔺 Pyramide GRADE des preuves pour les interventions VCG (2026)

Aucune intervention ne dispose actuellement de preuves de niveau « élevé » spécifiquement pour le VCG

HighAucune intervention ne dispose actuellement de preuves de niveau élevé spécifiquement pour le VCG (RCT à faible risque de biais, larges effectifs, réplication multi-centrique).
ModerateThérapie manuelle seule sur la VAS vertige et le DHI (De Vestel 2022, effet poolé significatif, hétérogénéité modérée). Mobilisations Maitland / Mulligan SNAGs (Reid 2014, n = 86).
LowCombinaison manuelle + exercice, exercices proprioceptifs / oculomoteurs, auto-exercices à domicile (Piromchai 2023, n = 68), correction posturale (Moustafa 2017).
Very lowDry needling, traction mécanique, laser de basse intensité, kinesiotaping : données parcellaires, RCT de petite taille, hétérogénéité méthodologique élevée.

Grading inspiré de GRADE (Guyatt 2008) appliqué aux données agrégées 2022-2025. La méta-analyse 2025 de Carrasco-Uribarren confirme la stratification « faible à très faible » pour l'ensemble des modalités. ⚠️ Aucun protocole standardisé ne s'impose comme supérieur : la personnalisation prime.

Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?

L'anxiété est un facteur majeur dans les troubles vestibulaires. La méta-analyse Kim 2024 (n = 764 403) montre une prévalence d'anxiété de 30,6 % chez les patients VPPB, 47,0 % chez les patients Ménière et 46,5 % en migraine vestibulaire.⁹ Le PPPD (ICD-11 AB32.0) peut se développer secondairement après tout épisode vestibulaire chez 15-20 % des patients.¹⁰ 🧠 L'éducation thérapeutique vise trois objectifs : (1) expliquer le mécanisme du conflit sensoriel réversible (pas de « danger » pour la moelle ou le cerveau) ; (2) rassurer sans minimiser (symptômes réels mais avec un pronostic favorable sous prise en charge) ; (3) donner des outils d'auto-gestion (exercices simples à domicile, gestion des épisodes aigus, identification des déclencheurs).¹¹ Le dépistage de l'anxiété et de la catastrophisation (PCS, GAD-7, HADS) est recommandé car ces facteurs prédisent la chronicisation et la non-réponse au traitement.¹²

Critique et controverse

Le champ du VCG souffre de trois faiblesses méthodologiques persistantes :
  1. Absence de gold standard diagnostique : les populations incluses dans les RCT sont hétérogènes, ce qui explique l'I² élevé (jusqu'à 79 % pour le DHI dans De Vestel 2022).
  2. Effet placebo et alliance thérapeutique non séparés : la thérapie manuelle implique contact physique et attention soutenue. La part spécifique vs non-spécifique de l'effet reste inconnue (Bialosky 2018).
  3. Suivi à long terme rare : les bénéfices observés à 4-12 semaines sont-ils maintenus à 1 an ? Reid 2015 est l'un des rares essais à apporter une réponse positive.

À retenir : Chapitre 3

  • 🎓 L'approche multimodale (manuel + exercice + éducation) est la stratégie de première intention.
  • 🤲 La thérapie manuelle seule a un effet significatif sur le DHI (−10 pts) et la VAS vertige (−23 pts) : preuve modérée (De Vestel 2022, 13 RCT n = 898).
  • 💪 La combinaison manuel + exercice est plus efficace mais avec preuve plus faible (hétérogénéité, biais).
  • 🎯 L'exercice cible la proprioception, le VOR, l'endurance des fléchisseurs profonds.
  • 🧠 Le dépistage de l'anxiété et du PPPD est essentiel : 30-47 % des patients vestibulaires présentent une anxiété (Kim 2024).
Bibliographie
  1. De Vestel C, Vereeck L, Reid SA, Van Rompaey V, Lemmens J, De Hertogh W. Systematic review and meta-analysis of the therapeutic management of patients with cervicogenic dizziness. J Man Manip Ther. 2022;30(5):273-283. PMID 35383538 · doi:10.1080/10669817.2022.2033044.
  2. Carrasco-Uribarren A et al. Is manual therapy effective for cervical dizziness? A systematic review and meta-analysis of RCTs. BMC Musculoskelet Disord. 2025;26:659. PMID 40618099.
  3. Lystad RP, Bell G, Bonnevie-Svendsen M, Carter CV. Manual therapy with and without vestibular rehabilitation for cervicogenic dizziness: a systematic review. Chiropr Man Therap. 2011;19(1):21. PMID 21923933.
  4. Piromchai P, Toumjaidee N, Srirompotong S, Yimtae K. The efficacy of self-exercise in a patient with cervicogenic dizziness: A randomized controlled trial. Front Neurol. 2023;14:1121101. PMID 36864911.
  5. Moustafa IM, Diab AA, Harrison DE. The effect of normalizing the sagittal cervical configuration on dizziness, neck pain, and cervicocephalic kinesthetic sensibility: a 1-year randomized controlled study. Eur J Phys Rehabil Med. 2017;53(1):57-71. PMID 27575013.
  6. Reid SA, Rivett DA, Katekar MG, Callister R. Comparison of Mulligan Sustained Natural Apophyseal Glides and Maitland Mobilizations for Treatment of Cervicogenic Dizziness: A Randomized Controlled Trial. Phys Ther. 2014;94(4):466-476. PMID 24336477.
  7. Reid SA, Callister R, Snodgrass SJ, Katekar MG, Rivett DA. Manual therapy for cervicogenic dizziness: Long-term outcomes of a randomised trial. Man Ther. 2015;20(1):148-156. PMID 25220110.
  8. Bialosky JE, Beneciuk JM, Bishop MD, Coronado RA, Penza CW, Simon CB, George SZ. Unraveling the Mechanisms of Manual Therapy: Modeling an Approach. J Orthop Sports Phys Ther. 2018;48(1):8-18. PMID 29034802.
  9. Kim SK, Yeo BSY et al. Anxiety and Depression in Adults With Vestibular Disorders: A Systematic Review and Meta-Analysis. Laryngoscope. 2024. doi:10.1002/lary.70055.
  10. Staab JP, Eckhardt-Henn A, Horii A, et al. Diagnostic criteria for persistent postural-perceptual dizziness (PPPD). J Vestib Res. 2017;27(4):191-208. PMID 29036855.
  11. Reiley AS, Vickory FM, Funderburg SE, Cesario RA, Clendaniel RA. How to diagnose cervicogenic dizziness. Arch Physiother. 2017;7:12. PMID 29340206.
  12. Yaseen K, Hendrick P, Ismail A, Felemban M, Alshehri MA. The effectiveness of manual therapy in treating cervicogenic dizziness: a systematic review. J Phys Ther Sci. 2018;30(1):96-102. PMID 29410575.

Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives du vertige cervicogénique ?

Dans ce chapitre : auto-gestion et programme d'exercices à domicile validés (Piromchai 2023), composantes du programme à 4 piliers, critères de retour au sport guidés par fonction (DHI, NDI, JPSE), spécificités des sports de contact post-commotion (Marshall 2015, Cheever 2021).
La phase post-aiguë est cruciale. Reid 2015 a démontré que les bénéfices de la thérapie manuelle se maintiennent à 12 mois lorsque le patient est autonomisé dans la gestion de ses symptômes résiduels.¹

Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?

L'auto-gestion repose sur deux piliers : éducation thérapeutique et programme d'exercices à domicile. 🧠 Composantes essentielles validées par Piromchai 2023 (RCT n = 68) :²
  • Proprioception et contrôle moteur : repositionnement actif lent (10-15 répétitions, 2x/jour), avec feedback visuel (laser sur casquette ou bandeau).
  • Stabilisation cervicale : isométriques des fléchisseurs profonds (cranio-cervical flexion test, 10 sec × 10 répétitions, progression sur 4-6 semaines).
  • Rééducation vestibulaire et oculomotrice : VOR x1 / x2 (10 cycles, augmentation progressive de la vitesse), saccades horizontales et verticales.
  • Auto-mobilisations : SNAGs (Mulligan) en rotation cervicale, étirements sous-occipitaux statiques.
L'éducation thérapeutique doit aborder explicitement la nature réversible du conflit sensoriel, l'absence de pathologie grave sous-jacente (une fois les drapeaux rouges écartés), la gestion des épisodes aigus et les facteurs déclencheurs identifiés (postures, stress, fatigue).

Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?

Aucun protocole standardisé n'existe spécifiquement pour le VCG. La progression doit suivre les principes généraux du retour au sport (RAS) après cervicalgie + commotion, en particulier pour les sports de contact ou les athlètes post-WAD.³٬⁴ 💪 Prérequis avant initiation de la progression :
  1. Absence de vertige au repos et lors des activités de la vie quotidienne.
  2. ROM cervicale complète et indolore.
  3. Tests de contrôle sensori-moteur normalisés (JPSE < 3°, équilibre sur mousse yeux fermés > 30 sec).
  4. NDI < 10/50, DHI < 30/100.

🏃 Algorithme de progression : retour au sport après VCG

5 étapes progressives, guidées par critères et non par calendrier fixe

Algorithme retour au sport VCG Étape 1 Cardio léger marche, vélo stationnaire Étape 2 Mouvements spécifiques sans impact, à vitesse lente Étape 3 Intensité et complexité sprints, changements direction Étape 4 : Entraînement complet SANS contact Vérification de la tolérance à la charge complète Étape 5 : Retour compétition / contact Critique pour sports de contact (risque de commotion future ↗ si déficit cervical résiduel)

À chaque étape : contrôle des symptômes, NDI, DHI, JPSE. Retour en arrière si réapparition de symptômes. Sport de contact : évaluation cervicale renforcée selon Marshall 2015 et Cheever 2021, le déficit résiduel cervical augmente le risque de commotion future.

Critique et controverse

L'incertitude sur la spécificité des interventions demeure. Les essais montrent que la thérapie manuelle seule améliore les symptômes à court terme, mais que la combinaison avec l'exercice est nécessaire pour la pérennité. Cela suggère que le maintien des résultats dépend moins de la technique manuelle initiale que de l'engagement actif du patient. Le défi est donc moins technique que comportemental. Les facteurs pronostiques de non-réponse identifiés par Knapstad 2023 (cervicalgie initiale sévère, NDI élevé, comorbidité anxieuse, durée des symptômes > 6 mois) doivent inciter à un traitement plus intensif et à une orientation multidisciplinaire précoce.⁵

À retenir : Chapitre 4

  • La prévention des récidives repose sur le passage à une auto-gestion active par le patient (Reid 2015, effets maintenus à 12 mois).
  • Quatre piliers du programme à domicile : proprioception, stabilité cervicale, VOR/oculomoteur, auto-mobilisations (Piromchai 2023, DHI ↘ significatif à 2 semaines, n = 68).
  • Retour au sport progressif et guidé par critères fonctionnels (DHI < 30, NDI < 10/50, JPSE < 3°).
  • Les sports de contact exigent une évaluation cervicale renforcée (Marshall 2015, Cheever 2021).
  • Facteurs de mauvais pronostic : anxiété, NDI initial élevé, symptômes > 6 mois.
Bibliographie
  1. Reid SA, Callister R, Snodgrass SJ, Katekar MG, Rivett DA. Manual therapy for cervicogenic dizziness: Long-term outcomes of a randomised trial. Man Ther. 2015;20(1):148-156. PMID 25220110.
  2. Piromchai P, Toumjaidee N, Srirompotong S, Yimtae K. The efficacy of self-exercise in a patient with cervicogenic dizziness: A randomized controlled trial. Front Neurol. 2023;14:1121101. PMID 36864911.
  3. Marshall CM, Vernon H, Leddy JJ, Baldwin BA. The role of the cervical spine in post-concussion syndrome. Phys Sportsmed. 2015;43(3):274-284. PMID 26138797.
  4. Cheever K, McDevitt J, Phillips J, Kawata K. The Role of Cervical Symptoms in Post-concussion Management: A Systematic Review. Sports Med. 2021;51(9):1875-1891. PMID 33891292.
  5. Knapstad MK, Ask T, Skouen JS, Goplen FK, Nordahl SHG. Prevalence and consequences of concurrent dizziness on disability and quality of life in patients with long-lasting neck pain. Physiother Theory Pract. 2023. PMID 35152809.
  6. Treleaven J. Dizziness, Unsteadiness, Visual Disturbances, and Sensorimotor Control in Traumatic Neck Pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2017;47(7):492-502. PMID 28622488.
  7. Tiwari D, Goldberg A, Yorke A, Marchetti GF, Alsalaheen B. Characterization of Cervical Spine Impairments in Children and Adolescents Post-Concussion. Int J Sports Phys Ther. 2019;14(2):282-295. PMID 30997280.

Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le vertige cervicogénique ?

Dans ce chapitre : 3 vrais case reports PMC en accès libre. Minguez-Zuazo 2016 (cas typique multimodal, n = 7), Chu 2021 (VCG mimant la maladie de Ménière), Teare-Ketter 2021 (post-commotion à 356 jours). Pyramide GRADE des niveaux de preuve appliquée aux cas cliniques.
Note d'intégrité scientifique : les trois cas cliniques présentés ci-dessous sont des publications réelles et vérifiables sur PubMed/PMC. 🧐 Pour cet article, nous référençons exclusivement des case reports vérifiés PMC / PubMed en libre accès : aucun cas n'a été reconstitué ou simplifié.

Cas typique : femme de 38 ans (Minguez-Zuazo 2016, PMC4934967)

Le case series de Minguez-Zuazo et collaborateurs 2016, publié dans le Journal of Exercise Rehabilitation en libre accès, décrit 7 patients (5 femmes, 2 hommes, âge moyen 38,4 ans) souffrant de VCG depuis en moyenne 28 mois.¹ La NRS douleur initiale était de 6,29/10. Protocole, 8 séances sur 4 semaines (bi-hebdomadaires) :
  • Sessions 1-4 : éducation à la douleur + mobilisations cervicales + réentraînement du contrôle moteur (cranio-cervical flexion test).
  • Sessions 5-8 : progression vers renforcement endurance + exercices oculomoteurs et de stabilité du regard.

📈 Avant / après 8 séances : Minguez-Zuazo 2016

Évolution des 3 mesures objectives chez la série de cas (n = 7)

Avant après Minguez-Zuazo 2016 INITIAL APRÈS 4 SEMAINES DHI moyen ↘ 9,71 pts d = 1,01 Taille d'effet large NDI moyen ↘ 5,14 pts d = 1,32 Au-dessus du MCID oui PCS (catastrophisation) ↘ 11,57 pts d = 1,60 Effet cognitif très large

Source : Minguez-Zuazo A et al. J Exerc Rehabil. 2016;12(3):216-225 [PMC4934967 / PMID 27419118]. Protocole : 8 séances / 4 semaines. Niveau de preuve : case series (Oxford CEBM niveau 4).

Ce profil « moyen » illustre la typologie la plus courante en pratique : patientes d'âge moyen, symptômes chroniques modérés, répondant à une approche multimodale standardisée. La forte réduction de la catastrophisation (d = 1,60) suggère que l'effet « éducation + mobilisations » agit aussi sur la dimension cognitive de la douleur.

Le défi diagnostique : quand le VCG imite la maladie de Ménière (Chu 2021, PMC8577610)

Chu et collaborateurs 2021 (Journal of Medical Cases, plein texte libre) rapportent le cas d'un animateur radio de 40 ans, présentant depuis 12 mois des vertiges rotatoires épisodiques + plénitude auriculaire + acouphènes + une surdité brusque de l'oreille droite.² 🤔 La triade évoquait une maladie de Ménière. Diagnostic initial et échec thérapeutique :
  • Diagnostic ORL : Maladie de Ménière.
  • Traitement médicamenteux 4 mois (bétahistine + régime hyposodé + rééducation vestibulaire) : échec total.
  • Examens vestibulaire et neurologique : normaux, atypique pour une Ménière en phase active.
Réévaluation cervicale :
  • Restriction de ROM : extension 40/70°, rotation 60/90°.
  • Radiographies dynamiques : angle clivo-axial dissocié évoquant une instabilité craniocervicale.
  • IRM cérébrale : normale.
  • Déclencheurs symptomatiques : rotation cervicale, fermeture des yeux, smartphone.
Traitement : manipulation rachidienne + traction motorisée intermittente + ultrasons, 3 séances / semaine pendant 3 mois. Résolution complète à 12 mois avec normalisation radiographique. Ce cas illustre parfaitement le potentiel de « mimic » du VCG. La négativité des tests vestibulaires et la reproduction des symptômes par la sollicitation cervicale sont les indices clés. Tout vertige résistant à un traitement vestibulaire bien conduit mérite une réévaluation cervicale.

Étude d'un cas complexe : post-commotion (Teare-Ketter 2021, PMC7872469)

Teare-Ketter et collaborateurs 2021 (Int J Sports Phys Ther, plein texte libre) décrivent un patient de 21 ans évalué 356 jours après une chute d'une voiturette de golf, avec impact sur épaule et cou gauches.³ Perte de connaissance, amnésie post-traumatique, fracture temporale gauche non opérée. Aucun suivi post-urgence. Symptômes persistants 12 mois après : cervicalgies, radiculalgies bilatérales, sensation ébrieuse, nausées, vertiges, vision floue, diplopie, photophobie, troubles de l'équilibre, céphalées déclenchées par lecture et mouvements cervicaux. RPQ initial : 20/64. Bilan clinique : ROM cervicale et mobilités accessoires altérées, VOR anormal, Fukuda Step Test à 70° de rotation à gauche (déficit vestibulaire latent), m-CTSIB anormal. Protocole, 8 séances de 60 min sur 5 semaines, combinant : (1) thérapie manuelle (mobilisations articulaires, techniques tissus mous, neural glides), (2) rééducation vestibulaire (VOR adaptation, saccades, habituation), (3) retraining neuromoteur avec harnais laser (proprioception cervicale). Résultats : ROM cervicale normalisée (sauf rotation gauche résiduelle), m-CTSIB et Fukuda Step Test normalisés, RPQ : 20/64 → 2/64 (résolution quasi complète), céphalées résiduelles légères occasionnelles. La dysfonction cervicale post-traumatique peut perdurer 12 mois et plus en l'absence de prise en charge. Le double mécanisme (commotion + whiplash) justifie une évaluation cervicale systématique de tout syndrome post-commotionnel prolongé, comme le soulignent Marshall 2015 et la revue systématique de Cheever 2021.⁴٬⁵

Critique et controverse

🧠 Les cas cliniques ont une faible valeur de preuve dans la pyramide GRADE (very low / Oxford CEBM niveau 4). Un cas unique illustre une possibilité, non une généralité. Aucune relation de cause à effet ne peut être affirmée, car les effets placebo, la régression vers la moyenne ou l'histoire naturelle ne sont pas contrôlés. Les cas publiés ont aussi tendance à rapporter des succès (biais de publication). Ils restent précieux pour documenter l'existence de tableaux atypiques (mimicking Ménière), démontrer la plausibilité mécanistique d'une prise en charge cervicale, et générer des hypothèses testables.
HighMéta-analyses d'essais randomisés cohérents : confiance élevée que l'effet vrai est proche de l'effet estimé.
ModerateEssais randomisés avec quelques limites : confiance modérée, l'effet vrai est probablement proche mais pourrait différer substantiellement (ex. De Vestel 2022 sur la thérapie manuelle dans le VCG).
LowÉtudes observationnelles ou RCT très biaisés : confiance limitée ; l'effet vrai peut être très différent.
Very lowCas cliniques, séries de cas, expertise narrative : très peu de confiance ; l'effet vrai est probablement très différent (ex. Chu 2021, Teare-Ketter 2021, Minguez-Zuazo 2016).

⭐ À retenir : Chapitre 5

  • Minguez-Zuazo 2016 (PMC4934967) : cas typique multimodal. DHI ↘ 9,7 pts, NDI ↘ 5,1, PCS ↘ 11,6. Niveau de preuve : very low (case series).
  • Chu 2021 (PMC8577610) : VCG mimant la maladie de Ménière, appel à la réévaluation cervicale systématique en cas d'échec vestibulaire bien conduit.
  • Teare-Ketter 2021 (PMC7872469) : cas post-commotion à 356 jours, RPQ 20 → 2, justifie l'évaluation cervicale systématique en syndrome post-commotionnel prolongé.
  • Les cas cliniques sont illustratifs, non démonstratifs, toujours interpréter à la lumière des méta-analyses De Vestel 2022 et Carrasco-Uribarren 2025 (niveau modéré à faible).
  • ⚠️ Hiérarchie de preuve : en cas de divergence entre un cas clinique séduisant et une méta-analyse, la décision clinique doit suivre la méta-analyse.
Bibliographie
  1. Minguez-Zuazo A, Grande-Alonso M, Moral Saiz B, La Touche R, Lerma Lara S. Therapeutic patient education and exercise therapy in patients with cervicogenic dizziness: a prospective case series clinical study. J Exerc Rehabil. 2016;12(3):216-225. PMC4934967 · PMID 27419118.
  2. Chu ECP, Al Zoubi F, Yang J. Cervicogenic Dizziness Associated With Craniocervical Instability: A Case Report. J Med Cases. 2021;12(11):451-454. PMC8577610 · PMID 34804305.
  3. Teare-Ketter A, LaForme Fiss A, Ebert J. The Utility of Neuromotor Retraining to Augment Manual Therapy and Vestibular Rehabilitation in a Patient with Post-Concussion Syndrome: A Case Report. Int J Sports Phys Ther. 2021;16(1):248-258. PMC7872469 · PMID 33604153.
  4. Marshall CM, Vernon H, Leddy JJ, Baldwin BA. The role of the cervical spine in post-concussion syndrome. Phys Sportsmed. 2015;43(3):274-284. PMID 26138797.
  5. Cheever K, McDevitt J, Phillips J, Kawata K. The Role of Cervical Symptoms in Post-concussion Management: A Systematic Review. Sports Med. 2021;51(9):1875-1891. PMID 33891292.
  6. De Vestel C, Vereeck L, Reid SA, et al. Systematic review and meta-analysis of the therapeutic management of patients with cervicogenic dizziness. J Man Manip Ther. 2022;30(5):273-283. PMID 35383538.
  7. Nissen T, Wynn R. The clinical case report: a review of its merits and limitations. BMC Res Notes. 2014;7:264. PMID 24758689.

Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : drapeaux rouges spécifiques au VCG (5D-3N, Finucane 2020), critères d'orientation multidisciplinaire (ORL, neurologie, psychologue), PROMs validés (DHI MCID 18, NDI MCID 7,5), obstacles à l'implémentation et tension standardisation vs personnalisation.
L'application des recommandations issues de la recherche exige de savoir quoi faire, quand collaborer et comment mesurer l'impact. 🧑‍⚕️

Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?

L'identification des drapeaux rouges (cf. encadré chapitre 2) est la première étape non négociable. Le cadre international Finucane 2020 (JOSPT) souligne que de nombreux drapeaux rouges traditionnels ont une faible précision diagnostique pris isolément et doivent s'interpréter dans le contexte d'un examen complet.¹ Au-delà des urgences, la présence de drapeaux jaunes (catastrophisation, kinésiophobie, anxiété, dépression) prédit la chronicisation. La prévalence d'anxiété chez les patients vestibulaires atteint 30-47 % selon la pathologie (méta-analyse Kim 2024, n = 764 403).² L'orientation vers un psychologue clinicien formé aux thérapies cognitivo-comportementales est indiquée si HADS-A ≥ 11, PCS > 30, TSK ≥ 37, ou PHQ-9 > 10.
🤝 Orientation multidisciplinaire selon le profil clinique
Profil cliniqueOrientationJustification
Vertige résistant + acouphènes / surditéORL + audiométrieExclure Ménière, neuronite vestibulaire
Céphalées migraineuses associéesNeurologueCritères Lempert 2022 migraine vestibulaire
Anxiété élevée + symptômes > 3 moisPsychologue / psychiatreRisque PPPD (Staab 2017, ICD-11 AB32.0)
Suspicion instabilité craniocervicaleImagerie dynamique + spécialisteCas Chu 2021 : rare mais à connaître
Symptômes vasculaires (5D-3N)Urgences / neurologueSuspicion IVB (SR 2025)
Athlète post-commotion persistanteMédecin du sport + neuropsyMarshall 2015, Cheever 2021
La collaboration interprofessionnelle structurée est centrale. Le kinésithérapeute, souvent en première ligne, joue un rôle de triage. Une communication claire et des protocoles d'orientation définis avec ORL, neurologues et psychologues optimisent le parcours de soins.

Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

L'utilisation systématique des Patient-Reported Outcome Measures (PROMs) est aujourd'hui un standard de qualité. 📈 Pour le VCG, trois outils sont essentiels :
DHI0-100 · MCID = 18 pts (Jacobson 1990) · seuil sévère > 60
NDI0-50 · MCID = 7,5 pts (Carreon 2010 ; 5,5 si pas de radiculalgie - Young 2018)
NRS0-10 · MCID = 2 pts pour vertige et cervicalgie
JPSEMesure objective contrôle moteur · seuil < 3°
Pratique recommandée : évaluer DHI + NDI + NRS vertige + NRS cervicalgie à chaque consultation clé (baseline, 4 sem, 8 sem, 12 sem, 6 mois). Un journal de symptômes patient complète utilement ces PROMs. L'écart connaissance ↔ pratique est documenté : la revue systématique Scurlock-Evans 2014 identifie trois obstacles majeurs à l'implémentation de l'EBP en kinésithérapie, manque de temps, manque de compétences en lecture critique, manque de soutien organisationnel.³ Stratégies efficaces : journal clubs en cabinet, ressources pré-évaluées (PEDro, Cochrane), mentorat par pairs.

Critique et controverses : au-delà des directives

Premièrement, la tension entre standardisation et personnalisation. Les guides de pratique sont basés sur des moyennes de populations. Chaque patient est unique. Greenhalgh 2014 (BMJ) a alerté sur la « crise de l'EBM » : une application rigide des protocoles peut nuire à l'alliance thérapeutique, facteur pourtant essentiel à l'obtention de bons résultats, Ferreira 2013 a quantifié cet effet sur la lombalgie chronique.⁴٬⁵ Deuxièmement, la focalisation sur les PROMs peut occulter d'autres aspects de la guérison (qualité de vie subjective, retour aux activités valorisées) et la collecte de données ne doit pas se faire au détriment du temps d'écoute. Troisièmement, l'équité d'accès aux orientations recommandées (psychologue, neurologue, ORL) est très variable selon les territoires. Le kinésithérapeute se retrouve souvent en première ligne pour gérer la complexité, ce qui met en lumière les limites structurelles du système de santé plus que celles de la pratique individuelle.

À retenir : Chapitre 6

  • 🚩 Repérer systématiquement les drapeaux rouges (5D-3N, déficit neurologique) et orienter en urgence (Finucane 2020).
  • 💛 Dépister les drapeaux jaunes (anxiété 30-47 %, catastrophisation, kinésiophobie) : collaboration psychologue indiquée (Kim 2024).
  • 📊 Utiliser les PROMs validés : DHI (MCID 18), NDI (MCID 7,5), NRS vertige et cervicalgie (MCID 2).
  • 🤝 Orienter vers psychologue / neurologue / ORL selon profil spécifique.
  • ⚖️ Équilibrer standardisation (recommandations) et personnalisation (alliance thérapeutique, Ferreira 2013).
Bibliographie
  1. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853 · doi:10.2519/jospt.2020.9971.
  2. Kim SK, Yeo BSY et al. Anxiety and Depression in Adults With Vestibular Disorders: A Systematic Review and Meta-Analysis. Laryngoscope. 2024. doi:10.1002/lary.70055.
  3. Scurlock-Evans L, Upton P, Upton D. Evidence-Based Practice in physiotherapy: a systematic review of barriers, enablers and interventions. Physiotherapy. 2014;100(3):208-219. PMID 24799154.
  4. Greenhalgh T, Howick J, Maskrey N. Evidence based medicine: a movement in crisis? BMJ. 2014;348:g3725. PMID 24927763.
  5. Ferreira PH, Ferreira ML, Maher CG, Refshauge KM, Latimer J, Adams RD. The therapeutic alliance between clinicians and patients predicts outcome in chronic low back pain. Phys Ther. 2013;93(4):470-478. PMID 23139428.
  6. Carreon LY, Glassman SD, Campbell MJ, Anderson PA. Neck Disability Index, short form-36 physical component summary, and pain scales for neck and arm pain: the minimum clinically important difference and substantial clinical benefit after cervical spine fusion. Spine J. 2010;10(6):469-474. PMID 20359958.
  7. Young IA, Dunning J, Butts R, Mourad F, Cleland JA. Reliability, construct validity, and responsiveness of the Neck Disability Index and Numeric Pain Rating Scale in patients with mechanical neck pain without upper extremity symptoms. Physiother Theory Pract. 2018. PMID 29856244.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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