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Burn-out chez les kinésithérapeutes : ce que l'OMS et la HAS en disent, et ce qu'elles n'en disent pas

L'OMS ne le classe pas comme une maladie et la HAS écrit qu'il n'est pas une maladie caractérisée. Ce que cela change pour un kinésithérapeute libéral.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Les pages consacrées au burn-out des kinés reprennent volontiers la définition de l'Organisation mondiale de la santé, et s'arrêtent là. Elles laissent de côté la partie qui change tout : l'OMS ne le classe pas comme une maladie, et la Haute Autorité de santé écrit qu'il n'est pas une maladie caractérisée. Ce n'est pas un détail de vocabulaire, c'est ce qui détermine ce qu'un médecin peut poser sur un certificat.

Vérifié le 31 août 2026. Deux sources institutionnelles, lues à la source :
  • communiqué de l'Organisation mondiale de la santé du 28 mai 2019, « Burn-out an "occupational phenomenon" : International Classification of Diseases » : la définition, les trois dimensions, le chapitre de la CIM-11 et le statut de classement ;
  • fiche mémo de la Haute Autorité de santé, « Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout », validée le 22 mars 2017, mise en ligne le 22 mai 2017, avec une mise à jour en octobre 2025 sur le retour au travail.
Cette page n'est pas un avis médical. Si vous vous reconnaissez dans ce qui suit, le premier interlocuteur reste votre médecin.
Trois repères : le burn-out n'est pas classé comme une condition médicale, il se décrit par trois dimensions, et il ne s'applique qu'au contexte professionnel pas une maladie dans les classifications 3 dimensions retenues le travail seul le champ du terme OMS et HAS le disent énoncées ensemble exclusion explicite de l'OMS
Sources : communiqué de l'OMS du 28 mai 2019 et fiche mémo de la Haute Autorité de santé.

Ce que l'OMS a classé, et sous quel chapitre

Le communiqué du 28 mai 2019 donne une formulation courte, qu'il vaut mieux lire dans sa langue d'origine : « Burn-out is a syndrome conceptualized as resulting from chronic workplace stress that has not been successfully managed. » Soit, en français : un syndrome conçu comme résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été correctement géré. La traduction est la nôtre.

La phrase que les reprises omettent

L'OMS précise que le burn-out n'est pas classé comme une condition médicale. Il figure au chapitre « Factors influencing health status or contact with health services », celui des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé, qui rassemble des motifs de recours aux soins qui ne sont pas des maladies. Reprendre la définition sans cette précision donne au mot une portée qu'il n'a pas.

Les trois dimensions énoncées par l'OMS : un sentiment d'épuisement ou de perte d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis du travail, et une efficacité professionnelle réduite Les trois dimensions, telles que l'OMS les énonce Épuisement un sentiment d'épuisement ou de perte d'énergie Distance une distance mentale accrue, du négativisme, du cynisme Efficacité une efficacité professionnelle réduite Les trois décrivent un même tableau. Source : communiqué de l'OMS du 28 mai 2019.
Le terme se rapporte spécifiquement au contexte professionnel : l'OMS écarte explicitement son emploi pour d'autres domaines de la vie.

La HAS, et la formule qui décide de tout

La fiche mémo française va dans le même sens, avec une phrase encore plus nette : « Le syndrome d'épuisement professionnel n'est pas une maladie caractérisée. » Elle ajoute qu'il « n'est pas considéré comme une maladie dans les classifications de référence (CIM-10 et DSM-5) ».

Ce que dit la sourceOrganisation mondiale de la santéHaute Autorité de santé
DateCommuniqué du 28 mai 2019Validée le 22 mars 2017, mise à jour en octobre 2025
Statut du burn-outN'est pas classé comme une condition médicaleN'est pas une maladie caractérisée
Où il figureChapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santéAbsent des classifications de référence citées, CIM-10 et DSM-5
Destinataires du texteTout public, communiqué de pressePrioritairement les médecins généralistes et les médecins des services de santé au travail
Ce qui reste hors champLes autres domaines de la vie que le travailL'action sur le milieu et l'organisation du travail
Pourquoi ce point concerne particulièrement un libéral

La HAS désigne deux destinataires : « prioritairement les médecins généralistes et les médecins des services de santé au travail ». Un masseur-kinésithérapeute libéral n'a pas de service de santé au travail. Sur les deux portes que ce texte ouvre, une seule lui est accessible en pratique, celle du médecin généraliste. Et le texte prévient lui-même que son périmètre s'arrête au volet clinique : « l'action sur le milieu et l'organisation du travail est exclue du champ de ces recommandations ». Or, en libéral, ce milieu et cette organisation, c'est vous qui les tenez.

Les recommandations de la HAS visent le médecin généraliste et le médecin du travail ; un kinésithérapeute libéral n'ayant pas de service de santé au travail, seule la première porte lui est ouverte Les deux destinataires du texte, vus depuis un cabinet libéral Le médecin généraliste accessible à tout professionnel, quel que soit son statut c'est la porte à pousser Le médecin du travail rattaché à un service de santé au travail, que le libéral n'a pas hors d'atteinte en exercice libéral Source : fiche mémo de la Haute Autorité de santé, cibles professionnelles des recommandations.
Le texte de référence français s'adresse pour moitié à un interlocuteur qui n'existe pas dans l'exercice libéral.

Cinq formulations courantes, confrontées aux textes

Aucune des colonnes de droite n'est une interprétation : chacune reprend ce que les deux sources écrivent.

Ce qu'on lit souventCe que disent les sourcesLaquelle
« Le burn-out est une maladie reconnue »Il n'est pas classé comme une condition médicaleOMS, 28 mai 2019
« L'OMS l'a ajouté à la liste des maladies »Il figure au chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santéOMS, 28 mai 2019
« On peut faire un burn-out de sa vie personnelle »Le terme se rapporte au contexte professionnel et ne doit pas être appliqué à d'autres domaines de la vieOMS, 28 mai 2019
« La HAS en donne le cadre diagnostique »Le syndrome d'épuisement professionnel n'est pas une maladie caractériséeHAS, fiche mémo
« Les recommandations traitent de l'organisation du travail »L'action sur le milieu et l'organisation du travail est exclue du champ de ces recommandationsHAS, fiche mémo

Pourquoi cette page ne donne aucun pourcentage

Plusieurs enquêtes circulent sur la prévalence du burn-out chez les kinésithérapeutes, attribuées à des caisses, à des unions régionales de professionnels de santé, à des revues professionnelles ou à des plateformes. Certaines sont probablement solides. Nous ne les avons pas ouvertes.

Notre règle, appliquée ici comme ailleurs

Un chiffre n'entre dans nos pages que si nous l'avons lu dans la publication qui le porte, avec son effectif, sa méthode et sa date. Recopier un pourcentage depuis une autre page, même en nommant la source d'origine, revient à lui prêter une vérification que nous n'avons pas faite. Sur un sujet où le mot désigne un état vécu et non une maladie, l'écart entre un chiffre et sa méthode compte plus qu'ailleurs.

Ce qui est établi, et qui suffit à orienter : les deux institutions de référence décrivent un tableau lié au travail, et aucune ne le range parmi les maladies. Un arrêt de travail, lui, repose sur un diagnostic caractérisé, que seul un médecin peut poser.

Trois repères utiles, tirés des textes eux-mêmes

  • Le mot ne se substitue pas à un diagnostic

    Puisque ni l'OMS ni la HAS ne le classent comme une maladie, « burn-out » ne peut pas tenir lieu de diagnostic. C'est un motif de consultation, et c'est la consultation qui détermine ce dont il s'agit.

  • Le champ est professionnel, et seulement professionnel

    L'OMS écarte explicitement l'usage du terme pour d'autres domaines de la vie. Cette délimitation aide à poser la question autrement : qu'est-ce qui, dans l'organisation du travail, produit cet épuisement ?

  • L'organisation du travail est hors du champ clinique

    La HAS le dit d'elle-même. En libéral, cela signifie que la moitié du problème ne se règle pas en consultation : elle se règle dans la façon dont le cabinet est organisé, dont les journées sont remplies et dont les absences sont préparées.

Sur ce dernier point, deux fiches pratiques du site peuvent servir de point de départ : le remplacement et la collaboration, qui conditionnent la possibilité de s'absenter, et le congé maternité en libéral, qui montre comment une interruption se compense quand un dispositif existe.

Questions fréquentes

Le burn-out est-il une maladie ?

Non, au sens des classifications de référence. L'Organisation mondiale de la santé indique qu'il n'est pas classé comme une condition médicale et qu'il figure au chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé. La Haute Autorité de santé écrit de son côté que le syndrome d'épuisement professionnel n'est pas une maladie caractérisée.

Comment l'OMS définit-elle le burn-out ?

Sa formulation officielle, en anglais, est la suivante : Burn-out is a syndrome conceptualized as resulting from chronic workplace stress that has not been successfully managed. En français, un syndrome conçu comme résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été correctement géré.

Quelles sont les trois dimensions retenues ?

Un sentiment d'épuisement ou de perte d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis de son travail ou des sentiments de négativisme ou de cynisme à son égard, et une efficacité professionnelle réduite. Les trois sont énoncées ensemble : elles décrivent un même tableau, pas trois situations distinctes.

Le burn-out peut-il décrire une fatigue liée à la vie personnelle ?

L'OMS l'exclut explicitement : le terme se rapporte spécifiquement à des phénomènes liés au contexte professionnel et ne doit pas être employé pour décrire des expériences relevant d'autres domaines de la vie.

À qui la fiche mémo de la HAS s'adresse-t-elle ?

La HAS l'écrit ainsi : les cibles professionnelles de ces recommandations sont prioritairement les médecins généralistes et les médecins des services de santé au travail. Un professionnel libéral n'ayant pas de service de santé au travail, c'est le médecin généraliste qui reste, en pratique, le premier interlocuteur désigné par ce texte.

Que couvre, et que ne couvre pas, la fiche mémo de la HAS ?

Elle est explicite sur sa propre limite : ces recommandations se limitent au volet clinique du thème, l'action sur le milieu et l'organisation du travail étant exclue du champ de ces recommandations. Elle a été validée le 22 mars 2017 et mise en ligne le 22 mai 2017, avec une mise à jour en octobre 2025 portant sur le retour au travail.

Pourquoi cette page ne donne-t-elle aucun pourcentage de kinésithérapeutes concernés ?

Parce que nous n'avons pas lu ces chiffres dans les études qui les portent. Plusieurs enquêtes circulent, attribuées à des caisses, des unions régionales ou des revues professionnelles. Les citer sans avoir ouvert la publication d'origine reviendrait à leur prêter une solidité que notre vérification ne leur a pas donnée.

Sources

  1. Organisation mondiale de la santé, « Burn-out an "occupational phenomenon" : International Classification of Diseases », communiqué du 28 mai 2019 : définition du syndrome, trois dimensions, inscription au chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé, absence de classement comme condition médicale, et limitation du terme au contexte professionnel. Consulter sur who.int.
  2. Haute Autorité de santé, « Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout », fiche mémo validée le 22 mars 2017, mise en ligne le 22 mai 2017 et mise à jour en octobre 2025 sur le retour au travail : objectif du texte, cibles professionnelles, absence du burnout des classifications de référence citées, formule « n'est pas une maladie caractérisée », et exclusion de l'action sur le milieu et l'organisation du travail. Consulter sur has-sante.fr.

Ce que cette page ne fait pas : elle ne reproduit aucun chiffre de prévalence, faute d'avoir lu les études qui les portent. Elle ne cite pas le code de la CIM-11 attribué au burn-out, le communiqué de l'OMS que nous avons lu ne le mentionnant pas. Elle ne détaille pas le contenu clinique de la fiche mémo, ni les critères de repérage qu'elle propose, que nous n'avons pas lus dans le document lui-même. Elle n'aborde pas la reconnaissance en maladie professionnelle, qui relève de textes que nous n'avons pas vérifiés pour l'exercice libéral. Ce n'est pas un avis médical : sur une situation personnelle, l'interlocuteur est un médecin.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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