Publié le
Neuropathie d'enclavement · Membre supérieur
Le syndrome du canal de Guyon : ce que le dos de la main permet d'affirmer
Une main qui fourmille sur ses deux derniers doigts fait penser au coude. Elle le fait si spontanément que le poignet, où le nerf ulnaire traverse pourtant un second défilé étroit, n'est souvent même pas examiné. Un signe simple sépare les deux niveaux, et il ne coûte rien : la sensibilité du dos de la main.
Synthèse clinique
Le canal de Guyon est un défilé de 4 à 4,5 cm à la face antéro-interne du poignet, fermé en avant par le ligament carpien palmaire, tendu entre le pisiforme et l'hamulus de l'hamatum. Le nerf ulnaire y entre en tronc et s'y divise en une branche superficielle, sensitive, et une branche profonde, motrice. Cette division commande tout le raisonnement clinique : selon l'endroit précis où le nerf est comprimé, le tableau est purement moteur, purement sensitif, ou mixte1.
Le syndrome est rare, et il faut le dire d'emblée parce que cela conditionne la lecture de tout ce qui suit. Il n'existe ni essai randomisé, ni méta-analyse d'intervention sur cette localisation. La plus grande série chirurgicale publiée réunit 56 patients recrutés en vingt ans sur six établissements7 ; la revue de littérature la plus large sur la cause la plus fréquente, le kyste synovial, totalise 73 cas rapportés dans 35 articles8. Le guide de traitement de référence est un consensus d'experts qui écrit lui-même que les données d'efficacité « font défaut »15.
Le point discriminant. La branche cutanée dorsale du nerf ulnaire, qui innerve le dos de la main sur son versant interne, quitte le tronc nerveux à une distance médiane de 6,8 cm en amont de la pointe du styloïde ulnaire4. Elle ne traverse donc pas le canal. Une compression au poignet épargne le dos de la main ; une compression au coude ne l'épargne pas. C'est un raisonnement anatomique, pas un test validé, sa sensibilité et sa spécificité n'ont jamais été mesurées, mais il oriente l'examen mieux que n'importe quelle manœuvre de provocation disponible ici.
Les causes. Contrairement au canal carpien, la forme idiopathique n'est pas la règle. Dans la série de Lee, la première cause est une tumeur au sens large, kyste synovial en tête, avec 23 cas sur 56, devant l'idiopathique (17), le traumatisme (12), les variantes anatomiques (3) et l'inflammation (3)7. Un syndrome du canal de Guyon impose donc de chercher une cause occupant l'espace, ce qui n'est pas vrai de toutes les neuropathies d'enclavement.
Le cycliste. C'est la cause professionnelle et sportive la mieux documentée. Après une seule sortie de 600 km, 23 cyclistes sur 25 présentent des symptômes moteurs, sensitifs ou les deux18. Les mesures de pression expliquent pourquoi : sans gants, la région hypothénarienne encaisse des pics de 134 à 165 kPa, et la position basse au cintre est la pire20.
Ce que le kiné peut faire. Le consensus européen HANDGUIDE, construit par 35 experts en trois tours de Delphi, retient que le patient doit toujours recevoir des instructions, et que ces instructions doivent être combinées à autre chose : attelle, ou chirurgie. Le choix se fait sur la sévérité, la durée et les traitements déjà tentés15. Le niveau de preuve est celui d'un avis d'experts, et il faut le présenter comme tel.
Où passe exactement le nerf ulnaire au poignet, et pourquoi trois zones ?
Ce chapitre pose l'anatomie dont dépend tout le reste. Le canal de Guyon n'est pas un tube homogène : le nerf s'y divise, et le niveau de la division sépare trois tableaux cliniques radicalement différents. Un clinicien qui connaît les trois zones lit un examen neurologique comme une carte.
Le canal de Guyon (les anglophones disent aussi ulnar tunnel, tunnel ulnaire) est un défilé fibro-osseux de la face antérieure et interne du poignet. Il fut décrit en 1861 par Jean Casimir Félix Guyon, chirurgien urologue français, et sa description anatomique moderne, celle sur laquelle repose encore la pratique, date de 1985 : c'est le travail de Gross et Gelberman publié dans Clinical Orthopaedics and Related Research1.
Ces auteurs mesurent le tunnel : 4 à 4,5 cm de longueur. Ils en décrivent les parois. Le plancher est formé par le ligament transverse du carpe et les ligaments piso-hamatien et piso-métacarpien. Le toit est le ligament carpien palmaire, une lame fibreuse tendue depuis le pisiforme. Les deux piliers latéraux sont osseux : le pisiforme en dedans, l'hamulus de l'hamatum, le crochet de l'os crochu, en dehors. Entre ces quatre parois cheminent le nerf ulnaire et l'artère ulnaire, cette dernière située en dehors du nerf.
La division, et pourquoi elle change tout
Dans le canal, le nerf ulnaire se divise en deux branches terminales. La branche superficielle est essentiellement sensitive : elle innerve la face palmaire du cinquième doigt et de la moitié interne du quatrième, et donne un rameau moteur au muscle court palmaire. La branche profonde est purement motrice : elle contourne l'hamulus, traverse le hiatus piso-hamatien et gagne les muscles intrinsèques de la main, hypothénariens, interosseux, deux derniers lombricaux, adducteur du pouce et chef profond du court fléchisseur du pouce.
C'est cette division qui fonde la partition de Gross et Gelberman en trois zones. La zone 1 est la portion du tunnel située en amont de la bifurcation : le nerf y est encore un tronc mixte. La zone 2 entoure la branche motrice profonde après la division. La zone 3 entoure la branche superficielle sensitive.
Le défilé du canal de Guyon et les territoires sensitifs de la main
Coupe du canal, division en trois zones, et ce que chaque territoire dit du niveau de la lésion. D'après Gross & Gelberman 1985 (PMID 3995823) pour la partition en zones, et Uerpairojkit 2019 (PMID 30518284) pour l'origine de la branche cutanée dorsale.
Sources : Gross MS, Gelberman RH. Clin Orthop Relat Res 1985;(196):238-47, PMID 3995823 · Uerpairojkit C et al. J Hand Surg Eur Vol 2019;44(3):263-8, PMID 30518284.
Ce que la revue de 1985 a réellement compté
La force de l'article de Gross et Gelberman n'est pas seulement descriptive. Les auteurs ont confronté leur partition anatomique à la littérature des compressions ulnaires alors publiée, et le résultat est d'une netteté rare. Les 39 cas de déficit à la fois moteur et sensitif siégeaient tous en zone 1. Les 36 lésions de zone 2 ont toutes produit une paralysie des muscles intrinsèques, l'atteinte des hypothénariens dépendant du niveau exact atteint dans la zone. Les lésions de zone 3 n'ont donné que des déficits sensitifs.
Une précision de cette revue est directement utile au lit du patient, et elle est presque toujours omise dans les résumés de seconde main. Le déficit mixte, écrivent les auteurs, résultait le plus souvent d'une compression exercée en profondeur du nerf ; les déficits purement sensitifs, d'une lésion siégeant en superficie. Autrement dit, le tableau clinique ne renseigne pas seulement sur le niveau longitudinal de la compression, mais aussi sur la position de la cause par rapport au nerf : une information qui compte quand on cherche un kyste à l'échographie.
Quatre mesures anatomiques qui commandent la clinique
Chiffres issus d'études anatomiques et d'une méta-analyse échographique. Niveau de preuve : anatomie descriptive et valeurs de référence, non transposables à un patient donné.
Sources : PMID 3995823 · PMID 30518284 · PMID 33527596 · PMID 15832354.
Le hiatus piso-hamatien, et pourquoi la partie distale est la plus exposée
Une étude cadavérique turque publiée dans Clinical Anatomy en 2005 a disséqué 37 mains et avant-bras issus de 19 cadavres pour chercher ce qui, dans ce canal, pouvait servir de mécanisme de compression2. Deux résultats méritent d'être connus.
D'abord, une arche fibreuse tendue entre le pisiforme et l'hamulus a été retrouvée dans 21 mains sur 37. Dans la majorité des cas, le muscle court fléchisseur du cinquième doigt naissait de cette seule arche. Ce n'est donc pas une anomalie : c'est une structure fréquente, et le passage qu'elle délimite, le hiatus piso-hamatien, est un point de striction naturel.
Ensuite, un muscle surnuméraire a été trouvé dans 6 mains, dont 4 où il traversait ce hiatus en compagnie de la branche profonde. Dans deux de ces quatre, la branche superficielle accompagnait également la profonde sous ce muscle anormal. Les auteurs concluent que la portion distale du canal de Guyon présente un risque relativement plus élevé d'enclavement du nerf ulnaire. Cela recoupe exactement l'observation clinique : les tableaux moteurs purs, de zone 2, ne sont pas rares alors même que la zone 2 est la plus courte.
Ce que l'échographie considère comme normal
Depuis une dizaine d'années, l'échographie haute fréquence permet de mesurer l'aire de section transversale du nerf, et une augmentation de cette aire au point de compression est l'argument échographique d'un enclavement. Encore faut-il connaître la norme. Une revue systématique avec méta-analyse publiée dans European Journal of Neurology en 2021 a rassemblé 74 études, 4 186 volontaires sains et 18 226 sites nerveux pour établir ces valeurs de référence3.
Au canal de Guyon, l'aire de section moyenne poolée du nerf ulnaire est de 4,1 mm², avec un intervalle de confiance à 95 % de 3,6 à 4,6 mm², sur 1 688 mesures. C'est un nerf fin : à titre de comparaison, le nerf médian au poignet mesure 8,3 mm² et le nerf ulnaire au coude 5,9 mm². Les auteurs signalent un effet positif de la taille et du poids sur les différents sites ulnaires, ce qui invite à ne pas appliquer un seuil unique à toutes les morphologies.
- Le canal de Guyon mesure 4 à 4,5 cm. Le nerf ulnaire y entre en tronc et s'y divise en une branche superficielle sensitive et une branche profonde motrice.
- Trois zones, trois tableaux. Zone 1, en amont de la bifurcation : déficit mixte. Zone 2, branche profonde : déficit moteur pur. Zone 3, branche superficielle : déficit sensitif pur. Dans la revue de 1985, la correspondance était totale sur 39 et 36 cas.
- Un déficit mixte oriente vers une compression située en profondeur du nerf, un déficit sensitif pur vers une lésion superficielle. C'est une indication de recherche pour l'échographie.
- La portion distale du canal est la plus exposée : une arche fibreuse piso-hamatienne est présente dans 21 mains sur 37, et un muscle surnuméraire peut emprunter le même hiatus que la branche profonde.
- Aire de section échographique normale du nerf ulnaire au canal : 4,1 mm² (IC95 % 3,6-4,6). Le nerf est fin, et la norme dépend de la morphologie.
Pourquoi le dos de la main tranche-t-il entre le poignet et le coude ?
C'est le raisonnement le plus utile de cet article, et le plus simple à retenir. Il repose sur un fait d'anatomie mesuré, pas sur une manœuvre de provocation : la branche qui innerve le dos de la main quitte le nerf ulnaire bien avant le poignet. Ce chapitre explique pourquoi le signe fonctionne, et, tout aussi important, ce qu'il ne permet pas d'affirmer.
Un patient se présente avec des fourmillements du cinquième doigt et du bord interne du quatrième, peut-être une maladresse fine, peut-être un début d'amyotrophie du premier espace interosseux. Le réflexe dominant est de penser au coude, et il n'est pas absurde : la neuropathie ulnaire au coude est, selon la revue Cochrane 2025, la deuxième neuropathie d'enclavement la plus fréquente après le syndrome du canal carpien16. Statistiquement, c'est le bon pari. Cliniquement, c'est un pari qu'il faut vérifier, et la vérification tient en une question.
Le fait anatomique, et son chiffre
Le nerf ulnaire donne, à l'avant-bras distal, une branche appelée branche cutanée dorsale. Elle contourne l'ulna, passe au dos du poignet et innerve la peau de la face dorsale de la main sur son versant interne : le cinquième doigt, la moitié interne du quatrième, et la région du cinquième métacarpien.
Cette branche naît en amont du canal de Guyon. Une étude anatomique thaïlandaise publiée dans le Journal of Hand Surgery (European Volume) en 2019 l'a mesuré sur 44 dissections d'avant-bras : la branche cutanée dorsale prend son origine à une distance médiane de 6,8 cm en amont de la pointe du styloïde ulnaire4. Le canal de Guyon, lui, occupe les quatre à quatre centimètres et demi les plus distaux1. La branche a donc déjà quitté le tronc, largement, quand celui-ci s'engage dans le défilé.
La conséquence est directe. Une lésion dans le canal de Guyon ne peut pas atteindre une branche qui n'y passe pas. La sensibilité du dos de la main est donc conservée. Une lésion au coude, en revanche, siège bien en amont de l'origine de cette branche : elle l'atteint, et la sensibilité dorsale est altérée.
Où la lésion siège-t-elle ? L'arbre qui part du dos de la main
Raisonnement anatomique fondé sur l'origine de la branche cutanée dorsale (Uerpairojkit 2019, 44 dissections) et sur la partition en zones (Gross & Gelberman 1985). Attention : la performance diagnostique de cette démarche n'a jamais été mesurée.
Sources : PMID 30518284 · PMID 3995823. Arbre de raisonnement anatomique : aucune étude n'en a mesuré la sensibilité ni la spécificité.
Les trois réserves qu'il faut poser avec le signe
Un raisonnement anatomique solide n'est pas un test validé, et présenter celui-ci comme une certitude serait exactement le genre de raccourci que cet article cherche à éviter. Trois réserves l'accompagnent.
Première réserve : sa performance n'a jamais été mesurée. Aucune des études réunies pour cet article ne fournit de sensibilité ni de spécificité pour l'examen de la sensibilité dorsale dans la distinction poignet-coude. Le raisonnement est anatomiquement contraignant ; sa traduction clinique, chez un patient réel, avec un examen sensitif dont on connaît la variabilité inter-examinateur, ne l'est pas. On l'utilise comme une orientation forte, jamais comme une preuve.
Deuxième réserve : l'anatomie de cette branche varie. Une étude japonaise sur 30 pièces cadavériques a identifié deux modes de division : un type proximal, où la branche contourne l'ulna en amont du processus styloïde, retrouvé dans 21 cas sur 30, et un type distal, où elle le contourne en aval, dans 9 cas sur 306. Une autre étude, sur 28 pièces fraîches, a montré que la branche se subdivise elle-même : deux rameaux en moyenne au niveau de la surface articulaire ulnaire distale, jusqu'à quatre5. Les auteurs de l'étude thaïlandaise concluent d'ailleurs, à propos du repérage chirurgical, qu'ils n'ont pas pu définir de zone sûre4. Une variation anatomique ne rend pas le raisonnement faux, mais elle explique qu'un cas s'en écarte.
Troisième réserve, et la plus importante en pratique : les deux niveaux peuvent coexister. Une série coréenne publiée dans BMC Musculoskeletal Disorders en 2024 rapporte sept cas de compression ulnaire simultanée au coude et au poignet10. Les auteurs sont explicites : « le diagnostic par le seul examen clinique est difficile », et l'électromyogramme usuel « peut ne pas confirmer » le diagnostic, parce que les protocoles standards n'incluent pas de test segmentaire au poignet. Leur recommandation pratique mérite d'être retenue telle quelle : devant une amélioration post-opératoire moindre qu'attendu après chirurgie d'un tunnel cubital, il faut envisager une double compression.
Drapeaux rouges devant un déficit ulnaire de la main
- Déficit sensitif débordant le territoire ulnaire, ou atteignant la face dorsale de l'avant-bras → la lésion n'est ni au poignet ni au coude. Penser à une atteinte du plexus brachial (tronc inférieur) ou à une radiculopathie C8-T1, deux entités que la revue de Chen et Tsai place explicitement parmi les pathologies confondantes11.
- Masse pulsatile de la région hypothénarienne, doigts froids ou blancs, antécédent de percussions répétées avec le talon de la main → syndrome du marteau hypothénarien, avec anévrisme ou thrombose de l'artère ulnaire. Un cas publié en 2024 montre cette présentation comprimant le nerf23. Avis vasculaire, pas rééducation.
- Amyotrophie installée du premier espace interosseux, main creuse, griffe des deux derniers doigts → l'atteinte motrice est déjà sévère et la fenêtre de récupération se referme. Adresser sans temporiser : le cas de Brown montre un déficit encore présent sept ans après21.
- Déficit bilatéral, ou associé à des troubles sensitifs des pieds → chercher une polyneuropathie avant de retenir un enclavement local. Voir la neuropathie périphérique, notamment diabétique.
- Installation brutale après un traumatisme du talon de la main, douleur à la pression de l'hamulus → fracture de l'hamulus de l'hamatum jusqu'à preuve du contraire. Imagerie osseuse, l'incidence standard la manque souvent.
Ce que le site dit déjà du niveau au-dessus
La distinction développée ici n'a d'intérêt que si les deux niveaux sont traités sérieusement. La compression du nerf ulnaire au coude fait l'objet d'un article complet sur ce site : le syndrome du tunnel cubital, qui détaille la classification de McGowan, les tests de provocation au coude, l'attelle nocturne et les indications chirurgicales. Le présent article ne le double pas : il traite le défilé situé quinze à vingt centimètres plus bas, dont les causes, l'imagerie et le traitement diffèrent.
Le lecteur qui hésite encore entre les deux niveaux après examen a une raison sérieuse de les explorer conjointement, et la série de double compression rappelée plus haut lui donne le protocole : des tests électrophysiologiques segmentaires, incluant le poignet, et pas seulement l'exploration standard du coude.
- La branche cutanée dorsale naît 6,8 cm (médiane) en amont du styloïde ulnaire : elle ne traverse pas le canal de Guyon.
- Dos de la main normal → poignet. Dos de la main atteint → coude ou plus haut. C'est une orientation anatomique forte, pas un test dont on connaîtrait la sensibilité.
- Trois réserves : performance jamais mesurée, anatomie variable (type proximal 21/30, distal 9/30), et possibilité d'une double compression coude + poignet.
- Devant une récupération décevante après chirurgie de tunnel cubital, penser au second niveau et demander des tests segmentaires au poignet.
Quelles sont les causes, et pourquoi le kyste vient-il en tête ?
Le canal carpien est, dans la grande majorité des cas, idiopathique. Le canal de Guyon ne l'est pas. C'est la différence la plus lourde de conséquences pratiques entre les deux, parce qu'elle fait de l'imagerie un examen utile ici, alors qu'elle ne l'est pas systématiquement là.
La série multicentrique coréenne publiée dans le Journal of Plastic, Reconstructive & Aesthetic Surgery en 2022 est la meilleure source disponible sur la répartition des causes7. Sept chirurgiens de la main, six établissements, une période de recrutement allant de janvier 2001 à décembre 2020 : soixante-dix patients dépistés, cinquante-six inclus. Les auteurs justifient eux-mêmes leur démarche par la rareté de l'affection : « en raison de la rareté de la maladie, les seules études publiées sur le syndrome du canal de Guyon sont des séries de cas de faible effectif ».
Ce que la série établit, et ce qu'elle ne peut pas établir
Le profil des patients opérés : âge moyen 48,4 ans (de 20 à 89 ans), 71,4 % d'hommes (40 sur 56), durée moyenne des symptômes avant l'intervention de 18,5 mois. La plupart étaient des employés de bureau. L'atteinte était unilatérale chez la plupart. Trente-huit patients (67,9 %) ont eu une décompression isolée du canal, dix-huit (32,1 %) une décompression nerveuse combinée à un autre site.
La répartition des causes, elle, est le résultat central :
Causes du syndrome du canal de Guyon dans la plus grande série opérée publiée
56 patients, 6 établissements, 2001-2020. Attention : ce sont des patients opérés. Les formes résolutives sans chirurgie ne figurent pas dans ce dénominateur, et la part de l'idiopathique y est donc probablement sous-estimée.
Source : Lee JH et al. J Plast Reconstr Aesthet Surg 2022;75(9):3269-78, PMID 35654688. Niveau de preuve IV (série de cas rétrospective).
Une lecture honnête de ce graphique demande une précaution que les résumés de seconde main omettent presque toujours. Ces 56 patients ont tous été opérés. Les formes légères, qui cèdent à l'arrêt du geste en cause ou à une attelle, ne sont pas dans ce dénominateur. Comme les causes occupant l'espace conduisent plus souvent au bloc que les formes fonctionnelles, la proportion de tumeurs est mécaniquement surestimée par rapport à ce qu'un cabinet de kinésithérapie voit passer. Ce que la série établit solidement, ce n'est pas « le kyste représente 41 % des syndromes du canal de Guyon » ; c'est « parmi les patients qu'on opère, la cause la plus fréquente est une masse », ce qui suffit amplement à justifier de la chercher.
Le kyste synovial, cause la plus documentée
La revue de la littérature la plus complète sur cette cause a été publiée dans European Journal of Orthopaedic Surgery & Traumatology en 2019 : elle recense 73 cas rapportés dans 35 articles de neuropathie ulnaire au poignet secondaire à un kyste synovial8. Soixante-treize cas en trente-cinq publications : c'est l'ordre de grandeur qu'il faut avoir en tête quand on parle de la cause « la plus fréquente » d'un syndrome déjà rare. Les auteurs distinguent les kystes extraneuraux, de loin les plus courants, et les kystes intraneuraux, beaucoup plus rares et de pronostic différent.
Une série chinoise publiée dans Injury en 2014 apporte l'observation la plus instructive pour le clinicien9. Neuf patients, recrutés sur onze ans, présentant une compression pure de la branche profonde par un kyste. Le tableau est décrit sans ambiguïté : « différents degrés d'atrophie musculaire et de faiblesse des interosseux et de l'adducteur du pouce étaient présents, sans perte sensitive de la main ». C'est la zone 2 de Gross et Gelberman, en clinique. Autre détail précieux : le kyste naissait de l'articulation piso-hamatienne dans huit cas sur neuf, ce qui indique où regarder à l'échographie.
La durée moyenne des symptômes avant l'intervention y était de 16 mois, avec des extrêmes de 5 à 32 mois. Ce délai revient dans toutes les séries (18,5 mois chez Lee) et il dit quelque chose d'important : ce diagnostic se pose tard, parce qu'on n'y pense pas.
Le traumatisme, et l'os qu'on oublie de radiographier
Douze des 56 patients de la série coréenne avaient une cause traumatique. Deux mécanismes dominent la littérature. Le premier est la fracture de l'hamulus de l'hamatum, classique chez le golfeur, le joueur de tennis ou de baseball, qui percute le talon de la main contre le manche. Le crochet de l'os crochu forme le pilier externe du canal : sa fracture, et plus encore sa pseudarthrose, entretiennent une irritation directe de la branche profonde. La revue de Tottas la cite parmi les causes principales8. Le piège est radiologique : cette fracture échappe aux incidences standard du poignet.
Le second mécanisme est vasculaire. L'artère ulnaire chemine avec le nerf dans le canal, et sa pathologie devient celle du nerf. Le syndrome du marteau hypothénarien, traumatismes répétés du talon de la main, conduit à une thrombose ou à un anévrisme de l'artère ulnaire, qui occupe alors l'espace. Un cas publié dans International Journal of Surgery Case Reports en 2024 décrit précisément cette séquence chez un homme jeune, traité par décompression et exérèse de l'anévrisme, avec des suites simples23. Les auteurs rappellent que les lésions vasculaires ne sont « pas la cause habituelle », mais qu'elles imposent un traitement propre.
Les variantes anatomiques et les causes inflammatoires
Trois patients de la série coréenne avaient une variante anatomique, trois une cause inflammatoire. Ce sont de petits nombres, mais ils correspondent à ce que l'anatomie prédit. L'étude cadavérique de Bozkurt, déjà citée, montre qu'un muscle surnuméraire traverse le hiatus piso-hamatien avec la branche profonde dans 4 mains sur 372 : la variante existe donc dans la population générale bien plus souvent qu'elle ne devient symptomatique, ce qui doit tempérer l'enthousiasme devant sa découverte fortuite à l'imagerie.
Côté inflammatoire, la revue de Scarborough et collègues, parue dans le British Journal of Hospital Medicine en 2020, liste les causes secondaires : fractures, affections inflammatoires, néoplasies, anomalies vasculaires, musculature aberrante, ou une combinaison de celles-ci, en indiquant que la cause la plus fréquente reste le kyste synovial12.
Le lien avec ce que le site traite déjà
Le corpus de Physio Learning traite les kystes synoviaux du poignet et de la main, et cet article cite déjà la compression du nerf ulnaire dans le canal de Guyon comme l'une des présentations atypiques à ne pas manquer. La relation entre les deux pages est directe et va dans les deux sens : le kyste est ici la première cause identifiée, et le canal de Guyon est là-bas la complication qui transforme une tuméfaction bénigne en indication chirurgicale. Le lecteur qui vient d'un kyste palpable trouvera dans l'article dédié les données de résolution spontanée et de récidive ; celui qui vient d'un déficit ulnaire trouvera ici la logique de zone.
- Le syndrome du canal de Guyon n'est pas majoritairement idiopathique. Dans la plus grande série opérée, la première cause est une masse : 23 cas sur 56, devant l'idiopathique (17), le traumatisme (12), les variantes (3) et l'inflammation (3).
- Ce dénominateur est opératoire : la part des masses y est surestimée par rapport à ce que voit un cabinet. Ce que la série justifie, c'est de chercher une cause occupante, pas d'annoncer un pourcentage.
- Le kyste naît de l'articulation piso-hamatienne dans 8 cas sur 9 quand il comprime la branche profonde : c'est là qu'il faut regarder.
- Deux causes traumatiques à ne pas manquer : la fracture de l'hamulus, invisible sur les incidences standard, et la pathologie de l'artère ulnaire (marteau hypothénarien).
- Le délai diagnostique moyen est de 16 à 18,5 mois selon les séries. Ce n'est pas une maladie qui évolue lentement : c'est un diagnostic auquel on pense tard.
Le cycliste : pourquoi cette main-là, et que peut-on y changer ?
C'est la seule population où le syndrome du canal de Guyon a été étudié prospectivement, avec des mesures avant et après exposition. Elle mérite son propre chapitre pour cette raison, et parce que c'est la seule situation où le kinésithérapeute dispose de leviers dont l'effet a été quantifié.
La paralysie du cycliste (cyclist's palsy, ou handlebar palsy), désigne l'atteinte du nerf ulnaire distal liée à l'appui prolongé des mains sur le cintre. C'est une entité ancienne, décrite dès 198117, mais dont l'ampleur réelle n'a été mesurée qu'au début des années 2000.
Ce qui se produit après une seule sortie longue
L'étude de référence est prospective et a été publiée dans l'American Journal of Sports Medicine en 200318. Vingt-cinq cyclistes, routiers ou vététistes, ont répondu à un questionnaire puis ont été examinés et interrogés avant et après une sortie de 600 kilomètres. Les auteurs commencent par poser une limite qu'il faut reprendre : l'incidence réelle de cette affection est inconnue.
Le résultat est frappant. Vingt-trois cyclistes sur vingt-cinq ont éprouvé des symptômes moteurs, sensitifs, ou les deux. Le détail par main compte davantage que ce chiffre global : symptômes moteurs isolés dans 36 % des mains testées, symptômes sensitifs isolés dans 10 %, et association des deux dans 24 %. La prédominance des formes motrices pures est cohérente avec l'anatomie : c'est la branche profonde, plaquée contre l'hamulus, qui encaisse l'appui.
Deux comparaisons sont instructives. Les vététistes ont eu significativement plus de déficits sensitifs que les routiers. En revanche, le niveau d'expérience ne protégeait pas : aucune différence significative selon l'expérience du cycliste, ni pour les symptômes moteurs, ni pour les sensitifs. L'idée qu'un cycliste aguerri « tient » mieux ne résiste pas à la mesure.
La confirmation électrophysiologique, et ce qu'elle localise
Une seconde étude publiée dans le même journal en 2005 a cherché la signature électrique de ce phénomène19. Quatorze sujets, vingt-huit mains, conductions nerveuses médianes et ulnaires réalisées avant et après un périple de six jours et 420 miles, soit environ 675 kilomètres. Il s'agit d'une étude de cohorte de niveau 2.
Le résultat est d'une précision anatomique remarquable. Les latences motrices distales de la branche profonde du nerf ulnaire, recueillies au premier interosseux dorsal, étaient significativement allongées après l'événement. En revanche, les conductions motrices et sensitives du nerf médian, ainsi que les conductions sensitives ulnaires et motrices recueillies à l'abducteur du cinquième doigt, n'ont pas changé significativement.
Autrement dit : ce n'est ni le tronc ulnaire, ni la branche superficielle, ni même la partie proximale de la branche profonde qui souffre. C'est la portion distale de la branche profonde, celle qui contourne l'hamulus et gagne les interosseux. La zone 2 de Gross et Gelberman, mesurée par l'électrophysiologie quarante ans après sa description anatomique.
Les auteurs signalent aussi un effet collatéral : une aggravation électrophysiologique et symptomatique d'un syndrome du canal carpien dans trois mains, et l'apparition d'un canal carpien dans une quatrième. Le cyclisme longue distance ne sollicite pas que le nerf ulnaire.
Ce que la pression mesurée autorise à conseiller
Reste à savoir quoi faire. Une étude biomécanique publiée dans Clinical Biomechanics en 2011 a mesuré ce qui se passe réellement sous la main20. Trente-six cyclistes expérimentés ont pédalé à cadence et puissance constantes sur home-trainer, avec les mains dans trois positions du cintre (le haut, les cocottes, le bas) et dans quatre conditions : sans gants, gants non rembourrés, gants à mousse, gants à gel. Un tapis de pression haute résolution enregistrait l'appui, un système de capture de mouvement suivait la posture du poignet, et un scan laser de la main permettait de recaler les cartes de pression sur l'anatomie.
Pression hypothénarienne : ce que la position et le gant changent
36 cyclistes expérimentés, home-trainer, cadence et puissance constantes. Les valeurs sans gants sont des pics moyens mesurés ; les réductions sont l'effet rapporté des gants rembourrés, toutes positions confondues.
Source : Slane J, Timmerman M, Ploeg HL, Thelen DG. Clin Biomech (Bristol) 2011;26(6):642-8, PMID 21458120.
Sans gants, les pics moyens de pression hypothénarienne s'établissent entre 134 et 165 kPa. La position basse au cintre, les mains « dans les creux », induit à la fois la plus forte pression hypothénarienne et l'extension de poignet la plus marquée. Les gants rembourrés réduisent l'amplitude de pression de 10 à 28 %, la mousse fine faisant légèrement mieux que le gel. La conclusion des auteurs est directement citable : ces magnitudes sont « suffisantes pour induire une lésion du nerf ulnaire si elles sont maintenues pendant de longues périodes ».
Cette dernière phrase contient le conseil le plus utile. Le déterminant n'est pas seulement la pression, c'est le produit de la pression par la durée. Un gant rembourré agit sur l'intensité ; changer de position agit sur la durée. Les deux leviers sont complémentaires, et c'est bien ainsi que les auteurs de l'étude prospective de 2003 formulaient leurs recommandations : porter des gants, faire régler le vélo, et changer fréquemment de position des mains18.
Le cas qui montre le coût de l'inaction
Un case report canadien publié dans le Journal of the Canadian Chiropractic Association en 2014 mérite d'être lu par tout praticien qui reçoit des cyclistes21. Une femme de 23 ans traverse le Canada à vélo. Après quatorze jours, elle perd la sensibilité de la main gauche, puis développe une amyotrophie et un aspect de main en griffe.
Elle consulte. Elle reçoit des manipulations cervicales, un travail des tissus mous, et le conseil de porter des gants de vélo. Les auteurs sont sévères, et le résumé les cite mot pour mot : « aucun diagnostic n'a été posé, et aucune mesure appropriée n'a été prise pour lui faire comprendre les risques qu'elle prenait à continuer de rouler ».
Sept ans plus tard, l'anesthésie dans le territoire ulnaire de la main gauche persiste. Les auteurs concluent que « le traitement du syndrome du canal de Guyon peut être aussi simple que l'arrêt du vélo jusqu'à la disparition des symptômes ». C'est le fond de l'affaire : un déficit permanent est né d'un diagnostic non posé, dans une situation où le geste thérapeutique décisif était gratuit.
Drapeaux rouges chez le cycliste
- Symptômes qui persistent au-delà de quelques jours après l'arrêt de la sortie → il ne s'agit plus d'une neurapraxie transitoire. Bilan, et arrêt du vélo tant que le tableau n'a pas régressé.
- Apparition d'une amyotrophie du premier espace interosseux ou d'une griffe des deux derniers doigts → atteinte motrice sévère. Le cas de Brown montre qu'un déficit installé peut ne jamais récupérer. Adresser sans attendre.
- Symptômes unilatéraux persistants alors que l'exposition est bilatérale → chercher une cause locale surajoutée : kyste, fracture d'hamulus ancienne, anomalie vasculaire. L'asymétrie n'est pas expliquée par le guidon.
- Doigts blancs ou froids à l'effort chez un cycliste → penser à l'artère ulnaire et pas seulement au nerf. Avis vasculaire.
- Après une sortie de 600 km, 23 cyclistes sur 25 ont des symptômes ulnaires ; les formes motrices pures dominent (36 % des mains). L'expérience du cycliste ne protège pas.
- L'électrophysiologie localise l'atteinte : seules les latences de la branche profonde au premier interosseux dorsal s'allongent ; la branche superficielle et l'abducteur du cinquième doigt ne bougent pas.
- Sans gants, la région hypothénarienne encaisse 134 à 165 kPa. Le bas du cintre est la position la plus contraignante.
- Les gants rembourrés retirent 10 à 28 % de pression ; la mousse fine fait mieux que le gel. Changer de position agit sur la durée d'appui, le gant sur son intensité.
- Le traitement peut être aussi simple que l'arrêt du vélo, mais un déficit non diagnostiqué peut être définitif : sept ans de séquelles dans le cas publié.
Comment reconnaître le niveau et la zone à l'examen clinique ?
Il n'existe, pour cette localisation, aucun test de provocation dont on connaisse la sensibilité et la spécificité. Ce vide n'est pas une raison d'examiner moins ; c'est une raison d'examiner autrement. La démarche qui suit ne repose pas sur des manœuvres, mais sur une cartographie : quel muscle, quel territoire, quelle épargne.
Disons-le d'emblée pour éviter tout malentendu : aucune des sources réunies pour cet article ne fournit de valeur diagnostique chiffrée pour le signe de Tinel au poignet, le test de compression du canal de Guyon, ou toute autre manœuvre de provocation à ce niveau. Ce n'est pas un oubli de recherche, c'est l'état de la littérature sur une affection rare. Toute source qui annoncerait « Tinel au canal de Guyon : sensibilité 70 %, spécificité 90 % » citerait un chiffre qui n'existe pas.
Ce que la littérature soutient, en revanche, est plus solide qu'un test isolé. La revue de Scarborough l'écrit ainsi : « le niveau de compression peut être estimé cliniquement à l'examen, en évaluant les modifications motrices et sensitives de la main »12. C'est la partition de Gross et Gelberman utilisée comme outil clinique.
Les quatre questions, dans l'ordre
Première question : le dos de la main est-il touché ? Elle a fait l'objet du chapitre précédent. Sensibilité dorsale conservée, on reste au poignet ; altérée, on remonte au coude. C'est la question qui doit venir en premier parce que c'est la seule qui change complètement le territoire à explorer.
Deuxième question : y a-t-il un déficit moteur, et lequel ? Il faut tester les muscles intrinsèques ulnaires un par un, et non se contenter d'une impression de force globale. Le premier interosseux dorsal est le plus informatif : c'est lui que l'électrophysiologie du cycliste retrouve atteint en premier19, et son amyotrophie se voit à l'œil nu dans le premier espace. L'adducteur du pouce se teste par le signe de Froment : le patient tient une feuille entre pouce et index, et compense la faiblesse de l'adducteur par une flexion de l'interphalangienne du pouce, sous l'action du long fléchisseur innervé par le médian. Les interosseux se testent en écartement-rapprochement des doigts contre résistance.
Troisième question : les muscles hypothénariens sont-ils atteints ? Cette question n'est pas redondante avec la précédente, et c'est un point que la description originale de 1985 rend précieux. Gross et Gelberman notent que dans les lésions de zone 2, « le fait que les muscles hypothénariens soient touchés ou non dépendait de la localisation de la lésion à l'intérieur de la zone 2 »1. Un déficit des interosseux avec hypothénariens épargnés signe une lésion plus distale qu'un déficit qui les emporte tous.
Quatrième question : la sensibilité palmaire ulnaire est-elle atteinte ? Cinquième doigt et moitié interne du quatrième, face palmaire. Son atteinte, associée à un déficit moteur, oriente vers la zone 1 ; isolée, vers la zone 3 ; absente malgré un déficit moteur, vers la zone 2.
Le tableau que ces quatre questions produisent
| Tableau observé | Dos de la main | Motricité intrinsèque | Sensibilité palmaire ulnaire | Localisation la plus probable |
|---|---|---|---|---|
| Mixte | normal | déficitaire | altérée | Zone 1 : tronc, en amont de la bifurcation. Les 39 cas de déficit mixte de la revue de 1985 y siégeaient tous. |
| Moteur pur | normal | déficitaire | normale | Zone 2 : branche profonde. Les 36 lésions de zone 2 ont toutes donné une paralysie des intrinsèques. |
| Sensitif pur | normal | normale | altérée | Zone 3 : branche superficielle. Compression volontiers superficielle par rapport au nerf. |
| Mixte + dos atteint | altéré | déficitaire | altérée | Coude ou plus proximal : la branche dorsale est née en amont. Voir le tunnel cubital. |
| Débordant le territoire ulnaire | variable | variable | déborde | Plexus ou racine C8-T1 : sortir du cadre de l'enclavement. Cité comme confondant par Chen & Tsai 2014. |
Pourquoi ce raisonnement bat les manœuvres de provocation ici
Dans le canal carpien, on dispose de tests dont les valeurs diagnostiques ont été mesurées sur de grands effectifs, et il est légitime de s'en servir. Ici, ces valeurs n'existent pas. Trois raisons rendent malgré tout la démarche par cartographie plus fiable qu'elle ne le paraît.
D'abord, elle est fondée sur une correspondance anatomique quasi parfaite dans la seule série qui l'a examinée : 39 sur 39, et 36 sur 36. Aucun test de provocation en pathologie de la main ne présente une telle constance, même sur de petits nombres.
Ensuite, elle produit une information exploitable. Un Tinel positif dit « le nerf est irritable quelque part ». Un déficit moteur pur avec sensibilité intacte dit « la branche profonde, dans la zone 2, cherchez un kyste issu de l'articulation piso-hamatienne », ce qui est très précisément ce que la série de Wang a retrouvé dans huit cas sur neuf9.
Enfin, elle a été confirmée par une modalité indépendante. L'étude coréenne de conduction segmentaire, publiée dans Journal of Clinical Neurology en 2022, a comparé sa localisation électrophysiologique à celle de l'échographie chez quatorze patients : « les cinq lésions proximales et les six lésions distales vues à l'échographie correspondaient toutes aux localisations trouvées par les études segmentaires »13. Quatorze patients, ce n'est pas beaucoup ; mais deux méthodes indépendantes qui concordent onze fois sur onze soutiennent le principe de la localisation par niveau.
Ce qu'il faut chercher à la palpation, et pourquoi
La palpation garde un rôle, non comme test diagnostique mais comme recherche de cause. Trois repères méritent d'être palpés systématiquement.
Le relief du pisiforme et l'espace juste en dehors, où se projette le canal : une tuméfaction, même petite, même peu mobile, doit faire demander une échographie. La série de Lee rappelle qu'un tiers environ des patients opérés l'étaient pour une masse, et la revue de Tottas note que les kystes peuvent être non palpables tout en comprimant le nerf8 : l'absence de masse palpable n'écarte donc rien.
L'hamulus de l'hamatum, en regard de l'éminence hypothénarienne, à environ un centimètre en dedans et en aval du tubercule du scaphoïde. Une douleur exquise à sa pression, surtout chez un sportif de raquette, de golf ou de batte, doit faire demander une imagerie adaptée à la recherche d'une fracture ou d'une pseudarthrose du crochet.
Le trajet de l'artère ulnaire : une masse pulsatile, un souffle, une modification de la coloration des doigts à la manœuvre d'Allen orientent vers une pathologie artérielle, et changent complètement la filière d'aval.
- Aucune valeur diagnostique chiffrée n'existe pour le Tinel ou les tests de provocation à ce niveau. Un article qui en donne invente.
- La démarche fiable est la cartographie : dos de la main, motricité intrinsèque détaillée, hypothénariens, sensibilité palmaire ulnaire, dans cet ordre.
- La correspondance zone-tableau était totale dans la revue de 1985 (39/39 et 36/36), et deux modalités indépendantes concordent chez Kim 2022 (11/11).
- L'atteinte ou l'épargne des hypothénariens affine encore le niveau à l'intérieur de la zone 2.
- La palpation ne fait pas le diagnostic mais cherche la cause : masse près du pisiforme, hamulus douloureux, artère ulnaire. Un kyste peut être non palpable.
Que valent réellement l'électromyogramme et l'imagerie ?
C'est le chapitre où les chiffres circulant en seconde main sont les plus trompeurs. On lit couramment que « l'EMG confirme le diagnostic ». Ce que les séries montrent est plus nuancé, et la nuance change la conduite à tenir quand l'examen revient normal.
Ce que la plus grande série mesure vraiment
La série multicentrique de Lee rapporte le rendement de chaque examen chez ses 56 patients opérés7. Les chiffres sont les suivants : échographie positive chez 7 patients sur 10 évalués, tomodensitométrie chez 2 sur 5, IRM chez 17 sur 23, et études électrodiagnostiques chez 35 sur 44.
Rendement des examens, et pourquoi ce n'est pas une sensibilité
Proportion d'examens positifs parmi les patients de la série qui ont eu cet examen. Population entièrement composée de patients opérés, donc à diagnostic acquis : aucun sujet indemne dans le dénominateur, donc aucune spécificité calculable.
Source : Lee JH et al. J Plast Reconstr Aesthet Surg 2022;75(9):3269-78, PMID 35654688. Effectifs testés faibles (5 à 44 selon l'examen).
Deux précautions rendent ces chiffres utilisables, et leur absence les rend trompeurs.
Ce ne sont pas des sensibilités. Une sensibilité se calcule dans une population où le diagnostic est établi par un examen de référence indépendant, avec des sujets malades et des sujets indemnes pour la spécificité. Ici, tous les patients ont été opérés : la population est sélectionnée par l'indication chirurgicale elle-même. Le chiffre de 80 % pour l'électrodiagnostic est un rendement dans une série opérée, ce qui est une information réelle mais différente. Il n'existe, à notre connaissance, aucune sensibilité ni spécificité publiée de l'électrodiagnostic dans le syndrome du canal de Guyon.
Les effectifs sont minuscules. Sept sur dix pour l'échographie : dix patients. Deux sur cinq pour le scanner : cinq patients. Un seul patient de plus ou de moins déplace ces proportions de dix à vingt points. Il faut les lire comme des ordres de grandeur, pas comme des performances.
La conséquence pratique : un examen normal n'écarte pas
C'est le message clinique de ce chapitre. Neuf patients sur quarante-quatre avaient un électrodiagnostic normal, et ils ont été opérés, avec une cause retrouvée. Un patient dont l'EMG revient normal alors que la clinique est convaincante n'est pas un patient sans syndrome du canal de Guyon : c'est un patient chez qui l'examen n'a pas montré ce que la chirurgie a trouvé.
La série coréenne sur la double compression coude-poignet donne une explication technique à une partie de ces faux négatifs10. Les protocoles électrophysiologiques standards n'incluent pas de test segmentaire au poignet : l'« inching test », qui consiste à stimuler le nerf par petits incréments le long de son trajet pour localiser le point de ralentissement. Un examen qui ne cherche pas au bon endroit ne trouve pas.
Ce que le test segmentaire apporte quand on le fait
L'étude publiée dans Journal of Clinical Neurology en 2022 a précisément évalué cette technique chez quatorze patients ayant des symptômes typiques et unilatéraux13. Le nerf ulnaire était stimulé en trois points (3 cm en aval, juste en regard, et 2 cm en amont du pisiforme), avec recueil au premier interosseux dorsal et au cinquième doigt.
Les résultats établissent deux choses. D'abord, une correspondance entre type électrophysiologique et niveau : les lésions proximales s'accompagnaient d'une atteinte de l'ensemble des fibres motrices profondes et des fibres sensitives superficielles (type I), tandis que les lésions distales touchaient plus électivement les fibres motrices destinées au premier interosseux dorsal (type III). Ensuite, une concordance : les cinq lésions proximales et les six lésions distales visualisées en échographie correspondaient toutes à la localisation trouvée par les études segmentaires.
Quatorze patients, onze lésions localisées : c'est peu, et les auteurs ne prétendent pas davantage que de proposer une « technique d'assistance utile ». Mais pour un clinicien qui rédige une demande d'examen, la conclusion opérationnelle est nette : préciser la question posée. Demander « recherche d'une neuropathie ulnaire au poignet, avec étude segmentaire autour du pisiforme » n'est pas la même chose que demander « EMG des membres supérieurs ».
L'imagerie : quand la demander, et laquelle
Puisque la cause la plus fréquente chez l'opéré est une masse, l'imagerie n'a pas ici le statut d'examen de confirmation qu'elle a ailleurs : elle est la recherche étiologique. La revue de Scarborough en donne une répartition des rôles cohérente avec les données de rendement12 : les radiographies et le scanner servent à exclure une fracture ; l'échographie sert à diagnostiquer les kystes synoviaux et les anomalies vasculaires, et elle peut localiser le niveau de compression ; les conductions nerveuses servent à étayer le diagnostic et à rechercher une compression plus proximale.
L'IRM est présentée comme la référence pour les formations des tissus mous par les auteurs du case report de 2023, qui écrivent que « si des formations des tissus mous compriment le nerf ulnaire dans le canal de Guyon, l'IRM est considérée comme le gold standard pour le diagnostic »22. C'est une affirmation d'auteurs de case report, pas une donnée comparative : le rendement de 17/23 de la série de Lee reste la meilleure mesure disponible, et il n'est pas de 100 %.
Quant à l'échographie, la valeur de référence de l'aire de section citée au premier chapitre, 4,1 mm² (IC95 % 3,6-4,6) au canal de Guyon3, permet d'interpréter un compte rendu. Un nerf mesuré nettement au-dessus de cette fourchette au point de compression est un argument ; un nerf dans la norme n'écarte pas une compression dynamique ou une lésion très distale.
| Examen | Ce qu'il cherche | Rendement mesuré | La limite à connaître |
|---|---|---|---|
| Électrodiagnostic | Confirmer l'atteinte, la localiser, chercher un second site | 35/44 (80 %) en série opérée | Ni sensibilité ni spécificité publiées. 9 examens normaux sur 44 chez des opérés. Le protocole standard n'inclut pas de test segmentaire au poignet. |
| Échographie | Kyste, anomalie vasculaire, niveau de compression, aire de section | 7/10 (70 %), effectif très faible | Opérateur-dépendante. Norme au canal : 4,1 mm², modulée par taille et poids. Un kyste peut être non palpable mais reste visible. |
| IRM | Masses des tissus mous, kystes intraneuraux | 17/23 (74 %) | Présentée comme référence des masses par des auteurs de case report ; le rendement mesuré n'est pas de 100 %. |
| Radiographie / TDM | Fracture de l'hamulus, pseudarthrose | 2/5 pour la TDM | La fracture de l'hamulus échappe aux incidences standard du poignet : il faut la demander explicitement. |
- Les 80 %, 74 % et 70 % souvent cités sont des rendements dans une série opérée, pas des sensibilités. Aucune sensibilité ni spécificité de l'électrodiagnostic n'est publiée pour cette localisation.
- Un électrodiagnostic normal n'écarte pas le diagnostic : 9 patients sur 44 en avaient un et ont été opérés avec une cause retrouvée.
- Une partie des faux négatifs s'explique : les protocoles standards n'explorent pas le poignet par tests segmentaires. Préciser la question dans la demande.
- L'imagerie n'est pas ici un examen de confirmation mais une recherche de cause. Échographie pour le kyste et le vaisseau, IRM pour les masses, imagerie osseuse dédiée pour l'hamulus.
- Norme échographique au canal : 4,1 mm² (IC95 % 3,6-4,6). Un nerf normal en taille n'exclut pas une compression.
Quelle prise en charge, et sur quel niveau de preuve ?
Il faut commencer par une phrase désagréable et vraie : sur cette localisation, la preuve thérapeutique est presque inexistante. Le chapitre qui suit ne cache pas ce vide ; il montre ce qu'on peut faire avec, ce qui est plus utile qu'un tableau GRADE fabriqué pour avoir l'air complet.
L'asymétrie de preuve avec le coude, et ce qu'elle révèle
La comparaison est instructive. Pour la neuropathie ulnaire au coude, il existe une revue Cochrane, mise à jour pour la quatrième fois en 2025, qui rassemble 15 essais randomisés et 970 participants16. On y trouve des comparaisons chiffrées entre décompression simple et transposition, entre voie endoscopique et voie ouverte, avec des intervalles de confiance et une gradation GRADE de la certitude.
Pour le poignet, il n'existe rien de tel. Pas de revue Cochrane, pas d'essai randomisé, pas de méta-analyse d'intervention. Ce n'est pas un oubli des méthodologistes : c'est la conséquence arithmétique de la rareté. Quand la plus grande série opérée recrute 56 patients en vingt ans sur six établissements, un essai randomisé à deux bras correctement dimensionné est hors de portée.
Ce que le consensus européen a établi, et comment il l'a fait
Faute d'essais, la meilleure source disponible est un consensus formalisé. L'étude européenne HANDGUIDE, publiée dans le British Journal of Sports Medicine en 2013, a réuni 35 experts (chirurgiens de la main et thérapeutes de la main désignés par les associations nationales membres de leurs fédérations européennes, ainsi que des médecins de médecine physique et de réadaptation), dans une procédure Delphi de trois tours15.
Les auteurs posent eux-mêmes le cadre, en une phrase qu'il faut citer : « les données sur l'efficacité des interventions pour ce trouble font défaut ». Le consensus est donc explicitement un substitut à la preuve, pas une synthèse de preuve.
Ce sur quoi les experts se sont accordés après trois tours :
- Un accord sur la description, les symptômes et le diagnostic du syndrome.
- Le patient doit toujours recevoir des instructions : c'est le seul élément qualifié de systématique.
- Ces instructions doivent être combinées à une autre forme de traitement : elles ne sont pas un traitement à elles seules.
- Deux combinaisons sont jugées appropriées : instructions + attelle, ou instructions + chirurgie.
- Le choix entre les deux repose sur trois facteurs : la sévérité, la durée du syndrome, et les traitements déjà reçus.
Modalités et niveau de preuve réellement disponible
Cartes empilées par niveau décroissant de certitude. Aucune modalité n'atteint le niveau des essais randomisés pour cette localisation : la carte la plus haute est un consensus d'experts.
Sources : PMID 23902776 (HANDGUIDE) · PMID 24774037 (série de 9 cas) · PMID 21458120 et PMID 12860549 (cycliste).
Ce que « instructions » veut dire concrètement
C'est le seul élément que le consensus rend systématique, et c'est aussi celui qui relève le plus directement du kinésithérapeute. Le contenu n'est pas détaillé dans le résumé de l'étude, mais les données de cause permettent de le reconstituer sans extrapoler : il s'agit d'identifier et supprimer la contrainte mécanique qui s'exerce sur le talon de la main.
Chez le cycliste, le contenu est documenté et chiffré : gants rembourrés, 10 à 28 % de pression en moins, réglage du vélo, et changements fréquents de position des mains, en évitant le maintien prolongé dans le bas du cintre, position identifiée comme la plus contraignante20,18.
Chez le travailleur, la même logique s'applique à l'outil, à l'appui du poignet sur un plan de travail, à l'usage d'un marteau ou d'une visseuse. Le cas de Brown rappelle qu'une instruction non donnée a un coût : la patiente a continué de rouler faute d'avoir compris le risque, et le déficit est devenu définitif21.
L'attelle, et ce qu'on peut honnêtement en dire
Le consensus retient « instructions + attelle » comme une option appropriée, sans que le résumé n'en précise le type, la durée ni le rythme de port. Aucune étude d'efficacité de l'attelle dans le syndrome du canal de Guyon n'a été identifiée. Le raisonnement mécanique est cohérent (limiter l'extension du poignet, position associée à la plus forte pression hypothénarienne dans l'étude de Slane), mais il reste un raisonnement.
Il faut résister à la tentation de combler ce vide avec les données du tunnel cubital, où l'attelle nocturne dispose de sa propre littérature. Le défilé, le mécanisme et les causes diffèrent : une attelle de coude en extension n'a pas d'équivalent fonctionnel au poignet.
La chirurgie : quand, et ce qu'elle obtient
Le consensus retient « instructions + chirurgie » comme la seconde option appropriée, le choix se faisant sur la sévérité, la durée et les traitements antérieurs15. La revue de Scarborough est plus directe : les symptômes légers peuvent être gérés sans opérer, mais « l'exploration chirurgicale et la décompression constituent le traitement de référence des causes neuro-compressives, avec des résultats largement bons »12. La logique est claire : quand une masse occupe le canal, aucune instruction ne la fera disparaître.
Les résultats fonctionnels les mieux documentés viennent de la série de neuf patients opérés d'un kyste comprimant la branche profonde9. Au recul moyen de 23 mois : la force de préhension est passée de 63 % à 88 % du côté sain, la pince pouce-index de 61 % à 87 %. Sur l'échelle de Bishop modifiée, six patients (67 %) excellents, deux (22 %) bons, un (11 %) moyen. Les auteurs concluent qu'un traitement chirurgical précoce permet une récupération fonctionnelle satisfaisante.
Sur le délai, le case report de 2023 propose un seuil qui mérite d'être connu même s'il n'est pas issu d'une étude comparative : si les symptômes persistent ou s'aggravent au-delà de trois mois, l'intervention précoce est présentée comme le traitement de référence22. À rapprocher des délais réels observés (16 à 18,5 mois avant l'opération dans les séries), pour mesurer l'écart entre ce qui est recommandé et ce qui se passe.
Le rôle du kinésithérapeute en post-opératoire
Le case report de 2023 mentionne que la kinésithérapie a été prescrite après l'excision pour accélérer la récupération nerveuse, avec un suivi de deux ans et une très bonne récupération au score de Bishop modifié22. C'est un cas unique, et il ne démontre pas l'efficacité de la rééducation : il documente une pratique.
En l'absence de protocole validé pour cette localisation, la conduite raisonnable consiste à traiter ce qui est mesurable : la force des intrinsèques, dont les séries donnent les cibles chiffrées (88 % de préhension et 87 % de pince du côté sain, à 23 mois), la dextérité fine, et la protection de la zone opérée. Il faut présenter ce programme au patient pour ce qu'il est : une prise en charge fondée sur le raisonnement et sur les objectifs fonctionnels mesurés dans les séries, non sur des essais.
Ce qui doit faire renoncer au traitement conservateur
- Masse identifiée à l'imagerie dans le canal → aucune instruction ni attelle ne la réduira. Avis chirurgical.
- Déficit moteur progressif ou amyotrophie constituée → la fenêtre de récupération se ferme ; les séries montrent qu'un traitement précoce donne de bons résultats et le cas de Brown, qu'un retard peut être définitif.
- Symptômes persistants ou aggravés au-delà de trois mois → seuil proposé pour l'orientation chirurgicale.
- Suspicion vasculaire (masse pulsatile, troubles de coloration) → filière vasculaire, pas rééducative.
- Récupération décevante après chirurgie d'un tunnel cubital → envisager une double compression et faire explorer le poignet.
- Il n'existe aucun essai randomisé ni méta-analyse d'intervention pour cette localisation, alors que le coude dispose d'une Cochrane de 15 essais et 970 participants. L'asymétrie est un fait de rareté, pas un oubli.
- Le consensus HANDGUIDE (35 experts, 3 tours) retient : instructions toujours, jamais seules, combinées à attelle ou à chirurgie selon sévérité, durée et traitements antérieurs.
- Chez le cycliste, les instructions sont chiffrées : gants (−10 à −28 % de pression), réglage, changements de position.
- La chirurgie des causes compressives donne de bons résultats : 67 % d'excellents, préhension à 88 % et pince à 87 % du côté sain à 23 mois.
- Ne pas transposer les données du coude : neurodynamie, ultrasons et infiltrations n'ont pas été évalués au canal de Guyon.
Que nous apprennent des cas cliniques publiés ?
Les quatre cas qui suivent sont de vrais case reports indexés, cités avec leur identifiant PubMed et, quand elle existe, leur référence PubMed Central. Aucun n'est reconstitué. Ils ont été choisis parce que chacun contredit une idée reçue différente sur ce syndrome.
Cas 1 : La cycliste de 23 ans, ou le coût d'un diagnostic non posé
Source : Brown CK, Stainsby B, Sovak G. J Can Chiropr Assoc 2014;58(4):413-20 : PMID 25550666, PMC4262815.
Une femme de 23 ans traverse le Canada à vélo. Après quatorze jours, elle perd la sensibilité de la main gauche. Suivent une amyotrophie et un aspect de main en griffe. Elle consulte plusieurs thérapeutes. Elle reçoit des manipulations cervicales, un travail des tissus mous, et le conseil de porter des gants de vélo.
Les auteurs écrivent que « aucun diagnostic n'a été posé, et aucune mesure appropriée n'a été prise pour lui faire comprendre les risques qu'elle prenait à continuer de rouler ». Sept ans après l'épisode initial, l'absence de sensibilité dans le territoire ulnaire de la main gauche persiste.
Ce que le cas contredit. L'idée que la paralysie du cycliste est toujours transitoire. Les auteurs soulignent que le traitement « peut être aussi simple que l'arrêt du vélo jusqu'à sédation des symptômes » : c'est précisément ce qui rend ce cas douloureux à lire. Le geste décisif était gratuit et n'a pas été proposé, faute de diagnostic. Pour un kinésithérapeute, la leçon n'est pas thérapeutique, elle est diagnostique : la manipulation cervicale traitait une hypothèse qui n'avait pas été testée.
Cas 2 : La femme de 45 ans et le kyste, ou la trajectoire attendue
Source : Jakirlic M, Salihagic S, Katica N, Dujso V. Acta Inform Med 2023;31(4):326-8 : PMID 38379688, PMC10875934.
Une patiente de 45 ans est prise en charge en chirurgie plastique et reconstructrice pour une libération du nerf ulnaire dans le canal de Guyon. Le diagnostic est posé sur l'interrogatoire et l'examen physique, puis l'échographie et l'IRM sont utilisées pour déterminer l'origine de la neuropathie. Un kyste synovial est confirmé à l'examen anatomopathologique un mois après l'exérèse. Une kinésithérapie est prescrite pour accélérer la récupération nerveuse, et la patiente est suivie deux ans. Au terme du suivi, la récupération fonctionnelle de la main est jugée très bonne au score de Bishop modifié.
Ce que le cas illustre. La séquence complète telle qu'elle devrait se dérouler : clinique d'abord, imagerie pour la cause, chirurgie de la cause, rééducation ensuite, suivi long. C'est aussi le cas que cite déjà l'article du site consacré aux kystes synoviaux du poignet et de la main, une même référence qui relie les deux pages, ce qui n'est pas un hasard : le kyste est la première cause identifiée ici.
Cas 3 : L'anévrisme artériel, ou la cause qu'on n'attend pas
Source : Zied M, Farouk C, Mohsen C, Wajdi C, Ali H, Wael G. Int J Surg Case Rep 2024;121:109978 : PMID 38954970, PMC11263623.
Un homme jeune est admis pour un syndrome du canal de Guyon dû à un anévrisme de l'artère ulnaire. Il bénéficie d'une décompression chirurgicale ; les suites sont simples et le résultat satisfaisant. Les auteurs rappellent que « les lésions vasculaires ne sont pas la cause habituelle » de la compression ulnaire au poignet, et que « le syndrome du canal de Guyon est moins fréquent que le syndrome du tunnel cubital ou le syndrome du canal carpien ».
Ce que le cas contredit. Le réflexe qui consiste à ne chercher qu'un kyste. L'artère ulnaire partage le défilé avec le nerf : sa pathologie devient celle du nerf. Concrètement, cela justifie de palper le trajet artériel et de s'inquiéter d'une masse pulsatile ou d'un trouble de coloration des doigts, ce qui oriente vers une filière vasculaire et non vers la rééducation.
Cas 4 : Le schwannome muet, ou pourquoi la zone prédit le tableau
Source : Khajeh R, Farzan M, Moazen Jamshidi SMM, Moharrami A. Arch Bone Jt Surg 2021;9(5):598-600 : PMID 34692944, PMC8503765.
Un homme de 33 ans présente une masse du poignet avec une douleur modérée, siégeant dans la zone 3 du nerf ulnaire, et sans aucun signe neurologique. Il s'agit d'un schwannome, excisé avec succès ; le patient devient asymptomatique.
Ce que le cas illustre. Une masse dans le canal ne produit pas mécaniquement un déficit. La zone 3 n'entoure que la branche superficielle sensitive : une lésion qui s'y développe sans comprimer donne une masse, pas une neuropathie. Le corollaire clinique est utile dans les deux sens : une masse sans déficit ne rassure pas sur la nécessité d'explorer, et un déficit sans masse palpable n'écarte pas une cause occupante, la revue de Tottas rappelant qu'un kyste peut être non palpable8.
| Cas | Profil | Cause | Issue | L'idée reçue qu'il corrige |
|---|---|---|---|---|
| 1 · Brown 2014 PMID 25550666 | Femme, 23 ans, cycliste au long cours | Compression par le cintre, 14 jours | Déficit sensitif définitif à 7 ans | « La palsie du cycliste régresse toujours. » Non, pas quand on ne la diagnostique pas. |
| 2 · Jakirlic 2023 PMID 38379688 | Femme, 45 ans | Kyste synovial (histologie) | Très bonne récupération à 2 ans (Bishop modifié) | « L'imagerie est superflue. » Ici elle donne la cause, donc le traitement. |
| 3 · Zied 2024 PMID 38954970 | Homme jeune | Anévrisme de l'artère ulnaire | Décompression, suites simples | « C'est un kyste ou rien. » L'artère partage le défilé. |
| 4 · Khajeh 2021 PMID 34692944 | Homme, 33 ans | Schwannome, zone 3 | Excision, patient asymptomatique | « Une masse dans le canal donne un déficit. » Pas si elle siège où il n'y a que du sensitif non comprimé. |
- Un déficit de cycliste peut être définitif : sept ans de séquelles quand le diagnostic n'est pas posé et que l'exposition continue.
- La séquence de référence est : clinique → imagerie pour la cause → traitement de la cause → rééducation → suivi long.
- L'artère ulnaire partage le canal : anévrisme et thrombose sont des causes réelles, à orienter en filière vasculaire.
- Une masse peut être muette selon la zone, et un kyste peut être non palpable tout en comprimant. Ni l'un ni l'autre ne se déduit de la palpation seule.
Comment appliquer concrètement en consultation ?
Ce chapitre ramène tout ce qui précède à une séance de kinésithérapie. Il ne propose pas de protocole, il n'en existe pas de validé pour cette localisation, mais une conduite raisonnée, avec les points où il faut passer la main.
La première séance
Reprendre l'histoire de la contrainte. Depuis quand, sur quelle main, et surtout : qu'est-ce qui appuie sur le talon de cette main ? Vélo et kilométrage, outil vibrant, béquilles, fauteuil roulant, appui du poignet sur un plan de travail, sport de raquette ou de batte. Les délais des séries (16 à 18,5 mois entre les premiers symptômes et l'intervention), indiquent que ce diagnostic se pose tard : la question ne se pose pas d'elle-même, il faut la poser.
Faire l'examen des quatre questions, dans l'ordre du chapitre consacré à l'examen : dos de la main, motricité intrinsèque détaillée, hypothénariens, sensibilité palmaire ulnaire. Noter les résultats séparément plutôt qu'en impression globale : c'est la combinaison qui localise.
Palper les trois repères : région du pisiforme à la recherche d'une masse, hamulus de l'hamatum à la recherche d'une douleur exquise, trajet de l'artère ulnaire à la recherche d'une pulsatilité anormale.
Décider de l'orientation. À l'issue de cette première séance, trois situations seulement :
- Contrainte mécanique évidente, déficit léger et récent, pas de masse → instructions, suppression de la contrainte, réévaluation rapprochée. C'est la situation où le kinésithérapeute agit en première ligne.
- Déficit moteur, amyotrophie, masse palpable, ou symptômes datant de plus de trois mois → courrier au médecin, avec la demande précise d'une imagerie et d'un électrodiagnostic incluant une étude segmentaire au poignet.
- Dos de la main atteint, ou territoire débordant → le problème n'est pas au poignet. Réorienter le raisonnement vers le coude ou plus haut.
Ce qu'on écrit dans le courrier, et pourquoi c'est décisif
Le chapitre sur les examens a montré qu'un protocole électrophysiologique standard n'explore pas le poignet par tests segmentaires10. Une demande vague produit donc un examen qui peut passer à côté. Formuler la question, en revanche, est à la portée de tous :
Le contenu utile d'une demande
- Le tableau constaté, en clair : moteur pur, sensitif pur ou mixte, avec l'état de la sensibilité dorsale.
- L'hypothèse de niveau : « compression ulnaire au poignet suspectée, sensibilité dorsale conservée ».
- La demande explicite : étude segmentaire du nerf ulnaire autour du pisiforme, recueil au premier interosseux dorsal ; recherche d'un second site de compression au coude.
- La recherche de cause : échographie du canal de Guyon, à la recherche d'un kyste, d'une anomalie vasculaire ou d'un muscle surnuméraire ; imagerie osseuse dédiée à l'hamulus si le contexte est traumatique.
Le programme, et ses jalons
Quand la prise en charge conservatrice est retenue, le contenu est simple et sa justification honnête. La suppression de la contrainte est la seule mesure que le consensus rend systématique, et la seule dont l'effet mécanique soit chiffré chez le cycliste. Le reste (travail de la dextérité, entretien des amplitudes, renforcement progressif des intrinsèques à mesure que la réinnervation le permet), se justifie par le raisonnement et par les cibles fonctionnelles des séries opérées, pas par des essais.
Les jalons comptent plus que le contenu. Une amélioration doit être perceptible en quelques semaines après la suppression de la contrainte. Le seuil de trois mois proposé dans la littérature pour l'orientation chirurgicale22 donne une limite claire : au-delà, sans amélioration, on ne prolonge pas, on réoriente.
En post-opératoire, les cibles chiffrées de la série de Wang9 donnent des repères de progression exploitables : force de préhension et pince pouce-index rapportées au côté sain, avec des valeurs atteintes de 88 % et 87 % à un recul moyen de 23 mois. Mesurer plutôt qu'estimer permet de savoir si la trajectoire est celle des séries publiées.
Trois erreurs qui coûtent cher
Traiter le cou par défaut. C'est l'erreur du cas de Brown, et elle est instructive parce qu'elle n'était pas absurde : des fourmillements du bord ulnaire peuvent venir de C8-T1. Mais l'hypothèse cervicale doit être testée, pas supposée, et l'examen du dos de la main coûte trente secondes.
Conclure sur un EMG normal. Neuf patients sur quarante-quatre avaient un électrodiagnostic normal dans la série de Lee, et ils ont été opérés avec une cause retrouvée7. Un examen négatif ne referme pas le dossier quand la clinique est convaincante.
Prolonger un traitement conservateur devant un déficit moteur. La récupération après décompression est bonne quand elle est précoce ; les séquelles sont possibles quand elle ne l'est pas. Un déficit moteur qui s'installe est un motif d'orientation, pas d'intensification de la rééducation.
Quand passer la main
Sans détour : masse identifiée, déficit moteur progressif, amyotrophie, suspicion vasculaire, symptômes au-delà de trois mois sans amélioration, ou récupération décevante après une chirurgie de tunnel cubital. Dans chacune de ces situations, le rôle du kinésithérapeute est d'écrire un courrier précis, pas de poursuivre.
Questions fréquentes
Comment distinguer un canal de Guyon d'un tunnel cubital sans examen complémentaire ?
En examinant la sensibilité du dos de la main, sur son bord interne. La branche qui l'innerve naît en moyenne 6,8 cm en amont du styloïde ulnaire et ne traverse pas le canal de Guyon : si cette sensibilité est normale, la lésion est au poignet ; si elle est altérée, elle est au coude ou plus haut. C'est une orientation anatomique forte, dont la sensibilité et la spécificité n'ont toutefois jamais été mesurées, et les deux niveaux peuvent coexister.
Un électromyogramme normal élimine-t-il le diagnostic ?
Non. Dans la plus grande série opérée disponible, 9 patients sur 44 avaient un électrodiagnostic normal et ont pourtant été opérés avec une cause retrouvée. Une partie de ces faux négatifs s'explique par le protocole : les explorations standards n'incluent pas de test segmentaire au poignet.
Faut-il systématiquement une imagerie ?
Le raisonnement penche fortement en ce sens, parce que la cause la plus fréquente chez les patients opérés est une masse : 23 cas sur 56. Contrairement au canal carpien, la forme idiopathique n'est pas la règle ici. L'échographie est l'examen de première intention pour chercher un kyste ou une anomalie vasculaire ; l'IRM apporte davantage sur les masses des tissus mous.
Un kyste non palpable peut-il comprimer le nerf ?
Oui, et c'est un piège classique rappelé par la revue de la littérature sur cette cause. L'absence de tuméfaction palpable n'écarte pas une cause occupant l'espace, ce qui est un argument supplémentaire pour l'imagerie devant un tableau convaincant.
La paralysie du cycliste guérit-elle toujours toute seule ?
Non. Elle régresse souvent à l'arrêt de l'exposition : les auteurs du cas canadien écrivent que le traitement peut être aussi simple que cesser de rouler jusqu'à sédation. Mais le même article rapporte une jeune femme dont le déficit sensitif persistait encore sept ans après, faute de diagnostic et de conseil d'arrêt.
Les gants suffisent-ils chez le cycliste ?
Ils aident, sans suffire. Les gants rembourrés réduisent la pression hypothénarienne de 10 à 28 %, la mousse fine faisant un peu mieux que le gel. Mais les auteurs insistent sur le produit pression × durée : le gant agit sur l'intensité, le changement fréquent de position des mains agit sur la durée. Il faut les deux, et éviter le maintien prolongé dans le bas du cintre.
Peut-on avoir une compression au coude et au poignet en même temps ?
Oui, c'est rare mais documenté. Une série de 2024 rapporte sept cas et souligne que le diagnostic par le seul examen clinique est difficile. Le signal d'alerte le plus utile est une amélioration moindre qu'attendu après chirurgie d'un tunnel cubital : il faut alors faire explorer le poignet par des tests segmentaires.
Que peut apporter la kinésithérapie, honnêtement ?
Trois choses. Le repérage diagnostique, qui est probablement son apport le plus important vu les délais observés. Les instructions, la seule mesure que le consensus européen rend systématique, c'est-à-dire identifier et supprimer la contrainte mécanique. Et la rééducation post-opératoire, avec des cibles fonctionnelles mesurables. En revanche, aucune technique passive, aucune mobilisation neurodynamique et aucune infiltration n'a été évaluée dans cette localisation : il faut le dire au patient plutôt que de transposer les données du coude.
Combien de temps avant de réorienter vers un chirurgien ?
Le seuil proposé dans la littérature est de trois mois de symptômes persistants ou aggravés. Immédiatement, en revanche, devant une masse identifiée, un déficit moteur progressif, une amyotrophie, ou une suspicion vasculaire.
Références
Vingt-quatre références, résolues une à une par l'API PubMed E-utilities. Pour chacune, le résumé a été lu intégralement et les chiffres cités dans l'article vérifiés à la source. L'année retenue est celle du fascicule, relue sur la fiche XML et recoupée avec esummary : le premier champ « année » d'une fiche PubMed est parfois une date de révision, et décale la citation d'un an.
Anatomie du canal et de ses branches (6)
- Gross MS, Gelberman RH. The anatomy of the distal ulnar tunnel. Clin Orthop Relat Res. 1985;(196):238-247. PMID 3995823.
- Bozkurt MC, Tağil SM, Özçakar L, Ersoy M, Tekdemir I. Anatomical variations as potential risk factors for ulnar tunnel syndrome: a cadaveric study. Clin Anat. 2005;18(4):274-280. PMID 15832354.
- Fisse AL, Katsanos AH, Gold R, Pitarokoili K, Krogias C. Cross-sectional area reference values for peripheral nerve ultrasound in adults: a systematic review and meta-analysis-Part I: Upper extremity nerves. Eur J Neurol. 2021;28(5):1684-1691. PMID 33527596.
- Uerpairojkit C, Kittithamvongs P, Puthiwara D, Anantaworaskul N, Malungpaishorpe K, Leechavengvongs S. Surgical anatomy of the dorsal cutaneous branch of the ulnar nerve and its clinical significance in surgery at the ulnar side of the wrist. J Hand Surg Eur Vol. 2019;44(3):263-268. PMID 30518284.
- Root CG, London DA, Schroeder NS, Calfee RP. Anatomical relationships and branching patterns of the dorsal cutaneous branch of the ulnar nerve. J Hand Surg Am. 2013;38(6):1131-1136. PMID 23707013.
- Goto A, Kunihiro O, Murase T, Moritomo H. The dorsal cutaneous branch of the ulnar nerve: an anatomical study. Hand Surg. 2010;15(3):165-168. PMID 21089189.
Séries cliniques, causes et épidémiologie (4)
- Lee JH, Lee JK, Park JS, Kim DH, Baek JH, Yoon BN, Kim S, Ha C, Cho WM, Han SH. Characteristics of surgically treated Guyon canal syndrome: A multicenter retrospective study. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2022;75(9):3269-3278. PMID 35654688.
- Tottas S, Kougioumtzis I, Titsi Z, Ververidis A, Tilkeridis K, Drosos GI. Ulnar nerve entrapment in Guyon's canal caused by a ganglion cyst: two case reports and review of the literature. Eur J Orthop Surg Traumatol. 2019;29(7):1565-1574. PMID 31177349.
- Wang B, Zhao Y, Lu A, Chen C. Ulnar nerve deep branch compression by a ganglion: a review of nine cases. Injury. 2014;45(7):1126-1130. PMID 24774037.
- Kim DH, Shin SJ, Park JY, Lee SH. Double entrapment neuropathy of the ulnar nerve at the elbow and the wrist: double crush syndrome? BMC Musculoskelet Disord. 2024;25(1):463. PMID 38872094.
Revues de synthèse et diagnostic (4)
- Chen SH, Tsai TM. Ulnar tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 2014;39(3):571-579. PMID 24559635.
- Scarborough A, MacFarlane RJ, Mehta N, Smith GD. Ulnar tunnel syndrome: pathoanatomy, clinical features and management. Br J Hosp Med (Lond). 2020;81(9):1-9. PMID 32990073.
- Kim KH, Kim BS, Kim MJ, Kim DH. Localization of Ulnar Neuropathy at the Wrist Using Motor and Sensory Ulnar Nerve Segmental Studies. J Clin Neurol. 2022;18(1):59-64. PMID 35021277.
- Depukat P, Mizia E, Klosinski M, Dzikowska M, Kuniewicz M, Lipski M, Bonczar T, Walocha J. Syndrome of canal of Guyon — definition, diagnosis, treatment and complication. Folia Med Cracov. 2015;55(1):17-23. PMID 26774628.
Traitement (2)
- Hoogvliet P, Coert JH, Fridén J, Huisstede BM; European HANDGUIDE group. How to treat Guyon's canal syndrome? Results from the European HANDGUIDE study: a multidisciplinary treatment guideline. Br J Sports Med. 2013;47(17):1063-1070. PMID 23902776.
- Caliandro P, La Torre G, Padua R, Giannini F, Reale G, Padua L. Treatment for ulnar neuropathy at the elbow. Cochrane Database Syst Rev. 2025;4(4):CD006839. PMID 40298125. (Porte sur le coude, cité pour l'asymétrie de preuve avec le poignet.)
Le cycliste (4)
- Burke ER. Ulnar Neuropathy in Bicyclists. Phys Sportsmed. 1981;9(4):52-56. PMID 27442097.
- Patterson JM, Jaggars MM, Boyer MI. Ulnar and median nerve palsy in long-distance cyclists. A prospective study. Am J Sports Med. 2003;31(4):585-589. PMID 12860549.
- Akuthota V, Plastaras C, Lindberg K, Tobey J, Press J, Garvan C. The effect of long-distance bicycling on ulnar and median nerves: an electrophysiologic evaluation of cyclist palsy. Am J Sports Med. 2005;33(8):1224-1230. PMID 16000656.
- Slane J, Timmerman M, Ploeg HL, Thelen DG. The influence of glove and hand position on pressure over the ulnar nerve during cycling. Clin Biomech (Bristol). 2011;26(6):642-648. PMID 21458120.
Cas cliniques publiés (4)
- Brown CK, Stainsby B, Sovak G. Guyon Canal Syndrome: lack of management in a case of unresolved handlebar palsy. J Can Chiropr Assoc. 2014;58(4):413-420. PMID 25550666 · PMC4262815.
- Jakirlic M, Salihagic S, Katica N, Dujso V. Compression of Ulnar Nerve by Ganglion Cyst in Guyon's Canal — a Case Report. Acta Inform Med. 2023;31(4):326-328. PMID 38379688 · PMC10875934.
- Zied M, Farouk C, Mohsen C, Wajdi C, Ali H, Wael G. Guyon's canal syndrome resulting from an ulnar artery aneurysm: A case report. Int J Surg Case Rep. 2024;121:109978. PMID 38954970 · PMC11263623.
- Khajeh R, Farzan M, Moazen Jamshidi SMM, Moharrami A. Guyon Canal Syndrome Due to Schwannomas of Zone 3 Ulnar Nerve without Neurologic Symptoms: A Case Report. Arch Bone Jt Surg. 2021;9(5):598-600. PMID 34692944 · PMC8503765.
Ce que ce socle ne permet pas d'affirmer
- Aucune prévalence du syndrome du canal de Guyon en population générale n'est disponible. L'étude prospective chez le cycliste écrit elle-même que l'incidence est « inconnue ».
- Aucune sensibilité ni spécificité n'existe pour le signe de Tinel au poignet, pour les tests de provocation, ni pour l'électrodiagnostic dans cette localisation. Les 80 % cités sont un rendement en série opérée.
- Aucune preuve d'efficacité de la kinésithérapie, de la neurodynamie ou des infiltrations au canal de Guyon. Le consensus européen repose sur un avis d'experts, et l'écrit.
Le niveau situé au-dessus fait l'objet d'un article distinct : le syndrome du tunnel cubital, compression ulnaire au coude. La cause la plus fréquente identifiée ici est traitée pour elle-même dans les kystes synoviaux du poignet et de la main. La neuropathie d'enclavement la plus fréquente du poignet, avec laquelle la coexistence est possible, est décrite dans le syndrome du canal carpien.