En bref
La commotion cérébrale liée au sport (SRC) est un traumatisme crânio-cérébral léger d'origine biomécanique déclenchant une cascade neurométabolique transitoire, sans lésion structurelle visible à l'imagerie ; le syndrome post-commotionnel désigne la persistance des symptômes au-delà de trois mois. Le diagnostic est exclusivement clinique, standardisé par le SCAT6 (symptômes, cognition, équilibre, oculomotricité), l'imagerie étant réservée aux drapeaux rouges. La prise en charge de première intention abandonne le repos strict au profit d'un repos relatif de 24 à 48 heures, suivi d'un exercice aérobie sous-seuil précoce, d'une rééducation cervico-vestibulaire et d'un retour au sport gradué en six étapes. Environ 90 % des cas se résolvent en moins de quatorze jours chez l'adulte.
Synthèse clinique fondée sur le consensus Amsterdam 2022 (Patricios 2023, BJSM), les essais randomisés de référence (Leddy 2019, Schneider 2014) et la cascade neurométabolique de Giza & Hovda.
Synthèse clinique
- La commotion cérébrale liée au sport (SRC) est un traumatisme crânio-cérébral léger d'origine biomécanique, déclenchant une cascade neurométabolique transitoire mais sans lésion structurelle visible à l'imagerie conventionnelle.
- Diagnostic exclusivement clinique : pas d'IRM ni de scanner en routine. L'imagerie est réservée aux drapeaux rouges (suspicion d'hémorragie, fracture).
- Environ 90 % des cas se résolvent en ≤ 14 jours chez l'adulte ; la récupération est plus longue chez les femmes, les adolescents et les patients aux antécédents de commotion.
- Le diagnostic standardisé repose sur le SCAT6 (Sport Concussion Assessment Tool, 6ᵉ édition, Patricios 2023) : symptômes, cognition, équilibre (BESS), oculomotricité.
- La composante cervicogénique est fréquemment intriquée et doit être systématiquement évaluée (cervicalgie, vertige cervicogénique, céphalée cervicogénique).
- Le repos strict prolongé est obsolète (Schneider 2017) : un repos relatif de 24-48 h suffit, suivi d'une reprise progressive.
- L'exercice aérobie sous-seuil précoce (Leddy 2019, JAMA Pediatr) raccourcit significativement la récupération : médiane 13 j vs 17 j en groupe contrôle.
- La rééducation cervico-vestibulaire (Schneider 2014, BJSM) multiplie par 3,91 la probabilité d'être libéré médicalement à 8 semaines (73 % vs 7 % en contrôle).
- Le protocole de retour au sport (Berlin/Amsterdam) comporte 6 étapes progressives, ≥ 24 h par étape, avec arrêt si réapparition des symptômes.
- Le Return to Learn (RTL) précède toujours le Return to Play (RTP) : l'élève doit pouvoir suivre une journée complète d'enseignement avant de reprendre le sport.
- Facteurs de récupération prolongée (Iverson 2017) : antécédents de commotion, sévérité initiale des symptômes, sexe féminin, jeune âge, troubles préexistants (anxiété, migraine).
- Pas de traitement pharmacologique spécifique validé : prise en charge symptomatique (antalgiques, mélatonine pour le sommeil).
- Les drapeaux rouges imposent une orientation immédiate aux urgences (céphalée explosive, vomissements répétés, perte de conscience prolongée, déficit neurologique focal, convulsions).
- Le syndrome post-commotionnel (PCS) est défini par la persistance des symptômes au-delà de 3 mois ; il bénéficie d'une approche multimodale (cervicale + vestibulaire + aérobie + cognitivo-comportemental).
- Mesurer les résultats avec des PROMs standardisés (RPQ, Rivermead Post-Concussion Questionnaire, PCSI) et travailler en équipe pluridisciplinaire (médecin du sport, neuropsychologue, ORL).
Sommaire
- Quels sont les fondamentaux à connaître sur la commotion cérébrale ?
- Comment évaluer et diagnostiquer la commotion cérébrale avec certitude ?
- Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour la commotion cérébrale ?
- Comment assurer une récupération durable et le retour au sport ?
- Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur la commotion cérébrale ?
- Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quels sont les fondamentaux à connaître sur la commotion cérébrale ?

IRMIRM cérébrale, quatre séquences comparées (T1, FLAIR, DWI, T2 étoile) : lésion axonale diffuse para-médiane, hémorragie punctiforme visible en FLAIR et en DWI, mieux en T2 étoile, et plus visible en T1.
Source : Hellerhoff, Wikimedia Commons · CC BY
Comment définir la commotion cérébrale et qui est le plus touché ?
La commotion cérébrale liée au sport (SRC, Sport-Related Concussion) est définie par le consensus Amsterdam 2022 comme un traumatisme crânio-cérébral léger induit par des forces biomécaniques transmises à la tête, au cou ou au tronc. Elle se manifeste par l'apparition rapide d'une altération brève des fonctions neurologiques, qui se résout spontanément dans la majorité des cas.¹ La SRC est un sous-ensemble du traumatisme crânio-cérébral léger (mTBI) ; les deux termes sont souvent utilisés de manière interchangeable, bien que la SRC implique un contexte sportif spécifique. Sur le plan épidémiologique, les sports de contact (rugby, hockey sur glace, football américain, boxe, MMA) et les sports avec risque de chute (cyclisme, sports équestres, sports de neige) concentrent l'essentiel des cas. Chez l'adulte, environ 90 % des SRC se résolvent en 14 jours ; chez l'adolescent, ce délai s'étend fréquemment à 4 semaines.¹ Les femmes présentent des durées de récupération significativement plus longues que les hommes à exposition équivalente, un phénomène robuste mais dont les mécanismes (hormonaux, biomécaniques cervicaux, déclaration des symptômes) restent débattus.¹- SRC = traumatisme crânien léger d'origine biomécanique, diagnostic clinique (pas d'imagerie en routine).
- 90 % de résolution en ≤ 14 j (adulte), 4 semaines (adolescent), récupération plus longue chez les femmes.
- Antécédent de commotion = principal facteur de risque de récidive et de récupération prolongée.
Que se passe-t-il dans le cerveau ? Cascade neurométabolique et évolution naturelle

IRMIRM cérébrale en séquence de susceptibilité magnétique (SWI) : petit dépôt d'hémosidérine cerclé, séquelle d'une microhémorragie traumatique après un traumatisme crânien léger compliqué.
Source : Iverson et al., Rehabilitation research and practice, 2012, figure 1 · CC BY
Bibliographie
- Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport-Amsterdam, October 2022. Br J Sports Med. 2023;57(11):695-711. PMID 37316210.
- Giza CC, Hovda DA. The new neurometabolic cascade of concussion. Neurosurgery. 2014;75(Suppl 4):S24-S33. PMID 25232881.
- McCrory P, Meeuwisse W, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport — the 5th international conference on concussion in sport held in Berlin, October 2016. Br J Sports Med. 2017;51(11):838-847. PMID 28446457.
Comment évaluer et diagnostiquer la commotion cérébrale avec certitude ?
Quels outils utiliser pour évaluer une commotion ? SCAT6, BESS et tests cervicaux
Le SCAT6 (Sport Concussion Assessment Tool, 6ᵉ édition), publié dans le consensus Amsterdam 2022, est l'outil standardisé de référence pour l'évaluation aiguë et sub-aiguë de la SRC.¹ Il comprend plusieurs sections : reconnaissance immédiate (avec drapeaux rouges), évaluation des symptômes (22 items cotés 0-6), orientation cognitive, mémoire immédiate et différée, équilibre et coordination, et tests neurologiques. Pour le grand public et le personnel non médical, le CRT6 (Concussion Recognition Tool 6) fournit un guide simplifié de reconnaissance et d'orientation.¹ L'évaluation de l'équilibre repose classiquement sur le BESS (Balance Error Scoring System) : 3 positions (deux pieds, pied dominant, tandem) sur 2 surfaces (sol ferme, mousse), chacune 20 secondes, en comptant les erreurs (cumul maximum 60). Le BESS modifié (mBESS, 3 positions sur sol ferme uniquement) est intégré au SCAT6.¹ L'examen cervical est indispensable et trop souvent négligé : il comprend l'évaluation des amplitudes actives (flexion/extension, rotations, inclinaisons), la palpation des muscles sub-occipitaux et trapèze, et la recherche de douleurs reproductibles évoquant une composante cervicogénique. Les tests vestibulo-oculomoteurs (poursuite oculaire lisse, saccades horizontales et verticales, vergence, VOR, Vestibulo-Ocular Reflex, gaze stabilization) complètent l'évaluation et orientent vers une rééducation spécifique en cas d'anomalies.¹Comment distinguer la commotion des pathologies associées (cervicogène, vestibulaire) ?
La SRC s'accompagne fréquemment de pathologies associées qu'il faut savoir reconnaître pour orienter le traitement :- Composante cervicogénique : céphalée d'origine cervicale, vertige cervicogène (déclenché par les mouvements de la tête, avec composante proprioceptive cervicale altérée), cervicalgie reproductible à la palpation. Un examen cervical complet (palpation, amplitudes, tests de provocation) est indispensable.¹
- Dysfonction vestibulaire centrale ou périphérique : vertige rotatoire, instabilité, anomalies du VOR ou de la gaze stabilization. Le test VOMS (Vestibular/Ocular Motor Screening) est utile pour le dépistage.¹
- Dysfonction oculomotrice : difficultés à la lecture, fatigue oculaire, anomalies de la vergence ou des saccades.
- Composante psycho-affective : anxiété, dépression, troubles du sommeil, souvent sous-diagnostiqués mais corrélés à la récupération prolongée.²
- SCAT6 = outil standard d'évaluation (symptômes, cognition, équilibre, oculomotricité).
- BESS pour l'équilibre, VOMS pour le vestibulo-oculaire, examen cervical systématique.
- Identifier le phénotype dominant (cervical, vestibulaire, oculomoteur, cognitif, anxiété/migraine) guide la rééducation ciblée.
Bibliographie
- Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport-Amsterdam, October 2022. Br J Sports Med. 2023;57(11):695-711. PMID 37316210.
- McCrory P, Meeuwisse W, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport — the 5th international conference on concussion in sport held in Berlin, October 2016. Br J Sports Med. 2017;51(11):838-847. PMID 28446457.
Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour la commotion cérébrale ?
Repos relatif ou actif ? Que dit la recherche ?
La conception historique du repos strict prolongé ("cocooning") comme traitement de référence de la commotion est aujourd'hui obsolète. La revue systématique de Schneider et al. (2017, BJSM), commissionnée pour le consensus Berlin, conclut qu'un repos relatif de 24 à 48 heures est suffisant en phase aiguë, et qu'une reprise progressive d'activité (cognitive et physique sous-seuil) à partir de 48 h améliore les résultats par rapport à un repos prolongé.¹ Le mécanisme proposé : le repos prolongé induit un déconditionnement physiologique, une anxiété d'évitement, des troubles du sommeil et une kinésiophobie qui prolongent paradoxalement les symptômes. Le retour à une activité contrôlée stimule au contraire la récupération neurométabolique et psychologique.¹Exercice aérobie sous-seuil : la révolution Leddy
L'essai randomisé de référence Leddy et al. (2019, JAMA Pediatrics) a transformé la prise en charge en démontrant qu'un exercice aérobie sous-seuil symptomatique, prescrit dès 2-10 jours après la commotion chez l'adolescent sportif, raccourcit significativement la récupération.² Le protocole repose sur le Buffalo Concussion Treadmill Test (BCTT) : test d'effort progressif sur tapis pour déterminer le seuil d'apparition des symptômes (heart rate threshold, HRt). Le patient est ensuite prescrit un exercice quotidien (20 min, 5-6 jours/semaine) à 80-90 % du HRt, à augmenter progressivement. Résultats : le groupe exercice aérobie a récupéré en médiane 13 jours contre 17 jours pour le groupe étirements cervicaux (HR 0,52 ; IC 95 % 0,33-0,80 ; p = 0,009), sans surcroît d'effets indésirables ni d'aggravation des symptômes.² Ce protocole est désormais intégré au consensus Amsterdam 2022 comme intervention de niveau de preuve élevé pour les SRC persistantes ou à risque de prolongation.Rééducation cervico-vestibulaire et oculomotrice
L'essai randomisé pivot de Schneider et al. (2014, BJSM) a démontré la valeur ajoutée d'une rééducation cervico-vestibulaire combinée chez les patients présentant des symptômes persistants (cervicalgie, céphalée ou vertige) après commotion sportive.³ Méthodologie : 31 patients (12-30 ans) avec symptômes persistants > 10 jours randomisés en deux groupes (intervention vs contrôle attentif). L'intervention comprenait thérapie manuelle cervicale (mobilisations, manipulations), exercices cervicaux (contrôle moteur, endurance), rééducation vestibulaire (habituation, VOR exercises, gaze stabilization) et exercices d'équilibre, sur 8 semaines. Résultats : 73 % (11/15) des patients du groupe intervention ont été libérés médicalement pour le retour au sport à 8 semaines, contre 7 % (1/14) dans le groupe contrôle (RR ajusté : 3,91 ; IC 95 % 1,34-11,34 ; p = 0,002). Ces résultats, bien que sur petit effectif, restent parmi les plus marquants en rééducation post-commotionnelle et figurent dans les recommandations Amsterdam 2022.³| Intervention | Timing | Niveau de preuve | Référence pivot |
|---|---|---|---|
| Éducation patient (information, rassurance, plan) | Dès J0 | Élevé | Patricios 2023 |
| Repos relatif 24-48 h puis reprise progressive | J0-J2 | Élevé | Schneider 2017 |
| Exercice aérobie sous-seuil (BCTT-guided) | J2-J10 | Élevé | Leddy 2019 |
| Rééducation cervico-vestibulaire si symptômes persistants | ≥ J10 | Modéré | Schneider 2014 |
| Thérapie cognitivo-comportementale (PCS) | ≥ 4 sem | Modéré | Patricios 2023 |
| Pharmacologie (mélatonine, antalgiques) | Symptomatique | Faible (symptomatique) | Patricios 2023 |
| Repos strict prolongé ("cocooning") | — | Non recommandé | Schneider 2017 |
- Repos strict obsolète : 24-48 h max, puis reprise progressive (Schneider 2017).
- Exercice aérobie sous-seuil dès J2-J10 : médiane 13 j vs 17 j (Leddy 2019).
- Rééducation cervico-vestibulaire si symptômes persistants > 10 j : ×3,91 chance de retour au sport (Schneider 2014).
- Pas de traitement pharmacologique spécifique validé.
Bibliographie
- Schneider KJ, Leddy JJ, Guskiewicz KM, et al. Rest and treatment/rehabilitation following sport-related concussion: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(12):930-934. PMID 28341726.
- Leddy JJ, Haider MN, Ellis MJ, et al. Early Subthreshold Aerobic Exercise for Sport-Related Concussion: A Randomized Clinical Trial. JAMA Pediatr. 2019;173(4):319-325. PMID 30715132.
- Schneider KJ, Meeuwisse WH, Nettel-Aguirre A, et al. Cervicovestibular rehabilitation in sport-related concussion: a randomised controlled trial. Br J Sports Med. 2014;48(17):1294-1298. PMID 24855132.
- Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport-Amsterdam, October 2022. Br J Sports Med. 2023;57(11):695-711. PMID 37316210.
Comment assurer une récupération durable et le retour au sport ?
Le protocole de retour au sport en 6 étapes
Le consensus Berlin 2016 (McCrory 2017) puis Amsterdam 2022 (Patricios 2023) formalise un protocole gradué de retour au sport (RTP) en 6 étapes, chacune séparée par un minimum de 24 heures sans symptômes. Tout retour de symptômes impose un retour à l'étape précédente.¹٬²| Étape | Activité | Objectif |
|---|---|---|
| 1 | Activités quotidiennes sans symptôme | Permettre le retour aux activités quotidiennes (lecture, écran limité, marche). |
| 2 | Exercice aérobie léger (marche rapide, vélo stationnaire) | Augmenter le rythme cardiaque (≤ 70 % FC max), pas de mouvement de tête. |
| 3 | Exercice spécifique au sport (course, patinage léger) | Ajouter du mouvement, pas d'impact ni de contact. |
| 4 | Entraînement sans contact | Exercices techniques, coordination, charge cognitive accrue. |
| 5 | Entraînement avec contact (après autorisation médicale) | Retour à l'entraînement complet en équipe. |
| 6 | Retour à la compétition | Reprise normale après validation médicale. |
Quels sont les facteurs de récupération prolongée ?
La revue systématique d'Iverson et al. (2017, BJSM) identifie plusieurs facteurs prédictifs de récupération prolongée après SRC, utiles à la stratification clinique dès l'évaluation initiale :³- Sévérité initiale des symptômes (score symptomatique élevé au SCAT) : prédicteur le plus robuste.
- Antécédents de commotion(s) antérieure(s).
- Sexe féminin : récupération plus longue à exposition équivalente.
- Jeune âge (adolescents > adultes).
- Antécédents personnels : migraine, troubles anxieux ou dépressifs, troubles d'apprentissage, ADHD.
- Symptômes cognitifs ou vestibulaires/oculomoteurs initiaux marqués.
- Protocole RTP en 6 étapes (Berlin/Amsterdam) : ≥ 24 h par étape, arrêt si symptômes.
- Return to Learn avant Return to Play : le scolaire/cognitif passe avant le sportif.
- Facteurs de récupération prolongée (Iverson 2017) : sévérité initiale, antécédents de commotion, sexe féminin, jeune âge, comorbidités (migraine, anxiété).
Bibliographie
- Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport-Amsterdam, October 2022. Br J Sports Med. 2023;57(11):695-711. PMID 37316210.
- McCrory P, Meeuwisse W, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport — the 5th international conference on concussion in sport held in Berlin, October 2016. Br J Sports Med. 2017;51(11):838-847. PMID 28446457.
- Iverson GL, Gardner AJ, Terry DP, et al. Predictors of clinical recovery from concussion: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(12):941-948. PMID 28566342.
Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur la commotion cérébrale ?
Deux cas cliniques illustrant la prise en charge multimodale
Cas 1 : Sportif de 24 ans, symptômes post-commotionnels persistants traités par thérapies manuelles multimodales
Le case report publié dans Frontiers in Neurology (2021) documente la prise en charge d'un athlète de 24 ans présentant des symptômes post-commotionnels persistants (céphalées, vertiges, cervicalgie) au-delà du délai habituel de résolution. L'approche multimodale combinait thérapie manuelle cervicale (mobilisations articulaires, techniques sur les tissus mous), rééducation vestibulo-oculomotrice (habituation, exercices de VOR, gaze stabilization) et retour gradué à l'activité. Le case report rapporte une résolution complète des symptômes et un retour au sport, illustrant l'intérêt clinique d'une approche multidimensionnelle ciblée sur les phénotypes dominants.¹Cas 2 : Patient avec syndrome post-commotionnel traité par réentraînement neuromoteur
Un second case report (2021) explore l'intérêt du réentraînement neuromoteur en complément de la thérapie manuelle et de la rééducation vestibulaire chez un patient avec syndrome post-commotionnel persistant. Le programme intégrait exercices de contrôle moteur cervical, perturbations posturales et tâches duales cognitives-motrices, démontrant l'amélioration progressive des symptômes vestibulaires et cervicogéniques.² Ces deux cas illustrent un principe consensuel : la prise en charge du syndrome post-commotionnel persistant ne peut être unidimensionnelle. Elle doit cibler simultanément les phénotypes dominants identifiés à l'évaluation (cervical, vestibulaire, oculomoteur, cognitif, anxieux, migraine), avec une intensification progressive sous le seuil symptomatique.Diagnostics différentiels critiques à ne pas manquer
Toute évaluation post-traumatique doit envisager les diagnostics différentiels critiques, dont certains constituent des urgences vitales :- Hémorragie intracrânienne (hématome sous-dural ou extra-dural) : céphalée progressive, vomissements, détérioration de la conscience, déficit neurologique focal → imagerie en urgence.
- Hémorragie sous-arachnoïdienne : céphalée explosive "en coup de tonnerre" → imagerie urgente (scanner sans contraste).
- Dissection artérielle cervicale (carotide ou vertébrale) : cervicalgie violente unilatérale, céphalée, syndrome de Claude-Bernard-Horner, AVC ischémique → angio-IRM ou angio-scanner.
- Fracture cervicale avec ou sans atteinte médullaire : douleur, raideur, déficit neurologique → immobilisation cervicale et imagerie.
- Migraine post-traumatique : céphalée pulsatile avec aura possible, antécédents migraineux.
- VPPB (vertige paroxystique positionnel bénin) : vertige rotatoire bref déclenché par les changements de position de la tête → manœuvre d'Epley.
- Syndrome post-commotionnel (PCS) : symptômes persistants > 3 mois, sans lésion structurelle.
Bibliographie
- Case report. Manual therapies promote resolution of persistent post-concussion symptoms in a 24-year-old athlete. Front Neurol. 2021. PMC 7829464.
- Case report. The Utility of Neuromotor Retraining to Augment Manual Therapy and Vestibular Rehabilitation in a Patient with Post-Concussion Syndrome. 2021. PMC 7872469.
- Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport-Amsterdam, October 2022. Br J Sports Med. 2023;57(11):695-711. PMID 37316210.
Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quand orienter en urgence ? Drapeaux rouges de la commotion cérébrale
La reconnaissance immédiate des drapeaux rouges est la première compétence non négociable de tout intervenant (clinicien, entraîneur, soigneur, kinésithérapeute de terrain). Leur présence impose un arrêt immédiat du jeu et une orientation médicale d'urgence (SAMU/15, urgences hospitalières).¹🚩 Drapeaux rouges imposant une orientation urgente
- Céphalée explosive "en coup de tonnerre" ou céphalée progressive et intense → suspicion d'hémorragie sous-arachnoïdienne ou intracrânienne.
- Perte de conscience prolongée (> 1 minute) ou récurrente.
- Vomissements répétés (≥ 2 épisodes).
- Crises convulsives ou mouvements anormaux.
- Déficits neurologiques focaux : hémiplégie, aphasie, anisocorie, troubles visuels, ataxie sévère.
- Détérioration progressive de l'état de conscience (GCS en baisse).
- Suspicion de lésion rachidienne cervicale : douleur cervicale intense, paresthésies des membres → immobilisation cervicale stricte avant toute mobilisation.
- Mécanisme à haute énergie : chute de hauteur, impact violent, suspicion de fracture de la base du crâne (otorrhée, rhinorrhée de LCR, hématome rétro-auriculaire ou péri-orbitaire bilatéral).
- Trouble du comportement marqué, confusion persistante ou désorientation prolongée.
⚠️ Tout drapeau rouge → arrêt immédiat, appel 15/SAMU, ne pas remettre au jeu, ne pas mobiliser si suspicion de trauma rachidien. Imagerie en urgence (scanner cérébral ± rachis cervical).
Mesurer les résultats et collaborer en équipe pluridisciplinaire
La mesure standardisée des résultats est indispensable. Les PROMs validés les plus utilisés sont :- RPQ (Rivermead Post-Concussion Symptoms Questionnaire) : 16 items, score 0-64, suivi longitudinal.
- PCSI (Post-Concussion Symptom Inventory) : versions adaptées par âge (enfant, adolescent, adulte).
- SCAT6 symptom severity score : intégré au SCAT, 22 items × 6 = score 0-132.
- HIT-6 (Headache Impact Test) si céphalées prédominantes.
- DHI (Dizziness Handicap Inventory) si vertige prédominant.
- Reconnaître les drapeaux rouges = compétence non négociable (céphalée explosive, vomissements répétés, déficit focal, conscience altérée).
- Mesurer avec des PROMs validés : RPQ, PCSI, SCAT6 symptom score.
- Travailler en équipe pluridisciplinaire : médecin du sport + neuropsychologue + ORL + kinésithérapeute.
- Le kiné a un rôle central dans la coordination, les phénotypes cervicaux/vestibulaires et le retour progressif à l'effort.
Bibliographie
- Patricios JS, Schneider KJ, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport: the 6th International Conference on Concussion in Sport-Amsterdam, October 2022. Br J Sports Med. 2023;57(11):695-711. PMID 37316210.
- McCrory P, Meeuwisse W, Dvorak J, et al. Consensus statement on concussion in sport — the 5th international conference on concussion in sport held in Berlin, October 2016. Br J Sports Med. 2017;51(11):838-847. PMID 28446457.
- Iverson GL, Gardner AJ, Terry DP, et al. Predictors of clinical recovery from concussion: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(12):941-948. PMID 28566342.
Et après cette lecture ?
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