Tout le monde sait que la responsabilité civile professionnelle est obligatoire. Presque personne ne sait quel plancher de garantie la loi impose, ce que coûte le défaut d'assurance, ni pendant combien d'années un contrat résilié continue de vous couvrir. Ces trois réponses sont écrites dans trois textes, et les voici.
- article L. 1142-2 du code de la santé publique, version en vigueur depuis le 30 décembre 2011 ;
- article R. 1142-4 du même code, dans sa rédaction issue du décret n° 2011-2030 du 29 décembre 2011, applicable aux contrats conclus, renouvelés ou modifiés à compter du 1er janvier 2012 ;
- article L. 1142-25 du même code, dispositions pénales ;
- article L. 251-2 du code des assurances, sur le déclenchement et la durée de la garantie.
Qui doit être assuré, et pour quoi exactement ?
L'article L. 1142-2 du code de la santé publique, dans sa version en vigueur depuis le 30 décembre 2011, impose l'assurance aux professionnels de santé exerçant à titre libéral, aux établissements et services de santé, aux personnes morales exerçant des activités de prévention, de diagnostic ou de soins, ainsi qu'aux producteurs et fournisseurs de produits de santé.
Le périmètre couvert est précis, et il est plus étroit qu'on ne le croit souvent. L'assurance doit garantir « la responsabilité civile ou administrative susceptible d'être engagée en raison de dommages subis par des tiers et résultant d'atteintes à la personne, survenant dans le cadre de l'ensemble de cette activité ».
Le texte parle d'atteintes à la personne. Le dégât des eaux chez le voisin du dessous, le vol de votre matériel, l'interruption de votre activité après un sinistre : rien de tout cela ne relève de cette obligation. Ces garanties existent, elles sont souvent vendues dans le même contrat, mais elles sont facultatives et c'est à vous de vérifier qu'elles y sont.
Quel plafond de garantie la loi impose-t-elle ?
L'article L. 1142-2 autorise les contrats à prévoir des plafonds de garantie, et renvoie à un décret en Conseil d'État le soin de fixer le montant minimal de ce plafond pour les professionnels libéraux. Ce décret est le décret n° 2011-2030 du 29 décembre 2011, et il a écrit l'article R. 1142-4 dans sa rédaction actuelle.
| Ce que la loi impose | Montant plancher | Texte |
|---|---|---|
| Plafond par sinistre | 8 000 000 € | Article R. 1142-4 du code de la santé publique |
| Plafond par année d'assurance | 15 000 000 € | Article R. 1142-4 du code de la santé publique |
Ces deux montants sont un plancher, pas un standard. Un contrat qui affiche exactement 8 et 15 millions d'euros n'est pas généreux : il est au minimum légal. Les montants ont d'ailleurs été relevés une fois, en 2012, depuis 3 millions par sinistre et 10 millions par année.
Que risque un kiné non assuré ?
La réponse est dans les dispositions pénales du même code. L'article L. 1142-25 punit le manquement à l'obligation d'assurance de 45 000 euros d'amende.
La peine complémentaire est plus lourde encore que l'amende, et elle est moins connue : les personnes condamnées encourent l'interdiction d'exercer l'activité professionnelle dans l'exercice de laquelle l'infraction a été commise, dans les conditions de l'article 131-27 du code pénal. Le texte précise que cette interdiction est portée à la connaissance du directeur général de l'agence régionale de santé, qui en informe les organismes d'assurance maladie.
Un kiné non assuré condamné à indemniser un patient paie sur son patrimoine personnel, sans plafond et sans limite de durée. L'amende de 45 000 euros sanctionne l'absence de contrat ; elle ne remplace pas l'indemnisation, elle s'y ajoute.
Que devez-vous dire au patient ?
C'est l'obligation la plus oubliée des quatre, et elle ne date pas d'hier : l'article L. 1111-3-6 du code de la santé publique, créé par l'article 217 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016, est en vigueur depuis le 28 janvier 2016.
Il prévoit deux informations distinctes, dues au patient lors de sa prise en charge. D'abord, que le professionnel « remplit les conditions légales d'exercice définies au présent code ». Ensuite, et c'est le point qui nous occupe, que ce professionnel respecte « l'obligation d'assurance destinée à les garantir pour leur responsabilité civile ou administrative ».
Le texte ne prescrit pas de forme. L'affichage en salle d'attente, avec le nom de l'assureur et le numéro de contrat, est la manière la plus simple de s'en acquitter une fois pour toutes plutôt qu'à chaque première séance.
Comment la garantie se déclenche-t-elle, et jusqu'à quand vous couvre-t-elle ?
C'est la partie technique, et c'est celle qui décide de tout le jour où un ancien patient se manifeste. L'article L. 251-2 du code des assurances pose que la garantie est déclenchée par la première réclamation formulée pendant la période de validité du contrat, quelle que soit la date des autres éléments du sinistre, à condition que le fait dommageable soit survenu dans le cadre des activités garanties.
Le même article organise ensuite ce qu'on appelle la garantie subséquente, c'est-à-dire la période pendant laquelle un contrat qui n'existe plus continue de produire ses effets.
Deux durées, donc, et elles ne se valent pas. En cours de carrière, un contrat résilié garantit les réclamations formulées dans les cinq ans qui suivent son expiration, pour des faits survenus pendant sa période de validité. À la cessation définitive d'activité d'un professionnel de santé libéral, ou à son décès, le dernier contrat couvre les réclamations formulées dans les dix ans qui suivent, et cette fois même pour des faits antérieurs à la période de validité du contrat, dès lors qu'ils relevaient des activités garanties.
L'extension à dix ans ne couvre pas les réclamations dont la première demande intervient après une éventuelle reprise d'activité. Un kiné qui reprend quelques vacations après sa retraite ne prolonge pas seulement son exercice : il fait tomber la garantie longue attachée à son dernier contrat. C'est le point à vérifier avant de dire oui à un remplacement de dépannage.
Remplaçant, assistant, salarié : qui est couvert par quoi ?
L'article L. 1142-2 vise les professionnels de santé exerçant à titre libéral, sans distinguer selon la durée ni la forme de cet exercice.
| Votre situation | Qui doit être assuré | Pourquoi |
|---|---|---|
| Titulaire d'un cabinet | Vous | Vous exercez à titre libéral : l'obligation de l'article L. 1142-2 vous vise directement. |
| Remplaçant, même pour une semaine | Vous, en votre nom propre | Vous exercez à titre libéral et sous votre propre responsabilité. Le contrat du remplacé garantit le remplacé, pas vous. |
| Assistant ou collaborateur libéral | Vous, en votre nom propre | Même raison : la collaboration libérale est un exercice libéral, pas un salariat. |
| Salarié d'une structure | Votre employeur, pour son activité | L'obligation pèse sur l'établissement, le service ou la personne morale qui vous emploie. Beaucoup de kinés salariés souscrivent malgré tout un contrat personnel, pour les actes hors de ce cadre. |
Ce qu'il faut vérifier sur votre contrat
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Le montant des plafonds, chiffre en main
Ils doivent au minimum atteindre 8 millions d'euros par sinistre et 15 millions par année d'assurance. S'ils sont exactement à ces montants, votre contrat est au plancher légal, ce qui est une information et non un compliment.
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La durée de la garantie subséquente
Cinq ans est le minimum légal en cours de carrière. Un contrat qui annonce mieux le dit ; un contrat qui n'en parle pas applique la loi, pas davantage.
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Le périmètre des activités garanties
La garantie ne joue que pour les faits survenus « dans le cadre des activités garanties ». Une pratique ajoutée en cours de route, un exercice à domicile, une intervention en établissement, une activité sportive encadrée : si elle n'est pas déclarée, elle n'est pas garantie.
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Ce qui relève d'une autre garantie
L'obligation légale ne porte que sur les atteintes à la personne. Locaux, matériel, perte d'exploitation, protection juridique : à regarder ligne par ligne, ce sont des garanties distinctes.
Questions fréquentes
L'assurance de responsabilité civile professionnelle est-elle obligatoire pour un kiné libéral ?
Oui. L'article L. 1142-2 du code de la santé publique impose aux professionnels de santé exerçant à titre libéral de souscrire une assurance destinée à garantir leur responsabilité civile ou administrative pour les dommages subis par des tiers et résultant d'atteintes à la personne, survenant dans le cadre de l'ensemble de cette activité.
Quel est le plafond de garantie minimal imposé par la loi ?
L'article R. 1142-4 du code de la santé publique fixe un plancher : les plafonds ne peuvent être inférieurs à 8 millions d'euros par sinistre et à 15 millions d'euros par année d'assurance. Ces montants résultent du décret n° 2011-2030 du 29 décembre 2011 et s'appliquent aux contrats conclus, renouvelés ou modifiés à compter du 1er janvier 2012.
Que risque un kinésithérapeute qui exerce sans RC professionnelle ?
L'article L. 1142-25 du code de la santé publique punit le manquement à l'obligation d'assurance de 45 000 euros d'amende. Il prévoit aussi une peine complémentaire d'interdiction d'exercer l'activité professionnelle, dans les conditions de l'article 131-27 du code pénal. Cette interdiction est portée à la connaissance du directeur général de l'agence régionale de santé, qui en informe les organismes d'assurance maladie.
Faut-il informer le patient de son assurance ?
Oui. L'article L. 1111-3-6 du code de la santé publique, créé par l'article 217 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016, prévoit que lors de sa prise en charge le patient est informé par le professionnel de santé qu'il remplit les conditions légales d'exercice, et du respect de son obligation d'assurance de responsabilité civile ou administrative.
Combien de temps la garantie continue-t-elle après la résiliation du contrat ?
Cinq ans. L'article L. 251-2 du code des assurances prévoit que le contrat garantit les réclamations formulées dans les cinq ans qui suivent son expiration ou sa résiliation, dès lors que le fait dommageable est survenu pendant la période de validité du contrat.
Que se passe-t-il au moment de la retraite ?
La garantie subséquente passe à dix ans. Le dernier contrat conclu avant la cessation définitive d'activité d'un professionnel de santé libéral, ou avant son décès, couvre les réclamations formulées dans les dix ans qui suivent son expiration, y compris pour des faits survenus avant la période de validité du contrat, dès lors qu'ils relevaient des activités garanties. Cette extension tombe si l'assuré reprend une activité professionnelle.
Un kiné remplaçant doit-il sa propre assurance ?
Oui. L'obligation de l'article L. 1142-2 du code de la santé publique vise les professionnels de santé exerçant à titre libéral, sans distinguer selon la durée ni la forme de l'exercice. Un remplaçant exerce en son nom propre, sous sa propre responsabilité, et le contrat du remplacé ne le couvre pas.
Les textes, un par un
Chaque règle citée dans cet article vient d'un de ces textes, et chacun a été ouvert le 30 août 2026 pour vérifier qu'il était toujours en vigueur dans la rédaction citée.
- Article L. 1142-2 du code de la santé publique, version en vigueur depuis le 30 décembre 2011 : obligation d'assurance, périmètre des dommages couverts, renvoi au décret pour le plafond minimal. Consulter sur Légifrance.
- Article R. 1142-4 du code de la santé publique : « Les plafonds mentionnés à l'article L. 1142-2 ne peuvent être inférieurs à 8 millions d'euros par sinistre et à 15 millions d'euros par année d'assurance. » Consulter sur Légifrance.
- Décret n° 2011-2030 du 29 décembre 2011 relatif aux plafonds de garantie mentionnés à l'article L. 1142-2 du code de la santé publique : texte qui a porté les plafonds de 3 à 8 millions par sinistre et de 10 à 15 millions par année. Consulter sur Légifrance.
- Article L. 1142-25 du code de la santé publique : amende de 45 000 euros, peine complémentaire d'interdiction d'exercer, information du directeur général de l'agence régionale de santé. Consulter sur Légifrance.
- Article L. 1111-3-6 du code de la santé publique, créé par l'article 217 de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 : information du patient sur les conditions légales d'exercice et sur le respect de l'obligation d'assurance. Consulter sur Légifrance.
- Articles L. 251-1 et L. 251-2 du code des assurances, titre consacré à l'assurance de responsabilité civile médicale : déclenchement par la réclamation, garantie subséquente de cinq ans, extension à dix ans en cas de cessation définitive d'activité, et perte de cette extension en cas de reprise. Consulter sur Légifrance.
Ce que cet article ne dit pas, volontairement : aucun prix de contrat, aucun comparatif d'assureur, aucune recommandation nominative. Les tarifs varient selon l'assureur, l'ancienneté et les activités déclarées, et aucun chiffre général ne serait vérifiable. Ce qui est vérifiable, c'est le plancher que la loi impose, et il est écrit ci-dessus.
Les autres obligations de l'exercice libéral, à jour : la certification périodique, le DPC 2026, le tableau NGAP des cotations et ce qui a disparu du côté des AGA.

