Les pages consacrées au burn-out des kinés reprennent volontiers la définition de l'Organisation mondiale de la santé, et s'arrêtent là. Elles laissent de côté la partie qui change tout : l'OMS ne le classe pas comme une maladie, et la Haute Autorité de santé écrit qu'il n'est pas une maladie caractérisée. Ce n'est pas un détail de vocabulaire, c'est ce qui détermine ce qu'un médecin peut poser sur un certificat.
- communiqué de l'Organisation mondiale de la santé du 28 mai 2019, « Burn-out an "occupational phenomenon" : International Classification of Diseases » : la définition, les trois dimensions, le chapitre de la CIM-11 et le statut de classement ;
- fiche mémo de la Haute Autorité de santé, « Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout », validée le 22 mars 2017, mise en ligne le 22 mai 2017, avec une mise à jour en octobre 2025 sur le retour au travail.
Ce que l'OMS a classé, et sous quel chapitre
Le communiqué du 28 mai 2019 donne une formulation courte, qu'il vaut mieux lire dans sa langue d'origine : « Burn-out is a syndrome conceptualized as resulting from chronic workplace stress that has not been successfully managed. » Soit, en français : un syndrome conçu comme résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été correctement géré. La traduction est la nôtre.
L'OMS précise que le burn-out n'est pas classé comme une condition médicale. Il figure au chapitre « Factors influencing health status or contact with health services », celui des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé, qui rassemble des motifs de recours aux soins qui ne sont pas des maladies. Reprendre la définition sans cette précision donne au mot une portée qu'il n'a pas.
La HAS, et la formule qui décide de tout
La fiche mémo française va dans le même sens, avec une phrase encore plus nette : « Le syndrome d'épuisement professionnel n'est pas une maladie caractérisée. » Elle ajoute qu'il « n'est pas considéré comme une maladie dans les classifications de référence (CIM-10 et DSM-5) ».
| Ce que dit la source | Organisation mondiale de la santé | Haute Autorité de santé |
|---|---|---|
| Date | Communiqué du 28 mai 2019 | Validée le 22 mars 2017, mise à jour en octobre 2025 |
| Statut du burn-out | N'est pas classé comme une condition médicale | N'est pas une maladie caractérisée |
| Où il figure | Chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé | Absent des classifications de référence citées, CIM-10 et DSM-5 |
| Destinataires du texte | Tout public, communiqué de presse | Prioritairement les médecins généralistes et les médecins des services de santé au travail |
| Ce qui reste hors champ | Les autres domaines de la vie que le travail | L'action sur le milieu et l'organisation du travail |
La HAS désigne deux destinataires : « prioritairement les médecins généralistes et les médecins des services de santé au travail ». Un masseur-kinésithérapeute libéral n'a pas de service de santé au travail. Sur les deux portes que ce texte ouvre, une seule lui est accessible en pratique, celle du médecin généraliste. Et le texte prévient lui-même que son périmètre s'arrête au volet clinique : « l'action sur le milieu et l'organisation du travail est exclue du champ de ces recommandations ». Or, en libéral, ce milieu et cette organisation, c'est vous qui les tenez.
Cinq formulations courantes, confrontées aux textes
Aucune des colonnes de droite n'est une interprétation : chacune reprend ce que les deux sources écrivent.
| Ce qu'on lit souvent | Ce que disent les sources | Laquelle |
|---|---|---|
| « Le burn-out est une maladie reconnue » | Il n'est pas classé comme une condition médicale | OMS, 28 mai 2019 |
| « L'OMS l'a ajouté à la liste des maladies » | Il figure au chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé | OMS, 28 mai 2019 |
| « On peut faire un burn-out de sa vie personnelle » | Le terme se rapporte au contexte professionnel et ne doit pas être appliqué à d'autres domaines de la vie | OMS, 28 mai 2019 |
| « La HAS en donne le cadre diagnostique » | Le syndrome d'épuisement professionnel n'est pas une maladie caractérisée | HAS, fiche mémo |
| « Les recommandations traitent de l'organisation du travail » | L'action sur le milieu et l'organisation du travail est exclue du champ de ces recommandations | HAS, fiche mémo |
Pourquoi cette page ne donne aucun pourcentage
Plusieurs enquêtes circulent sur la prévalence du burn-out chez les kinésithérapeutes, attribuées à des caisses, à des unions régionales de professionnels de santé, à des revues professionnelles ou à des plateformes. Certaines sont probablement solides. Nous ne les avons pas ouvertes.
Un chiffre n'entre dans nos pages que si nous l'avons lu dans la publication qui le porte, avec son effectif, sa méthode et sa date. Recopier un pourcentage depuis une autre page, même en nommant la source d'origine, revient à lui prêter une vérification que nous n'avons pas faite. Sur un sujet où le mot désigne un état vécu et non une maladie, l'écart entre un chiffre et sa méthode compte plus qu'ailleurs.
Ce qui est établi, et qui suffit à orienter : les deux institutions de référence décrivent un tableau lié au travail, et aucune ne le range parmi les maladies. Un arrêt de travail, lui, repose sur un diagnostic caractérisé, que seul un médecin peut poser.
Trois repères utiles, tirés des textes eux-mêmes
-
Le mot ne se substitue pas à un diagnostic
Puisque ni l'OMS ni la HAS ne le classent comme une maladie, « burn-out » ne peut pas tenir lieu de diagnostic. C'est un motif de consultation, et c'est la consultation qui détermine ce dont il s'agit.
-
Le champ est professionnel, et seulement professionnel
L'OMS écarte explicitement l'usage du terme pour d'autres domaines de la vie. Cette délimitation aide à poser la question autrement : qu'est-ce qui, dans l'organisation du travail, produit cet épuisement ?
-
L'organisation du travail est hors du champ clinique
La HAS le dit d'elle-même. En libéral, cela signifie que la moitié du problème ne se règle pas en consultation : elle se règle dans la façon dont le cabinet est organisé, dont les journées sont remplies et dont les absences sont préparées.
Sur ce dernier point, deux fiches pratiques du site peuvent servir de point de départ : le remplacement et la collaboration, qui conditionnent la possibilité de s'absenter, et le congé maternité en libéral, qui montre comment une interruption se compense quand un dispositif existe.
Questions fréquentes
Le burn-out est-il une maladie ?
Non, au sens des classifications de référence. L'Organisation mondiale de la santé indique qu'il n'est pas classé comme une condition médicale et qu'il figure au chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé. La Haute Autorité de santé écrit de son côté que le syndrome d'épuisement professionnel n'est pas une maladie caractérisée.
Comment l'OMS définit-elle le burn-out ?
Sa formulation officielle, en anglais, est la suivante : Burn-out is a syndrome conceptualized as resulting from chronic workplace stress that has not been successfully managed. En français, un syndrome conçu comme résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été correctement géré.
Quelles sont les trois dimensions retenues ?
Un sentiment d'épuisement ou de perte d'énergie, une distance mentale accrue vis-à-vis de son travail ou des sentiments de négativisme ou de cynisme à son égard, et une efficacité professionnelle réduite. Les trois sont énoncées ensemble : elles décrivent un même tableau, pas trois situations distinctes.
Le burn-out peut-il décrire une fatigue liée à la vie personnelle ?
L'OMS l'exclut explicitement : le terme se rapporte spécifiquement à des phénomènes liés au contexte professionnel et ne doit pas être employé pour décrire des expériences relevant d'autres domaines de la vie.
À qui la fiche mémo de la HAS s'adresse-t-elle ?
La HAS l'écrit ainsi : les cibles professionnelles de ces recommandations sont prioritairement les médecins généralistes et les médecins des services de santé au travail. Un professionnel libéral n'ayant pas de service de santé au travail, c'est le médecin généraliste qui reste, en pratique, le premier interlocuteur désigné par ce texte.
Que couvre, et que ne couvre pas, la fiche mémo de la HAS ?
Elle est explicite sur sa propre limite : ces recommandations se limitent au volet clinique du thème, l'action sur le milieu et l'organisation du travail étant exclue du champ de ces recommandations. Elle a été validée le 22 mars 2017 et mise en ligne le 22 mai 2017, avec une mise à jour en octobre 2025 portant sur le retour au travail.
Pourquoi cette page ne donne-t-elle aucun pourcentage de kinésithérapeutes concernés ?
Parce que nous n'avons pas lu ces chiffres dans les études qui les portent. Plusieurs enquêtes circulent, attribuées à des caisses, des unions régionales ou des revues professionnelles. Les citer sans avoir ouvert la publication d'origine reviendrait à leur prêter une solidité que notre vérification ne leur a pas donnée.
Sources
- Organisation mondiale de la santé, « Burn-out an "occupational phenomenon" : International Classification of Diseases », communiqué du 28 mai 2019 : définition du syndrome, trois dimensions, inscription au chapitre des facteurs influençant l'état de santé ou les contacts avec les services de santé, absence de classement comme condition médicale, et limitation du terme au contexte professionnel. Consulter sur who.int.
- Haute Autorité de santé, « Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout », fiche mémo validée le 22 mars 2017, mise en ligne le 22 mai 2017 et mise à jour en octobre 2025 sur le retour au travail : objectif du texte, cibles professionnelles, absence du burnout des classifications de référence citées, formule « n'est pas une maladie caractérisée », et exclusion de l'action sur le milieu et l'organisation du travail. Consulter sur has-sante.fr.
Ce que cette page ne fait pas : elle ne reproduit aucun chiffre de prévalence, faute d'avoir lu les études qui les portent. Elle ne cite pas le code de la CIM-11 attribué au burn-out, le communiqué de l'OMS que nous avons lu ne le mentionnant pas. Elle ne détaille pas le contenu clinique de la fiche mémo, ni les critères de repérage qu'elle propose, que nous n'avons pas lus dans le document lui-même. Elle n'aborde pas la reconnaissance en maladie professionnelle, qui relève de textes que nous n'avons pas vérifiés pour l'exercice libéral. Ce n'est pas un avis médical : sur une situation personnelle, l'interlocuteur est un médecin.
Ce qui permet de lever le pied sans fermer le cabinet : le remplacement et la collaboration, le contrat d'assistanat et la comparaison entre salariat et libéral.



