

Membre supérieur
Perfectionnez votre prise en charge en rééducation de la main et du poignet : évaluez et autonomisez vos patients
Tessadit Aissaoui
Pouce du skieur : ne pas manquer la lésion de Stener. Seuils de laxité sourcés, ce que vaut vraiment l'échographie, rééducation et retour au sport.

Une entorse du pouce pose une seule question : la rupture est-elle complète, et le moignon ligamentaire est-il déplacé, ce qui définit la lésion de Stener.
87%des pouces avec plus de 35° de laxité en extension avaient une lésion de Stener
La suite reprend chacun de ces points en détail, sources à l'appui. Elle est là si vous en avez besoin.
Ce sujet fait l'objet d'une formation : Perfectionnez votre prise en charge en rééducation de la main et du poignet : évaluez et autonomisez vos patients, présentiel avec Tessadit Aissaoui.
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11 chapitres de l'article · 68 min au total
Comprendre◔ 9 min
Non traitée, cette lésion peut conduire à une diminution de la force de pince, à l'instabilité et à l'arthrose.
Stener◔ 6 min
Dans la lésion de Stener, le ligament ne peut plus rejoindre son lit d'insertion, quelle que soit l'immobilisation.
Tester◔ 9 min
Un testing normal, bien conduit et comparatif, est un bon argument pour ne pas aller plus loin.
Imager◔ 7 min
Trois méta-analyses de 2021 donnent des chiffres différents : la cible et la référence diffèrent d'une étude à l'autre.
Distinguer◔ 5 min
Il serait excessif de conclure qu'un pouce non réparé rapidement est perdu.
Rééduquer◔ 10 min
Sur ce sujet, aucune recommandation de rééducation détaillée semaine par semaine n'est soutenue par des essais.
Reprendre◔ 4 min
Le retour au sport atteint 98,1 % en agrégé, sans baisse de performance après chirurgie.
Enfant◔ 4 min
Chez l'enfant, la lésion attendue est osseuse : l'atteinte ligamentaire pure reste l'exception.
Cas cliniques◔ 4 min
Dans un cas, l'échographie a posé un diagnostic exact en évitant toute imagerie supplémentaire.
En pratique◔ 5 min
Sans radiographie, ne pas tester en stress : demander d'abord l'avis médical.
FAQ◔ 5 min
Un examen contrôlé et doux, pouce maintenu sans rotation, ne devrait pas créer de lésion de Stener iatrogène.
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Tessadit Aissaoui
La suite, c'est la pratique : la formation qui enseigne ce sujet, avec Tessadit Aissaoui.
Nos formations sur ce sujet peuvent être prises en charge par le DPC ou le FIFPL, selon votre profession et votre situation.
Une entorse du pouce se joue sur une question, et une seule : le ligament rompu est-il resté au contact de son insertion, ou l'aponévrose de l'adducteur s'est-elle glissée entre les deux ? Dans le second cas, la lésion de Stener, aucune orthèse ne le fera cicatriser, et six semaines d'immobilisation ne feront que retarder la chirurgie. Voici comment ne pas la manquer.
Synthèse rédigée à partir de trois méta-analyses de précision diagnostique (2021), de deux revues systématiques d'intervention, de deux essais randomisés et des séries anatomiques et cliniques de référence. Chaque chiffre porte sa source à l'endroit où il est écrit ; les 40 références sont listées en fin d'article avec leur PMID ou leur DOI.
Ce que dit la littérature, en une page, avant le détail des chapitres.
L'entorse du ligament collatéral ulnaire (LCU) de la métacarpo-phalangienne (MCP) du pouce est une lésion banale par sa fréquence et redoutable par sa capacité à être mal classée. Le mécanisme est stéréotypé : une abduction-extension forcée du pouce, le plus souvent lors d'une chute où un objet tenu dans la main (un bâton de ski, un guidon, un ballon), sert de point d'appui et force la colonne du pouce à s'ouvrir. Le nom populaire, « pouce du skieur », vient de là.
La difficulté n'est pas de reconnaître l'entorse : elle est de séparer les lésions qui cicatriseront sous orthèse de celles qui ne cicatriseront jamais. Cette séparation tient à un fait anatomique décrit par Bertil Stener en 1962 : quand le LCU se rompt complètement à son insertion distale, son extrémité peut basculer en dehors et au-dessus de l'aponévrose de l'adducteur du pouce, qui vient alors s'interposer entre le ligament et le lit osseux où il devrait se réinsérer (DOI 10.1302/0301-620X.44B4.869). Le ligament est là, il est vivant, il est simplement du mauvais côté d'une lame fibreuse. Aucune immobilisation ne franchit cette lame.
À retenir
La conduite qui découle de ce raisonnement est simple à énoncer. Une entorse sans laxité, ou avec une laxité comparable au côté sain, relève d'une immobilisation par orthèse, puis d'une rééducation graduée. Une laxité franche avec effet Stener relève de la chirurgie : la réinsertion du ligament n'a pas d'alternative conservatrice. Entre les deux, la rupture complète sans déplacement reste, selon les termes d'une revue francophone récente, un traitement « controversé » (PMID 28636299).
« L'interposition de l'aponévrose de l'adducteur distingue la lésion de Stener des autres lésions du LCU et empêche la cicatrisation, rendant de ce fait la chirurgie nécessaire. »
Beutel, Melamed & Rettig, Bull Hosp Jt Dis 2019 : revue de la lésion de Stener (PMID 30865860), traduit de l'anglais.Ce qui suit détaille ce raisonnement dans l'ordre où il se déroule en consultation : ce qu'est la lésion, pourquoi le déplacement change tout, comment le tester sans se tromper, ce que chaque examen apporte réellement, ce que devient un pouce laissé instable, et ce que la rééducation peut et ne peut pas faire.
Drapeaux rouges, quand ne pas rééduquer et adresser
Une anatomie à deux étages, un mécanisme à un seul geste, et une épidémiologie qui dépend entièrement de l'endroit où l'on compte.
La MCP du pouce est une articulation condylienne dont la fonction principale est la stabilité, pas la mobilité. Elle transmet à la pulpe l'essentiel des contraintes de la pince pouce-index : chaque fois que l'on tourne une clé, ferme un bocal ou tient un stylo, la colonne du pouce s'oppose à une force qui tend à l'ouvrir vers le dehors. Ce sont les structures ulnaires qui encaissent cette ouverture.
Ce plan ulnaire est constitué de deux faisceaux, et cette dualité n'est pas une subtilité d'anatomiste : elle explique la totalité du raisonnement diagnostique développé plus bas.
Cette répartition a été mesurée directement. Palmer et Louis ont examiné 750 pouces normaux pour établir la mobilité radio-ulnaire physiologique de la MCP en extension complète, à 15° de flexion et en flexion complète : c'est en flexion complète que l'articulation est la plus stable. Sur 25 pouces cadavériques, la section de l'aponévrose de l'adducteur et de la capsule ne produisait qu'une instabilité minime ; c'est la section supplémentaire du ligament collatéral ulnaire qui produisait une instabilité marquée, et c'est en flexion complète qu'elle se révélait le mieux. La section de l'ensemble (aponévrose, capsule dorsale, ligament propre, ligament accessoire et plaque palmaire), produisait une instabilité complète dans toutes les positions testées (PMID 722028).
Par-dessus ce plan ligamentaire court l'aponévrose de l'adducteur du pouce, expansion tendineuse qui recouvre le versant ulnaire de l'articulation avant de rejoindre l'appareil extenseur. Sa disposition en nappe superficielle, alors que le ligament est profond, est exactement ce qui rend possible la lésion de Stener. Une étude anatomique récente en a précisé le détail : sur 37 pouces cadavériques, le tendon intramusculaire de l'adducteur du pouce comporte trois composantes (dorsale, palmaire et distale), disposées en lambda ; la composante dorsale s'insère non seulement sur l'aponévrose mais aussi sur la capsule articulaire, dorsalement au sésamoïde ulnaire, et la portion épaissie de la capsule que l'on appelle habituellement ligament collatéral ulnaire propre possède une insertion osseuse distincte, sur le versant proximal du tubercule latéral de la première phalange, séparée de l'insertion de l'adducteur (PMID 29395587). Cette séparation anatomique est ce qui autorise le ligament à se détacher et à se rétracter sous puis au-dessus d'une structure qui, elle, reste en place.
Le vocabulaire, et ce qu'il masque
Pouce du skieur désigne la forme aiguë traumatique. Pouce du garde-chasse, gamekeeper's thumb, est le terme historique, décrit en 1955 par C. S. Campbell chez des gardes-chasse écossais dont le geste répété de mise à mort du gibier distendait progressivement le plan ulnaire (DOI 10.1302/0301-620X.37B1.148). La description princeps est donc celle d'une lésion chronique par attrition, et non d'une entorse aiguë, mais l'usage a fait glisser le terme vers l'ensemble des lésions du LCU. On lit aussi pouce du joueur pour les formes répétitives du sportif. Ces trois noms recouvrent deux pathologies dont la prise en charge diffère (voir le chapitre sur les formes chroniques).
Le mécanisme est une abduction et/ou hyperextension forcée de la MCP. Dans la série chirurgicale de Chuter et collègues, portant sur 127 patients opérés sur dix ans, au moins 66 % des lésions relevaient d'un mécanisme d'hyperextension-abduction (PMID 19389670).
Le rôle du bâton de ski a été étudié avec une précision rare. Engkvist et collègues ont comparé les skieurs blessés à une population témoin de 1 619 skieurs non blessés : aucun type de poignée en usage n'éliminait le risque de lésion du pouce, et la fréquence était même plus élevée avec une poignée à grand plateau supérieur. La manière dont le skieur tenait le bâton par rapport à la dragonne n'avait, elle, aucune importance. L'explication proposée par les auteurs est mécanique : lors de la chute, le skieur garde le bâton jusqu'au dernier moment avant l'impact de la main au sol ; la poignée reste alors dans la paume et fait office d'hypomochlion, c'est-à-dire de point d'appui autour duquel le pouce est forcé en abduction et en extension (PMID 7068299).
Cette observation a une conséquence pratique qui surprend : la prévention ne passe pas par le matériel. Une revue consacrée au sujet le formule sans détour : les bâtons sans dragonne ne diminuent pas l'incidence du pouce du skieur, mais apprendre au skieur à lâcher son bâton pendant la chute pourrait réduire le risque (PMID 7740248). Trente ans plus tard, une étude de deux saisons dans les Dolomites observait qu'aucun des patients blessés du membre supérieur distal ne portait de protection de poignet ou de pouce (PMID 41155774).
C'est ici qu'il faut se méfier des chiffres généraux, et le corpus fournit lui-même le contre-exemple qui empêche de généraliser.
Vu depuis une station de ski, le pouce du skieur est une pathologie de ski : dans la série d'Engkvist, les lésions du pouce venaient juste après celles du genou parmi les blessures de ski alpin, avec 17 % de toutes les blessures, et trois quarts d'entre elles étaient des lésions du LCU de la MCP (PMID 7068299). Une étude prospective menée sur deux saisons consécutives dans les Dolomites, entre décembre 2023 et mars 2025, retrouve un profil comparable : sur 195 patients consultant aux urgences pour un traumatisme de l'avant-bras, du poignet, de la main ou des doigts, 96 (49,2 %) avaient une fracture et 33 (16,9 %) une lésion isolée du LCU. Les fractures survenaient plus souvent sur pistes bleues (56,2 % contre 33,3 %, p < 0,001), tandis que les lésions du LCU se concentraient sur pistes rouges (54,5 %) et étaient fréquemment liées à un piégeage du bâton pendant la chute (PMID 41155774).
Vu depuis un service de traumatologie de ville, le tableau s'inverse. Dans la série britannique de Chuter et collègues, 127 patients opérés d'une rupture aiguë du LCU sur dix ans, âge moyen 40 ans (12 à 81 ans), ratio hommes/femmes de 3 pour 2, la cause la plus fréquente était une chute banale (49 %), suivie des accidents sportifs ; le ski ne représentait que 2,4 % des cas. Les auteurs le disent explicitement dans leur conclusion : dans leur population, les lésions du LCU du pouce sont rarement causées par le ski (PMID 19389670).
La leçon pratique est double. D'une part, ne pas exiger une histoire de ski pour évoquer le diagnostic : la majorité des pouces opérés dans la série britannique n'avaient jamais vu une piste. D'autre part, ne pas transporter les taux d'une population à l'autre : un cabinet situé en zone de montagne et un cabinet urbain ne voient pas les mêmes proportions, et il n'existe pas de chiffre d'incidence unique valable partout.
La conséquence fonctionnelle d'une insuffisance du LCU est bien identifiée. Une revue systématique consacrée aux devenirs après lésion du LCU du pouce l'énonce dès son objectif : non traitée, cette lésion peut conduire à une diminution de la force de pince, à des douleurs, à une instabilité et à une arthrose (PMID 23615487). Une revue de synthèse orthopédique confirme ce mécanisme : les lésions du LCU sont douloureuses et instables surtout lors de la pince latérale et de la préhension (PMID 36548149).
Autrement dit, le patient ne se plaint pas de son pouce quand il ouvre la main : il s'en plaint quand il s'en sert comme d'un pilier. C'est une donnée pratique importante pour l'interrogatoire, et pour le choix des tests fonctionnels de suivi.
À retenir
Parce qu'elle ne modifie ni la douleur, ni l'aspect, ni le mécanisme, seulement le fait que la cicatrisation soit devenue impossible.
En 1962, Bertil Stener publie dans le Journal of Bone and Joint Surgery une observation qui organise depuis soixante ans la prise en charge de cette entorse : lorsque le ligament collatéral ulnaire se rompt complètement à son insertion distale sur la première phalange, son extrémité libre peut se rétracter en proximal et basculer au-dessus du bord proximal de l'aponévrose de l'adducteur. L'aponévrose, restée en place, se retrouve alors interposée entre le ligament et la surface osseuse sur laquelle il devrait se réinsérer (DOI 10.1302/0301-620X.44B4.869).
Cette configuration porte son nom. Elle a une conséquence unique, et c'est toute son importance clinique : le ligament ne peut plus rejoindre son lit d'insertion, quelle que soit la position d'immobilisation et quelle qu'en soit la durée. Une revue consacrée à cette lésion le formule ainsi : l'interposition de l'aponévrose distingue la lésion de Stener des autres lésions du LCU et empêche la cicatrisation, ce qui rend la chirurgie nécessaire (PMID 30865860).
La bascule du moignon exige deux conditions. D'abord une rupture distale complète : tant qu'un faisceau reste en continuité, le ligament ne peut pas se rétracter suffisamment. Ensuite une abduction assez ample pour que l'extrémité libre franchisse le bord proximal de l'aponévrose, qui se comporte comme un rebord : facile à franchir dans un sens, difficile à repasser dans l'autre.
L'étude anatomique de Sato et collègues éclaire ce mécanisme en montrant que le ligament et l'adducteur ont bien des insertions osseuses distinctes sur le tubercule latéral de la première phalange : le ligament peut donc se détacher indépendamment, tandis que l'adducteur reste ancré et conserve sa nappe tendue en travers du champ (PMID 29395587). La même étude relève que la composante dorsale du tendon intramusculaire de l'adducteur s'insère aussi sur la capsule articulaire, ce qui donne à cette nappe une rigidité que l'on sous-estime en la décrivant comme une simple « aponévrose ».
« Les résultats de la présente étude suggèrent la base anatomique d'un mécanisme physiopathologique possible de la lésion de Stener. »
Sato et al., J Hand Surg Am 2018;43(7):682.e1-682.e8, sur 37 pouces cadavériques (PMID 29395587), traduit de l'anglais.La question « quel pourcentage des ruptures complètes sont des lésions de Stener ? » revient constamment, et elle n'a pas de réponse unique, pour une raison méthodologique qu'il faut nommer : on ne connaît la présence d'un Stener qu'en opérant, et l'on n'opère que les pouces qu'on a jugés instables. Toutes les séries disponibles sont donc des séries de patients déjà sélectionnés par un seuil clinique, et le taux qu'elles rapportent est celui de leur seuil, pas celui de la pathologie.
Ce que l'on peut écrire honnêtement, ce sont des taux conditionnels, avec leur condition :
Ces deux chiffres (87 % et 94,1 %) sont des valeurs prédictives positives de signes cliniques ou radiographiques donnés, et non la prévalence de la lésion de Stener parmi les entorses du pouce. Les confondre conduit à une erreur de raisonnement fréquente : conclure qu'« environ 9 ruptures complètes sur 10 sont des Stener », ce qu'aucune de ces données n'établit.
Le piège du chiffre orphelin
On lit souvent une prévalence unique de la lésion de Stener parmi les ruptures complètes, citée sans population de référence. Avant de la reprendre, poser trois questions : qui a été opéré (donc quel seuil a sélectionné la série), qu'appelle-t-on rupture complète dans cette série, et qui a jugé du déplacement, le chirurgien en peropératoire, ou l'imagerie préopératoire ? Les trois méta-analyses de 2021 disponibles sur le sujet soulignent d'ailleurs que la totalité des études incluses étaient à haut risque de biais (PMID 33596684).
La différence de pronostic ne se joue pas sur les semaines qui suivent, mais sur celles qu'on aura perdues. Un pouce dont le ligament est déplacé peut parfaitement s'améliorer sous orthèse : la douleur diminue, l'œdème régresse, le patient reprend ses activités. Ce n'est pas une cicatrisation, c'est une accalmie. L'instabilité, elle, persiste et se révèle plus tard, à la pince, et c'est à ce moment-là que le patient revient, plusieurs mois après, avec ce qu'on appellera désormais une instabilité chronique.
La série française d'Agout et collègues sur l'instabilité chronique de la MCP du pouce ouvre d'ailleurs sur ce constat : le résultat fonctionnel d'une entorse grave est bon quand la réparation est réalisée au stade aigu, mais le diagnostic est souvent manqué, conduisant à l'instabilité chronique (PMID 28576699).
Drapeaux rouges de ce chapitre
À retenir
Le test en stress valgus est simple à décrire et difficile à faire dire quelque chose. Voici l'ordre des opérations, les positions, les seuils publiés, et pourquoi ils ne sont pas les mêmes d'un article à l'autre.
C'est le point sur lequel la littérature francophone est la plus explicite. Dans la mise au point de Poujade et Chick, l'examen clinique bilatéral et comparatif est l'élément central du diagnostic, mais il doit être précédé d'une radiographie (PMID 28636299). La raison est double : une fracture-avulsion déplacée modifie d'emblée la conduite sans qu'aucun test soit nécessaire, et forcer un pouce porteur d'un fragment osseux instable n'apporte rien qu'un risque.
La radiographie n'est pas un examen de confirmation, c'est un examen de tri. Elle cherche :
La MCP du pouce ne se teste pas dans une position, mais dans deux, et les deux ne renseignent pas sur la même structure. C'est la conséquence directe de l'anatomie à deux faisceaux décrite plus haut.
| Position de test | Structure principalement mise en tension | Ce qu'une laxité y signifie |
|---|---|---|
| MCP en flexion (30° à flexion complète) | Ligament collatéral propre, isolé du plan accessoire | Atteinte du faisceau propre. Position de plus grande stabilité physiologique : une laxité y est d'autant plus significative. |
| MCP en extension | Ligament collatéral accessoire et plaque palmaire, en plus du propre | Une laxité importante y signe l'atteinte des deux faisceaux, donc une lésion étendue. |
Ce partage n'est pas une convention : il a été mesuré. Sur pièces anatomiques, la section du seul ligament collatéral propre augmentait significativement l'instabilité valgus de la MCP fléchie, avec beaucoup moins de laxité lorsque l'articulation était testée en extension. Quand le complexe ligament accessoire/plaque palmaire était sectionné à son tour, l'instabilité en extension augmentait au point de ne plus différer significativement des valeurs obtenues à 30° de flexion (PMID 8519106). Palmer et Louis avaient établi la même hiérarchie par une voie différente, en montrant sur 750 pouces normaux que la flexion complète est la position de plus grande stabilité, et sur pièces anatomiques que la section du LCU y révèle l'instabilité le plus nettement (PMID 722028).
La crainte de « fabriquer » une lésion de Stener en testant un pouce est ancienne. Elle a été testée directement sur six pièces anatomiques fraîches, avec sectionnement séquentiel du ligament accessoire, du ligament propre puis de la bandelette sagittale ulnaire, et mesure de la déviation radiale en rotation neutre, en pronation et en supination, à 0° et à 30° de flexion. Résultat : aucune lésion de Stener n'a été créée dans aucune position tant que l'origine fasciale de la bandelette sagittale ulnaire restait intacte. Après création d'un défect dans cette bandelette, une lésion de Stener a été produite dans deux spécimens, mais uniquement avec le pouce fléchi et en supination. La pronation apportait de la stabilité, la supination en retirait (PMID 28774254).
« Réaliser un examen physique pour évaluer l'importance de l'instabilité d'une lésion du ligament collatéral ulnaire ne créait pas de lésion de Stener si l'examen était conduit de manière contrôlée et douce, le pouce maintenu sans rotation. »
Lankachandra et al., J Hand Surg Asian Pac Vol 2017;22(3):350-354, étude sur six pièces anatomiques (PMID 28774254), traduit de l'anglais.La conclusion pratique est directement applicable : tester en rotation neutre, sans supination du pouce, avec une contrainte progressive et contrôlée. Ce n'est pas une précaution de principe, c'est la condition dans laquelle le test a été montré comme non délétère.
Le geste, pas à pas
C'est le point où la littérature demande le plus de prudence. Trois valeurs circulent, elles ne viennent pas de la même étude, ne sont pas mesurées dans la même position et ne répondent pas à la même question.
Trois précisions valent d'être posées noir sur blanc, parce qu'elles sont ce qui fait la différence entre citer un seuil et le comprendre.
Le seuil de 35° de Heyman se mesure en extension. Ce n'est pas un détail : dans la même étude, tester en flexion donne des valeurs différentes pour les mêmes lésions. Appliquer 35° à un test réalisé en flexion, c'est utiliser un chiffre hors de son cadre de mesure.
Les deux seuils de Fricker sont cumulatifs. Leur texte associe une déviation radiale sous contrainte supérieure à 30° et une différence supérieure à 20° avec le côté sain, pas l'un ou l'autre (PMID 7740248). Un pouce naturellement laxe des deux côtés peut dépasser 30° sans dépasser 20° d'écart.
La comparaison bilatérale n'est pas facultative. Palmer et Louis ont examiné 750 pouces normaux précisément parce que la mobilité radio-ulnaire physiologique varie beaucoup d'un individu à l'autre (PMID 722028). C'est ce que rappelle la mise au point francophone en faisant de l'examen « bilatéral et comparatif » l'élément central du diagnostic (PMID 28636299).
La mesure d'un angle en consultation est approximative, et l'admettre est plus utile que de prétendre le contraire. La qualité de la fin de course apporte une information distincte : dans l'étude du displaced fleck sign, les 17 patients porteurs de ce signe présentaient tous une instabilité franche sans point d'arrêt en consultation, et tous avaient une rupture de grade III confirmée en peropératoire (PMID 39831878).
Une ouverture large qui bute franchement et une ouverture modérée sans butée ne racontent pas la même histoire. Le compte rendu adressé au médecin gagne donc à décrire les deux : l'amplitude estimée, en flexion et en extension, comparée au côté opposé, et la qualité du point d'arrêt.
La méta-analyse de Rashidi et collègues, portant sur 17 études et 519 sujets, a évalué séparément l'examen clinique, l'échographie et l'IRM. Pour écarter une rupture du LCU, l'examen clinique atteint une sensibilité poolée de 97 % (IC 95 % : 93-99), statistiquement comparable à celle de l'échographie (96 %) et de l'IRM (99 %), p = 0,3. Mais pour affirmer une rupture, sa spécificité tombe à 85 % (IC 95 % : 78-91), significativement inférieure à celle de l'IRM (100 %, p = 0,04) (PMID 33459856).
Traduit en pratique : un testing normal, bien conduit et comparatif, est un bon argument pour ne pas aller plus loin. Un testing anormal, en revanche, ne suffit pas à trancher entre les situations qui relèvent de l'orthèse et celles qui relèvent du bloc : c'est exactement ce que l'imagerie vient faire.
Drapeaux rouges de ce chapitre
À retenir
Trois méta-analyses ont été publiées en 2021 sur exactement cette question. Elles ne donnent pas les mêmes chiffres, et c'est instructif.
Le sujet a la particularité rare d'avoir été synthétisé trois fois la même année, par trois équipes indépendantes, avec des questions légèrement différentes. Les mettre côte à côte est plus honnête que d'en citer une seule.
| Méta-analyse | Volume | Cible diagnostique | Résultats principaux |
|---|---|---|---|
| Rashidi et al. Eur Radiol 2021 PMID 33459856 |
17 études, 519 sujets (clinique 8, écho 12, IRM 5) |
Rupture du LCU, puis distinction déplacée / non déplacée | Sensibilités poolées : clinique 97 % (93-99), écho 96 % (94-98), IRM 99 % (92-100), p = 0,3. Spécificités : IRM 100 % (87-100), écho 91 % (86-95), clinique 85 % (78-91). Pour les ruptures déplacées : spécificité IRM 92 % (73-99) contre écho 72 % (63-80). |
| Raheman et al. J Plast Surg Hand Surg 2021 PMID 33156740 |
17 études, 593 lésions | Échographie seule, trois cibles distinctes | Lésion de Stener : Se 0,96 (0,89-0,99), Sp 0,90 (0,81-0,94), AUC 0,98. Ruptures complètes non déplacées : Se 0,81 (0,66-0,93), Sp 0,87 (0,67-0,96). Ruptures complètes sans Stener : Se 0,82 (0,66-0,92), Sp 0,94 (0,85-0,98). |
| Qamhawi et al. J Hand Surg Eur Vol 2021 PMID 33596684 |
écho 9 études / 315 pouces IRM 6 études / 107 pouces |
Lésion de Stener uniquement (référence : exploration chirurgicale ou stabilité clinique) |
Échographie : Se 95 %, Sp 94 %. IRM : Se 93 %, Sp 98 %. Conclusion : l'échographie est une modalité de première intention appropriée. Toutes les études incluses étaient à haut risque de biais. |
Un lecteur attentif remarquera que la spécificité de l'échographie pour la lésion de Stener vaut 90 % chez Raheman, 94 % chez Qamhawi, et que la spécificité échographique pour la rupture déplacée tombe à 72 % chez Rashidi. Ces trois chiffres décrivent trois choses différentes, et il faut le dire plutôt que de choisir le plus flatteur :
Ce que cela implique pour un compte rendu
Une échographie « normale » chez un pouce cliniquement instable ne clôt pas le dossier. C'est précisément la situation où l'IRM apporte quelque chose que l'échographie n'apporte pas : trancher le déplacement, avec une spécificité de 92 % contre 72 % (PMID 33459856). Inversement, chez un pouce cliniquement stable, l'imagerie normale conforte simplement ce que l'examen disait déjà avec une sensibilité de 97 %.
L'échographie a deux atouts propres que ni la radiographie ni l'IRM ne possèdent : elle est dynamique et elle est comparative en temps réel. Un cas rapporté illustre exactement cet usage, chez un patient venu pour une prise en charge conservatrice d'une douleur du pouce après chute sur la main tendue, la radiographie montrait une fracture-avulsion à la base ulnaire de la première phalange, et l'échographie a révélé un LCU rompu et déplacé en proximal de l'aponévrose de l'adducteur, l'imagerie dynamique confirmant le déplacement. Le diagnostic a conduit directement à la réparation chirurgicale, sans imagerie supplémentaire (PMID 27298646).
Ses critères sémiologiques ont été formalisés. Melville et collègues ont revu 26 pouces avec rupture prouvée chirurgicalement (17 ruptures complètes déplacées, 7 complètes non déplacées, 2 partielles) et identifié deux critères présents dans tous les cas déplacés : la non-visualisation du ligament à sa position normale, et la présence d'une masse hétérogène en proximal de la MCP. Appliqués lors d'une seconde relecture, ces deux critères atteignaient 100 % de sensibilité, de spécificité et d'exactitude (PMID 23001117).
Ce 100 % mérite d'être lu avec les précautions que les auteurs eux-mêmes indiquent : il s'agit d'une relecture rétrospective, par les mêmes lecteurs, de critères dérivés de la même série. C'est une démonstration de cohérence interne, pas une validation prospective : la différence est du même ordre que celle qui sépare l'ajustement d'un modèle de sa vérification sur des données nouvelles. La série prospective la plus proche ne comptait que 10 patients, dont 2 ruptures déplacées correctement identifiées (PMID 32930402).
Le principal piège échographique est nommé dans une revue consacrée aux erreurs d'interprétation en échographie de la main et du poignet : la confusion entre l'aponévrose de l'adducteur et une rupture déplacée (PMID 25148155). C'est-à-dire, très exactement, l'erreur qui produirait un faux positif de lésion de Stener, et qui explique une partie des spécificités imparfaites du tableau ci-dessus.
« L'échographie et l'IRM démontrent toutes deux une précision diagnostique élevée pour détecter les lésions de Stener. L'échographie est une modalité d'imagerie de première intention appropriée. »
Qamhawi et al., J Hand Surg Eur Vol 2021;46(9):946-953 (PMID 33596684) : les auteurs précisent dans le même article que les quinze études incluses étaient toutes à haut risque de biais. Traduit de l'anglais.Les radiographies en stress ont été proposées de longue date, avec deux limites. La première est de nécessiter une contrainte appliquée pendant l'exposition, ce qui pose exactement les questions de sécurité et de reproductibilité traitées au chapitre précédent. La seconde est que les signes indirects proposés n'ont pas tenu leurs promesses : un travail anatomique français a cherché à vérifier le critère de Rotella et Urpi, la perte de parallélisme entre les sésamoïdes et la tête métacarpienne comme signe de rupture complète, et à en établir la relation avec la lésion de Stener (PMID 17897862).
Le signe radiographique qui a, lui, une valeur documentée est statique et ne demande aucune contrainte : c'est l'écaille osseuse déplacée en proximal de l'interligne sur un cliché standard, avec une valeur prédictive positive de 100 % pour la rupture de grade III et de 94,1 % pour la lésion de Stener, et une excellente reproductibilité inter-observateur (κ = 0,94), au prix d'une faible fréquence, puisqu'il n'était présent que chez 17 des 228 patients de la série, soit 7,5 % (PMID 39831878). Un signe rare mais quasi certain : quand il est là, il dispense d'aller plus loin ; quand il est absent, il ne dit rien.
À retenir
Deux tableaux que le vocabulaire courant confond, et dont le traitement n'a presque rien en commun.
L'histoire du vocabulaire mérite d'être rappelée, parce qu'elle explique la confusion. En 1955, C. S. Campbell décrit dans le Journal of Bone and Joint Surgery une atteinte du plan ulnaire de la MCP du pouce chez des gardes-chasse écossais, chez qui le geste professionnel répété distendait progressivement le ligament : le gamekeeper's thumb, littéralement pouce du garde-chasse (DOI 10.1302/0301-620X.37B1.148). C'est donc une lésion chronique d'attrition qui a donné son nom à la pathologie : une revue orthopédique récente rappelle cette antériorité de 1955 (PMID 36548149).
Le terme « pouce du skieur » est venu plus tard désigner la forme aiguë traumatique, et l'usage a fini par employer les deux indifféremment. On rencontre également « pouce du joueur » pour les formes du sportif exposé à des sollicitations valgus répétées. Cette imprécision n'est pas seulement lexicale : elle conduit à appliquer à un pouce chroniquement laxe le raisonnement construit pour un pouce fraîchement rompu, et à immobiliser six semaines une lésion qui a des mois.
| Élément | Forme aiguë (« pouce du skieur ») | Forme chronique (« pouce du garde-chasse », « du joueur ») |
|---|---|---|
| Début | Traumatisme unique, daté à l'heure près | Insidieux, ou traumatisme ancien passé inaperçu |
| Douleur | Vive, immédiate, avec œdème et ecchymose ulnaires | Modérée, mécanique, à la pince et à la préhension |
| Plainte dominante | Douleur | Faiblesse et lâchage de la pince |
| Testing | Souvent limité par la douleur ; laxité franche possible | Laxité indolore ou peu douloureuse, bien tolérée au test |
| Radiographie | Peut montrer une écaille, déplacée ou non (7,5 % de fleck déplacé dans une série de 228 patients) | Peut montrer un remaniement arthrosique de la MCP |
| Enjeu du diagnostic | Repérer une lésion de Stener avant qu'elle ne se chronicise | Décider entre réparation, reconstruction et arthrodèse |
| Rôle du kinésithérapeute | Dépister, orienter, puis conduire l'immobilisation et la reprise | Objectiver le retentissement fonctionnel, accompagner la décision, rééduquer après geste |
La série française d'Agout et collègues est la référence la plus utile sur ce point, parce qu'elle suit sur sept ans les trois options chirurgicales de l'instabilité chronique. Sur 67 patients opérés entre 2000 et 2012 pour instabilité chronique post-traumatique de la MCP du pouce, 55 ont été réévalués après un recul moyen de 84 mois (24 à 164 mois). Parmi eux, 48 (87,3 %) se déclaraient satisfaits ou très satisfaits (PMID 28576699).
Les résultats détaillés dessinent une hiérarchie que l'on n'attendait pas nécessairement :
Les auteurs concluent que la réparation primaire doit être préférée chaque fois qu'elle est possible et que, contrairement aux publications antérieures, les résultats de la reconstruction ligamentaire n'étaient pas meilleurs que ceux de l'arthrodèse (PMID 28576699). Autrement dit : le pouce chronique n'a pas de solution aussi propre que le pouce aigu, et l'option qui restaure le mieux la force est aussi celle qui supprime la mobilité de l'articulation.
« L'entorse grave de la métacarpo-phalangienne du pouce est une lésion fréquente dont le résultat fonctionnel est bon lorsque la réparation est réalisée au stade aigu. Le diagnostic est cependant souvent manqué, conduisant à une instabilité chronique. »
Agout et al., Orthop Traumatol Surg Res 2017;103(6):923-926, série de 67 patients (PMID 28576699), traduit de l'anglais.Il serait excessif de conclure qu'un pouce non réparé dans les jours qui suivent est perdu, et deux données l'interdisent.
La revue systématique de Samora et collègues, portant sur 14 études et 293 pouces (32 traités sans chirurgie, 261 opérés, dont 200 lésions aiguës et 93 chroniques, avec un recul moyen de 42,8 mois), conclut à d'excellents résultats cliniques après traitement chirurgical, tant des lésions aiguës que chroniques, sans différence significative entre réparation et reconstruction respectivement. Elle précise même qu'après un délai important ou après échec d'un traitement non opératoire, d'excellents résultats restent atteignables (PMID 23615487).
Chez les athlètes professionnels, le délai est parfois une stratégie assumée. Dans la série NFL de Werner et collègues, sur 36 pouces chez 32 joueurs suivis de 1991 à 2014, la réparation, lorsqu'elle était nécessaire, était différée à la fin de la saison, et tous les joueurs, y compris ceux porteurs de lésions combinées ulnaire et radiale, ont rejoué la saison suivante (PMID 27566241).
Ces deux résultats ne contredisent pas l'urgence du diagnostic : ils la déplacent. Le diagnostic est urgent ; la chirurgie ne l'est pas toujours. Ce qui coûte, ce n'est pas d'opérer tard, c'est de ne jamais savoir qu'il fallait opérer.
Drapeaux rouges de ce chapitre
À retenir
Une littérature courte, deux essais randomisés utiles, et un tableau de niveaux de preuve où le vide occupe plus de place que le plein. Le dire est plus utile que de le combler.
La revue systématique de référence sur les interventions thérapeutiques dans la rupture complète aiguë du LCU du pouce a interrogé MEDLINE, EMBASE, CINAHL et SPORTDiscus depuis leur création jusqu'à janvier 2018. Elle a retenu six études, et les qualifie toutes de haut risque de biais. Trois étaient des séries comparatives rétrospectives de techniques chirurgicales ; trois étaient des essais randomisés, dont deux comparaient des régimes de rééducation chez des patients opérés : plâtre contre mobilisation précoce, et une nouvelle attelle contre une attelle standard (PMID 30057756).
C'est peu, et il faut en tirer la conséquence de méthode : sur ce sujet, une recommandation de rééducation détaillée semaine par semaine n'est pas soutenue par des essais. Ce qui suit distingue donc explicitement ce qui repose sur des données de ce qui repose sur un raisonnement biomécanique.
Sollerman et collègues ont randomisé 63 pouces consécutifs porteurs d'une lésion du LCU de la MCP, opérés ou non, entre immobilisation plâtrée et traitement fonctionnel par attelle. L'attelle autorisait la flexion-extension de la MCP tout en empêchant les déviations ulnaire et radiale du pouce. Parmi les 40 pouces traités sans chirurgie, 21 ont reçu un plâtre et 19 une attelle ; parmi les 23 opérés, 10 ont reçu un plâtre et 13 une attelle. Au recul moyen de 15 mois (11 à 41 mois), il n'existait aucune différence de stabilité, d'amplitude articulaire, de force du pouce ni de durée d'arrêt de travail entre les groupes. Les patients jugeaient en revanche l'attelle nettement plus confortable que le plâtre (PMID 1767639).
Ce résultat est ancien, 1991, mais il reste le seul essai randomisé comparant directement les deux modalités d'immobilisation, et sa conclusion est constante avec ce qui s'observe ailleurs en traumatologie du membre supérieur : à efficacité égale, l'orthèse amovible l'emporte sur la contention rigide par le confort et l'observance.
Le second appui est biomécanique. Gil et collègues ont testé sur 10 mains cadavériques fraîches une orthèse à appui radial stabilisant la MCP, confectionnée par un ergothérapeute certifié, sous des charges valgus croissantes de 20, 40, 60, 80 et 100 N appliquées 15 mm en distal de l'articulation. L'orthèse réduisait significativement les angles d'abduction moyens à chaque charge appliquée, bien qu'elle laisse libres l'interphalangienne et la trapézo-métacarpienne (PMID 28711411).
Ce que ces deux études autorisent à dire, et rien de plus
Deux sources donnent un calendrier explicite, et il est utile de les citer telles quelles plutôt que d'en produire une moyenne.
Fricker et Hintermann proposent : exercices actifs contrôlés d'amplitude à partir de la 3e-4e semaine (après la lésion pour les traitements conservateurs, après le geste pour les opérés), poursuite de l'attelle de protection jusqu'à la 6e semaine, et usage sans restriction à partir de la 12e semaine (PMID 7740248).
Poujade et Chick indiquent, quel que soit le traitement retenu, une rééducation débutée dès la 4e semaine pour limiter l'enraidissement, la reprise sportive dépendant du stade de l'entorse et de la possibilité de porter une attelle rigide (PMID 28636299).
Ces deux calendriers sont des propositions d'auteurs, cohérentes entre elles, publiées dans des revues à comité de lecture mais non issues d'un essai comparatif. Les présenter comme un protocole validé serait leur prêter davantage que ce qu'ils portent.
C'est l'un des rares points où un essai randomisé, même petit, existe. Crowley et collègues ont comparé, après réparation du LCU par ancre osseuse Mitek, une mobilisation active précoce à l'immobilisation standard par orthèse thumb spica pendant 4 à 6 semaines. Les résultats de cet essai pilote : retour à une fonction complète de la main en moyenne à 6 semaines contre 8, retour au travail à 7 semaines contre 11, et aucune différence d'amplitude articulaire finale (PMID 23970193).
La portée de ce résultat est réelle mais bornée : essai pilote, effectif faible, et conditionné à une réparation par ancre osseuse, les auteurs s'appuient explicitement sur des travaux biomécaniques suggérant que ce type de montage est assez solide pour supporter une mobilisation active contrôlée précoce. Il ne s'extrapole ni aux autres montages, ni aux pouces traités sans chirurgie.
La réserve mérite d'être posée dans les deux sens. Une revue de synthèse orthopédique rappelle qu'aucune technique de réparation ou de reconstruction utilisant les tissus natifs ne restitue une résistance équivalente à celle du ligament avant lésion ; l'augmentation par suture tape donne d'excellents résultats à court terme avec un retour à la fonction plus précoce, mais la littérature manque sur le long terme (PMID 36548149). Le kinésithérapeute qui reçoit un pouce opéré a donc tout intérêt à connaître le montage réalisé avant de choisir sa progression.
C'est le point sur lequel la littérature est la plus inconfortable, et où l'honnêteté impose de ne pas trancher à sa place.
D'un côté, la revue systématique de Samora et collègues écrit que le traitement non opératoire échouait souvent, nécessitant la chirurgie : ce constat portant sur 32 pouces traités sans chirurgie contre 261 opérés, un déséquilibre qui reflète lui-même la pratique dominante (PMID 23615487). De l'autre, la mise au point francophone qualifie explicitement de « controversé » le choix thérapeutique en cas de laxité sans effet Stener, et réserve l'indication chirurgicale indispensable aux laxités avec effet Stener (PMID 28636299).
Ce que le kinésithérapeute peut en faire, concrètement : ne pas promettre à un patient porteur d'une rupture complète non déplacée que l'orthèse suffira, et poser dès le départ un critère de réévaluation daté. Une laxité qui persiste au testing comparatif à la fin de la période d'immobilisation n'est pas un échec de la rééducation, c'est une information qui appartient au dossier et qui justifie de reprendre l'avis chirurgical.
Faute d'essais dédiés, la progression ci-dessous est construite à partir des délais publiés ci-dessus et du raisonnement anatomique des chapitres précédents. Elle est présentée comme telle, et non comme un protocole validé.
| Phase | Objectif principal | Contenu | Critère pour passer à la suite |
|---|---|---|---|
| Protection S0 à S3-S4 |
Laisser au ligament la position de cicatrisation, sans enraidir le reste de la main | Orthèse bloquant les déviations de la MCP ; mobilisation active libre de l'IP du pouce et des doigts longs ; contrôle de l'œdème ; entretien de l'épaule, du coude et du poignet | Délai atteint et douleur au repos résolue |
| Mobilité contrôlée S3-S4 à S6 |
Restaurer la flexion-extension de la MCP sans solliciter le plan ulnaire | Amplitudes actives contrôlées en flexion-extension pure, orthèse conservée entre les séances et pour les activités ; aucune contrainte en abduction | Amplitude de flexion-extension récupérée, testing comparatif stable |
| Charge progressive S6 à S12 |
Reconstruire la pince et la préhension | Renforcement progressif de la pince pouce-index puis de la prise globale ; réintégration des gestes du quotidien et du poste de travail ; orthèse de protection lors des activités à risque | Force de pince comparée au côté sain, absence de douleur à la charge |
| Retour sans restriction à partir de S12 |
Reprendre les contraintes maximales, sport compris | Gestes spécifiques de l'activité, sollicitations en valgus progressives et contrôlées | Voir le chapitre suivant |
Le tableau qui suit note chaque modalité selon la logique GRADE, non pas selon ce qu'elle paraît raisonnable, mais selon ce que la littérature retrouvée soutient réellement.
| Modalité | Niveau | Ce qui le soutient | Ce qui le limite |
|---|---|---|---|
| Orthèse fonctionnelle bloquant les déviations, plutôt que plâtre | Modéré | Essai randomisé, 63 pouces, aucune différence de stabilité, mobilité, force ni arrêt de travail ; confort supérieur (PMID 1767639) | Étude unique, 1991, effectif modeste, critères de jugement non standardisés |
| Orthèse à appui radial laissant l'IP et la CMC libres | Faible | Réduction significative de l'abduction jusqu'à 100 N sur 10 mains cadavériques (PMID 28711411) | Étude cadavérique : aucune donnée clinique de cicatrisation ni de récidive |
| Mobilisation active précoce après réparation par ancre osseuse | Faible | Essai randomisé pilote : fonction à 6 semaines contre 8, travail à 7 contre 11, amplitude finale identique (PMID 23970193) | Pilote, faible effectif, conditionné au montage par ancre ; non transposable au traitement conservateur |
| Traitement chirurgical d'une rupture complète déplacée (Stener) | Modéré | Cohérence du raisonnement anatomique et des séries : l'interposition empêche la cicatrisation (PMID 30865860) ; excellents résultats chirurgicaux, complications rares (PMID 23615487) | Aucun essai randomisé contre traitement conservateur, et il serait difficilement éthique d'en conduire un |
| Traitement conservateur d'une rupture complète non déplacée | Très faible | Pratiqué et rapporté ; 32 pouces non opérés dans la revue systématique disponible | « Échoue souvent » selon cette revue (PMID 23615487) ; qualifié de « controversé » ailleurs (PMID 28636299) |
| Renforcement progressif de la pince | Très faible | Cohérent avec la plainte fonctionnelle dominante et avec les critères de résultat des séries chirurgicales, qui mesurent la force de pince (PMID 28576699) | Aucun essai d'intervention dédié retrouvé sur cette pathologie |
| Travail proprioceptif et contrôle moteur du pouce | Très faible | Extrapolé d'autres articulations ligamentaires | Aucune étude retrouvée sur la MCP du pouce après lésion du LCU |
| Immobilisation plutôt que chirurgie chez l'enfant, fracture-avulsion | Faible | Comparatif rétrospectif de 47 enfants ; guérison obtenue même sur des fractures remplissant les critères chirurgicaux (PMID 30857433) | Rétrospectif, monocentrique ; délai de récupération plus long et plus variable |
| Prévention par le matériel (bâtons, dragonnes) | Très faible | — | Aucun type de poignée n'élimine le risque ; la poignée à grand plateau l'augmente (PMID 7068299) ; les bâtons sans dragonne ne réduisent pas l'incidence (PMID 7740248) |
Drapeaux rouges de ce chapitre
À retenir
Un taux de retour au sport très élevé, une dispersion des délais qui l'est tout autant, et un critère décisif qui n'est pas le temps écoulé.
La revue systématique la plus complète sur le sujet a colligé 23 articles, 11 rapportant des patients et 12 relevant de l'avis d'experts, pour un total de 311 patients opérés d'une lésion du complexe ligamentaire ulnaire du pouce. Le retour au sport atteignait 98,1 % en agrégé, aucune baisse de performance n'était constatée après chirurgie, et 32 patients (10,3 %) ont présenté une complication postopératoire. La qualité méthodologique des études incluses était modeste, avec un score MINORS moyen de 9,4. Surtout, les auteurs relèvent que les délais de reprise recommandés varient selon le sport et selon l'auteur, alors que tous recommandent une immobilisation initiale du pouce (PMID 37323971).
Cette dispersion se retrouve dans les séries professionnelles. Chez 23 joueurs de football américain opérés du LCU du pouce, 22 (95,7 %) ont rejoué en NFL, après un délai moyen de 132,2 jours, avec un écart-type de 126,1 jours. La survie de carrière à un an était de 87,0 %, sans différence significative de nombre de matchs par saison, de durée de carrière ni de performance par rapport à des joueurs contrôles appariés (PMID 29480741).
Cet écart-type presque aussi grand que la moyenne mérite d'être souligné : il signifie que le délai de reprise est essentiellement individuel, et qu'aucune valeur moyenne ne constitue une prescription.
Trois éléments conditionnent la reprise, et leur hiérarchie n'est pas celle qu'on croit.
La stabilité, d'abord. Un pouce qui reste laxe au testing comparatif n'est pas prêt, quel que soit le nombre de semaines écoulées. C'est aussi le critère qui décide s'il faut reprendre un avis chirurgical plutôt que poursuivre la rééducation.
La possibilité de protéger, ensuite. La mise au point francophone est explicite : la reprise sportive dépend du stade de l'entorse et de la possibilité de porter une attelle rigide (PMID 28636299). C'est ce qui explique qu'un joueur de rugby ou de football américain reprenne parfois avant un skieur ou un grimpeur : dans certains sports, une orthèse rigide est tolérée par le règlement et par le geste ; dans d'autres, elle ne l'est pas.
La force de pince, enfin, comme critère de reprise des contraintes maximales. C'est le paramètre que mesurent les séries chirurgicales quand elles évaluent leurs résultats : 89 %, 84 % et 94 % du côté sain selon la technique dans la série d'Agout (PMID 28576699). Le mesurer au dynamomètre, comparativement, donne au dossier un critère objectif là où le ressenti du patient est peu discriminant.
« Les recommandations de délai de retour au jeu varient selon le sport et selon l'auteur, mais toutes recommandent une immobilisation initiale du pouce. »
Allahabadi et al., J Hand Surg Glob Online 2023;5(3):349-357, revue systématique de 23 articles et 311 patients (PMID 37323971), traduit de l'anglais.Le retour au travail est le critère le plus concret pour la majorité des patients, et il a été mesuré dans deux des essais disponibles. Sollerman et collègues n'ont trouvé aucune différence de durée d'arrêt de travail entre plâtre et attelle fonctionnelle (PMID 1767639). Crowley et collègues, après réparation par ancre osseuse, ont observé un retour au travail à 7 semaines avec mobilisation active précoce contre 11 semaines avec immobilisation standard (PMID 23970193).
Ces chiffres décrivent des populations, pas des postes de travail. Un pouce ne se remet pas au même rythme selon qu'il tourne un tournevis toute la journée, tape sur un clavier ou tient un guidon de moto. L'entretien professionnel (quels gestes, quelle fréquence, quelle possibilité d'aménagement) est ici plus informatif que le calendrier.
À retenir
Chez l'enfant, la contrainte se dirige préférentiellement vers l'os plutôt que vers le ligament, et la conduite qui en découle est plus permissive qu'on ne l'imagine.
Chez l'adulte, l'abduction forcée rompt le ligament ou arrache un petit fragment osseux à son insertion. Chez l'enfant, la même contrainte trouve un point faible différent, et l'atteinte purement ligamentaire est suffisamment inhabituelle pour avoir fait l'objet d'un rapport de cas intitulé, précisément, « True skier's thumb in childhood », un vrai pouce du skieur chez l'enfant (PMID 11890924). Le titre dit l'essentiel : dans cette tranche d'âge, la lésion attendue est osseuse, et la lésion ligamentaire est l'exception qui mérite d'être signalée.
Cette différence de siège a une conséquence pratique immédiate : la radiographie a chez l'enfant une valeur diagnostique qu'elle n'a pas chez l'adulte, où elle sert surtout à écarter. La fracture-avulsion de la base de la première phalange y est le mode de présentation habituel.
Huynh, Tang et Cheung ont revu rétrospectivement l'ensemble des patients de moins de 18 ans pris en charge dans leur centre pour une fracture-avulsion du LCU du pouce, soit 47 enfants, en les regroupant selon leur traitement initial et en mesurant le délai de retour à l'activité complète (PMID 30857433). Les résultats sont contre-intuitifs et méritent d'être lus en entier :
Les auteurs concluent que si la chirurgie apporte un traitement définitif sans retarder la récupération, l'immobilisation n'est pas un choix déraisonnable même en présence d'une fracture volumineuse ou déplacée, et qu'en cas d'échec, la chirurgie de seconde intention donne de bons résultats (PMID 30857433).
Ce que cette étude ne dit pas
Il s'agit d'une série rétrospective et monocentrique, non randomisée, dans laquelle les enfants opérés d'emblée avaient des fractures plus volumineuses, plus déplacées et plus tournées que ceux immobilisés : les groupes ne sont donc pas comparables. Le résultat exploitable n'est pas « il ne faut pas opérer », mais « l'immobilisation garde une place réelle chez l'enfant, y compris sur des fractures que les critères adultes enverraient au bloc », et que l'échec de l'immobilisation ne compromet pas le résultat d'une chirurgie secondaire. La décision reste chirurgicale.
Drapeaux rouges de ce chapitre
À retenir
Quatre observations publiées, chacune choisie parce qu'elle prend en défaut une certitude différente. Toutes sont de vrais rapports de cas indexés, cités avec leur identifiant.
La situation. Un patient consulte pour la prise en charge conservatrice d'une douleur du pouce survenue après une chute sur la main tendue. La radiographie conventionnelle montre une fracture-avulsion au versant ulnaire de la base de la première phalange (PMID 27298646, texte intégral en accès libre : PMC4879008).
Ce qui a été fait. Une échographie diagnostique met en évidence un ligament collatéral ulnaire rompu et déplacé en proximal de l'aponévrose de l'adducteur, c'est-à-dire une lésion de Stener. L'imagerie dynamique confirme le déplacement du ligament complètement rompu. La réparation chirurgicale suit le diagnostic.
Ce que ce cas met en défaut. L'idée qu'un patient orienté vers un traitement conservateur a déjà été trié. Les auteurs relèvent que l'échographie a permis, dans ce cas, de poser un diagnostic exact en évitant toute imagerie supplémentaire, et que l'intervention précoce a permis un résultat optimal. Un pouce qui arrive en rééducation n'a pas nécessairement été testé, ni imagé.
La situation. Une femme de 63 ans présente une instabilité du pouce, une douleur, et une petite masse palpable au versant ulnaire de la métacarpo-phalangienne, la traduction clinique classique du moignon ligamentaire replié au-dessus de l'aponévrose (PMID 37116280, texte intégral en accès libre : PMC10163635).
Ce qui a été trouvé. En peropératoire, la masse s'est révélée être un amas de tissu de granulation, et non un ligament déplacé. La rupture, elle, était bien présente mais siégeait à l'insertion proximale du ligament et non à son insertion distale habituelle. Les auteurs qualifient cette présentation de pseudo-lésion de Stener. Le ligament a été réparé et la patiente a repris ses activités quotidiennes sans restriction après six semaines.
Ce que ce cas met en défaut. La valeur absolue accordée à la masse palpable. Elle reste un signal d'alerte majeur, mais elle n'est pas pathognomonique : ce qui se palpe sous le doigt n'est pas toujours le ligament. La conduite ne change pas, ce pouce devait être adressé, mais l'annonce faite au patient, elle, doit rester prudente.
La situation. Trois cas rares de pouce du skieur avec lésion à deux niveaux, rapportés par une équipe suisse de chirurgie de la main (PMID 39697532, texte intégral en accès libre : PMC11650722).
Ce que les auteurs en tirent. Ils exposent les difficultés diagnostiques, les traitements chirurgicaux et les explications anatomiques de ces formes, et concluent explicitement sur l'importance d'une démarche diagnostique systématique dans toute lésion de type pouce du skieur, comprenant l'examen clinique, la radiographie et l'échographie.
Ce que ce cas met en défaut. L'idée qu'un mécanisme banal produit une lésion univoque. La conclusion des auteurs est aussi la conclusion pratique de cet article : ce n'est pas la rareté d'une forme qui justifie une démarche systématique, c'est l'impossibilité de savoir à l'avance à laquelle on a affaire.
La situation. Une observation iconographique publiée dans une revue de médecine physique et de réadaptation, sous le titre « Lésion de Stener : une variante peu commune du pouce du skieur » (PMID 31464751).
Ce que ce cas apporte. Il rappelle que cette lésion figure au catalogue des situations que rencontrent les praticiens de la rééducation, et pas seulement les chirurgiens de la main. La présence de cette image dans une revue de MPR est en soi une indication sur le circuit réel des patients : beaucoup de ces pouces passent par la rééducation avant que le diagnostic complet soit posé.
Ce que ces quatre observations ont en commun
« Il est impératif de restaurer la stabilité articulaire pour prévenir une diminution de la force de préhension et l'apparition précoce d'une arthrose de la métacarpo-phalangienne. »
Lerman, Bullock & Trzeciak, Int J Surg Case Rep 2023;106:108141 (PMID 37116280), traduit de l'anglais.À retenir
Ce que l'on vérifie au premier rendez-vous, ce que l'on écrit au médecin, et ce à quoi l'on pense quand ce n'est pas une entorse du LCU.
Sept vérifications, dans cet ordre
Un compte rendu utile tient en cinq lignes et évite les formulations qui n'engagent à rien. Concrètement :
La phrase à ne pas écrire
« Pouce stable, rééducation débutée. » Elle est vraie le jour où elle est écrite et elle sera opposée à tout le monde six mois plus tard, si le pouce s'avère instable. La formulation qui protège le patient et le dossier est celle qui date et conditionne : « testing comparatif ce jour : laxité en extension estimée à X°, côté sain Y°, point d'arrêt franc, test réalisé sans limitation douloureuse. Réévaluation programmée à la fin de la période d'immobilisation. »
Un pouce ou une main douloureuse après traumatisme, ou sans traumatisme franc, peut relever de tout autre chose. Le corpus du site traite plusieurs de ces diagnostics en détail.
| Ce qui oriente ailleurs | Diagnostic à évoquer | Ce qui le distingue de l'entorse du LCU |
|---|---|---|
| Douleur à la base du pouce, installée sans traumatisme, chez un patient de plus de 50 ans, avec perte de force à la pince | La rhizarthrose (arthrose trapézo-métacarpienne) | La douleur siège à la trapézo-métacarpienne, un étage plus bas que la MCP ; début progressif, pas d'événement traumatique daté |
| Tuméfaction dorsale ou palmaire du poignet, indolore ou peu douloureuse, d'apparition progressive | Les kystes synoviaux du poignet et de la main, et la question de l'indication opératoire dans « est-ce grave, faut-il opérer ? » | Masse rénitente et mobile, sans instabilité articulaire associée ; l'échographie tranche facilement |
| Nodule ou bride palmaire, doigt qui ne s'étend plus complètement, absence de douleur | La maladie de Dupuytren | Atteinte de l'aponévrose palmaire, déficit d'extension progressif et indolore, sans notion traumatique |
| Paresthésies des trois premiers doigts, réveils nocturnes, maladresse | Le syndrome du canal carpien | Tableau neurologique et non mécanique ; pas de laxité au testing du pouce |
| Ressaut ou blocage d'un doigt en flexion, douleur en regard de la poulie A1 | Le doigt à ressaut (ténosynovite sténosante) | Phénomène de ressaut reproductible, siège tendineux et non ligamentaire |
| Douleur du versant dorsal ou ulnaire du poignet aggravée par les gestes répétés en prono-supination | Les tendinopathies des extenseurs du poignet | Douleur au poignet et non à la MCP du pouce ; pas d'instabilité |
Deux situations méritent en outre d'être gardées à l'esprit, parce qu'elles accompagnent l'entorse du LCU plutôt qu'elles ne s'y substituent. La première est la lésion combinée du ligament collatéral ulnaire et du ligament collatéral radial : elle représentait 25 % des lésions ligamentaires de la MCP du pouce dans une série de football américain suivie sur 23 saisons, et toutes ont nécessité une chirurgie ; les auteurs soulignent qu'elle est probablement fréquemment méconnue, et recommandent de tester les deux versants (PMID 27566241). La seconde est la lésion capsulaire dorsale associée, retrouvée dans 57 % des pouces opérés d'une série de 127, avec une invagination capsulaire dorsale dans 29 % des cas (PMID 19389670).
À retenir
Oui, sous conditions précises. Une étude sur six pièces anatomiques fraîches a montré qu'aucune lésion de Stener n'était créée par un examen reproduisant le testing clinique, tant que l'origine fasciale de la bandelette sagittale ulnaire restait intacte. Une lésion n'a été produite qu'après création d'un défect dans cette bandelette, et uniquement avec le pouce fléchi et en supination. Les auteurs concluent qu'un examen conduit de manière contrôlée et douce, pouce maintenu sans rotation, ne devrait pas créer de lésion de Stener iatrogène (PMID 28774254). La radiographie reste préalable (PMID 28636299).
Les deux, parce qu'ils n'explorent pas la même structure. La flexion tend le ligament collatéral propre ; l'extension tend en plus le ligament accessoire et la plaque palmaire. Sur pièces anatomiques, la section du seul ligament propre augmentait significativement l'instabilité de l'articulation fléchie, avec bien moins de laxité en extension ; l'instabilité en extension n'atteignait le niveau observé en flexion qu'après section supplémentaire du complexe accessoire (PMID 8519106). Une laxité franche en extension signe donc une lésion plus étendue.
Il n'existe pas de seuil unique, et c'est important de le savoir avant d'en citer un. Deux valeurs sont documentées, dans deux cadres différents. Heyman et collègues ont observé qu'une laxité valgus supérieure à 35°, testée en extension, indiquait constamment la rupture des ligaments propre et accessoire, avec une lésion de Stener dans 15 des 17 cas concernés (PMID 8519106). Fricker et Hintermann retiennent conjointement une déviation radiale sous contrainte supérieure à 30° et une différence supérieure à 20° avec le côté sain (PMID 7740248). Ces seuils ne sont pas interchangeables : ils ne se mesurent pas dans la même position et ne répondent pas à la même question.
Pour écarter une rupture, l'échographie suffit largement : sa sensibilité poolée est de 96 % (IC 95 % : 94-98), statistiquement comparable à celle de l'IRM (PMID 33459856). Deux méta-analyses la donnent aussi excellente pour détecter la lésion de Stener elle-même : sensibilité de 95 à 96 % (PMID 33596684), (PMID 33156740). C'est pour affirmer le déplacement que l'écart se creuse : spécificité de 92 % pour l'IRM contre 72 % pour l'échographie (PMID 33459856). En pratique : échographie en première intention, IRM si le déplacement reste la question ouverte.
Cela dépend entièrement du déplacement. En présence d'une lésion de Stener, l'aponévrose interposée empêche la cicatrisation, ce qui rend la chirurgie nécessaire (PMID 30865860). En l'absence de déplacement, la question est explicitement qualifiée de controversée dans la littérature (PMID 28636299), et une revue systématique note que le traitement non opératoire échouait souvent, nécessitant la chirurgie (PMID 23615487). Un essai conservateur reste possible, à condition d'être daté et réévalué.
Un essai randomisé sur 63 pouces, opérés et non opérés, n'a trouvé aucune différence de stabilité, d'amplitude, de force ni de durée d'arrêt de travail entre plâtre et attelle fonctionnelle autorisant la flexion-extension tout en bloquant les déviations. Les patients trouvaient l'attelle nettement plus confortable (PMID 1767639). À résultat égal, le confort et l'observance tranchent.
Rien ne l'impose. Une orthèse à appui radial stabilisant la MCP, laissant libres l'interphalangienne et la trapézo-métacarpienne, réduisait significativement les angles d'abduction sous des charges valgus allant jusqu'à 100 N sur dix mains cadavériques (PMID 28711411). Immobiliser plus que nécessaire, c'est enraidir pour rien.
Deux calendriers publiés convergent. Fricker et Hintermann proposent des exercices actifs contrôlés à partir de la 3e-4e semaine, l'attelle de protection étant poursuivie jusqu'à la 6e semaine et l'usage sans restriction autorisé à la 12e (PMID 7740248). Poujade et Chick indiquent une rééducation débutée dès la 4e semaine pour limiter l'enraidissement (PMID 28636299). Ce sont des propositions d'auteurs, non des protocoles validés par essai.
Après réparation par ancre osseuse, un essai randomisé pilote a comparé mobilisation active précoce et immobilisation standard de 4 à 6 semaines : retour à la fonction complète à 6 semaines contre 8, retour au travail à 7 semaines contre 11, sans différence d'amplitude finale (PMID 23970193). Ce résultat est conditionné au type de montage : il ne s'extrapole pas aux autres techniques, ni au traitement conservateur. Demander le compte rendu opératoire avant de décider.
Il n'y a pas de réponse unique, et les données le montrent plus qu'elles ne le suggèrent : chez 23 joueurs professionnels opérés, le retour au jeu a eu lieu en moyenne à 132,2 jours avec un écart-type de 126,1 (PMID 29480741). Une revue systématique de 311 patients rapporte un retour au sport global de 98,1 % avec 10,3 % de complications, et note que les délais recommandés varient selon le sport et selon l'auteur (PMID 37323971). Le facteur qui avance concrètement la reprise est la possibilité de porter une attelle rigide pendant la pratique (PMID 28636299).
Les données disponibles sont décevantes et méritent d'être dites telles quelles. Comparés à 1 619 skieurs non blessés, aucun type de poignée en usage n'éliminait le risque, et la fréquence était même plus élevée avec une poignée à grand plateau ; la manière de tenir le bâton par rapport à la dragonne n'avait aucune importance (PMID 7068299). Les bâtons sans dragonne ne réduisent pas l'incidence ; en revanche, apprendre à lâcher le bâton pendant la chute pourrait réduire le risque (PMID 7740248).
Ce n'est pas une situation sans issue. Une revue systématique de 293 pouces conclut à d'excellents résultats cliniques après traitement chirurgical, aussi bien pour les lésions aiguës que chroniques, sans différence significative entre réparation et reconstruction respectivement, et note que d'excellents résultats restent atteignables après un délai important ou après échec du traitement conservateur (PMID 23615487). Une série française à sept ans de recul nuance toutefois : après reconstruction ligamentaire, 6 patients sur 10 restaient instables, et la réparation primaire doit être préférée chaque fois qu'elle reste possible (PMID 28576699).
Non. La présentation habituelle est la fracture-avulsion plutôt que la rupture ligamentaire, et l'immobilisation garde une place plus large : dans une série de 47 enfants, 19 fractures qui remplissaient les critères chirurgicaux ont consolidé sous immobilisation en 7,1 ± 2,9 semaines. Le délai conservateur reste toutefois plus long et beaucoup plus variable (9,2 ± 8,3 semaines contre 6,2 ± 1,8 après chirurgie), avec 11 % de conversions chirurgicales imprévisibles sur les caractéristiques initiales (PMID 30857433).
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Ces quatre références n'étayent aucun chiffre du corps de l'article : elles sont proposées comme lectures de synthèse, et signalées comme telles pour ne pas gonfler artificiellement l'appareil bibliographique.
Note de méthode
Cet article a été construit en posant d'abord la base bibliographique, puis en n'écrivant que ce qu'elle soutient. Chaque PMID a été vérifié auprès de PubMed et chaque DOI auprès de CrossRef ; le contenu de chaque source a été contrôlé pour s'assurer qu'il établit bien ce qui lui est attribué. Lorsqu'une donnée souvent citée n'a pas pu être vérifiée à sa source primaire (c'est notamment le cas des effectifs de la publication originale de Stener en 1962, non indexée avec résumé), elle n'a pas été reprise. Les affirmations qui relèvent du raisonnement clinique et non d'une source sont signalées comme telles dans le texte.
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