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Revue scientifique · Neurologie périphérique

La polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique (PIDC)

La PIDC est l'une des rares neuropathies périphériques que l'on peut traiter, et l'une des rares où le pronostic dépend directement de la date à laquelle on a posé le nom. Entre deux consultations de neurologie espacées de trois mois, le kinésithérapeute est souvent le seul professionnel à voir le patient chaque semaine : c'est lui qui constate qu'on ne se relève plus d'une chaise sans les bras, que le tapis d'escalier accroche, que la poignée de main a molli. Cet article expose ce qu'il faut reconnaître, ce que les critères EAN/PNS 2021 ont changé, et ce que la rééducation apporte réellement sous traitement immunomodulateur. Une précision d'emblée : la littérature de rééducation propre à la PIDC tient en un essai de 18 patients. Nous le dirons plutôt que de combler le vide avec des données empruntées au syndrome de Guillain-Barré.

  • Mise à jour 14 août 2026
  • Niveau Synthèse clinique
  • Sources 31 références vérifiées
  • CIM-11 8C01.3

La PIDC en trois chiffres

Une maladie rare, souvent reconnue tard, et souvent nommée à tort.

Trois chiffres clés : prévalence estimée à 23,3 pour 100 000 aux États-Unis, délai diagnostique médian de 7 mois en Europe, et 32 % de diagnostics de PIDC révisés en centre expert. 23,3 POUR 100 000 prévalence estimée aux États-Unis en 2023 soit environ 77 000 personnes 7 mois DÉLAI MÉDIAN entre les premiers signes et le diagnostic posé un quart des patients dépasse 13 mois 32 % DE SUR-DIAGNOSTIC des PIDC adressées en centre expert avaient un autre diagnostic

Sources : prévalence, Gable 2026, données de remboursement américaines 3 ; délai, Arvin-Berod 2025, enquête sur 542 patients européens 8 ; sur-diagnostic, Broers 2021, 96 patients adressés au centre Erasmus de Rotterdam 7.

En bref

  • La signature clinique tient en une phrase : un déficit moteur à la fois proximal et distal, globalement symétrique, avec une aréflexie diffuse et une atteinte sensitive, qui progresse ou évolue par poussées pendant au moins 8 semaines.
  • Le déficit proximal est le signe qui tranche. Dans la série de Rotterdam, 100 % des PIDC qui avaient été manquées en avaient un, et 48 % des patients étiquetés PIDC à tort n'en avaient aucun 7.
  • Les 8 semaines séparent la PIDC du Guillain-Barré. Le Guillain-Barré atteint son maximum en moins de 4 semaines puis s'améliore ; la PIDC continue. Entre les deux, la PIDC à début aigu se démasque en reprenant sa dégradation après le traitement initial 9.
  • C'est une maladie traitable. Les immunoglobulines intraveineuses améliorent le handicap avec un niveau de preuve élevé : risque relatif 2,40 contre placebo, 4 patients à traiter pour un bénéfice supplémentaire 12.
  • La rééducation ne remplace rien. L'unique essai d'exercice conduit dans la PIDC porte sur 18 patients, tous sous immunoglobulines : 12 semaines d'aérobie ont gagné 11,0 % de VO2 max, 12 semaines de résistance 13,8 % de force isocinétique 16.
  • Le gain se perd à l'arrêt. Un an plus tard, les six patients qui avaient cessé avaient reperdu 13,0 % de force ; les quatre qui avaient continué avaient tout gardé 17.
  • Sur la dose, personne ne sait. Aucune étude conduite dans la PIDC n'a comparé une charge forte à une charge faible. On dispose d'une absence de signal de nocivité aux doses testées, ce qui n'est pas une garantie d'innocuité au-dessus.
  • Le rôle le plus utile du kiné est peut-être de mesurer. Un MRC sum score et une échelle I-RODS datés, répétés, transforment une impression en argument pour le neurologue.

Qu'est-ce que la PIDC, et pourquoi son nom a-t-il changé en 2021 ?

Une maladie auto-immune du nerf périphérique, dont la nomenclature a été refondue par les recommandations européennes de 2021. Comprendre ce qui a changé évite de lire un compte rendu de neurologie avec le vocabulaire de la décennie précédente.

Une gaine attaquée, pas un muscle malade

La polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique est une neuropathie dysimmunitaire : le système immunitaire s'en prend à la myéline qui entoure les fibres du nerf périphérique et, dans certaines formes, aux protéines qui structurent le nœud de Ranvier. Le nerf conduit moins vite, parfois plus du tout sur un segment. Le muscle, lui, est sain : il ne reçoit simplement plus l'ordre correctement.

Cette distinction n'est pas académique pour un kinésithérapeute. Une faiblesse de dénervation n'est pas une faiblesse de déconditionnement, et elle ne répond pas au même raisonnement. Le déficit varie au rythme de l'inflammation et du traitement, pas au rythme de l'entraînement. Une séance qui semble faire régresser un patient peut simplement coïncider avec une poussée. Une séance qui semble le faire progresser peut coïncider avec une perfusion d'immunoglobulines. Nous y reviendrons longuement : c'est le nœud méthodologique de tout ce chapitre.

Le terme « polyradiculonévrite » dit quelque chose d'important : l'atteinte porte sur les racines autant que sur les troncs nerveux. C'est précisément ce qui explique le déficit proximal, atypique pour une neuropathie, et c'est là que se joue la reconnaissance du tableau.

Combien de personnes sont concernées ?

La PIDC est rare, et les chiffres publiés varient d'un facteur quatre selon la méthode. Une analyse de données de remboursement américaines portant sur 2016 à 2023 estime la prévalence à 23,3 pour 100 000 (IC 95 % 23,1 à 23,5) et l'incidence à 2,8 pour 100 000 par an (IC 95 % 2,7 à 2,9), soit environ 77 000 personnes vivant avec la maladie aux États-Unis 3. Les auteurs signalent eux-mêmes la limite de leur source : un code de facturation n'est pas un diagnostic validé, et le sur-diagnostic documenté par ailleurs se retrouve mécaniquement dans le chiffre.

Une étude de population conduite à Birmingham, au Royaume-Uni, sur des patients réellement suivis, donne des valeurs bien plus basses : prévalence de 6,18 pour 100 000 (IC 95 % 4,66 à 8,05) et incidence moyenne de 0,54 pour 100 000 par an (IC 95 % 0,404 à 0,713) 4. Cette même étude relève une prévalence plus faible chez les sujets d'origine indienne, pakistanaise ou bangladaise après 50 ans (2,64 contre 10,15 pour 100 000), sans différence entre 18 et 49 ans.

L'écart entre ces deux chiffres n'est pas un détail méthodologique : il dit qu'on ne sait pas précisément combien de personnes ont une PIDC, parce qu'on ne sait pas précisément à qui le diagnostic est correctement attribué. Pour la pratique, retenir l'ordre de grandeur : un cabinet de ville ne verra pas plusieurs PIDC par an. Il en verra peut-être une, et peut-être avant le neurologue.

Deux méthodes, deux ordres de grandeur

Estimations pour 100 000 personnes. Les barres claires sont des incidences annuelles, les foncées des prévalences.

Comparaison des estimations : données de remboursement américaines, prévalence 23,3 et incidence 2,8 pour 100 000 ; registre clinique de Birmingham, prévalence 6,18 et incidence 0,54 pour 100 000. Prévalence, USA 23,3 Prévalence, Birmingham 6,18 Incidence, USA 2,8 Incidence, Birmingham 0,54 0 pour 100 000 personnes 23,3

Sources : Gable 2026, base de remboursement fermée Inovalon, 8 697 patients prévalents 3 ; Rajabally 2025, recensement clinique au 10 juillet 2025 4. Les deux mesures ne se contredisent pas : elles comptent des choses différentes.

Quatre repères pour situer le patient

Quatre statistiques : âge médian de 60 ans chez l'homme et 56 chez la femme, 37 % des patients ont reçu au moins un diagnostic erroné, 63,6 % de formes variantes en centre tertiaire, 78,8 % nécessitent un traitement d'entretien. 60 / 56 âge médian, ans hommes / femmes cohorte prévalente US 37 % ont reçu au moins un diagnostic erroné le plus souvent Guillain-Barré 63,6 % de formes variantes et non typiques série de 33, centre tertiaire 78,8 % ont besoin d'un traitement d'entretien sur 5,1 ans de suivi moyen

Sources : âge, Gable 2026 3 ; diagnostic erroné, Arvin-Berod 2025 8 ; variantes et entretien, Nomura 2026, série monocentrique de 33 patients à Kumamoto 5. La proportion de variantes reflète le recrutement d'un centre de référence, pas la population générale : les auteurs le précisent.

Ce que 2021 a changé dans le vocabulaire

Les recommandations conjointes de l'Académie européenne de neurologie et de la Peripheral Nerve Society, publiées en 2021, ont révisé le consensus de 2010 et introduit deux changements de vocabulaire qui se lisent directement dans les comptes rendus 1.

Le premier : l'expression « PIDC atypique » a disparu au profit de « variantes de PIDC ». Le motif est explicite dans le texte : ces formes sont des entités bien caractérisées, pas des irrégularités. Elles sont cinq : multifocale, focale, distale, motrice, sensitive.

Le second : les niveaux de certitude diagnostique sont passés de trois à deux. Là où l'on distinguait PIDC certaine, probable et possible, on ne distingue plus que « PIDC » et « PIDC possible ». La justification est méthodologique et vaut d'être connue : la précision diagnostique des critères pour « probable » et « certaine » ne différait pas significativement, donc la distinction ne portait pas d'information.

Ces variantes ne sont pas rares. Dans une série japonaise consécutive de 33 patients diagnostiqués entre 2020 et 2025 selon les critères 2021, 36,4 % étaient des PIDC typiques et 63,6 % des variantes : distale dans 39,4 % des cas, multifocale dans 15,2 %, sensitive dans 6,0 %, motrice dans 3,0 % 5. Il s'agit d'un centre de référence, donc d'un recrutement biaisé vers les cas difficiles, et les auteurs le disent. Mais la leçon tient : un tableau qui ne ressemble pas au portrait de manuel n'écarte pas la PIDC.

Tableau 1. Formes cliniques de PIDC selon la nomenclature EAN/PNS 2021. Le déficit proximal ET distal symétrique définit la forme typique ; les variantes s'en écartent sur un axe précis. D'après Van den Bergh 2021 (PMID 34085743) et la revue de Khan 2026 (PMID 42057292).
FormeDistribution du déficit moteurCe qui la distingueFréquence relative
PIDC typiqueProximal ET distal, symétrique, aux quatre membresAtteinte sensitive sur au moins deux membres, réflexes abolis ou diminués partout, évolution sur au moins 8 semaines36,4 % de la série de Kumamoto
Variante distale (DADS)Distal, symétrique, prédominance aux membres inférieursDéficit sensitif distal au premier plan ; à distinguer d'une polyneuropathie longueur-dépendante39,4 %
Variante multifocale (syndrome de Lewis-Sumner, MADSAM)Asymétrique, souvent aux membres supérieurs, dans un territoire tronculaireAtteinte sensitive et motrice dans le même territoire ; c'est la forme au délai diagnostique le plus long15,2 %
Variante focaleLimité à un membre ou à un plexusRare ; fait discuter une compression ou une lésion tronculairenon observée dans cette série
Variante motriceMoteur pur, sans plainte sensitiveLes immunoglobulines sont proposées en première intention plutôt que les corticoïdes3,0 %
Variante sensitiveAucun déficit moteur au premier planAtaxie proprioceptive possible ; le déficit moteur peut apparaître secondairement6,0 %

À retenir

La PIDC est une atteinte auto-immune de la myéline du nerf périphérique et des racines, ce qui explique son déficit proximal. Depuis 2021, on ne dit plus « PIDC atypique » mais « variante de PIDC », et il n'existe plus que deux niveaux de certitude au lieu de trois. Les variantes représentent une part importante des cas en centre spécialisé : un tableau non conforme au portrait classique n'exclut pas le diagnostic.

Comment reconnaître le tableau clinique en cabinet ?

Le kinésithérapeute ne pose pas le diagnostic de PIDC. Mais il voit le patient chaque semaine, il le voit se lever, marcher, saisir. Ce chapitre décrit ce qui, dans ce qu'il observe, doit déclencher un courrier.

Le déficit proximal, la signature

La plupart des polyneuropathies que l'on rencontre en cabinet sont longueur-dépendantes : elles commencent par les fibres les plus longues, donc par les orteils, et remontent lentement. Le patient décrit des fourmillements en chaussette, puis en gant. La force, quand elle est touchée, l'est distalement : les releveurs du pied, les intrinsèques de la main.

La PIDC ne fonctionne pas ainsi. Parce qu'elle atteint les racines, elle touche le proximal en même temps que le distal. Le patient ne se relève plus d'une chaise basse sans les mains, peine à monter un escalier, n'attrape plus un objet en hauteur. Et il a aussi les orteils engourdis et les releveurs faibles. C'est cette coexistence qui doit alerter, parce qu'aucune polyneuropathie banale ne la produit.

Le déficit proximal n'est pas un signe parmi d'autres : c'est le signe dont l'absence a fait étiqueter à tort près de la moitié des faux positifs, et dont la présence était constante chez tous les vrais positifs manqués.

Ce n'est pas une intuition clinique, c'est un résultat chiffré. Dans l'étude rétrospective conduite au centre Erasmus de Rotterdam entre 2011 et 2017, parmi les patients adressés avec une étiquette de PIDC qui s'est révélée fausse, 48 % n'avaient aucun déficit proximal et 29 % n'avaient qu'un déficit distal. À l'inverse, parmi les patients adressés avec un autre diagnostic et chez qui la PIDC a finalement été retenue, 100 % avaient un déficit proximal 7.

La symétrie, l'aréflexie, le versant sensitif

Trois autres traits complètent le tableau de la forme typique.

La symétrie. Le déficit est globalement symétrique. Dans la même série de Rotterdam, 20 % des faiblesses des patients sur-diagnostiqués étaient asymétriques 7. Attention toutefois : une asymétrie n'exclut pas la PIDC, elle oriente vers la variante multifocale, qui est justement celle qu'on met le plus longtemps à reconnaître.

L'aréflexie. Les réflexes ostéotendineux sont diminués ou abolis, et pas seulement aux achilléens : aux quatre membres. Un réflexe rotulien vif chez un patient qu'on suspecte d'une PIDC est une incohérence qui mérite d'être signalée.

L'atteinte sensitive. Elle porte sur au moins deux membres dans la forme typique. Elle est souvent au second plan dans le récit du patient, qui parle d'abord de sa force, mais elle se cherche : sensibilité vibratoire à la malléole, sens de position du gros orteil, discrimination. Une ataxie proprioceptive peut dominer le tableau, et le patient dit alors qu'il « perd l'équilibre dans le noir » ou sous la douche.

Ce que le kiné voit et que la consultation ne voit pas

Un patient est vu en neurologie tous les trois à six mois. Il est vu en kinésithérapie deux à trois fois par semaine. Cette différence de fréquence est l'atout principal du kinésithérapeute dans cette pathologie, et elle est sous-exploitée.

Ce qui se voit en séance et pas en consultation : la vitesse d'un relever de chaise, le nombre de marches avant l'arrêt, le fait qu'un patient prenne désormais la rampe des deux mains, la chute d'un objet de la main droite qu'il attribue à la fatigue. Ce sont ces observations, si elles sont datées et chiffrées, qui permettent de dire au neurologue non pas « il me semble moins bien » mais « son MRC sum score est passé de 56 à 51 en six semaines, et il ne fait plus les cinq relevers de chaise qu'il faisait en mars ».

La fatigue mérite une mention à part. Elle est fréquente dans la PIDC et n'est pas seulement motrice. Une étude comparant 47 patients à 31 témoins retrouve une fatigue totale, motrice et cognitive significativement supérieure chez les patients, la composante motrice étant la plus marquée. Les seuls prédicteurs des deux composantes sont le handicap fonctionnel et la dépressivité, sans lien avec le biomarqueur de progression testé 26. Une revue récente élargit ce constat à un ensemble de symptômes non sensorimoteurs : dysautonomie, troubles du rythme circadien, humeur, cognition subtile 27. Un patient épuisé n'est donc pas forcément un patient qui se déconditionne.

Ce qui doit déclencher un courrier

Arbre d'orientation. Il ne remplace aucun examen : il dit quand écrire.

Arbre décisionnel : devant une faiblesse des membres, vérifier si le déficit est à la fois proximal et distal ; si oui et qu'il évolue depuis plus de 8 semaines avec une aréflexie, adresser en neurologie ; si le patient est déjà étiqueté Guillain-Barré et se dégrade encore, réadresser. Faiblesse des membres qui s'installe ou qui progresse d'une séance à l'autre Le déficit est-il PROXIMAL en plus du distal ? relever de chaise, escalier, bras au-dessus de l'épaule non Tableau distal isolé plutôt une neuropathie longueur-dépendante asymétrique Ne pas écarter variante multifocale, au délai le plus long oui Réflexes diminués ou abolis aux quatre membres, et signes sensitifs sur au moins deux membres ? Cela dure depuis plus de 8 semaines ? ou : Guillain-Barré traité qui se dégrade de nouveau ? Courrier au médecin traitant et au neurologue avec les mesures datées : MRC sum score, relevers de chaise, périmètre

Construit à partir des critères cliniques EAN/PNS 2021 1 et des pièges identifiés par Broers 2021 7. Aucun de ces embranchements ne constitue un diagnostic : ils déterminent une orientation.

Drapeaux rouges : ce qui impose un avis rapide

  • Un déficit moteur proximal qui s'aggrave de semaine en semaine, quelle que soit l'étiquette portée au dossier.
  • Une gêne respiratoire, une voix qui s'essouffle, une déglutition qui accroche : l'atteinte des muscles respiratoires et bulbaires est rare dans la PIDC mais possible, et elle constitue une urgence.
  • Un patient étiqueté Guillain-Barré qui recommence à se dégrader après une phase d'amélioration, particulièrement au-delà de la huitième semaine.
  • Une aggravation franche après une infection ou une chirurgie, sans explication mécanique retrouvée à l'imagerie.
  • Une amyotrophie qui s'installe vite : elle signe une perte axonale, qui ne se récupère pas comme une démyélinisation.
  • Une PIDC connue qui décroche entre deux perfusions : le rythme d'entretien est peut-être à revoir, et c'est le neurologue qui en décide.

À retenir

Ce qui distingue la PIDC des neuropathies banales tient en un mot : proximal. Un déficit qui touche à la fois la ceinture et l'extrémité, symétrique, avec une aréflexie diffuse et un versant sensitif, n'est pas une polyneuropathie ordinaire. Le kinésithérapeute voit ce patient dix fois plus souvent que le neurologue : sa valeur ajoutée est de dater et de chiffrer ce qu'il constate.

Pourquoi le seuil des 8 semaines sépare-t-il la PIDC du Guillain-Barré ?

Les deux maladies partagent le mécanisme, la démyélinisation dysimmunitaire, et une bonne partie du tableau. Ce qui les sépare est une courbe dans le temps. Et c'est exactement ce qu'un suivi hebdomadaire permet de tracer.

Le nadir, pas le début

Le syndrome de Guillain-Barré est une maladie aiguë et monophasique : l'aggravation est rapide, le maximum de gravité (le nadir) est atteint en moins de 4 semaines, puis la récupération s'amorce. La PIDC, dans sa forme typique, progresse ou évolue par poussées pendant au moins 8 semaines : c'est le critère temporel des recommandations européennes 16.

Ce n'est donc pas la vitesse du début qui tranche, c'est la date à laquelle le patient cesse d'empirer. Un tableau qui s'installe en dix jours peut être l'un ou l'autre. Un tableau qui continue de s'aggraver au troisième mois n'est pas un Guillain-Barré.

La zone grise : la PIDC à début aigu

Il existe une forme de PIDC qui débute comme un Guillain-Barré, avec un nadir atteint en moins de 8 semaines : la PIDC à début aigu. Une revue récente rapporte une proportion de l'ordre de 16 % des PIDC dans une des séries qu'elle cite 6, tandis qu'une enquête européenne rapporte, en citant la littérature antérieure, un début aigu en moins de 4 semaines chez jusqu'à 13 % des patients 8. Les deux chiffres proviennent de sources différentes et ne mesurent pas exactement la même chose ; ce qu'ils s'accordent à dire, c'est que ce n'est pas anecdotique.

Cette forme se démasque après le traitement initial. Le patient reçoit des immunoglobulines pour son Guillain-Barré supposé, s'améliore, puis se dégrade à nouveau. Deux lectures sont alors possibles : une fluctuation liée au traitement, où l'effet des immunoglobulines s'estompe avant que la maladie ne s'éteigne, ou une PIDC qui reprend son cours. Une revue de la littérature consacrée à cette distinction conclut qu'elle reste difficile, que les critères électrophysiologiques, échographiques et immunologiques proposés n'ont pas tranché, et que le concept même de Guillain-Barré récidivant est discuté 9.

L'enjeu n'est pas nosologique. Le Guillain-Barré se traite par une cure courte ; la PIDC exige une immunosuppression au long cours. Se tromper, c'est laisser un patient se dégrader faute d'entretien.

Un patient sorti d'un Guillain-Barré, adressé en rééducation, et qui se remet à décliner passé la huitième semaine, ne relève pas d'un ajustement de programme. Il relève d'un courrier.

Trois courbes, trois maladies

Gravité du déficit au cours du temps. Schéma pédagogique : les trajectoires individuelles varient.

Trois trajectoires : le Guillain-Barré atteint son maximum avant la quatrième semaine puis récupère ; la PIDC à début aigu atteint son maximum avant la huitième semaine, s'améliore sous traitement puis se dégrade à nouveau ; la PIDC typique progresse lentement au-delà de la huitième semaine. grave léger 4 semaines 8 semaines 6 mois Le discriminant n'est pas la vitesse du début : c'est la date à laquelle le patient cesse d'empirer. Guillain-Barré : nadir avant 4 semaines, puis récupération PIDC à début aigu : amélioration, puis rechute, la maladie se démasque PIDC typique : progression lente au-delà de 8 semaines

Schéma construit d'après les critères temporels EAN/PNS 2021 1 et la revue d'Inan 2024 sur la distinction entre Guillain-Barré récidivant et PIDC à début aigu 9. Les ordonnées sont qualitatives.

Tableau 2. Trois tableaux qu'un kinésithérapeute rencontre et qui se confondent. Les colonnes ne servent pas à trancher un diagnostic, elles servent à savoir quand la trajectoire observée ne colle pas à l'étiquette portée au dossier.
CritèrePIDC typiqueSyndrome de Guillain-BarréPolyneuropathie longueur-dépendante (diabétique par exemple)
ChronologieProgression ou poussées sur plus de 8 semainesNadir en moins de 4 semaines, puis améliorationInstallation sur des années
Déficit moteurProximal ET distalSouvent ascendant, proximal possibleDistal, tardif, souvent discret
SymétrieSymétrique (sauf variante multifocale)SymétriqueSymétrique
RéflexesDiminués ou abolis aux quatre membresAbolisAchilléens abolis en premier
Atteinte sensitivePrésente, au moins deux membresPrésenteAu premier plan, en chaussette puis en gant
Ce qui doit faire douter de l'étiquetteUne amélioration franche et durable sans traitementUne dégradation qui reprend après 8 semainesUn déficit proximal, une évolution en semaines, une asymétrie
Conduite du kinéMesurer, dater, transmettreMesurer, dater, transmettrePrévention du pied à risque, éducation

La dernière ligne de ce tableau mérite un mot. La polyneuropathie diabétique est le contexte dans lequel une PIDC passe le plus facilement inaperçue, parce que le patient a déjà une explication à ses fourmillements. Or le diabète est aussi la comorbidité la plus fréquente des patients porteurs d'une PIDC dans la cohorte américaine 3. Avoir un diabète n'immunise pas contre la PIDC : cela rend seulement plus tentant d'arrêter de chercher. Notre article sur la neuropathie périphérique, notamment diabétique détaille le tableau longueur-dépendant auquel il faut comparer.

À retenir

Le discriminant entre PIDC et Guillain-Barré est temporel : nadir avant 4 semaines et récupération d'un côté, progression ou poussées au-delà de 8 semaines de l'autre. Entre les deux, la PIDC à début aigu se reconnaît à sa rechute après une amélioration initiale. C'est une courbe, et un suivi hebdomadaire est le meilleur outil pour la tracer.

Que disent les critères EAN/PNS 2021, et qu'ont-ils changé ?

Ces critères sont ceux qui figurent dans le compte rendu du neurologue. Les lire correctement, c'est comprendre pourquoi un patient est classé « PIDC possible » et ce que cela implique pour la suite.

Comment les recommandations ont été construites

Le texte de 2021 est le fruit d'un groupe de travail conjoint : dix-sept experts, un représentant des patients et deux méthodologistes Cochrane, qui ont formulé douze questions au format PICO puis gradé les preuves selon la méthode GRADE 1. Le même texte a été publié simultanément dans deux revues, le Journal of the Peripheral Nervous System et l'European Journal of Neurology 2 : une référence à l'une ou à l'autre renvoie au même document.

Le diagnostic repose sur trois piliers

Un tableau clinique compatible (celui décrit plus haut), des anomalies électrophysiologiques de démyélinisation sur au moins deux nerfs moteurs, et des éléments de soutien lorsque les deux premiers ne suffisent pas : protéinorachie élevée, hypertrophie des racines ou des troncs en imagerie ou en échographie, anomalies sensitives à l'électroneuromyogramme, et surtout la réponse objective au traitement.

Ce dernier point est central et souvent mal compris. Une amélioration après immunoglobulines n'est pas une preuve si elle n'est pas objectivée : le rapport de 2025 sur les besoins non couverts dans la PIDC insiste sur le fait qu'il n'existe pas de définition consensuelle de ce qu'est une « réponse », un patient « réfractaire », une « rémission » ou une « rechute », et que cette absence de vocabulaire commun nuit aux décisions thérapeutiques 11. C'est un argument de plus pour que le kinésithérapeute apporte des chiffres : ils manquent au dossier.

Ce que valent ces critères, en chiffres

Une étude publiée en 2026 a comparé la précision diagnostique des critères EFNS/PNS 2010 et EAN/PNS 2021 sur 339 patients atteints de PIDC et 339 témoins appariés adressés pour suspicion de neuropathie dysimmunitaire chronique et ayant reçu un autre diagnostic 10.

Les résultats, en incluant la catégorie « possible » : sensibilité de 92 % pour les critères 2010 et de 94 % pour ceux de 2021, spécificités respectives de 67 % et 66 %. En restreignant à la catégorie pleine (probable ou certaine en 2010, « PIDC » en 2021) : sensibilité de 91 % contre 83 %, spécificité de 78 % contre 86 %.

Autrement dit, la révision de 2021 a échangé de la sensibilité contre de la spécificité. Elle étiquette moins de patients à tort, et en manque davantage. Compte tenu du sur-diagnostic massif documenté par ailleurs, ce choix se défend. Il a toutefois une conséquence pratique : un patient « PIDC possible » n'est pas un patient sans PIDC, et un patient qui ne remplit pas les critères mais qui répond objectivement au traitement reste un patient à traiter.

Un dernier résultat de cette étude concerne directement le parcours : un électroneuromyogramme unilatéral aurait manqué 77 diagnostics de PIDC possible 10. L'étendue de l'exploration compte autant que la grille de lecture.

Ce que la révision de 2021 a échangé

Catégorie pleine uniquement (probable ou certaine en 2010, « PIDC » en 2021). 339 patients, 339 témoins appariés.

Les critères EFNS PNS 2010 atteignent 91 % de sensibilité et 78 % de spécificité ; les critères EAN PNS 2021 atteignent 83 % de sensibilité et 86 % de spécificité. Sensibilité ne pas manquer un malade Spécificité ne pas étiqueter un bien-portant 2010 91 % 2021 83 % 2010 78 % 2021 86 % La révision gagne 8 points de spécificité et en perd 8 de sensibilité. Elle étiquette moins à tort, et manque davantage. Un « PIDC possible » n'est pas un patient sans PIDC.

Source : van Doorn 2026, étude cas-témoins appariée sur 678 patients 10. En incluant la catégorie « possible », les deux jeux de critères sont comparables (92 % contre 94 % de sensibilité).

Le piège à ne pas reproduire

Lire « PIDC possible » comme « probablement pas une PIDC » est une erreur de raisonnement. La catégorie « possible » existe parce que les critères électrophysiologiques ne capturent pas toutes les formes, particulièrement les variantes multifocales, où les anomalies démyélinisantes sont plus rares : dans la série de Kumamoto, ce sont les patients dont le délai diagnostique moyen atteignait 4,6 ans 5. Un patient classé « possible » qui répond objectivement au traitement est un patient traité.

À retenir

Les critères EAN/PNS 2021 associent un tableau clinique, une démyélinisation électrophysiologique sur au moins deux nerfs moteurs, et des éléments de soutien dont la réponse objective au traitement. Ils ont deux niveaux de certitude au lieu de trois, et sont plus spécifiques mais moins sensibles que ceux de 2010 (86 % contre 78 % de spécificité, 83 % contre 91 % de sensibilité). Un électroneuromyogramme trop limité les met en échec.

Pourquoi la PIDC est-elle si souvent mal diagnostiquée ?

Le sur-diagnostic et le sous-diagnostic coexistent, et ils n'ont pas les mêmes causes. Connaître les cinq pièges recensés permet de savoir, en séance, lequel est en train de se produire.

Un tiers des étiquettes est faux, dans les deux sens

L'étude de référence sur cette question a repris les dossiers des patients adressés au centre Erasmus de Rotterdam entre 2011 et 2017, soit avec un diagnostic de PIDC, soit avec un autre diagnostic révisé ensuite en PIDC, et les a reclassés selon les critères EFNS/PNS 2010 7.

Le diagnostic de PIDC a été infirmé chez 32 % des patients qui arrivaient avec cette étiquette, soit 31 sur 96. Dans l'autre sens, sur 81 patients qui avaient réellement une PIDC, 16, soit 20 %, étaient adressés avec un autre diagnostic.

Les deux erreurs ne coûtent pas la même chose. Le sur-diagnostic expose à une immunothérapie coûteuse et non dénuée de risque pour une maladie qu'on n'a pas, et il retarde le diagnostic réel. Le sous-diagnostic laisse une maladie traitable évoluer vers la perte axonale, qui ne se récupère pas.

Ce qui différencie les faux positifs des vrais positifs manqués

Proportions dans chacun des deux groupes. Le déficit proximal sépare les deux populations à lui seul.

Chez les patients sur-diagnostiqués, 48 % n'avaient pas de déficit proximal, 29 % avaient un déficit distal isolé, 20 % un déficit asymétrique, 65 % ne remplissaient pas les critères électrodiagnostiques et 74 % avaient une protéinorachie élevée. Chez les patients sous-diagnostiqués, 100 % avaient un déficit proximal, 100 % remplissaient les critères électrodiagnostiques et 25 % seulement avaient une protéinorachie élevée. SUR-DIAGNOSTIQUÉS (n = 31) SOUS-DIAGNOSTIQUÉS (n = 16) Déficit proximal présent 52 % 100 % Déficit distal isolé 29 % non rapporté Déficit asymétrique 20 % non rapporté Critères électrodiagnostiques remplis 35 % 100 % Protéinorachie élevée 74 % 25 % La protéinorachie va dans le SENS INVERSE de l'intuition : elle est plus souvent élevée chez les faux positifs.

Source : Broers 2021, série rétrospective du centre Erasmus de Rotterdam, 2011 à 2017 7. Les proportions « déficit proximal présent » et « critères remplis » chez les sur-diagnostiqués sont les compléments des chiffres publiés (48 % sans déficit proximal, 65 % ne remplissant pas les critères).

Les cinq pièges, nommés

Les auteurs de cette étude listent explicitement les mécanismes de l'erreur. Ils valent d'être connus parce que trois d'entre eux se repèrent sans aucun examen complémentaire.

  1. Ne pas accorder d'attention au déficit proximal, alors qu'il est la marque distinctive de la maladie.
  2. Ne pas reconnaître les phénotypes cliniquement atypiques : la moitié des patients sous-diagnostiqués avaient une variante.
  3. Surestimer la protéinorachie. Une protéine élevée dans le liquide céphalorachidien n'est pas spécifique : 74 % des patients sur-diagnostiqués en avaient une.
  4. Mésinterpréter les études de conduction nerveuse.
  5. Ne pas appliquer les critères électrodiagnostiques : 65 % des sur-diagnostiqués ne les remplissaient pas.

À quoi s'ajoute un sixième, implicite : 97 % des patients sur-diagnostiqués avaient bel et bien une neuropathie, d'un autre type. Le problème n'était donc pas de voir une neuropathie, mais de s'arrêter là.

Sept mois, dix-neuf examens

Une enquête menée entre septembre 2022 et avril 2023 auprès de 542 patients et de leurs neurologues au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne donne la mesure du parcours 8. Âge moyen 54,0 ans (écart-type 12,4), 62 % d'hommes. Nombre moyen de procédures diagnostiques par patient : 19,6 (écart-type 9,4). Délai médian entre les premiers symptômes et le diagnostic : 7,0 mois, avec un intervalle interquartile de 3,2 à 13,0 mois.

37 % des patients avaient reçu au moins un diagnostic erroné en chemin, et le plus fréquent de ces diagnostics erronés était le syndrome de Guillain-Barré, dans 37 % des cas. Trois facteurs allongeaient le délai : des symptômes légers au début, une forme variante, et le fait d'avoir été mal diagnostiqué.

Ce dernier point mérite d'être souligné pour un kinésithérapeute. Un patient adressé avec des symptômes discrets, une forme atypique et une première étiquette qui ne colle pas est précisément le patient qui va rester des mois en rééducation sans que personne ne remette le diagnostic en cause. C'est là que la place du kiné est la plus décisive, et c'est là qu'elle est la moins occupée.

Trois situations où il faut redemander un avis

  • Un patient en rééducation depuis plus de deux mois pour une « neuropathie » qui continue de s'aggraver. Une neuropathie longueur-dépendante ne progresse pas en semaines.
  • Un patient qui ne récupère pas comme un Guillain-Barré devrait récupérer. La trajectoire attendue est l'amélioration ; son absence est une information.
  • Un patient dont le déficit est asymétrique et tronculaire, étiqueté compression ou séquelle, sans lésion retrouvée. C'est la présentation de la variante multifocale, dont le délai diagnostique moyen atteignait 4,6 ans dans la série de Kumamoto 5.

Que font les traitements de fond, et que ne remplacent-ils pas ?

Ce chapitre n'est pas là pour que le kinésithérapeute prescrive quoi que ce soit. Il est là pour qu'il sache ce que fait le traitement, à quel rythme, et pourquoi une séance placée le lendemain d'une perfusion n'a pas la même signification qu'une séance placée la veille.

Les immunoglobulines intraveineuses, le socle

La revue Cochrane mise à jour en 2024 a retenu neuf essais randomisés totalisant 372 participants 12. Comparées au placebo, les immunoglobulines intraveineuses augmentent la probabilité d'une amélioration significative du handicap dans les six semaines suivant le début du traitement : risque relatif 2,40 (IC 95 % 1,72 à 3,36), soit 4 patients à traiter pour un bénéfice supplémentaire (IC 95 % 3 à 5). Le niveau de preuve est élevé.

Sur l'échelle de Rankin, l'amélioration est de 0,26 point (IC 95 % 0,05 à 0,48), preuve élevée également. Sur l'échelle INCAT à 24 semaines, elle atteint 0,80 point (IC 95 % 0,23 à 1,37), preuve modérée. Les auteurs concluent que de nouveaux essais contre placebo ne changeraient probablement pas ces conclusions.

Comparées à la prednisolone orale, les immunoglobulines ne font probablement guère de différence sur la probabilité d'amélioration à quatre semaines (risque relatif 0,91, IC 95 % 0,50 à 1,68). Comparées à la méthylprednisolone intraveineuse, elles augmentent probablement la probabilité d'amélioration à deux semaines, avec un intervalle de confiance large.

Les corticoïdes, très employés et très peu prouvés

C'est le paradoxe le plus frappant du dossier. La revue Cochrane consacrée aux corticoïdes n'a retrouvé qu'un seul essai randomisé non aveugle comparant la prednisone à l'absence de traitement, chez 35 patients éligibles, qui ne mesurait même pas le critère de jugement principal de la revue 13. Le score d'atteinte s'améliorait chez 12 des 19 patients sous prednisone contre 5 des 16 sans traitement, soit un risque relatif de 2,02 (IC 95 % 0,90 à 4,52), avec un niveau de preuve très faible.

Les auteurs écrivent que les corticoïdes sont couramment utilisés en pratique, sur la foi de données observationnelles de très faible qualité, et que ces mêmes données observationnelles documentent des effets indésirables graves au long cours. Un second essai comparant la dexaméthasone orale mensuelle à haute dose à la prednisolone quotidienne à dose standard chez 40 participants ne retrouve guère de différence d'efficacité.

Malgré cette base de preuves, les recommandations EAN/PNS 2021 placent les immunoglobulines ou les corticoïdes en traitement initial, avec une recommandation forte pour l'un ou l'autre 1. Ce n'est pas une incohérence : la méthode GRADE autorise une recommandation forte adossée à une preuve faible quand les bénéfices attendus l'emportent nettement, ce qui est le cas d'une maladie invalidante pour laquelle les alternatives sont limitées.

Les échanges plasmatiques, efficaces et brefs

La revue Cochrane consacrée aux échanges plasmatiques retient deux petits essais. Le premier, en cross-over sur 18 participants, montre à quatre semaines une amélioration de 2 points (IC 95 % 0,8 à 3,0) de plus qu'un échange fictif sur une échelle de handicap en 11 points. Mais 8 des 12 patients améliorés se sont rapidement dégradés ensuite 14. Les effets indésirables surviennent, d'après des données non randomisées, dans 3 à 17 % des procédures, parfois graves.

Les recommandations 2021 réservent logiquement les échanges plasmatiques aux situations où les immunoglobulines et les corticoïdes ont échoué, avec là aussi une recommandation forte 1.

Tableau 3. Les trois traitements de fond de la PIDC et ce que le kinésithérapeute doit en savoir. Les niveaux de preuve sont ceux rapportés par les revues Cochrane citées ; les recommandations sont celles du texte EAN/PNS 2021.
TraitementEffet démontréNiveau de preuveCe que cela change en séance
Immunoglobulines intraveineusesAmélioration du handicap contre placebo : RR 2,40 (1,72 à 3,36), 4 patients à traiterÉlevéEffet cyclique : le patient est souvent au mieux quelques jours après la perfusion et décroche avant la suivante. Programmer les évaluations toujours au même moment du cycle.
Immunoglobulines sous-cutanéesRecommandées en entretien par le texte 2021Voir recommandationsAdministration à domicile, effet plus régulier : moins de creux avant la dose suivante.
CorticoïdesUn seul essai contre absence de traitement : RR 2,02 (0,90 à 4,52)Très faibleMyopathie cortisonique possible au long cours : une faiblesse proximale nouvelle sous corticoïdes n'est pas forcément la PIDC qui progresse.
Échanges plasmatiques2 points (0,8 à 3,0) sur une échelle en 11 points à 4 semainesModéré à élevé, sur deux petits essaisAmélioration brève : 8 des 12 patients améliorés se sont dégradés rapidement. Ne pas attribuer à la rééducation un gain qui suit un échange.
Arrêt encadré du traitement8 des 12 patients candidats sont restés stables plus de 12 mois sans traitementSérie de 125 patients, non randomiséeUne décroissance décidée par le neurologue n'est pas un abandon : un tiers des patients stables peuvent s'en passer durablement.

Un point qui déjoue l'intuition : certains patients peuvent arrêter

Une part significative des patients entre en rémission, spontanée ou liée au traitement. Une équipe londonienne a proposé un arrêt encadré aux patients cliniquement stables sous immunoglobulines : sur 125 personnes, 45 remplissaient les critères de stabilité, 36 étaient éligibles à l'essai d'arrêt, 12 ont accepté, et 8 d'entre elles, soit 66,7 %, sont restées stables au moins 12 mois sans traitement. Tous les patients qui se sont dégradés ont retrouvé leur niveau antérieur à la reprise du traitement 15.

Pour un kinésithérapeute, cela signifie deux choses. D'une part, un patient à qui l'on propose d'arrêter n'est pas abandonné : c'est une démarche documentée, réversible. D'autre part, c'est précisément pendant ces périodes d'arrêt que la surveillance clinique rapprochée prend le plus de valeur, et le kiné est le professionnel qui voit le patient le plus souvent.

Ce que la rééducation ne fait pas

Aucune modalité de rééducation n'a jamais été comparée à un traitement immunomodulateur dans la PIDC, et l'unique essai d'exercice disponible portait sur des patients tous sous immunoglobulines sous-cutanées. La rééducation s'ajoute au traitement ; elle ne s'y substitue à aucun moment.

Il faut le dire clairement parce que l'inverse se dit parfois. La démyélinisation auto-immune ne se corrige pas par l'exercice. Ce que l'exercice adresse, ce sont les conséquences : le déconditionnement, la perte de force des muscles encore innervés, l'appréhension à la marche, la désadaptation cardiorespiratoire. C'est utile, mesurable, et ce n'est pas la même chose.

Quelle rééducation pour la PIDC, et à quel niveau de preuve ?

La réponse courte est : très peu de preuves, et il faut le dire. La réponse longue consiste à examiner ce dont on dispose exactement, ce qu'on peut en tirer, et où passe la frontière avec ce qui relève de l'extrapolation.

L'unique essai d'exercice conduit dans la PIDC

Une équipe danoise a inclus 18 patients atteints de PIDC, tous traités par immunoglobulines sous-cutanées, dans un protocole en trois périodes de 12 semaines 16 :

  • 12 semaines sans exercice (période de référence) ;
  • 12 semaines d'entraînement aérobie, trois fois par semaine sur ergocycle ;
  • 12 semaines d'entraînement en résistance, trois fois par semaine, travail unilatéral de flexion et d'extension du genou et du coude.

Résultats. Pendant la période sans exercice, la consommation maximale d'oxygène et la force n'ont pas bougé de façon significative (respectivement 4,9 % ± 10,3, p = 0,80 et 3,7 % ± 10,1, p = 0,17 en baisse). L'entraînement aérobie a augmenté la VO2 max de 11,0 % ± 14,7 (p = 0,02). L'entraînement en résistance a augmenté la force isocinétique combinée de 13,8 % ± 16,0 (p = 0,0004).

La période de référence sans exercice est ce qui rend cet essai interprétable. Elle démontre que la maladie n'était ni en train de s'améliorer ni en train de se dégrader spontanément chez ces patients pendant les douze semaines précédentes : le gain qui suit n'est donc pas l'évolution naturelle. C'est la meilleure protection méthodologique disponible en l'absence de groupe témoin, et c'est aussi sa limite : sans randomisation, l'effet d'ordre et l'effet d'attente ne sont pas contrôlés.

Ce qui se perd quand on arrête

Un an après la fin de l'essai, 10 des 17 patients éligibles ont accepté une réévaluation 17. Six avaient cessé de s'entraîner : leur force isocinétique combinée avait baissé de 13,0 % (étendue 25,8 à 2,9, p = 0,03) et leur VO2 max de 16,6 % (étendue 18,8 à 12,6, p = 0,06). Quatre avaient continué, trois en aérobie et un en résistance : chez eux, force et capacité aérobie étaient conservées.

L'effectif est minuscule et la comparaison n'est pas randomisée : ceux qui continuent ne sont pas comparables à ceux qui arrêtent. Mais le message est cohérent avec ce que l'on sait de l'entraînement en général, et il a une conséquence pratique directe : ce qui n'est pas entretenu se perd, et un programme de PIDC doit être pensé comme durable, pas comme une série de trente séances.

Le seul essai d'exercice mené dans la PIDC

Variations en pourcentage. 18 patients, tous sous immunoglobulines sous-cutanées. Trois périodes successives de 12 semaines, puis un suivi à un an chez 10 patients.

Pendant la période sans exercice, la VO2 max et la force restent stables. L'entraînement aérobie augmente la VO2 max de 11 %. L'entraînement en résistance augmente la force de 13,8 %. Un an après, les six patients ayant cessé ont reperdu 13 % de force, les quatre ayant continué ont conservé leur gain. +20 % 0 -20 % stable Sans exercice 12 semaines de référence +11,0 % Aérobie VO2 max, p = 0,02 +13,8 % Résistance force, p = 0,0004 -13,0 % conservé Un an après 6 ont arrêté, 4 ont continué Aucun bras témoin randomisé : la période sans exercice sert de référence à chaque patient.

Sources : Markvardsen 2018 pour les trois premières périodes 16, Markvardsen 2019 pour le suivi à un an 17. Les hauteurs sont proportionnelles aux pourcentages publiés.

Ce que dit la littérature élargie, et pourquoi elle ne suffit pas

Faute d'essais dans la PIDC, on est tenté de regarder autour. Trois sources élargissent le champ, chacune avec ses limites.

Le renforcement dans les polyneuropathies en général. Une revue de portée a recensé les études d'entraînement en force à une charge d'au moins 70 % de la répétition maximale chez des patients atteints de polyneuropathie : sur 362 articles criblés et 101 lus en entier, huit études ont été retenues, portant sur la maladie de Charcot-Marie-Tooth, la PIDC et la polyneuropathie diabétique. Cinq essais randomisés, deux séries de cas, un essai en cross-over. La qualité méthodologique était jugée de passable à médiocre pour sept d'entre elles. La conclusion est explicite : le renforcement peut améliorer la force, mais une recommandation ne peut pas être formulée 18.

La promotion de l'activité physique dans les maladies neuromusculaires. Une revue Cochrane a retenu 13 études et 795 participants randomisés, portant sur neuf maladies neuromusculaires héréditaires ou acquises. Aucune méta-analyse n'a pu être conduite. Dix des treize études présentaient un risque de biais élevé ou incertain sur le recueil du critère d'activité physique. La conclusion des auteurs est qu'ils restent incertains quant à l'efficacité de ces interventions. Un point mérite d'être retenu séparément : ils n'ont trouvé aucune preuve que l'activité encadrée augmente le risque d'événement indésirable grave, tout en précisant que le recueil de ces événements était incomplet 19.

L'équilibre. Une revue systématique de six études et 133 participants atteints de neuropathies périphériques non diabétiques rapporte des améliorations de l'équilibre statique et dynamique et une réduction du risque de chute avec des plateformes de stabilométrie associées à la réalité virtuelle et au retour d'information, avec une bonne adhésion. Les auteurs soulignent la variabilité des protocoles et le petit nombre d'études 21. Ces populations incluent des neuropathies variées et non spécifiquement la PIDC.

Ce qu'on ne peut pas emprunter au Guillain-Barré

Il existe une littérature de rééducation nettement plus fournie sur le syndrome de Guillain-Barré : une revue de portée de 2025 a retenu 16 articles et conclut que l'exercice peut améliorer la force, réduire la fatigue et favoriser l'indépendance fonctionnelle 20. Elle ne se transpose pas. Le Guillain-Barré est une maladie monophasique en récupération : le nerf se remyélinise et le programme accompagne une trajectoire qui monte. La PIDC est une maladie chronique fluctuante sous traitement : le programme accompagne une trajectoire qui peut redescendre à tout moment sans que la rééducation y soit pour quoi que ce soit. Utiliser les protocoles de l'une pour l'autre, c'est aussi s'exposer à attribuer à la séance un effet qui appartient à la maladie.

Modalités et niveaux de preuve

Le tableau ci-dessous résume ce que chaque modalité peut revendiquer dans la PIDC. Les niveaux GRADE indiqués sont notre appréciation à partir des sources citées, en appliquant les critères usuels de dégradation : petit effectif, absence de randomisation, caractère indirect de la population.

Tableau 4. Modalités de rééducation et niveau de preuve dans la PIDC. La colonne « population étudiée » est décisive : une donnée obtenue chez des patients qui n'ont pas de PIDC ne devient pas une preuve pour la PIDC parce qu'elle est plausible.
ModalitéEffet observéPopulation étudiéeNiveau de preuve dans la PIDC
Renforcement en résistance, 3 séances par semaine, 12 semainesForce isocinétique combinée genou et coude : +13,8 % ± 16,0 (p = 0,0004)18 patients PIDC sous immunoglobulinesTrès faible (essai unique, pas de bras témoin randomisé)
Réentraînement aérobie, ergocycle, 3 séances par semaine, 12 semainesVO2 max : +11,0 % ± 14,7 (p = 0,02)Les mêmes 18 patientsTrès faible (même essai)
Poursuite de l'entraînement au long coursGains conservés à un an chez 4 patients ; perte de 13,0 % de force chez les 6 qui ont arrêté10 patients PIDC réévaluésTrès faible (observationnel, comparaison non randomisée)
Renforcement à charge élevée (au moins 70 % de la RM)Peut améliorer la force ; comparaisons directes impossibles8 études, Charcot-Marie-Tooth, PIDC et polyneuropathie diabétiqueTrès faible ; les auteurs concluent qu'aucune recommandation n'est possible
Travail de l'équilibre sur plateforme avec retour d'informationAmélioration de l'équilibre statique et dynamique, réduction du risque de chute6 études, 133 patients, neuropathies non diabétiquesTrès faible et indirect (population non spécifique)
Promotion de l'activité physique encadréeEfficacité incertaine ; aucun signal de sur-risque d'événement grave13 études, 795 participants, maladies neuromusculairesFaible à très faible, indirect
Orthèse releveur, aides techniquesAucune étude identifiée spécifique à la PIDCAucuneAbsence de preuve ; décision clinique individuelle
Électrostimulation à visée de régénération nerveuseRésultats surtout précliniques ; des effets délétères d'une stimulation trop précoce après réparation nerveuse ont été rapportés60 publications, majoritairement animalesAbsence de preuve chez l'humain dans cette indication
PREUVE ÉLEVÉE
traitement médical

Immunoglobulines intraveineuses contre placebo sur l'amélioration du handicap. Risque relatif 2,40 (IC 95 % 1,72 à 3,36), 4 patients à traiter, 5 essais et 269 participants 12.

C'est le seul élément de la prise en charge de la PIDC qui atteigne ce niveau. Il ne concerne pas la rééducation.

PREUVE MODÉRÉE
traitement médical

Échanges plasmatiques sur l'amélioration à court terme du handicap et de la conduction motrice, sur deux petits essais à faible risque de biais, avec dégradation rapide ensuite 14.

PREUVE TRÈS FAIBLE
rééducation

Toute la rééducation de la PIDC se situe ici. Un essai non randomisé de 18 patients, un suivi observationnel de 10, une revue de portée de 8 études dont 7 de qualité passable à médiocre.

Cela ne signifie pas que la rééducation est inutile. Cela signifie que l'ampleur de son effet, sa dose optimale et ses limites de sécurité ne sont pas établies, et qu'un praticien qui affirme le contraire dépasse ses données.

ABSENCE DE PREUVE
et non preuve d'absence

Orthèses, aides techniques, éducation à l'économie d'effort, adaptation du domicile. Aucune étude dans la PIDC. Ces interventions restent justifiées par le raisonnement clinique et par le retentissement fonctionnel documenté de la maladie : leur absence d'évaluation n'est pas un argument contre elles.

Jusqu'où peut-on charger sans surmener ?

C'est la question que pose tout kinésithérapeute devant une neuropathie démyélinisante, et c'est celle sur laquelle la littérature est la plus pauvre. Ce chapitre expose ce qui est documenté, ce qui ne l'est pas, et une conduite qui tient compte des deux.

De quoi parle-t-on quand on dit « surmenage » ?

La notion de faiblesse par surmenage, ou overwork weakness, est ancienne dans la rééducation neuromusculaire. Elle décrit une perte de force durable qui suivrait un exercice trop intense dans un muscle partiellement dénervé ou dystrophique, par opposition à la fatigue transitoire de l'exercice normal. Le terme est encore employé dans la littérature de cas récente : une équipe japonaise décrit un patient atteint de syndrome myasthénique de Lambert-Eaton chez qui l'autonomie dans les activités quotidiennes a été obtenue par un travail d'endurance à faible intensité et nombreuses répétitions, avec surveillance de l'intensité subjective au fil du temps, sans apparition de faiblesse par surmenage 31.

Deux précisions honnêtes s'imposent sur cette référence. D'une part, il s'agit d'un cas unique : un cas ne démontre rien sur la fréquence d'un phénomène. D'autre part, le syndrome de Lambert-Eaton est une maladie de la jonction neuromusculaire, pas une neuropathie démyélinisante : la transposition n'est pas directe. Nous la citons parce qu'elle illustre une méthode de surveillance, pas parce qu'elle constitue une preuve dans la PIDC.

Ce que les données permettent de dire

Trois constats sont solidement établis.

Premier constat : aux doses testées, aucune aggravation n'a été rapportée. Dans l'essai danois, trois séances hebdomadaires de résistance pendant douze semaines chez des patients atteints de PIDC ont augmenté la force, et les auteurs ne rapportent pas de détérioration 16. C'est une observation, pas un critère de jugement de sécurité prédéfini.

Deuxième constat : aucun signal de sur-risque dans les maladies neuromusculaires en général. La revue Cochrane sur la promotion de l'activité physique conclut n'avoir trouvé aucune preuve que l'activité encadrée augmente le risque d'événement indésirable grave, en signalant que le recueil de ces événements était incomplet dans les études incluses 19. Une absence de signal dans un recueil incomplet n'est pas une preuve d'innocuité.

Troisième constat : un signal de nocivité existe, mais ailleurs. Une revue systématique de 60 publications sur l'exercice et la stimulation électrique dans la réparation nerveuse conclut qu'un programme actif précoce favorise globalement la régénération axonale, tout en rapportant que des effets délétères d'un exercice ou d'une stimulation trop précoces après réparation nerveuse ont été enregistrés. Les auteurs précisent que la recherche chez l'humain est trop limitée pour conclure 22. Ce corpus est majoritairement animal et porte sur des lésions nerveuses traumatiques, pas sur une démyélinisation auto-immune.

Ce que les données ne permettent pas de dire

Il faut être explicite, parce que c'est le point sur lequel il est le plus tentant de combler par la conviction.

  • Aucune étude conduite dans la PIDC n'a comparé une charge élevée à une charge modérée. Il n'existe donc pas de seuil au-delà duquel on saurait qu'il ne faut pas aller.
  • Aucune étude n'a mesuré la faiblesse par surmenage comme critère de jugement dans la PIDC. On ne connaît ni sa fréquence, ni sa réversibilité, ni ses facteurs de risque dans cette maladie.
  • L'essai disponible n'incluait que des patients traités et stables. Rien n'est connu sur l'exercice pendant une poussée, ni chez un patient non traité.

Nous ne disposons pas d'une preuve que charger fort est sûr. Nous disposons d'une absence de signal de nocivité à une dose précise, chez dix-huit patients traités et stables. Ce n'est pas la même phrase, et la différence est exactement ce qui sépare une pratique prudente d'une extrapolation.

Une conduite qui tient compte de l'incertitude

Ce qui suit ne relève pas de la preuve mais du raisonnement clinique appliqué à un contexte où la preuve manque. Nous l'indiquons comme tel.

  1. Partir de la dose documentée plutôt que d'en inventer une. Trois séances hebdomadaires, travail segmentaire de flexion et d'extension du genou et du coude, ergocycle pour l'aérobie : c'est le protocole qui a produit les seuls résultats publiés dans cette maladie 16. S'en écarter vers le haut est un choix personnel, pas une application des données.
  2. Rendre la surveillance mesurable au lieu de la laisser subjective. Un déficit qui s'aggrave se voit sur un MRC sum score répété, pas sur une impression de fin de séance. Le repère utile est le lendemain et le surlendemain, pas la minute qui suit.
  3. Distinguer la fatigue de la perte de force. La fatigue est constitutive de la maladie et touche une majorité de patients 26. Un patient fatigué après une séance n'est pas nécessairement un patient surmené ; un patient qui a perdu deux points de MRC sur un groupe musculaire, si.
  4. Ne pas attribuer à la séance ce qui appartient au cycle du traitement. Une dégradation qui survient toujours en fin d'intervalle entre deux perfusions raconte l'entretien, pas l'entraînement. Consigner la date de la dernière perfusion à chaque évaluation.
  5. Progresser lentement et une variable à la fois. Augmenter la charge ou le volume ou la fréquence, jamais les trois ensemble, pour qu'une dégradation puisse être attribuée.
  6. Se donner une règle d'arrêt écrite d'avance. Par exemple : suspension de la progression et réévaluation si le MRC sum score baisse de plus de deux points, ou si une capacité fonctionnelle repère se dégrade sur deux évaluations consécutives.

À retenir

Sur la dose, l'état des connaissances est le suivant : un protocole précis a produit un gain sans aggravation rapportée chez 18 patients traités et stables, il n'existe aucun signal de sur-risque dans les maladies neuromusculaires en général, et il n'existe aucune donnée au-dessus de cette dose. La conduite raisonnable est de partir du protocole documenté, de progresser d'une variable à la fois, et de rendre la surveillance chiffrée plutôt que ressentie.

Comment mesurer, pour voir la dégradation avant le neurologue ?

C'est probablement l'apport le plus concret du kinésithérapeute dans cette maladie. Encore faut-il utiliser les outils que la littérature de la PIDC utilise, et savoir lesquels ont été testés et écartés.

Les deux mesures à tenir

Le MRC sum score. C'est la sommation des cotations manuelles du testing musculaire sur un ensemble standardisé de groupes musculaires. Il figure comme critère de jugement dans les essais de la PIDC et dans la revue Cochrane sur les immunoglobulines 12, et il sert de repère de stabilité clinique dans les protocoles d'arrêt de traitement 15. Il ne demande aucun matériel.

L'échelle I-RODS. C'est un questionnaire de handicap construit selon le modèle de Rasch et rapporté par le patient, spécifique des neuropathies inflammatoires. Il est utilisé pour caractériser la stabilité clinique dans les cohortes de PIDC 15, et il fait partie des échelles de handicap dont une revue récente estime que la différence minimale cliniquement importante a démontré sa validité et sa pertinence clinique 25.

Cette même revue apporte une nuance importante et contre-intuitive : les différences minimales cliniquement importantes établies pour les scores de force, les tests de marche, les échelles sensitives et les mesures électrophysiologiques manquent de fiabilité et de pertinence clinique directe par rapport à la notion de bénéfice cliniquement significatif, alors que celles des échelles de handicap INCAT, ONLS et I-RODS ont fait leurs preuves 25. Autrement dit : mesurer la force reste utile pour suivre une tendance, mais l'échelle qui dit si le patient va mieux est celle du handicap.

Ce qui a été testé et écarté

La posturographie sur plateforme de force paraît séduisante pour objectiver un trouble de l'équilibre. Elle a été évaluée dans les neuropathies dysimmunitaires, chez 52 patients atteints de PIDC et 13 patients atteints de neuropathie associée à une IgM monoclonale. La longueur du trajet du centre de pression était 25 % plus grande chez les patients se plaignant d'un trouble de l'équilibre (p = 0,03), et la fiabilité entre mesures successives était excellente. Mais les corrélations avec les échelles de handicap et de qualité de vie étaient faibles, et les variations dans le temps n'étaient pas associées de façon cohérente aux variations des autres critères. La conclusion des auteurs est nette : malgré une excellente fiabilité, la validité et la réactivité sont médiocres, et son usage en pratique clinique ou en essai ne peut pas être recommandé 24.

C'est une leçon utile au-delà de la PIDC : un instrument fiable, qui redonne le même chiffre deux fois de suite, peut ne mesurer aucune chose qui compte.

La force de préhension

La dynamométrie de préhension est largement employée dans le suivi de la PIDC. Une revue de 2025 en détaille l'intérêt pour quantifier le déficit, suivre l'évolution et évaluer la réponse au traitement, tout en soulignant les besoins de standardisation des protocoles de mesure et l'intérêt de la coupler aux échelles cliniques 23. C'est une mesure rapide, reproductible et sensible, à condition d'utiliser toujours le même dynamomètre, la même position et le même nombre d'essais.

Tableau 5. Panier de mesures pour un suivi de PIDC en cabinet. La colonne de droite indique ce que la mesure permet de dire au neurologue, ce qui est sa finalité principale.
MesureCe qu'elle capteRythme proposéCe qu'elle permet d'écrire
MRC sum scoreForce segmentaire sommée, proximale et distaleToutes les 4 à 6 semaines, toujours au même moment du cycle de traitement« Passé de 56 à 51 entre le 3 mars et le 14 avril, perte portant sur les fléchisseurs de hanche et les releveurs »
I-RODSHandicap rapporté par le patient, spécifique des neuropathies inflammatoiresToutes les 4 à 8 semaines« Ne peut plus monter un étage ni porter ses courses, alors qu'il le pouvait en février »
Force de préhension au dynamomètreDéficit distal du membre supérieur, sensible et rapideÀ chaque évaluation« 28 kg à droite en mars, 21 kg en mai, même dynamomètre et même position »
Relever de chaise en 30 secondesFonction proximale des membres inférieurs, la plus pertinente iciÀ chaque évaluation« 9 relevers en mars, 5 en mai »
Date de la dernière perfusionPosition dans le cycle du traitementÀ chaque évaluationPermet de distinguer un décrochage de fin d'intervalle d'une aggravation de fond
Échelle de fatigueComposante motrice et cognitive, fréquente et sous-évaluéeToutes les 8 semainesDocumente un symptôme que la consultation aborde peu
Posturographie sur plateformeOscillation posturaleNon recommandéeValidité et réactivité médiocres malgré une excellente fiabilité

Que nous apprennent des cas cliniques publiés ?

Trois observations réelles, publiées et référencées. Aucune ne porte sur un programme de rééducation : ce type de publication n'existe pas dans la PIDC, et nous ne fabriquerons pas de cas pour combler ce vide. Elles éclairent en revanche précisément ce que le kinésithérapeute est en position de voir.

Un déficit postopératoire qui n'était pas une complication chirurgicale

Observation publiée 28

Un homme de 61 ans, suivi pour une sarcoïdose, consulte pour une lombalgie et bénéficie d'une laminoplastie en dôme de L2-L3, L3-L4 et L4-L5, sans complication opératoire connue. Quatre heures après l'intervention, il présente un déficit bilatéral des membres inférieurs, prédominant sur le tibial antérieur et l'extenseur propre de l'hallux (territoires L4 à S1), avec une anesthésie en selle. L'imagerie par résonance magnétique ne montre aucune compression aiguë.

L'électromyogramme, réalisé six mois après l'intervention, retrouve une abolition des ondes F sur les nerfs fibulaire et tibial ainsi qu'une diminution des amplitudes. Adressé pour un second avis neurologique, le patient reçoit le diagnostic de PIDC. Les immunoglobulines intraveineuses sont débutées et il rapporte une amélioration de ses symptômes.

Ce que ce cas enseigne au kiné. Un déficit apparu au décours d'une chirurgie rachidienne est spontanément attribué à la chirurgie, et le patient se retrouve en rééducation postopératoire. Ici, six mois se sont écoulés avant l'électromyogramme. Une imagerie normale devant un déficit moteur qui ne rentre pas dans le territoire opéré doit faire reposer la question. Source : Jones C, Hughes AP. Cureus. 2024;16(7):e64578. PMID 39144896

Une faiblesse attribuée à un lupus pendant des mois

Observation publiée 29

Une femme dans la cinquantaine présente une faiblesse généralisée progressive, une perte de poids, une amyotrophie et des paresthésies. Le diagnostic initial retenu est un lupus érythémateux systémique, mais elle continue de se dégrader malgré le traitement. Un large diagnostic différentiel est repris, incluant le lupus, un syndrome paranéoplasique, une PIDC, une sclérose latérale amyotrophique, une sclérose en plaques et un syndrome de Guillain-Barré. Après études sérologiques, imagerie, études de conduction nerveuse et électromyogramme, le diagnostic retenu est un syndrome de Lewis-Sumner, la variante multifocale de la PIDC.

Les auteurs soulignent que le lupus et le syndrome de Lewis-Sumner se recouvrent cliniquement mais diffèrent sur des points repérables : le second est typiquement asymétrique, démyélinisant et limité aux nerfs périphériques, alors que le premier est systémique, plus souvent axonal et comporte des signes de vascularite. Ils concluent qu'un diagnostic erroné retarde le traitement efficace et aggrave le pronostic.

Ce que ce cas enseigne au kiné. C'est le scénario de la variante multifocale : un patient asymétrique, avec une maladie systémique connue qui « explique » tout, et une dégradation qui se poursuit sous un traitement pourtant conduit. La dégradation sous traitement bien mené est en soi une information à transmettre. Source : Khan S, Wennberg B, Hooda F, Witkowska M. AME Case Rep. 2025;9:111. PMID 41210444

Une atteinte d'un seul membre, sur des années

Observation publiée 30

Une femme de 27 ans est hospitalisée pour des engourdissements et une faiblesse récidivants du membre inférieur gauche. Ses antécédents comportent des épisodes de paralysie faciale périphérique gauche et d'engourdissement avec faiblesse du membre inférieur, qui s'étaient améliorés après une corticothérapie orale de courte durée. L'examen neurologique retrouve, outre l'atteinte sensitivomotrice du membre inférieur gauche, une atrophie de la langue avec déviation vers la gauche. L'analyse du liquide céphalorachidien et l'imagerie par résonance magnétique sont normales. L'électromyogramme montre une démyélinisation motrice et sensitive du membre inférieur gauche, et la biopsie du nerf sural une démyélinisation avec dégénérescence axonale.

L'atteinte s'étend progressivement aux deux membres inférieurs, ce qui conduit au diagnostic de MADSAM. Après échec des corticoïdes et du tacrolimus, le rituximab améliore les symptômes et réduit les récidives.

Ce que ce cas enseigne au kiné. Une atteinte unilatérale récidivante d'un membre, chez une personne jeune, avec des épisodes antérieurs « résolus », ressemble à tout sauf à une PIDC dans l'esprit du praticien. La répétition et l'extension progressive sont les deux éléments qui font basculer. Un journal des épisodes, tenu par le kiné, vaut mieux qu'une mémoire. Source : Gui M, Lin J, Li Y, Chen B, Bu B, Li Z. Am J Case Rep. 2026;27:e950084. PMID 41656713

Pourquoi il n'y a pas ici de cas de rééducation

Nous avons cherché des observations publiées décrivant un programme de rééducation conduit chez un patient atteint de PIDC. Les recherches sur PubMed et Europe PMC ne remontent essentiellement que des cas de rééducation du syndrome de Guillain-Barré. Nous préférons signaler ce vide que de présenter un cas de Guillain-Barré en laissant croire qu'il éclaire la PIDC, ou de composer un cas plausible. C'est aussi une information utile pour le lecteur : sur ce point précis, il n'existe pas de référence à citer.

Comment appliquer concrètement en cabinet ?

Une conduite en cinq temps, du premier bilan à la lettre au neurologue. Elle assume la distinction entre ce qui est fondé sur des données et ce qui relève du raisonnement clinique en terrain non documenté.

Temps 1 : établir une ligne de base chiffrée

Avant toute chose, poser les repères qui permettront de dire, dans six semaines, si quelque chose a changé. MRC sum score, force de préhension au dynamomètre, relever de chaise en 30 secondes, I-RODS, date de la dernière perfusion. Cinq mesures, une vingtaine de minutes, et un tableau daté. Sans cette ligne de base, tout ce qui suit relève de l'impression.

Temps 2 : caler le rythme sur le cycle de traitement

Les immunoglobulines intraveineuses agissent par cures espacées, avec une efficacité qui décroît avant la perfusion suivante. Un patient évalué trois jours après sa perfusion et réévalué la veille de la suivante paraîtra s'être dégradé alors que rien n'aura changé sur le fond. Toujours évaluer au même moment du cycle, et le noter. Les immunoglobulines sous-cutanées, administrées à domicile et plus fréquemment, lissent ce phénomène.

Temps 3 : construire le programme sur la dose documentée

Le seul protocole ayant produit un résultat publié dans la PIDC repose sur trois séances hebdomadaires, avec un travail en résistance segmentaire des fléchisseurs et extenseurs du genou et du coude, et un réentraînement aérobie sur ergocycle 16. Deux compléments relèvent du raisonnement clinique et non de la preuve : le travail de l'équilibre, cohérent avec le déficit proprioceptif et documenté dans les neuropathies non diabétiques 21, et l'appareillage du pied tombant, qui n'a jamais été évalué dans la PIDC mais dont l'indication se pose sur les mêmes bases que dans les autres neuropathies.

Temps 4 : surveiller avec une règle écrite d'avance

Décider avant de commencer ce qui déclenchera une suspension de la progression et une réévaluation. Une règle simple, écrite dans le dossier et expliquée au patient, vaut mieux qu'un jugement porté après coup : baisse de plus de deux points du MRC sum score, ou dégradation d'une capacité fonctionnelle repère sur deux évaluations consécutives, ou apparition d'un des drapeaux rouges listés plus haut.

Temps 5 : écrire au neurologue avec des chiffres

C'est le geste dont la valeur est la plus grande et le coût le plus faible. Un courrier utile ne dit pas « le patient me semble moins bien ». Il dit :

Modèle de transmission

« Patient vu deux fois par semaine depuis le 3 mars. MRC sum score de 56 le 3 mars, 54 le 12 avril, 51 le 20 mai, la perte portant sur les fléchisseurs de hanche et les releveurs du pied bilatéralement. Force de préhension droite passée de 28 à 21 kg au même dynamomètre. Relever de chaise en 30 secondes passé de 9 à 5. Les trois évaluations ont été réalisées entre le troisième et le cinquième jour suivant la perfusion. Le patient signale une fatigue croissante en fin d'intervalle. »

Ce paragraphe est ce que la consultation ne peut pas produire, parce qu'elle ne voit le patient qu'une fois. Il fournit exactement le type d'élément dont le rapport sur les besoins non couverts dans la PIDC signale l'absence : des données objectives pour décider si le traitement répond, s'il faut ajuster le rythme, ou si l'on est devant une rechute 11.

À retenir

Cinq temps : une ligne de base chiffrée, un rythme d'évaluation calé sur le cycle du traitement, un programme construit sur la dose documentée, une règle d'arrêt écrite d'avance, et un courrier au neurologue qui contient des nombres et des dates. C'est le dernier point qui distingue une rééducation utile d'une rééducation d'entretien.

Questions fréquentes

Comment distinguer une PIDC d'un syndrome de Guillain-Barré ?

Par la chronologie. Le Guillain-Barré atteint son maximum de gravité en moins de 4 semaines puis s'améliore. La PIDC typique progresse ou évolue par poussées pendant au moins 8 semaines. Entre les deux, une PIDC peut débuter de façon aiguë et atteindre son nadir en moins de 8 semaines : c'est la PIDC à début aigu, qui se démasque en reprenant sa dégradation après le traitement initial. Un patient étiqueté Guillain-Barré qui se dégrade encore au troisième mois doit être réadressé au neurologue.

Quel signe clinique doit faire penser à une PIDC plutôt qu'à une polyneuropathie diabétique ?

Le déficit moteur proximal. Une polyneuropathie longueur-dépendante commence par les orteils et remonte : elle est distale et surtout sensitive. La PIDC touche le proximal et le distal en même temps, de façon symétrique, avec une aréflexie diffuse. Dans la série de Broers 2021, 100 % des patients dont la PIDC avait été manquée présentaient un déficit proximal, alors que 48 % de ceux étiquetés PIDC à tort n'en avaient aucun.

La rééducation peut-elle remplacer les immunoglobulines ?

Non. Les immunoglobulines intraveineuses agissent sur le mécanisme immunitaire de la maladie, avec une preuve de niveau élevé : la revue Cochrane 2024 rapporte un risque relatif d'amélioration de 2,40 par rapport au placebo, soit 4 patients à traiter pour un bénéfice supplémentaire. La rééducation n'a jamais été comparée à un traitement immunomodulateur, et l'unique essai d'exercice conduit dans la PIDC portait sur 18 patients tous sous immunoglobulines sous-cutanées. Elle s'ajoute au traitement, elle ne s'y substitue pas.

Un renforcement musculaire intensif peut-il aggraver une PIDC ?

Aucune étude conduite dans la PIDC n'a comparé une charge forte à une charge faible : la réponse honnête est que personne ne le sait. Ce qui est documenté : dans le seul essai disponible, un renforcement à 3 séances hebdomadaires pendant 12 semaines a amélioré la force sans aggravation rapportée, et la revue Cochrane sur l'activité physique dans les maladies neuromusculaires n'a trouvé aucun signal de sur-risque d'événement indésirable grave, tout en soulignant que le recueil de ces événements était incomplet. Au-dessus de ces doses, il n'y a pas de donnée.

Quelle échelle utiliser pour suivre un patient PIDC en cabinet ?

Le MRC sum score pour la force segmentaire et l'échelle I-RODS pour le retentissement fonctionnel rapporté par le patient. Ce sont les deux mesures que la littérature de la PIDC utilise, et l'I-RODS fait partie des échelles de handicap dont la différence minimale cliniquement importante a été établie. La posturographie sur plateforme de force, en revanche, a été testée dans les neuropathies dysimmunitaires et n'est pas recommandée : sa fiabilité est excellente mais sa validité et sa réactivité au changement sont médiocres.

En combien de temps une PIDC est-elle diagnostiquée ?

7 mois en médiane entre les premiers symptômes et le diagnostic, d'après une enquête menée auprès de 542 patients et de leurs neurologues en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Un quart des patients dépasse 13 mois. 37 % ont reçu au moins un diagnostic erroné au passage, le plus souvent celui de Guillain-Barré. Les formes variantes et les tableaux d'emblée peu bruyants sont ceux qui attendent le plus longtemps.

Un patient PIDC peut-il arrêter son traitement un jour ?

Oui, une partie d'entre eux. Une équipe londonienne a proposé un arrêt encadré aux patients cliniquement stables sous immunoglobulines : sur 12 patients ayant accepté, 8 sont restés stables au moins 12 mois sans traitement, et tous ceux qui se sont dégradés ont retrouvé leur niveau antérieur à la reprise. Cette décision appartient au neurologue. Le rôle du kinésithérapeute pendant cette période est de renforcer la surveillance chiffrée, puisqu'il est le professionnel qui voit le patient le plus souvent.

La fatigue de mon patient est-elle due au déconditionnement ?

Pas nécessairement. La fatigue est un symptôme constitutif de la PIDC. Une étude comparant 47 patients à 31 témoins sains retrouve une fatigue totale, motrice et cognitive significativement plus élevée chez les patients, la composante motrice étant la plus marquée. Ses seuls prédicteurs identifiés sont le handicap fonctionnel et la dépressivité. Une revue élargit ce constat à d'autres symptômes non sensorimoteurs : dysautonomie, troubles du sommeil, humeur, cognition. Traiter cette fatigue comme un simple déconditionnement, c'est risquer de charger un patient dont la plainte n'est pas d'origine musculaire.

Pour aller plus loin sur le site

Bibliographie
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