Déformations des orteils latéraux (orteils en marteau et en griffe) symptomatiques de l'avant-pied MAJ 2026
En bref
Les déformations des orteils latéraux (orteil en marteau, en griffe ou en maillet) sont des déviations sagittales des articulations MTP, IPP ou IPD des deuxième au cinquième orteils, dues à un déséquilibre entre muscles intrinsèques affaiblis et extrinsèques dominants. Elles évoluent selon un continuum flexible vers rigide et peuvent entraîner cors, métatarsalgie, chutes chez le sujet âgé et ulcérations chez le diabétique. Le diagnostic est clinique, reposant sur le test de Kelikian push-up (flexible vs rigide) complété par le drawer test de la plaque plantaire. La première intention conservatrice associe chaussage à boîte large, orthèses plantaires, taping et exercices intrinsèques. Leur prévalence atteint 29,9 % des adultes (Framingham).
Synthèse clinique fondée sur les revues systématiques et consensus internationaux les plus récents : Framingham foot study, IWGDF 2023, Albright 2022 (US vs IRM plaque plantaire), données 2024-2025 sur les muscles intrinsèques et le pied diabétique.
Synthèse clinique
- Les déformations des orteils latéraux (marteau, griffe, maillet) sont des déviations sagittales des articulations MTP / IPP / IPD des 2e à 5e orteils, dues à un déséquilibre entre intrinsèques (faibles) et extrinsèques (dominants).
- Prévalence consolidée Framingham (Hagedorn 2013, n=2 446) : 29,9 % d'adultes ; héritabilité 0,49–0,62 chez les femmes (Hannan 2013). Triade de risque : chaussage étroit, hallux valgus, atrophie des intrinsèques.
- L'évolution suit un continuum flexible → semi-rigide → rigide par fibrose capsulaire et rétraction des collatéraux ; la subluxation MTP par rupture de la plaque plantaire est un événement clé (Doty 2014, Nery 2012).
- Trois conséquences cliniques majeures : douleur (cor IPP, métatarsalgie), chutes (OR ×1,57 chez les seniors, Menz 2018) et ulcération chez le diabétique (catégorie de risque IWGDF ≥2).
- Le test fondamental est le Kelikian push-up test (flexible vs rigide), complété par le drawer test pour la plaque plantaire (Klein 2014, Se > 95 %).
- L'imagerie de référence en cas de doute est l'IRM (Se 95 % / Sp 100 %) ou l'échographie dynamique opérateur-dépendante (Albright 2022 MA).
- Diagnostic différentiel obligatoire : névrome de Morton, fracture de stress, rupture isolée de plaque plantaire (crossover toe), arthropathie inflammatoire.
- Première ligne conservatrice pour les stades flexibles : chaussage à boîte large et talon bas, orthèse plantaire avec barre rétro-capitale, taping, exercices intrinsèques.
- Programme d'exercices intrinsèques (short foot, towel curl, toe grip) sur 8-12 semaines : amélioration de force et fonction (Mulligan 2013, Mickle 2016, Taddei 2020). Le McKeon foot core paradigm (2015) en est le cadre théorique.
- Trois sous-populations vulnérables convergent vers la déformation : diabète (claw toes par neuropathie motrice, IWGDF 2023), polyarthrite rhumatoïde (douleur avant-pied 63,9 %, Otter 2010), Charcot-Marie-Tooth (pes cavus + claw toes bilatéraux progressifs, Pareyson 2017).
- Drapeaux rouges : déformation rapidement progressive, bilatérale chez le jeune, ulcération plantaire, érythème chaud → orientation diabétologue / rhumatologue / neurologue / chirurgien.
- Chirurgie en seconde intention pour échec conservateur ou stade rigide : ostéotomie de Weil (Cancilleri 2003 ; risque de floating toe 28–43 %, Migues 2004), arthrodèse IPP (Coughlin 2000), réparation directe de plaque plantaire (Flint 2017, AOFAS 49 → 81).
- Retour aux activités progressif, basé sur l'absence de douleur, la symétrie de force toe-grip et la marche prolongée indolore avec chaussage adapté.
- Mesure objective par PROMs validés : MOXFQ index (Morley 2013), FFI (Budiman-Mak 1991). Éviter l'AOFAS forefoot dont la validité/fiabilité est insuffisante (Pinsker 2011).
- L'auto-gestion à long terme (chaussage, exercices, surveillance cutanée chez le diabétique) est la meilleure prévention des récidives et des complications.
Sommaire
- Quels sont les fondamentaux à connaître sur les déformations des orteils latéraux ?
- Comment évaluer et diagnostiquer une déformation d'orteil avec certitude ?
- Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?
- Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions conservatrices ?
- Quelle est la place des exercices intrinsèques et existe-t-il une approche supérieure ?
- Thérapies manuelles, taping, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
- Quand envisager la chirurgie et avec quels résultats ?
- Pied diabétique, polyarthrite rhumatoïde, Charcot-Marie-Tooth : pourquoi ces sous-populations sont-elles vulnérables ?
- Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
- Que nous apprennent les cas cliniques publiés sur les déformations d'orteils ?
- Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quels sont les fondamentaux à connaître sur les déformations des orteils latéraux ?
Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
On distingue classiquement trois types de déformations selon les articulations atteintes¹ :- Orteil en marteau (hammer toe) : flexion isolée de l'articulation interphalangienne proximale (IPP), avec IPD et MTP en position neutre ou en légère extension.
- Orteil en griffe (claw toe) : hyperextension de la MTP + flexion de l'IPP + flexion de l'IPD. Souvent bilatéral et associé à une cause neurologique ou systémique.
- Orteil en maillet (mallet toe) : flexion isolée de l'IPD.
- Crossover toe (variant): déviation médiale du 2e orteil chevauchant le 1er, fortement associée à une insuffisance de la plaque plantaire (Coughlin 1987).¹³
📊 Prévalence des troubles du pied chez l'adulte (Framingham foot study, Hagedorn 2013)
Cohorte n = 2 446, âge moyen 66 ans, examen podologique standardisé
Source : Hagedorn TJ, Dufour AB, Riskowski JL, et al. PLoS One. 2013;8(9):e74364. PMID 24040231.
- Facteurs extrinsèques modifiables 👠 : le port de chaussures à boîte étroite ou à talons hauts est un facteur causal et aggravant majeur ; les déformations sont 2 à 3 fois plus fréquentes chez les femmes ayant porté toute leur vie active des chaussures à talons hauts.¹
- Facteurs intrinsèques constitutionnels :
- Hallux valgus : facteur de risque le plus fortement associé. Le déplacement médial du 1er métatarsien crée un conflit mécanique avec le 2e orteil, qui peut chevaucher l'hallux (crossover toe, classification Coughlin 1987).¹³
- Faiblesse des muscles intrinsèques (lombricaux, interosseux, court fléchisseur des orteils, FDB) : le déséquilibre entre intrinsèques affaiblis et long fléchisseur/extenseur des orteils (extrinsèques dominants) est le mécanisme physiopathologique central.¹⁰,¹¹
- Héritabilité documentée : Hannan 2013 retrouve une héritabilité h² = 0,49 à 0,62 pour les déformations d'orteils latéraux, et même h² ≈ 0,89 pour l'HV, indépendamment du sexe, du BMI et de la pointure de chaussure.²
- Facteurs systémiques 🩺 : le diabète (par neuropathie motrice et glycation des collatéraux), la polyarthrite rhumatoïde (par synovite chronique des MTP) et les neuropathies périphériques héréditaires (Charcot-Marie-Tooth) sont les trois causes systémiques majeures, traitées en détail au chapitre 4.¹¹
Que se passe-t-il dans le corps et comment ces déformations évoluent-elles naturellement ?
La physiopathologie des déformations d'orteils latéraux repose sur trois mécanismes intriqués : 1. Déséquilibre musculaire intrinsèques / extrinsèques. Le pied fonctionne comme un système biomécanique stratifié, formalisé par McKeon dans son influent paradigme « Foot Core System ».¹⁰ Les muscles intrinsèques plantaires (lombricaux, interosseux, FDB, FHB) constituent le « core local » du pied : ils stabilisent les articulations MTP et IPP en position neutre, contribuent à l'arche médiale et à la propulsion via le mécanisme de windlass (Kelly 2014).¹¹ Lorsque ces intrinsèques s'affaiblissent, les muscles extrinsèques (long fléchisseur des orteils, FDL, et long extenseur, EDL) deviennent dominants et tirent les articulations en déformation caractéristique. Une étude mécanique récente (Shinohara 2025) confirme que le FDB est environ six fois plus rigide en charge debout qu'en décharge, illustrant son rôle clé dans le maintien postural.¹² 2. Insuffisance et rupture de la plaque plantaire. La plaque plantaire est une structure fibrocartilagineuse en éventail tendue sous la tête métatarsienne, ancrée distalement à la base de la phalange proximale. Elle stabilise l'articulation MTP dans le plan sagittal et résiste à l'hyperextension. Sous l'effet de microtraumatismes répétés (chaussage à talon haut, surcharge du 2e rayon par 2e métatarsien plus long, hallux valgus), elle subit une distension chronique puis une rupture progressive.⁸,⁹ La conséquence est une instabilité MTP avec subluxation dorsale, déviation transversale (crossover toe) et fixation progressive de l'orteil en marteau ou en griffe. 3. Fibrose capsulaire et rétraction tendineuse. Lorsque la déformation persiste, les structures péri-articulaires (capsule articulaire, ligaments collatéraux, gaine des extenseurs) subissent une fibrose et raccourcissent. La déformation passe alors d'un stade flexible (passivement réductible) à un stade rigide (irréductible), nécessitant en général une intervention chirurgicale pour corriger la position osseuse.🔄 Continuum évolutif des déformations d'orteils
Du déséquilibre fonctionnel à la déformation rigide : fenêtre d'opportunité conservatrice
Sources : Doty & Coughlin J Am Acad Orthop Surg. 2014;22(4):235-245 ; Malhotra K, Davda K, Singh D. EFORT Open Rev. 2017;1(11):409-419.
À retenir
- Les déformations des orteils latéraux (marteau, griffe, maillet) sont des déviations sagittales définies par les articulations atteintes (MTP, IPP, IPD), à distinguer du crossover toe (déviation transversale 2e orteil sur HV).
- Prévalence Framingham (Hagedorn 2013) : ≈ 29,9 % des adultes ; héritabilité significative h² = 0,49–0,62 (Hannan 2013). Sex-ratio femmes/hommes ≈ 2–3.
- Triade physiopathologique : déséquilibre intrinsèques/extrinsèques (McKeon foot core paradigm), insuffisance de la plaque plantaire (cause clé de l'instabilité MTP), fibrose capsulaire au stade rigide.
- L'évolution est un continuum flexible → rigide ; la fenêtre d'opportunité conservatrice est maximale aux stades 1-2 (réductibilité passive).
- Conséquences à dépister activement : cors, métatarsalgie, chutes chez le sujet âgé (OR 1,57), ulcération chez le diabétique.
Bibliographie
- Hagedorn TJ, Dufour AB, Riskowski JL, Hillstrom HJ, Menz HB, Casey VA, Hannan MT. Foot disorders, foot posture, and foot function: the Framingham foot study. PLoS One. 2013;8(9):e74364. PMID 24040231.
- Hannan MT, Menz HB, Jordan JM, Cupples LA, Cheng CH, Hsu YH. High heritability of hallux valgus and lesser toe deformities in adult men and women. Arthritis Care Res (Hoboken). 2013;65(9):1515-1521. PMID 23696165.
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- Cai Y, Song Y, He M, et al. Global prevalence and incidence of hallux valgus: a systematic review and meta-analysis. J Foot Ankle Res. 2023;16(1):63. PMID 37726760.
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- Doty JF, Coughlin MJ. Metatarsophalangeal joint instability of the lesser toes and plantar plate deficiency. J Am Acad Orthop Surg. 2014;22(4):235-245. PMID 24668354.
- Nery C, Coughlin MJ, Baumfeld D, Mann TS. Lesser metatarsophalangeal joint instability: prospective evaluation and repair of plantar plate and capsular insufficiency. Foot Ankle Int. 2012;33(4):301-311. PMID 22735202.
- McKeon PO, Hertel J, Bramble D, Davis I. The foot core system: a new paradigm for understanding intrinsic foot muscle function. Br J Sports Med. 2015;49(5):290. PMID 24659509.
- Kelly LA, Cresswell AG, Racinais S, Whiteley R, Lichtwark G. Intrinsic foot muscles contribute to elastic energy storage during gait. J R Soc Interface. 2014;11(93):20131188. PMID 24573332.
- Shinohara H, et al. Reconsideration of the load-bearing functions of the plantar fascia and intrinsic foot muscles in the windlass mechanism. Sci Rep. 2025;15(1):12923. PMID 40234710.
- Coughlin MJ. Crossover second toe deformity. Foot Ankle. 1987;8(1):29-39. PMID 3623360.
- Mickle KJ, Munro BJ, Lord SR, Menz HB, Steele JR. ISB Clinical Biomechanics Award 2009: Toe weakness and deformity increase the risk of falls in older people. Clin Biomech (Bristol, Avon). 2009;24(10):787-791. PMID 19751956.
Comment évaluer et diagnostiquer une déformation d'orteil avec certitude ?
Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
L'anamnèse doit explorer six domaines clés :- Topographie et caractère de la douleur : douleur dorsale de l'IPP (conflit avec la chaussure → cor), douleur plantaire sous la tête métatarsienne (surcharge ou rupture plaque plantaire), douleur en bout d'orteil (mallet toe avec hyper-appui pulpaire), douleur inter-digitale (penser au névrome de Morton en diagnostic différentiel).
- Historique du chaussage 👠 : type de chaussures portées au quotidien et dans l'activité professionnelle, hauteur de talon, largeur de la boîte à orteils, durée d'usage. Ces données sont essentielles pour la prévention secondaire.
- Chronologie et vitesse d'évolution : une déformation lentement progressive sur plusieurs années oriente vers une origine biomécanique ; une déformation rapidement progressive (semaines/mois) doit faire évoquer une cause neurologique, inflammatoire ou systémique.
- Symptômes cutanés associés : cors, durillons, ulcérations, fissures, mycoses, particulièrement importants chez le diabétique où la moindre lésion cutanée peut évoluer vers un mal perforant plantaire.
- Impact fonctionnel : retentissement sur la marche, le travail debout, la pratique sportive, le choix des chaussures, la qualité de vie. Le questionnaire MOXFQ (Manchester-Oxford Foot Questionnaire) validé par Morley 2013 permet une mesure standardisée en 3 dimensions (douleur, marche/station debout, problèmes sociaux).⁹
- Antécédents médicaux ciblés 🩺 : diabète et durée d'évolution (risque de neuropathie motrice), polyarthrite rhumatoïde, antécédents familiaux de troubles du pied ou de neuropathie (Charcot-Marie-Tooth), traumatismes antérieurs.
Quels tests cliniques et quelle imagerie réaliser ? Quelles pathologies écarter ?
L'examen physique se déroule en charge ET en décharge, car la mise en charge modifie significativement la position des orteils et révèle des déviations cachées en position de repos. Tests cliniques essentiels :- Test de Kelikian push-up 🔑 : test fondamental pour distinguer flexible vs rigide. L'examinateur pousse vers le haut la tête métatarsienne correspondante et observe la réductibilité passive de l'orteil. Réductible = flexible (traitement conservateur indiqué) ; non réductible = rigide (chirurgie probable). C'est la base du raisonnement décisionnel.⁷
- Drawer test / Lachman MTP (Klein 2014) : évalue l'instabilité MTP par insuffisance de plaque plantaire. L'examinateur stabilise la tête métatarsienne d'une main et déplace la base de la phalange proximale dans le plan sagittal. Une translation verticale > 50 % de la hauteur de la phalange définit un test positif. Klein 2014 a démontré que ce test physique a une sensibilité supérieure à 95 % pour la rupture de plaque plantaire confirmée chirurgicalement.¹
- Évaluation de la force des intrinsèques : test du « paper grip » (le patient tente de saisir une feuille de papier sous ses orteils que l'examinateur tire, un échec signe une faiblesse des fléchisseurs), test du toe-grip dynamometer (validé chez le sujet âgé par Mickle 2009).¹⁴
| Modalité | Indication principale | Performance diagnostique | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Radiographie standard, debout | Bilan structurel initial : angles, longueur métatarsiens, alignement, arthrose | Excellente pour l'analyse osseuse, nulle pour les tissus mous | Élevé (standard) |
| Échographie dynamique | Plaque plantaire, gaines tendineuses, kystes, névrome de Morton | Se/Sp ≈ 95–100 % en mains expertes (Carlson 2013 ; Albright 2022 MA)¹⁵,¹⁶ | Modéré (opérateur-dépendant) |
| IRM (1,5 ou 3 T) | Référence pour plaque plantaire, œdème médullaire, lésions ligamentaires complexes | Se 95 % / Sp 100 % vs gold-standard chirurgical (Sung 2012, n=64)¹⁵ | Élevé |
| IRM stress (hyperextension) | Amélioration détection lésions plaque plantaire en cas de doute | Sensibilité accrue en position de stress (Giuliani 2024)¹⁷ | Modéré, émergent |
🎯 Performance comparée des imageries pour le diagnostic de rupture de plaque plantaire
Méta-analyse Albright 2022 (Eur J Radiol) et données Carlson 2013, Sung 2012
Sources : Albright RH, Hassan M, Randich J, et al. Eur J Radiol. 2022;151:110315 ; Sung W, et al. J Foot Ankle Surg. 2012;51(5):570-574 ; Carlson RM, et al. J Foot Ankle Surg. 2013;52(6):786-791. L'IRM reste le gold-standard ; l'échographie a une performance comparable en mains expertes mais reste opérateur-dépendante.
- Névrome de Morton : douleur en éclair ou brûlure inter-digitale (3e espace), signe de Mulder positif. Diagnostic confirmé par échographie ou IRM.
- Rupture isolée de plaque plantaire sans déformation visible : douleur plantaire MTP avec drawer test positif, parfois sans déformation grossière initiale (à dépister tôt).
- Fracture de stress métatarsienne : douleur progressive d'effort, œdème localisé, radiographie souvent négative à la phase précoce, IRM diagnostique.
- Arthrites inflammatoires : polyarthrite rhumatoïde (synovite MTP, érosions radiographiques), goutte (mono-arthrite aiguë inflammatoire).
- Pathologies sésamoïdiennes du 1er rayon.
- Pied diabétique compliqué : neuro-arthropathie de Charcot débutante, mal perforant plantaire (cf. chapitre 4).
Drapeaux rouges en consultation pour déformation d'orteil
- Déformation rapidement progressive sur quelques semaines/mois → suspicion neurologique (CMT, syndrome de la queue de cheval), inflammatoire, néoplasique.
- Déformation bilatérale chez l'adulte jeune ou l'adolescent → suspicion forte de Charcot-Marie-Tooth (orienter neurologue).
- Ulcération plantaire sous une tête métatarsienne saillante chez un diabétique → mal perforant, risque IWGDF 3 → orientation diabétologue/podologue spécialisé en urgence.
- Douleur disproportionnée, érythème chaud, fièvre → suspicion d'arthrite septique ou cristalline aiguë.
- Œdème asymétrique persistant, déformation à pied tiède sans traumatisme chez un diabétique → suspicion de neuro-arthropathie de Charcot débutante.
- Hypoesthésie, paresthésie, faiblesse musculaire associée → bilan neurologique.
Faut-il classifier les déformations d'orteils et pour quels bénéfices ?
La classification est indispensable car elle standardise la communication entre cliniciens, guide la décision thérapeutique et permet de pronostiquer. Les classifications utiles en pratique kinésithérapique :- Selon la réductibilité (classification clinique simple, la plus utilisée) : stade flexible (réductible passivement) → semi-rigide → rigide.⁷
- Selon l'articulation atteinte : marteau (IPP), griffe (MTP+IPP+IPD), maillet (IPD), crossover (déviation médiale 2e orteil).
- Classification Nery 2012 de l'instabilité MTP par insuffisance de plaque plantaire (stades 0 à 4 selon la déviation et la luxation) : utile en pré-opératoire.⁹
- Classification Coughlin 1987 du crossover toe : référence historique encore utilisée par les chirurgiens.¹³
Critique et controverse
Trois limites doivent nuancer la confiance accordée aux outils d'évaluation. Premièrement, la fiabilité inter-examinateur des tests cliniques (Kelikian, drawer) est variable selon l'expérience ; les études publiées proviennent majoritairement d'équipes chirurgicales spécialisées et la performance en pratique kinésithérapique courante est probablement inférieure aux 95 % rapportés.¹ Deuxièmement, les classifications focalisent sur le plan sagittal alors que les déformations sont multi-planaires (rotation, déviation transversale) : Shibutani 2019 a documenté l'importance des composantes transverses, sous-estimées par les classifications classiques (référence à vérifier dans la littérature post-2019). Troisièmement, l'échographie dynamique a une excellente performance théorique mais reste très opérateur-dépendante : en mains non expertes, sa fiabilité chute drastiquement, ce qui justifie de conserver l'IRM comme référence en cas de doute clinique.¹⁶À retenir
- L'anamnèse explore systématiquement la douleur, le chaussage, l'évolution et les antécédents systémiques (diabète, PR, neuropathies).
- Le test de Kelikian push-up distingue flexible vs rigide et guide directement le choix entre traitement conservateur et chirurgie.
- Le drawer test (Klein 2014) a une sensibilité > 95 % pour la rupture de plaque plantaire en mains expertes ; il doit faire partie de l'examen de routine.
- L'imagerie de référence est l'IRM (Se 95 % / Sp 100 %, méta-analyse Albright 2022), l'échographie dynamique étant comparable en mains expertes mais opérateur-dépendante.
- Drapeaux rouges majeurs : déformation rapidement progressive, bilatérale chez l'enfant/adolescent, ulcération chez le diabétique, arthrite chaude.
Bibliographie
- Klein EE, Weil L Jr, Weil LS Sr, Knight J. Classification of metatarsophalangeal joint plantar plate injuries: history and physical examination variables. J Foot Ankle Surg. 2014;53(4):436-439. PMID 25785472.
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- Mickle KJ, Munro BJ, Lord SR, Menz HB, Steele JR. Toe weakness and deformity increase the risk of falls in older people. Clin Biomech. 2009;24(10):787-791. PMID 19751956.
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- Morley D, Jenkinson C, Doll H, et al. The Manchester-Oxford Foot Questionnaire (MOXFQ): development and validation of a summary index score. Bone Joint Res. 2013;2(4):66-69. PMID 23673374.
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- Giuliani L, Ottonello C, Giuliani A, et al. MRI in the evaluation of plantar plate disease: diagnostic value of the "stress test". J Orthop Traumatol. 2024;25(1):65. PMID 39718683.
- Albright RH, Hassan M, Randich J, O'Keefe R, Klein EE, Weil L Jr. Diagnostic accuracy of magnetic resonance imaging (MRI) versus dynamic ultrasound for plantar plate injuries: a systematic review and meta-analysis. Eur J Radiol. 2022;151:110315. PMID 35453004.
Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces ?
Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions conservatrices ?
La hiérarchie d'intervention de première ligne, soutenue par les recommandations actuelles et les rares revues systématiques disponibles, comprend quatre piliers complémentaires.⁷,⁸ Pilier 1 : Modification du chaussage (intervention prioritaire). 👟 Toute déformation flexible doit faire l'objet d'un audit de chaussage. Les critères validés sont une boîte à orteils large et profonde, un talon ≤ 2-3 cm, une tige souple et un chaussant à laçage ajustable. Le RCT princeps Torkki 2001 (JAMA, n = 209) sur l'HV a démontré que la modification de chaussage seule (avec ou sans orthèse) permettait d'éviter l'aggravation et la chirurgie chez une majorité de patients à 1 an, validant la légitimité du conservatif comme première ligne.⁵ Les conseils doivent être permanents : revenir aux mauvaises chaussures = récidive prévisible. Pilier 2 : Orthèses plantaires. Les orthèses jouent un triple rôle : redistribuer la pression sous les têtes métatarsiennes (barre rétro-capitale, support de l'arche transverse), limiter la déformation (séparateurs en silicone, orthoplastie thermoformée), améliorer le confort de marche. Les preuves de haute qualité dans le contexte spécifique des déformations d'orteils latéraux restent limitées (la plupart des études concernent l'HV ou la métatarsalgie globale), mais Chadchavalpanichaya 2018 (RCT n = 60) a démontré qu'un séparateur d'orteil en silicone moulé réduisait l'HVA de 3° et la douleur VAS de 2,2 points à 6 mois (HV avec déformations d'orteils associées).¹⁰ Pilier 3 : Exercices spécifiques des intrinsèques du pied. Détaillés dans la section suivante. Pilier 4 : Taping et orthoplastie. Le taping correctif (silicone, élastique) peut soulager les cors par décharge, maintenir transitoirement la position d'un orteil flexible et servir de « pont thérapeutique » pendant la durée du programme. Les preuves d'efficacité à long terme sont faibles mais l'innocuité est excellente.Quelle est la place des exercices intrinsèques et existe-t-il une approche supérieure ?
La rééducation des muscles intrinsèques du pied est la pierre angulaire de la prise en charge active et la cible la plus directe du mécanisme physiopathologique. Trois protocoles ont accumulé des données probantes de qualité acceptable :- Short Foot Exercise (SFE) 💪 : exercice de référence popularisé par Janda et validé par Mulligan & Cook 2013 (étude pilote n = 21). Le patient tente de raccourcir activement la longueur du pied en attirant la tête du 1er métatarsien vers le talon, sans recroqueviller les orteils. Activation préférentielle du court fléchisseur des orteils (FDB) et de l'abducteur de l'hallux. Mulligan 2013 a documenté une diminution de la chute du scaphoïde (proxy de l'arche médiale) de 14 % à 4 semaines.²⁰
- Toe Yoga / Toe Curl / Toe Grip : exercices d'activation isolée des intrinsèques en plusieurs schémas (saisir une serviette avec les orteils, recroqueviller des billes, écarter les orteils). Gooding 2016 a démontré par IRM T2 que ces exercices activent spécifiquement les intrinsèques (signal T2 augmenté post-effort), validant leur ciblage musculaire.²¹
- Programmes de renforcement progressif sur 8-12 semaines : Mickle 2016 (RCT n = 85 femmes âgées) a démontré qu'un programme de renforcement progressif des fléchisseurs des orteils sur 12 semaines augmentait la force fléchisseur du gros orteil de manière significative et améliorait la performance fonctionnelle.⁴¹ Taddei 2020 (RCT coureurs n = 118) a démontré qu'un programme de 8 semaines de renforcement du pied améliorait significativement la force des intrinsèques et la morphologie de l'arche médiale.¹⁹
📈 Effets d'un programme d'exercices intrinsèques sur 8-12 semaines
Synthèse des essais Mulligan 2013, Mickle 2016, Taddei 2020 : paramètres objectifs et fonctionnels
* Statistiquement significatif (p < 0,05). Sources : Mulligan EP, Cook PG. Man Ther. 2013;18(5):425-430 ; Mickle KJ, et al. Clin Biomech. 2016;40:14-19 ; Taddei UT, et al. Phys Ther Sport. 2020;42:107-115. Caveat important : ces études concernent principalement des sujets asymptomatiques, des coureurs ou des sujets âgés, pas spécifiquement des patients avec déformations rigides installées.
Thérapies manuelles, taping, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?
Thérapie manuelle (mobilisations MTP/IPP) : indiquée surtout pour les déformations flexibles raides ou semi-rigides. La mobilisation passive en flexion plantaire MTP et en extension IPP peut réduire la raideur et la douleur ; mais les preuves d'efficacité isolée dans le contexte spécifique des déformations d'orteils sont rares (la plupart des essais portent sur l'HV ou le pied plat).¹² Taping : utile à court terme pour la décharge de cors et le maintien transitoire d'orteils flexibles ; effet biomécanique mesurable mais effet à long terme sur la déformation négligeable.¹⁴ Technologies (ondes de choc extracorporelles, laser, ultrasons) : preuves très limitées voire absentes dans le contexte spécifique des déformations d'orteils. Ces modalités peuvent avoir une place dans les pathologies associées (fasciite plantaire, tendinopathies) mais ne doivent pas se substituer aux interventions de première ligne.¹⁵Quand envisager la chirurgie et avec quels résultats ?
La chirurgie devient indiquée quand :- échec d'un traitement conservateur bien conduit pendant 3-6 mois ;
- déformation rigide (Kelikian négatif) ;
- subluxation/luxation MTP avec instabilité majeure ;
- retentissement fonctionnel ou de chaussage majeur malgré adaptation ;
- complications cutanées chroniques (cor douloureux récidivant, ulcération).
| Procédure | Indication principale | Résultats publiés | Risque/complication |
|---|---|---|---|
| Arthrodèse IPP (Coughlin 2000) | Marteau rigide | Réf. historique, satisfaction patient élevée | Non-union ≈ 5–15 % selon implant |
| Arthroplastie de résection IPP | Marteau rigide alternative | Résultats moins durables que arthrodèse | Floating toe possible |
| Ostéotomie de Weil (Cancilleri 2003) | Métatarsalgie + déformation | « Bons ou excellents » ≈ 100 % à court terme (n=35) | Floating toe 28–43 % (Migues 2004)³¹ |
| Réparation directe plaque plantaire (Flint 2017) | Instabilité MTP par rupture plaque | AOFAS 49 → 81 ; satisfaction 88 % (n=97 pieds)³⁴ | Récidive partielle ≈ 12 % |
| Transfert tendineux FDL-FDB (Girdlestone-Taylor) | Griffe flexible non chirurgicale conservatrice | Variable ; alternative non destructive | Adhérences, raideur résiduelle |
Critique et controverses
Trois zones de débat méritent d'être explicitées : 1. Pauvreté des preuves spécifiques au conservatif des orteils latéraux. La majorité des études citées concerne l'HV, la métatarsalgie ou le pied âgé ; les essais de haute qualité isolant les déformations d'orteils latéraux flexibles sont rares. La revue systématique disponible est ancienne et reconnaît un risque de biais élevé dans les ECR inclus. Les recommandations conservatrices reposent donc principalement sur des extrapolations physiopathologiques et un consensus clinique, pas sur une preuve robuste de niveau I. 2. Orthèses sur mesure vs préfabriquées. Le débat persiste : si les orthèses sur mesure semblent biomécaniquement supérieures, leur surcoût (souvent 200–400 € vs 30–80 €) n'est pas systématiquement justifié par la différence d'efficacité clinique. Pour les cas légers à modérés, une orthèse préfabriquée bien choisie + une éducation peut suffire. 3. Capacité réelle des exercices intrinsèques à corriger une déformation installée. Les exercices intrinsèques améliorent indéniablement la force, la fonction et les symptômes. En revanche, leur capacité à corriger anatomiquement une déformation déjà fixée est très limitée : leur rôle est essentiellement de ralentir la progression, prévenir l'aggravation et améliorer la tolérance fonctionnelle.À retenir
- Hiérarchie conservatrice : chaussage adapté en priorité absolue, puis orthèses (barre rétro-capitale), exercices intrinsèques (Short Foot Exercise + Toe Yoga, 10 min/j × 8-12 sem) et taping.
- Pas d'approche d'exercice « gagnante », combiner activation (SFE), renforcement (Toe Curl/Grip), équilibre pied nu, étirement chaîne postérieure.
- Mickle 2016 et Taddei 2020 démontrent une amélioration significative de la force et de la fonction sur 8-12 semaines, mais peu d'études isolent les déformations symptomatiques rigides.
- Indications chirurgicales : échec conservateur à 3-6 mois, stade rigide, subluxation MTP, complications cutanées chroniques.
- Procédures principales : arthrodèse IPP (Coughlin 2000), ostéotomie de Weil (attention au floating toe 28–43 %, Migues 2004), réparation plaque plantaire (Flint 2017, AOFAS 49 → 81).
Bibliographie
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Pied diabétique, polyarthrite rhumatoïde, Charcot-Marie-Tooth : pourquoi ces sous-populations sont-elles vulnérables ?
Pied diabétique : neuropathie motrice, ulcération et stratification IWGDF 2023
Chez le patient diabétique, la neuropathie périphérique motrice provoque une atrophie progressive des intrinsèques (lombricaux, interosseux), entraînant le développement caractéristique de claw toes bilatéraux.³⁶,³⁷ Cette déformation a deux conséquences majeures :- Hyperpression sous les têtes métatarsiennes (devenues saillantes par l'hyperextension MTP) → risque de mal perforant plantaire.
- Frottement dorsal des IPP saillants dans la chaussure → cors → ulcération secondaire.
📋 Stratification du risque d'ulcération chez le diabétique (IWGDF 2023)
Fréquence de surveillance et intensité de prise en charge selon la catégorie de risque
La présence d'une déformation d'orteil chez un diabétique neuropathique fait basculer le patient en risque ≥ 2, justifiant une surveillance trimestrielle, un chaussage thérapeutique et des orthèses de décharge. Source : PMID 37302121.
- Tout patient diabétique > 50 ans ou avec > 10 ans d'évolution doit faire l'objet d'un examen podologique de dépistage annuel minimum : test au monofilament 10 g de Semmes-Weinstein (neuropathie), pouls pédieux (AOMI), inspection cutanée.
- La présence d'orteils en griffe bilatéraux chez un diabétique justifie l'orientation vers un podologue spécialisé ou un centre de référence pied diabétique.
- L'éducation sur l'auto-surveillance quotidienne du pied (recherche de cors, ulcérations, mycoses, fissures) est non négociable.
- Les exercices intrinsèques restent indiqués pour préserver la fonction résiduelle et l'équilibre, à condition que la sensibilité protectrice soit préservée et qu'il n'y ait pas d'ulcération active.
- Ne jamais conseiller au patient diabétique de « limer » ou de découper lui-même un cor ou un durillon (risque infectieux majeur).
Drapeaux rouges spécifiques au pied diabétique
- Ulcération plantaire sous une tête métatarsienne, même indolore → urgence relative (IWGDF risque 3, orientation immédiate).
- Œdème asymétrique persistant, pied tiède, déformation soudaine sans traumatisme → suspicion de neuro-arthropathie de Charcot débutante (urgence vraie : décharge immédiate, imagerie, orientation diabétologue).
- Cor avec halo érythémateux, écoulement purulent, fièvre → suspicion d'infection profonde, parfois ostéite sous-jacente.
- Ischémie critique : pied froid, douleur de décubitus, plaie atone → AOMI sévère, avis vasculaire urgent.
Polyarthrite rhumatoïde et Charcot-Marie-Tooth : signes sentinelles à reconnaître
Avant-pied rhumatoïde 🦴. La polyarthrite rhumatoïde (PR) atteint le pied chez la grande majorité des patients à un stade évolué : l'étude épidémiologique d'Otter 2010 (n = 585 patients PR) a retrouvé une prévalence de douleur de l'avant-pied de 63,9 %, et de douleur de la cheville de 42,7 %.³⁹ La synovite chronique des MTP provoque progressivement une subluxation dorsale des phalanges, une déviation latérale des orteils, un élargissement de l'avant-pied, et le tableau classique d'avant-pied rhumatoïde sévère. La prise en charge multidisciplinaire repose sur :- Traitement de fond rhumatologique (DMARDs, biothérapies, du ressort du rhumatologue).
- Chaussage thérapeutique large à grande hauteur de boîte à orteils.
- Orthèses plantaires de décharge avec barre rétro-capitale.
- Chirurgie reconstructrice de l'avant-pied au stade évolué, type ostéotomies métatarsiennes combinées (Niki 2015, AOFAS RA-foot 52 → 90 à 64-108 mois).³⁸
- Maintenir la mobilité tibio-tarsienne et sous-talienne (étirements quotidiens du triceps sural).
- Renforcer les muscles éversseurs et inverseurs résiduels.
- Adapter le chaussage et envisager une orthèse cheville-pied (AFO) en cas de steppage : Phillips 2012 a démontré qu'une AFO en polypropylène augmente la vitesse de marche chez les patients CMT.⁴³
- Orienter en consultation chirurgicale orthopédique spécialisée pour les déformations sévères (transferts tendineux, ostéotomies du calcanéum).
🎯 Comparaison des trois sous-populations vulnérables
Mécanisme, prévalence de la déformation, intervention spécifique prioritaire
Sources : Bus 2024 (IWGDF, PMID 37302121) ; Otter 2010 (PMID 19997766) ; Pareyson 2017 (PMID 28678049). Toute déformation d'orteil sortant du « profil banal HV + chaussage » doit déclencher la recherche d'une cause systémique.
À retenir
- Trois sous-populations majeures convergent vers la déformation d'orteil : diabète (claw toes par neuropathie motrice), PR (subluxation MTP), CMT (pes cavus + claw toes bilatéraux).
- Chez le diabétique, la déformation d'orteil ≥ catégorie IWGDF 2 : surveillance trimestrielle, chaussage thérapeutique, orthèses de décharge.
- Drapeau rouge majeur : ulcération plantaire sous une tête métatarsienne saillante chez le diabétique → orientation immédiate (mal perforant, parfois ostéite).
- PR : la douleur de l'avant-pied touche 63,9 % des patients (Otter 2010), dépistage systématique en consultation rhumatologique.
- CMT : claw toes bilatéraux chez un sujet jeune imposent un bilan neurologique (EMG, génétique). AFO si steppage (Phillips 2012).
Bibliographie
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Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?
Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
L'auto-gestion durable repose sur trois piliers, dont l'éducation thérapeutique est la pierre angulaire. Pilier 1 : Éducation thérapeutique (Patient Education). 🧠 Le patient doit comprendre :- La biomécanique de sa déformation : pourquoi ses intrinsèques sont faibles, comment le chaussage aggrave, pourquoi la rétraction du triceps sural charge l'avant-pied.
- L'évolution naturelle prévisible sans intervention (flexible → rigide).
- Le caractère permanent des bonnes habitudes : « la bonne chaussure » n'est pas un traitement temporaire mais un choix durable.
- Les signaux d'alerte qui imposent de reconsulter : cor douloureux récidivant, ulcération, déformation rapidement progressive, douleur nocturne, modification cutanée.
- Identifier un bon chaussage à l'achat (test du chausse-pied : pouvoir bouger librement les orteils, boîte assez profonde, talon ≤ 2-3 cm pour l'usage quotidien).
- Renouveler ses orthèses avec son podologue (tous les 1-2 ans selon usure).
- Limiter les chaussures à risque (talons hauts, escarpins étroits, bottes serrées) aux occasions courtes.
- Surveiller son pied : inspection visuelle quotidienne (matin ou soir), test au monofilament chez le diabétique.
- Court (10-15 minutes/jour), au-delà, l'adhésion chute drastiquement.
- Réparti en plusieurs séquences quotidiennes (« exercices d'attente » devant la télé, sous le bureau, après la douche).
- Progressif (volume, charge, complexité) avec révision mensuelle au cours des 3 premiers mois.
- Renforcé visuellement : fiche illustrée, application smartphone, photos avant/après mensuelles.
| Composante | Fréquence | Durée | Niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Short Foot Exercise pieds nus | 2 × 10 répétitions/jour | Maintien 5 sec | Modéré (Mulligan 2013) |
| Toe Curl avec serviette / Toe Yoga | 1 série/jour | 2-3 minutes | Modéré (Gooding 2016) |
| Étirement triceps sural (mur) | 2 × 30 sec, 2/jour | 2 minutes | Modéré (Rao 2019) |
| Étirement long fléchisseur orteils | 2 × 30 sec, 1/jour | 1-2 minutes | Faible (consensus) |
| Équilibre pied nu sur sol stable | 1 séance/jour | 2-3 minutes | Modéré (Mickle 2016) |
| Inspection cutanée quotidienne | 1 par jour | 1 minute | Élevé chez diabétique (IWGDF 2023) |
Quand et comment planifier un retour sécurisé aux activités et au sport ?
La reprise des activités physiques après une période douloureuse (ou postopératoire) doit suivre une logique de progression contrôlée par les symptômes, et non par un calendrier rigide. Phase 1. Pré-requis avant reprise :- Absence de douleur lors des activités de la vie quotidienne (marche, position debout prolongée, escaliers).
- Force des fléchisseurs des orteils symétrique au côté sain (test paper-grip ou toe dynamometer si disponible).
- Chaussage approprié à l'activité visée (running shoes adaptées, etc.).
- Cicatrisation complète et absence d'inflammation chez les opérés.
- Douleur > 3/10 (échelle visuelle analogique) persistant > 24 h après l'effort → régresser à la phase précédente.
- Réapparition d'un cor ou d'une lésion cutanée.
- Œdème post-effort persistant.
Critique et controverse
La littérature sur la prévention secondaire spécifique aux déformations d'orteils latéraux est très pauvre : les recommandations actuelles reposent sur l'extrapolation depuis l'HV, la métatarsalgie et la prévention podologique du diabétique. Les essais comparant explicitement maintien vs abandon du programme à 6-12 mois manquent. L'analogie avec d'autres pathologies posturales (lombalgie chronique) suggère néanmoins que la décroissance d'adhésion à 3-6 mois est la règle, pas l'exception, justifiant des rappels téléphoniques ou consultations de suivi programmées. De plus, la capacité réelle d'un patient à corriger sa déformation par les exercices n'a jamais été démontrée à l'échelle anatomique : les exercices améliorent la force, la fonction et les symptômes, mais ne « redressent » pas un orteil déjà fixé. Cette nuance doit être communiquée honnêtement au patient pour éviter des attentes irréalistes et une déception délétère.À retenir
- L'auto-gestion repose sur trois piliers : éducation sur la biomécanique, adaptation environnementale (chaussage), programme d'exercices à domicile court (10-15 min/j).
- Le succès à long terme exige un patient capable de choisir ses chaussures et de maintenir ses exercices au-delà des 3 premiers mois : phase critique de décroissance d'adhésion.
- Reprise des activités selon 4 phases progressives (pré-requis → faible impact → impact gradué → spécifique), avec critères symptomatiques d'arrêt.
- Surveillance renforcée chez les sous-populations vulnérables : inspection cutanée quotidienne chez le diabétique (IWGDF 2023), suivi rhumatologique en PR, suivi neurologique en CMT.
- Communiquer honnêtement : les exercices améliorent la fonction, pas l'anatomie ; la prévention de l'aggravation est l'objectif réaliste.
Bibliographie
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Que nous apprennent les cas cliniques publiés sur les déformations d'orteils ?
Cas classique : déformation flexible, du conservateur à la chirurgie réparatrice de plaque plantaire
Présentation typique : Une femme de 50-65 ans consulte pour une douleur progressive de l'avant-pied droit présente depuis 12-18 mois, exacerbée à la marche prolongée et en chaussures fines. L'examen retrouve un hallux valgus modéré et un 2e orteil en début de chevauchement (crossover toe Coughlin grade I-II), avec un drawer test (Lachman MTP) douloureux et de translation modérément augmentée (≈ 30 % de la hauteur de la phalange). Trajectoire conservatrice initiale. La prise en charge respecte la hiérarchie classique : modification du chaussage (transition vers une chaussure à boîte profonde), orthèses plantaires avec barre rétro-capitale, taping de l'orteil en correction. Un programme d'exercices intrinsèques quotidien (Short Foot Exercise + Toe Yoga + équilibre pied nu) est instauré, complété par des étirements de la chaîne postérieure. Cette approche améliore les symptômes mais ne corrige pas la déviation transversale qui progresse. Évolution vers la chirurgie. Devant la persistance de l'instabilité MTP malgré 6 mois de conservatif bien conduit, une réparation de plaque plantaire est proposée. La série prospective de référence (Flint 2017, n = 97 pieds) rapporte les résultats moyens suivants après réparation directe de plaque plantaire avec ou sans ostéotomie de Weil associée :- Score AOFAS forefoot : 49 → 81 à 12 mois (différence cliniquement importante).
- Satisfaction patient : 88 %.
- Floating toe (orteil flottant) : 27 % des cas opérés (risque chirurgical à informer).
📊 Cas type : trajectoire AOFAS forefoot avant/après réparation de plaque plantaire
Cohorte prospective Flint 2017, n = 97 pieds, suivi minimum 12 mois
Source : Flint WW, Macias DM, Jastifer JR, Doty JF, Hirose CB, Coughlin MJ. Foot Ankle Int. 2017;38(3):234-242. PMID 27852647. Caveat : l'AOFAS forefoot est critiqué pour sa validité limitée (Pinsker 2011) ; il reste cependant l'instrument le plus utilisé dans la littérature historique.
Défi diagnostique : quand la déformation est le signe d'appel d'une autre pathologie
Cas 1 : Rupture isolée de plaque plantaire imitant une déformation flexible débutante. Une patiente coureuse de 45 ans consulte pour une douleur plantaire MTP2 d'apparition progressive après augmentation de son volume d'entraînement. À l'inspection, le 2e orteil paraît légèrement dévié latéralement mais reste flexible. Le drawer test est franchement positif (translation > 50 %), confirmant une instabilité MTP. L'échographie dynamique retrouve une rupture distale de la plaque plantaire, confirmée par IRM. L'erreur classique serait de considérer ce tableau comme un simple « crossover toe débutant » à traiter conservativement ; en réalité, sans intervention sur la rupture plaque (taping de décharge prolongé puis avis chirurgical), la déformation va progresser inexorablement vers une déviation transversale puis verticale (Doty/Coughlin 2014, Nery 2012).⁸,⁹ Cas 2 : Métatarsalgie chronique masquant une rupture plaque plantaire. Un patient de 55 ans avec hallux valgus modéré présente une métatarsalgie chronique attribuée pendant 18 mois à une « surcharge mécanique ». Le bilan a été incomplet (pas de drawer test, pas d'imagerie dédiée). L'IRM réalisée finalement objective une rupture grade 3 de la plaque plantaire MTP2 avec subluxation débutante. La méta-analyse Albright 2022 souligne l'intérêt de demander une imagerie dédiée à la plaque plantaire (échographie dynamique ou IRM) devant toute métatarsalgie résistante au traitement conservateur bien conduit.¹⁷ Cas 3 : Névrome de Morton mimant un orteil en griffe. Plus rare mais piège classique : la compression chronique du nerf interdigital par un névrome peut provoquer une contracture réflexe protectrice du 3e ou 4e orteil. La douleur en éclair, le signe de Mulder positif, la confirmation échographique permettent le diagnostic ; le traitement du névrome (infiltration ou chirurgie) résout généralement la pseudo-déformation.Cas complexes : neuropathie héréditaire et avant-pied rhumatoïde
Cas 4 : Charcot-Marie-Tooth révélé par claw toes bilatéraux. Un adulte jeune de 28 ans consulte pour douleur de l'avant-pied bilatérale et difficultés à courir. L'inspection révèle des claw toes bilatéraux symétriques associés à un pes cavus modéré. L'absence d'antécédent de port de chaussures à risque, la bilatéralité parfaite et la progression sur plusieurs années attirent l'attention. Le bilan neurologique (EMG, étude génétique) confirme une maladie de Charcot-Marie-Tooth type 1A (la forme la plus fréquente, mutation PMP22).⁴⁴ La prise en charge devient multidisciplinaire : neurologue référent, podologue (orthèses cavus), chirurgien orthopédiste pour avis ultérieur sur transferts tendineux ou ostéotomie calcanéenne si déformation sévère, et kinésithérapeute pour le maintien de la mobilité, le renforcement résiduel et l'éducation à l'AFO si steppage (Phillips 2012).⁴³ Cas 5 : Avant-pied rhumatoïde évolué. Une femme de 65 ans, polyarthrite rhumatoïde diagnostiquée il y a 20 ans, consulte pour douleur invalidante de l'avant-pied bilatéral et difficulté de chaussage majeure. L'examen retrouve le tableau classique : HV sévère bilatéral, subluxation dorsale des MTP2-5, déviation latérale en éventail, élargissement de l'avant-pied, callosités sous-métatarsiennes douloureuses. Otter 2010 (n=585) rappelle que cette atteinte avant-pied touche 63,9 % des patients PR.³⁹ La prise en charge associe :- Optimisation du traitement de fond rhumatologique (DMARDs, biothérapie).
- Orthèses plantaires sur mesure avec semelle d'amorti et barre rétro-capitale.
- Chaussage thérapeutique à grande hauteur de boîte.
- Avis chirurgical orthopédique : la série Niki 2015 (joint-preserving combination metatarsal osteotomies) a démontré un score AOFAS RA-foot 52 → 90 à 64-108 mois, validant cette approche reconstructrice.³⁸
🔄 Schéma décisionnel : déformation d'orteil chez un patient adulte
Du dépistage de la cause systémique à l'orientation appropriée
Schéma décisionnel synthétique. Toute déformation rapidement progressive, bilatérale chez le jeune, ou associée à un terrain systémique doit déclencher un bilan étiologique avant d'instaurer le traitement conservateur.
Critique et controverses
La littérature de cas cliniques sur les déformations d'orteils est fortement biaisée. Trois limites majeures : 1. Biais de publication des succès chirurgicaux. Les case reports et séries publiées rapportent quasi-exclusivement des trajectoires favorables ; les échecs, les complications graves et les récidives sont sous-rapportés, donnant une vision trop optimiste des résultats attendus. 2. Pauvreté des trajectoires conservatrices documentées. Les case reports kinésithérapiques sur les déformations d'orteils flexibles sont rares ; la littérature sur les programmes d'exercices intrinsèques porte principalement sur des cohortes asymptomatiques (coureurs, sujets âgés) plutôt que sur des patients symptomatiques avec déformations installées. 3. Hétérogénéité de la définition du succès. Selon les études, le « succès » peut désigner une réduction symptomatique, une correction angulaire radiographique, une amélioration du score AOFAS, une satisfaction patient : ces critères ne sont pas équivalents et leur agrégation rend les comparaisons inter-études fragiles.À retenir
- Cas classique : trajectoire conservatrice puis chirurgicale (réparation plaque plantaire, Flint 2017 : AOFAS 49 → 81 ; satisfaction 88 % ; floating toe 27 %).
- Défi diagnostique : rupture isolée de plaque plantaire peut imiter une déformation flexible débutante, drawer test + imagerie dédiée évitent l'erreur.
- Cas complexes : claw toes bilatéraux chez le jeune → suspecter CMT (bilan EMG, génétique) ; avant-pied rhumatoïde évolué → orthèses + chirurgie reconstructrice (Niki 2015 : AOFAS RA-foot 52 → 90).
- Toute déformation atypique impose un schéma décisionnel : bilatéralité + progressivité + sujet jeune → bilan neurologique ; antécédents systémiques → prise en charge multidisciplinaire.
- Caveat critique : la littérature est biaisée vers les succès chirurgicaux, sous-représente le conservatif et utilise des définitions hétérogènes du « succès ».
Bibliographie
- Flint WW, Macias DM, Jastifer JR, Doty JF, Hirose CB, Coughlin MJ. Plantar plate repair for lesser metatarsophalangeal joint instability. Foot Ankle Int. 2017;38(3):234-242. PMID 27852647.
- Doty JF, Coughlin MJ. Metatarsophalangeal joint instability of the lesser toes and plantar plate deficiency. J Am Acad Orthop Surg. 2014;22(4):235-245. PMID 24668354.
- Nery C, Coughlin MJ, Baumfeld D, Mann TS. Lesser metatarsophalangeal joint instability: prospective evaluation and repair of plantar plate and capsular insufficiency. Foot Ankle Int. 2012;33(4):301-311. PMID 22735202.
- Klein EE, Weil L Jr, Weil LS Sr, Knight J. Classification of metatarsophalangeal joint plantar plate injuries: history and physical examination variables. J Foot Ankle Surg. 2014;53(4):436-439. PMID 25785472.
- Albright RH, Hassan M, Randich J, O'Keefe R, Klein EE, Weil L Jr. Diagnostic accuracy of magnetic resonance imaging (MRI) versus dynamic ultrasound for plantar plate injuries: a systematic review and meta-analysis. Eur J Radiol. 2022;151:110315. PMID 35453004.
- Niki H, Hirano T, Okada H, Beppu M. Long-term outcome of joint-preserving surgery by combination metatarsal osteotomies for shortening for forefoot deformity in patients with rheumatoid arthritis. Mod Rheumatol. 2015;25(5):683-688. PMID 25608049.
- Otter SJ, Lucas K, Springett K, et al. Foot pain in rheumatoid arthritis prevalence, risk factors and management: an epidemiological study. Clin Rheumatol. 2010;29(3):255-271. PMID 19997766.
- Pareyson D, Saveri P, Pisciotta C. New developments in Charcot-Marie-Tooth neuropathy and related diseases. Curr Opin Neurol. 2017;30(5):471-480. PMID 28678049.
- Phillips MF, Robertson Z, Killen B, White B. A pilot study of a crossover trial with randomized use of ankle-foot orthoses for people with Charcot-Marie-Tooth disease. Clin Rehabil. 2012;26(8):696-704. PMID 22089961.
- Pinsker E, Daniels TR. AOFAS position statement regarding the future of the AOFAS Clinical Rating Systems. Foot Ankle Int. 2011;32(9):841-842. PMID 22097158.
- Migues A, Slullitel G, Bilbao F, Carrasco M, Solari G. Floating-toe deformity as a complication of the Weil osteotomy. Foot Ankle Int. 2004;25(9):609-613. PMID 15563380.
- Malhotra K, Davda K, Singh D. The pathology and management of lesser toe deformities. EFORT Open Rev. 2017;1(11):409-419. PMID 28461920.
- Bus SA, Sacco ICN, Monteiro-Soares M, et al. Guidelines on the prevention of foot ulcers in persons with diabetes (IWGDF 2023 update). Diabetes Metab Res Rev. 2024;40(3):e3651. PMID 37302121.
Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
Le kinésithérapeute est souvent en première ligne, ce qui lui confère la responsabilité d'orienter quand sa propre prise en charge atteint ses limites. L'orientation n'est pas un échec : c'est un gage de qualité. Critères d'orientation par spécialité :| Spécialiste | Indication d'orientation | Délai souhaitable |
|---|---|---|
| Podologue | Orthèses sur mesure ; soins de cors/ongles ; toute déformation avec hyperpression et risque d'ulcération | 1-4 semaines |
| Diabétologue / Centre Pied diabétique | Diabétique avec déformation ≥ IWGDF 2, mal perforant, suspicion de Charcot, ischémie | Urgent si plaie active (< 48 h) |
| Rhumatologue | Suspicion d'arthropathie inflammatoire (synovite, raideur matinale, bilatéralité, atteinte symétrique des MCP/MTP) | 2-4 semaines |
| Neurologue | Déformations bilatérales chez adulte jeune, suspicion CMT, paresthésies, déficit moteur associé | 1-3 mois |
| Chirurgien orthopédiste pied/cheville | Échec conservateur à 3-6 mois, stade rigide, subluxation MTP, complications cutanées chroniques | 1-3 mois |
| Médecin généraliste | Drapeaux rouges non urgents, bilan biologique systémique nécessaire | 1-2 semaines |
| Urgence / vasculaire | Ischémie critique, infection profonde, suspicion d'arthrite septique | Immédiat (< 24 h) |
Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?
La mesure objective des résultats est indispensable pour suivre la trajectoire d'un patient, objectiver les progrès, justifier la poursuite (ou l'arrêt) du traitement et alimenter une démarche d'amélioration continue. PROMs validés pour l'avant-pied :- MOXFQ (Manchester-Oxford Foot Questionnaire) : 16 items, 3 dimensions (douleur, marche/station debout, problèmes sociaux). Validé par Morley 2013 (n = 671). Score 0-100, 0 = meilleur. Très utilisé en post-chirurgical, sensible au changement.⁹
- FFI (Foot Function Index) : 23 items, 3 sous-échelles (douleur, handicap, limitation d'activité). Validé par Budiman-Mak 1991 et révisé en 2013. Alpha de Cronbach 0,73-0,95. Largement utilisé en recherche clinique.⁴⁵,⁴⁶
- EQ-5D : questionnaire générique de qualité de vie, utile pour comparer l'impact pied à d'autres pathologies chroniques.
- Manque de temps : barrière la plus citée. Réponse : intégrer les PROMs en pré-consultation (papier ou électronique), utiliser des modèles de bilan standardisés.
- Manque de formation à l'analyse critique : difficile de discriminer une étude robuste d'une étude faible. Réponse : se référer à des synthèses validées (Cochrane, JBI), des ressources comme PEDro, JOSPT, BJSM, et participer à des formations continues.
- Résistance au changement / habitudes : nous tendons à reproduire ce que nous avons appris. Réponse : audits réguliers de pratique, peer-review, échanges interprofessionnels.
- Manque de soutien organisationnel en cabinet libéral. Réponse : groupes qualité, formations communes, partage de ressources.
📚 Pyramide GRADE : niveaux de preuve disponibles pour les déformations d'orteils latéraux
Hiérarchisation pragmatique des preuves selon le domaine d'intervention
La pyramide illustre l'hétérogénéité des preuves disponibles : le pied diabétique et l'imagerie sont solidement étayés, le conservatif est faiblement étayé spécifiquement pour les déformations d'orteils latéraux (extrapolations depuis HV/métatarsalgie).
Critique et controverses sur les recommandations
Trois zones de débat persistent : 1. Le paradoxe des drapeaux rouges. La sensibilité d'un drapeau rouge isolé est généralement faible. C'est leur combinaison et leur contexte qui leur donnent leur valeur prédictive. Un cor sous une tête métatarsienne chez un diabétique de 70 ans avec neuropathie n'a pas la même portée que le même cor chez une jeune femme portant des escarpins. Le jugement clinique demeure central. 2. Faiblesse des preuves pour le conservatif spécifique aux orteils latéraux. Comme illustré dans la pyramide GRADE, l'essentiel des recommandations conservatrices repose sur des extrapolations depuis l'HV, la métatarsalgie ou la population âgée. Cette extrapolation est défendable physiopathologiquement mais reste fragile en termes de preuve directe. 3. La tension entre standardisation et personnalisation. Les PROMs et les protocoles standardisés améliorent la comparabilité et la qualité, mais peuvent négliger les objectifs individuels du patient (« pouvoir remettre mes chaussures de mariage », « marcher 5 km sans douleur »). La pratique experte consiste à articuler les deux : outils standardisés pour le suivi objectif, dialogue individualisé pour la définition des objectifs.À retenir
- L'orientation est un geste de qualité, pas un échec : sept spécialistes-types selon le contexte (podologue, diabétologue, rhumatologue, neurologue, chirurgien orthopédiste, MG, urgences).
- PROMs validés : MOXFQ (Morley 2013) et FFI (Budiman-Mak 1991) sont à privilégier. Éviter l'AOFAS forefoot dont la validité est insuffisante (Pinsker 2011).
- Obstacles à l'evidence-based : temps, formation, habitudes, soutien organisationnel. Réponses : intégration des PROMs en pré-consultation, formations continues, peer-review.
- Pyramide GRADE : les preuves sont solides sur l'imagerie et le pied diabétique, modérées sur les exercices, faibles sur le conservatif spécifique aux orteils latéraux.
- L'art clinique consiste à articuler standardisation (PROMs, protocoles) et personnalisation (objectifs individuels, contexte de vie).
Bibliographie
- Morley D, Jenkinson C, Doll H, et al. The Manchester-Oxford Foot Questionnaire (MOXFQ): development and validation of a summary index score. Bone Joint Res. 2013;2(4):66-69. PMID 23673374.
- Budiman-Mak E, Conrad KJ, Roach KE. The Foot Function Index: a measure of foot pain and disability. J Clin Epidemiol. 1991;44(6):561-570. PMID 2037859.
- Budiman-Mak E, Conrad KJ, Mazza J, Stuck RM. A review of the foot function index and the foot function index – revised. J Foot Ankle Res. 2013;6(1):5. PMID 23369667.
- Pinsker E, Daniels TR. AOFAS position statement regarding the future of the AOFAS Clinical Rating Systems. Foot Ankle Int. 2011;32(9):841-842. PMID 22097158.
- Bus SA, Sacco ICN, Monteiro-Soares M, et al. Guidelines on the prevention of foot ulcers in persons with diabetes (IWGDF 2023 update). Diabetes Metab Res Rev. 2024;40(3):e3651. PMID 37302121.
- Schaper NC, van Netten JJ, Apelqvist J, et al. Practical guidelines on the prevention and management of diabetes-related foot disease (IWGDF 2023 update). Diabetes Metab Res Rev. 2024;40(3):e3657. PMID 37243927.
- Malhotra K, Davda K, Singh D. The pathology and management of lesser toe deformities. EFORT Open Rev. 2017;1(11):409-419. PMID 28461920.
- Albright RH, Hassan M, Randich J, O'Keefe R, Klein EE, Weil L Jr. Diagnostic accuracy of MRI versus dynamic ultrasound for plantar plate injuries: a systematic review and meta-analysis. Eur J Radiol. 2022;151:110315. PMID 35453004.
- Hagedorn TJ, Dufour AB, Riskowski JL, et al. Foot disorders, foot posture, and foot function: the Framingham foot study. PLoS One. 2013;8(9):e74364. PMID 24040231.
- Mickle KJ, Caputi P, Potter JM, Steele JR. Efficacy of a progressive resistance exercise program to increase toe flexor strength in older people. Clin Biomech. 2016;40:14-19. PMID 27780109.
- Mulligan EP, Cook PG. Effect of plantar intrinsic muscle training on medial longitudinal arch morphology and dynamic function. Man Ther. 2013;18(5):425-430. PMID 23632367.
- Taddei UT, Matias AB, Duarte M, Sacco ICN. Foot core training to prevent running-related injuries: a survival analysis of a single-blind, randomized controlled trial. Am J Sports Med. 2020;48(14):3610-3619. PMID 33186497.
- Flint WW, Macias DM, Jastifer JR, Doty JF, Hirose CB, Coughlin MJ. Plantar plate repair for lesser metatarsophalangeal joint instability. Foot Ankle Int. 2017;38(3):234-242. PMID 27852647.
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