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Rupture d'une collaboration libérale en kinésithérapie : ce que la loi impose, et ce qu'elle laisse au contrat

La loi exige que le contrat prévoie un préavis, sans en fixer la durée. Le « un à trois mois » vient des usages, et trois périodes ferment la rupture.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Un préavis « généralement d'un à trois mois » : la formule revient partout, présentée comme une règle. Elle n'en est pas une. La loi impose que le contrat prévoie un préavis, et elle s'arrête là. En revanche elle ferme la rupture unilatérale dans des situations précises, et cela, presque personne ne le dit.

Vérifié le 31 août 2026. Deux textes, lus à la source :
  • article 18 de la loi n° 2005-882 du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises, version en vigueur du 25 décembre 2021 : le statut du collaborateur libéral, le contenu obligatoire du contrat et les périodes protégées ;
  • article L. 4113-9 du code de la santé publique, rendu applicable aux masseurs-kinésithérapeutes par l'article L. 4321-19 : l'écrit et la communication du contrat au conseil départemental.
Trois repères : le contrat écrit est obligatoire, la loi exige un préavis sans en fixer la durée, et la rupture unilatérale est fermée pendant certaines périodes l'écrit obligatoire aucune durée de préavis fixée 3 périodes où la rupture est fermée avec cinq mentions seulement son existence sauf manquement grave
Source : article 18 de la loi n° 2005-882 du 2 août 2005, version en vigueur du 25 décembre 2021.

Le préavis : une obligation d'en prévoir un, pas une durée

L'article 18 énumère ce que le contrat de collaboration libérale doit préciser. Parmi ces mentions figurent « les conditions et modalités de rupture », dont un délai de préavis. La lecture est décisive : l'obligation porte sur l'existence de la clause, pas sur son contenu.

Le « un à trois mois » n'a pas de fondement légal

Cette fourchette est une pratique, reprise de contrats types et de modèles professionnels. Aucun texte ne l'impose, et rien n'interdit un préavis plus court ou plus long. La conséquence est simple : le seul préavis qui vous concerne est celui écrit dans votre contrat. S'il n'y en a pas, ce n'est pas la fourchette d'usage qui s'applique : c'est le contrat qui est incomplet au regard de l'article 18.

PointCe que la loi imposeCe qu'elle laisse au contrat
FormeUn contrat écritSa rédaction
Durée du contratQu'elle soit précisée, déterminée ou indéterminéeLe choix entre les deux
RémunérationQue les modalités soient préciséesLe niveau et le mode de calcul
RuptureQue les conditions et modalités soient précisées, dont un préavisLa durée de ce préavis
Congés familiauxQue les modalités de suspension soient préciséesLeur organisation pratique
Les cinq mentions que le contrat de collaboration libérale doit comporter : la durée, la rémunération, les conditions d'exercice, les conditions et modalités de rupture dont un préavis, et les modalités de suspension pour congés Les cinq mentions obligatoires du contrat 1. La durée du contrat, déterminée ou indéterminée 2. Les modalités de la rémunération 3. Les conditions d'exercice de l'activité 4. Les conditions et modalités de rupture, dont un délai de préavis 5. Les modalités de suspension pour congés de maternité, de paternité et d'adoption
La quatrième mention est celle qui nous occupe : la loi en exige la présence, jamais une durée chiffrée.

Les périodes où la rupture unilatérale est fermée

C'est la partie de l'article 18 que les guides sur la rupture omettent le plus souvent, alors qu'elle est la seule à restreindre réellement la liberté de rompre. Le texte protège le collaborateur en état de grossesse, le père ou le conjoint pendant les congés liés à l'arrivée d'un enfant, et le collaborateur adoptant. Pendant ces périodes, la rupture unilatérale du contrat lui est fermée.

L'exception, et sa nature

La protection cède en cas de manquement grave aux règles professionnelles. La réserve est déontologique, non économique : une baisse d'activité, une mésentente ou un désaccord sur la rétrocession n'y entrent pas. C'est une différence de nature, pas de degré.

Trois situations dans lesquelles la rupture unilatérale est fermée : la grossesse de la collaboratrice, les congés liés à l'arrivée d'un enfant pour le père ou le conjoint, et l'adoption ; l'exception tient au manquement grave aux règles professionnelles Quand la rupture unilatérale est fermée Grossesse de la collaboratrice Congés parentaux du père ou du conjoint Adoption du collaborateur adoptant La seule exception : le manquement grave aux règles professionnelles
Source : article 18 de la loi n° 2005-882 du 2 août 2005.
Motif invoquéPeut-il fonder une rupture pendant une période protégée ?Pourquoi
Manquement grave aux règles professionnellesOuiC'est l'exception que le texte prévoit
Baisse d'activité du cabinetNonMotif économique, hors de l'exception
Désaccord sur le niveau de rétrocessionNonQuestion contractuelle, hors de l'exception
Mésentente entre praticiensNonNe relève pas des règles professionnelles
Fin d'un contrat à durée déterminéeSans objetCe n'est pas une rupture unilatérale

Ce que la rupture ne change pas : le statut

Une collaboration qui se termine mal fait parfois surgir la question de la requalification. Le texte est explicite sur le statut : le collaborateur libéral « exerce son activité professionnelle en toute indépendance, sans lien de subordination », et il « relève du statut social et fiscal du professionnel libéral qui exerce en qualité de professionnel indépendant ». Il est responsable de ses actes professionnels selon les règles de sa profession.

  • Relire le contrat avant d'écrire quoi que ce soit

    Le préavis, les modalités de rupture et l'éventuelle clause de non-concurrence y figurent, ou auraient dû y figurer. C'est le document qui gouverne, pas la fourchette d'usage.

  • Vérifier qu'on n'est pas dans une période protégée

    Grossesse, arrivée d'un enfant, adoption : dans ces situations, la question n'est plus celle du préavis mais celle de la possibilité même de rompre unilatéralement.

  • Ne pas confondre rupture et remplacement

    Une collaboration et un remplacement n'obéissent pas aux mêmes textes, et le second impose au titulaire de cesser toute activité de soin. Nous avons détaillé cette frontière dans la fiche sur la rétrocession d'honoraires.

Questions fréquentes

La loi fixe-t-elle une durée de préavis pour une collaboration libérale ?

Non. L'article 18 de la loi n° 2005-882 du 2 août 2005 impose que le contrat précise les conditions et modalités de rupture, dont un délai de préavis. L'obligation porte sur la présence de la clause, pas sur sa durée : celle-ci se négocie et figure au contrat.

D'où vient alors le préavis d'un à trois mois que l'on lit partout ?

Des usages et des contrats types, pas d'un texte. C'est une fourchette d'usage souvent reprise, parfois présentée comme une exigence légale. Vérifier ce que dit votre propre contrat est le seul moyen de connaître le préavis qui vous est applicable.

Le contrat de collaboration doit-il être écrit ?

Oui. L'article 18 impose un contrat écrit, et énumère ce qu'il doit préciser : sa durée, déterminée ou indéterminée, les modalités de la rémunération, les conditions d'exercice de l'activité, les conditions et modalités de rupture dont un délai de préavis, et les modalités de suspension pour les congés de maternité, de paternité et d'adoption.

Peut-on rompre à tout moment ?

Pas dans toutes les situations. L'article 18 protège le collaborateur en état de grossesse, celui qui prend un congé de paternité et le collaborateur adoptant : la rupture unilatérale du contrat lui est fermée pendant ces périodes, sauf manquement grave aux règles professionnelles.

Le collaborateur est-il un salarié déguisé ?

Non, et le texte l'écrit : le collaborateur libéral exerce son activité professionnelle en toute indépendance, sans lien de subordination. Il relève du statut social et fiscal du professionnel libéral qui exerce en qualité de professionnel indépendant, et il est responsable de ses actes professionnels selon les règles de sa profession.

Faut-il informer l'ordre de la rupture ?

L'obligation que la loi pose porte sur le contrat lui-même : l'article L. 4113-9 du code de la santé publique, rendu applicable aux masseurs-kinésithérapeutes par l'article L. 4321-19, impose l'écrit et la communication au conseil départemental dans le mois suivant la conclusion du contrat ou de l'avenant.

Une clause de non-concurrence est-elle valable ?

L'article 18 ne traite pas de cette question, et nous ne la tranchons pas ici faute d'avoir lu à la source les décisions qui l'encadrent. Ce que nous pouvons dire, c'est que la clause tire sa force du contrat et non de la loi de 2005, et qu'elle doit se lire avec les règles déontologiques de la profession.

Sources

  1. Article 18 de la loi n° 2005-882 du 2 août 2005 en faveur des petites et moyennes entreprises, version en vigueur du 25 décembre 2021 : définition du collaborateur libéral, exercice en toute indépendance et sans lien de subordination, statut social et fiscal, contrat écrit et ses mentions obligatoires dont les conditions et modalités de rupture avec un délai de préavis, modalités de suspension pour les congés de maternité, de paternité et d'adoption, et protection contre la rupture unilatérale pendant ces périodes sauf manquement grave aux règles professionnelles. Consulter sur Légifrance.
  2. Article L. 4113-9 du code de la santé publique, rendu applicable aux masseurs-kinésithérapeutes par l'article L. 4321-19 : obligation d'un contrat écrit et communication au conseil départemental de l'ordre dans le mois suivant la conclusion du contrat ou de l'avenant. Consulter sur Légifrance.

Ce que cette page ne fait pas : elle ne donne aucune durée de préavis, aucun texte n'en fixant. Elle ne tranche pas la validité des clauses de non-concurrence, faute d'avoir lu à la source les décisions qui les encadrent, et ne reproduit donc aucun exemple de rayon ni de durée. Elle ne traite pas de l'indemnisation d'une rupture jugée abusive, qui relève d'une appréciation au cas par cas. Sur un contrat précis, l'interlocuteur est le conseil départemental de l'ordre, et le cas échéant un conseil.

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Derrière cet article

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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