L'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») MAJ 2026
En bref
L'épicondylalgie latérale, ou « tennis elbow », est une tendinopathie dégénérative, non inflammatoire, touchant principalement l'insertion de l'extenseur radial court du carpe (ECRB) sur l'épicondyle latéral. Elle provoque une douleur latérale du coude, exacerbée par la préhension et l'extension résistée du poignet. Le diagnostic est clinique (tests de Cozen, Maudsley, Mill, grip-strength test), sans imagerie de première intention, en écartant les diagnostics différentiels (syndrome du tunnel radial). Le traitement de première intention est actif : éducation, gestion de la charge et exercice progressif. L'incidence est de 3,4 pour 1000 personnes-année, avec un pic à 40-49 ans, et 5 à 10 % des cas seulement sont liés au tennis.
Synthèse clinique fondée sur les Clinical Practice Guidelines JOSPT 2022 (Lucado et al.), les méta-analyses Karanasios 2021, Coombes 2010/2013 et la cohorte populationnelle Sanders 2015.
Synthèse clinique
- L'épicondylalgie latérale (lateral elbow tendinopathy, LET) est une tendinopathie dégénérative, non inflammatoire, touchant principalement l'insertion de l'extenseur radial court du carpe (ECRB) sur l'épicondyle latéral¹².
- L'incidence ajustée à l'âge et au sexe est de 3,4/1000 personnes-année (cohorte Olmsted County 2000-2012, Sanders 2015), avec un pic à 40-49 ans et un sex-ratio quasi équilibré⁴.
- La pratique du tennis ne représente que 5 à 10 % des cas ; la grande majorité est liée à des contraintes professionnelles ou de loisir répétitives (Bretschneider/Descatha 2022, GRADE high pour le strain index)¹⁵.
- Le diagnostic est essentiellement clinique : anamnèse, palpation de l'épicondyle, tests de provocation (Cozen, Maudsley, Mill, grip-strength test). L'imagerie n'est pas requise en première intention (Lucado 2022, niveau B)¹.
- Le diagnostic différentiel est crucial : 40,7 % des patients diagnostiqués épicondylite ont en réalité une autre pathologie ou une co-existence, syndrome du tunnel radial (PIN) 18,8 %, plica synoviale humero-radiale, instabilité postéro-latérale¹⁶.
- L'évolution naturelle est favorable : la majorité des patients s'amélioent en 6-12 mois, mais 5-10 % évoluent vers une forme chronique avec impact fonctionnel et professionnel marqué²³.
- Le traitement de première intention est actif : éducation + gestion de la charge + exercice progressif (Lucado 2022 niveau A, Karanasios 2021 méta-analyse 30 ECR n=2123)⁷⁸.
- Aucun type d'exercice n'a démontré de supériorité claire : isométrique, excentrique, concentrique gradué ou heavy-slow resistance (HSR) sont équivalents, la clé est la progression adaptée⁹¹⁰.
- Les injections de corticostéroïdes améliorent la douleur à 6 semaines (succès 78 % vs 27 % wait-and-see) mais provoquent un taux de récidive de 72 % (47/65 patients) et des résultats inférieurs à 1 an (Bisset 2006 BMJ, Coombes 2013 JAMA)¹¹¹².
- La thérapie manuelle (mobilisations avec mouvement, manipulations cervico-thoraciques) apporte un soulagement à court terme qui facilite l'engagement dans l'exercice (Vicenzino 2007, Lucado 2022 niveau B)¹³.
- Les ondes de choc (ESWT) sont une option validée pour les cas chroniques récalcitrants (Yao 2020 MA)¹⁴.
- La règle de surveillance de la douleur de Silbernagel (douleur tolérée < 5/10 pendant l'exercice, retour à la ligne de base à 24 h) permet une auto-gestion sûre et continue⁵.
- Le retour au travail/sport doit être basé sur des critères fonctionnels (force de préhension à 90-95 % du côté sain, absence de douleur à l'effort) et non sur le calendrier⁶.
- Les drapeaux jaunes (kinésiophobie, catastrophisation, dépression) sont des prédicteurs robustes de chronicité : Mallows 2017 (n=1391, OR pooled 1,3-2,9)¹⁷.
- L'outil de mesure de référence est le PRTEE (Patient-Rated Tennis Elbow Evaluation, MacDermid 2007), 15 items, MCID 11-37 points selon la sévérité initiale.
Sommaire
- Quels sont les fondamentaux à connaître sur l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
- Comment évaluer et diagnostiquer l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») avec certitude ?
- Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
- Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
- Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
- Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
- Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?
- Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives de l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
- Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
- Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quels sont les fondamentaux à connaître sur l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
L'épicondylalgie latérale, ou lateral elbow tendinopathy (LET) selon la terminologie internationale consensus ICON 2019⁹, est l'une des affections musculosquelettiques les plus fréquentes du membre supérieur. Contrairement à ce que le terme historique d'« épicondyl-ite » suggère, ce n'est pas une pathologie inflammatoire mais une tendinopathie dégénérative² : les études histologiques de Kraushaar & Nirschl (1999, n=43 prélèvements opératoires) ont démontré la quasi-absence de cellules inflammatoires et l'existence d'une hyperplasie angiofibroblastique avec désorganisation des fibres de collagène³. Le tendon le plus impliqué est celui de l'extenseur radial court du carpe (ECRB), à son insertion sur l'épicondyle latéral¹. La douleur (généralement localisée à la face latérale du coude, parfois irradiée le long de l'avant-bras) est exacerbée par la préhension et les mouvements d'extension du poignet contre résistance¹. Le terme « épicondylalgie latérale » (douleur à l'épicondyle latéral) est aujourd'hui privilégié dans la littérature scientifique car il est plus descriptif et moins engageant sur le plan pathologique⁹.📊 Incidence de l'épicondylalgie latérale par tranche d'âge (Sanders 2015, cohorte Olmsted County 2000-2012)
Incidence pour 1000 personnes-année, par âge et sexe (n=5236 patients identifiés sur 12 ans)
Source : Sanders TL, Maradit Kremers H, Bryan AJ, et al. Am J Sports Med. 2015;43(5):1066-1071. PMID 25656546.
📈 Facteurs de risque de l'épicondylalgie latérale (Bretschneider/Descatha 2022, GRADE)
Niveau de preuve issu de la synthèse des études prospectives (2010-2021), évalué via GRADE
Source : Bretschneider SF, Los FS, Eygendaal D, Kuijer PPFM, van der Molen HF. Am J Ind Med. 2022;65(1):41-50. PMID 34674287.
Que se passe-t-il dans le corps et comment évolue-t-elle naturellement ?
La physiopathologie suit le continuum de Cook & Purdam 2009⁶, qui distingue trois stades :- Tendinopathie réactive : réponse adaptative à une surcharge aiguë, tendon épaissi mais structurellement intact. Traitement : réduire la charge, exercices isométriques pour l'effet antalgique.
- Tendon remanié (dysrepair) : tentative de cicatrisation avec désorganisation matricielle et néovascularisation. Prise en charge plus progressive.
- Tendinopathie dégénérative : changements structurels avancés avec zones de mort cellulaire. Cible des protocoles de renforcement (excentrique, HSR) pour stimuler le remodelage.
- L'épicondylalgie latérale est une tendinopathie dégénérative de l'ECRB, non une tendinite inflammatoire (Kraushaar 1999, ICON 2019).
- Incidence 3,4/1000/an, pic 40-49 ans, sex-ratio quasi équilibré (cohorte Olmsted, Sanders 2015).
- Le tennis n'est responsable que de 5-10 % des cas ; la majorité est liée au travail manuel (preuve GRADE high pour le strain index, Bretschneider 2022).
- L'évolution est favorable : ~80 % de résolution à 12 mois même sans traitement, mais 5-10 % deviennent chroniques.
- Le continuum de Cook & Purdam (2009) guide le choix de l'exercice : isométrique en phase réactive, charge progressive en phase dégénérative.
Bibliographie
- Lucado AM, Day JM, Vincent JI, MacDermid JC, Fedorczyk J, Grewal R, Martin RL. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: Clinical Practice Guidelines Linked to the ICF. J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(12):CPG1-CPG111. PMID 36453071.
- Ahmad Z, Siddiqui N, Malik SS, Abdus-Samee M, Tytherleigh-Strong G, Rushton N. Lateral epicondylitis: a review of pathology and management. Bone Joint J. 2013;95-B(9):1158-1164. PMID 23997125.
- Kraushaar BS, Nirschl RP. Tendinosis of the elbow (tennis elbow). Clinical features and findings of histological, immunohistochemical, and electron microscopy studies. J Bone Joint Surg Am. 1999;81(2):259-278. PMID 10073590.
- Sanders TL Jr, Maradit Kremers H, Bryan AJ, Ransom JE, Smith J, Morrey BF. The epidemiology and health care burden of tennis elbow: a population-based study. Am J Sports Med. 2015;43(5):1066-1071. PMID 25656546.
- Shiri R, Viikari-Juntura E, Varonen H, Heliövaara M. Prevalence and determinants of lateral and medial epicondylitis: a population study. Am J Epidemiol. 2006;164(11):1065-1074. PMID 16968862.
- Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. A new integrative model of lateral epicondylalgia. Br J Sports Med. 2009;43(4):252-258. PMID 19050004.
- Cook JL, Rio E, Purdam CR, Docking SI. Revisiting the continuum model of tendon pathology: what is its merit in clinical practice and research? Br J Sports Med. 2016;50(19):1187-1191. PMID 27127294.
- Scott A, Squier K, Alfredson H, et al. ICON 2019: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus: Clinical Terminology. Br J Sports Med. 2020;54(5):260-262. PMID 31399426.
- Vaquero-Picado A, Barco R, Antuña SA. Lateral epicondylitis of the elbow. EFORT Open Rev. 2017;1(11):391-397. PMC 5367546.
- Smidt N, van der Windt DA, Assendelft WJ, Devillé WL, Korthals-de Bos IB, Bouter LM. Corticosteroid injections, physiotherapy, or a wait-and-see policy for lateral epicondylitis: a randomised controlled trial. Lancet. 2002;359(9307):657-662. PMID 11879861.
- Bisset L, Beller E, Jull G, Brooks P, Darnell R, Vicenzino B. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006;333(7575):939. PMID 17012266.
- Titchener AG, Fakis A, Tambe AA, Smith CJ, Hubbard RB, Clark DI. Risk factors in lateral epicondylitis (tennis elbow): a case-control study. J Hand Surg Eur Vol. 2013;38(2):159-164. PMID 22490998.
- Abate M, Vanni D, Pantalone A, Salini V. The clinical role of obesity and diabetes in tendinopathy. Muscles Ligaments Tendons J. 2014;4(1):29-33. PMC 4017838.
- Bretschneider SF, Los FS, Eygendaal D, Kuijer PPFM, van der Molen HF. Work-relatedness of lateral epicondylitis: Systematic review including meta-analysis and GRADE. Am J Ind Med. 2022;65(1):41-50. PMID 34674287.
- Blonna D, Hoxha N, Greco V, Rivoira C, Bonasia DE, Rossi R. When Lateral Epicondylitis Is Not Lateral Epicondylitis: Analysis of the Risk Factors for the Misdiagnosis of Lateral Elbow Pain. Am J Sports Med. 2025;53(5):1195-1201. doi:10.1177/03635465251319545.
- Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
Comment évaluer et diagnostiquer l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») avec certitude ?
Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
L'anamnèse est la pierre angulaire du diagnostic. Selon les Clinical Practice Guidelines de Lucado et al. (JOSPT 2022)¹, plusieurs domaines doivent être systématiquement explorés :- Localisation et description : la douleur doit être précisément localisée au niveau de l'épicondyle latéral. Une douleur diffuse, plus distale (4-5 cm sous l'épicondyle sur le muscle supinateur) doit faire évoquer le syndrome du tunnel radial (RTS)².
- Mécanisme déclenchant : une apparition insidieuse sur des semaines est typique. Une apparition brutale après un traumatisme oriente vers une autre étiologie³.
- Facteurs aggravants : rechercher spécifiquement les mouvements de préhension (serrer la main, porter un sac), d'extension du poignet contre résistance (visser, marteler) et de supination chargée¹.
- Histoire professionnelle/loisir : changement récent de poste, augmentation du volume d'activité, sports de raquette, instrument à cordes, le strain index est le facteur de risque principal⁴.
- Symptômes neurologiques : paresthésies, hypoesthésie ou faiblesse motrice doivent rediriger vers un diagnostic neurologique (RTS, radiculopathie C6, syndrome du défilé)².
Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?
La batterie clinique combinée est plus performante que chaque test isolé. Les CPG 2022 recommandent⁵ :🧪 Tests cliniques de provocation : propriétés diagnostiques (Saroja 2014)
Sensibilité et spécificité des 3 tests classiques chez n=30, ultrasonographie comme référence
Source : Saroja G, Leo PJM, Linu V. Diagnostic accuracy of provocative tests in lateral epicondylitis. Int J Physiother Res. 2014;2(6):815-823. Caveat : étude de très faible puissance (n=30), spécificité de Cozen/Maudsley à 0 % reflétant probablement un échantillon biaisé. À interpréter avec prudence. Les CPG Lucado 2022 recommandent la batterie de tests combinés plutôt qu'un test isolé.
- Test de Cozen : extension résistée du poignet, coude fléchi. Positif = douleur reproduite à l'épicondyle. Test pivot de la sémiologie classique¹.
- Test de Maudsley (3e doigt) : extension résistée du majeur. Particulièrement spécifique de l'ECRB⁶.
- Test de Mill : étirement passif des extenseurs (flexion poignet, pronation, extension coude). Spécificité élevée mais sensibilité plus faible⁶.
- Grip-strength test (dynamomètre Jamar) : douleur à la préhension et perte de force du côté affecté (typiquement 20-40 % vs sain). Test fonctionnel sensible et utile pour le suivi⁵.
🚩 Drapeaux rouges du coude latéral
- Douleur nocturne mécanique inexpliquée, fièvre, sueurs nocturnes → suspicion tumorale ou infectieuse
- Tuméfaction ferme et progressive, masse palpable → bilan néoplasique (sarcome, tumeur osseuse)
- Déficit moteur progressif (poignet/doigts), atrophie du brachio-radial ou des extenseurs → compression nerveuse établie (PIN, plexus brachial)
- Hypoesthésie territoriale (face dorsale main, 1er espace) → radiculopathie C6-C7
- Symptômes vasculaires (pâleur, cyanose à l'effort, claudication) → syndrome du défilé thoracique
- Échec total après 3 mois de traitement bien mené → reconsidérer le diagnostic, IRM (Blonna 2025 : 40,7 % de mauvais diagnostic)⁷
⚠️ Tout drapeau rouge ou doute diagnostique → orientation médicale et imagerie avancée (IRM > échographie pour PIN/plica/LCL).
- Âge jeune (< 35 ans)
- Antécédent de traumatisme du coude
- Limitation d'amplitude articulaire
- Gonflement / épanchement
- Test de Cozen négatif
- Antécédent de multiples injections de corticoïdes sans bénéfice durable
- Syndrome du tunnel radial (RTS / PIN compression) : 18,8 %. Douleur typiquement 4-5 cm distale, exacerbée par la supination contre résistance, douleur à la palpation du supinateur².
- Plica synoviale humero-radiale : 8-10 %. Douleur avec craquements/clics, soulagement par flexion-extension répétée, IRM = référence diagnostique⁹.
- Instabilité postéro-latérale rotatoire (PLRI) : 5-8 %. Souvent post-traumatique ou après injections répétées, test du lateral pivot shift positif¹⁰.
- Radiculopathie cervicale C6-C7 : 3-5 %. Cluster de Wainner (Spurling + distraction + ULTT1 + rotation < 60°) : 3/4 positifs LR+ ~6,1¹¹.
- Arthrose radio-humérale, ostéochondrite disséquante : plus rare, populations spécifiques¹².
Faut-il classifier l'épicondylalgie et pour quels bénéfices ?
La classification la plus utile cliniquement est le continuum de Cook & Purdam (2009, révisé 2016)¹³ qui guide le choix de l'exercice :- Phase réactive (aiguë, sur-utilisation récente) : isométrique antalgique en priorité.
- Phase remaniement : transition progressive vers l'isotonique avec monitorage de la douleur.
- Phase dégénérative (chronique > 3 mois) : excentrique ou heavy-slow resistance (HSR) pour remodelage tendineux¹⁴.
- Le diagnostic est clinique : anamnèse + batterie de tests (Cozen + Maudsley + grip-strength), pas d'imagerie en première intention (Lucado 2022 niveau B).
- Le diagnostic différentiel doit être systématique : 40,7 % de patients étiquetés « épicondylite » ont en réalité une autre pathologie (Blonna 2025).
- Les imitateurs principaux : tunnel radial (PIN), plica humero-radiale, instabilité postéro-latérale, radiculopathie C6.
- Drapeaux rouges (douleur nocturne, masse, déficit moteur, échec > 3 mois) → orientation médicale + IRM.
- La classification par continuum de Cook & Purdam oriente le choix de l'exercice (isométrique aigu / charge progressive en chronique).
Bibliographie
- Lucado AM, Day JM, Vincent JI, MacDermid JC, Fedorczyk J, Grewal R, Martin RL. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: Clinical Practice Guidelines (CPG). J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(12):CPG1-CPG111. PMID 36453071.
- Naam NH, Nemani S. Radial tunnel syndrome. Orthop Clin North Am. 2012;43(4):529-536. PMID 23026471.
- Ahmad Z, Siddiqui N, Malik SS, Abdus-Samee M, Tytherleigh-Strong G, Rushton N. Lateral epicondylitis: a review of pathology and management. Bone Joint J. 2013;95-B(9):1158-1164. PMID 23997125.
- Bretschneider SF, Los FS, Eygendaal D, Kuijer PPFM, van der Molen HF. Work-relatedness of lateral epicondylitis: Systematic review including meta-analysis and GRADE. Am J Ind Med. 2022;65(1):41-50. PMID 34674287.
- Bisset LM, Vicenzino B. Physiotherapy management of lateral epicondylalgia. J Physiother. 2015;61(4):174-181. PMID 26361816.
- Saroja G, Leo PJM, Linu V. Diagnostic accuracy of provocative tests in lateral epicondylitis. Int J Physiother Res. 2014;2(6):815-823. (Caveat : n=30, faible puissance).
- Blonna D, Hoxha N, Greco V, Rivoira C, Bonasia DE, Rossi R. When Lateral Epicondylitis Is Not Lateral Epicondylitis: Analysis of the Risk Factors for the Misdiagnosis of Lateral Elbow Pain. Am J Sports Med. 2025;53(5):1195-1201. doi:10.1177/03635465251319545.
- Pekala PA, Tomaszewski KA, Kowalski JM, et al. Evaluation of lateral epicondylopathy, posterior interosseous nerve compression, and plica syndrome as co-existing causes of chronic tennis elbow. Int Orthop. 2023;47(7):1769-1775. PMID 37071147.
- Hyun Y, Huh Y, Kim S, et al. Prominent synovial plicae in radiocapitellar joints as a potential cause of lateral elbow pain: clinico-radiologic correlation. J Shoulder Elbow Surg. 2018;27(12):2127-2133. PMID 30340804.
- Camp CL, Smith J, O'Driscoll SW. Posterolateral rotatory instability of the elbow: part I, mechanism of injury and the posterolateral rotatory drawer test. Arthrosc Tech. 2017;6(2):e401-e405. PMID 28580260.
- Wainner RS, Fritz JM, Irrgang JJ, Boninger ML, Delitto A, Allison S. Reliability and diagnostic accuracy of the clinical examination and patient self-report measures for cervical radiculopathy. Spine. 2003;28(1):52-62. PMID 12544957.
- Vaquero-Picado A, Barco R, Antuña SA. Lateral epicondylitis of the elbow. EFORT Open Rev. 2017;1(11):391-397. PMC 5367546.
- Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
- Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjær B, Øhlenschlæger T, Kjær M, Magnusson SP. Heavy Slow Resistance Versus Eccentric Training as Treatment for Achilles Tendinopathy: A Randomized Controlled Trial. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-1711. PMID 26041582.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. A new integrative model of lateral epicondylalgia. Br J Sports Med. 2009;43(4):252-258. PMID 19050004.
Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
Les Clinical Practice Guidelines JOSPT 2022 (Lucado et al.)¹ recommandent une approche par étapes, avec l'éducation et l'exercice progressif au premier plan. 🎾| Modalité | Niveau de preuve (CPG 2022) | Effet attendu | Timing optimal |
|---|---|---|---|
| Éducation + gestion de charge | A : Élevé | Autonomie + adhésion + réduction kinésiophobie | Toute phase (1re intention) |
| Exercice (iso/exc/HSR) | A : Élevé | ↓ douleur, ↑ force, ↑ capacité tendineuse | Dès phase aiguë (iso) puis progressif |
| Thérapie manuelle (MWM, mobilisations) | B : Modéré | Soulagement court terme, facilite l'exercice | Adjuvant, surtout phase douloureuse |
| Ondes de choc (ESWT) | B : Modéré | Antalgie cas chroniques > 3 mois | 2e ligne si échec exercice 3 mois |
| Orthèses de contre-force | B : Modéré | Antalgie immédiate aux activités | Adjuvant fonctionnel, court terme |
| Dry needling / acupuncture | C : Faible | Effet court terme variable | Adjuvant si autres modalités insuffisantes |
| Ultrasons thérapeutiques | C : Faible | Pas de bénéfice démontré vs placebo | Non recommandé en routine |
| Injection corticostéroïdes | C : Risque élevé | Soulagement 6 sem mais récidive 72 % | Cas très spécifiques, info patient |
| PRP, sang autologue | C : Faible | Pas de supériorité robuste vs placebo | À discuter au cas par cas |
| Wait-and-see | B : Modéré | ~80 % succès à 52 sem (Smidt 2002) | Option si symptômes mineurs |
Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
La méta-analyse Karanasios et al. 2021 (BJSM, 30 ECR, n=2123)² est la référence : les interventions par exercice produisent un effet supérieur aux interventions passives sur la douleur et la fonction, bien que la taille d'effet reste modérée. La conclusion-clé : aucun type de contraction n'a démontré de supériorité robuste sur les autres.- Isométrique : effet antalgique rapide, idéal en phase irritable. 5 × 45 sec à 70 % de la contraction volontaire maximale (Coombes 2015)³.
- Excentrique : « gold standard » historique. Peterson 2014 (Clin Rehab, n=120 randomisés)⁴ a montré une supériorité de l'excentrique sur le concentrique à 3 mois (régression de la douleur ~10 % de répondeurs en plus).
- Heavy-Slow Resistance (HSR) : 3 séries de 6-15 répétitions, tempo 3 sec concentrique / 3 sec excentrique, charge croissante. Validé sur le tendon d'Achille (Beyer 2015 AJSM)⁵ et étendu à l'épicondylalgie avec résultats encourageants¹.
- Renforcement de la chaîne cinétique : intégration épaule, scapula, tronc. Lucado 2022 recommande l'évaluation systématique de la coiffe des rotateurs et des stabilisateurs scapulaires¹.
💪 Programme type d'exercice progressif (basé Lucado 2022 + Stasinopoulos 2005)
Progression sur 12 semaines avec critères de transition
Synthèse pratique basée sur Lucado AM et al. JOSPT 2022 ; Karanasios S et al. BJSM 2021 ; Stasinopoulos D et al. BJSM 2005 ; Beyer R et al. AJSM 2015. Caveat : durées indicatives, à adapter à la tolérance individuelle.
Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
- Thérapie manuelle (MWM Mulligan, mobilisations articulaires) : la revue de Vicenzino, Cleland & Bisset (2007)⁶ a établi un effet antalgique immédiat et une augmentation de la force de préhension sans douleur. Effet limité dans le temps (court terme), idéal en adjuvant pour faciliter l'engagement dans l'exercice¹.
- Ondes de choc (ESWT) : la méta-analyse Yao 2020 (BioMed Res Int)⁷ confirme une efficacité sur la douleur et le PRTEE dans les formes chroniques (> 3 mois) ; option validée si l'exercice seul s'avère insuffisant après 12 semaines.
- Orthèses de contre-force (epicondyle band) : effet antalgique fonctionnel immédiat (activités provocatrices), preuves modérées sur le long terme¹.
- Ultrasons thérapeutiques : preuves faibles à contradictoires ; non recommandés en routine¹.
- Injections de corticostéroïdes : Bisset 2006 (BMJ, n=198)⁸ a montré une supériorité à 6 semaines (78 % de succès vs 27 % wait-and-see), mais un taux de récidive de 72 % (47/65 patients) et des résultats inférieurs à 52 semaines. Coombes 2013 JAMA⁹ a confirmé : moins bons résultats à 1 an avec injection ± physiothérapie versus placebo ± physiothérapie. Déconseillées en routine.
- Injections de PRP (plasma riche en plaquettes) : pas de supériorité robuste démontrée vs placebo ou physiothérapie ; coût élevé¹⁰.
Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?
La méta-analyse Mallows et al. 2017 (BJSM, n=1391, 13 études)¹¹ a démontré que la kinésiophobie, la catastrophisation et les symptômes dépressifs sont des prédicteurs robustes de chronicité dans les tendinopathies (OR pooled 1,3-2,9). Les CPG 2022 recommandent (niveau C-Expert opinion)¹ :- Évaluer la peur du mouvement (échelle TSK ou questions ciblées).
- Évaluer la catastrophisation (PCS) si symptômes persistent > 6 semaines.
- Intégrer une éducation explicite : « la douleur n'est pas synonyme de dommage », « le tendon a besoin de charge progressive pour cicatriser ».
- Orienter vers psychologue cognitivo-comportemental si drapeaux jaunes sévères.
- 🥇 Première ligne : éducation + gestion de la charge + exercice progressif (Lucado 2022 niveau A, Karanasios 2021 méta-analyse 30 ECR).
- 💪 Aucun type d'exercice n'est supérieur : isométrique, excentrique, HSR sont équivalents, la progression individualisée est la clé.
- 🤝 Thérapie manuelle (MWM, mobilisations) : utile en adjuvant antalgique court terme pour faciliter l'engagement dans l'exercice.
- 📈 ESWT : option validée pour cas chroniques > 3 mois (Yao 2020 MA).
- ❌ Corticoïdes : 78 % succès à 6 sem mais 72 % de récidive et résultats inférieurs à 1 an (Bisset 2006 BMJ, Coombes 2013 JAMA).
- 🧠 Facteurs psychosociaux : la kinésiophobie et la catastrophisation prédisent la chronicité (Mallows 2017 OR 1,3-2,9). Les identifier et les adresser.
Bibliographie
- Lucado AM, Day JM, Vincent JI, MacDermid JC, Fedorczyk J, Grewal R, Martin RL. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: CPG. J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(12):CPG1-CPG111. PMID 36453071.
- Karanasios S, Korakakis V, Whiteley R, Vasilogeorgis I, Woodbridge S, Gioftsos G. Exercise interventions in lateral elbow tendinopathy have better outcomes than passive interventions, but the effects are small: a systematic review and meta-analysis of 2123 subjects in 30 trials. Br J Sports Med. 2021;55(9):477-485. PMID 33037002.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. A new integrative model of lateral epicondylalgia. Br J Sports Med. 2009;43(4):252-258. PMID 19050004.
- Peterson M, Butler S, Eriksson M, Svärdsudd K. A randomized controlled trial of eccentric vs. concentric graded exercise in chronic tennis elbow (lateral elbow tendinopathy). Clin Rehabil. 2014;28(9):862-872. PMID 24634444.
- Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjær B, Øhlenschlæger T, Kjær M, Magnusson SP. Heavy Slow Resistance Versus Eccentric Training as Treatment for Achilles Tendinopathy. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-1711. PMID 26041582.
- Vicenzino B, Cleland JA, Bisset L. Joint manipulation in the management of lateral epicondylalgia: a clinical commentary. J Man Manip Ther. 2007;15(1):50-56. PMID 19066643.
- Yao G, Chen J, Duan Y, Chen X. Efficacy of Extracorporeal Shock Wave Therapy for Lateral Epicondylitis: A Systematic Review and Meta-Analysis. Biomed Res Int. 2020;2020:2064781. PMC 7106907.
- Bisset L, Beller E, Jull G, Brooks P, Darnell R, Vicenzino B. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006;333(7575):939. PMID 17012266.
- Coombes BK, Bisset L, Brooks P, Khan A, Vicenzino B. Effect of corticosteroid injection, physiotherapy, or both on clinical outcomes in patients with unilateral lateral epicondylalgia: a randomized controlled trial. JAMA. 2013;309(5):461-469. PMID 23385272.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials. Lancet. 2010;376(9754):1751-1767. PMID 20970844.
- Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
- Cullinane FL, Boocock MG, Trevelyan FC. Is eccentric exercise an effective treatment for lateral epicondylitis? A systematic review. Clin Rehabil. 2014;28(1):3-19. PMID 23881334.
- Stasinopoulos D, Stasinopoulou K, Johnson MI. An exercise programme for the management of lateral elbow tendinopathy. Br J Sports Med. 2005;39(12):944-947. PMID 16306504.
Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives de l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
L'auto-gestion (self-management) repose sur trois piliers complémentaires :- Éducation thérapeutique : la douleur n'est pas synonyme de dommage tissulaire mais d'un dépassement temporaire de la capacité de charge du tendon³. Cette recontextualisation déconstruit la kinésiophobie⁴ et favorise l'adhésion.
- Surveillance de la douleur : la règle de Silbernagel (2007 AJSM)⁵, validée initialement sur le tendon d'Achille puis étendue aux tendinopathies du membre supérieur, autorise la douleur pendant l'exercice si elle reste < 5/10 sur EN et qu'elle revient à la valeur de base le lendemain matin.
- Programme d'exercices à domicile : la pérennité des bénéfices dépend de la régularité, un mois après l'arrêt du programme, la capacité tendineuse régresse rapidement⁶.
📐 Règle de surveillance de la douleur de Silbernagel (2007) appliquée à l'épicondylalgie
Algorithme décisionnel pour autonomiser le patient sur la modulation de l'exercice
Adapté de : Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906. PMID 17307888. Application à l'épicondylalgie selon Lucado 2022 JOSPT.
Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?
Le retour au sport (RTS) ou aux activités professionnelles sollicitantes doit être basé sur des critères fonctionnels, non sur un calendrier (consensus de Berne, Ardern 2016)⁷. 🎯- Contrôle de la douleur : ≤ 2/10 sur EN aux activités fonctionnelles et exercices de haut niveau.
- Force de préhension : ≥ 90-95 % du côté controlatéral non affecté (dynamomètre Jamar, 3 essais, position standardisée).
- Force des extenseurs du poignet : ≥ 90 % du côté sain, sans douleur.
- Tests fonctionnels spécifiques : pour un joueur de tennis, frappes coup droit/revers à intensité progressive sans douleur ; pour un manuel, manipulation d'outils dans des conditions réelles⁸.
- Stabilité psychologique : score TSK < 17/52 (kinésiophobie faible), confiance retrouvée dans l'utilisation du membre⁹.
- ✅ L'auto-gestion est la pierre angulaire du long terme : éducation, surveillance, exercices continus.
- 📐 Règle de Silbernagel : douleur tolérée < 5/10 pendant l'exercice, retour à la ligne de base à 24 h.
- 🏋️ Le renforcement doit se poursuivre après la disparition des symptômes pour maintenir la capacité tendineuse.
- 📊 Retour aux activités basé sur des critères : force ≥ 90 %, douleur ≤ 2/10, fonction restaurée (Ardern 2016).
- ⚖️ Gestion de la charge ACWR ≤ 1,3 pour éviter les pics délétères (Gabbett 2016).
Bibliographie
- Lucado AM, Day JM, Vincent JI, MacDermid JC, Fedorczyk J, Grewal R, Martin RL. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: CPG. J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(12):CPG1-CPG111. PMID 36453071.
- Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
- Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. A new integrative model of lateral epicondylalgia. Br J Sports Med. 2009;43(4):252-258. PMID 19050004.
- Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906. PMID 17307888.
- Karanasios S, Korakakis V, Whiteley R, et al. Exercise interventions in lateral elbow tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(9):477-485. PMID 33037002.
- Ardern CL, Glasgow P, Schneiders A, et al. 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern. Br J Sports Med. 2016;50(14):853-864. PMID 27226389.
- Bisset LM, Vicenzino B. Physiotherapy management of lateral epicondylalgia. J Physiother. 2015;61(4):174-181. PMID 26361816.
- Chester R, Jerosch-Herold C, Lewis J, Shepstone L. Psychological factors are associated with the outcome of physiotherapy for people with shoulder pain: a multicentre longitudinal cohort study. Br J Sports Med. 2018;52(4):269-275. PMID 27445360.
- Gabbett TJ. The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med. 2016;50(5):273-280. PMID 26758673.
- Smidt N, van der Windt DA, Assendelft WJ, et al. Corticosteroid injections, physiotherapy, or a wait-and-see policy for lateral epicondylitis: a randomised controlled trial. Lancet. 2002;359(9307):657-662. PMID 11879861.
- Bisset L, Beller E, Jull G, et al. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006;333(7575):939. PMID 17012266.
- Coombes BK, Bisset L, Brooks P, Khan A, Vicenzino B. Effect of corticosteroid injection, physiotherapy, or both on clinical outcomes in patients with unilateral lateral epicondylalgia: a randomized controlled trial. JAMA. 2013;309(5):461-469. PMID 23385272.
Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur l'épicondylalgie latérale (« tennis elbow ») ?
Analyse d'un cas classique : de l'évaluation à la résolution
Le cas typique d'épicondylalgie suit une trajectoire reproductible. Le programme original validé par Stasinopoulos, Stasinopoulou & Johnson (BJSM 2005, ECR n=75)¹ illustre ce parcours : ouvrier manuel ou employé de bureau de 45 ans avec douleur progressive sur 6-8 semaines, exacerbée par la préhension, test de Cozen positif, force de préhension à 60 % du côté sain. Prise en charge type sur 12 semaines :- S0-S2 : éducation (Lucado 2022), arrêt des activités provocatrices identifiées, exercices isométriques d'extension du poignet (5×45 sec, 3-4 fois/jour). Effet antalgique attendu en 3-7 jours³.
- S3-S6 : transition vers exercices excentriques (programme Stasinopoulos)¹, 3 séries de 15 répétitions, charge 1-3 kg, deux fois par jour. Réintroduction progressive des activités. Ajout MWM si plateau antalgique⁴.
- S7-S10 : transition vers HSR (Beyer 2015)⁵, 3 séries de 10-15 répétitions, tempo 3 sec concentrique / 3 sec excentrique, charge croissante 2-3 fois/sem. Renforcement coiffe + scapula.
- S11-S12 : exercices fonctionnels spécifiques au geste professionnel/sportif. Critères RTS validés (force ≥ 90 %, douleur ≤ 2/10).
Le défi diagnostique : quand l'épicondylalgie imite une autre pathologie
La grande étude prospective de Blonna et al. 2025 (Am J Sports Med, n=294 patients adressés pour suspicion d'épicondylite chronique)⁶ est la référence contemporaine sur les erreurs diagnostiques. ⚠️🧩 Diagnostics réels chez 294 patients étiquetés « épicondylite chronique » (Blonna 2025)
Près de 41 % de mauvais diagnostic ou co-existence : les facteurs prédictifs sont identifiables cliniquement
Source : Blonna D, Hoxha N, Greco V, et al. Am J Sports Med. 2025;53(5):1195-1201. doi:10.1177/03635465251319545. Étude prospective de 294 patients orientés en chirurgie pour épicondylite chronique, évaluation systématique incluant imagerie.
- Tout patient avec ≥ 1 facteur de risque de mauvais diagnostic (Blonna 2025) doit être réévalué en profondeur.
- L'IRM est l'examen de référence en cas de doute (sensibilité supérieure à l'échographie pour le PIN, la plica et le LCL).
- Une orientation chirurgicale est légitime après 6 mois d'échec d'un traitement conservateur bien mené et structuré.
Étude d'un cas complexe : chronique et sensibilisé
Les cas chroniques (> 6 mois) présentent fréquemment des facteurs de complication multiples⁸ :- Hyperalgésie thermique au froid : Coombes et al. ont montré (Coombes 2012, n=120 patients épicondylalgie unilatérale)⁹ que l'hyperalgésie au froid distingue les patients à symptômes sévères et constitue un marqueur de mauvais pronostic à 1 an. Elle suggère une sensibilisation centrale bilatérale et oriente vers une approche multimodale incluant l'éducation à la douleur.
- Catastrophisation + kinésiophobie : Mallows 2017 (BJSM, n=1391)¹⁰ confirme l'impact négatif sur l'évolution. Une orientation cognitivo-comportementale peut être nécessaire.
- Échec d'injections multiples : Coombes 2013 (JAMA, n=165)¹¹ : multiplier les injections aggrave significativement le pronostic à 1 an, avec dégradation tendineuse visible à l'échographie.
📐 Pyramide GRADE / Oxford CEBM : Où classer les preuves dans l'épicondylalgie latérale ?
Force de preuve décroissante du haut (méta-analyses) vers le bas (case reports)
Hiérarchie GRADE / Oxford CEBM. La longueur de la barre colorée à droite illustre la force de preuve relative. Implication pratique : en cas de divergence entre un cas clinique séduisant et une méta-analyse, la décision doit suivre la méta-analyse. Les cas cliniques génèrent des hypothèses, signalent des présentations rares, ou illustrent un raisonnement : ils ne démontrent jamais une efficacité.
- Le cas typique (Stasinopoulos 2005, n=75) : ouvrier/employé 45 ans, douleur progressive 6-8 sem, programme exercice 12 sem avec progression isométrique → excentrique → HSR → fonctionnel.
- 40,7 % de patients diagnostiqués « épicondylite chronique » ont en réalité une autre pathologie ou une co-existence (Blonna 2025).
- Diagnostics alternatifs principaux : syndrome du tunnel radial (PIN) 18,8 %, plica humero-radiale, instabilité postéro-latérale (LCL), arthrose radio-humérale.
- Tout échec à 3-6 mois d'un traitement bien mené impose réévaluation diagnostique + IRM.
- Les cas chroniques sensibilisés (hyperalgésie au froid, kinésiophobie, catastrophisation) requièrent une approche biopsychosociale incluant éducation à la douleur.
- ⚠️ Un case report = niveau 5. Il illustre, ne démontre jamais. Les décisions cliniques suivent les méta-analyses (niveau 1a).
Bibliographie
- Stasinopoulos D, Stasinopoulou K, Johnson MI. An exercise programme for the management of lateral elbow tendinopathy. Br J Sports Med. 2005;39(12):944-947. PMID 16306504.
- Lucado AM, Day JM, Vincent JI, et al. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: CPG. J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(12):CPG1-CPG111. PMID 36453071.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. A new integrative model of lateral epicondylalgia. Br J Sports Med. 2009;43(4):252-258. PMID 19050004.
- Vicenzino B, Cleland JA, Bisset L. Joint manipulation in the management of lateral epicondylalgia: a clinical commentary. J Man Manip Ther. 2007;15(1):50-56. PMID 19066643.
- Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjær B, et al. Heavy Slow Resistance Versus Eccentric Training as Treatment for Achilles Tendinopathy. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-1711. PMID 26041582.
- Blonna D, Hoxha N, Greco V, Rivoira C, Bonasia DE, Rossi R. When Lateral Epicondylitis Is Not Lateral Epicondylitis: Analysis of the Risk Factors for the Misdiagnosis of Lateral Elbow Pain. Am J Sports Med. 2025;53(5):1195-1201. doi:10.1177/03635465251319545.
- Pekala PA, Tomaszewski KA, Kowalski JM, et al. Evaluation of lateral epicondylopathy, posterior interosseous nerve compression, and plica syndrome as co-existing causes of chronic tennis elbow. Int Orthop. 2023;47(7):1769-1775. PMID 37071147.
- Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. Thermal hyperalgesia distinguishes those with severe pain and disability in unilateral lateral epicondylalgia. Clin J Pain. 2012;28(7):595-601. PMID 22699135.
- Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
- Coombes BK, Bisset L, Brooks P, Khan A, Vicenzino B. Effect of corticosteroid injection, physiotherapy, or both on clinical outcomes in patients with unilateral lateral epicondylalgia: a randomized controlled trial. JAMA. 2013;309(5):461-469. PMID 23385272.
- Karanasios S, Korakakis V, Whiteley R, et al. Exercise interventions in lateral elbow tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(9):477-485. PMID 33037002.
- Kraushaar BS, Nirschl RP. Tendinosis of the elbow (tennis elbow). J Bone Joint Surg Am. 1999;81(2):259-278. PMID 10073590.
Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
Le rôle du kinésithérapeute en pratique avancée s'est élargi, ce qui impose une responsabilité accrue dans le triage des patients¹. L'identification des « drapeaux rouges » est la première étape non négociable : ces indicateurs peuvent signaler une pathologie grave nécessitant une orientation médicale rapide, selon le cadre international IFOMPT (Finucane et al. 2020, JOSPT)².🚩 Drapeaux rouges spécifiques au coude latéral
- Douleur nocturne mécanique inexpliquée, sueurs nocturnes, fièvre persistante → suspicion infection profonde ou néoplasie
- Tuméfaction ferme et progressive, masse palpable, hyperthermie locale → bilan oncologique (sarcome des tissus mous, tumeur osseuse)
- Déficit moteur progressif : faiblesse marquée des extenseurs du poignet ou des doigts, atrophie musculaire visible → suspicion compression nerveuse établie (PIN/RTS sévère, radiculopathie)
- Hypoesthésie territoriale face dorsale main, 1er espace → radiculopathie C6-C7 : cluster de Wainner indiqué
- Antécédent de cancer + douleur localisée persistante → IRM systématique pour éliminer métastase osseuse
- Perte de poids inexpliquée > 5 % en 6 mois + douleur persistante → bilan systémique
- Antécédent récent de traumatisme avec douleur disproportionnée + instabilité → fracture occulte, instabilité postéro-latérale (PLRI)
- Échec total après 3-6 mois de traitement conservateur bien mené et structuré → 40,7 % de mauvais diagnostic (Blonna 2025) ; IRM impérative
⚠️ Tout drapeau rouge → orientation médicale rapide (médecin traitant, chirurgien orthopédique ou de la main, rhumatologue, voire oncologue selon le contexte).
- Médecin du travail / ergonome : analyse du poste, aménagements (outils, postures), prévention secondaire collective.
- Psychologue (TCC) ou thérapeute en douleur chronique : si drapeaux jaunes persistants (kinésiophobie sévère, catastrophisation, dépression).
- Chirurgien de la main / orthopédiste : échec à 6 mois, suspicion de pathologie alternative (PIN, plica, PLRI), discussion d'options (release ECRB, dénervation, arthroscopie).
- Médecin du sport : optimisation du retour à l'activité, analyse gestuelle, intégration ACWR.
Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?
La mesure standardisée des résultats est indispensable pour objectiver la prise en charge et faciliter la décision partagée. 📈 Lucado 2022 recommande systématiquement (niveau A pour le PRTEE)⁵ :- PRTEE (Patient-Rated Tennis Elbow Evaluation) : questionnaire 15 items (5 douleur + 10 fonction), score 0-100, MCID 11-37 points selon la sévérité initiale. C'est l'outil de référence international⁶.
- Échelle Numérique (EN) pour la douleur de repos, d'activité et nocturne.
- Force de préhension au dynamomètre Jamar (3 essais, position standardisée) : comparée au côté sain et au baseline.
- Patient-Specific Functional Scale (PSFS), pour personnaliser les objectifs et tracer l'évolution sur les activités importantes pour le patient.
- Échelles psychosociales si indiquées : TSK (kinésiophobie), PCS (catastrophisation), HADS (anxiété/dépression).
- 🚩 Drapeaux rouges (cadre IFOMPT Finucane 2020) : orientation médicale rapide en cas de douleur nocturne inexpliquée, masse, déficit moteur progressif, échec total à 6 mois.
- 🟡 Drapeaux jaunes (kinésiophobie, catastrophisation) prédisent la chronicité (Mallows 2017), à évaluer et adresser systématiquement.
- 📋 PRTEE est l'outil PROMs de référence (15 items, MCID 11-37 points) : niveau A dans les CPG Lucado 2022.
- 🤝 Collaboration interprofessionnelle : médecin du travail, chirurgien de la main, psychologue TCC selon profil.
- 📊 La mesure objective des résultats (PRTEE, force, EN) est la condition d'une décision partagée éclairée.
Bibliographie
- Lucado AM, Day JM, Vincent JI, MacDermid JC, Fedorczyk J, Grewal R, Martin RL. Lateral Elbow Pain and Muscle Function Impairments: CPG. J Orthop Sports Phys Ther. 2022;52(12):CPG1-CPG111. PMID 36453071.
- Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853.
- Mallows A, Debenham J, Walker T, Littlewood C. Association of psychological variables and outcome in tendinopathy: a systematic review. Br J Sports Med. 2017;51(9):743-748. PMID 27852585.
- Chester R, Jerosch-Herold C, Lewis J, Shepstone L. Psychological factors are associated with the outcome of physiotherapy for people with shoulder pain: a multicentre longitudinal cohort study. Br J Sports Med. 2018;52(4):269-275. PMID 27445360.
- Newcomer KL, Martinez-Silvestrini JA, Schaefer MP, Gay RE, Arendt KW. Sensitivity of the Patient-rated Forearm Evaluation Questionnaire in lateral epicondylitis. J Hand Ther. 2005;18(4):400-406. PMID 16271689.
- MacDermid J. Update: the patient-rated forearm evaluation questionnaire is now the patient-rated tennis elbow evaluation. J Hand Ther. 2005;18(4):407-410. PMID 16271690.
- Da Silva GS, Sarquis LMM, Cabral DLV, et al. Evidence-based practice: a survey regarding behavior, knowledge, skills, resources, opinions and perceived barriers of Brazilian physical therapists from São Paulo state. Braz J Phys Ther. 2015;19(4):294-303. PMID 26443977.
- Bisset LM, Vicenzino B. Physiotherapy management of lateral epicondylalgia. J Physiother. 2015;61(4):174-181. PMID 26361816.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. Thermal hyperalgesia distinguishes those with severe pain and disability in unilateral lateral epicondylalgia. Clin J Pain. 2012;28(7):595-601. PMID 22699135.
- Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials. Lancet. 2010;376(9754):1751-1767. PMID 20970844.
- Karanasios S, Korakakis V, Whiteley R, et al. Exercise interventions in lateral elbow tendinopathy. Br J Sports Med. 2021;55(9):477-485. PMID 33037002.
- Ardern CL, Glasgow P, Schneiders A, et al. 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern. Br J Sports Med. 2016;50(14):853-864. PMID 27226389.
Et après cette lecture ?
Cet article fait partie d'une collection de synthèses cliniques evidence-based. Une question, un retour, une correction à proposer ? Contactez-nous directement via le bouton WhatsApp en bas à droite de l'écran.

