En bref
Le syndrome du tunnel cubital, ou neuropathie ulnaire au coude, est la deuxième neuropathie compressive du membre supérieur après le canal carpien ; il résulte de la compression du nerf ulnaire dans le défilé rétro-épicondylien médial, dont le volume diminue fortement en flexion. Il associe des paresthésies du territoire ulnaire (cinquième doigt et hémi-cubital du quatrième), reproduites par la flexion soutenue du coude, et, dans les formes avancées, une faiblesse et une atrophie des muscles intrinsèques de la main. Le traitement de première intention, mené trois à six mois, repose sur l'éducation posturale, la modification des activités et l'attelle nocturne en quasi-extension. Incidence d'environ 30 cas pour 100 000 personne-années.
Synthèse clinique fondée sur les méta-analyses et consensus internationaux les plus récents : Cochrane Caliandro 2016, Bateman 2025, McEachan round table 2024, Staples JAAOS 2017, Dy & Mackinnon 2016.
Synthèse clinique
- Le syndrome du tunnel cubital est la 2ᵉ neuropathie compressive du membre supérieur, après le canal carpien. Incidence ≈ 30 cas / 100 000 personne-années (Osei 2017), prédominance masculine modérée, pic 40-60 ans.
- Facteurs de risque clés : obésité (IMC ≥ 30), diabète (RR ~2), tabagisme, et surtout flexion prolongée ou répétée du coude qui multiplie par 6 la pression intraneurale (Werner) et réduit le volume du tunnel jusqu'à 55 %.
- Physiopathologie en cascade : compression mécanique → ischémie locale → démyélinisation segmentaire → si chronique, dégénérescence axonale et atrophie des muscles intrinsèques de la main (signe de Froment, Wartenberg).
- Évolution naturelle bipolaire : ≈ 89 % d'amélioration spontanée chez les cas légers à modérés sous attelle/activité modifiée à 6 mois (Svernlöv 2009 RCT). Les cas sévères avec atrophie évoluent rarement bien sans chirurgie.
- Le diagnostic est avant tout clinique : paresthésies du territoire ulnaire (4ᵉ-5ᵉ doigt) reproduites par la flexion soutenue du coude. Aucun test isolé n'est parfait : c'est la convergence qui compte.
- Tests utiles, par ordre de pertinence : elbow flexion + pressure test (sensibilité 91 % combiné, Novak 1994), scratch collapse test (sens. 69 % pour cubital, Cheng 2008), Tinel (sens. 54-70 %, NPV 98 %).
- Diagnostic différentiel impératif : radiculopathie C8-T1, défilé thoracique, compression au canal de Guyon (épargne le dos de la main).
- Classifier (Dellon ou McGowan modifié Goldberg) est essentiel : Grade I = conservateur ; Grade II = à discuter ; Grade III avec atrophie = avis chirurgical sans retard.
- 1ʳᵉ intention 3 à 6 mois : éducation posturale, modification des activités, attelle nocturne en quasi-extension (30-45°) validée par la SR Bateman 2025 pour les symptômes nocturnes.
- Neurodynamie ulnaire : preuves de faible qualité (Cochrane Caliandro 2016 : pas de supériorité claire), à intégrer en multimodal sans la promouvoir seule.
- Autres modalités passives (ultrasons, laser, TENS) : preuves insuffisantes pour recommandation systématique (Wieczorek 2024, revue critique).
- Retour au sport/travail : progressif, basé sur critères fonctionnels (force ≥ 90 %, absence de symptômes), jamais sur un calendrier fixe.
- Population spécifique, athlète overhead (baseball, javelot, tennis) : comorbidité fréquente avec instabilité du LCM.
- Causes anatomiques rares à connaître : muscle anconeus epitrochlearis, kyste synovial, polyarthrite rhumatoïde.
- Choix chirurgical (décompression simple vs transposition) : résultats équivalents pour les cas légers à modérés en méta-analyse (Macadam 2008, Stewart 2024). Transposition à privilégier en cas de luxation nerveuse, récidive ou cas sévère.
- Faible corrélation symptômes ↔ électrodiagnostic : jusqu'à 38 % de cas cliniques nets ont un EDX normal. Le diagnostic reste un faisceau d'arguments cliniques convergents.
Sommaire
- Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome du tunnel cubital ?
- Comment évaluer et diagnostiquer le syndrome du tunnel cubital avec certitude ?
- Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le syndrome du tunnel cubital ?
- Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
- L'athlète overhead : pourquoi un chapitre dédié ?
- Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le syndrome du tunnel cubital ?
- Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome du tunnel cubital ?
Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
Cliniquement, l'UNE associe des paresthésies du territoire ulnaire (cinquième doigt et hémi-cubital du quatrième), une douleur médiale du coude, et, dans les formes avancées, une faiblesse motrice des intrinsèques de la main (interosseux, hypothénar) avec atrophie visible.³ L'incidence est désormais mieux quantifiée grâce aux bases de données administratives. L'étude américaine d'Osei et collaborateurs (2017, base ambulatoire nationale) retrouve une incidence ajustée de 30,0 cas pour 100 000 personne-années, avec un net effet du sexe (homme/femme ≈ 1,5) et un pic d'incidence entre 40 et 60 ans.⁴ La prévalence cross-sectionnelle dans un échantillon métropolitain (An & Boone 2017, n = 1 757) varie selon la définition : 5,9 % en définition sensible et 1,8 % en définition spécifique.⁵📊 Incidence comparée des neuropathies compressives du membre supérieur
Pour 100 000 personne-années (données US, Osei 2017 et meta-analyses)
L'UNE est la 2ᵉ neuropathie compressive du membre supérieur, environ 3 à 4 × moins fréquente que le canal carpien mais ~ 10 × plus fréquente que la compression du nerf radial. Source : Osei DA et al. Neurosurgery. 2017;80(3):417-420.
- Obésité (IMC ≥ 30) : associée à un risque accru de neuropathie compressive en général.⁵
- Diabète sucré : vulnérabilité nerveuse accrue à la compression (« double-crush » par micro-angiopathie + métabolique). L'étude de cohorte écossaise de Stirling et coll. (2023, n = 305 patients opérés) confirme que les patients diabétiques ont des résultats fonctionnels post-opératoires moins favorables que les non-diabétiques après décompression du tunnel cubital.⁷
- Tabagisme : facteur de risque identifié dans plusieurs cohortes, probablement via la micro-vascularisation du nerf.⁵
- Contraintes biomécaniques : flexion prolongée ou répétée du coude, appui direct sur la face médiale (« signe du bureau »), travail manuel lourd, vibrations.⁸ La SR de Fadel et coll. (2017, Hand Surg Rehabil) retient un faisceau d'arguments pour l'effort manuel intense comme facteur pronostique péjoratif.⁹
- Antécédent traumatique du coude : fracture du condyle médial, luxation du coude, cubitus valgus séquellaire.¹
⚖️ Principaux facteurs de risque (ordre de magnitude approximatif)
Risque relatif estimé vs population générale : d'après revues systématiques 2017-2024
⚠️ Valeurs indicatives issues de revues narratives et d'études observationnelles hétérogènes : l'effet exact varie selon les co-expositions et les définitions de cas. À utiliser comme outil pédagogique de hiérarchisation et non comme calculateur de risque individuel.
Que se passe-t-il dans le corps et comment le syndrome évolue-t-il naturellement ?

ÉchographieÉchographie du coude en coupe transversale (A) : le muscle anconeus epitrochlearis, variante anatomique surnuméraire, au contact immédiat du nerf ulnaire tuméfié, mécanisme de compression du tunnel cubital ; kyste synovial au contact du nerf ulnaire au poignet (B).
Source : Lee et al., Journal of Korean Neurosurgical Society, 2016, figure 1 · CC BY-NC
📉 Pression intraneurale ulnaire selon la position du coude
Données expérimentales cadavériques (Werner 1985, Apfelberg 1973)
À partir de 20-30 mmHg, la circulation des veinules épineurales est ralentie ; à 60-80 mmHg, le flux capillaire dans l'épinèvre et le périnèvre cesse. La flexion soutenue impose donc une ischémie nerveuse fonctionnelle chronique. Source : Werner CO et al. Acta Orthop Scand. 1985 ; Apfelberg DB et al. Plast Reconstr Surg. 1973.
- Pour les cas légers à modérés (Dellon léger ou McGowan I), l'évolution sous traitement conservateur est globalement favorable. L'essai randomisé suédois de Svernlöv et coll. (2009, n = 70 patients, suivi 6 mois) retrouve une amélioration objective chez 89,5 % des patients quel que soit le bras (attelle nocturne, glissement neural, observation simple) : un résultat important qui suggère un fort effet de l'histoire naturelle / des modifications spontanées d'activité chez les cas peu sévères.¹³
- Pour les cas sévères (Dellon sévère / McGowan III, avec atrophie objectivable), la récupération spontanée est rare. Une décompression chirurgicale dans les délais raisonnables est nécessaire pour limiter les déficits permanents, sans pour autant garantir une récupération motrice complète chez les cas anciens.¹⁴
- Le syndrome du tunnel cubital est la 2ᵉ neuropathie compressive du membre supérieur. Incidence US ≈ 30/100 000 personne-années (Osei 2017), pic 40-60 ans, prédominance masculine modérée.
- Facteurs de risque modifiables clés : obésité, diabète, tabagisme, flexion soutenue/répétée du coude. Antécédent de trauma du coude = facteur prédisposant majeur.
- Mécanisme central : à la flexion, le tunnel perd jusqu'à 55 % de volume et la pression intraneurale est multipliée par 6-7 (Werner 1985) → ischémie chronique → démyélinisation puis axonopathie.
- Évolution naturelle bipolaire : ≈ 90 % des cas légers/modérés s'améliorent sous conservateur à 6 mois ; les cas sévères avec atrophie évoluent rarement bien sans décompression chirurgicale.
Bibliographie
- Staples JR, Calfee R. Cubital Tunnel Syndrome: Current Concepts. J Am Acad Orthop Surg. 2017;25(10):e215-e224. PMID 28953087.
- Werner CO, Ohlin P, Elmqvist D. Pressures recorded in ulnar neuropathy. Acta Orthop Scand. 1985;56(5):404-406. PMID 3000129.
- Dy CJ, Mackinnon SE. Ulnar neuropathy: evaluation and management. Curr Rev Musculoskelet Med. 2016;9(2):178-184. PMID 27080868.
- Osei DA, Groves AP, Bommarito K, Ray WZ. Cubital Tunnel Syndrome: Incidence and Demographics in a National Administrative Database. Neurosurgery. 2017;80(3):417-420. PMID 28362959.
- An TW, Evanoff BA, Boyer MI, Osei DA. The Prevalence of Cubital Tunnel Syndrome: A Cross-Sectional Study in a U.S. Metropolitan Cohort. J Bone Joint Surg Am. 2017;99(5):408-416. PMID 28244912.
- Palmer BA, Hughes TB. Cubital Tunnel Syndrome. J Hand Surg Am. 2010;35(1):153-163. PMID 20117320.
- Stirling PHC, Harrison SJ, Bowman A, Donald F, McEachan JE. The effect of diabetes mellitus on the outcome of surgery for cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2023;48(5):419-423. PMID 36524277.
- Descatha A, Leclerc A, Chastang JF, Roquelaure Y. Incidence of ulnar nerve entrapment at the elbow in repetitive work. Scand J Work Environ Health. 2004;30(3):234-240. PMID 15250652.
- Fadel M, Lancigu R, Raimbeau G, Roquelaure Y, Descatha A. Occupational prognosis factors for ulnar nerve entrapment at the elbow: A systematic review. Hand Surg Rehabil. 2017;36(4):244-251. PMID 28528878.
- Andrews K, Rowland A, Pranjal A, Ebraheim N. Cubital tunnel syndrome: Anatomy, clinical presentation, and management. J Orthop. 2018;15(3):832-836. PMID 30140129.
- Mackinnon SE. Pathophysiology of nerve compression. Hand Clin. 2002;18(2):231-241. PMID 12371026.
- Earle AS, Vlastou C. Crossed fingers and other tests of ulnar nerve motor function. J Hand Surg Am. 1980;5(6):560-565. PMID 7430600.
- Svernlöv B, Larsson M, Rehn K, Adolfsson L. Conservative treatment of the cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2009;34(2):201-207. PMID 19282413.
- Dellon AL. Review of treatment results for ulnar nerve entrapment at the elbow. J Hand Surg Am. 1989;14(4):688-700. PMID 2666496.
Comment évaluer et diagnostiquer le syndrome du tunnel cubital avec certitude ?

ÉchographieÉchographie du nerf ulnaire au coude en coupe longitudinale : encoche focale du nerf, dite notch sign, signe échographique de compression au tunnel cubital.
Source : Kowalska, Journal of Ultrasonography, 2014, figure 8 · CC BY-NC-ND
Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ? 🤔
L'interrogatoire structuré explore systématiquement :- Localisation, paresthésies / hypoesthésie strictement dans le territoire ulnaire : cinquième doigt entier + hémi-cubital du quatrième doigt + bord ulnaire du dos de la main (cette dernière épargnée en compression au canal de Guyon).¹
- Comportement : déclenchement par la flexion soutenue du coude (tenir le téléphone, conduire, dormir le bras plié), la pression directe sur la face médiale du coude (signe du bureau), les mouvements répétés de flexion-extension.³
- Chronologie : intermittent vs constant, présence ou non de réveils nocturnes (très évocateurs car le coude est spontanément fléchi pendant le sommeil), durée d'évolution.¹
- Signes moteurs : perte de dextérité fine (boutonner, pincer), chutes d'objets, fatigabilité de la main. Ces signes orientent vers une atteinte motrice et imposent une évaluation urgente.²
- Antécédents : fracture/luxation du coude, cubitus valgus, arthrose, polyarthrite rhumatoïde, diabète, profession exposante, sport overhead.⁴
Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ? 🩺
L'examen vise à reproduire les symptômes et à objectiver les déficits sensitivo-moteurs. Les principaux tests, avec leurs valeurs diagnostiques validées en méta-analyses ou études prospectives :| Test clinique | Sensibilité | Spécificité | Niveau de preuve | Source |
|---|---|---|---|---|
| Tinel au coude (percussion) | 54-70 % | ≈ 98 % NPV | Modéré | Novak 1994 ; revues secondaires |
| Elbow flexion test (60 s) | 32 % | haute | Modéré | Novak 1994 |
| Combiné flexion + pression | 91 % | haute | Élevé | Novak 1994 (réf historique) |
| Scratch Collapse Test (Cheng) | 69 % pour le cubital | haute (non chiffrée) | Modéré-élevé | Cheng 2008 PMID 18984333 |
| Scratch Collapse Test (SR pooled) | 0,24-0,77 (forte hétérogénéité) | 0,60-0,99 | Faible-modéré | Čebron 2018 SR PMID 33054988 |
| Signe de Froment (motricité) | variable | haute | Modéré | Earle 1980 ; clinique |
| Discrimination 2 points statique | tardif (axonopathie) | haute | Modéré | Dellon classification 1989 |
| Échographie haute résolution | ≈ 80 % | ≈ 90 % | Élevé | Beekman 2004 PMID 15007128 ; Pelosi 2021 |
| Électrodiagnostic (EDX) | ≈ 60-78 % | haute | Élevé | Pelosi 2021 ; AANEM guidelines |
📊 Comparaison des sensibilités des principaux tests provocateurs
Données issues de l'étude princeps Novak 1994 et de Cheng 2008
La combinaison de tests dépasse largement chacun pris isolément. L'élément clé est de toujours coupler une manœuvre dynamique (flexion soutenue) à une manœuvre statique (pression ou Tinel). Source : Novak CB et al. J Hand Surg Am. 1994;19(5):817-820 ; Cheng CJ et al. J Hand Surg Am. 2008;33(9):1518-1524.
🚩 Diagnostics différentiels à écarter impérativement
- Radiculopathie cervicale C8-T1 : douleur irradiée du cou, symptômes modifiés par les mouvements du rachis cervical, déficit potentiellement plus étendu (intrinsèques de la main + fléchisseur ulnaire du carpe). Spurling positif. → IRM cervicale si suspicion.
- Syndrome du défilé thoracique (TOS neurologique vrai) : symptômes aggravés par les mouvements du bras au-dessus de la tête, tests de provocation (Adson, Roos, Wright) positifs, possible atrophie de la main avec atteinte axonale. Rare mais sévère.
- Compression au canal de Guyon (poignet) : territoire ulnaire palmaire respecté au dos de la main (le rameau cutané dorsal naît avant le poignet). Localisation du Tinel au poignet et non au coude.
- Polyneuropathie diabétique débutante : bilatérale, distribution en gants/chaussettes, glycémie déséquilibrée. Penser à dépister la glycémie chez tout patient UNE.
- Atteinte plexique inférieure (tumeur de Pancoast, traumatique) : déficit étendu à plusieurs racines, syndrome de Claude Bernard-Horner possible.
Faut-il classifier les patients et pour quels bénéfices ? 📈
La classification de la sévérité a un impact direct sur la stratégie thérapeutique et le pronostic. Deux systèmes coexistent et restent référents :| Grade | McGowan 1950 / modifié Goldberg | Dellon 1989 | Conduite habituelle |
|---|---|---|---|
| I / Léger | Paresthésies intermittentes, pas de déficit moteur objectif | Symptômes intermittents, pas de déficit sensitif ni moteur objectif | Conservateur 3-6 mois |
| IIA / Modéré | Déficit moteur sans atrophie franche | Symptômes persistants, hypoesthésie mesurable, faiblesse débutante | Conservateur prudent puis discussion chirurgicale |
| IIB / Modéré avancé | Atrophie débutante des intrinsèques | — | Avis chirurgical sans retard |
| III / Sévère | Atrophie franche, parésie marquée, Froment + | Symptômes permanents, déficit sensitif et atrophie, Froment franc | Décompression chirurgicale recommandée |
- Le diagnostic est avant tout clinique : paresthésies du 4ᵉ/5ᵉ doigt + reproduction par flexion soutenue du coude + signes nocturnes.
- Aucun test isolé n'est parfait. La combinaison flexion + pression (Novak 1994, sens. 91 %) est la plus performante. Tinel et SCT ajoutent de l'information mais varient selon les opérateurs.
- Diagnostic différentiel impératif : radiculopathie C8-T1, TOS neurologique, canal de Guyon, polyneuropathie diabétique.
- L'EDX et l'échographie haute résolution confirment et stratifient. L'EDX peut être normal dans 38 % des cas cliniques évidents.
- La classification (McGowan modifié Goldberg ou Dellon) oriente la décision : Grade I = conservateur ; Grade III avec atrophie = avis chirurgical sans tarder.
Bibliographie
- Dy CJ, Mackinnon SE. Ulnar neuropathy: evaluation and management. Curr Rev Musculoskelet Med. 2016;9(2):178-184. PMID 27080868.
- Pelosi L, Arányi Z, Beekman R, et al. Expert consensus on the combined investigation of ulnar neuropathy at the elbow using electrodiagnostic tests and nerve ultrasound. Clin Neurophysiol. 2021;132(9):2274-2281. PMID 34229959.
- Staples JR, Calfee R. Cubital Tunnel Syndrome: Current Concepts. J Am Acad Orthop Surg. 2017;25(10):e215-e224. PMID 28953087.
- Palmer BA, Hughes TB. Cubital Tunnel Syndrome. J Hand Surg Am. 2010;35(1):153-163. PMID 20117320.
- Cheng CJ, Mackinnon-Patterson B, Beck JL, Mackinnon SE. Scratch collapse test for evaluation of carpal and cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 2008;33(9):1518-1524. PMID 18984333.
- Makanji HS, Becker SJ, Mudgal CS, Jupiter JB, Ring D. Evaluation of the scratch collapse test for the diagnosis of carpal tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2014;39(2):181-186. PMID 23855039. (Review of accuracy ; voir aussi Čebron U et Curtin CM, J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2018 ; SR PMID 33054988.)
- Choi SW, Bae JY, Shin YH, Moon SH, Kim JK. Reliability and validity of the modified McGowan grade in patients with cubital tunnel syndrome. Arch Orthop Trauma Surg. 2022;142(7):1697-1703. PMID 35107635.
- Landau ME, Campbell WW. Clinical features and electrodiagnosis of ulnar neuropathies. Phys Med Rehabil Clin N Am. 2013;24(1):49-66. PMID 23177030.
- Novak CB, Lee GW, Mackinnon SE, Lay L. Provocative testing for cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 1994;19(5):817-820. PMID 7806810.
- Beekman R, Schoemaker MC, Van Der Plas JP, et al. Diagnostic value of high-resolution sonography in ulnar neuropathy at the elbow. Neurology. 2004;62(5):767-773. PMID 15007128.
- McGowan AJ. The results of transposition of the ulnar nerve for traumatic ulnar neuritis. J Bone Joint Surg Br. 1950;32-B(3):293-301. doi:10.1302/0301-620X.32B3.293.
- Dellon AL. Review of treatment results for ulnar nerve entrapment at the elbow. J Hand Surg Am. 1989;14(4):688-700. PMID 2666496.
- Aleksenko D, Varacallo M. Guyon Canal Syndrome. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2024. NBK431063.
Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le syndrome du tunnel cubital ?
Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
Pour les cas légers à modérés (Dellon léger / McGowan I-IIA), le traitement de 1ʳᵉ intention est conservateur sur 3 à 6 mois, conformément à la SR Cochrane Caliandro 2016² et aux recommandations actualisées du round table McEachan 2024.³ Trois piliers structurent ce protocole. 🎯🗺️ Algorithme thérapeutique pratique
Stratification selon la sévérité initiale et la réponse au conservateur
L'évaluation à 3-6 mois (force, sensibilité, PROMs) conditionne le passage à la chirurgie. Source : adapté de McEachan JE et al. round table J Hand Surg Eur Vol. 2024;49(7):926-932 et Cochrane Caliandro 2016.
- Éviter la flexion prolongée et soutenue du coude (téléphone, conduite, oreiller).
- Éviter l'appui direct sur la face médiale du coude (« signe du bureau », accoudoir, levier).
- Utiliser des protections (manchon, coussin) si activité professionnelle exposante.²
- Hygiène de sommeil : oreiller pour éviter de plier le coude sous la tête, parfois orthèse souple souple non occlusive.
Quelle est la place de l'exercice et de la neurodynamie ?
Les techniques neurodynamiques (glissement, mise en tension contrôlée, sliders/tensioners) visent à restaurer l'excursion du nerf ulnaire dans son interface anatomique et à diminuer les adhérences post-inflammatoires.⁷ Leur rationale biomécanique est solide (Coppieters & Butler 2008 ont montré que les techniques de glissement augmentent l'excursion sans la tension neurale, alors que les techniques de tension augmentent la tension).⁷ Cependant, le niveau de preuve clinique reste modéré à faible. La revue Cochrane Caliandro 2016 (mise à jour 2025) conclut qu'il n'y a pas de différence statistiquement significative entre attelle, neurodynamie ou simple modification d'activité sur le résultat fonctionnel à 6 mois.² Ce résultat ne signifie pas que la neurodynamie soit inutile, mais qu'elle ne se substitue pas à l'éducation + l'attelle, et qu'elle doit être employée en complément multimodal, surveillée pour éviter toute aggravation symptomatique (irritation neurale par sur-dosage).⁸Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
Plusieurs modalités sont fréquemment proposées en pratique, mais leur niveau de preuve est globalement faible pour cette pathologie spécifique :| Modalité | Niveau de preuve (GRADE) | Recommandation | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Éducation + modification d'activité | Modéré à élevé | Fortement recommandé | Pilier de toute prise en charge, peu coûteux |
| Attelle nocturne quasi-extension | Faible à modéré | Recommandé | Bateman 2025 SR ; certitude faible mais signal cohérent |
| Neurodynamie ulnaire | Faible | Optionnel en complément | Cochrane Caliandro 2016 : non supérieur ; biomécaniquement plausible |
| Thérapie manuelle articulaire/tissus mous | Très faible | Optionnel | Peu de données spécifiques UNE ; effet probablement non spécifique |
| Ultrasons thérapeutiques | Très faible | Non recommandé en isolé | Données insuffisantes |
| Laser (LLLT) | Très faible | Non recommandé en isolé | Données insuffisantes spécifiques UNE |
| Corticostéroïdes (infiltration) | Faible | Non recommandé | Pas de supériorité vs placebo (essai NCT) |
| Décompression chirurgicale (échec conservateur) | Modéré à élevé | Recommandé après échec ou pour cas sévère | Stewart 2024 SR/MA : 4 techniques équivalentes pour cas primaires |
Au-delà du physique : éducation patient et facteurs psychosociaux ?
L'éducation thérapeutique est l'intervention la plus rentable et la mieux évaluée pour les neuropathies de compression du membre supérieur.⁹ Elle permet au patient de devenir acteur de sa prise en charge, modifie durablement ses habitudes (sommeil, ergonomie, vibrations) et réduit la fréquentation des soins en aigu. 💡 La dimension psychosociale ne doit pas être négligée. Les modèles biopsychosociaux de la douleur chronique s'appliquent ici : kinésiophobie, catastrophisme, anxiété et dépression modulent la perception douloureuse et l'incapacité fonctionnelle, indépendamment de la sévérité électrophysiologique.¹⁰ Chez un patient présentant des symptômes persistants malgré un EDX peu sévère, dépister ces dimensions par des outils brefs (PCS, TSK-11) est utile et oriente vers une prise en charge intégrée (TCC, exercices gradués, désensibilisation).- 1ʳᵉ intention pour les cas légers/modérés : conservateur multimodal sur 3 à 6 mois.
- Pilier n°1 : éducation posturale + modification d'activités (preuves modérées à élevées, intervention la plus rentable).
- Pilier n°2 : attelle nocturne en quasi-extension (30-45°). Bateman 2025 SR : signal cohérent malgré une certitude GRADE faible.
- Pilier n°3 : neurodynamie en complément multimodal, sans la promouvoir en isolation (Cochrane 2016 : pas de supériorité).
- Modalités passives (US, laser, infiltrations) : preuves insuffisantes pour recommander en isolation.
- Échec à 3-6 mois ou sévérité d'emblée (atrophie, Froment franc) → avis chirurgical. Décompression simple ≈ transposition pour les cas primaires (Stewart 2024 SR/MA RCTs).
- Facteurs psychosociaux (kinésiophobie, catastrophisme, dépression) : modulateurs majeurs, à dépister et intégrer.
Bibliographie
- Staples JR, Calfee R. Cubital Tunnel Syndrome: Current Concepts. J Am Acad Orthop Surg. 2017;25(10):e215-e224. PMID 28953087.
- Caliandro P, La Torre G, Padua R, Giannini F, Padua L. Treatment for ulnar neuropathy at the elbow. Cochrane Database Syst Rev. 2016;11:CD006839. PMID 27845501.
- McEachan JE, Dahlin LB, Ng CY, Ring D, Ruettermann M. Round table discussion: the management of idiopathic cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2024;49(7):926-932. PMID 38534139.
- Dy CJ, Mackinnon SE. Ulnar neuropathy: evaluation and management. Curr Rev Musculoskelet Med. 2016;9(2):178-184. PMID 27080868.
- Bateman M, Swaile H, Tambe A. Effectiveness of night splints for cubital tunnel syndrome - A systematic review. Hand Therapy. 2025;30(3):105-112. doi:10.1177/17589983251336157. PMC12081431.
- Svernlöv B, Larsson M, Rehn K, Adolfsson L. Conservative treatment of the cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2009;34(2):201-207. PMID 19282413.
- Coppieters MW, Butler DS. Do 'sliders' slide and 'tensioners' tension? An analysis of neurodynamic techniques and considerations regarding their application. Man Ther. 2008;13(3):213-221. PMID 17398140.
- Kooner S, Cinats D, Kwong C, Matthewson G, Dhaliwal G. Conservative treatment of cubital tunnel syndrome: A systematic review. Orthop Rev (Pavia). 2019;11(2):7955. PMID 31281598.
- Wieczorek M, Gnat R, Wolny T. The Use of Physiotherapy in the Conservative Treatment of Cubital Tunnel Syndrome: A Critical Review of the Literature. Diagnostics (Basel). 2024;14(11). PMID 38893728.
- Sterling M, de Zoete RMJ, Coppieters I, Farrell SF. Best evidence rehabilitation for chronic pain part 4: neck pain. J Clin Med. 2019;8(8):1219. (Cadre transposable à la douleur neuropathique chronique.) PMID 31443149.
- Abourisha E, Srinivasan AS, Barakat A, Chong HH, Singh HP. Surgical management of cubital tunnel syndrome: A systematic review and meta-analysis of randomised trials. J Orthop. 2024;53:41-48. PMID 38456175.
- Macadam SA, Gandhi R, Bezuhly M, Lefaivre KA. Simple decompression versus anterior subcutaneous and submuscular transposition of the ulnar nerve for cubital tunnel syndrome: a meta-analysis. J Hand Surg Am. 2008;33(8):1314.e1-12. PMID 18929194.
Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
L'autonomisation (empowerment) du patient est la pierre angulaire de la prévention.¹ Les composantes opérationnelles :- Ergonomie permanente : éviter la flexion prolongée et soutenue, la pression directe sur la face médiale. Ajuster la hauteur de la chaise, l'angle du clavier, utiliser des manchons de protection pour les métiers exposants.²
- Hygiène de sommeil : port d'une attelle légère ou d'un manchon souple pendant 3 à 6 mois, jusqu'à stabilisation des symptômes ; ensuite décroissance progressive.³
- Programme d'exercices à domicile : glissements neuraux (sliders) doux, exercices d'amplitude active du coude, renforcement intrinsèques de la main (pince pouce-index, abduction-adduction des doigts contre résistance légère).⁴
- Auto-surveillance : réagir précocement aux signes d'aggravation (paresthésies augmentantes, fatigabilité de la pince) en réajustant les contraintes avant que les symptômes ne s'installent durablement.¹
Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?
🧠 Le retour aux activités à fortes contraintes (sport, métier physique, instruments) doit être progressif et individualisé, fondé sur des critères fonctionnels et non sur un calendrier fixe. Les critères de progression validés en pratique clinique :- Symptômes neurologiques résolus au repos et absents lors des activités de vie quotidienne.
- Récupération de la force de préhension et de pince ≥ 90 % du côté controlatéral (dynamomètre, pinch-meter).⁵
- Test fonctionnel reproduisant le geste sportif/professionnel sans déclenchement symptomatique sur 24-48 h.
- Sensibilité restaurée sur le territoire ulnaire (Semmes-Weinstein ou monofilament).
- L'éducation et la modification permanente des facteurs aggravants sont la base de la prévention des récidives.
- Le retour aux activités est progressif et basé sur des critères fonctionnels (force ≥ 90 %, absence de symptômes), jamais sur un calendrier fixe.
- Un programme d'exercices à domicile simple (sliders, renforcement intrinsèques) maintient les gains et stabilise.
- L'analyse biomécanique du geste sportif ou professionnel est essentielle pour traiter la cause et pas seulement les symptômes.
Bibliographie
- McEachan JE, Dahlin LB, Ng CY, Ring D, Ruettermann M. Round table discussion: the management of idiopathic cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2024;49(7):926-932. PMID 38534139.
- Fadel M, Lancigu R, Raimbeau G, Roquelaure Y, Descatha A. Occupational prognosis factors for ulnar nerve entrapment at the elbow: A systematic review. Hand Surg Rehabil. 2017;36(4):244-251. PMID 28528878.
- Bateman M, Swaile H, Tambe A. Effectiveness of night splints for cubital tunnel syndrome - A systematic review. Hand Therapy. 2025;30(3):105-112. doi:10.1177/17589983251336157.
- Coppieters MW, Butler DS. Do 'sliders' slide and 'tensioners' tension? An analysis of neurodynamic techniques and considerations regarding their application. Man Ther. 2008;13(3):213-221. PMID 17398140.
- Yeoman TFM, Stirling PHC, Lowdon A, Jenkins PJ, McEachan JE. Patient-reported outcomes after in situ cubital tunnel decompression: a report in 77 patients. J Hand Surg Eur Vol. 2020;45(3):232-237. PMID 31663801.
L'athlète overhead : pourquoi un chapitre dédié ?
Mécanisme valgus chronique et instabilité du LCM associée
Lors d'un lancer overhead, le coude subit dans la phase d'armé-tardif et d'accélération un stress en valgus pouvant dépasser 64 N·m, soit une charge supérieure à la résistance ultime du ligament collatéral médial isolé en laboratoire.¹ Cette contrainte cyclique entraîne :- Une élongation progressive du LCM avec micro-déchirures chroniques (laxité valgus), voire rupture franche dans les cas extrêmes (« UCL injury »).
- Une traction longitudinale et compression dynamique du nerf ulnaire au passage rétro-épicondylien, accentuée par l'élargissement de l'espace valgus en fin d'extension.
- Parfois une luxation antérieure dynamique du nerf ulnaire à la flexion, audible (« snapping ») et palpable, qui s'auto-entretient par friction.²
🚩 Drapeaux spécifiques chez l'athlète overhead
- Snapping du nerf ulnaire à la flexion-extension du coude (luxation dynamique).
- Perte de vélocité de lancer > 5-10 % associée à une douleur médiale = signal d'alerte (atteinte LCM probable).
- Test du moving valgus stress (O'Driscoll) positif (sensibilité 100 %, spécificité 75 % pour LCM dans la série originale).
- Paresthésies post-effort persistantes au repos > 24 h ou s'aggravant à chaque sortie d'entraînement.
- Atrophie débutante du premier interosseux ou de l'hypothénar : chirurgie sans tarder.
Prise en charge spécifique et stratification pré-chirurgicale
La prise en charge chez l'athlète overhead suit la même hiérarchie conservateur → chirurgical, mais avec des spécificités :- Repos sportif transitoire avec arrêt complet du lancer 4 à 6 semaines, maintien du conditionnement physique et de la musculature centrale.³
- Renforcement spécifique des fléchisseurs-pronateurs (rond et long fléchisseur, fléchisseur ulnaire du carpe) qui agissent comme stabilisateurs dynamiques médiaux du coude.
- Analyse vidéo de la mécanique de lancer : recherche d'erreurs (« inverted W », bras en arrière du tronc, flexion latérale opposée) qui augmentent le stress valgus.⁴
- Imagerie systématique en cas de non-réponse à 6 semaines : IRM avec arthrographie (recherche d'une lésion du LCM grade ≥ 2), échographie dynamique pour le snapping.
- Décision chirurgicale coordonnée chirurgien-orthopédiste de la main + médecin du sport : transposition antérieure (sous-cutanée ou sous-musculaire) plutôt que décompression simple si snapping ou laxité valgus avérée.
- L'athlète overhead subit un stress valgique cyclique extrême (> 64 N·m) qui altère à la fois le LCM, les fléchisseurs-pronateurs et le nerf ulnaire.
- Le tableau clinique est souvent mixte (LCM + ulnar neuritis ± luxation dynamique du nerf), toujours évaluer les deux.
- Drapeaux spécifiques : snapping du nerf à la flexion, perte de vélocité de lancer, moving valgus stress positif.
- Le conservateur reste 1ʳᵉ ligne (repos sportif + renforcement fléchisseurs-pronateurs + analyse vidéo du geste) mais l'imagerie (IRM, échographie dynamique) est largement utilisée à 6 semaines en cas de non-réponse.
Bibliographie
- Werner SL, Fleisig GS, Dillman CJ, Andrews JR. Biomechanics of the elbow during baseball pitching. J Orthop Sports Phys Ther. 1993;17(6):274-278. PMID 8343780.
- Childress HM. Recurrent ulnar nerve dislocation at the elbow. Clin Orthop Relat Res. 1975;108:168-173. PMID 1149958.
- Wilk KE, Macrina LC, Cain EL, Dugas JR, Andrews JR. Rehabilitation of the overhead athlete's elbow. Sports Health. 2012;4(5):404-414. PMID 23016113.
- Davis JT, Limpisvasti O, Fluhme D, et al. The effect of pitching biomechanics on the upper extremity in youth and adolescent baseball pitchers. Am J Sports Med. 2009;37(8):1484-1491. PMID 19633301.
- De Giacomo AF, Keller RA, Banffy M, ElAttrache NS. Ulnar Neuritis and Its Affect on Outcomes of Elbow Ulnar Collateral Ligament Reconstruction. Am J Sports Med. 2022;50(1):224-228. PMID 34797176.
- O'Driscoll SW, Lawton RL, Smith AM. The "moving valgus stress test" for medial collateral ligament tears of the elbow. Am J Sports Med. 2005;33(2):231-239. PMID 15701609.
Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le syndrome du tunnel cubital ?
Analyse d'un cas typique : de l'évaluation à la résolution conservatrice
Dans le bras attelle nocturne du RCT princeps de Svernlöv et coll. (2009, n = 70, cas légers à modérés),¹ les patients étaient évalués avant traitement, à 3 et 6 mois par : COPM (Canadian Occupational Performance Measure), EVA douleur, force de préhension, et conduction nerveuse ulnaire au coude. L'attelle nocturne maintenait le coude à environ 45° de flexion, portée toutes les nuits pendant 6 mois. Résultats agrégés (tous bras confondus, légers/modérés) : 89,5 % des patients amélioration objective (EVA, COPM, force) à 6 mois, sans différence statistiquement significative entre les bras (attelle, glissement, observation). Aucun patient n'a dégradé son score moteur. La conduction nerveuse s'est améliorée chez 50 % et est restée stable chez 30 %.¹ 📌 Leçons cliniques de ce cas type :- Pour les cas légers à modérés, le conservateur fonctionne dans la grande majorité des cas, mais l'effet de l'histoire naturelle et des modifications spontanées d'activité y est probablement majeur, pas l'attelle seule.
- Les améliorations cliniques précèdent souvent les améliorations électrophysiologiques, ce qui justifie de ne pas suivre les patients sur les seules ECN.
- L'observation simple structurée (sans intervention thérapeutique active) reste une option légitime chez le patient asymptomatique au réveil.
Le défi diagnostique : quand le tunnel cubital imite une autre pathologie
Le tunnel cubital partage des territoires sensoriels avec d'autres pathologies : d'où le risque d'errance diagnostique. Une revue narrative actualisée souligne que radiculopathie C8-T1, syndrome du défilé thoracique et compression au canal de Guyon sont les trois grands imitateurs à connaître impérativement.² ⚠️ Le rôle des « doubles crush » mérite d'être souligné : un patient peut souffrir simultanément d'une compression proximale (rachis cervical, plexus brachial) et distale (tunnel cubital), chacune contribuant à la symptomatologie sans qu'aucune ne soit individuellement suffisante. Cette hypothèse, proposée par Upton & McComas en 1973³, reste débattue mais explique probablement la persistance de symptômes après chirurgie locale isolée chez certains patients. 📌 Bonnes pratiques cliniques :- Toujours évaluer le rachis cervical (Spurling, mobilité segmentaire) chez un patient UNE.
- Tester systématiquement la sensibilité au dos de la main bord ulnaire : préservée = compression au canal de Guyon ; atteinte = compression plus proximale (incluant le tunnel cubital).
- En cas de dissociation symptômes/EDX, élargir le bilan : IRM cervicale, échographie haute résolution sur tout le trajet, glycémie/HbA1c.
Étude d'un cas complexe (cause anatomique rare ou récidive)
Plusieurs sous-types sortent du cadre habituel : Cas 1. Muscle anconeus epitrochlearis (variante anatomique) : ce muscle accessoire inconstant occupe le toit du tunnel cubital et peut y comprimer le nerf ulnaire. La série de Kim et coll. (Hand 2019, n = 13) confirme que ce muscle accessoire est cause de tunnel cubital dynamique, posant des problèmes de localisation symptomatique en flexion. La myotomie / résection du muscle en complément de la décompression résout la plupart des cas.⁴ Diagnostic : échographie dynamique (Sookur 2008) ou IRM. Cas 2, Polyarthrite rhumatoïde avec synovite : la PR peut comprimer le nerf ulnaire au coude par une synovite hypertrophique du coude (plus rarement par une rupture mécanique du nerf à terme, cas exceptionnel rapporté par Iyengar 2007).⁵ Le traitement combine optimisation médicale de la PR (DMARDs, biothérapies) et, si nécessaire, décompression chirurgicale avec synovectomie. La méta-analyse de Stirling 2023 confirme que les comorbidités systémiques (PR, diabète) altèrent les résultats post-opératoires.⁶ Cas 3. Récidive post-décompression in situ : 5-15 % des patients récidivent après une décompression simple. Les revues sur la chirurgie de révision (Aleem 2014, Krogue 2015) montrent qu'une transposition antérieure sous-cutanée ou sous-musculaire de révision donne de bons résultats chez environ deux tiers des patients, à condition que la cause de l'échec primaire soit clairement identifiée (fibrose, luxation, perpetuation des contraintes d'activité).⁷- Le cas typique répond au conservateur en 3 à 6 mois (Svernlöv 2009 : 89,5 % d'amélioration).
- L'UNE est un grand imitateur, toujours intégrer rachis cervical, plexus et canal de Guyon dans le bilan.
- L'hypothèse du double crush (Upton & McComas 1973) reste utile pour expliquer les échecs de la chirurgie locale isolée.
- Causes anatomiques rares : muscle anconeus epitrochlearis, kyste synovial, polyarthrite rhumatoïde.
- Récidive post-chirurgie : 5-15 %, gérée par transposition antérieure de révision après identification de la cause primaire.
- ⚠️ Un case report = niveau 5 sur l'échelle CEBM. Il illustre, ne démontre jamais une efficacité ; les recommandations restent issues des SR/MA.
Bibliographie
- Svernlöv B, Larsson M, Rehn K, Adolfsson L. Conservative treatment of the cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2009;34(2):201-207. PMID 19282413.
- Andrews K, Rowland A, Pranjal A, Ebraheim N. Cubital tunnel syndrome: Anatomy, clinical presentation, and management. J Orthop. 2018;15(3):832-836. PMID 30140129.
- Upton AR, McComas AJ. The double crush in nerve entrapment syndromes. Lancet. 1973;2(7825):359-362. PMID 4124532.
- Kim N, Stehr R, Matloub HS, Sanger JR. Anconeus Epitrochlearis Muscle Associated With Cubital Tunnel Syndrome: A Case Series. Hand (N Y). 2019;14(6):788-792. PMID 29582694.
- Morgenstein A, Lourie G, Miller B. Anconeus epitrochlearis muscle causing dynamic cubital tunnel syndrome: a case series. J Hand Surg Eur Vol. 2016;41(2):227-229. PMID 25409116.
- Stirling PHC, Harrison SJ, Bowman A, Donald F, McEachan JE. The effect of diabetes mellitus on the outcome of surgery for cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2023;48(5):419-423. PMID 36524277.
- Aleem AW, Krogue JD, Calfee RP. Outcomes of revision surgery for cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 2014;39(11):2141-2149. PMID 25169417.
- Krogue JD, Aleem AW, Osei DA, Goldfarb CA, Calfee RP. Predictors of surgical revision after in situ decompression of the ulnar nerve. J Shoulder Elbow Surg. 2015;24(4):634-639. PMID 25660241.
- Cheng CJ, Mackinnon-Patterson B, Beck JL, Mackinnon SE. Scratch collapse test for evaluation of carpal and cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Am. 2008;33(9):1518-1524. PMID 18984333.
- Abourisha E, Srinivasan AS, Barakat A, Chong HH, Singh HP. Surgical management of cubital tunnel syndrome: A systematic review and meta-analysis of randomised trials. J Orthop. 2024;53:41-48. PMID 38456175.
Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quand et vers quels professionnels orienter ?
La compétence fondamentale du kinésithérapeute en première ligne est de reconnaître les limites de son champ de pratique et d'identifier les situations exigeant une collaboration ou une orientation médicale. Le cadre IFOMPT-JOSPT 2020 (Finucane) reste une référence transposable pour la prise en compte des drapeaux rouges en pratique musculosquelettique.¹🚩 Drapeaux rouges et signaux d'orientation rapide
- Trauma récent du coude (chute, accident) avec déformation, gonflement ou impotence → urgence / imagerie radiographique.
- Déficit moteur progressif (Froment franc, atrophie visible) → avis chirurgical sans tarder (Dellon III / McGowan III).
- Perte de poids inexpliquée, sueurs nocturnes, antécédent oncologique → bilan oncologique (Pancoast, métastase plexique).
- Anomalies systémiques associées (lésions cutanées, fièvre, déficit étendu) → bilan médical élargi.
- Symptômes bilatéraux ou disto-proximaux atypiques → considérer polyneuropathie (diabète, alcool, vitamine B12, paraprotéine).
- Trouble de la déglutition, dysarthrie, ophtalmoplégie associée → suspecter une atteinte centrale ou plexique étendue.
- Échec du traitement conservateur à 3-6 mois bien conduit → chirurgien de la main.²
- Facteurs psychosociaux dominants (kinésiophobie sévère, catastrophisme, dépression, peur du mouvement) → médecin traitant, psychologue de la douleur.
- Athlète overhead ou patient à fortes contraintes professionnelles → médecin du sport, ergonome, chirurgien de la main.
- Présence d'une comorbidité systémique (PR, diabète mal équilibré, dysthyroïdie) → médecin traitant pour optimisation médicale.
Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?
La mesure objective et standardisée des résultats est indispensable pour évaluer l'efficacité et adapter la prise en charge. 👍 Outils de mesure recommandés pour l'UNE :- DASH (Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand) : questionnaire fonctionnel généraliste, validé internationalement, version française disponible. Score 0 (normal) à 100 (incapacité maximale). MCID ≈ 10 points.³
- PRWE / PRUNE (Patient-Rated Wrist Evaluation / Patient-Rated Ulnar Nerve Evaluation) : version PRUNE spécifiquement développée pour les neuropathies ulnaires (MacDermid 2015).
- BCTQ (Boston Carpal Tunnel Questionnaire) : initialement pour le canal carpien mais utilisé en pratique pour les neuropathies du membre supérieur ; bonne sensibilité au changement.
- Force de préhension et pince (Jamar dynamometer, pinch-meter) : mesure objective comparative bilatérale.
- EVA douleur (échelle visuelle analogique 0-10) et fréquence des symptômes (jour/semaine).
- Manque de temps en consultation.
- Difficulté d'accès aux bases de données scientifiques (PubMed, Cochrane).
- Faiblesse de la formation continue en lecture critique et appréciation des preuves.
- Habitudes professionnelles ancrées (« on l'a toujours fait comme ça »).
- Leadership clinique et culture institutionnelle favorable à l'EBP.
- Communautés de pratique et journal clubs réguliers.
- Intégration des PROMs dans le dossier patient informatisé.
- Utilisation de checklists et protocoles standardisés issus des SR/MA.
- Le cadre IFOMPT/Finucane 2020 reste la référence pour dépister les drapeaux rouges en pratique musculosquelettique.
- Orienter rapidement en cas de : trauma récent, déficit moteur progressif, atrophie visible, anomalies systémiques, échec conservateur à 3-6 mois.
- Mesurer avec des PROMs validés : DASH (généraliste), PRWE/PRUNE (ulnaire spécifique), force de préhension et pince.
- Les facteurs psychosociaux (catastrophisme, kinésiophobie) modulent fortement la perception et l'incapacité, à dépister et traiter dans le plan de soins.
- Implémentation EBP : barrières (temps, accès, formation) versus facilitateurs (leadership, communautés de pratique, outils intégrés), l'effort doit être autant systémique qu'individuel.
Bibliographie
- Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853. doi:10.2519/jospt.2020.9971.
- McEachan JE, Dahlin LB, Ng CY, Ring D, Ruettermann M. Round table discussion: the management of idiopathic cubital tunnel syndrome. J Hand Surg Eur Vol. 2024;49(7):926-932. PMID 38534139.
- Beaton DE, Wright JG, Katz JN; Upper Extremity Collaborative Group. Development of the QuickDASH: comparison of three item-reduction approaches. J Bone Joint Surg Am. 2005;87(5):1038-1046. PMID 15866967.
- MacDermid JC, Grewal R, MacIntyre NJ. Reliability of the Patient-Rated Wrist Evaluation. J Hand Ther. 2007;20(3):220-225. PMID 17631005.
- Al Zoubi FM, Menon A, Mayo NE, Bussières AE. The effectiveness of interventions designed to increase the uptake of clinical practice guidelines and best practices among musculoskeletal professionals: a systematic review. BMC Health Serv Res. 2018;18(1):435. PMID 29884165.
- Yeoman TFM, Stirling PHC, Lowdon A, Jenkins PJ, McEachan JE. Patient-reported outcomes after in situ cubital tunnel decompression: a report in 77 patients. J Hand Surg Eur Vol. 2020;45(3):232-237. PMID 31663801.
- Wieczorek M, Gnat R, Wolny T. The Use of Physiotherapy in the Conservative Treatment of Cubital Tunnel Syndrome: A Critical Review of the Literature. Diagnostics (Basel). 2024;14(11). PMID 38893728.
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