Depuis avril 2026, vos cotisations et votre CSG-CRDS ne sont plus calculées sur deux bases différentes mais sur une seule : le revenu brut, abattu de 26 %. C'est la plus grosse modification du calcul depuis longtemps, elle ne se voit qu'à la régularisation, et elle change la répartition entre ce qui vous ouvre des droits et ce qui n'en ouvre pas.
- article 18 de la loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 de financement de la Sécurité sociale pour 2024 ;
- décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024, qui révise le barème des cotisations en lien avec cette réforme.
Ce qui change : une seule assiette au lieu de deux
Jusqu'ici, deux bases de calcul coexistaient, et l'une était plus large que l'autre. L'Urssaf le dit sans détour : « la base de calcul de la CSG-CRDS des indépendants est plus élevée que la base de calcul des cotisations sociales ». Il fallait donc calculer deux fois, sur deux assiettes, la même année de revenus.
L'article 18 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024 supprime cette dualité. Le principe tient en une phrase, celle de l'Urssaf : « une seule assiette pour les cotisations sociales et la CSG-CRDS : le revenu brut abattu de 26 % ».
Comment le revenu brut est déterminé
Le changement de méthode est aussi important que le changement de taux. Avant, les cotisations étaient calculées sur les revenus bruts diminués des charges d'exploitation et des cotisations sociales. Désormais, elles le sont sur les revenus bruts diminués des charges d'exploitation sans déduire les cotisations sociales, puis l'abattement forfaitaire de 26 % est appliqué.
Pour une entreprise individuelle à l'impôt sur le revenu, ce qui est le cas de la grande majorité des kinés libéraux, l'Urssaf définit le revenu brut comme « le chiffre d'affaires moins les charges de l'entreprise, autres que les cotisations sociales et la CSG déductibles fiscalement ».
Si vous relevez du régime micro-fiscal, hors auto-entrepreneurs, l'abattement de 26 % ne vous concerne pas : c'est votre abattement fiscal spécifique de 71 %, 50 % ou 34 % qui est appliqué sur la base de votre chiffre d'affaires. Une même réforme, deux mécaniques, et c'est le régime fiscal qui décide de laquelle vous relevez.
À partir de quand, exactement ?
C'est le point qui trompe le plus de monde, parce que la réforme est datée de 2025 dans les textes mais se voit en 2026 sur le compte. L'Urssaf donne les deux dates.
La réforme s'applique « à compter de la régularisation des cotisations de l'année 2025 (après la déclaration des revenus 2025, en 2026) ». Et la révision du barème, portée par le décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024, « sera appliquée en même temps que la réforme de l'assiette sociale, soit à partir d'avril 2026 avec l'ouverture de la campagne de la déclaration des revenus 2025 ».
Vos cotisations provisionnelles de 2025 ont été calculées à l'ancienne. C'est la régularisation de 2026, après votre déclaration des revenus 2025, qui applique pour la première fois la nouvelle assiette et le nouveau barème. L'écart que vous constaterez ne sera donc pas une erreur.
Le barème 2026 du kiné conventionné, cotisation par cotisation
Un kinésithérapeute conventionné relève du régime des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés, et l'Urssaf publie pour les auxiliaires médicaux un barème distinct de celui des médecins. Le voici, tel qu'il est publié.
Assurance maladie
Elle se lit sur deux colonnes, et c'est la particularité du conventionnement : une part porte sur l'assiette de participation de la Cpam, l'autre sur le reste du revenu d'activité non salarié.
| Tranche de revenus | Sur l'assiette de participation de la Cpam | Sur le reste du revenu d'activité non salarié |
|---|---|---|
| Inférieurs à 9 612 € | 0 % | 3,25 % |
| De 9 612 € à 144 180 € | Taux progressif entre 0 % et 8,50 % | Taux progressif entre 3,25 % et 11,75 % |
| Supérieurs à 144 180 € | 6,50 % | 9,75 % |
Sur la première de ces deux colonnes, une partie ne sort pas de votre poche : l'Urssaf indique une prise en charge par l'assurance maladie à taux progressif, entre 0 % et 8,40 %. C'est la contrepartie du conventionnement, et c'est ce qui explique qu'un kiné conventionné et un kiné non conventionné n'aient pas la même feuille de cotisations à revenu égal.
Allocations familiales
| Tranche de revenus | Taux |
|---|---|
| Inférieurs à 52 866 € | 0 % |
| De 52 866 € à 67 284 € | Taux progressif entre 0 % et 3,10 % |
| Supérieurs à 67 284 € | 3,10 % |
Contributions et indemnités journalières
| Prélèvement | Base et taux en 2026 |
|---|---|
| CSG-CRDS | 9,70 % du revenu d'activité non salarié, déduction faite des revenus de remplacement ayant subi un précompte de CSG-CRDS, plus les cotisations personnelles obligatoires |
| CURPS, contribution aux unions régionales des professionnels de santé | 0,10 % du revenu d'activité non salarié, dans la limite de 240 € pour 2026 |
| CFP, contribution à la formation professionnelle | 0,25 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 120 €. Le taux est de 0,34 % si votre conjoint a opté pour le statut de conjoint collaborateur |
| Indemnités journalières | 0,3 %, assiette minimale de 40 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, assiette maximale de 3 fois ce plafond |
Ces 120 € ne sont pas une taxe perdue : c'est la contribution à la formation professionnelle qui ouvre votre droit au fonds d'assurance formation. Un kiné qui ne demande jamais de prise en charge la paie quand même. Les modalités sont dans notre guide FIFPL 2026.
Ce que la réforme change pour votre retraite
C'est l'argument que l'Urssaf met en avant, et il mérite d'être compris plutôt que cru sur parole. Aligner les deux assiettes « permet d'augmenter la part des cotisations contributives dans le total des prélèvements, dont la cotisation retraite, et de réduire la part non contributive consacrée à la CSG-CRDS ».
La conséquence, telle qu'elle est écrite : la réforme « diminue le montant de la CSG-CRDS due tout en étant compensée notamment par l'augmentation de la cotisation retraite », et « les droits retraite des travailleurs indépendants seront donc améliorés ».
Un rééquilibrage à prélèvement global constant n'est pas un gain immédiat : c'est un euro qui passe d'une case sans contrepartie à une case qui ouvre des droits. Selon votre âge et votre horizon de liquidation, la valeur de cet échange n'est pas la même. Aucun chiffrage général ne le dira pour vous, et c'est votre relevé de carrière qui donne la réponse.
Ce qu'il vous reste à faire, et quand
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Au printemps, une seule déclaration
Vos revenus se déclarent avec votre déclaration d'impôt sur le revenu, et cette déclaration alimente le calcul de vos cotisations. C'est la campagne ouverte en avril 2026 qui a déclenché, pour la première fois, l'application de la nouvelle assiette et du barème révisé.
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À la régularisation, comparer plutôt que s'alarmer
La régularisation 2026 porte sur les revenus 2025, avec une assiette et un barème qui ne sont pas ceux utilisés pour vos provisions. Un écart est attendu par construction. Ce qu'il faut vérifier, c'est la répartition entre CSG-CRDS et cotisation retraite, pas seulement le total.
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Si vous êtes au micro-BNC
Vérifiez que c'est bien votre abattement fiscal qui a été appliqué à votre chiffre d'affaires, et non les 26 %. Les deux mécaniques coexistent, et se tromper de règle change l'assiette de tout le reste.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la réforme de l'assiette sociale des indépendants ?
L'article 18 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024, la loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023, remplace les deux bases de calcul actuelles par une seule. L'Urssaf la décrit ainsi : une seule assiette pour les cotisations sociales et pour la CSG-CRDS, constituée du revenu brut abattu de 26 %. L'abattement forfaitaire de 26 % remplace la déduction des cotisations.
À partir de quand la réforme de l'assiette s'applique-t-elle vraiment ?
L'Urssaf indique qu'elle est mise en œuvre en 2026, quand sont connus les revenus réels perçus en 2025, c'est-à-dire après la déclaration des revenus 2025. Le nouveau barème, révisé par le décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024, est appliqué en même temps, à partir d'avril 2026, avec l'ouverture de la campagne de déclaration des revenus 2025.
Quel est le taux de CSG-CRDS d'un kiné libéral en 2026 ?
9,70 % du revenu d'activité non salarié, déduction faite des revenus de remplacement qui ont subi un précompte de CSG-CRDS, auquel s'ajoutent les cotisations personnelles obligatoires. C'est le taux publié par l'Urssaf pour un auxiliaire médical conventionné.
Qu'est-ce que la CURPS et combien coûte-t-elle ?
La contribution aux unions régionales des professionnels de santé s'élève à 0,10 % du revenu d'activité non salarié, dans la limite de 240 € pour 2026, selon le barème publié par l'Urssaf pour les auxiliaires médicaux.
L'Assurance maladie prend-elle en charge une partie des cotisations d'un kiné conventionné ?
Oui, sur la part de l'assurance maladie calculée sur l'assiette de participation de la Cpam. L'Urssaf indique pour un auxiliaire médical une prise en charge à taux progressif, entre 0 % et 8,40 %, quand le taux de la cotisation elle-même est progressif entre 0 % et 8,50 % sur la tranche de revenus comprise entre 9 612 € et 144 180 €.
La réforme de l'assiette augmente-t-elle mes cotisations ?
L'Urssaf présente la réforme comme un rééquilibrage plutôt qu'une hausse : aligner les deux assiettes augmente la part des cotisations contributives, dont la cotisation retraite, et réduit la part non contributive consacrée à la CSG-CRDS. Elle écrit que la réforme diminue le montant de CSG-CRDS dû, compensé notamment par l'augmentation de la cotisation retraite, et que les droits retraite des travailleurs indépendants seront donc améliorés.
L'abattement de 26 % s'applique-t-il au micro-BNC ?
Non. L'Urssaf précise que pour les travailleurs indépendants relevant du régime micro-fiscal, hors auto-entrepreneurs, c'est leur abattement fiscal spécifique de 71 %, 50 % ou 34 % qui est appliqué sur la base de leur chiffre d'affaires, et non l'abattement de 26 %.
Les sources, une par une
Le barème et les règles viennent des pages officielles de l'Urssaf, ouvertes le 30 août 2026. Les deux textes qui portent la réforme y sont cités par l'Urssaf elle-même.
- Urssaf, « Taux de cotisations, praticien ou auxiliaire médical », mise à jour du 20 mars 2026 : le barème complet de l'auxiliaire médical, dont relève le masseur-kinésithérapeute conventionné. Consulter sur urssaf.fr.
- Urssaf, « Réforme de l'assiette sociale des indépendants » : la définition de l'assiette unique, la détermination du revenu brut, le sort du micro-fiscal et l'effet attendu sur les droits retraite. Consulter sur urssaf.fr.
- LOI n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 de financement de la sécurité sociale pour 2024, article 18, publiée au Journal officiel n° 0299 du 27 décembre 2023 : le texte qui réforme l'assiette des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants. Consulter sur Légifrance.
- Décret n° 2024-688 du 5 juillet 2024 fixant les modalités de calcul des cotisations et contributions sociales des travailleurs indépendants, publié au Journal officiel n° 0159 du 6 juillet 2024 : c'est lui qui révise le barème en lien avec la réforme de l'assiette. Consulter sur Légifrance.
Ce que cet article ne fait pas : il ne calcule pas votre cotisation. Les taux progressifs de l'assurance maladie et des allocations familiales dépendent de votre revenu à l'intérieur d'une tranche, et le montant qui fait foi est celui de votre échéancier Urssaf. Ce que nous donnons ici, ce sont les bornes, les taux et leur année.
L'autre moitié de vos prélèvements et le reste des obligations : les quatre cotisations CARPIMKO 2026, l'assurance de responsabilité civile, ce qui a disparu du côté des AGA et le tableau NGAP des cotations.

