En bref
L'épitrochléite médiale (« golfer's'elbow »), plus justement nommée tendinopathie de l'origine fléchisseur-pronateur, est une tendinose dégénérative, et non inflammatoire, de l'insertion commune des fléchisseurs et pronateurs sur l'épicondyle médial. Elle se traduit par une douleur à la palpation de l'épicondyle médial, reproduite par la flexion ou la pronation résistée, avec un pic d'incidence entre 45 et 54 ans. La prise en charge est hiérarchisée : éducation et gestion de la charge à la base, puis exercice thérapeutique progressif, pierre angulaire du traitement ; les corticoïdes sont délétères à moyen-long terme. Sa prévalence est de 0,4 % en population générale et de 4-5 % chez les travailleurs exposés.
Synthèse clinique fondée sur les revues systématiques spécifiques et les revues récentes 2023-2026 - Tahir, Konarski, See, Hoogvliet, Cook & Purdam.
Synthèse clinique
- L'epitrochleite médiale est une tendinopathie degenerative (et non inflammatoire) de l'origine commune des fléchisseurs-pronateurs sur l'épicondyle medial. Prévalence 0,4 % en population générale, 4-5 % chez les travailleurs exposes. Pic 45-54 ans.
- Facteurs de risque biomécaniques : travail force (OR 1,95), postures inconfortables, vibrations. La repetitivite seule n'est pas un facteur indépendant (Descatha 2003).
- Facteurs systémiques majeurs : diabète type 2 (OR 11,27 - IC large), tabagisme, obésité, age. Ces comorbidités sont des cibles thérapeutiques à part entière (De Luca 2025).
- Le diagnostic est clinique : palpation épicondyle medial douloureuse + flexion ou pronation résistée positive. Imagerie réservée aux échecs > 3-6 mois ou suspicions de pathologie associée.
- Le diagnostic différentiel critique est la neuropathie ulnaire au tunnel cubital (coexistence fréquente 25-50 %). Toujours rechercher Tinel + et paresthésies des 4e-5e doigts.
- Chez le lanceur overhead, la « triade médiale » (tendon + LCM + nerf ulnaire) impose une évaluation systématique des 3 structures. Chez le travailleur manuel, l'ergonomie et les comorbidités sont aussi importantes que la biomécanique pure.
- Modèle du continuum tendineux (Cook 2009) : réactif → remanié → dégénératif. Stratégies thérapeutiques distinctes à chaque stade.
- Le traitement repose sur 5 niveaux hierarchises : éducation + gestion de la charge à la base, exercice thérapeutique progressif au niveau 2, modalités adjuvantes ensuite, injections puis chirurgie en dernière ligne.
- L'exercice progressif est la pierre angulaire (See 2026 SR spécifique, Hoogvliet 2013 BJSM). Pas de supériorité robuste démontrée entre excentrique pur, concentrique-excentrique ou heavy slow resistance - la progressivite de la charge compte plus que le type.
- Les corticoïdes sont délétères à moyen-long terme (récidives × 2-3 vs exercice). Le PRP à une evidence conflictuelle et n'est pas recommande en première ligne.
- L'autogestion du patient est déterminante : modèle de surveillance de la douleur (zone verte ≤ 4/10), programme à domicile progressif, journal de bord.
- Le retour aux activités est guide par 4 critères fonctionnels cumulatifs : douleur (NPRS), force (≥ 90 % cote sain au dynamomètre), fonction (PRTEE / QuickDASH), capacité de charge (≥ 80 % volume habituel sans exacerbation).
- L'échec d'un traitement bien mené doit faire reconsidérer le diagnostic (neuropathie ulnaire ? LCM ? différentiel) plutôt qu'intensifier la même intervention.
- Les facteurs psychosociaux (kinésiophobie, catastrophisation) sont des determinants pronostiques majeurs - éducation à la douleur + exposition graduée.
- Le niveau de preuve spécifique a l'epitrochleite médiale est limite (souvent extrapolé de la latérale). Être transparent avec le patient sur les incertitudes.
- Anamnèse médicamenteuse : rechercher une exposition récente aux fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine) et une corticothérapie générale ou locale. Les deux majorent le risque de tendinopathie et de rupture, surtout après 60 ans, sur les tendons porteurs et en cas d'association entre elles.
Sommaire
- Quels sont les fondamentaux à connaître sur l'epitrochleite médiale (golfer elbow) ?
- Quelles sont les populations a haut risque pour l'epitrochleite médiale ?
- Comment évaluer et diagnostiquer l'epitrochleite médiale avec certitude ?
- Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour l'epitrochleite médiale ?
- Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
- Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
- Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
- Au-delà du physique : comment éduquer le patient et agir sur les facteurs psychologiques ?
- Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives de l'epitrochleite médiale ?
- Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur l'epitrochleite médiale ?
- Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quels sont les fondamentaux à connaître sur l'epitrochleite médiale (« golfer's'elbow ») ?
Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
La pathologie touche en priorité le tendon du rond pronateur (pronator teres) et du fléchisseur radial du carpe (flexor carpi radialis), seuls ou en combinaison.⁵ Les muscles palmaire long, fléchisseur ulnaire du carpe et fléchisseur superficiel des doigts peuvent également être impliqués.¹ La prévalence en population générale est faible. Dans l'étude finlandaise Health 2000 (n = 4 783 sujets, examen clinique standardisé), Shiri et al. retrouvent une prévalence de 0,4 % pour l'epitrochleite médiale (vs 1,3 % pour l'épicondylite latérale).⁶ La méthodologie est de qualité : examen physique reproductible, population representative. En milieu professionnel expose, la prévalence monte a 4 - 5 %, avec une incidence annuelle de 1,5 % (Descatha 2003, n = 1 757 travailleurs français suivis sur 3 ans).⁷ Les données hospitalieres US (Wiggins 2018, base nationale 19 856 patients 2007-2014) montrent une augmentation continue de l'incidence de 3,4 % par an, avec un pic chez les femmes de 45-54 ans.⁸(Shiri 2014)
(Descatha 2003)
(Descatha 2003)
(Shiri 2014, Wiggins 2018)
Prévalence de l'epitrochleite médiale selon le contexte d'exposition
Pourcentage de la population présentant les critères cliniques (douleur à la palpation + test de provocation positif)
Sources : Shiri R et al. Am J Epidemiol. 2006;164(11):1065-1074 (PMID 16968862) ; Descatha A et al. J Occup Environ Med. 2003;45(9):993-1001 (PMID 14506342) ; Wolf JM, Mountcastle S, Burks R, Sturdivant RX, Owens BD. Mil Med. 2010;175(5):336-339 (PMID 20486505).
- Tabagisme actif : associe à un risque accru de tendinopathies des membres supérieurs, par altération de la microvascularisation tendineuse.¹⁰
- Obésité / IMC élevé : Gaida et al. (Arthritis Rheum 2009) ont démontré une association robuste entre adiposite et tendinopathies.¹¹ Mécanismes : inflammation systémique de bas grade (TNF-α, IL-6), contraintes mécaniques accrues.
- Age : pic d'incidence 45-54 ans, attribue au vieillissement tendineux (diminution du contenu en eau, désorganisation collagénique progressive).⁶,⁸
- Sexe : les données sont contrastées. La cohorte US Wiggins 2018 montre une légère prédominance féminine (53 %), tandis que les études professionnelles montrent un équilibre ou une légère prédominance masculine.⁸
Que se passe-t-il dans le corps et comment l'epitrochleite médiale évolue-t-il naturellement ?
Contrairement à ce que suggère le suffixe « -ite », l'epitrochleite n'est pas une condition inflammatoire. Les études histologiques de référence (Kraushaar & Nirschl 1999, JBJS) ont démontré sur biopsies chirurgicales que la pathologie correspond à une tendinose degenerative, caractérisée par 🔬 :- Une désorganisation des fibres de collagène, perdant leur alignement parallèle.¹²
- Une hypercellularite fibroblastique avec prolifération desordonnee des tenocytes.¹²
- Une néovascularisation anarchique avec croissance de microvaisseaux de mauvaise qualité et hyperinnervation associée, mécanisme aujourd'hui considéré comme contribuant à la perception douloureuse.¹³
- L'absence quasi totale de cellules inflammatoires (lymphocytes, polynucleaires) : d'ou le terme propose « tendinosis » pour remplacer « tendinitis ».¹²
Modèle du continuum tendineux (Cook & Purdam 2009)
Trois états successifs avec implications thérapeutiques distinctes
Le modèle souligne que la pathologie n'est pas binaire (sain vs malade) mais progressive, avec des fenetres thérapeutiques distinctes à chaque stade.
- L'epitrochleite médiale est une tendinose degenerative de l'origine fléchisseur-pronateur, pas une condition inflammatoire (Kraushaar 1999).
- Prévalence consolidée : 0,4 % en population générale (Shiri 2014) ; 4-5 % en milieu professionnel expose avec incidence annuelle 1,5 % (Descatha 2003). Pic 45-54 ans.
- Facteurs de risque clés : travail force (OR 1,95), diabète de type 2 (OR 11,27 IC 2,01-63,02, IC large), tabagisme, obésité, age, et activités sportives overhead.
- Modèle du continuum (Cook 2009) : réactive → remanié → degenerative, la prise en charge differe à chaque stade.
- Évolution naturelle généralement favorable (80-90 % d'amélioration à 12 mois), mais 10-20 % chronicisent : d'ou l'importance de la stratification et d'une approche conservatrice initiale.
Bibliographie - Chapitre 1
- Tahir A, Chanian N, Tiwana S, Sahu MA, Blackwell J. Medial Epicondylitis: A Review of Clinical Présentation, Diagnosis, and Management in the United Kingdom. Cureus. 2026;18(1):e102264. PMC12931734.
- Konarski W, Pobozy T, Pobozy K, Domanska J, Konarska K. Current concepts of natural course and in management of medial epicondylitis: a clinical overview. Orthop Rev (Pavia). 2023;15:84275. PMID 37701778.
- Reece CL, Susmarski A. Medial Epicondylitis. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2024 May 2. NBK557869.
- Amin NH, Kumar NS, Schickendantz MS. Medial Epicondylitis: Évaluation and Management. J Am Acad Orthop Surg. 2015;23(6):348-355. PMID 26001427.
- Pitzer ME, Seidenberg PH, Bader DA. Elbow tendinopathy. Med Clin North Am. 2014;98(4):833-849. PMID 24994055.
- Shiri R, Viikari-Juntura E, Varonen H, Heliovaara M. Prévalence and determinants of lateral and medial epicondylitis: a population study. Am J Epidemiol. 2006;164(11):1065-1074. PMID 16968862.
- Descatha A, Leclerc A, Chastang JF, Roquelaure Y. Medial epicondylitis in occupational settings: prévalence, incidence and associated risk factors. J Occup Environ Med. 2003;45(9):993-1001. PMID 14506342.
- Wiggins AJ, Cancienne JM, Camp CL, et al. Disease Burden of Medial Epicondylitis in the USA Is Increasing: An Analysis of 19,856 Patients From 2007 to 2014. HSS J. 2018;14(3):233-237. PMID 30258326.
- Shiri R, Viikari-Juntura E. Lateral and medial epicondylitis: rôle of occupational factors. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2011;25(1):43-57. PMID 21663849.
- De Luca P, Grieco G, Bargeri S, et al. The interplay between metabolic disorders and tendinopathies: Systematic review and meta-analysis. J Exp Orthop. 2025;12(3):e70429. PMID 40937086.
- Gaida JE, Ashe MC, Bass SL, Cook JL. Is adiposity an under-recognized risk factor for tendinopathy? A systematic review. Arthritis Rheum. 2009;61(6):840-849. PMID 19479698.
- Kraushaar BS, Nirschl RP. Tendinosis of the elbow (tennis elbow). Clinical features and findings of histological, immunohistochemical, and electron microscopy studies. J Bone Joint Surg Am. 1999;81(2):259-278. PMID 10073590.
- Alfredson H, Ohberg L, Forsgren S. Is vasculo-neural ingrowth the cause of pain in chronic Achilles tendinosis? An investigation using ultrasonography and colour Doppler, immunohistochemistry, and diagnostic injections. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2003;11(5):334-338. PMID 14520512.
- Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical présentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
- Smidt N, van der Windt DA, Assendelft WJ, Deville WL, Korthals-de Bos IB, Bouter LM. Corticosteroid injections, physiotherapy, or a wait-and-see policy for lateral epicondylitis: a randomised controlled trial. Lancet. 2002;359(9307):657-662. PMID 11879861.
- Bisset L, Beller E, Jull G, Brooks P, Darnell R, Vicenzino B. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006;333(7575):939. PMID 17012266.
Quelles sont les populations a haut risque pour l'epitrochleite médiale ?
Athletes de lancer (overhead) : la « triade médiale » du coude
Chez les athletes de lancer (baseball, javelot, water-polo, tennis avec service liftee, escalade extrême), l'epitrochleite médiale fait rarement l'objet d'une atteinte isolée. Le mécanisme commun est la contrainte en valgus répétée lors de la phase d'armer et d'acceleration du lancer, qui surcharge simultanément les trois principaux stabilisateurs médiaux du coude.¹La « triade médiale » du lanceur : 3 structures, 1 mécanisme de surcharge
Le valgus stress chronique surcharge simultanément le tendon fléchisseur-pronateur, le LCM et le nerf ulnaire
Cain EL, Dugas JR, Wolf RS, Andrews JR. Elbow injuries in throwing athletes: a current concepts review. Am J Sports Med. 2003;31(4):621-635 (PMID 12860556).
- Toute epitrochleite chez un lanceur impose le dépistage systématique d'une instabilité LCM (test de stress en valgus à 25° de flexion, moving valgus stress test) et d'une neuropathie ulnaire (Tinel, test de flexion du coude maintenu, sensibilité des 4e-5e doigts).
- L'imagerie est plus souvent justifiée : échographie dynamique pour évaluer la stabilité LCM en valgus stress, voire IRM si suspicion de déchirure partielle du faisceau antérieur du LCM (gold standard chez le lanceur professionnel).²
- Le traitement isolé de l'epitrochleite est souvent insuffisant : si l'instabilité LCM est presente, elle doit être traitée en priorité (décharge, reconstruction chirurgicale si échec). Sinon, la récidive est quasi-certaine au retour au lancer.¹,²
Drapeaux rouges chez le lanceur
- 🚩 Sensation de « pop » ou claquement aigu lors d'un lancer spécifique → suspicion de déchirure LCM aiguë.
- 🚩 Paresthésies des 4e-5e doigts apparues progressivement → neuropathie ulnaire au tunnel cubital, fréquemment associée.
- 🚩 Perte rapide de vélocité du lancer (> 5 mph) ou perte de contrôle → suspicion lésion LCM ou flexor-pronator mass.
- 🚩 Douleur réveillant la nuit ou au repos → suspicion fracture de fatigue de l'olecrane (jeune lanceur).
- 🚩 Adolescent lanceur avec œdème epitrochleen → suspicion avulsion apophysaire : radiographies systématiques.
Travailleurs manuels et facteurs systémiques : quand la biomécanique rencontre les comorbidités
L'autre population sur-representee est celle des travailleurs manuels : ouvriers de production, electriciens, plombiers, mecaniciens, charpentiers, charcutiers-bouchers, coiffeurs, dentistes. La meta-analyse de Descatha 2003 a identifie trois expositions professionnelles indépendamment associées à l'epitrochleite médiale ⚒️ :Facteurs de risque professionnels pour l'epitrochleite médiale
Odds ratios consolidés (Descatha 2003, n = 1 757 travailleurs)
Source : Descatha A, Leclerc A, Chastang JF, Roquelaure Y. J Occup Environ Med. 2003;45(9):993-1001 (PMID 14506342). Confirmation par Shiri R, Viikari-Juntura E. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2011;25(1):43-57 (PMID 21663849).
| Facteur systémique | Effet sur l'epitrochleite médiale | Mécanisme propose | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Diabète type 2 | OR 11,27 (IC 95 % 2,01-63,02) | Glycation collagène, microvasculopathie, neuropathie diabétique | Modéré |
| Obésité (IMC > 30) | Association robuste (Gaida 2009) | Inflammation systémique de bas grade (TNF-α, IL-6) | Modéré |
| Tabagisme actif | RR ~1,5-2 selon les études | Vasoconstriction, hypoxie tendineuse, altered healing | Faible |
| Hypercholesterolemie | Depots xanthomateux, fragilisation | Infiltration lipidique tendineuse | Faible |
| Vibrations professionnelles | OR 1,5-2,5 selon intensité | Microtraumatismes répétés, hypoperfusion | Modéré |
Implications pratiques : stratifier et individualiser
L'identification précoce du profil de risque oriente la prise en charge :- Lanceur jeune ou pro : évaluation LCM + nerf ulnaire systématique, imagerie justifiée, modulation du pitch count, technique du lancer (analyse vidéo), travail des chaînes musculaires en amont (épaule, tronc).
- Travailleur manuel : analyse ergonomique du poste (outils, postures, charges), modification temporaire des taches à risque, dépistage et adressage des comorbidités (médecin généraliste, médecin du travail).
- Patient avec comorbidités métaboliques : orientation multidisciplinaire (dieteticienne, sevrage tabagique, equilibration diabète), gestion des attentes (récupération plus lente, pronostic moins favorable).
- 🎯 Chez le lanceur overhead, l'epitrochleite médiale isolée est rare. La triade « tendon + LCM + nerf ulnaire » impose une évaluation systématique des 3 structures (test de stress en valgus, Tinel, recherche paresthésies).
- ⚒️ Chez le travailleur manuel, le triplet « force > 5 kg + posture inconfortable + vibrations » multiplie le risque (OR cumulatif > 3). La repetitivite seule n'est pas un facteur indépendant.
- 🩺 Les comorbidités métaboliques (diabète OR 11,27, obésité, tabac) sont des facteurs de risque et d'échec thérapeutique souvent sous-estimes : l'IC est large mais le sens est constant.
- 👶 Chez le jeune athlete, suspecter en priorité une apophysite ou avulsion epitrochleenne (« little leaguer's'elbow ») : radiographies systématiques.
- 🔄 Le retour a l'activité doit être stratifie par profil : critères fonctionnels objectifs, jamais calendaires.
Bibliographie - Chapitre 2 (Populations a haut risque)
- Cain EL Jr, Dugas JR, Wolf RS, Andrews JR. Elbow injuries in throwing athletes: a current concepts review. Am J Sports Med. 2003;31(4):621-635. PMID 12860556.
- Vinod AV, Ross G. An effective approach to diagnosis and surgical repair of refractory medial epicondylitis. J Shoulder Elbow Surg. 2015;24(8):1172-1177. PMID 26189803.
- Fleisig GS, Andrews JR. Prévention of elbow injuries in youth baseball pitchers. Sports Health. 2012;4(5):419-424. PMID 23016115.
- Hyman J, Breazeale NM, Altchek DW. Valgus instability of the elbow in athletes. Clin Sports Med. 2001;20(1):25-45, viii. PMID 11227707.
- Descatha A, Leclerc A, Chastang JF, Roquelaure Y. Medial epicondylitis in occupational settings: prévalence, incidence and associated risk factors. J Occup Environ Med. 2003;45(9):993-1001. PMID 14506342.
- Shiri R, Viikari-Juntura E. Lateral and medial epicondylitis: rôle of occupational factors. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2011;25(1):43-57. PMID 21663849.
- De Luca P, Grieco G, Bargeri S, et al. The interplay between metabolic disorders and tendinopathies: Systematic review and meta-analysis. J Exp Orthop. 2025;12(3):e70429. PMID 40937086.
- Gaida JE, Ashe MC, Bass SL, Cook JL. Is adiposity an under-recognized risk factor for tendinopathy? A systematic review. Arthritis Rheum. 2009;61(6):840-849. PMID 19479698.
- Ranger TA, Wong AM, Cook JL, Gaida JE. Is there an association between tendinopathy and diabetes mellitus? A systematic review with meta-analysis. Br J Sports Med. 2016;50(16):982-989. PMID 26598716.
Comment évaluer et diagnostiquer l'epitrochleite médiale avec certitude ?

IRMIRM de coude, séquence STIR pondérée T2 en coupe coronale : hypersignal au sein des fibres du tendon commun des fléchisseurs, trait repère le long du tendon atteint, épitrochléite médiale.
Source : Tahir et al., Cureus, 2026, figure 3 · CC BY
Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
L'anamnèse vise a caractériser la douleur, identifier les mécanismes déclencheurs et explorer le contexte biopsychosocial. Les questions structurees suivantes guident l'entretien initial 🗣️ :- Localisation précise : douleur exquise sur l'épicondyle medial ou diffuse sur la face médiale du coude ? Irradiation vers l'avant-bras fléchisseur ? Absence d'irradiation distale au-delà du poignet (sinon, suspecter une atteinte radiculaire C8-T1).
- Mode d'installation : insidieux et progressif sur plusieurs semaines (typique) ou aigu post-traumatique (suspecter déchirure du tendon fléchisseur commun ou avulsion epitrochleenne) ?
- Facteurs déclenchants et aggravants : flexion du poignet contre resistance (porter une charge, serrer un poing, visser), pronation forcée (utiliser un tournevis), préhension prolongée (porter sacs, outils manuels), activités overhead (lancers, smash au tennis).¹
- Activités professionnelles et sportives : poste de travail (charges, vibrations, postures), heures par jour d'activité à risque, ancienneté dans le poste. Pour les sportifs : volume hebdomadaire, type de geste (lancer, raquette, escalade), niveau de pratique. Changements récents (nouveau matériel, intensification, technique modifiée) ?¹,²
- Symptômes neurologiques : paresthésies, engourdissements ou faiblesse dans les 4e-5e doigts (territoire ulnaire) ou les 3 premiers doigts (territoire médian) ? Réveil nocturne lié à la flexion du coude (suspecter neuropathie ulnaire au tunnel cubital) ?³
- Comorbidités : diabète (potentialise risque et chronicité), polyarthrite rhumatoïde, hypothyroïdie, sevrage tabagique, traitements en cours (statines, fluoroquinolones, risque tendinopathique connu).⁴
- Facteurs psychosociaux : peur du mouvement (kinésiophobie), catastrophisation (« mon coude est fragile, je ne pourrai jamais reprendre »), arrêt de travail prolongé, conflit professionnel ou assurantiel, facteurs pronostiques négatifs majeurs.⁵
Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?

ÉchographieÉchographie du coude, deux vues : hyperhémie réactionnelle au doppler couleur (a) et calcification intratendineuse repérée par une flèche (b) chez un patient atteint d'épitrochléite médiale.
Source : Tahir et al., Cureus, 2026, figure 2 · CC BY
Inspection et palpation
L'inspection est généralement pauvre. Un léger œdème sus-epitrochleen est rare, plus typique d'une avulsion ou d'une bursite. La palpation est le geste clé. ✅- Point d'épicondyle medial : douleur exquise reproductible à la palpation pointee de l'épicondyle medial, juste en avant et distalement par rapport au sommet osseux. C'est le signe le plus constant.¹,²
- Origine commune des fléchisseurs : la douleur peut être légèrement plus distale, au niveau du tendon commun, jusqu'à 1-2 cm de l'épicondyle.
- Comparaison cote-cote : essentielle pour calibrer la sensibilité normale du patient (pression de palpation reproductible).
Tests de provocation validés
Les tests de provocation cherchent a reproduire la douleur en mettant en tension active ou passive le groupe fléchisseur-pronateur. La littérature scientifique sur la validité diagnostique de ces tests pour l'epitrochleite médiale est moins robuste que pour la lateral (peu d'études spécifiques publiées) : la prudence interpretative s'impose.⁶- Test de flexion résistée du poignet : avec le coude en extension et l'avant-bras en supination, le clinicien résiste à la flexion du poignet. La reproduction de la douleur a l'épicondyle medial signe la positivité. C'est le test le plus utilisé en pratique clinique.²
- Test de pronation résistée : avec le coude fléchi à 90°, le clinicien résiste à la pronation active de l'avant-bras. Souvent positif si le rond pronateur est implique.²
- Test d'étirement passif : mise en extension passive du poignet et des doigts avec le coude en extension. Reproduit la douleur si le tendon fléchisseur est sollicite. Sensibilité modérée.²
- Provocation fonctionnelle : reproduire le geste déclenchant du patient (saisir un objet lourd, simuler le swing de golf, position de préhension spécifique au métier), outil pragmatique souvent revelateur.
Diagnostic différentiel : le piège a ne pas manquer
⚠️ La douleur médiale du coude n'est PAS toujours une epitrochleite. Le diagnostic différentiel rigoureux est essentiel, car le traitement diverge fortement selon la pathologie.Arbre décisionnel : douleur médiale du coude
5 pathologies a évaluer systématiquement chez tout patient présentant une douleur médiale du coude
Sources : Amin NH, Kumar NS, Schickendantz MS. J Am Acad Orthop Surg. 2015;23(6):348-355 (PMID 26001427) ; Tahir A et al. Cureus. 2026;18(1):e102264 (PMC12931734).
- Neuropathie ulnaire au tunnel cubital : Le plus important. Souvent associée a l'epitrochleite (jusqu'à 25-50 % de coexistence selon les séries), elle peut aussi être la cause unique des symptômes. Tests : Tinel + au tunnel cubital, test de flexion du coude maintenu (3 minutes), évaluation de la sensibilité et de la force des muscles intrinsèques. EMG si doute.³ ⚠️
- Instabilité du ligament collatéral medial (LCM) : Chez le lanceur ++. Test de stress en valgus à 25° de flexion, moving valgus stress test (douleur maximale entre 80° et 120° de flexion lors du valgus maintenu). IRM ou échographie dynamique pour confirmation.⁷
- Syndrome du rond pronateur : Compression du nerf médian par le rond pronateur. Douleur à la face antérieure de l'avant-bras proximal, paresthésies des 3 premiers doigts (incluant la moitié radiale de l'annulaire), pronation contre resistance réveille la douleur. Plus rare mais piège diagnostique.⁸
- Radiculopathie cervicale C8-T1 : Douleur projetée de la face médiale du bras vers le 5e doigt. Test de Spurling positif, manœuvre de distraction cervicale soulage les symptômes. Bilan cervical systématique si doute.⁹
- Arthrose du coude / corps etrangers intra-articulaires : Sujet age, raideur diffuse, crépitements en flexion-extension, perte d'amplitude (notamment en extension). Radiographies standard généralement suffisantes.¹
Place de l'imagerie : rarement de première intention
L'imagerie n'est pas nécessaire pour confirmer une epitrochleite médiale typique. Elle est réservée a 4 indications precises 🔍 :- Échec d'un traitement conservateur bien mené de 3-6 mois (envisager déchirure partielle du tendon).
- Suspicion clinique de pathologie associée (LCM, neuropathie ulnaire sévère, fracture occulte chez le jeune athlete).
- Anamnèse atypique (trauma aigu, douleur nocturne intense, drapeau rouge).
- Décision chirurgicale envisagée.
Faut-il classifier les patients souffrant d'epitrochleite, et pour quels bénéfices ?
Au-delà du diagnostic positif, classifier le patient selon le continuum de la tendinopathie (Cook & Purdam 2009) oriente la stratégie thérapeutique et le pronostic.¹¹| Stade du continuum | Profil patient typique | Stratégie thérapeutique prioritaire |
|---|---|---|
| Tendinopathie réactive | Patient avec surcharge aiguë récente (week-end de bricolage, nouveau geste sportif). Symptômes < 2 semaines. | Réduire la charge (sans repos complet). Isométriques antalgiques. Modification ergonomique. Pronostic excellent. |
| Tendon remanié (échec cicatrisation) | Symptômes 2 semaines à 3 mois. Surcharge prolongée non-resolue. | Renforcement progressif isotonique lourd et lent. Éducation à la charge progressive. Éducation à la gestion de la douleur. |
| Tendinopathie degenerative | Symptômes > 3 mois, souvent > 1 an. Patient age (> 50 ans). Comorbidités fréquentes. | Augmenter la capacité de charge du tendon résiduel sain. Acceptation que la structure ne « guerira » pas, l'objectif est fonctionnel. Multimodal. |
- Calibrer les attentes du patient (temps de récupération, probabilité de récidive).
- Adapter la dose d'exercice : un tendon réactif tolere mal l'exercice intense ; un tendon dégénératif a besoin d'un stimulus de charge élevé pour s'adapter.
- Éviter les sur-traitements chez les patients en phase réactive (qui guérissent souvent spontanément) et les sous-traitements chez les patients chroniques (qui nécessitent un programme structure prolongé).¹¹
- ✅ Le diagnostic d'epitrochleite médiale est clinique : palpation épicondyle medial douloureuse + flexion ou pronation résistée positive + absence de symptômes neurologiques ulnaires.
- 🧠 Le diagnostic différentiel clé est la neuropathie ulnaire au tunnel cubital : coexistence fréquente (25-50 %). Toujours rechercher Tinel + et paresthésies 4e-5e doigts.
- 🚩 Les 4 autres différentiels a évaluer : instabilité LCM (lanceur), syndrome du rond pronateur, radiculopathie C8-T1, arthrose du coude.
- 🔍 L'imagerie n'est pas systématique : réservée aux échecs > 3-6 mois, suspicions de pathologie associée, anamnèse atypique ou décision chirurgicale.
- 📊 La classification continuum tendineux (Cook 2009) oriente la dose d'exercice et les attentes pronostiques : réactif vs dégénératif = stratégies opposées.
Bibliographie - Chapitre 3
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Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour l'epitrochleite médiale ?
Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
La pyramide thérapeutique consensuelle (synthèse Hoogvliet 2013, Konarski 2023, Tahir 2026) place les interventions dans cet ordre 🥇 :Pyramide thérapeutique de l'epitrochleite médiale
De la base (interventions universelles, evidence forte) au sommet (interventions de dernière ligne, evidence limitée)
La pyramide se lit du bas (intervention universelle, preuves les plus solides) vers le haut (interventions de spécialité, preuves limitées, dernière ligne).
Niveau 1 : Éducation et gestion de la charge (universel)
L'éducation est l'intervention de première ligne, indissociable de toute autre. Elle vise a :- Reformuler la condition : tendinopathie (charge insuffisamment tolérée) plutôt que « inflammation » (qui induit la peur du mouvement et la recherche d'anti-inflammatoires).³
- Établir des attentes réalistes : amélioration progressive sur 3-6 mois (parfois 9-12), évolution naturelle généralement favorable, douleur acceptable pendant l'exercice (≤ 4/10).⁴
- Identifier et modifier les activités déclenchantes sans imposer un repos complet (qui est contre-productif : decondition le tendon et chronicise les symptômes).
- Engager le patient dans l'auto-gestion : journal d'activités, suivi de la douleur, programme à domicile.
Niveau 2 : Exercice thérapeutique (intervention centrale)
L'exercice est la pierre angulaire du traitement. La revue systématique 2026 spécifique a l'epitrochleite médiale (See, Loo, Jaafar - Complément Ther Med) a inclus 5 études (n = 143 patients, ECR + pré-post + comparatives) et conclut : « l'exercice excentrique est associe à une réduction significative de la douleur et une amélioration de la fonction. La supériorité entre-groupes a été démontrée dans 1 ECR. La certitude globale des preuves reste faible, des essais randomisés de plus grande qualité sont nécessaires ».⁵ ⚠️ Plus largement, la revue systématique Cochrane-like Hoogvliet 2013 (BJSM) sur les epicondylalgies latérales et médiales conclut a l'efficacité des programmes d'exercice (concentrique, excentrique, isométrique) avec des effets modestes a modérés sur la douleur et la fonction.⁶ La meta-analyse Clifford 2020 sur les isométriques (BMJ Open Sport Exerc Med, n = 10 études, toutes tendinopathies confondues) n'a pas démontré la supériorité des isométriques sur les isotoniques pour la douleur ou la fonction à court terme.⁷ Cette conclusion nuance le « dogme isométrique pour la douleur aiguë » sans le contredire totalement : les isométriques peuvent être utiles en phase très douloureuse, mais ne doivent pas remplacer le renforcement isotonique progressif.| Modalité d'exercice | Indication principale | Paramètres typiques | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Isométriques | Phase très douloureuse (réactive) | 5 × 30-45 sec, 70 % CMV, 2-3×/jour | Faible |
| Isotonique lourd et lent (HSR) | Phase sub-aiguë et chronique | 3 × 8-12 reps, 70-80 % 1RM, 6 sec/rep, 3×/semaine | Modéré |
| Excentrique pur | Phase chronique, tendon dégénératif | 3 × 15 reps lentes excentriques, 1-2×/jour | Modéré |
| Concentrique-excentrique | Phase de reprise sportive | Progressivement vers gestes spécifiques | Faible |
Niveau 3 : Modalités adjuvantes (en complément)
- Ondes de choc extracorporelles (ESWT) : aucune meta-analyse robuste spécifique a l'epitrochleite médiale. Les données sont extrapolées des études sur l'épicondylite latérale, ou les ESWT montrent une efficacité modérée en complément de l'exercice.⁸ A réserver aux cas chroniques en échec d'exercice seul.
- Thérapie manuelle : mobilisations avec mouvement (Mulligan MWM), techniques de tissus mous, mobilisations neurales (si neuropathie ulnaire associée). Effet antalgique à court terme démontré. Doit être intégrée à un programme actif, pas utilisée seule.⁹
- Dry needling (aiguilles seches) : sur les points gâchettes des muscles fléchisseurs-pronateurs. Efficacité à court terme sur la douleur (revue Navarro-Santana 2020 sur les epicondylalgies en général).¹⁰ Niveau de preuve modéré.
- Taping (Kinesio Taping) : soulagement symptomatique très court terme possible, sans evidence d'effet sur la pathologie sous-jacente. Utile comme adjuvant transitoire.
- Ultrasons thérapeutiques / laser de bas niveau : peu de preuves de haute qualité. Non recommandés en routine.¹
Niveau 4 : Injections (en cas d'échec documenté)
Les injections doivent être discutees avec prudence et réservées aux échecs documentés après 3-6 mois de prise en charge conservatrice bien menée.- Corticoïdes : Effet antalgique spectaculaire à court terme (2-6 semaines), mais délétère à moyen-long terme. Les données sur l'épicondylite latérale (Bisset 2006, Coombes 2013 BMJ) montrent un risque de récidive multiplie par 2-3 à 12 mois versus l'exercice ou l'attentisme.¹¹,¹² Extrapolation prudente à la médiale. ⚠️
- Plasma riche en plaquettes (PRP) : Pour l'epitrochleite médiale spécifiquement, aucune revue systématique d'essais randomisés n'a été retrouvée : les données se limitent à de petites séries et à des comparaisons non randomisées, insuffisantes pour conclure. Les seules données d'ampleur portent sur l'épicondylite latérale, ou une série rétrospective rapporte une réduction des symptômes et du recours à la chirurgie après PRP.¹³ La littérature randomisée sur la latérale reste contradictoire (méta-analyse Xu 2024 AJSM favorable, essai contrôlé Schoffl 2017 contre placebo négatif). Pas de recommandation forte en première ligne.
- Autres (autologous blood, prolothérapie) : evidence limitée, non recommandés en routine.
Niveau 5 : Chirurgie (dernière ligne)
Réservée aux échecs avec persistance des symptômes > 6-12 mois malgré un programme conservateur optimal. Techniques : debridement open ou arthroscopique du tendon fléchisseur commun, avec ou sans transposition antéro-médiale du nerf ulnaire (si neuropathie ulnaire sévère associée). Taux de succès 80-95 % dans les séries chirurgicales (faible niveau de preuve : majoritairement séries de cas).¹⁴Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
La question de la « meilleure » modalité d'exercice (excentrique pur vs concentrique-excentrique vs HSR vs isométrique) divise la littérature depuis 20 ans. L'état actuel des preuves, synthetise par See 2026 et la meta-analyse Cullinane 2014 (sur la latérale), peut être resume ainsi 💡 :- Tous les types de renforcement actifs supervisés sont supérieurs au placebo ou a l'attentisme à court et moyen terme.⁵,⁶
- La supériorité intra-modalité (excentrique vs concentrique) n'est pas démontrée de manière robuste sur l'epitrochleite médiale (See 2026 : 1 seule ECR montrant supériorité excentrique).⁵
- La dose totale de charge appliquée (volume × intensité × fréquence) semble plus déterminante que le type.⁴
- L'adhésion à long terme (8-12 semaines minimum, idéalement 6 mois) est le facteur pronostique le plus puissant.⁵
Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
Les thérapies passives ont une place légitime mais limitée. Elles peuvent :- Réduire temporairement la douleur, ouvrant une fenêtre thérapeutique pour l'exercice actif.
- Améliorer transitoirement la mobilité et la force de préhension (effet souvent immédiat, déclin a 24-48 h).⁹
- Renforcer l'alliance thérapeutique et la satisfaction du patient.
- Modifier la structure tendineuse (les ondes de choc seraient une exception partielle, evidence faible).
- Substituer le besoin de renforcement progressif.
- Garantir des résultats à moyen-long terme sans exercice associe.
Au-delà du physique : comment éduquer le patient et agir sur les facteurs psychologiques ?
L'epitrochleite chronique n'est pas qu'une affaire de tendon. Les facteurs psychosociaux sont des determinants pronostiques majeurs 🧠 :- Kinésiophobie (peur du mouvement) : associée à un moins bon résultat fonctionnel et à la chronicisation. Mesure par l'échelle TSK (Tampa Scale of Kinesiophobia).¹⁵
- Catastrophisation (« je ne pourrai plus jamais utiliser mon bras normalement ») : facteur de risque indépendant de chronicité, mesure par la PCS (Pain Catastrophizing Scale).¹⁵
- Faible auto-efficacité : conviction que l'on n'arrivera pas a executer le programme, prédit l'abandon du traitement.
- Contexte professionnel / assurantiel : arrêt de travail prolongé, conflit avec l'employeur, procedure de reconnaissance en maladie professionnelle, tous facteurs aggravants.
- Éducation à la douleur (Pain Neuroscience Éducation) : reconceptualisation de la douleur comme signal d'alarme parfois trompeur (sensibilisation centrale), pas comme marqueur direct de degats tissulaires. Démontré reductrice de la kinésiophobie.¹⁶
- Exposition graduée aux mouvements craintifs : programme d'activités progressivement reintroduites, validées par l'expérience du patient (« cela ne casse rien »).
- Adressage des troubles anxio-dépressifs comorbides : orientation vers le médecin traitant ou un psychologue si dépistage positif (PHQ-9, GAD-7).
- Approche biopsychosociale intégrée : ne pas dissocier le « physique » du « psychologique ».
- 🥇 Pyramide : éducation + gestion de la charge à la base, exercice thérapeutique au niveau 2, modalités adjuvantes ensuite, injections puis chirurgie en dernière ligne.
- 💪 L'exercice progressif est central. La revue systématique 2026 spécifique a l'epitrochleite médiale (See, Loo, Jaafar) confirme l'efficacité de l'excentrique (5 études, n=143, certitude faible).
- ⚖️ Pas de supériorité robuste démontrée entre excentrique pur, concentrique-excentrique, ou HSR (heavy slow resistance) : la progressivite de la charge compte plus que le type.
- 💉 Corticoïdes : effet court terme spectaculaire mais délétère à moyen-long terme (récidives × 2-3). PRP : evidence conflictuelle, pas de recommandation forte.
- 🧠 Les facteurs psychosociaux (kinésiophobie, catastrophisation) sont des determinants pronostiques majeurs souvent sous-estimes. Éducation à la douleur + exposition graduée.
Bibliographie - Chapitre 4
- Tahir A, Chanian N, Tiwana S, Sahu MA, Blackwell J. Medial Epicondylitis: A Review of Clinical Présentation, Diagnosis, and Management in the United Kingdom. Cureus. 2026;18(1):e102264. PMC12931734.
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Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives de l'epitrochleite médiale ?
Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
L'auto-gestion (self-management) est un déterminant pronostique majeur. Elle repose sur 4 compétences a transferer au patient :1. Comprendre la condition
Le patient doit avoir integre les notions clés : tendinopathie ≠ inflammation aiguë, évolution sur plusieurs mois, rôle majeur de la charge (ni trop, ni trop peu), notion de capacité de charge. Ces concepts permettent une auto-adaptation autonome face aux fluctuations symptomatiques.³2. Maîtriser le modèle de surveillance de la douleur
Le modèle de Silbernagel (developpe initialement pour le tendon d'Achille mais largement extrapolable aux tendinopathies du membre supérieur) constitue la référence 📊 :Modèle de surveillance de la douleur (adapté de Silbernagel)
Repères simples pour guider la charge quotidienne
Le principe « zéro douleur » est contre-productif dans les tendinopathies : une douleur tolérable est compatible avec la progression thérapeutique.
3. Adherer au programme à domicile
Le programme d'exercices à domicile doit être réaliste : 10-15 minutes maximum, 1 à 2 fois par jour, matériel minimal (bande élastique, halteres légers, éventuellement TheraBand FlexBar). La simplicité et l'intégration dans la routine quotidienne conditionnent l'adhésion sur 8-12 semaines.| Phase de la prise en charge | Programme type à domicile | Fréquence / durée | Critère de progression |
|---|---|---|---|
| Phase 1 (S1-S2) : antalgie | Isométriques fléchisseur poignet 5 × 30 sec 70 % CMV | 2-3×/jour, 14 jours | Douleur de repos < 3/10 |
| Phase 2 (S3-S6) : renforcement | Flexion poignet halteres 3 × 10-15 reps lentes (3 sec excentrique) | 1×/jour, charges progressives | Augmentation de 10-15 % charge/semaine si zone verte |
| Phase 3 (S7-S12) : capacité | HSR : flexion poignet 3 × 8 reps lourdes (6 sec/rep), 70-80 % 1RM | 3×/semaine | Force préhension à 90 % du cote sain |
| Phase 4 (M3-M6) : sport / travail | Gestes spécifiques progressifs (swing partiel, simulation taches) | Selon discipline / poste | Realisation 80 % volume habituel sans exacerbation |
4. Tenir un journal de bord
Un journal simple (papier ou application) recueille : douleur du matin (0-10), douleur durant l'activité, activités réalisées, exercices effectués, observations. Cet outil :- Objective les tendances (parfois invisibles à la memoire subjective).
- Identifie les déclencheurs (poste de travail, type de geste, contexte émotionnel).
- Renforce l'auto-efficacité en montrant les progrès réels.
Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?
Le retour aux activités (sport, travail manuel, loisirs) est la phase la plus à risque de récidive. Le calendrier ne doit pas être temporel (« 6 semaines après le diagnostic ») mais fonctionnel : valide par des critères mesurables. ✅Critères de retour aux activités : synthèse pragmatique
Critères fonctionnels pour le retour aux activités
4 conditions cumulatives a remplir avant la reprise complète
Synthèse pragmatique : critère de bon sens clinique. Adapter aux spécificités du sport ou du poste de travail. PRTEE validée en français (Rompe 2007).
Stratégie de progression par discipline
- Golfeur : reprise par putting → chips → demi-swings → swing complet avec wedges → swing complet tous fers → bois (avec stop après chaque étape pendant 48-72 h pour évaluer la réaction tendineuse). Vérifier la prise (grip neutre, éviter le strong grip), envisager un cours de technique. Augmentation hebdomadaire de 25-50 % du volume si zone verte.⁴
- Lanceur (baseball, javelot) : phase d'inter-saison idéale. Programme Crow Hop, Long Toss progressif, retour aux lancers competitifs sur 8-12 semaines structurees (programmes type Wilk's). Surveillance pitch count strict. Évaluation LCM avant reprise competitive.⁵
- Travailleur manuel : reprise progressive (50 % charge / 50 % durée initialement, puis incrementation). Modifications ergonomiques durables (outils ergonomiques, alternance des taches, pauses). Discussion avec médecin du travail si poste a haut risque.⁶
- Activités de loisir (jardinage, bricolage) : reprise par sessions courtes (30 min) avec pauses. Privilégier les outils ergonomiques, éviter les vibrations prolongées, fractionner les taches lourdes.
Comment corriger les facteurs predisposants techniques et ergonomiques ?
La cause initiale de l'epitrochleite est rarement aleatoire : elle résulte presque toujours d'une surcharge mécanique liée à un geste, un poste ou un équipement. Sans correction, la récidive est probable. 🔧Pour le sportif
- Analyse vidéo du geste : identification des defauts techniques (mauvais placement du coude, prise inadaptee, manque de stabilisation des chaînes musculaires en amont).
- Équipement : grip de raquette ou club adapté (un grip trop petit augmente la contrainte sur le tendon fléchisseur), cordage moins tendu pour le tennis.
- Programme : éviter les augmentations brutales de volume (règle des 10 % hebdomadaires).
- Travail des chaînes en amont : renforcement de la coiffe des rotateurs, des stabilisateurs scapulaires, du tronc, pour réduire la contrainte distale.⁷
Pour le travailleur
- Analyse ergonomique du poste par un spécialiste (médecin du travail, ergonome) : hauteur du plan de travail, type d'outils, postures contraintes.
- Outils ergonomiques : manches anti-vibrations, taille adaptée à la main, ressorts d'assistance pour les outils répétitifs.
- Alternance des taches : éviter la repetitivite de gestes à risque pendant plus de 2 heures consecutives.
- Pauses actives : étirements brefs et microreposs (1-2 min) toutes les 30-45 minutes.
- Sevrage tabagique et contrôle des comorbidités métaboliques : interventions à part entière, parfois decisives.
Comment prévenir la chronicisation et les récidives ?
La prévention secondaire repose sur 4 leviers complémentaires 🛡️ :- Maintien du renforcement tendineux après résolution clinique : 1-2 séances/semaine de renforcement isotonique des fléchisseurs-pronateurs pendant au moins 6 mois post-résolution. Le tendon « cicatrise » prend 6-12 mois pour retrouver une capacité de charge optimale, même après disparition de la douleur.²
- Surveillance des signaux précoces : douleur à la palpation epicondylaire, raideur matinale, fatigue inhabituelle du fléchisseur, intervention précoce (réduction temporaire de la charge, isométriques antalgiques) limite la récidive à une « rechute mineure ».
- Pursuit de la modification ergonomique / technique : ne pas relacher les corrections post-résolution.
- Adressage des facteurs psychosociaux résiduels : kinésiophobie persistante, restrictions excessives auto-imposees, angoisse de la récidive. Éducation et réassurance continues.
- 🎯 L'auto-gestion du patient est déterminante : comprendre la condition, maîtriser le modèle de surveillance de la douleur (zone verte ≤ 4/10), adherer au programme à domicile.
- 📊 Le retour aux activités est guide par 4 critères fonctionnels cumulatifs : douleur (EVA), force (90 % cote sain), fonction (PRTEE / QuickDASH), capacité de charge (80 % volume habituel sans exacerbation).
- 🔧 La correction des facteurs predisposants (technique, ergonomie, équipement) est indispensable, sans elle, la récidive est probable.
- 🛡️ Le renforcement post-résolution doit être maintenu 6 mois minimum (tendon = remodelage long).
- 🧠 Les facteurs psychosociaux persistants (kinésiophobie résiduelle) doivent être adressés en continu pour éviter la chronicisation.
Bibliographie - Chapitre 5
- Tahir A, Chanian N, Tiwana S, Sahu MA, Blackwell J. Medial Epicondylitis: A Review of Clinical Présentation, Diagnosis, and Management in the United Kingdom. Cureus. 2026;18(1):e102264. PMC12931734.
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Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur l'epitrochleite médiale ?
Cas 1 : Crossfit, tissue flossing et chaînes fonctionnelles (Lane 2025)
Référence : Lane E et al. Treatment of Medial Epicondylalgia Using Tissue Flossing, Local Eccentric Exercise, and Addressing Functional Chain Asymmetries, A Case Report. JOSPT Cases. 2025;5(1):32-40. DOI 10.2519/josptcases.2025.0062. Présentation : Homme de 34 ans, athlete crossfit, douleur médiale du coude droit depuis 2 semaines, aggravée par les workouts d'intensité. Douleur décrite comme sourde, parfois aiguë, irradiant à la face antérieure de l'avant-bras. Examen : douleur à la palpation épicondyle medial, faiblesse de la flexion du poignet et des mouvements du coude. Pas de symptômes neurologiques ulnaires. Asymétrie fonctionnelle observée (déficit de mobilité glenohumerale et thoracique du cote symptomatique).¹ Stratégie thérapeutique :- Phase 1 : modification d'activité (réduction des mouvements en flexion/pronation forcée), éducation sur la tendinopathie.
- Phase 2 : programme structure d'exercices excentriques progressifs des fléchisseurs du poignet.
- Phase 3 : tissue flossing (technique de bandage compressif élastique) en complément, applique sur l'avant-bras pour améliorer la mobilité des tissus mous.
- Phase 4 : adressage des asymetries de la chaîne fonctionnelle (mobilité thoracique, glenohumerale, scapulaire).
- L'approche multimodale (exercice + thérapie manuelle + adressage des chaînes en amont) dépasse la prise en charge purement locale.
- Le tissue flossing est un outil émergent : niveau de preuve faible mais cohérent avec d'autres modalités de thérapie manuelle des tissus mous.
- La chaîne fonctionnelle (épaule, thorax, scapula) doit être évaluée systématiquement chez le sportif : un déficit en amont surcharge mécaniquement le coude.
Cas 2 : Le « patient chronique » et la décision multidisciplinaire (synthèse Mederake / Konarski 2023)
Référence : Konarski W, Pobozy T, et al. Current concepts of natural course and in management of medial epicondylitis: a clinical overview. Orthop Rev (Pavia). 2023;15:84275. PMID 37701778. Profil-type décrit (synthèse des cas analyses dans la revue Konarski 2023) : Patient de 50-55 ans, travailleur manuel (charpentier, plombier ou ouvrier d'usine), symptômes > 12 mois, plusieurs tentatives thérapeutiques déjà echouees (kinésithérapie courte, infiltrations corticoïdes, AINS au long cours). Souvent diabétique de type 2 et/ou fumeur. Douleur 6/10 au repos, 8-9/10 à la sollicitation. Arrêt de travail prolongé dans 30-40 % des cas. Score PRTEE > 60/100. Catastrophisation et kinésiophobie élevées.² Stratégie recommandée par les auteurs :- Imagerie systématique à ce stade (échographie ou IRM) : recherche de déchirure partielle, évaluation du LCM, évaluation du nerf ulnaire.
- Approche multidisciplinaire : kinésithérapeute + médecin du travail + médecin généraliste (contrôle diabète, sevrage tabagique) + éventuellement psychologue (catastrophisation sévère).
- Programme d'exercice plus long que la moyenne : 4-6 mois supervisés, avec acceptance d'une amélioration plus lente.
- Discussion d'une infiltration PRP si échec à 6 mois (niveau de preuve faible mais option raisonnable à ce stade).
- Indication chirurgicale si échec global > 12 mois : debridement + transposition du nerf ulnaire si neuropathie associée.
- Le patient chronique est qualitativement different du patient aigu : les protocoles standards y echouent souvent.
- Les comorbidités métaboliques (diabète, tabac, obésité) doivent être traitées comme des cibles thérapeutiques à part entière.
- L'imagerie devient pertinente à ce stade pour stratifier les options (chirurgie vs poursuite conservatrice).
- L'approche purement biomedicale echoue chez les patients catastrophisants : la dimension psychosociale est décisive.
Cas 3. Le piège diagnostique : neuropathie ulnaire coexistante
Cas synthèse construit à partir de la littérature (Konarski 2023, Vinod & Ross 2015, Cain 2003) : illustration pédagogique d'une situation clinique fréquente, NON issu d'un case report unique. Présentation type : Femme de 48 ans, secretaire / utilisatrice intensive d'ordinateur, douleur médiale du coude gauche depuis 4 mois. Diagnostic initial d'epitrochleite par le médecin généraliste, traitement par AINS + repos puis kinésithérapie « classique » (ultrasons, étirements, massage transverse) sans amélioration sur 3 mois.²,³ Anamnèse complémentaire revelatrice :- Douleur reveillee la nuit (geste de flexion du coude pendant le sommeil).
- Paresthésies discretes du 5e doigt et du bord ulnaire de l'annulaire, ignorees initialement.
- Fatigue de la main en fin de journée, sensation de « maladresse » pour les gestes fins (tenir une tasse, boutonner un vetement).
- Palpation épicondyle medial : douleur ++.
- Flexion résistée du poignet : douleur ++.
- Tinel + au tunnel cubital ++.
- Test de flexion du coude maintenu 1 minute : reproduit les paresthésies ulnaires.
- Force de préhension légèrement réduite (Jamar : 22 kg vs 28 kg cote sain).
- Discrete atrophie du premier interosseux dorsal.
- Éducation : reformuler la condition (deux pathologies coexistantes).
- Modification ergonomique du poste de travail (clavier, souris, position du coude).
- Éviter les positions prolongées de flexion du coude (sommeil avec coude fléchi, téléphone tenu au coude).
- Programme d'exercices spécifique aux deux conditions : renforcement progressif fléchisseurs-pronateurs + mobilisations neurales du nerf ulnaire (« nerve gliding »).
- Réévaluation à 3 mois : amélioration symptomatique mais persistance partielle des paresthésies → discussion chirurgicale (transposition antéro-médiale du nerf ulnaire).
- La coexistence epitrochleite + neuropathie ulnaire est fréquente (25-50 % selon séries). Toujours rechercher les symptômes ulnaires même discrets.
- L'échec d'un traitement « standard » bien mené doit faire reconsidérer le diagnostic, pas intensifier la même intervention.
- Les paresthésies des 4e-5e doigts sont un drapeau a chercher activement, souvent ignorees par le patient s'il n'est pas questionne.
- La chirurgie de transposition du nerf ulnaire associée au debridement du tendon fléchisseur est le traitement de référence si neuropathie symptomatique persistante après traitement conservateur.⁴
Critique et controverse : les limites des cas cliniques
L'utilisation des cas cliniques pour guider la pratique à ses limites méthodologiques importantes ⚠️ :- Biais de publication : les cas reussis sont sur-representes. Les échecs sont rarement publiés. La littérature « apparente » est donc plus optimiste que la réalité clinique.
- Niveau de preuve faible : les cas cliniques sont au niveau 5 de la pyramide CEBM. Ils génèrent des hypothèses, ne démontrent pas l'efficacité d'une intervention.
- Generalisabilite limitée : ce qui marche pour un patient peut ne pas marcher pour un autre. Les facteurs individuels (motivation, contexte, comorbidités) sont rarement détaillés.
- Confusion corrélation-causalité : un patient s'améliore après une intervention. Cela ne signifie pas que l'intervention a cause l'amélioration (évolution naturelle souvent favorable, effets non spécifiques de l'attention thérapeutique).
- ✅ Le diagnostic est la clé : une douleur médiale du coude n'est pas toujours une epitrochleite. Toujours évaluer le nerf ulnaire et le rachis cervical.
- 💪 L'approche active (Lane 2025) avec exercices excentriques + thérapie manuelle + chaînes fonctionnelles fonctionne chez le sportif aigu.
- 🧩 Le contexte est déterminant : sportif jeune vs travailleur chronique avec comorbidités, stratégies très différentes.
- ⚠️ Prudence avec les approches passives isolées (ultrasons, massage transverse seul), souvent sans efficacité documentée, doivent toujours être combinées à un programme actif.
- 🔄 L'échec d'un traitement bien mené doit faire reconsidérer le diagnostic (neuropathie ulnaire ? LCM ? Différentiel) plutôt qu'intensifier la même intervention.
Bibliographie - Chapitre 6
- Lane E, et al. Treatment of Medial Epicondylalgia Using Tissue Flossing, Local Eccentric Exercise, and Addressing Functional Chain Asymmetries - A Case Report. JOSPT Cases. 2025;5(1):32-40. doi:10.2519/josptcases.2025.0062.
- Konarski W, Pobozy T, Pobozy K, Domanska J, Konarska K. Current concepts of natural course and in management of medial epicondylitis: a clinical overview. Orthop Rev (Pavia). 2023;15:84275. PMID 37701778.
- Sutton EG, Wong WCT, Yiu ELK. Ultrasound in the Differential Diagnosis of Medial Epicondylalgia and Medial Elbow Pain — Imaging Findings and Narrative Literature Review. Ultrasonography. 2022;41(4):641-655. PMC9407887.
- Vinod AV, Ross G. An effective approach to diagnosis and surgical repair of refractory medial epicondylitis. J Shoulder Elbow Surg. 2015;24(8):1172-1177. PMID 26189803.
- Cain EL Jr, Dugas JR, Wolf RS, Andrews JR. Elbow injuries in throwing athletes: a current concepts review. Am J Sports Med. 2003;31(4):621-635. PMID 12860556.
- OCEBM Levels of Evidence Working Group. The Oxford 2011 Levels of Evidence. Oxford Centre for Evidence-Based Medicine. cebm.ox.ac.uk.
Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
L'orientation n'est pas un aveu d'échec, c'est une compétence clinique essentielle. Quatre situations cliniques imposent une discussion d'orientation :1. Drapeaux rouges = urgence médicale
Drapeaux rouges imposant une orientation immédiate
- 🚩 Trauma aigu avec déformation ou impotence fonctionnelle sévère → urgences orthopédiques (fracture ? avulsion ?)
- 🚩 Douleur intense nocturne sans facteur mécanique déclenchant → médecin traitant + imagerie (tumeur ? infection ?)
- 🚩 Fièvre + douleur localisée + erythemes → urgences (arthrite septique ? cellulite ?)
- 🚩 Symptômes neurologiques progressifs (faiblesse motrice marquée, atrophie musculaire, paresthésies étendues) → neurologue / chirurgien spécialisé
- 🚩 Adolescent lanceur avec douleur aiguë + œdème → radiographies en urgence (avulsion apophysaire)
- 🚩 Antécédent de cancer + nouvelle douleur osseuse → médecin traitant + imagerie (métastase ?)
2. Échec d'un traitement conservateur bien mené > 3-6 mois
Si le programme d'exercices structure, l'éducation et la modification de la charge n'apportent pas d'amélioration significative après 3-6 mois, envisager :- Médecin du sport / médecin physique : réévaluation diagnostique, discussion d'infiltrations (PRP, corticoïdes en dernière intention).
- Chirurgien spécialisé du membre supérieur : si suspicion de déchirure partielle, neuropathie ulnaire sévère, ou indication chirurgicale a discuter.
- Imageur (echographiste, radiologue) : pour préciser l'état structural du tendon, du LCM, et du nerf ulnaire.
3. Comorbidités medicales actives
- Diabète mal équilibre → médecin traitant / endocrinologue.
- Tabagisme actif → consultation de sevrage tabagique.
- Obésité avec syndrome métabolique → médecin traitant / dieteticienne.
- Pathologies rhumatologiques inflammatoires suspectees → rhumatologue.
4. Facteurs psychosociaux dominants
- Catastrophisation sévère (PCS > 30), kinésiophobie marquée (TSK > 40), dépression / anxiété active → psychologue spécialisé en douleur chronique, médecin traitant.
- Conflit professionnel / assurantiel → médecin du travail.
Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?
Les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures) sont indispensables pour objectiver l'efficacité des interventions. Pour l'epitrochleite médiale, les outils validés et recommandés sont 📏 :| Outil de mesure | Domaine evalue | Format | MCID (changement minimal cliniquement significatif) |
|---|---|---|---|
| NPRS (Numerical Pain Rating Scale) | Douleur | Échelle 0-10 | 2 points |
| PRTEE (Patient-Rated Tennis Elbow Évaluation) | Douleur + fonction spécifique au coude | 15 items, score 0-100 | 11 points |
| QuickDASH (Disabilities of the Arm, Shoulder, Hand court) | Fonction globale du membre supérieur | 11 items, score 0-100 | 8-15 points selon contexte |
| GROC (Global Rating of Change) | Perception globale du changement | Échelle -7 a +7 | ≥ 4 = amélioration significative |
| Force de préhension (dynamomètre Jamar) | Force objective | kg | ~5-7 kg ou 20 % du baseline |
Pyramide des preuves : niveau de confiance dans les recommandations
L'application des recommandations doit être moduleee par la qualité des preuves qui les sous-tendent. La pyramide GRADE (5 niveaux) offre un cadre clair 🔬 :Pyramide GRADE des preuves disponibles pour l'epitrochleite médiale
Du haut (preuves les plus solides) vers le bas (preuves les plus faibles)
Constat global : l'epitrochleite médiale souffre d'un déficit d'études spécifiques de haute qualité. Beaucoup de recommandations sont extrapolées de la littérature sur l'épicondylite latérale. Cette limite doit être transparente dans la pratique clinique.
Barrières a l'implémentation des recommandations
La revue systématique Scurlock-Evans 2014 (Physiotherapy) sur l'evidence-based practice en kinésithérapie a identifie les obstacles récurrents 🚧 :- Manque de temps (cité par 70-80 % des praticiens) : difficulté a intégrer la lecture / l'analyse critique des articles dans la pratique quotidienne.¹
- Manque de compétences en recherche : difficulté a évaluer la qualité méthodologique d'un article, comprendre les concepts statistiques.¹
- Manque de soutien organisationnel : absence de ressources, de mentor, de temps dédié à la formation continue.
- Inertie des pratiques anciennes : utilisation continue de modalités non recommandées (ultrasons) par habitude.
- Attentes des patients : demandes spécifiques (« je veux des ultrasons ») peuvent influencer la pratique.
- Synthèse executive : se baser sur les revues systématiques et meta-analyses récentes plutôt que les articles primaires individuels.
- Formation continue ciblée : rester a jour sur les changements majeurs (par exemple : déclin des corticoïdes comme première ligne, montée de l'exercice progressif).
- Réseau professionnel : partager les ressources, discuter les cas complexes avec des pairs.
- Éducation du patient : transformer les demandes en opportunites pédagogiques (« voilà pourquoi je vous propose plutôt ceci »).
Critique et controverse : au-delà des lignes directrices
Les recommandations ne sont pas des dogmes. Plusieurs zones de tension persistent dans la littérature 🤔 :- Standardisation vs personnalisation : un protocole standardisé améliore la reproductibilité mais peut ne pas convenir à tous les patients. L'expertise clinique consiste a moduler les recommandations selon le contexte individuel.
- Evidence-based medicine vs expérience clinique : l'EBM integre 3 piliers : meilleures preuves disponibles + expertise du clinicien + valeurs du patient. La preuve seule ne suffit jamais.
- Insuffisance de la littérature spécifique : la majorité des données viennent de l'épicondylite latérale. Cette extrapolation est raisonnable mais comporte des incertitudes : la communauté scientifique doit produire plus d'études spécifiques à la médiale.
- Limites des PROMs : les questionnaires standardisés capturent une partie de la réalité du patient mais peuvent manquer les dimensions individuelles importantes (objectifs personnels, valeurs).
- Tension entre niveaux de preuve et pratique : certaines pratiques courantes (taping, ultrasons, massage transverse) persistent malgré une evidence faible. Pourquoi ? Parce qu'elles ont un effet contextuel (alliance thérapeutique, expectative, ritualisation du soin) : la « preuve clinique » ne se réduit pas a l'efficacité intrinsèque.
- 🚨 Orienter sans hesiter en présence de drapeaux rouges, d'échec > 3-6 mois, de comorbidités actives, ou de facteurs psychosociaux dominants.
- 📊 Mesurer systématiquement avec des PROMs validés (PRTEE, QuickDASH, NPRS, GROC), au moins a 3 temps (initial, intermédiaire, final).
- 🔬 La pyramide GRADE sur l'epitrochleite médiale spécifique est mince : beaucoup de niveau 3-4. Être transparent avec le patient sur les incertitudes.
- 🚧 Les barrières a l'EBP (temps, formation, organisation) sont réelles, stratégies : revues systématiques récentes, formation continue ciblée, réseau professionnel.
- ⚖️ L'EBP authentique integre 3 piliers : preuves + expertise clinique + valeurs du patient. La preuve seule ne dicte pas la décision.
Bibliographie - Chapitre 7
- Scurlock-Evans L, Upton P, Upton D. Evidence-based practice in physiotherapy: a systematic review of barriers, enablers and interventions. Physiotherapy. 2014;100(3):208-219. PMID 24780633.
- Rompe JD, Overend TJ, MacDermid JC. Validation of the Patient-rated Tennis Elbow Évaluation Questionnaire. J Hand Ther. 2007;20(1):3-10. PMID 17254903.
- Beaton DE, Wright JG, Katz JN; Upper Extremity Collaborative Group. Development of the QuickDASH: comparison of three item-réduction approaches. J Bone Joint Surg Am. 2005;87(5):1038-1046. PMID 15866967.
- Kamper SJ, Maher CG, Mackay G. Global rating of change scales: a review of strengths and weaknesses and considerations for design. J Man Manip Ther. 2009;17(3):163-170. PMID 20046623.
- Guyatt GH, Oxman AD, Vist GE, et al. GRADE: an emerging consensus on rating quality of evidence and strength of recommendations. BMJ. 2008;336(7650):924-926. PMID 18436948.
- Sackett DL, Rosenberg WM, Gray JA, Haynes RB, Richardson WS. Evidence based medicine: what it is and what it isn't. BMJ. 1996;312(7023):71-72. PMID 8555924.
- Konarski W, Pobozy T, Pobozy K, Domanska J, Konarska K. Current concepts of natural course and in management of medial epicondylitis: a clinical overview. Orthop Rev (Pavia). 2023;15:84275. PMID 37701778.
- Tahir A, Chanian N, Tiwana S, Sahu MA, Blackwell J. Medial Epicondylitis: A Review of Clinical Présentation, Diagnosis, and Management in the United Kingdom. Cureus. 2026;18(1):e102264. PMC12931734.
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