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Le syndrome douloureux du grand trochanter (tendinopathies moyen/petit fessiers, bursite) : Mise à jour 2026

Le grand trochanter est le relief osseux du haut du fémur. Douleur latérale de hanche : tendinopathie des fessiers plus que bursite, tests et exercices.

L'essentiel en 30 secondes

Une douleur latérale de hanche, chez une femme de 40 à 60 ans, est avant tout une tendinopathie de compression des fessiers, plus qu'une bursite : éducation et exercice d'abord.

36%des patients gardent des symptômes à 5 ans sans traitement actif

Ce que c'est
Avant tout une tendinopathie de compression des moyen et petit fessiers, la bursite étant rarement isolée.
Ce qui met sur la piste
Une douleur trochantérienne palpable, exacerbée en décubitus latéral la nuit, chez une femme de 40 à 60 ans.
Comment on tranche
Le diagnostic est clinique : douleur reproduite à la palpation, à la station unipodale prolongée, à la marche en côte.
Ce qu'on fait en premier
Éducation et exercice progressif des abducteurs : 77,3 % de succès à 52 semaines, contre 58,5 % pour l'infiltration de corticoïdes.
Chez qui
Quatre femmes pour un homme, avec un pic entre 40 et 60 ans.

La suite reprend chacun de ces points en détail, sources à l'appui. Elle est là si vous en avez besoin.

Chapitre par chapitre

1 / 7

7 chapitres de l'article · 41 min au total

Chapitre 1

Comprendre7 min

Le SDGT est avant tout une tendinopathie de compression des fessiers, pas une bursite isolée.

Terrain
C'est une pathologie féminine et tardive : ratio de 4 femmes pour 1 homme, pic entre 40 et 60 ans.
Facteurs de risque
Les facteurs de risque clés incluent l'IMC élevé, la lombalgie, la coxarthrose et la faiblesse des abducteurs.
Mécanisme
Le mécanisme est une compression des tendons par la bandelette ilio-tibiale, aggravée en adduction.
Évolution
Sans traitement actif, 36 % des patients gardent des symptômes persistants à 5 ans.
Chapitre 2

Diagnostiquer6 min

Le diagnostic du SDGT repose sur un cluster clinique : palpation, Single Leg Stance et FADER positifs.

Imagerie limitée
L'imagerie est inutile en première intention, sauf drapeaux rouges ou échec du traitement.
Sur-interprétation
Le risque majeur de l'imagerie est la sur-interprétation d'anomalies asymptomatiques.
Différentiel
Le différentiel non négociable inclut la radiculopathie L5, la coxarthrose, le FAI et la méralgie.
Classification
La classification par stade dose la rééducation : isométrique en aigu, HSR en chronique.
Chapitre 3

Traiter7 min

La première ligne, avec la preuve la plus élevée, associe éducation et exercice progressif des abducteurs.

LEAP 2018
L'essai LEAP montre 77,3 % de succès, contre 58,5 % pour les corticoïdes à un an.
Positions à éviter
L'éducation porte sur les positions compressives à éviter : jambes croisées, hanchée, décubitus sans oreiller.
Psychosocial
La kinésiophobie et la catastrophisation, dès l'évaluation initiale, prédisent l'échec du traitement.
Exercice central
L'exercice est l'intervention avec le plus haut niveau de preuve pour des résultats durables.
Chapitre 4

Prévenir4 min

Une récupération durable exige une approche active et centrée sur le patient.

Éducation
L'éducation est la clé : éviter les positions de compression comme les jambes croisées.
Exercice
L'exercice, soit le renforcement progressif des abducteurs, est le vrai traitement.
Retour gradué
Le retour gradué suit la règle des 10 % d'augmentation hebdomadaire pour prévenir les récidives.
Auto-gestion
L'auto-gestion est l'objectif final : le patient devient expert de sa pathologie.
Chapitre 5

Femmes à risque5 min

Le SDGT a un biais sexuel marque expliqué par l'anatomie pelvienne : bassin large, angle Q, anteversion femorale.

Trois sous-groupes
On distingue trois profils : sédentaire ménopausée, masters active et chronique compliqué.
Comorbidités
Il faut dépister les autres tendinopathies associées : coiffe, épicondyle, plantaire.
Facteurs modifiables
L'IMC et la sédentarité sont les facteurs de risque modifiables majeurs à traiter.
Bassin large
Le bassin plus large de la femme augmente le bras de levier en adduction relative.
Chapitre 6

Cas cliniques6 min

La palpation trochantérienne familière reste le pivot du diagnostic, malgré les pièges.

Cas LEAP
Le cas typique répond à un protocole d'éducation et d'exercice sur 8 à 12 semaines.
Pièges
Les pièges classiques incluent la méralgie paresthésique, la radiculopathie L5 et le FAI.
Escalade
En cas d'échec, l'escalade va des ondes de choc au PRP puis à la chirurgie endoscopique.
Cas méralgie
Un cas de fausse méralgie s'est résolu en traitant la tendinopathie fessière plutôt que le nerf.
Chapitre 7

En pratique6 min

La collaboration interprofessionnelle est essentielle pour les cas complexes de SDGT.

PROMs
Les résultats se mesurent avec des PROMs validés : VISA-G, HOOS, NPRS et GROC.
Obstacles EBP
Les obstacles à l'EBP (temps, compétences, ressources) sont réels mais surmontables.
VISA-G
Le VISA-G est un questionnaire de 8 items, validé spécifiquement pour la tendinopathie fessière.
Drapeaux rouges
Les drapeaux rouges incluent un antécédent de cancer, une fièvre ou un déficit neurologique progressif.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Qu'est-ce que le grand trochanter ?

Le grand trochanter est la saillie osseuse de la partie haute et externe du fémur, l'os de la cuisse. On le sent sous la peau, sur le côté de la hanche, en s'allongeant sur le flanc. Plusieurs muscles s'y attachent, en particulier deux muscles fessiers, le moyen et le petit, qui écartent la cuisse sur le côté et stabilisent la hanche pendant la marche. Une douleur ressentie à cet endroit vient d'ailleurs le plus souvent de leurs tendons, ces cordons qui relient le muscle à l'os, plutôt que de l'os lui-même.

Kinésithérapie · Douleur latérale de hanche

En bref

Le syndrome douloureux du grand trochanter (SDGT) est la cause la plus fréquente de douleur latérale de hanche chez l'adulte ; il correspond avant tout à une tendinopathie de compression des tendons moyen et petit fessiers, et non à une bursite isolée (49,9 % de tendinose contre 20,2 % de bursite à l'échographie). À prédominance féminine (ratio femmes/hommes d'environ 4:1) et tardive (pic entre 40 et 60 ans), elle se manifeste par une douleur trochantérienne palpable, exacerbée en décubitus latéral homolatéral nocturne. La première ligne associe éducation et exercice progressif des abducteurs : l'essai LEAP montre 77,3 % de succès à 52 semaines contre 58,5 % pour l'infiltration de corticoïdes.

Synthèse clinique fondée sur LEAP 2018, méta-analyses récentes (Bremer 2025, Harding 2024) et reviews de référence (Grimaldi & Fearon 2015, Speers 2017) : tendinopathie des moyen et petit fessiers.

Diagnostic clinique Éducation + exercice Ondes de choc / PRP Evidence-based
10-25%
Prévalence vie entière
Segal 2007 · cohorte n=3026
4:1
Ratio femmes : hommes
Fearon 2013 · BJSM
77,3%
Succès éducation + exercice à 52 sem.
LEAP / Mellor 2018 · BMJ k1662

Synthèse clinique

  • Le SDGT (Greater Trochanteric Pain Syndrome) est avant tout une tendinopathie de compression des tendons moyen et petit fessiers, pas une bursite isolée : sur 877 patients en échographie, Long 2013 retrouve 49,9 % de tendinose vs seulement 20,2 % de bursite, dont quasiment jamais isolée.
  • Pathologie féminine et tardive : ratio F:H autour de 4:1, pic entre 40 et 60 ans (Fearon 2013, Segal 2007). Facteurs de risque consolidés : IMC élevé, douleurs lombaires associées, coxarthrose ipsilatérale, faiblesse des abducteurs de hanche (Allison 2016).
  • Le diagnostic est clinique : douleur latérale du grand trochanter reproduite par la palpation, exacerbée en décubitus latéral homolatéral nocturne, à la station unipodale prolongée, à la marche en côte et aux escaliers.
  • Tests cliniques de référence : Single Leg Stance à 30 secondes (sensibilité 100 %, spécificité 97 %, Lequesne 2008), FADER (Flexion-Adduction-Rotation Externe, sensibilité jusqu'à 88 %), reproduction de la douleur par palpation directe.
  • L'imagerie (IRM ou échographie) n'est pas recommandée en première intention : les anomalies tendineuses sont très fréquentes chez les sujets asymptomatiques, en particulier avec l'âge (corrélation imagerie-symptômes faible).
  • Première ligne, niveau de preuve élevé : éducation patient (éviter la compression) + exercice progressif des abducteurs. L'essai LEAP (Mellor 2018) montre 77,3 % de succès à 52 semaines vs 58,5 % pour l'infiltration de corticoïdes.
  • La méta-analyse 2025 (Bremer, Clinical Rehabilitation) confirme la supériorité long terme de la combinaison éducation + exercice gradué. Ondes de choc (ESWT) en deuxième ligne pour les cas résistants (Harding 2024).
  • Le PRP supplante les corticoïdes pour la fonction à 2 ans (Fitzpatrick 2019, AJSM) ; la chirurgie endoscopique ne se discute qu'en dernier recours après échec de plus de 6 mois de prise en charge conservatrice bien menée.
  • Éducation centrale : éviter de croiser les jambes, ne pas s'affaisser sur une hanche en appui unipodal, oreiller entre les genoux la nuit, éviter les sièges bas (genoux plus hauts que les hanches).
  • Le SDGT peut mimer une radiculopathie L5 (faiblesse des abducteurs, douleur latérale irradiante) ou une méralgie paresthésique : un examen neurologique systématique reste indispensable.
  • Le retour aux activités d'impact doit être critériesé (force, contrôle moteur, test de Trendelenburg 30 s), avec règle des 10 % d'augmentation hebdomadaire de la charge pour prévenir les récidives.
  • Les facteurs psychosociaux (kinésiophobie, catastrophisation) prédisent la chronicité (Plinsinga 2020) : leur identification précoce est non négociable.
  • Anamnèse médicamenteuse : rechercher une exposition récente aux fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine, ofloxacine) et une corticothérapie générale ou locale. Les deux majorent le risque de tendinopathie et de rupture, surtout après 60 ans, sur les tendons porteurs et en cas d'association entre elles.

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome douloureux du grand trochanter (SDGT) ?
    1. Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le corps et comment le SDGT évolue-t-il naturellement ?
  2. Comment évaluer et diagnostiquer le SDGT avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?
    3. Faut-il classifier les patients souffrant de SDGT et pour quels bénéfices ?
  3. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le SDGT ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
    2. Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
    3. Thérapies manuelles, ondes de choc, injections : quelle est leur réelle efficacité ?
    4. Au-delà du physique : comment éduquer le patient et agir sur les facteurs psychologiques ?
  4. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives du SDGT ?
    1. Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
    2. Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?
  5. Femme > 40 ans : pourquoi le SDGT est une pathologie sexe-spécifique et quelles implications cliniques ?
    1. Anatomie pelvienne et biomécanique : pourquoi les femmes sont-elles plus exposées ?
    2. Ménopause, œstrogènes et santé tendineuse : un cocktail défavorable ?
    3. Comment stratifier le risque et adapter la prise en charge ?
  6. Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le SDGT ?
    1. Analyse d'un cas « classique » : de l'évaluation à la résolution.
    2. Le défi diagnostique : quand le SDGT imite une autre pathologie.
    3. Étude d'un cas complexe : la rupture tendineuse opérée.
  7. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

1. Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome douloureux du grand trochanter (SDGT) ?

Dans ce chapitre : définition contemporaine (Long 2013, Grimaldi 2015), épidémiologie (Segal 2007, Lievense 2005), facteurs de risque consolidés (Allison 2016, Fearon 2013), physiopathologie de compression (bandelette ilio-tibiale, conflit tendon-trochanter) et évolution naturelle.
Le syndrome douloureux du grand trochanter (SDGT, en anglais Greater Trochanteric Pain Syndrome, GTPS) est la cause la plus fréquente de douleur latérale de hanche chez l'adulte.¹ Longtemps appelé « bursite trochantérienne », il est aujourd'hui compris comme une tendinopathie de compression des tendons des moyen et petit fessiers à leur insertion sur le grand trochanter, la bursite n'étant qu'une découverte secondaire et inconstante.²

1.1. Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?

Le SDGT se définit par une douleur reproductible à la palpation du grand trochanter, souvent associée à une douleur latérale de hanche aggravée par les positions ou activités sollicitant l'adduction relative de hanche : décubitus latéral homolatéral nocturne, station unipodale prolongée, marche en côte ou descente d'escaliers.³ Cette présentation clinique est aujourd'hui consensuellement attribuée à une tendinopathie dégénérative non inflammatoire des muscles fessiers, et non à une inflammation bursale primaire.²
Sur 877 patients explorés en échographie pour douleur trochantérienne, Long et coll. (AJR 2013) retrouvent une tendinose fessière dans 49,9 % des cas, contre seulement 20,2 % de bursite : quasiment jamais isolée. Le terme « bursite trochantérienne » est donc trompeur dans la majorité des cas.
Épidémiologie 📊 :
  • Prévalence vie entière : 10 à 25 % de la population générale présente un épisode au moins (revues fondées sur cohortes Segal 2007 et Lievense 2005).⁴⁻⁵
  • Incidence en soins primaires : 1,8 patients pour 1 000 par an (cohorte rétrospective Lievense 2005, n = 164, âge moyen 55 ans, 80 % femmes).⁵
  • Ratio femmes : hommes ≈ 4:1 (Fearon 2013, Speers 2017, Grimaldi 2015) avec un pic d'incidence entre 40 et 60 ans, particulièrement marqué après la ménopause.¹⁻³
10-25%Prévalence vie entière
4:1Ratio femmes : hommes
49,9%Tendinose fessière à l'écho (Long 2013)
1,8/1000/anIncidence soins primaires (Lievense 2005)

📊 SDGT : que retrouve-t-on réellement à l'imagerie ?

Distribution des anomalies sur 877 patients consécutifs (Long et coll., AJR 2013)

Long 2013 : tendinose dominante, bursite minoritaire 50% 40% 30% 20% 10% 0% 49,9 % Tendinose moyen + petit fessier 28,5 % Bandelette IT épaissie 20,2 % Bursite rarement isolée 0,5 % Déchirure tendineuse

Source : Long SS, Surrey DE, Nazarian LN. AJR Am J Roentgenol. 2013;201(5):1083-1086. Implication clinique : le traitement focalisé sur l'anti-inflammation de la bourse est inapproprié dans 80 % des cas.

Facteurs de risque consolidés :
  • IMC élevé : l'un des facteurs les plus puissants ; en augmentation marquée du risque chez les sujets en surpoids et obèses (Segal 2007).⁴
  • Sexe féminin et âge entre 40 et 60 ans, avec une exacerbation post-ménopausique (Fearon 2013, Speers 2017).¹⁻³
  • Douleurs lombaires concomitantes : association documentée par plusieurs cohortes ; la prévalence du SDGT atteint 20 à 35 % chez les patients référés en chirurgie du rachis lombaire (Tortolani 2002).⁶
  • Arthrose ipsilatérale (hanche ou genou) (Segal 2007).⁴
  • Faiblesse des abducteurs de hanche : Allison 2016 (MSSE) démontre, en comparaison à des contrôles asymptomatiques, une réduction significative de la force isométrique des abducteurs du côté symptomatique ET du côté controlatéral.⁷
  • Largeur du bassin augmentée et angle Q féminin (biomécanique) : favorisent l'adduction relative et la compression tendineuse.²

🚩 Drapeaux rouges devant une douleur latérale de hanche

  • Douleur nocturne sévère non mécanique ou douleur au repos progressive → suspicion néoplasique (métastase osseuse, lymphome), infection
  • Antécédent récent de cancer (sein, prostate, poumon, rein, thyroïde, mélanome) → bilan métastatique avant toute prise en charge
  • Fièvre, syndrome inflammatoire biologique, sueurs nocturnes, perte de poids inexpliquée → recherche d'infection osseuse, arthrite septique, néoplasie
  • Traumatisme récent à haute énergie ou douleur d'impotence brutale chez le sujet âgé / ostéoporotique → fracture du col fémoral ou fracture de stress trochantérienne
  • Déficit neurologique progressif (faiblesse, dysesthésies dermatomales L4-S1, queue de cheval) → pathologie rachidienne grave
  • Tuméfaction profonde, asymétrie de masse à l'inspection / palpation → bilan IRM + référence orthopédique
  • Échec total d'un traitement conservateur bien conduit ≥ 6 mois → rechercher rupture tendineuse complète (IRM), pathologie articulaire associée

⚠️ Tout drapeau rouge → orientation médicale rapide (médecin généraliste, urgences, rhumatologie ou chirurgie orthopédique) avant la prise en charge kinésithérapique.

1.2. Que se passe-t-il dans le corps et comment le SDGT évolue-t-il naturellement ?

La physiopathologie centrale du SDGT est la compression tendineuse 🔬 : les tendons des moyen et petit fessiers sont comprimés contre la facette latérale et postéro-supérieure du grand trochanter, principalement par la bandelette ilio-tibiale qui les recouvre.²·⁸ Cette compression est maximale lorsque la hanche est en adduction relative ; c'est-à-dire chaque fois que le centre de gravité de la tête fémorale est déporté médialement par rapport au pied portant : station unipodale prolongée, position « hanchée » debout, décubitus latéral homolatéral sans coussin, ou jambes croisées en position assise.²·³

🦵 Mécanisme : pourquoi l'adduction relative écrase les tendons fessiers

Positions à risque vs positions protectrices (concept de « charge compressive », Grimaldi 2015)

Compression tendineuse selon la position de hanche ❌ Adduction relative COMPRESSION ELEVEE jambes croisées · hanchée · décubitus latéral → douleur trochantérienne reproduite ⚠ Neutre COMPRESSION MODEREE debout, appui bipodal symétrique → symptomatologie atténuée ✅ Abduction légère DECOMPRESSION oreiller entre genoux · jambes décroisées → position protectrice nocturne

Adapté de Grimaldi A & Fearon A. JOSPT. 2015;45(11):910-922. Le levier biomécanique fondamental du traitement : déplacer les positions du patient vers la décompression tendineuse.

Sous l'effet de cette compression chronique, le tendon développe des modifications dégénératives décrites par le modèle du continuum de la tendinopathie de Cook & Purdam (BJSM 2009) :⁸
  1. Tendinopathie réactive (réponse aiguë à une surcharge, non inflammatoire, épaississement réversible) ;
  2. Tendon « remanié » (dysrepair) : tentative de guérison désorganisée ;
  3. Tendinopathie dégénérative : modifications structurales avancées avec perte d'organisation des fibres de collagène, néovascularisation, hyperinnervation sensitive contribuant à la douleur.
L'évolution naturelle n'est pas systématiquement favorable. La cohorte historique Lievense 2005 (BJGP) suivant 164 patients en soins primaires montrait qu'environ 29 % des patients rapportaient une guérison complète à 5 ans, alors que 36 % conservaient ou aggravaient leurs symptômes.⁵ Une cohorte 11 ans plus tard a confirmé cette nature potentiellement chronique du SDGT, justifiant pleinement une prise en charge active. Dans les cas persistants, Plinsinga 2020 (Pain Med) a démontré la présence d'un déficit de modulation centrale de la douleur chez les patients souffrant de SDGT chronique vs contrôles sans douleur : argument supplémentaire pour intégrer une approche biopsychosociale dès la persistance des symptômes au-delà de quelques semaines.⁹
  • Le SDGT est avant tout une tendinopathie de compression des moyen et petit fessiers, et non une bursite isolée (Long 2013 : 49,9 % tendinose vs 20,2 % bursite).
  • Pathologie féminine et tardive : ratio F:H ≈ 4:1, pic entre 40 et 60 ans. Facteurs de risque clés : IMC élevé, lombalgie associée, coxarthrose, faiblesse des abducteurs.
  • Mécanisme = compression des tendons par la bandelette ilio-tibiale, aggravée par les positions en adduction relative de hanche.
  • Évolution potentiellement chronique : 36 % de symptômes persistants à 5 ans sans traitement actif. Une sensibilisation centrale peut s'installer dans les cas réfractaires.
Bibliographie - Chapitre 1
  1. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome: a review of diagnosis and management in general practice. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.
  2. Grimaldi A, Fearon A. Gluteal Tendinopathy: Integrating Pathomechanics and Clinical Features in Its Management. J Orthop Sports Phys Ther. 2015;45(11):910-922. PMID 26381486. doi:10.2519/jospt.2015.5829.
  3. Fearon AM, Scarvell JM, Neeman T, Cook JL, Cormick W, Smith PN. Greater trochanteric pain syndrome: defining the clinical syndrome. Br J Sports Med. 2013;47(10):649-653. PMID 22983121.
  4. Segal NA, Felson DT, Torner JC, et al. Greater trochanteric pain syndrome: epidemiology and associated factors. Arch Phys Med Rehabil. 2007;88(8):988-992. PMID 17678660.
  5. Lievense A, Bierma-Zeinstra S, Schouten B, Bohnen A, Verhaar J, Koes B. Prognosis of trochanteric pain in primary care. Br J Gen Pract. 2005;55(512):199-204. PMID 15808035.
  6. Tortolani PJ, Carbone JJ, Quartararo LG. Greater trochanteric pain syndrome in patients referred to orthopedic spine specialists. Spine J. 2002;2(4):251-254. PMID 14589475.
  7. Allison K, Vicenzino B, Wrigley TV, Grimaldi A, Hodges PW, Bennell KL. Hip Abductor Muscle Weakness in Individuals with Gluteal Tendinopathy. Med Sci Sports Exerc. 2016;48(3):346-352. PMID 26418561.
  8. Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
  9. Plinsinga ML, Coombes BK, Mellor R, Vicenzino B. Individuals with Persistent Greater Trochanteric Pain Syndrome Exhibit Impaired Pain Modulation, as well as Poorer Physical and Psychological Health, Compared with Pain-Free Individuals: A Cross-Sectional Study. Pain Med. 2020;21(11):2964-2974. PMID 32232468.
  10. Long SS, Surrey DE, Nazarian LN. Sonography of greater trochanteric pain syndrome and the rarity of primary bursitis. AJR Am J Roentgenol. 2013;201(5):1083-1086. AJR doi:10.2214/AJR.12.10038.
Ce sujet fait l’objet d’une formation Physio Learning, éligible DPC et FIFPL.Voir la formation

2. Comment évaluer et diagnostiquer le SDGT avec certitude ?

Dans ce chapitre : anamnèse-clé (douleur nocturne en décubitus homolatéral, station unipodale), tests cliniques validés (Single Leg Stance, FADER, palpation), diagnostic différentiel rigoureux (radiculopathie L5, coxarthrose, FAI, méralgie), place limitée de l'imagerie et apport de la classification par stade.
Le diagnostic du SDGT est essentiellement clinique. Il repose sur un faisceau d'arguments anamnestiques et physiques convergents.¹ L'imagerie (IRM ou échographie) a une valeur ajoutée modeste en première intention et expose au risque majeur de sur-interprétation : la prévalence d'anomalies tendineuses asymptomatiques sur les IRM fessières augmente avec l'âge, faisant du diagnostic d'« anomalie d'imagerie » un piège classique.²

2.1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ? 🧐

L'anamnèse, étape la plus discriminante, doit chercher à reconstituer un schéma clinique pathognomonique :
  • « Votre douleur vous réveille-t-elle la nuit, surtout quand vous dormez sur le côté douloureux ? », réponse positive chez la majorité des patients avec SDGT.¹
  • « Quelles activités provoquent ou aggravent la douleur ? », typiquement : marche prolongée, montée et descente d'escaliers, station unipodale (enfiler un pantalon), s'asseoir avec les jambes croisées ou sur un siège bas.³
  • « Avez-vous changé récemment vos habitudes d'activité ? », augmentation rapide de volume de marche, prise de poids récente, reprise sportive, sont des contextes typiques.¹
  • « Où exactement situez-vous la douleur ? », typiquement le grand trochanter, parfois irradiée le long de la face latérale de la cuisse sans descendre franchement sous le genou (signe discriminant vs radiculopathie L5).⁴
  • « Avez-vous des douleurs lombaires associées ? », comorbidité fréquente, mais essentielle à distinguer (cf. différentiel ci-dessous).

2.2. Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ? 🤸

IRM de bassin en coupe coronale : légendes directement sur l'image, tendon du moyen fessier normal à droite, rupture tendineuse avec atrophie graisseuse à gauche, syndrome douloureux du grand trochanter.

IRMIRM de bassin en coupe coronale : légendes directement sur l'image, tendon du moyen fessier normal à droite, rupture tendineuse avec atrophie graisseuse à gauche, syndrome douloureux du grand trochanter.

Source : Kaltenborn et al., PLoS ONE, 2014, figure 3 · CC BY

Aucun test physique pris isolément n'a une précision diagnostique suffisante.⁵ La pratique fondée sur les preuves recommande l'utilisation d'un cluster de tests dont la combinaison est discriminante. Les tests les mieux étudiés :
TestDescriptionPerformanceNiveau de preuve
Palpation directe du grand trochanterReproduction de la douleur familière par pression sur la facette postéro-supérieureSensibilité élevée mais spécificité faible (la palpation est sensible chez beaucoup d'asymptomatiques aussi)Modérée
Single Leg Stance (30 s)Le patient se tient sur la jambe atteinte pendant 30 s ; test positif si reproduction de la douleur latéraleSens. 100 % / Spéc. 97,3 % pour la tendinopathie fessière à l'IRM (cohorte Lequesne 2008 : 17 patients en SDGT réfractaire, comparés à des témoins appariés sans douleur de hanche)Modérée (échantillon limité)
FADER (Flexion-Adduction-Rotation Externe)Patient en décubitus dorsal : hanche fléchie 90°, adduction maximale, rotation externeSensibilité jusqu'à 88 % (Grimaldi 2017 cohorte avec IRM-référence)Modérée
Test de résistance à l'abduction de hanche en décubitus latéralPatient en décubitus latéral, abduction contre résistance manuelleSensibilité variable, spécificité correcteModérée
Trendelenburg modifié (30 s)Inclinaison du bassin du côté non porteur ≥ 2 cm pendant station unipodale 30 sIndicateur de faiblesse abductrice fonctionnelleFaible (test indirect)

🧭 Arbre décisionnel diagnostique devant une douleur latérale de hanche

De la suspicion clinique à la confirmation : d'après Grimaldi 2015 (Sports Med) et Grimaldi 2017 (BJSM)

Arbre décisionnel SDGT Douleur latérale de hanche localisée au grand trochanter DRAPEAUX ROUGES ? cancer, fièvre, douleur nocturne sévère, déficit neuro, fracture suspectée → MEDECIN imagerie + bilan CLUSTER CLINIQUE Palpation + Single Leg Stance 30s + FADER + Anamnèse compatible (douleur nocturne latérale) DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL ECARTE ? Radiculopathie L5 (Slump, ROT, dermatome) · Coxarthrose (FADIR, amplitudes) · FAI · Méralgie paresthésique · Sacro-iliaque DIAGNOSTIC : SDGT → Imagerie SEULEMENT si échec PEC conservatrice ≥ 6-8 semaines OU drapeaux rouges, OU suspicion rupture complète

Algorithme synthétisé à partir de Grimaldi 2015 (Sports Med), de Grimaldi 2017 (BJSM) et de la pratique courante : l'imagerie n'a aucune place en première intention chez le patient sans drapeau rouge.

Diagnostic différentiel impératif ⚖️ :
  • Radiculopathie L4-L5 : douleur le long de la face latérale de cuisse pouvant descendre jusqu'au pied, déficit moteur radiculaire, dysesthésies dermatomales, signes neurodynamiques positifs (Slump, SLR). Plusieurs cas rapportés de fausse radiculopathie sur SDGT ou inversement.⁴
  • Coxarthrose : douleur plutôt inguinale, raideur matinale, limitation des amplitudes (surtout rotation interne), test FADIR positif.⁶
  • Conflit fémoro-acétabulaire (FAI) : sujet jeune sportif, douleur antérieure dominante, FADIR positif.
  • Méralgie paresthésique : symptômes neurologiques à type de brûlure ou paresthésie sur le territoire du nerf cutané fémoral latéral (face antéro-externe de cuisse) ; test de Tinel sur l'épine iliaque antéro-supérieure parfois positif.⁷
  • Syndrome du piriforme ou pathologie sacro-iliaque : douleur fessière postérieure plutôt que latérale.
  • Tendinopathie ischio-fémorale proximale : douleur fessière basse, à la station assise prolongée.
  • Fracture de stress du col fémoral ou trochanter (sportif endurance, femme en RED-s, sujet âgé ostéoporotique) : douleur progressive d'intensité croissante, parfois impotence brutale.

2.3. Faut-il classifier les patients souffrant de SDGT et pour quels bénéfices ? 🎯

Une classification fonctionnelle est utile pour doser la charge thérapeutique. Le modèle de continuum tendinopathique de Cook & Purdam (BJSM 2009, revisité 2016) reste la référence opérationnelle :⁸
  1. Tendinopathie réactive (souvent jeune adulte, début récent < 6 sem.) : douleur d'apparition rapide après surcharge. La gestion privilégie la réduction temporaire de la charge et les exercices isométriques sans douleur. Le renforcement lourd précoce serait délétère.
  2. Tendon remanié (3-6 mois) : phase intermédiaire ; introduction progressive d'exercices isotoniques sans charges compressives élevées.
  3. Tendinopathie dégénérative (souvent > 6 mois, sujet plus âgé) : approche par renforcement progressif et lourd (HSR : Heavy Slow Resistance) pour améliorer la capacité fonctionnelle, même si la structure tendineuse n'est pas restaurée.
  • Diagnostic SDGT = cluster clinique : douleur latérale trochantérienne reproduite à la palpation + Single Leg Stance 30 s positif + FADER positif + anamnèse compatible.
  • Imagerie inutile en première intention sauf drapeaux rouges ou échec conservateur. Risque majeur : sur-interprétation des anomalies asymptomatiques.
  • Diagnostic différentiel non négociable : radiculopathie L5, coxarthrose, FAI, méralgie paresthésique, fracture de stress.
  • Classification par stade (réactif / remanié / dégénératif) pour doser la rééducation : isométrique en aigu, HSR en chronique.
Bibliographie - Chapitre 2
  1. Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, Bennell K, Wajswelner H, Vicenzino B. Gluteal Tendinopathy: A Review of Mechanisms, Assessment and Management. Sports Med. 2015;45(8):1107-1119. PMID 25969366.
  2. Long SS, Surrey DE, Nazarian LN. Sonography of greater trochanteric pain syndrome and the rarity of primary bursitis. AJR Am J Roentgenol. 2013;201(5):1083-1086. AJR.
  3. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome: a review of diagnosis and management in general practice. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.
  4. Tortolani PJ, Carbone JJ, Quartararo LG. Greater trochanteric pain syndrome in patients referred to orthopedic spine specialists. Spine J. 2002;2(4):251-254. PMID 14589475.
  5. Lequesne M, Mathieu P, Vuillemin-Bodaghi V, Bard H, Djian P. Gluteal tendinopathy in refractory greater trochanter pain syndrome: diagnostic value of two clinical tests. Arthritis Rheum. 2008;59(2):241-246. PMID 18240186.
  6. Fearon AM, Scarvell JM, Neeman T, Cook JL, Cormick W, Smith PN. Greater trochanteric pain syndrome: defining the clinical syndrome. Br J Sports Med. 2013;47(10):649-653. PMID 22983121.
  7. Grimaldi A, Mellor R, Nicolson PJA, Hodges P, Bennell K, Vicenzino B. Utility of clinical tests to diagnose MRI-confirmed gluteal tendinopathy in patients presenting with lateral hip pain. Br J Sports Med. 2017;51(6):519-524. PMID 27633027.
  8. Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
  9. Cook JL, Rio E, Purdam CR, Docking SI. Revisiting the continuum model of tendinopathy: what is its merit in clinical practice and research? Br J Sports Med. 2016;50(19):1187-1191. PMID 27127294.

3. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le SDGT ?

Dans ce chapitre : hiérarchie thérapeutique fondée sur les preuves (LEAP 2018, Bremer 2025), supériorité de l'éducation + exercice progressif sur les infiltrations de corticoïdes, place des ondes de choc (Harding 2024), du PRP (Fitzpatrick 2019) et de la chirurgie endoscopique en dernière ligne.
La hiérarchie des interventions pour le SDGT a été clarifiée par l'essai LEAP (Mellor 2018, BMJ) et confirmée par la synthèse Bremer 2025 (Clinical Rehabilitation) : la combinaison éducation patient + exercice progressif est supérieure aux infiltrations de corticoïdes à long terme.¹⁻²

3.1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

La hiérarchie consensuelle (LEAP, Speers 2017, Grimaldi 2015, Bremer 2025) :¹⁻⁴
  1. Première ligne (toujours) : éducation + exercice gradué. Niveau de preuve élevé.
  2. Deuxième ligne pour les cas résistants à 8-12 semaines : ondes de choc extracorporelles (ESWT, Harding 2024).⁵
  3. Troisième ligne : infiltration de corticoïdes, uniquement pour un soulagement à court terme (≤ 6 sem.) en attendant que l'exercice prenne le relais. Effet délétère sur l'intégrité tendineuse en cas de répétition (Coombes 2010, Lancet).⁶
  4. Alternative aux corticoïdes : PRP (Plasma Riche en Plaquettes). Fitzpatrick 2019 (AJSM, RCT n=80) montre une amélioration maintenue à 2 ans, contrairement aux corticoïdes dont le bénéfice se perd dès 6 semaines.⁷
  5. Dernière ligne : chirurgie (réparation endoscopique des tendons fessiers, Walker-Santiago 2020) en cas d'échec d'au moins 6 mois de PEC conservatrice ou de rupture tendineuse complète documentée.⁸

📊 LEAP trial : éducation + exercice vs corticoïdes vs « wait and see » à 52 sem.

% de patients rapportant une amélioration globale perçue (n=204, ECR multicentrique, Mellor 2018)

LEAP trial - succès clinique à 52 semaines 100% 75% 50% 25% 0% 77,3 % Éducation + Exercice 8 séances PT + auto-gestion 58,5 % Infiltration corticoïde 1 injection écho-guidée 51,9 % Wait and see attente sans intervention

Source : Mellor R et al. BMJ. 2018;361:k1662. PMID 29720374. Succès = « beaucoup mieux » ou « guéri » sur l'échelle GROC. Conclusion : l'approche active double quasiment l'odds de succès vs corticoïdes.

3.2. Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?

L'exercice n'est pas seulement une composante du traitement : c'est l'intervention avec le plus haut niveau de preuve pour des résultats durables. La méta-analyse Bremer 2025 (recherche jusqu'en août 2024, RCT de qualité moyenne à élevée) conclut sans ambiguïté : « A combined approach of graded exercises and education has the best evidence for the management of gluteal tendinopathy and should be adopted as the core approach ».² 💪
L'exercice doit respecter le principe de la charge optimale : suffisamment pour stimuler l'adaptation tendineuse, pas assez pour irriter. Règle de la « douleur tolérable à 24 h » : la douleur pendant l'exercice peut atteindre 4/10 si elle ne s'amplifie pas dans les 24 h suivantes (Silbernagel, modèle pain-monitoring).
Structure d'un programme type (synthèse Grimaldi 2015, Mellor 2018, Bremer 2025) :
  1. Phase 1. Modulation de la douleur et décompression (semaines 1-2) :
    • Éducation sur la gestion des positions compressives (cf. § auto-gestion) priorité absolue.
    • Isométriques d'abduction en décubitus dorsal (sans charge compressive) : maintien 30-45 s × 4-5 répétitions, 1-2 fois/jour.
    • Évitement des positions en adduction prolongée.
  2. Phase 2. Renforcement isotonique ciblé (semaines 3-6) :
    • Pont fessier unipodal (progressif vers 20-30 répétitions de qualité) ;
    • Abduction couchée sur le côté sans laisser tomber la cuisse en adduction, élastique ou poids léger ;
    • « Clam shell » modifié sans compression latérale ;
    • Hip hike (relevé hémibassin) en station unipodale contrôlée.
  3. Phase 3. Renforcement fonctionnel (semaines 6-12) :
    • Squat monopodal partiel avec contrôle de l'alignement bassin-genou ;
    • Step-up et step-down contrôlés ;
    • Marche en côte progressive ;
    • Heavy Slow Resistance (HSR) à charge croissante pour les patients dégénératifs.
  4. Phase 4 : Retour aux activités spécifiques (au-delà de 12 sem.) : course, sports, randonnée, cf. chapitre 4.

3.3. Thérapies manuelles, ondes de choc, injections : quelle est leur réelle efficacité ?

IRM coronale de hanche avant et après traitement : épaississement du tendon du moyen fessier avec hypersignal intratendineux, flèche, réduction visible après injection de ténocytes autologues.

IRMIRM coronale de hanche avant et après traitement : épaississement du tendon du moyen fessier avec hypersignal intratendineux, flèche, réduction visible après injection de ténocytes autologues.

Source : Bucher et al., Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2017, figure 4 · CC BY-NC-ND

ModalitéNiveau de preuveEffet attenduPlace en pratique
Éducation + exercice graduéÉlevé (LEAP, Bremer 2025)77 % succès à 52 sem.1re ligne, indispensable
Ondes de choc (ESWT)Modéré (Harding 2024 SR/MA)Aucune différence statistiquement significative sur la douleur ni sur la fonction face au contrôle (12 études, n = 1 121) ; taille d'effet modérée sur la douleur (Hedges' g 0,71), faible sur la fonction (0,20)2e ligne si échec à 8-12 sem.
PRP (Plasma Riche en Plaquettes)Modéré (Fitzpatrick 2019 RCT)Bénéfice maintenu à 2 ans vs corticoïdes ; effet à 12 sem. supérieurAlternative aux corticoïdes
Infiltration corticoïdesModéré (court terme seulement)Amélioration nette à 4-6 sem., perte de bénéfice à 12 sem., inférieur à exercice à 52 sem.3e ligne : soulagement transitoire
Dry needlingFaible (Brennan 2017 noninferiority)Non-infériorité vs corticoïde à court terme dans un RCTOption adjuvante ; preuves limitées
Thérapie manuelleFaible (peu de RCT spécifiques)Utile sur restrictions associées (rachis lombaire, mobilité de hanche)Adjuvant pour faciliter l'exercice
AINS orauxFaibleSoulagement symptomatique court termePrudence (tendinose > tendinite, biais anti-inflammatoire)
Chirurgie endoscopiqueModéré (Walker-Santiago 2020 SR)Bonne récupération à 2 ans, complications > PRPDernier recours ou rupture complète

📐 Hiérarchie GRADE des interventions pour le SDGT

Pyramide horizontale (synthèse Bremer 2025, Mellor 2018, Harding 2024)

Niveaux de preuve GRADE par modalité HIGH ★★★★ Éducation + exercice gradué (LEAP 2018, Bremer 2025) recommandation forte MODERATE ★★★ Ondes de choc (Harding 2024) · PRP (Fitzpatrick 2019) · Corticoïdes court terme LOW ★★ Dry needling (Brennan 2017) · Thérapie manuelle · AINS · Modalités passives VERY LOW ★ Cellules souches mésenchymateuses · Sclérosants · Thérapies non validées

GRADE = Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation. Source : synthèse des méta-analyses Bremer 2025 et Harding 2024. La chirurgie endoscopique reste réservée aux échecs ≥ 6 mois.

3.4. Au-delà du physique : comment éduquer le patient et agir sur les facteurs psychologiques ?

🧠 L'approche biopsychosociale est non négociable pour les SDGT chroniques. Plinsinga 2020 (Pain Med) a démontré que les patients atteints de SDGT persistant présentent :⁹
  • Une modulation conditionnée de la douleur (CPM) altérée : marqueur de sensibilisation centrale.
  • Une santé psychologique dégradée (anxiété, dépression, qualité de vie).
  • Des scores de catastrophisation et de kinésiophobie élevés.
Ces facteurs ne sont pas de simples conséquences de la douleur : ce sont des prédicteurs indépendants de chronicité et d'échec thérapeutique. Identifier les drapeaux jaunes (Fear-Avoidance Beliefs Questionnaire (FABQ, Pain Catastrophizing Scale), PCS) en début de prise en charge est aussi important que l'évaluation physique.
  • Première ligne (preuve élevée) : éducation patient + exercice progressif des abducteurs. LEAP 2018 : 77,3 % succès vs 58,5 % corticoïdes vs 51,9 % « wait and see » à 52 sem.
  • Hiérarchie claire : exercice → ondes de choc → injections (corticoïdes court terme ou PRP pour durabilité) → chirurgie en dernier recours.
  • Éviter la compression : éducation systématique sur les positions à éviter (jambes croisées, hanchée, décubitus latéral sans oreiller).
  • Pensez biopsychosocial dès l'évaluation initiale : la kinésiophobie et la catastrophisation prédisent l'échec (Plinsinga 2020).
Bibliographie - Chapitre 3
  1. Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. Education plus exercise versus corticosteroid injection use versus a wait and see approach on global outcome and pain from gluteal tendinopathy: prospective, single blinded, randomised clinical trial (LEAP). BMJ. 2018;361:k1662. PMID 29720374.
  2. Bremer T, Nicklen P, Fearon A, Morrissey D. The efficacy of gluteal tendinopathy treatments: A systematic review. Clin Rehabil. 2025. doi:10.1177/02692155251327298.
  3. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome: a review of diagnosis and management in general practice. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.
  4. Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, Bennell K, Wajswelner H, Vicenzino B. Gluteal Tendinopathy: A Review of Mechanisms, Assessment and Management. Sports Med. 2015;45(8):1107-1119. PMID 25969366.
  5. Mani-Babu S, Morrissey D, Waugh C, et al. The effectiveness of extracorporeal shock wave therapy in lower limb tendinopathy: a systematic review. Am J Sports Med. 2015;43(3):752-761. PMID 24817008.
  6. Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials. Lancet. 2010;376(9754):1751-1767. PMID 20970844.
  7. Fitzpatrick J, Bulsara MK, O'Donnell J, Zheng MH. Leucocyte-Rich Platelet-Rich Plasma Treatment of Gluteus Medius and Minimus Tendinopathy: A Double-Blind Randomized Controlled Trial With 2-Year Follow-up. Am J Sports Med. 2019;47(5):1130-1137. PMID 30840831.
  8. Walker-Santiago R, Wojnowski NM, Lall AC, et al. Platelet-Rich Plasma Versus Surgery for the Management of Recalcitrant Greater Trochanteric Pain Syndrome: A Systematic Review. Arthroscopy. 2020;36(3):875-888. PMID 31882270.
  9. Plinsinga ML, Coombes BK, Mellor R, Vicenzino B. Individuals with Persistent Greater Trochanteric Pain Syndrome Exhibit Impaired Pain Modulation, as well as Poorer Physical and Psychological Health. Pain Med. 2020;21(11):2964-2974. PMID 32232468.
  10. Brennan KL, Allen BC, Maldonado YM. Dry Needling Versus Cortisone Injection in the Treatment of Greater Trochanteric Pain Syndrome: A Noninferiority Randomized Clinical Trial. J Orthop Sports Phys Ther. 2017;47(4):232-239. PMID 28257614.
  11. Harding D, Cameron L, Monga A, Winter S. Is shockwave therapy effective in the management of greater trochanteric pain syndrome? A systematic review and meta-analysis. Musculoskeletal Care. 2024;22(2):e1892. doi:10.1002/msc.1892. PMID 38777616.

4. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives du SDGT ?

Dans ce chapitre : auto-gestion comme pierre angulaire (LEAP 2018), gestion des charges compressives au quotidien (Grimaldi 2015), retour aux activités critérié (force, contrôle moteur), règle des 10 % de progression hebdomadaire (Gabbett 2016) et maintien long terme.
La prise en charge du SDGT ne s'arrête pas à la résolution de la douleur initiale. La stratégie efficace repose sur une approche long terme visant à prévenir les récidives et à garantir un retour durable aux activités significatives.¹ Deux piliers : autonomisation par l'auto-gestion et planification critérisée du retour aux activités.

4.1. Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?

L'éducation thérapeutique surpasse les approches passives à long terme (LEAP : 77 % succès « éducation+exercice » vs 58 % « infiltration », à 52 sem.).² Le patient doit acquérir 4 compétences clés :
  1. Gestion des charges compressives au quotidien 🧑‍🏫 :
    • Ne pas croiser les jambes en position assise ;
    • Éviter les sièges bas (genoux plus hauts que les hanches) ;
    • Position debout : répartir le poids sur les deux jambes, éviter la position « hanchée » prolongée ;
    • Sommeil : préférer le côté non douloureux avec un oreiller entre les genoux ; éviter le décubitus latéral homolatéral.³
  2. Pain monitoring ⚖️ : règle simple, applicable de manière autonome, la douleur pendant une activité peut atteindre 4-5/10 si elle ne s'aggrave pas dans les 24 h suivantes (modèle Silbernagel adapté).⁴
  3. Adhésion au programme à domicile 💪 : régularité > intensité. Une séance quotidienne brève vaut mieux qu'une longue séance hebdomadaire ratée.
  4. Identification des facteurs psychosociaux 🧠 : reconnaître ses propres pensées catastrophistes ou évitements ; dialogue ouvert avec le clinicien sur les peurs liées au mouvement.

🏠 8 gestes clés d'auto-gestion validés (synthèse Grimaldi 2015, Mellor 2018)

À enseigner systématiquement dès la première séance

Auto-gestion SDGT - 8 gestes clés ✅ 1. Coussin entre les genoux Décubitus latéral, jamais sur le côté douloureux la nuit ✅ 2. Jambes décroisées En position assise (bureau, repas, transports) ✅ 3. Genoux ≤ hanches Éviter sièges bas, fauteuils profonds. Coussin si nécessaire ✅ 4. Appui bipodal En station debout : poids égal sur les deux jambes, jamais « hanché » ✅ 5. Escaliers contrôlés Pas de chute du bassin du côté opposé (alignement bassin-genou) ✅ 6. Marche progressive +10 % de durée maximum / semaine. Éviter les longues marches initiales ✅ 7. Renforcement quotidien Programme à domicile : 10-15 min/j selon protocole personnalisé ✅ 8. Pain monitoring 24 h Douleur 4/10 OK si pas pire à H+24. Sinon : réduire la charge

Adapté de Grimaldi A. JOSPT 2015 et du protocole LEAP (Mellor 2018). À distribuer comme feuille de route patient.

4.2. Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ? 🏃

Le retour aux activités d'impact doit être critérisé, pas calendaire.⁵ La hiérarchie validée :
  1. Restauration de la fonction quotidienne sans douleur : marche 30 min, montée escaliers indolore, station debout prolongée tolérée.
  2. Critères de force et de contrôle moteur :
    • 20-30 répétitions de pont fessier unipodal sans compensation ;
    • Test de Trendelenburg 30 s sans inclinaison ≥ 2 cm ;
    • Symétrie de force isométrique abductrice ≥ 90 % (mesure dynamomètre).
  3. Réintroduction progressive des charges spécifiques (exemple coureur) :
    • Semaines 1-2 : programme marche/course alternée (1 min course + 4 min marche × 5) ;
    • Semaines 3-6 : augmentation du volume de ≤ 10 % par semaine ⚠️ (règle Gabbett 2016 : au-delà, risque de blessure majoré) ;⁶
    • Semaines 6+ : introduction d'un seul paramètre nouveau à la fois (côtes, vitesse, surface).
  4. Maintenance long terme : 1-2 séances de renforcement fessier hebdomadaires à vie chez les patients à risque (femme ménopausée, coureur loisir).

🚩 Drapeaux rouges spécifiques au retour aux activités

  • Réveil nocturne par la douleur après reprise d'activité → réduction immédiate de la charge
  • Augmentation de la douleur > 4/10 persistante à 24 h post-exercice → adapter le programme
  • Apparition de boiterie ou de signe de Trendelenburg persistant → reprise des exercices analytiques
  • Douleur descendant sous le genou (irradiation L5-S1) → ré-évaluer un diagnostic différentiel radiculaire
  • Sensation de « clac » ou impotence brutale → suspicion rupture tendineuse → IRM
  • Pour une récupération durable du SDGT, l'approche doit être active et centrée sur le patient.
  • L'éducation est la clé : éviter les positions de compression (jambes croisées, hanchée, décubitus homolatéral sans coussin).
  • 🏋️ L'exercice est le traitement : renforcement progressif et constant des abducteurs.
  • 📈 Retour gradué critérié : règle des 10 % d'augmentation hebdomadaire (Gabbett 2016) pour prévenir les récidives.
  • 🧠 L'auto-gestion est l'objectif final : le patient devient expert de sa pathologie.
Bibliographie - Chapitre 4
  1. Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, Bennell K, Wajswelner H, Vicenzino B. Gluteal Tendinopathy: A Review of Mechanisms, Assessment and Management. Sports Med. 2015;45(8):1107-1119. PMID 25969366.
  2. Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. LEAP trial. BMJ. 2018;361:k1662. PMID 29720374.
  3. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.
  4. Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906. PMID 17307888.
  5. Bremer T, Nicklen P, Fearon A, Morrissey D. The efficacy of gluteal tendinopathy treatments: A systematic review. Clin Rehabil. 2025. doi:10.1177/02692155251327298.
  6. Gabbett TJ. The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med. 2016;50(5):273-280. PMID 26758673.
  7. Plinsinga ML, Coombes BK, Mellor R, Vicenzino B. Individuals with Persistent GTPS Exhibit Impaired Pain Modulation. Pain Med. 2020;21(11):2964-2974. PMID 32232468.
  8. Allison K, Vicenzino B, Wrigley TV, Grimaldi A, Hodges PW, Bennell KL. Hip Abductor Muscle Weakness in Individuals with Gluteal Tendinopathy. Med Sci Sports Exerc. 2016;48(3):346-352. PMID 26418561.

5. Femme > 40 ans : pourquoi le SDGT est une pathologie sexe-spécifique ?

Dans ce chapitre : sur-représentation féminine (4:1) expliquée par l'anatomie pelvienne (Birnbaum 2004), rôle hormonal de la ménopause sur la santé tendineuse, identification des sous-groupes à risque (sédentaire vs sportive masters), outil de stratification clinique et adaptation pratique du programme.
Le SDGT est l'une des rares tendinopathies de l'appareil locomoteur à présenter un biais sexuel et hormonal aussi marqué : 4 femmes pour 1 homme, et un pic d'incidence chevauchant la transition ménopausique.¹ Comprendre ce biais n'est pas une curiosité épidémiologique : c'est la clé pour stratifier le risque, personnaliser la rééducation et anticiper la chronicité.

5.1. Anatomie pelvienne et biomécanique : pourquoi les femmes sont-elles plus exposées ?

Plusieurs particularités biomécaniques féminines convergent pour augmenter les contraintes compressives sur les tendons des moyen et petit fessiers à l'insertion trochantérienne :²⁻³
  • Bassin plus large : la distance bi-trochantérienne est en moyenne de 5 à 10 % supérieure chez la femme, ce qui augmente le bras de levier en adduction relative et la tension sur la bandelette ilio-tibiale qui surplombe les tendons fessiers.²
  • Angle Q (quadricipital) augmenté : valgus dynamique du genou plus marqué pendant la marche, le squat et la course, contribuant à une adduction-rotation interne de hanche compressive pour les fessiers latéraux.
  • Géométrie du col fémoral : antéversion fémorale moyenne supérieure de 4 à 6 °, modifiant la trajectoire du fascia lata sur le grand trochanter.
  • Faiblesse abductrice relative : la cohorte Allison 2016 (MSSE) a démontré une force isométrique abductrice significativement plus faible chez les femmes avec SDGT vs contrôles asymptomatiques, même du côté non douloureux, suggérant une vulnérabilité de base avant que la pathologie ne se déclenche.⁴

5.2. Ménopause, œstrogènes et santé tendineuse : un cocktail défavorable ?

La transition ménopausique chevauche le pic d'incidence du SDGT, ce qui n'est pas un hasard. 🌡️ Les œstrogènes interviennent dans la régulation du métabolisme du collagène tendineux : leur chute brutale (et celle des androgènes circulants) altère la qualité matricielle tendineuse, augmentant la susceptibilité aux tendinopathies de surcharge.⁵⁻⁶
  • Diminution de la synthèse de collagène de type I et augmentation de la cross-link maturation altérée → tendon moins résilient aux charges compressives.
  • Modification de l'architecture en fibres : altération du turnover ténocytaire.
  • Inflammation systémique de bas grade (oestro-déprivation) : potentiation de la sensibilité aux micro-traumas répétés.
  • Modifications de la composition corporelle : augmentation de la masse grasse abdomino-pelvienne, prise de poids fréquente, déconditionnement musculaire global.

⚖️ Facteurs de risque sexe-spécifiques cumulés chez la femme > 40 ans

Force des associations (OR estimés ou consensus clinique, Segal 2007, Allison 2016, Fearon 2013)

Facteurs de risque sexe-spécifiques SDGT référence (OR=1) Sexe féminin ×4 IMC ≥ 30 ×~3 Ménopause / hypo-œstrogénie ×~2,5 Faiblesse abductrice ×2 Lombalgie associée ×2 Arthrose hanche/genou ×~1,7 Sédentarité + reprise activité ×~1,5

OR consolidés à partir de Segal 2007 (n=3026), Fearon 2013, Allison 2016. Pour la ménopause, estimation indirecte basée sur l'incidence chronologique de pic (40-60 ans). Les estimations OR sont indicatives.

5.3. Comment stratifier le risque et adapter la prise en charge ?

🎯 Il est utile d'identifier 3 grands sous-groupes cliniques de femmes > 40 ans avec SDGT, car la stratégie thérapeutique optimale diffère :
Sous-groupeProfil typiquePriorité thérapeutiquePronostic
A. Femme sédentaire ménopausée + IMC élevé55-65 ans, IMC ≥ 28, déconditionnement global, lombalgie souvent associée, niveau d'activité basApproche globale : éducation + perte de poids + reconditionnement physique. Démarrage très progressif (isométriques en décharge)Bon si adhésion ; risque de chronicité élevé si sédentarité maintenue
B. Femme active masters (loisir/sportive)45-60 ans, coureuse ou randonneuse, IMC normal, augmentation récente du volume d'entraînementModification temporaire de la charge + renforcement abducteur progressif. Plan retour à la course en ≤ 10 % d'augmentation hebdomadaireExcellent (récupération en 12-16 sem.)
C. Femme « SDGT compliqué » chronique> 6 mois d'évolution, échec de PEC, signes de sensibilisation centrale (kinésiophobie, catastrophisation), comorbidités psy fréquentesApproche biopsychosociale renforcée. Adjuvants : ondes de choc, PRP si échec. Travailler la modulation centrale (éducation à la douleur, exposition graduée)Variable ; nécessite équipe pluridisciplinaire
La stratification clinique en sous-groupes (sédentaire / masters / chronique compliqué) permet d'éviter l'écueil du protocole unique. La femme masters bénéficie d'une approche d'optimisation de la charge ; la sédentaire ménopausée d'un reconditionnement complet ; la chronique compliquée d'une approche pluridisciplinaire intégrant les facteurs psychosociaux.
Implications pratiques additionnelles chez la femme post-ménopausique :
  • 📋 Dépister systématiquement les autres tendinopathies : épicondylite, tendinopathie de la coiffe des rotateurs, fasciite plantaire, fréquence augmentée en post-ménopause.
  • 🦴 Évaluer le statut osseux (DXA si indication) : la femme post-ménopausique avec douleur trochantérienne progressive doit faire éliminer une fracture de stress ou une fragilité osseuse sous-jacente.
  • 💊 Discuter l'opportunité d'un avis gynécologique pour les femmes symptomatiques de ménopause (THS, raloxifène, etc.) : décision partagée hors champ kiné.
  • 🥗 Approche métabolique : nutrition adaptée, protéines suffisantes, vitamine D, activité physique régulière. L'IMC est l'un des deux facteurs de risque modifiables majeurs.
  • Le SDGT a un biais sexuel marqué (F:H ≈ 4:1) expliqué par l'anatomie pelvienne (bassin large, angle Q, antéversion fémorale) et la transition ménopausique (impact sur la santé tendineuse).
  • Stratifier en 3 sous-groupes : (A) sédentaire ménopausée + IMC élevé, (B) masters active, (C) chronique compliquée. La stratégie thérapeutique diffère pour chacune.
  • Dépister les tendinopathies associées (coiffe, épicondyle, plantaire), la fragilité osseuse et discuter l'orientation gynécologique selon le tableau ménopausique global.
  • L'IMC et la sédentarité sont les facteurs de risque modifiables majeurs : leur prise en charge dépasse le champ kiné strict et nécessite une approche pluridisciplinaire.
Bibliographie - Chapitre 5
  1. Fearon AM, Scarvell JM, Neeman T, Cook JL, Cormick W, Smith PN. Greater trochanteric pain syndrome: defining the clinical syndrome. Br J Sports Med. 2013;47(10):649-653. PMID 22983121.
  2. Birnbaum K, Siebert CH, Pandorf T, Schopphoff E, Prescher A, Niethard FU. Anatomical and biomechanical investigations of the iliotibial tract. Surg Radiol Anat. 2004;26(6):433-446. PMID 15378277.
  3. Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, Bennell K, Wajswelner H, Vicenzino B. Gluteal Tendinopathy: A Review of Mechanisms, Assessment and Management. Sports Med. 2015;45(8):1107-1119. PMID 25969366.
  4. Allison K, Vicenzino B, Wrigley TV, Grimaldi A, Hodges PW, Bennell KL. Hip Abductor Muscle Weakness in Individuals with Gluteal Tendinopathy. Med Sci Sports Exerc. 2016;48(3):346-352. PMID 26418561.
  5. Hansen M, Kjaer M. Sex hormones and tendon. Adv Exp Med Biol. 2016;920:139-149. PMID 27535256.
  6. Magnusson SP, Hansen M, Langberg H, et al. The adaptability of tendon to loading differs in men and women. Int J Exp Pathol. 2007;88(4):237-240. PMID 17696904.
  7. Segal NA, Felson DT, Torner JC, et al. Greater trochanteric pain syndrome: epidemiology and associated factors. Arch Phys Med Rehabil. 2007;88(8):988-992. PMID 17678660.
  8. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.

6. Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le SDGT ? 📖

Dans ce chapitre : analyse d'un cas classique résolu par la combinaison éducation + exercice (essai LEAP Mellor 2018), pièges diagnostiques (radiculopathie L5 mimée, méralgie paresthésique) documentés par case reports indexés PMC, et cas complexe avec rupture tendineuse opérée endoscopique (revue Walker-Santiago 2020).
L'étude des cas cliniques publiés dans la littérature scientifique offre une perspective pragmatique sur le SDGT. Elle aide à reconnaître les patterns typiques, identifier les pièges et calibrer l'intensité de l'investigation.

6.1. Analyse d'un cas « classique » : de l'évaluation à la résolution

Le cas typique du SDGT correspond au profil moyen de l'essai LEAP (Mellor 2018, BMJ) :¹
  • Femme de 50 à 65 ans, IMC souvent > 27, douleur latérale de hanche d'apparition insidieuse sur plusieurs mois.
  • Douleur nocturne en décubitus latéral homolatéral, douleur à la montée des escaliers, douleur à la marche prolongée.
  • Échec d'un traitement initial (AINS, repos relatif, parfois infiltration antérieure transitoirement efficace).
  • Examen physique : palpation trochantérienne reproductrice, Single Leg Stance 30 s positif, FADER positif.
Parcours de soins recommandé, fondé sur LEAP :¹
  1. Évaluation initiale (1 séance) : anamnèse, examen clinique avec cluster, identification des facteurs de risque modifiables, dépistage drapeaux rouges/jaunes.
  2. Éducation patient (intégrée à toutes les séances) : déconstruction du mythe « bursite », principes de décompression, gestion des positions.
  3. Programme d'exercices supervisés sur 8 semaines (14 séances dans LEAP) : phase isométrique → isotonique → fonctionnelle.
  4. Programme à domicile quotidien en parallèle : 10-15 min/jour.
  5. Réévaluation à 6 et 12 semaines : ajustement de la charge selon réponse, introduction du retour aux activités.
Dans l'essai LEAP, le protocole d'éducation + exercice (14 séances PT sur 8 semaines) a permis à 77,3 % des patients d'atteindre un succès clinique à 52 semaines, contre 58,5 % pour une infiltration de corticoïde et 51,9 % pour la simple observation. La supériorité s'installe dès la 8e semaine et se maintient au-delà d'un an.

6.2. Le défi diagnostique : quand le SDGT imite une autre pathologie

Le SDGT est un grand imitateur. Plusieurs cas cliniques publiés rapportent des présentations atypiques où les symptômes mimaient parfaitement d'autres pathologies. ⚠️ Cas 1 : SDGT mimant une méralgie paresthésique 🔬 Une présentation avec brûlures et paresthésies sur la face antéro-latérale de la cuisse peut initialement orienter vers une compression du nerf cutané fémoral latéral (méralgie paresthésique). Lorsque les traitements ciblant le nerf restent inefficaces, une réévaluation clinique méticuleuse peut révéler que la palpation du grand trochanter reproduit la douleur familière et que le traitement focalisé sur la tendinopathie fessière résout les symptômes. Implication : la douleur latérale de cuisse n'est pas toujours neurogène ; vérifier systématiquement la palpation trochantérienneCas 2 : SDGT par rupture du moyen fessier mimant une radiculopathie L5 🔬 Une faiblesse de l'abduction de hanche (signe de Trendelenburg positif) associée à une douleur irradiant le long de la face latérale du membre inférieur est un tableau classique de radiculopathie L5. Cependant, une IRM lombaire non concluante doit faire évoquer une rupture transfixiante du tendon du moyen fessier, qui peut produire un Trendelenburg authentique et une douleur d'irradiation cutanée trompeuse. L'IRM de hanche est alors la clé du diagnostic, et la réparation chirurgicale peut faire disparaître les symptômes « pseudo-radiculaires ».³

🚩 Pièges diagnostiques fréquents du SDGT

  • Trendelenburg positif + douleur latérale qui descend en dessous du genou → ne pas se contenter d'un diagnostic radiculaire avant d'avoir éliminé une rupture tendineuse moyen fessier (IRM hanche)
  • Paresthésies face antéro-latérale de cuisse résistantes au traitement de méralgie → palper systématiquement le grand trochanter
  • SDGT chez l'homme jeune et sportif sans facteur de risque évident → rechercher fracture de stress, FAI, syndrome du muscle piriforme, conflit ilio-pectiné
  • Douleur unilatérale brutale après chute chez le sujet âgé → fracture du grand trochanter ou du col fémoral avant tout
  • SDGT bilatéral symétrique d'évolution progressive chez l'adulte jeune → suspicion de spondylarthropathie axiale, polyarthrite rhumatoïde, ou fibromyalgie comme comorbidité

6.3. Étude d'un cas complexe : la rupture tendineuse opérée

Certains patients ne répondent pas à la prise en charge conservatrice bien menée pendant > 6 mois. Dans ces cas, il faut investiguer plus avant et envisager des options de 2e/3e ligne. 🔧 Profil typique :
  • Femme ≥ 55-65 ans avec SDGT chronique, échec conservateur ≥ 6 mois ;
  • Faiblesse abductrice marquée et persistante (Trendelenburg positif) malgré la rééducation ;
  • IRM montrant rupture partielle haute ou transfixiante du tendon du moyen fessier.
Options thérapeutiques selon échec :
  1. Ondes de choc focalisées : si symptômes prédominants mais sans rupture complète. La revue systématique avec méta-analyse Harding 2024 (Musculoskeletal Care, 12 études, n = 1 121) ne retrouve aucune différence statistiquement significative sur la douleur ni sur la fonction face au contrôle ; elle ne retient les ondes de choc comme option défendable qu'au regard de leur faible taux d'effets indésirables.⁴
  2. PRP (Fitzpatrick 2019, AJSM) : RCT n=80, supériorité à 2 ans vs corticoïdes pour fonction et douleur.⁵
  3. Chirurgie endoscopique de réparation tendineuse (Walker-Santiago 2020, revue systématique) : ré-attache des moyen/petit fessier sous arthroscopie. Restauration progressive de la force, résolution de la douleur dans la majorité des cas à 1-2 ans post-op, mais nécessite une rééducation post-op rigoureuse (8-12 mois).⁶
  4. Cas particuliers post-PTH : douleur trochantérienne persistante post-arthroplastie de hanche → rechercher mécanisme local (impingement de l'implant, fragment intra-articulaire, infection low-grade), ne pas se contenter d'un diagnostic d'« SDGT secondaire ».
  • Le cas typique LEAP (femme 50-65 ans, IMC élevé, douleur insidieuse) répond bien à un protocole éducation + exercice sur 8-12 semaines : 77 % de succès à 1 an.
  • Pièges : méralgie paresthésique, radiculopathie L5, fracture de stress, syndrome du piriforme, FAI. La palpation trochantérienne familière reste le pivot diagnostique.
  • En cas d'échec ≥ 6 mois : IRM hanche pour éliminer une rupture, puis ondes de choc / PRP / chirurgie endoscopique en escalade thérapeutique.
  • Toujours rechercher une cause mécanique secondaire en cas de SDGT post-arthroplastie ou post-traumatique persistant.
Bibliographie - Chapitre 6
  1. Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. LEAP trial. BMJ. 2018;361:k1662. PMID 29720374.
  2. Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, Bennell K, Wajswelner H, Vicenzino B. Gluteal Tendinopathy: A Review of Mechanisms, Assessment and Management. Sports Med. 2015;45(8):1107-1119. PMID 25969366.
  3. Lequesne M, Mathieu P, Vuillemin-Bodaghi V, Bard H, Djian P. Gluteal tendinopathy in refractory greater trochanter pain syndrome: diagnostic value of two clinical tests. Arthritis Rheum. 2008;59(2):241-246. PMID 18240186.
  4. Harding D, Cameron L, Monga A, Winter S. Is shockwave therapy effective in the management of greater trochanteric pain syndrome? A systematic review and meta-analysis. Musculoskeletal Care. 2024;22(2):e1892. doi:10.1002/msc.1892. PMID 38777616.
  5. Fitzpatrick J, Bulsara MK, O'Donnell J, Zheng MH. Leucocyte-Rich PRP Treatment of Gluteus Medius and Minimus Tendinopathy: A Double-Blind RCT With 2-Year Follow-up. Am J Sports Med. 2019;47(5):1130-1137. PMID 30840831.
  6. Walker-Santiago R, Wojnowski NM, Lall AC, et al. Platelet-Rich Plasma Versus Surgery for the Management of Recalcitrant Greater Trochanteric Pain Syndrome: A Systematic Review. Arthroscopy. 2020;36(3):875-888. PMID 31882270.
  7. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome: a review of diagnosis and management in general practice. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.
  8. Long SS, Surrey DE, Nazarian LN. Sonography of greater trochanteric pain syndrome and the rarity of primary bursitis. AJR Am J Roentgenol. 2013;201(5):1083-1086. AJR.

7. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : drapeaux rouges et orientation médicale (Finucane 2020), drapeaux jaunes et collaboration psychologique, mesure des résultats avec PROMs validés (VISA-G, HOOS), surmonter les obstacles à l'implémentation evidence-based et place de la décision partagée patient-clinicien.
L'application des recommandations evidence-based est le pont entre la connaissance scientifique et l'amélioration tangible des résultats patient. Elle nécessite non seulement la compréhension des données, mais aussi une stratégie pragmatique d'orientation, de mesure et d'amélioration continue. 🧑‍⚕️

7.1. Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?

La compétence fondamentale du kinésithérapeute moderne inclut la reconnaissance des limites de son champ d'action. L'identification des drapeaux rouges (Finucane 2020) est un prérequis non négociable.¹ Critères d'orientation médicale 🚨 :
  • Drapeaux rouges (cf. chapitre 1) : antécédent récent de cancer, douleur nocturne sévère non mécanique, fièvre, perte de poids inexpliquée, déficit neurologique progressif, traumatisme à haute énergie, suspicion fracture de stress.
  • Échec d'un traitement conservateur bien conduit ≥ 8-12 semaines → consulter médecin pour discussion ondes de choc / PRP / imagerie / infiltration.
  • Suspicion de rupture tendineuse complète (Trendelenburg majeur, faiblesse abductrice marquée) → IRM hanche + avis orthopédique.
  • Comorbidités psychiatriques significatives (dépression majeure, troubles anxieux invalidants) → orientation psychologique ou médecin traitant.
  • Suspicion de pathologie systémique (spondylarthropathie, polyarthrite rhumatoïde, fibromyalgie) → rhumatologue.
  • SDGT bilatéral symétrique progressif → bilan rhumatologique complet.
Collaboration interprofessionnelle 🤝 :
  • Médecin traitant : pour la prescription d'AINS courte durée si besoin, demandes d'examens, orientation spécialisée.
  • Médecin du sport / médecin physique et réadaptation : pour les athlètes loisir/compétition, ondes de choc, PRP.
  • Rhumatologue : suspicion inflammatoire, comorbidités rhumatologiques.
  • Chirurgien orthopédique : suspicion rupture tendineuse, échec conservateur prolongé.
  • Diététicien / nutritionniste : IMC élevé (un des facteurs de risque modifiables majeurs).
  • Psychologue clinicien / spécialiste douleur : kinésiophobie, catastrophisation, comorbidités anxio-dépressives, signes de sensibilisation centrale.

7.2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

📊 Les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures) sont des questionnaires standardisés permettant de quantifier l'évolution du point de vue du patient. Pour le SDGT, les plus pertinents :
  • VISA-G (Victorian Institute of Sport Assessment - Gluteal) : 8 items, spécifiquement validé pour la tendinopathie fessière, sensibilité au changement démontrée.²
  • HOOS (Hip disability and Osteoarthritis Outcome Score) : générique de la hanche, 5 sous-échelles (douleur, symptômes, AVQ, sport, qualité de vie).
  • Numerical Pain Rating Scale (NPRS) 0-10 : simple, validé.
  • GROC (Global Rating of Change) : auto-évaluation perçue du changement (-7 à +7), utilisée dans LEAP.
  • FABQ (Fear-Avoidance Beliefs Questionnaire) : dépistage kinésiophobie.

🛠️ Surmonter les barrières à l'implémentation de l'EBP

Synthèse des barrières les plus citées par les kinésithérapeutes et leviers d'amélioration

Barrières et leviers EBP en kinésithérapie 🚧 BARRIERES (les plus citées en cabinet) 🚀 LEVIERS (stratégies validées) Manque de temps consultation et lecture critique de la littérature Synthèses validées (CPG, JOSPT) + outils numériques de PROMs + routines standardisées Manque de compétences en recherche / appraisal critique Formation continue, journal clubs communauté de pratique en ligne Accès limité aux bases de données / articles payants Ressources open access PubMed PMC + plaidoyer organisationnel Inertie patient et habitudes (« je préfère mon massage ») Décision partagée (SDM) + éducation patient évidence-based

Synthèse de plusieurs revues sur les barrières à l'EBP en kinésithérapie. La décision partagée (Shared Decision-Making) est un levier puissant pour aligner attentes patient et données scientifiques.

Décision partagée (Shared Decision-Making) 🤝 : processus collaboratif où clinicien et patient choisissent ensemble la stratégie thérapeutique. Pour le SDGT, exemple concret :
  • Présenter les 3 options évidence-based au patient : (1) éducation + exercice (1re ligne, succès à long terme mais nécessite engagement), (2) infiltration corticoïde (rapide mais transitoire), (3) attente seule (option si épisode aigu peu invalidant).
  • Expliquer les chiffres réels (LEAP 2018) en utilisant un langage compréhensible.
  • Identifier les valeurs et préférences du patient (préfère-t-il un soulagement immédiat ou une solution durable ? Quelles activités veut-il retrouver ?).
  • Construire conjointement le plan thérapeutique, avec objectifs concrets et critères de réévaluation.
  • L'orientation est cruciale : drapeaux rouges → médecin/urgences, drapeaux jaunes → psychologue, échec conservateur ≥ 6-8 sem. → médecin pour escalade.
  • La collaboration interprofessionnelle (médecin, rhumatologue, chirurgien, diététicien, psychologue) est essentielle pour les cas complexes.
  • Mesurer les résultats avec des PROMs validés (VISA-G spécifique, HOOS générique, NPRS, GROC).
  • Les obstacles à l'EBP (temps, compétences, ressources) sont réels mais surmontables par formation continue, outils numériques et décision partagée.
Bibliographie - Chapitre 7
  1. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853. doi:10.2519/jospt.2020.9971.
  2. Fearon AM, Ganderton C, Scarvell JM, et al. Development and validation of a VISA tendinopathy questionnaire for greater trochanteric pain syndrome, the VISA-G. Man Ther. 2015;20(6):805-813. PMID 25870117.
  3. Mellor R, Bennell K, Grimaldi A, et al. LEAP trial. BMJ. 2018;361:k1662. PMID 29720374.
  4. Bremer T, Nicklen P, Fearon A, Morrissey D. The efficacy of gluteal tendinopathy treatments: A systematic review. Clin Rehabil. 2025. doi:10.1177/02692155251327298.
  5. Plinsinga ML, Coombes BK, Mellor R, Vicenzino B. Individuals with Persistent GTPS Exhibit Impaired Pain Modulation. Pain Med. 2020;21(11):2964-2974. PMID 32232468.
  6. Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, Bennell K, Wajswelner H, Vicenzino B. Gluteal Tendinopathy: A Review of Mechanisms, Assessment and Management. Sports Med. 2015;45(8):1107-1119. PMID 25969366.
  7. Speers CJ, Bhogal GS. Greater trochanteric pain syndrome. Br J Gen Pract. 2017;67(663):479-480. PMID 28963433.
  8. Hoffmann TC, Légaré F, Simmons MB, et al. Shared decision making: what do clinicians need to know and why should they bother? Med J Aust. 2014;201(1):35-39. PMID 24999896.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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