Aller au contenu

Publié le

Kinésithérapie · Hanche

Le conflit fémoro-acétabulaire MAJ 2026

Synthèse clinique sur le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire (FAI) : distinguer la morphologie (fréquente, souvent muette) du syndrome, comprendre ce que valent le test FADIR et les essais chirurgie vs rééducation, et situer la place de la kinésithérapie. Chaque référence a été vérifiée individuellement sur PubMed.

Morphologie vs syndromeTest FADIRFASHIoN / FAITPersonalised Hip Therapy
37%
des hanches asymptomatiques présentent une déformation came : l'image ne fait pas le diagnostic
Frank 2015 · Arthroscopy
6,8points
différence iHOT-33 à 12 mois en faveur de l'arthroscopie vs rééducation (IC 95 % 1,7–12,0) : les deux progressent
Griffin 2018 · Lancet
9,66OR ajusté
risque d'arthrose terminale de hanche pour une came sévère (angle alpha > 83°), IC 95 % 4,72–19,78
Agricola 2013 · Annals of the Rheumatic Diseases

📝 En bref : synthèse clinique

  • Le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire (FAI) est un diagnostic de triade : il exige des symptômes appropriés, des signes cliniques positifs ET des anomalies à l'imagerie. Le terme « syndrome » recentre le diagnostic sur les symptômes du patient : une came ou une tenaille radiologique isolée ne suffit pas 1.
  • La morphologie osseuse est fréquente chez l'asymptomatique : la prévalence de la déformation came atteint 37 % des hanches asymptomatiques (54,8 % chez les sportifs contre 23,1 % en population générale) et la tenaille 67 % ; l'image ne fait donc jamais le diagnostic à elle seule 2.
  • Le test FADIR (flexion-adduction-rotation interne) est un outil de dépistage, pas de confirmation : sa sensibilité groupée est élevée (0,94 à 0,99) mais sa spécificité faible, un FADIR négatif aide à écarter le conflit, un FADIR positif ne suffit pas à le confirmer 6.
  • La morphologie came est un facteur de risque prospectif d'arthrose de hanche : dans la cohorte CHECK, une came modérée (angle alpha > 60°) multipliait le risque d'arthrose terminale par 3,67 et une came sévère (> 83°) par 9,66, d'où l'intérêt d'un repérage précoce 3.
  • La rééducation conservatrice structurée de référence (Personalised Hip Therapy, développée pour l'essai FASHIoN) repose sur quatre composantes menées par le kinésithérapeute : évaluation détaillée, éducation/conseil, aide à l'antalgie et programme d'exercices individualisé, supervisé et progressif 8.
  • Dans l'essai randomisé UK FASHIoN, l'arthroscopie et la rééducation améliorent toutes deux la qualité de vie (iHOT-33) ; à 12 mois, la chirurgie apporte un bénéfice supplémentaire modeste de 6,8 points (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093), proche du seuil de pertinence clinique 9.
  • Un second essai (FAIT) confirme un avantage fonctionnel de l'arthroscopie en soins spécialisés (HOS-ADL +10,0 points ; p<0,001), mais les deux prises en charge progressent : la comparaison chirurgie vs conservateur reste débattue et dépend du profil du patient 10.

🦴 Conflit fémoro-acétabulaire : de quoi parle-t-on ?

📸 Avoir la « bosse » ne veut pas dire être malade

La morphologie osseuse (came, tenaille) est très fréquente chez des gens qui n'ont mal nulle part, surtout chez les sportifs. C'est le cœur du message : image ≠ syndrome.

Morphologie tenaille (pincer), asymptomatiques67 %Morphologie came, sportifs54,8 %Morphologie came : population générale23,1 %

Prévalence des morphologies chez des volontaires ASYMPTOMATIQUES (revue systématique, 2 114 hanches). Le syndrome exige une TRIADE : symptômes + signes cliniques + imagerie 1. Source : Frank et al., 2015 (PMID 25636988).

Le conflit fémoro-acétabulaire (en anglais femoroacetabular impingement, FAI) désigne un contact anormal, précoce et répété entre le fémur proximal et le rebord acétabulaire au cours des mouvements de hanche, en particulier la flexion associée à l'adduction et à la rotation interne. Mais derrière ce mécanisme se cache un piège conceptuel majeur pour le clinicien : le FAI n'est pas qu'une image radiologique. Depuis 2016, la communauté internationale a clarifié le vocabulaire pour distinguer une anomalie de forme osseuse, fréquente et souvent silencieuse, du syndrome proprement dit, qui, lui, fait souffrir et justifie une prise en charge. Cette distinction n'est pas une subtilité académique : elle conditionne le raisonnement diagnostique du kinésithérapeute et évite de « traiter une radio » plutôt qu'un patient.

La définition de référence : le consensus de Warwick 1

Le cadre de référence actuel est le Warwick Agreement, un consensus international publié en 2016 1. Il pose une règle simple et exigeante : le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire est un diagnostic de triade. Pour être posé, il requiert la réunion simultanée de trois éléments :

  • des symptômes appropriés : typiquement une douleur de hanche ou d'aine, mécanique, aggravée par les positions de flexion prolongée ou profonde ;
  • des signes cliniques positifs, dont le test de conflit FADIR (flexion-adduction-rotation interne) ;
  • des anomalies à l'imagerie : une morphologie came et/ou tenaille objectivée.

Le mot « syndrome » a été ajouté délibérément à l'appellation. Comme le formulent les auteurs, « le terme femoroacetabular impingement syndrome a été introduit pour refléter le rôle central des symptômes du patient dans le trouble » 1. Autrement dit : sans symptôme, il n'y a pas de syndrome, quelle que soit l'image. Le même consensus précise par ailleurs que les traitements jugés adaptés sont les soins conservateurs, la rééducation, et la chirurgie arthroscopique ou ouverte 1 : plaçant d'emblée la kinésithérapie parmi les options de première ligne, et non comme un simple pis-aller.

Une came ou une tenaille visible sur une imagerie, sans symptôme ni signe clinique, ne constitue pas un syndrome de conflit fémoro-acétabulaire.

Les trois morphologies : came, tenaille, mixte

Le conflit trouve son origine anatomique dans deux grands types de déformation osseuse, qui peuvent coexister.

La morphologie came (cam). Il s'agit d'une asphéricité de la jonction tête-col fémoral : la tête fémorale n'est plus parfaitement sphérique et présente une « bosse » à sa périphérie. On la quantifie par l'angle alpha 23. Lors de la flexion-rotation interne, cette zone renflée vient buter contre l'acétabulum et cisaille le cartilage et le bourrelet cotyloïdien (labrum) de l'intérieur. C'est la morphologie came qui concentre l'essentiel des préoccupations à long terme, car elle est associée au risque arthrosique (voir plus bas).

La morphologie tenaille (pincer). Ici, l'anomalie est acétabulaire : une couverture osseuse excessive de la tête fémorale par le cotyle (globale ou focale) qui vient « pincer » le labrum contre le col fémoral en fin d'amplitude.

La morphologie mixte. Dans une proportion importante de cas, les deux mécanismes s'associent chez le même patient : came et tenaille combinées. C'est cette forme mixte qui est souvent rencontrée en pratique spécialisée.

À retenir

  • Came = anomalie du fémur (asphéricité tête-col, mesurée par l'angle alpha).
  • Tenaille = anomalie de l'acétabulum (couverture osseuse excessive).
  • Mixte = association des deux.
  • Le diagnostic de syndrome exige la triade : symptômes + signes cliniques + imagerie 1.

La distinction cruciale : morphologie n'est pas syndrome

C'est probablement le message le plus important de cette section, et celui que le kinésithérapeute doit intégrer avant tout raisonnement. La morphologie osseuse est extrêmement fréquente chez des sujets qui n'ont mal nulle part. Une revue systématique portant sur 26 études et 2 114 hanches asymptomatiques (âge moyen ≈ 25 ans) a retrouvé une prévalence de la déformation came de 37 %, et une prévalence de la déformation tenaille de 67 % 2. Chez les sportifs, la came est encore plus répandue : 54,8 % contre 23,1 % en population générale 2. L'angle alpha moyen dans ces hanches sans douleur était de 54,1°, et, fait marquant, une lésion du labrum était visible à l'IRM dans 68,1 % des hanches asymptomatiques 2.

37 %prévalence de la morphologie came chez des sujets asymptomatiques 2
54,8 %morphologie came chez des sportifs asymptomatiques, vs 23,1 % en population générale 2

La conséquence clinique est directe : une image de conflit chez un sujet sans plainte est un faux ami. Trouver une came ou un labrum lésé à l'imagerie ne « fait » pas le diagnostic et ne prouve pas que la hanche est la source des symptômes.

Il faut d'ailleurs rester prudent sur les chiffres eux-mêmes. Une autre revue systématique (30 études) a montré que les estimations de prévalence de la morphologie came s'étalaient de 5 % à 75 % des participants selon les populations, sans que les auteurs puissent démontrer une prévalence réellement plus élevée dans des sous-groupes attendus comme les athlètes ou les personnes ayant une douleur de hanche, faute de données de qualité suffisante 8. Autrement dit : la vraie prévalence de la came reste incertaine, et cette incertitude elle-même est une raison supplémentaire de ne jamais poser le diagnostic sur la seule image.

Épidémiologie et enjeu à long terme : le risque arthrosique

Si la morphologie came suscite autant d'attention, ce n'est pas seulement pour la douleur immédiate : c'est parce qu'elle constitue un facteur de risque prospectif d'arthrose de hanche. La cohorte prospective nationale néerlandaise CHECK (1 002 sujets, suivi sur 5 ans) l'a établi de manière robuste : une came modérée (angle alpha > 60°) multipliait par 3,67 le risque d'arthrose terminale de hanche (OR ajusté 3,67 ; IC 95 % 1,68–8,01), et une came sévère (angle alpha > 83°) par près de dix (OR ajusté 9,66 ; IC 95 % 4,72–19,78) 3. L'association était particulièrement prédictive lorsque la came sévère se combinait à une rotation interne réduite : ces sujets sont « fortement prédisposés à une progression rapide vers l'arthrose terminale » 3.

×9,66risque d'arthrose terminale de hanche en cas de came sévère (angle alpha > 83°), OR ajusté 3

Point capital pour le raisonnement : ce risque est porté par la morphologie osseuse, distincte du syndrome symptomatique. Et surtout, les auteurs soulignent que « le conflit came pourrait être un facteur de risque modifiable, d'où l'importance de le repérer tôt » 3. C'est précisément là que se situe une partie de la valeur ajoutée du kinésithérapeute : le repérage précoce et l'accompagnement du jeune adulte à risque.

Ce que le kinésithérapeute doit comprendre

De cette section, le clinicien peut retenir quatre points structurants pour toute la suite de la prise en charge.

1. Raisonner en triade, pas en image. Le diagnostic de FAI syndrome n'existe que si symptômes, signes cliniques et imagerie concordent 1. Devant une hanche douloureuse, la question n'est jamais « y a-t-il une came ? » mais « la came explique-t-elle ces symptômes chez ce patient ? ».

2. Manier les tests cliniques pour ce qu'ils sont : des tests de dépistage. Le FADIR est l'examen le mieux soutenu comme outil de screening du FAI 5. Sa sensibilité groupée est élevée (0,94 à 0,99), si bien qu'un test négatif aide à écarter le conflit ; mais sa faible spécificité fait qu'un test positif ne suffit pas à confirmer le diagnostic 6. Les auteurs concluent que ces tests ne possèdent qu'une « valeur de dépistage » 6. Le FADIR oriente, il ne tranche pas.

3. La kinésithérapie a une place reconnue, y compris face à la chirurgie. Le consensus de Warwick place la rééducation parmi les traitements adaptés 1, et les grands essais randomisés montrent que la prise en charge conservatrice structurée améliore réellement les patients, même si la chirurgie apporte, chez des patients adressés en soins spécialisés, un bénéfice supplémentaire (débat développé plus loin dans l'article). Le kinésithérapeute n'est pas un plan B.

4. Le repérage précoce a du sens. Parce que la came est un facteur de risque potentiellement modifiable d'arthrose 3, identifier tôt une hanche à risque (jeune adulte sportif, came sévère, rotation interne limitée), relève pleinement du champ d'action du kiné, dans une logique de prévention autant que de traitement du syndrome constitué.

🔎 Comment le reconnaître à l'examen ?

Le conflit fémoro-acétabulaire n'est pas une image sur une radio : c'est un syndrome. Le consensus international de Warwick 1 est sans ambiguïté sur ce point : le diagnostic exige la réunion de trois éléments, des symptômes appropriés, des signes cliniques positifs et des anomalies à l'imagerie. Le terme « syndrome » a d'ailleurs été introduit précisément pour souligner le rôle central des symptômes du patient 1. Autrement dit, l'examen clinique n'est pas un simple préambule à l'IRM : il constitue l'un des trois piliers du diagnostic, celui qui reconnecte l'image au patient qui souffre.

Une came sur l'imagerie, sans symptôme ni signe clinique, n'est pas un syndrome de conflit.

La douleur inguinale : le « signe du C »

Le motif de consultation le plus évocateur est une douleur profonde de l'aine, souvent difficile à localiser du bout du doigt. Le patient la décrit fréquemment en englobant la hanche entre le pouce et l'index, main en forme de C posée juste au-dessus du grand trochanter : le fameux « signe du C ». Cette douleur est typiquement mécanique : elle se réveille en position assise prolongée, à la conduite, à l'accroupissement, ou lors des gestes sportifs mêlant flexion et rotation. Elle traduit le contact anormal, à l'extrême de l'amplitude, entre le col fémoral et le rebord acétabulaire.

Cette phase symptomatique est celle qui donne au tableau sa valeur : la morphologie osseuse, elle, est extraordinairement banale. Dans une revue systématique de 26 études portant sur 2 114 hanches asymptomatiques (âge moyen 25 ans), la prévalence d'une déformation came atteignait 37 %, montant à 54,8 % chez les sportifs contre 23,1 % en population générale, et celle de la déformation tenaille (pincer) 67 % 2. Plus troublant encore, une lésion du bourrelet (labrum) était visible à l'IRM dans 68,1 % de ces hanches sans plainte 2. Le clinicien qui raisonne à partir de la seule image court donc un risque réel de sur-diagnostic. Cet article traite la cause morphologique et le syndrome de conflit ; la lésion du bourrelet elle-même (ce qu'elle signifie, comment savoir si c'est bien elle qui fait mal, et ce qu'on en fait) a son propre article : la lésion du labrum de la hanche.

À retenir

  • Le FAI est un diagnostic de triade : symptômes + signes cliniques + imagerie 1. Aucun des trois ne suffit seul.
  • La douleur est le plus souvent inguinale, mécanique, provoquée par la position assise, l'accroupissement et les gestes en flexion-rotation (« signe du C »).
  • La morphologie came est présente chez plus d'un tiers des sujets sans douleur 2 : l'image ne fait pas le diagnostic.
  • Le test FADIR est un excellent test de dépistage (très sensible), mais un FADIR positif ne confirme rien 6.

Le test FADIR : sensible, donc utile pour écarter

Le test central de l'examen est le FADIR (flexion-adduction-rotation interne). Patient en décubitus dorsal, le clinicien porte passivement la hanche à 90° de flexion, puis y ajoute une adduction et une rotation interne. La reproduction de la douleur inguinale habituelle du patient signe un test positif. Le geste rapproche mécaniquement le col fémoral du rebord antéro-supérieur de l'acétabulum : c'est la manœuvre qui « met en tension » la zone de conflit présumée.

Sa valeur, il faut la comprendre finement pour ne pas la sur-interpréter. Une revue systématique avec méta-analyse retrouve une sensibilité groupée très élevée, de 0,94 à 0,99, et une sensibilité de 0,96 pour la variante flexion-rotation interne 6. Concrètement, cette forte sensibilité fait toute l'utilité du test comme outil de dépistage : un FADIR négatif aide sérieusement à écarter un conflit. À l'inverse, sa spécificité est faible : un FADIR positif ne suffit pas à confirmer le diagnostic. Les auteurs concluent explicitement que ces tests ne possèdent qu'une « valeur de dépistage » (screening accuracy) 6.

0,94–0,99sensibilité groupée du FADIR 6

Il faut d'ailleurs signaler au lecteur une hétérogénéité réelle de la littérature sur ce point. Une autre revue systématique rapporte des sensibilités du FADIR bien plus dispersées selon l'imagerie de référence : de 0,08 à 1 (radiographie) et de 0,33 à 1 (IRM), et conclut que « l'utilité globale du FADIR dans le diagnostic du FAI reste incertaine compte tenu d'une sensibilité et d'une spécificité seulement modérées » 7. Ces deux lectures (sensibilité très élevée d'un côté, incertaine de l'autre), ne s'accordent pas parfaitement, et il serait malhonnête de le masquer. Elles convergent néanmoins sur le message clinique qui compte : le FADIR oriente et dépiste, il ne tranche pas. Une revue-parapluie de 6 revues systématiques confirme que le FADIR est le test le mieux soutenu comme outil de dépistage, la plupart des tests cliniques ayant une sensibilité supérieure à leur spécificité 5.

La limitation de rotation interne

Au-delà de la reproduction douloureuse, le kinésithérapeute mesure les amplitudes passives, hanche fléchie à 90°. La rotation interne réduite est un signe clé du conflit came : le contact osseux précoce limite mécaniquement le glissement de la tête dans le cotyle. Comparer systématiquement au côté controlatéral est ici indispensable : c'est l'asymétrie, plus que la valeur absolue, qui parle.

Ce signe dépasse le simple diagnostic : il porte une information pronostique. Dans la cohorte prospective nationale néerlandaise CHECK (1 002 sujets, suivi 5 ans), l'association d'une came sévère et d'une rotation interne diminuée prédisposait fortement à une progression rapide vers l'arthrose terminale de hanche 3. Une came sévère (angle alpha > 83°) multipliait déjà par 9,66 le risque d'arthrose terminale (OR ajusté 9,66 ; IC 95 % 4,72–19,78), une came modérée (> 60°) par 3,67 3. Repérer tôt, à l'examen, une hanche came et raide de rotation interne, c'est donc identifier un terrain à surveiller, la came pouvant être un facteur de risque modifiable 3.

9,66OR ajusté d'arthrose terminale de hanche pour une came sévère 3

Ce que le kiné teste, et ce qu'il en fait

L'examen ne se réduit pas au FADIR. Le bilan reproduit dans les faits la première composante de la Personalised Hip Therapy, le protocole de rééducation développé pour l'essai FASHIoN, dont l'un des quatre piliers est justement une évaluation détaillée : stabilité, force, amplitudes et tests de conflit 8. Concrètement, le clinicien apprécie les mobilités passives (rotations, flexion, adduction), la force et le contrôle des fessiers et des rotateurs externes, la stabilité du tronc, et cherche à reproduire, puis à moduler, la douleur habituelle du patient.

L'interprétation, elle, obéit à une logique probabiliste, pas à un verdict. Un tableau typique (douleur inguinale mécanique, FADIR positif, rotation interne limitée et asymétrique chez un jeune adulte actif), élève la probabilité de conflit et justifie de compléter par l'imagerie. Un FADIR négatif abaisse fortement cette probabilité et invite à explorer d'autres causes de douleur de hanche ou d'aine. Mais jamais l'examen seul, ni l'image seule, ne pose le diagnostic : c'est la convergence de la triade qui l'autorise 1. Le rôle du kiné est de tenir les trois fils ensemble, en gardant à l'esprit que la morphologie est fréquente chez l'asymptomatique 2 et que la prévalence réelle de la came reste elle-même incertaine, estimée de 5 à 75 % selon les populations sans qu'on ait pu établir de chiffre fiable 8.

L'examen n'est pas là pour affirmer un conflit, mais pour situer sa probabilité et relier l'image à la plainte.

📸 L'imagerie ne fait pas le diagnostic à elle seule

⚠️ La morphologie came, elle, compte pour l'avenir du genou… pardon, de la hanche

Chez des sujets suivis dans le temps, une came marquée multiplie fortement le risque d'arthrose terminale de hanche. C'est un facteur peut-être modifiable : d'où l'intérêt de la repérer tôt.

Came sévère (angle alpha > 83°)OR 9,66Came modérée (angle alpha > 60°)OR 3,67

Odds ratios ajustés pour l'arthrose terminale de hanche, cohorte prospective nationale néerlandaise CHECK. La morphologie tenaille (pincer), elle, n'est pas un facteur de risque robuste. Source : Agricola et al., 2013 (PMID 22730371).

C'est sans doute le point le plus contre-intuitif du conflit fémoro-acétabulaire, et celui qui change le plus la pratique du kinésithérapeute : une radiographie « anormale » ne fait pas le diagnostic. Le consensus international de Warwick 1 est explicite sur ce point. Le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire (FAI syndrome) est défini comme une triade : pour poser le diagnostic, le patient doit réunir à la fois des symptômes appropriés, des signes cliniques positifs et des anomalies à l'imagerie. Le terme « syndrome » a d'ailleurs été introduit précisément pour souligner le rôle central des symptômes du patient, pour distinguer la maladie de la simple forme de l'os. Une came ou une tenaille visible sur un cliché, chez quelqu'un qui n'a mal nulle part, n'est pas un FAI syndrome : c'est une particularité morphologique.

Une image de conflit chez un sujet sans plainte est un faux ami : c'est un terrain, pas un diagnostic.

Ce que mesure la radiographie : l'angle alpha

La morphologie came correspond à une asphéricité de la jonction entre la tête et le col du fémur : au lieu d'être bien ronde, la tête « déborde » et perd sa sphéricité. On la quantifie par l'angle alpha, mesuré sur la radiographie (ou l'IRM/le scanner). Plus l'angle est élevé, plus la jonction est asphérique. Dans la littérature, les seuils couramment retenus sont un angle alpha supérieur à 60° pour une came dite modérée et supérieur à 83° pour une came sévère 3. La morphologie tenaille (pincer), elle, correspond à une couverture acétabulaire excessive de la tête fémorale.

Ces mesures sont utiles, mais elles décrivent une forme osseuse, pas une douleur. Et c'est là que tout se joue : la même image peut correspondre à un patient très gêné… ou à quelqu'un qui ne saura jamais qu'il « a » une came.

La morphologie came est fréquente chez l'asymptomatique

C'est la donnée qui doit rester en tête à chaque lecture d'imagerie. Dans une revue systématique de 26 études portant sur 2 114 hanches asymptomatiques (âge moyen 25 ans), la prévalence d'une déformation came était de 37 %, et bien plus élevée chez les sportifs (54,8 %) que dans la population générale (23,1 %). L'angle alpha moyen de ces hanches sans douleur était de 54,1°. La déformation tenaille atteignait 67 %. Et une lésion du bourrelet (labrum) était visible à l'IRM dans 68,1 % de ces hanches sans plainte 2.

37 %de cames chez des hanches asymptomatiques : 54,8 % chez les sportifs 2

Autrement dit : chez un sportif sur deux, on trouvera une came à l'imagerie sans que cela signifie quoi que ce soit cliniquement. Retrouver un labrum « abîmé » à l'IRM chez sept hanches indolores sur dix relativise fortement la valeur d'une telle image prise isolément. Si l'on posait le diagnostic sur la seule imagerie, on « diagnostiquerait » un FAI chez une grande partie de la population générale bien portante.

Une prévalence à interpréter avec prudence

Il faut rester honnête sur l'incertitude : les chiffres de prévalence varient énormément d'une étude à l'autre. La revue de Frank 2 donnait déjà une fourchette de 7 % à 100 % selon les travaux. Une autre revue systématique de 30 études 8 a retrouvé des estimations allant de 5 % à 75 % des participants concernés, sans parvenir à démontrer de prévalence plus élevée dans des sous-groupes pourtant supposés à risque comme les athlètes ou les personnes souffrant de la hanche, faute de données de qualité suffisante. Les auteurs concluent qu'on ne dispose pas actuellement de données assez solides pour établir la vraie prévalence de la morphologie came en population générale.

Ce que l'on peut en tirer pour la clinique n'est pas « le chiffre exact », mais le message robuste qui traverse toutes ces études : la came est un trait morphologique commun, souvent silencieux, qui ne peut à lui seul porter un diagnostic de syndrome.

À retenir

  • Le FAI syndrome est une triade 1 : symptômes + signes cliniques + imagerie. Les trois, pas un seul.
  • L'imagerie mesure une forme d'os (angle alpha pour la came), pas une douleur.
  • La came est fréquente chez l'asymptomatique : 37 % des hanches sans douleur, jusqu'à 54,8 % chez les sportifs 2.
  • La prévalence exacte reste incertaine 8 : on ne surinterprète pas un chiffre isolé.
  • Le test FADIR est un outil de dépistage, pas de confirmation : négatif il aide à écarter, positif il ne prouve rien.
  • Conclusion pratique : l'image se lit toujours à la lumière de la clinique, jamais l'inverse.

Le versant clinique : le FADIR dépiste, il ne confirme pas

Si l'imagerie ne suffit pas, le test clinique non plus. Le test FADIR (flexion-adduction-rotation interne) est l'examen le mieux soutenu pour dépister un FAI. Sa sensibilité groupée est très élevée : de 0,94 à 0,99 selon la méta-analyse de Reiman 6, qui retrouve aussi 0,96 pour le test de flexion-rotation interne. Une sensibilité aussi haute a une vertu concrète : un FADIR négatif aide à écarter le conflit. En revanche, sa spécificité est faible ; un FADIR positif, à lui seul, ne confirme rien. Les auteurs sont formels : ces tests ne possèdent qu'une valeur de « dépistage » (screening accuracy).

La littérature n'est d'ailleurs pas parfaitement homogène : une autre revue systématique 7 rapportait une sensibilité du FADIR beaucoup plus dispersée selon la modalité d'imagerie de référence (de 0,08 à 1 confirmée par radiographie, de 0,33 à 1 par IRM), concluant que sa valeur diagnostique globale reste incertaine du fait d'une sensibilité et d'une spécificité seulement modérées, tout en le jugeant utile comme outil de dépistage à faible risque. Ces divergences de chiffres, il faut le dire clairement au lecteur, ne remettent pas en cause le message : un test isolé, positif, ne fait pas le diagnostic.

Aucun élément pris seul (ni l'image, ni le FADIR), ne fait le diagnostic : c'est leur convergence, avec les symptômes, qui compte.

Combiner l'image et la clinique : pourquoi et comment

La logique de la triade devient limpide quand on croise les deux versants. La came, prise isolément, est trop fréquente pour être spécifique. Le FADIR, pris isolément, est trop peu spécifique pour confirmer. Mais chacun couvre la faiblesse de l'autre : les symptômes désignent la hanche qui souffre, le FADIR reproduit et localise la gêne, et l'imagerie vérifie qu'il existe bien un substrat morphologique cohérent. C'est la concordance des trois, pas l'un des trois, qui porte le diagnostic de FAI syndrome 1.

En pratique, cela veut dire deux erreurs symétriques à éviter :

SituationInterprétation prudente
Came à l'imagerie, patient sans douleur ni signe cliniquePas un FAI syndrome. Simple morphologie, fréquente. On ne rééduque pas une radiographie.
FADIR positif isolé, sans imagerie concordante ni tableau clinique clairSignal de dépistage à explorer, insuffisant pour conclure. Un positif ne prouve rien à lui seul.
Symptômes appropriés + signes cliniques positifs + imagerie concordanteFAI syndrome plausible selon la triade de Warwick : on peut construire un projet de prise en charge.

La morphologie garde tout de même un sens pronostique

Dire que l'image ne fait pas le diagnostic ne revient pas à dire qu'elle est inutile. La morphologie came a une valeur pronostique bien documentée sur le long terme. Dans la cohorte prospective nationale néerlandaise CHECK (1 002 sujets, suivi 5 ans), une came modérée (angle alpha > 60°) multipliait par 3,67 le risque d'arthrose de hanche terminale (OR ajusté 3,67 ; IC 95 % 1,68–8,01) et une came sévère (> 83°) par près de 10 (OR ajusté 9,66 ; IC 95 % 4,72–19,78). L'association d'une came sévère et d'une rotation interne réduite prédisposait particulièrement à une progression rapide vers l'arthrose 3.

9,66OR ajusté d'arthrose terminale en cas de came sévère (> 83°), cohorte CHECK 3

Les auteurs soulignent que le conflit came pourrait être un facteur de risque modifiable, d'où l'intérêt de le repérer tôt. La nuance clinique est donc double : l'imagerie ne diagnostique pas le syndrome à elle seule, mais lorsqu'elle révèle une came marquée, elle identifie un profil qui mérite une attention pédagogique (facteurs de risque, hygiène articulaire, surveillance des cames symptomatiques), sans pour autant transformer un sujet indolore en patient. La juste place de l'imagerie, c'est celle-là : un élément du raisonnement, jamais le raisonnement tout entier.

⚖️ Chirurgie ou rééducation ? Ce que disent les essais

⚖️ Chirurgie ou rééducation ? Les deux marchent : l'écart est modeste

Deux essais randomisés donnent l'avantage à l'arthroscopie, mais de peu : la rééducation conservatrice améliore aussi les patients, et reste une option légitime de première intention.

FAIT, avantage chirurgie (score HOS-ADL, 8 mois)+ 10,0 ptsFASHIoN, avantage chirurgie (score iHOT-33, 12 mois)+ 6,8 pts

Différences moyennes en faveur de la chirurgie arthroscopique versus prise en charge conservatrice : FASHIoN +6,8 points 9, FAIT +10,0 points 10. Les deux bras s'améliorent ; la rééducation de référence est la « Personalised Hip Therapy ». Après chirurgie, 87 % des sportifs reprennent le sport 11.

C'est la question que pose tout patient à qui l'imagerie a trouvé une came ou une tenaille : faut-il opérer, ou la kinésithérapie suffit-elle ? Pendant longtemps, le débat s'est nourri surtout de séries chirurgicales sans groupe témoin. Depuis 2018, deux essais contrôlés randomisés de bonne facture, le britannique UK FASHIoN et l'essai FAIT (Palmer), permettent enfin de comparer directement l'arthroscopie de hanche à une prise en charge conservatrice structurée. Leurs résultats convergent, mais leur lecture demande de la nuance : ils ne disent pas que la chirurgie « guérit » et que la rééducation « échoue ».

FASHIoN : l'arthroscopie fait un peu mieux, la kiné marche aussi

L'essai UK FASHIoN 9 a randomisé 348 patients atteints d'un syndrome de conflit fémoro-acétabulaire dans 23 hôpitaux du NHS, entre arthroscopie de hanche (n=171) et une rééducation conservatrice personnalisée menée par kinésithérapeute : la « Personalised Hip Therapy » (PHT), délivrée en 6 à 10 séances. Le critère principal était la qualité de vie liée à la hanche, mesurée par le score iHOT-33 à 12 mois.

Le résultat le plus important est souvent oublié dans les titres : les deux groupes se sont améliorés. Le score iHOT-33 est passé de 39,2 à 58,8 après arthroscopie, et de 35,6 à 49,7 après rééducation 9. L'arthroscopie a bien apporté un gain supplémentaire, une différence moyenne ajustée de 6,8 points (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093) en faveur de la chirurgie, que les auteurs ont jugée cliniquement significative.

Score iHOT-33Arthroscopie (n=171)Rééducation PHT (n=177)
Avant39,235,6
À 12 mois58,849,7
Différence ajustée6,8 points (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093) en faveur de la chirurgie

Il faut cependant remettre ce chiffre à sa juste échelle. La différence de 6,8 points dépasse tout juste la différence minimale cliniquement importante estimée (environ 6,1 points sur l'iHOT-33). Autrement dit, l'avantage de la chirurgie est réel mais modeste, à la frontière de ce qu'un patient perçoit vraiment comme un mieux. Présenter l'arthroscopie comme nettement supérieure serait une sur-interprétation.

6,8 ptsavantage de l'arthroscopie sur l'iHOT-33 à 12 mois (FASHIoN), proche du seuil de pertinence clinique

FAIT : un avantage chirurgical plus marqué, mais un contexte particulier

Le second essai randomisé multicentrique, FAIT 10, a comparé l'arthroscopie à un programme de physiothérapie associé à une modification des activités, chez des patients adressés en soins secondaires ou tertiaires. Le critère principal était le score fonctionnel HOS-ADL (activités de la vie quotidienne) à 8 mois.

Là encore, la chirurgie l'emporte, et de façon plus nette que dans FASHIoN : le HOS-ADL était de 78,4 après arthroscopie contre 69,2 après physiothérapie, soit une différence ajustée de 10,0 points (IC 95 % 6,4–13,6 ; p<0,001) en faveur de la chirurgie 10. Les auteurs concluent que ces patients « obtiennent de meilleurs résultats avec l'arthroscopie qu'avec la physiothérapie et la modification d'activité ».

EssaiScore / échéanceDifférence en faveur de la chirurgie
FASHIoN (2018)iHOT-33 à 12 mois6,8 pts (IC 95 % 1,7–12,0)
FAIT (2019)HOS-ADL à 8 mois10,0 pts (IC 95 % 6,4–13,6)

Deux réserves s'imposent avant de généraliser. D'abord, la population de FAIT était déjà orientée vers la chirurgie : des patients adressés en soins spécialisés, donc a priori plus sévères ou sélectionnés que ceux vus en cabinet de ville. Ensuite, comme dans FASHIoN, le groupe conservateur progressait aussi : la kinésithérapie n'est pas un placebo, elle améliore les patients, la chirurgie ajoute simplement un supplément de fonction.

Ce que ces essais ne tranchent pas

Il serait tentant de conclure « deux essais, même sens, donc opérez ». La réalité est plus prudente, et il faut le dire clairement au patient comme au prescripteur.

  • L'ampleur reste débattue. Un écart de 6,8 points sur une échelle de qualité de vie n'a pas le même poids qu'un écart de 10 sur une échelle fonctionnelle, et les deux instruments ne mesurent pas la même chose. On parle d'un bénéfice supplémentaire, pas d'une différence entre « ça marche » et « ça ne marche pas ».
  • La durabilité est inconnue à ce stade. Les critères principaux ont été mesurés à 8 et 12 mois. Ces essais ne nous disent pas ce qu'il en est à 5 ou 10 ans, ni si l'avantage chirurgical se maintient, se creuse ou s'estompe.
  • Le profil du patient qui bénéficie vraiment de la chirurgie n'est pas identifié. Les moyennes de groupe masquent une hétérogénéité forte : certains patients conservateurs vont très bien, certains opérés restent limités.

La comparaison chirurgie/conservateur reste donc, selon les mots mêmes des auteurs, une question ouverte dont la réponse dépend du profil de chaque patient 10. Notre rôle de kinésithérapeute n'est pas de « perdre » un patient au profit du bloc, ni de retarder une chirurgie utile, mais de poser honnêtement la balance.

Les deux essais montrent la même chose : opérés ou rééduqués, les patients vont mieux, la chirurgie ajoute un supplément, elle ne remplace pas la rééducation.

La prise en charge conservatrice n'est pas un « rien faire »

Un malentendu fréquent est d'assimiler le bras conservateur à une simple abstention. Or dans FASHIoN, le comparateur était un protocole précis, la Personalised Hip Therapy 8, structuré autour de quatre composantes menées par le kinésithérapeute : une évaluation détaillée, l'éducation et le conseil, l'aide à l'antalgie, et un programme d'exercices individualisé, supervisé et progressif, ciblant notamment les fessiers, les rotateurs externes et la stabilité du tronc, sur 12 à 26 semaines. C'est cette rééducation-là, structurée, qui produit les gains observés, pas des conseils vagues.

Rappelons enfin le préalable commun aux deux essais : leurs patients avaient un syndrome de conflit, c'est-à-dire la triade complète du consensus de Warwick, symptômes appropriés, signes cliniques positifs et anomalies d'imagerie 1. Une came ou une tenaille isolée, découverte sur une imagerie chez un sujet peu ou pas symptomatique, ne relève ni de FASHIoN ni de FAIT : proposer une arthroscopie sur la seule image serait hors du cadre validé par ces essais.

À retenir

  • Deux essais randomisés 9 montrent un avantage de l'arthroscopie sur la rééducation, mais modeste : +6,8 points (iHOT-33) et +10,0 points (HOS-ADL).
  • Dans les deux essais, les patients conservateurs s'améliorent aussi : la kinésithérapie structurée est une option légitime, souvent en première intention.
  • L'avantage de FASHIoN est proche du seuil de pertinence clinique ; celui de FAIT concerne des patients déjà adressés en soins spécialisés. On ne peut pas généraliser à tout patient.
  • La durabilité au-delà d'un an et le profil qui bénéficie vraiment de la chirurgie restent incertains : à dire honnêtement au patient.
  • Le comparateur conservateur n'est pas « ne rien faire », mais un protocole précis 8.

🎯 Quelle rééducation proposer ?

Une fois le diagnostic posé selon la triade du consensus de Warwick (symptômes appropriés, signes cliniques positifs et anomalies d'imagerie 1), la question thérapeutique se pose. Le consensus lui-même range parmi les traitements adaptés « les soins conservateurs, la rééducation, et la chirurgie arthroscopique ou ouverte » 1. Autrement dit, la kinésithérapie n'est pas un pis-aller en attendant le bloc : c'est une option de plein droit, et le plus souvent la première ligne à proposer.

La rééducation en première intention : le raisonnement

Deux arguments plaident pour commencer par le conservateur. D'abord, le syndrome se définit par les symptômes, pas par l'os : une came ou une tenaille radiologique isolée ne fait pas la maladie, et la morphologie est banale chez l'asymptomatique, 37 % de cames dans une revue de 2 114 hanches sans plainte, jusqu'à 54,8 % chez les sportifs 2. On ne rééduque donc pas une image, on traite un patient qui a mal et dont la fonction est limitée. Ensuite, même dans les essais qui favorisent la chirurgie, le groupe kinésithérapie s'améliore réellement : nous y revenons plus bas. La rééducation bien conduite change quelque chose ; elle mérite un essai loyal avant d'envisager l'arthroscopie.

On ne rééduque pas une image radiologique, on traite un patient symptomatique dont la fonction est limitée.

La Personalised Hip Therapy (PHT) : le protocole de référence

Il existe un protocole conservateur structuré et spécifique du FAI, la Personalised Hip Therapy (PHT), développé pour l'essai FASHIoN et mené par des kinésithérapeutes 8. C'est aujourd'hui la trame la mieux formalisée dont nous disposons. Elle repose sur quatre composantes clés :

  1. Une évaluation détaillée du patient : stabilité, force, amplitudes articulaires et tests de conflit 8.
  2. Éducation et conseils : explications sur la posture et la marche, et surtout apprentissage de l'évitement des positions provocatrices, flexion profonde, adduction et rotation interne combinées, précisément les positions qui referment le conflit 8.
  3. Aide à l'antalgie : soulagement de la douleur, condition d'un travail actif possible 8.
  4. Un programme d'exercices individualisé, progressif et supervisé dans le temps, complété par un travail à domicile 8.

Sur le plan pratique, la PHT est délivrée sur 12 à 26 semaines, en 6 à 10 séances kinésithérapeute-patient, adossées à un programme à domicile 8. Ce format (peu de séances encadrées, beaucoup d'autonomie guidée) est un point important à expliquer au patient : le résultat dépend largement de son assiduité entre les rendez-vous.

6–10séances de kinésithérapie sur 12 à 26 semaines 8

Que contient concrètement le programme d'exercices ?

Le programme de la PHT progresse du contrôle moteur vers l'étirement puis le renforcement, en ciblant explicitement trois territoires : les muscles fessiers, les rotateurs externes de hanche et la stabilité du tronc (core) 8. On peut détailler ces axes, qui recoupent la logique clinique du conflit.

Abducteurs et fessiers

Le renforcement des fessiers (moyen fessier, grand fessier) est un pilier explicite du programme 8. Objectif fonctionnel : améliorer le contrôle du bassin en charge et sur appui unipodal, pour limiter les contraintes antéro-supérieures sur le complexe labrum-cartilage lors de la marche, des escaliers et des transitions.

Rotateurs externes et contrôle moteur

Le travail des rotateurs externes est nommément ciblé 8. Cliniquement, il vise à réduire la tendance à la rotation interne fémorale : le mouvement qui, associé à la flexion et à l'adduction, reproduit le conflit et le FADIR positif. La phase de contrôle moteur, placée en début de progression, cherche à réorganiser le mouvement de hanche et de bassin avant d'ajouter de la charge : c'est la logique « bouger juste avant de bouger fort ».

Stabilité du tronc (core)

La stabilité du tronc est le troisième territoire ciblé 8. Une meilleure maîtrise lombo-pelvienne conditionne le bon positionnement du bassin et donc l'orientation de l'acetabulum au-dessus de la tête fémorale pendant l'effort.

Mobilité et éducation au mouvement

La PHT inclut un volet d'étirement dans sa progression 8. Un point mérite prudence : il ne s'agit pas de forcer les amplitudes vers les positions de conflit. L'éducation à éviter la flexion-adduction-rotation interne profonde 8 et le travail de mobilité doivent rester cohérents : gagner de l'amplitude utile et indolore, sans aller « chercher » la butée mécanique qui provoque la douleur.

À retenir : le contenu du programme conservateur

  • Cadre : Personalised Hip Therapy (PHT), 6 à 10 séances sur 12 à 26 semaines, menée par le kinésithérapeute 8.
  • Quatre composantes : évaluation détaillée, éducation/conseils, aide à l'antalgie, exercices individualisés-progressifs-supervisés 8.
  • Cibles musculaires : fessiers, rotateurs externes, stabilité du tronc 8.
  • Progression : du contrôle moteur vers l'étirement puis le renforcement 8.
  • Message clé au patient : éviter les positions de flexion profonde + adduction + rotation interne qui referment le conflit 8.

Quel niveau de preuve ? Ce que disent les grands essais

Deux essais randomisés multicentriques britanniques structurent aujourd'hui la discussion. Tous deux comparent l'arthroscopie de hanche à une prise en charge conservatrice, et tous deux montrent la même chose sur le fond : les deux bras s'améliorent, la chirurgie apporte un bénéfice supplémentaire de taille modeste.

Dans UK FASHIoN (348 patients, 23 hôpitaux du NHS), à 12 mois le score de qualité de vie iHOT-33 progresse dans les deux groupes : de 39,2 à 58,8 après arthroscopie, et de 35,6 à 49,7 après PHT 9. La différence ajustée est de 6,8 points en faveur de la chirurgie (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093) : jugée cliniquement significative par les auteurs, mais qui dépasse tout juste la différence minimale cliniquement importante retenue (6,1 points) 9.

Dans FAIT 10, à 8 mois le score fonctionnel HOS-ADL est de 78,4 après chirurgie contre 69,2 après kinésithérapie + modification d'activité, soit une différence ajustée de 10,0 points (IC 95 % 6,4–13,6 ; p<0,001) en faveur de l'arthroscopie 10. L'écart y est plus marqué que dans FASHIoN.

EssaiScore / échéanceConservateurChirurgieDifférence en faveur de la chirurgie
UK FASHIoN 9iHOT-33 à 12 mois35,6 → 49,739,2 → 58,8+6,8 pts (IC 1,7–12,0 ; p=0,0093)
FAIT 10HOS-ADL à 8 mois69,278,4+10,0 pts (IC 6,4–13,6 ; p<0,001)

Comment interpréter ces chiffres avec prudence

Il serait trompeur de conclure « la chirurgie est nettement supérieure ». Plusieurs réserves s'imposent, et il faut les dire au patient comme au lecteur.

  • L'écart est modeste. Dans FASHIoN, 6,8 points frôlent le seuil de pertinence clinique 9. Le gain supplémentaire de l'arthroscopie sur la kinésithérapie existe mais reste de faible ampleur.
  • Le conservateur marche. Dans les deux essais, le groupe rééducation progresse réellement 910. La kinésithérapie structurée n'est pas un placebo.
  • Le recrutement biaise en faveur de la chirurgie. Dans FAIT, la population était déjà adressée en soins secondaires/tertiaires, c'est-à-dire orientée vers une prise en charge spécialisée voire chirurgicale 10, ce qui limite la généralisation à un patient vu tôt en ville.
  • Durabilité et profil des répondeurs restent débattus. L'ampleur du bénéfice chirurgical, sa persistance à long terme et l'identification des patients qui en profitent vraiment ne sont pas tranchées par ces essais.
Les deux stratégies améliorent le patient ; la question n'est pas « chirurgie ou kiné » mais « pour qui, et dans quel ordre ».

En pratique, cela conforte une séquence raisonnable : proposer d'abord un essai loyal de rééducation structurée de type PHT, et réserver la discussion chirurgicale aux patients insuffisamment améliorés, en tenant compte du terrain. Ce dernier point n'est pas anodin : la morphologie came est un facteur de risque prospectif d'arthrose de hanche, dans la cohorte CHECK, une came sévère (angle alpha > 83°) multipliait par près de 10 le risque d'arthrose terminale (OR ajusté 9,66 ; IC 95 % 4,72–19,78) 3. Repérer et surveiller une came symptomatique fait donc partie du raisonnement au long cours, même quand on choisit le conservateur.

Et après la chirurgie ? La rééducation post-opératoire

Lorsque l'arthroscopie est retenue, la kinésithérapie garde un rôle central en post-opératoire, en particulier chez le sportif. Le pronostic global de retour au sport est plutôt favorable : dans une revue systématique de 18 séries, 87 % des sportifs reprennent le sport et 82 % retrouvent leur niveau antérieur après chirurgie du FAI 11.

87 %de retour au sport après chirurgie du FAI ; 82 % au même niveau 11

Ce bon résultat n'est toutefois pas garanti. La présence d'une arthrose de hanche diffuse au moment de l'intervention peut empêcher le retour au sport 11. Cette donnée renforce deux messages cliniques : ne pas confondre le FAI symptomatique du jeune adulte avec une hanche déjà arthrosique, et prendre en charge avant l'installation de lésions cartilagineuses évoluées, que l'on opte pour le conservateur ou pour la chirurgie suivie de rééducation.

En synthèse pour le kinésithérapeute

La rééducation du FAI syndrome dispose d'un cadre clair (la PHT), d'un contenu identifié (contrôle moteur, fessiers, rotateurs externes, tronc, mobilité prudente, éducation aux positions provocatrices) et d'un niveau de preuve honnête mais nuancé : elle améliore réellement les patients, tout en étant, dans deux grands essais, légèrement dépassée par l'arthroscopie sur des populations orientées vers le soin spécialisé 910. La position défendable est donc un conservateur de première intention, structuré et supervisé, avec réévaluation régulière et discussion chirurgicale réservée aux échecs, sans jamais oublier que la donnée reste discutée et que le meilleur choix dépend du patient qu'on a en face.

📈 Pronostic, retour au sport et risque d'arthrose

Parler de « pronostic » pour le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire (FAI) oblige à séparer deux questions que la littérature confond souvent : celle de l'évolution des symptômes (la douleur va-t-elle céder ? le patient retrouvera-t-il son sport ?) et celle du risque articulaire à long terme (la morphologie va-t-elle abîmer la hanche ?). Ces deux plans ne se recouvrent pas. On peut être porteur d'une came radiologique marquée sans douleur, et souffrir d'un FAI symptomatique sans arthrose visible. Rappelons que le diagnostic est une triade (symptômes appropriés, signes cliniques positifs ET anomalies d'imagerie) et que le terme « syndrome » a précisément été introduit pour recentrer le raisonnement sur les plaintes du patient, non sur l'os 1. Cette distinction est le fil conducteur de tout ce qui suit.

Évolution symptomatique : deux voies qui améliorent le patient

Bonne nouvelle à annoncer d'emblée : quelle que soit la stratégie retenue, la majorité des patients pris en charge s'améliorent. Les deux grands essais randomisés le montrent sans ambiguïté. Dans l'essai britannique UK FASHIoN (348 patients, 23 hôpitaux du NHS), le score de qualité de vie liée à la hanche (iHOT-33) progressait dans les deux bras à 12 mois : de 39,2 à 58,8 après arthroscopie, et de 35,6 à 49,7 après rééducation conservatrice personnalisée (Personalised Hip Therapy). La différence ajustée de 6,8 points (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093) favorisait la chirurgie et dépassait tout juste le seuil de pertinence clinique retenu (6,1 points), mais la kinésithérapie structurée produisait elle aussi un gain réel 9. Le second essai, FAIT 10, va dans le même sens : à 8 mois, le score fonctionnel HOS-ADL était de 78,4 après chirurgie contre 69,2 après physiothérapie et modification d'activité, soit une différence ajustée de 10,0 points (IC 95 % 6,4–13,6 ; p<0,001) en faveur de l'arthroscopie.

Faut-il en conclure que la chirurgie est « la » solution ? Non, et il faut le dire honnêtement au patient. La supériorité de l'arthroscopie est réelle mais d'ampleur modeste dans FASHIoN, plus marquée dans FAIT, et ces deux essais portaient sur des populations déjà orientées vers le milieu spécialisé, souvent après échec ou en vue d'une chirurgie. Le groupe conservateur progressait dans les deux cas. La comparaison chirurgie/rééducation reste donc débattue, et son résultat dépend du profil du patient plus que d'une règle universelle. La kinésithérapie de première intention garde toute sa légitimité.

Les deux voies améliorent le patient ; la vraie question n'est pas « opérer ou non ? » mais « quel patient, à quel moment, tire quel bénéfice ? »

La rééducation de référence n'est d'ailleurs pas un placebo passif : la Personalised Hip Therapy (PHT) est un protocole structuré et spécifique, mené par le kinésithérapeute sur 12 à 26 semaines (6 à 10 séances) autour de quatre composantes, évaluation détaillée, éducation et conseils, aide à l'antalgie, et programme d'exercices individualisé, progressif et supervisé ciblant fessiers, rotateurs externes et stabilité du tronc 8. C'est ce standard qui a tenu tête à l'arthroscopie dans FASHIoN, ce qui donne une base solide au discours conservateur.

Retour au sport : favorable, mais pas garanti

Chez le sportif, la donnée disponible concerne surtout le décours chirurgical. Une revue systématique de 18 séries de cas rapporte que 87 % des athlètes reprennent le sport après chirurgie du FAI et que 82 % retrouvent leur niveau antérieur 11. Le chiffre est encourageant, mais deux réserves s'imposent. D'une part, il s'agit de séries de cas : un niveau de preuve modeste, sans groupe témoin, avec un risque de sélection des bons candidats. D'autre part, le retour au niveau antérieur n'est pas systématique : près d'un sportif opéré sur cinq ne retrouve pas son niveau. La même revue identifie un facteur défavorable clair : la présence d'une arthrose de hanche diffuse au moment de l'intervention compromet le retour au sport.

87 %des sportifs reprennent le sport après chirurgie du FAI ; 82 % au même niveau 11

Ce dernier point a une portée clinique directe : il plaide pour repérer et prendre en charge le conflit avant l'installation de lésions cartilagineuses étendues. Une fois l'arthrose diffuse en place, le geste articulaire perd de son intérêt fonctionnel. Autrement dit, le meilleur pronostic sportif se joue en amont, sur une articulation encore préservée.

Morphologie came et arthrose : un risque prospectif établi

C'est sur ce terrain que la preuve est la plus robuste, et la plus utile pour cadrer le suivi. La cohorte prospective nationale néerlandaise CHECK (1 002 sujets, suivi 5 ans) a montré que la morphologie came, présente chez des sujets initialement sans arthrose, prédit l'arthrose de hanche à long terme. Une came modérée (angle alpha >60°) multipliait par 3,67 le risque d'arthrose terminale (OR ajusté 3,67 ; IC 95 % 1,68–8,01), et une came sévère (>83°) par près de dix (OR ajusté 9,66 ; IC 95 % 4,72–19,78). Pour une arthrose incidente, seule la came modérée était prédictive (OR 2,42 ; IC 95 % 1,15–5,06). Le sur-risque est particulièrement fort lorsque la came sévère s'associe à une rotation interne diminuée : cette combinaison prédispose à une progression rapide vers l'arthrose terminale 3.

Morphologie came (angle alpha)Risque d'arthrose terminale à 5 ansNiveau de preuve
Modérée (>60°)OR ajusté 3,67 (IC 1,68–8,01)Cohorte prospective 3
Sévère (>83°)OR ajusté 9,66 (IC 4,72–19,78)Cohorte prospective 3
Sévère + rotation interne réduiteProgression rapide vers l'arthroseCohorte prospective 3

Deux précautions de lecture s'imposent. Premièrement, ce risque est porté par la morphologie osseuse, non par le syndrome symptomatique en tant que tel : c'est la came à l'imagerie qui prédit l'arthrose, indépendamment de la douleur. Deuxièmement, la came est extrêmement fréquente chez des sujets sans plainte : 37 % des hanches asymptomatiques dans une revue de 2 114 hanches, jusqu'à 54,8 % chez les sportifs contre 23,1 % en population générale 2. La grande majorité de ces porteurs ne développera pas d'arthrose terminale. Un OR élevé ne signifie donc pas une fatalité individuelle : il décrit un risque relatif dans une population, pas un destin personnel. Annoncer à un patient asymptomatique porteur d'une came qu'il « aura de l'arthrose » serait une sur-interprétation.

Ce facteur de risque est-il modifiable ? L'honnêteté impose la prudence

Les auteurs de CHECK soulignent que le conflit came « pourrait être un facteur de risque modifiable », d'où l'intérêt d'un repérage précoce 3. Le conditionnel est de mise, et il faut le transmettre tel quel. Que la came soit un facteur de risque prospectif d'arthrose est établi. Qu'agir sur elle, par la chirurgie ou la rééducation, prévienne effectivement l'arthrose à long terme n'est, à ce jour, pas démontré par les essais disponibles : FASHIoN et FAIT ont mesuré la qualité de vie et la fonction à 8–12 mois, pas l'incidence d'arthrose à 10 ou 20 ans 910. Le raisonnement « corriger la came protège l'articulation » est biologiquement plausible mais reste une hypothèse. Il ne faut pas le présenter au patient comme une certitude préventive.

À retenir

  • Symptômes vs articulation : le pronostic de la douleur et le risque d'arthrose sont deux questions distinctes, une came radiologique n'est pas un diagnostic, ni une condamnation.
  • Les deux voies marchent : arthroscopie et rééducation personnalisée améliorent toutes deux le patient ; l'avantage chirurgical est modeste (FASHIoN) à modéré (FAIT) et son ampleur reste débattue selon le profil.
  • Retour au sport : ~87 % de reprise après chirurgie, ~82 % au niveau antérieur, mais séries de cas ; une arthrose diffuse préexistante compromet le retour 11.
  • Risque arthrosique : la came modérée (OR 3,67) et surtout sévère (OR 9,66) prédit l'arthrose terminale à 5 ans 3, risque relatif de population, pas fatalité individuelle.
  • Prévention non prouvée : corriger la came est plausible mais aucun essai n'a démontré qu'il prévient l'arthrose à long terme, à dire honnêtement au patient.

En pratique clinique, ce faisceau invite à une position mesurée : rassurer sur l'évolution symptomatique (la plupart des patients vont mieux, et la kinésithérapie structurée est une première intention solide), repérer les hanches à risque arthrosique (came sévère, rotation interne limitée, symptômes persistants) pour un suivi rapproché, et éviter deux excès symétriques : dramatiser une image chez un sujet peu ou pas symptomatique, ou minimiser un conflit douloureux accompagné d'une morphologie à haut risque. Là où la preuve manque, notamment sur le bénéfice préventif à long terme, le rôle du clinicien est de nommer l'incertitude, pas de la masquer.

🗂️ Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Les deux histoires qui suivent sont entièrement fictives : elles n'illustrent aucun patient réel, mais servent de fil conducteur pour montrer comment les données probantes se traduisent au cabinet. Elles ont été construites uniquement à partir des travaux cités dans cet article, et n'ajoutent aucune affirmation qui ne serait pas soutenue par la littérature. Leur but est pédagogique : rendre visible le raisonnement clinique, en particulier la distinction, centrale, entre une morphologie osseuse et un syndrome symptomatique.

Une image de conflit n'est pas un diagnostic : c'est le patient, pas la radio, qui fait le syndrome.

Cas n°1 (fictif) : Le jeune sportif à la hanche douloureuse

Imaginons « Léo », 24 ans, joueur de football semi-amateur, qui consulte pour une douleur inguinale profonde apparue progressivement, majorée par les changements de direction, les accélérations et la position assise prolongée. À l'examen, le test FADIR (flexion-adduction-rotation interne) reproduit sa douleur habituelle, et l'imagerie retrouve une morphologie came avec un angle alpha augmenté.

Faut-il pour autant conclure d'emblée ? Le consensus international de Warwick rappelle que le diagnostic de FAI syndrome repose sur une triade obligatoire (symptômes appropriés, signes cliniques positifs ET anomalies d'imagerie) et que le terme « syndrome » a précisément été introduit pour recentrer le diagnostic sur les symptômes du patient 1. Chez Léo, les trois éléments coïncident : la douleur inguinale mécanique, la reproduction au FADIR et la came radiologique s'alignent. Le tableau est cohérent avec un syndrome de conflit.

Encore faut-il rester prudent sur la valeur des pièces du puzzle. Le FADIR est un excellent test de dépistage : sa sensibilité groupée est très élevée (0,94 à 0,99), si bien qu'un test négatif aide surtout à écarter le conflit, mais sa faible spécificité fait qu'un test positif ne le confirme jamais à lui seul 65. De même, la came n'est pas rare chez les sportifs asymptomatiques.

54,8 %des sportifs asymptomatiques présentent une came à l'imagerie 2

Autrement dit, si Léo n'avait présenté qu'une came à l'imagerie, sans douleur ni signe clinique, on ne parlerait pas de syndrome. La revue systématique de Frank 2 chiffre à 37 % la prévalence d'une came asymptomatique (54,8 % chez les athlètes contre 23,1 % en population générale) et à 67 % celle d'une tenaille, avec des lésions labrales visibles à l'IRM dans 68,1 % des hanches indolores. La prudence est de mise : une autre revue n'a pas pu confirmer une prévalence plus élevée chez les sportifs, faute de données de qualité suffisante 8. Retenons surtout la leçon clinique : chez ce type de patient jeune et actif, l'image seule ne tranche rien.

Le tri décisif : morphologie ou syndrome ?

Ce cas illustre le raisonnement de tri que tout kinésithérapeute devrait tenir. On peut le résumer ainsi :

SituationInterprétationConduite
Came ou tenaille à l'imagerie, sans douleur ni signe cliniqueSimple morphologie, pas un syndrome de FAIPas de traitement du « conflit » ; rassurer
Douleur + FADIR positif, imagerie non concluanteSuspicion ; triade incomplèteNe pas conclure ; compléter le bilan
Symptômes appropriés + signes cliniques + imagerie concordanteFAI syndrome (triade réunie)Prise en charge active

La ligne du milieu mérite qu'on s'y arrête : quand la triade est incomplète, la littérature invite à dire l'incertitude plutôt qu'à forcer une étiquette. Un FADIR positif isolé, ou une came isolée, ne sont que des indices de dépistage. C'est la convergence des trois axes exigée par Warwick 1 qui autorise le diagnostic.

À retenir

  • Le FAI syndrome est un diagnostic de triade (symptômes + signes + imagerie), jamais une image isolée 1.
  • Une came est présente chez plus d'un sportif asymptomatique sur deux 2 : la morphologie n'est pas la maladie.
  • Le FADIR dépiste mais ne confirme pas : négatif il écarte, positif il ne prouve rien 6.
  • La vraie prévalence de la came reste incertaine 8 : interpréter l'imagerie avec humilité.

Cas n°2 (fictif) : Le choix conservateur, en première intention

Reprenons Léo, chez qui la triade est cette fois clairement réunie : FAI syndrome confirmé. Faut-il l'adresser d'emblée au chirurgien ? La question du choix entre chirurgie arthroscopique et rééducation est légitime, et la réponse honnête est : les deux voies améliorent les patients.

L'essai randomisé britannique UK FASHIoN (348 patients, 23 hôpitaux) a comparé l'arthroscopie à une rééducation structurée, la « Personalised Hip Therapy » (PHT). À 12 mois, le score de qualité de vie iHOT-33 s'améliorait dans les deux groupes (arthroscopie 39,2→58,8 ; PHT 35,6→49,7), avec une différence ajustée de 6,8 points (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093) en faveur de la chirurgie : un écart jugé cliniquement significatif par les auteurs, mais d'ampleur modeste, tout juste au-dessus du seuil de pertinence clinique 9.

6,8 ptsavantage moyen de la chirurgie sur l'iHOT-33 à 12 mois : modeste 9

Un second essai, FAIT (222 patients adressés en soins secondaires/tertiaires), va dans le même sens avec un avantage plus marqué : à 8 mois, le score fonctionnel HOS-ADL était de 10,0 points plus élevé après arthroscopie (78,4 vs 69,2 ; IC 95 % 6,4–13,6 ; p<0,001) 10. Deux nuances importantes, que l'on doit au lecteur : cette population était déjà orientée vers la chirurgie, et là encore le groupe kinésithérapie progressait réellement. La comparaison chirurgie/conservateur reste donc débattue, et l'ampleur comme la durabilité du bénéfice chirurgical, ainsi que le profil des patients qui en tirent vraiment parti, ne sont pas tranchés.

Chez ce jeune patient, proposer d'abord une rééducation structurée n'est pas un renoncement : c'est une option légitime et fondée sur les preuves.

Pour Léo, jeune et motivé, un essai de traitement conservateur en première intention est parfaitement défendable. La PHT n'est pas un vague « repos » : c'est un protocole structuré, mené par le kinésithérapeute, reposant sur quatre composantes, évaluation détaillée, éducation et conseils (adapter la posture, la marche, éviter les positions de flexion profonde/adduction/rotation interne), aide à l'antalgie, et un programme d'exercices individualisé, progressif et supervisé ciblant les fessiers, les rotateurs externes et la stabilité du tronc. Il se déroule sur 12 à 26 semaines, en 6 à 10 séances, complété par un travail à domicile 8.

Ne pas perdre de vue le long terme

Un dernier élément éclaire la prise en charge de ce profil : la came n'est pas seulement une image, c'est aussi un facteur de risque prospectif d'arthrose de hanche. Dans la cohorte néerlandaise CHECK (1 002 sujets suivis 5 ans), une came modérée (angle alpha >60°) multipliait par 3,67 le risque d'arthrose terminale (OR ajusté 3,67 ; IC 95 % 1,68–8,01), et une came sévère (>83°) par près de 10 (OR 9,66 ; IC 95 % 4,72–19,78), surtout lorsqu'elle s'accompagnait d'une rotation interne réduite 3.

9,66OR ajusté d'arthrose terminale en cas de came sévère 3

Ce risque concerne la morphologie, distincte du syndrome symptomatique, mais il rappelle l'intérêt d'un repérage précoce : les auteurs soulignent que le conflit came pourrait être un facteur de risque modifiable. Enfin, si une chirurgie devait un jour être retenue, le pronostic de retour au sport est globalement favorable, une revue rapporte 87 % de reprise du sport et 82 % au niveau antérieur, mais compromis par une arthrose diffuse déjà installée au moment de l'intervention 11, argument supplémentaire pour ne pas laisser traîner une hanche symptomatique.

Ce que ces deux cas fictifs enseignent tient en une phrase : bien trier (morphologie vs syndrome), ne pas surinterpréter un test de dépistage, et proposer une rééducation structurée en première intention chez le jeune sportif, tout en restant transparent sur ce que la preuve ne permet pas encore de trancher.

🧭 Comment appliquer concrètement en pratique ?

Passer de la théorie au cabinet suppose une règle simple : traiter un patient, pas une image. Le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire est un diagnostic de triade : symptômes appropriés, signes cliniques positifs ET anomalies d'imagerie doivent coexister ; le terme « syndrome » a précisément été forgé pour recentrer la démarche sur les plaintes du patient 1. Une came ou une tenaille radiologique isolée, sans symptôme, ne constitue pas le syndrome. Voici comment décliner ce principe dans un raisonnement de terrain.

Un algorithme clinique en cinq temps

La séquence ci-dessous n'est pas un protocole rigide mais une trame de raisonnement, directement inspirée des quatre composantes de la Personalised Hip Therapy 8 et de la logique de triade de Warwick 1.

  1. Reconnaître le tableau. Douleur de hanche ou d'aine chez un adulte jeune à moyen, souvent sportif, majorée par la flexion profonde, l'accroupissement prolongé, la position assise basse ou les changements de direction. Le motif mécanique et positionnel oriente ; il ne suffit pas.
  2. Dépister cliniquement. Le test FADIR (flexion-adduction-rotation interne) est l'examen le mieux soutenu comme outil de dépistage 5. Sa sensibilité groupée est élevée 6 : un FADIR négatif aide surtout à écarter le conflit. Sa spécificité étant faible, un FADIR positif ne confirme rien.
  3. Évaluer en détail. Amplitudes (surtout la rotation interne, souvent réduite), force des fessiers et des rotateurs externes, contrôle du tronc, stabilité lombo-pelvienne, tests de conflit. Cette évaluation détaillée est la première composante de la PHT 8.
  4. Confronter à l'imagerie, avec prudence. Une morphologie came ou tenaille ne fait sens que rapportée à des symptômes et des signes concordants. La morphologie est fréquente chez l'asymptomatique (voir plus bas), donc l'image confirme un tableau clinique, elle ne le crée pas.
  5. Traiter d'abord de façon conservatrice et structurée. Éducation, aide à l'antalgie, puis programme d'exercices individualisé, supervisé et progressif ciblant fessiers, rotateurs externes et gainage, du contrôle moteur vers le renforcement, sur 12 à 26 semaines en 6 à 10 séances complétées d'un travail à domicile 8.
37 %de cames asymptomatiques en revue systématique 2

Les messages-clés à faire passer au patient

La qualité de l'éducation conditionne l'adhésion. Trois idées méritent d'être expliquées simplement.

  • « Votre radio n'est pas votre douleur. » La morphologie came existe chez 37 % des hanches asymptomatiques (54,8 % chez les sportifs contre 23,1 % en population générale) et la tenaille chez 67 % 2. Une lésion du labrum est visible à l'IRM dans 68,1 % de hanches sans plainte. Dédramatiser l'image évite la kinésiophobie.
  • « La rééducation marche vraiment. » Dans l'essai FASHIoN, le groupe kiné a progressé de 35,6 à 49,7 au score iHOT-33 en 12 mois 9. Le gain conservateur est réel, pas un simple placebo d'attente.
  • « On adapte les positions, on ne les interdit pas à vie. » Conseils sur la posture, la marche et la limitation temporaire des positions de flexion profonde, adduction et rotation interne 8, le temps que la tolérance remonte grâce au renforcement.

On traite un patient qui a mal, pas une asphéricité repérée sur un cliché.

Les erreurs fréquentes à éviter

La plupart des impasses cliniques viennent d'une confusion entre morphologie et syndrome.

  • Poser le diagnostic sur la seule imagerie. C'est l'erreur cardinale que le consensus de Warwick vise à corriger : sans symptômes ni signes cliniques concordants, une came ou une tenaille n'est pas un syndrome de FAI 1.
  • Prendre un FADIR positif pour une preuve. Le FADIR est sensible mais peu spécifique ; il dépiste, il ne confirme pas 65. L'interpréter isolément conduit au surdiagnostic.
  • Surestimer la prévalence pour justifier un traitement. Les estimations de came vont de 5 à 75 % selon les études, sans surprévalence démontrée chez les sportifs ou les patients douloureux, faute de données de qualité suffisante 8. Rester humble sur les chiffres.
  • Proposer un programme non structuré. Ce qui fait l'efficacité de la PHT, ce sont l'individualisation, la progression et la supervision 8. Une simple feuille d'exercices génériques n'en est pas l'équivalent.
  • Adresser trop vite au chirurgien. La chirurgie fait mieux dans les essais, mais l'écart est modeste et le conservateur reste une option légitime de première intention (voir ci-dessous).

Quand adresser au chirurgien ?

Ici, la littérature est nuancée et il faut le dire clairement au lecteur : les deux essais randomisés de référence montrent un avantage de l'arthroscopie, mais un avantage modéré, chez des patients déjà orientés vers les soins spécialisés.

EssaiComparaisonRésultat principalNiveau de preuve
UK FASHIoN 9Arthroscopie vs PHT kiné, 348 patients, 23 hôpitauxiHOT-33 à 12 mois : +6,8 pts en faveur de la chirurgie (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093), les deux groupes s'améliorentRCT multicentrique, écart proche du seuil clinique (6,1 pts)
FAIT 10Arthroscopie vs kiné + modification d'activité, 222 patientsHOS-ADL à 8 mois : +10,0 pts en faveur de la chirurgie (IC 95 % 6,4–13,6 ; p<0,001)RCT multicentrique, population déjà adressée en soins spécialisés
Retour au sport 11Revue systématique, 18 séries après chirurgie87 % reprennent le sport, 82 % au niveau antérieur ; arthrose diffuse = freinSéries de cas, sans comparateur

En pratique, un avis chirurgical se discute quand :

  • un programme conservateur structuré et bien conduit (type PHT, 6 à 10 séances supervisées sur plusieurs semaines) n'a pas suffisamment amélioré la douleur et la fonction ;
  • le retentissement fonctionnel reste important malgré l'adhésion au traitement ;
  • le patient, informé, souhaite discuter le gain supplémentaire, modeste, que la chirurgie peut apporter 910.

Il faut néanmoins présenter honnêtement l'incertitude : dans FASHIoN, la différence dépasse tout juste la pertinence clinique, et dans les deux essais la kinésithérapie progresse aussi. L'ampleur réelle du bénéfice chirurgical, sa durabilité et le profil exact des patients qui en tirent le plus restent débattus. La décision est partagée, pas automatique.

Ne pas oublier l'enjeu à long terme

Repérer tôt une came symptomatique n'est pas qu'une question de confort immédiat. La morphologie came est un facteur de risque prospectif d'arthrose terminale de hanche : dans la cohorte CHECK, une came modérée (angle alpha > 60°) multipliait ce risque par 3,67 et une came sévère (> 83°) par 9,66, l'association came sévère + rotation interne réduite étant particulièrement prédictive 3. C'est la morphologie osseuse qui porte ce risque, non le syndrome symptomatique en tant que tel ; les auteurs soulignent que la came pourrait être un facteur modifiable, d'où l'intérêt d'un repérage précoce.

À retenir

  • Diagnostic = triade : symptômes + signes cliniques + imagerie concordants. Une image seule ne suffit jamais 1.
  • FADIR = dépistage, pas confirmation : négatif il écarte, positif il ne prouve pas 65.
  • Morphologie ≠ syndrome : came présente chez 37 % des hanches asymptomatiques, tenaille chez 67 % 2 ; prévalence globale très incertaine 8.
  • Conservateur d'abord : une PHT structurée (évaluation, éducation, antalgie, exercices individualisés et progressifs) améliore réellement les patients 89.
  • Chirurgie : avantage réel mais modeste (FASHIoN +6,8 pts ; FAIT +10,0 pts), à discuter en décision partagée après échec du conservateur 910.
  • Enjeu long terme : la came est un facteur de risque d'arthrose 3, repérage précoce utile.
Bibliographie

Chaque référence vérifiée individuellement sur PubMed (PMID cliquable). 11 sources. Cliquez un appel de note en exposant dans le texte : la bibliographie s'ouvre et surligne la source.

  1. Griffin DR, et al. (Warwick Agreement) (2016). British Journal of Sports Medicine. PMID 27629403. doi:10.1136/bjsports-2016-096743.
  2. Frank JM, Harris JD, Erickson BJ, et al. (2015). Arthroscopy. PMID 25636988. doi:10.1016/j.arthro.2014.11.042.
  3. Agricola R, Waarsing JH, Thomas GE, et al. (2013). Annals of the Rheumatic Diseases. PMID 22730371. doi:10.1136/annrheumdis-2012-201643.
  4. Dickenson E, Wall PDH, Robinson B, et al. (2016). Osteoarthritis and Cartilage. PMID 26778530. doi:10.1016/j.joca.2015.12.020.
  5. Fernandes DA, Melo GM, Contreras ES, et al. (2022). Clinical Journal of Sport Medicine. PMID 34534982. doi:10.1097/JSM.0000000000000978.
  6. Reiman MP, Goode AP, Cook CE, Hölmich P, Thorborg K (2015). British Journal of Sports Medicine. PMID 25515771. doi:10.1136/bjsports-2014-094302.
  7. Shanmugaraj A, Shell JR, Horner NS, et al. (2020). Clinical Journal of Sport Medicine. PMID 31855915. doi:10.1097/JSM.0000000000000575.
  8. Wall PD, Dickenson EJ, Robinson D, et al. (2016). British Journal of Sports Medicine. PMID 27629405. doi:10.1136/bjsports-2016-096368.
  9. Griffin DR, Dickenson EJ, Wall PDH, et al. (UK FASHIoN) (2018). Lancet. PMID 29893223. doi:10.1016/S0140-6736(18)31202-9.
  10. Palmer AJR, Gupta VA, Fernquest S, et al. (2019). BMJ. PMID 30733197. doi:10.1136/bmj.l185.
  11. Casartelli NC, Leunig M, Maffiuletti NA, Bizzini M (2015). British Journal of Sports Medicine. PMID 25841163. doi:10.1136/bjsports-2014-094414.

❓ Questions fréquentes

Qu'est-ce que le syndrome de conflit fémoro-acétabulaire (FAI) exactement ?

Selon le consensus international de Warwick, le FAI est un diagnostic de triade : il exige à la fois des symptômes appropriés, des signes cliniques positifs ET des anomalies à l'imagerie. Le terme « syndrome » a été introduit précisément pour souligner le rôle central des symptômes du patient : une morphologie came ou tenaille isolée, sans symptôme ni signe clinique, ne constitue pas le syndrome 1.

Une déformation osseuse de hanche vue à l'imagerie signifie-t-elle que j'ai un FAI ?

Non. La morphologie osseuse est très fréquente chez les sujets sans douleur : la prévalence de la déformation came est de 37 % des hanches asymptomatiques (54,8 % chez les sportifs contre 23,1 % en population générale) et celle de la tenaille de 67 %. Une lésion labrale est même visible à l'IRM dans 68,1 % des hanches asymptomatiques. L'image seule ne fait donc jamais le diagnostic 2.

Le test FADIR permet-il de confirmer le diagnostic de FAI ?

Non, c'est un test de dépistage et non de confirmation. Sa sensibilité groupée est élevée (0,94 à 0,99), ce qui permet surtout d'écarter le diagnostic lorsqu'il est négatif, mais sa faible spécificité fait qu'un test positif ne suffit pas à confirmer un FAI. Les auteurs concluent que ces tests cliniques ne possèdent qu'une valeur de dépistage et doivent être combinés à l'imagerie et au raisonnement clinique 6.

La morphologie came augmente-t-elle le risque d'arthrose de hanche ?

Oui, c'est un facteur de risque prospectif. Dans la cohorte prospective nationale néerlandaise CHECK (suivi 5 ans), une déformation came modérée (angle alpha > 60°) multipliait le risque d'arthrose terminale de hanche par 3,67 (IC 95 % 1,68–8,01) et une came sévère (> 83°) par 9,66 (IC 95 % 4,72–19,78). L'association d'une came sévère et d'une rotation interne réduite prédispose fortement à une progression rapide ; comme il pourrait s'agir d'un facteur modifiable, un repérage précoce est important 3.

En quoi consiste la rééducation conservatrice du FAI ?

La rééducation de référence, la Personalised Hip Therapy (PHT) développée pour l'essai FASHIoN, est menée par le kinésithérapeute et repose sur quatre composantes clés : une évaluation détaillée du patient, l'éducation et le conseil, l'aide au soulagement de la douleur et un programme d'exercices individualisé, supervisé et progressif dans le temps. Elle est délivrée sur 12 à 26 semaines en 6 à 10 séances, complétée par un programme à domicile 8.

Faut-il opérer un FAI ou la kinésithérapie suffit-elle ?

Les deux options améliorent le patient. Dans l'essai randomisé UK FASHIoN, le score de qualité de vie iHOT-33 progressait dans les deux bras (arthroscopie 39,2→58,8 ; rééducation 35,6→49,7), la chirurgie apportant un bénéfice supplémentaire modeste de 6,8 points (IC 95 % 1,7–12,0 ; p=0,0093), proche du seuil de pertinence clinique 9. Un second essai, FAIT, retrouve un avantage fonctionnel de la chirurgie (HOS-ADL +10,0 points ; p<0,001) chez des patients adressés en soins secondaires/tertiaires, mais le groupe kinésithérapie progressait aussi : le choix dépend du profil du patient et se discute 10.

Derrière cet article

Un auteur qui vulgarise, un relecteur qui vérifie.

Comment nous écrivons et vérifions nos contenus

Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

KinéIngénieur pédagogiqueDesign du soin
Suivre sur LinkedIn
Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

Neuro-musculosquelettiqueM2 Santé publique
Suivre sur LinkedIn

Partager