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Mutuelle et prévoyance du kiné libéral : deux plafonds que personne ne calcule pareil

L'article 154 bis fixe une limite en deux morceaux pour la prévoyance, une autre à deux branches pour la perte d'emploi. En euros 2026, ça se chiffre.

Posté par

Anthony BAILLON

Masseur-Kinésithérapeute


Un même article du code général des impôts porte trois enveloppes de déduction, et chacune a sa propre mécanique. Celle de la prévoyance additionne un pourcentage du plafond de la sécurité sociale et un pourcentage du bénéfice, puis coupe. Celle de la perte d'emploi choisit entre deux montants. Avec le plafond 2026, tout cela se chiffre.

Ce que cette page a lu, et quand.
  • L'article 154 bis du code général des impôts, version en vigueur depuis le 11 mars 2023, modifié par la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023 : le I, et les 1°, 2° et 3° du II.
  • Le plafond annuel de la sécurité sociale pour 2026, soit 48 060 euros, établi par l'arrêté du 22 décembre 2025 et déjà vérifié dans notre article sur le PER.
  • Tous les montants en euros de cette page sont calculés par nous à partir des pourcentages du texte et de ce plafond. Le code, lui, ne donne que des pourcentages.
  • Nous ne citons aucun contrat, aucun assureur et aucun tarif.

Ce qui se déduit sans passer par ces plafonds

Avant les limites, il y a ce qu'elles ne concernent pas. Le I de l'article 154 bis admet en déduction du bénéfice imposable « les cotisations à des régimes obligatoires, de base ou complémentaires, d'allocations familiales, d'assurance vieillesse […] invalidité, décès, maladie et maternité ». Les plafonds du II visent les cotisations et primes facultatives, celles qu'on souscrit en plus.

Le même I pose une condition que les pages commerciales ne mentionnent jamais. Lorsque ces cotisations ou primes « financent des garanties portant sur le remboursement ou l'indemnisation de frais occasionnés par une maladie, une maternité ou un accident », le texte exige « que ces garanties respectent les conditions mentionnées à l'article L. 871-1 » du code de la sécurité sociale.

La condition qui conditionne tout le reste

Un contrat de complémentaire santé qui ne respecterait pas les conditions de l'article L. 871-1 sort du champ que le I ouvre. Vérifier ce point avant de raisonner sur les plafonds évite de calculer une déduction sur une base qui n'existe pas. Nous n'avons pas lu l'article L. 871-1 lui-même et n'en donnons donc pas le contenu.

La prévoyance : une somme, puis un couperet

Le 2° du II est bâti en deux temps. La limite est « un montant égal à la somme de 7 % du montant annuel du plafond mentionné à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale et de 3,75 % du bénéfice imposable, sans que le total ainsi obtenu puisse excéder 3 % de huit fois le montant annuel précité ».

Avec un plafond annuel de 48 060 euros en 2026, la part fixe vaut 3 364,20 euros et le couperet se situe à 11 534,40 euros. Nous avons recalculé les deux.

Composition du plafond de déduction de la prévoyance en 2026 : une part fixe de 3 364,20 euros correspondant à 7 pour cent du plafond annuel de la sécurité sociale, à laquelle s'ajoute 3,75 pour cent du bénéfice imposable, l'ensemble ne pouvant dépasser 11 534,40 euros Le plafond de la prévoyance en 2026, en euros Part fixe : 7 % du plafond annuel 3 364,20 € Plafond absolu : 3 % de huit fois le plafond annuel 11 534,40 € l'espace restant se remplit avec 3,75 % du bénéfice Barres à l'échelle, origine commune à gauche. Le plafond absolu est atteint lorsque le bénéfice imposable atteint 217 872 euros : c'est notre calcul à partir des deux pourcentages du texte, pas un chiffre du code. En dessous de ce niveau, c'est la somme qui commande ; au-dessus, le couperet.
Source des pourcentages : article 154 bis, II, 2° du code général des impôts. Source du plafond annuel : arrêté du 22 décembre 2025.

La perte d'emploi subie : deux branches, et la plus favorable

Le 3° change de logique. Il ne fait pas une somme, il retient « le plus élevé des deux montants suivants : a) 1,875 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de huit fois le montant annuel du plafond […] ; b) Ou 2,5 % du montant annuel du plafond ».

Les deux branches du plafond de la garantie perte d'emploi subie en 2026 : la branche forfaitaire vaut 1 201,50 euros, la branche proportionnelle vaut 1,875 pour cent du bénéfice et culmine à 7 209 euros, et la seconde dépasse la première à partir d'un bénéfice de 64 080 euros Perte d'emploi subie : le texte retient la branche la plus élevée b) 2,5 % du plafond annuel, montant fixe 1 201,50 € a) 1,875 % du bénéfice, plafonné à huit fois le plafond annuel 7 209 € croît avec le bénéfice, jusqu'à ce maximum Barres à l'échelle, origine commune. La branche proportionnelle dépasse la branche fixe à partir d'un bénéfice imposable de 64 080 euros : notre calcul, obtenu en égalisant les deux formules du texte. Le maximum de 7 209 euros correspond à 1,875 % de huit fois le plafond annuel.
Le texte n'additionne pas les deux branches : il retient la plus élevée.
EnveloppeFormule du texteValeur 2026, calculée par nous
Cotisations à des régimes obligatoires, IDéductibles du bénéfice imposableSans plafond dans cet article
Retraite, II 1°Le plus élevé de : 10 % du bénéfice dans la limite de huit plafonds plus 15 % de la fraction entre un et huit plafonds ; ou 10 % du plafond annuelPlancher de 4 806 €
Prévoyance, II 2°7 % du plafond annuel plus 3,75 % du bénéfice, sans excéder 3 % de huit fois le plafondPart fixe 3 364,20 €, plafond 11 534,40 €
Perte d'emploi subie, II 3°Le plus élevé de : 1,875 % du bénéfice dans la limite de huit plafonds ; ou 2,5 % du plafond annuelBranche fixe 1 201,50 €, maximum 7 209 €
Trois enveloppes, pas une

Les 1°, 2° et 3° du II sont trois limites distinctes, affectées à trois objets différents. Ce que vous n'utilisez pas sur l'une ne vient pas augmenter les autres : le texte ne prévoit aucun report de l'une vers l'autre. Le plafond retraite, ses subtilités et son report sur cinq ans sont traités dans notre article consacré au PER.

Le bénéfice de référence, et ce qu'on n'y compte pas

Les trois formules reposent sur le « bénéfice imposable », et le texte prend soin d'en préciser le contour juste après le 3°. D'abord une inclusion : « Les revenus exonérés en application des articles 44 sexies à 44 nonies, 44 terdecies à 44 septdecies ou au 9 de l'article 93 sont retenus pour l'appréciation du montant du bénéfice imposable mentionné aux 1°, 2° et 3°. » Ensuite une exclusion : « Il n'est pas tenu compte des plus-values et moins-values professionnelles à long terme. »

ÉlémentEntre dans le bénéfice de référence ?
Revenus exonérés au titre des articles cités par le texteOui, ils sont retenus pour l'appréciation du montant
Plus-values professionnelles à long termeNon, il n'en est pas tenu compte
Moins-values professionnelles à long termeNon, il n'en est pas tenu compte non plus

Une exonération dont on bénéficie ne fait donc pas baisser la base de calcul des plafonds. C'est une bonne nouvelle pour qui exerce dans un quartier prioritaire, dont nous avons traité le régime propre dans l'article sur l'exonération en quartier prioritaire.

Structure de l'article 154 bis : le paragraphe I déduit les cotisations aux régimes obligatoires, et le paragraphe II ouvre trois enveloppes plafonnées, pour la retraite, pour la prévoyance et pour la perte d'emploi subie Comment l'article est construit I. Les cotisations aux régimes obligatoires de base ou complémentaires, déductibles du bénéfice imposable, sans les limites du II II 1°. Retraite 10 % du bénéfice plus 15 % de la fraction, ou 10 % du plafond II 2°. Prévoyance 7 % du plafond plus 3,75 % du bénéfice, avec un couperet II 3°. Perte d'emploi le plus élevé de 1,875 % du bénéfice ou 2,5 % du plafond Aucune de ces trois enveloppes ne se reporte sur une autre : le texte ne le prévoit pas.
Une seule base de calcul, le bénéfice imposable, mais trois manières de le transformer en plafond.

Questions fréquentes

Les cotisations obligatoires sont-elles plafonnées ?

Le I de l'article 154 bis du code général des impôts admet en déduction du bénéfice imposable les cotisations à des régimes obligatoires, de base ou complémentaires, d'allocations familiales, d'assurance vieillesse, invalidité, décès, maladie et maternité, sans leur appliquer les limites du II. Ces limites visent les cotisations facultatives.

Quel est le plafond de déduction pour la prévoyance ?

Le 2° du II le fixe en deux morceaux : la somme de 7 % du montant annuel du plafond de la sécurité sociale et de 3,75 % du bénéfice imposable, sans que le total puisse excéder 3 % de huit fois ce plafond annuel.

Ce que cela donne en euros avec le plafond 2026 ?

Le plafond annuel de la sécurité sociale s'établit à 48 060 euros en 2026. La part fixe vaut donc 3 364,20 euros, et le plafond absolu 11 534,40 euros. Nous avons recalculé ces deux montants à partir des pourcentages du texte.

À partir de quel bénéfice le plafond absolu s'applique-t-il ?

C'est un calcul, pas une donnée du texte : la somme des deux morceaux atteint le plafond absolu lorsque le bénéfice imposable atteint 217 872 euros. En dessous, c'est la formule en deux parties qui commande ; au-dessus, c'est le plafond.

Et pour la garantie perte d'emploi subie ?

Le 3° du II retient le plus élevé de deux montants : 1,875 % du bénéfice imposable retenu dans la limite de huit fois le plafond annuel, ou 2,5 % de ce plafond annuel. Avec le plafond 2026, la seconde branche vaut 1 201,50 euros et la première culmine à 7 209 euros.

Une complémentaire santé doit-elle remplir une condition particulière ?

Le I pose une condition explicite : lorsque les cotisations ou primes financent des garanties portant sur le remboursement ou l'indemnisation de frais occasionnés par une maladie, une maternité ou un accident, ces garanties doivent respecter les conditions mentionnées à l'article L. 871-1 du code de la sécurité sociale.

Quel bénéfice sert de base à ces calculs ?

Le texte le précise à la fin du II : les revenus exonérés en application de plusieurs articles sont retenus pour l'appréciation du montant du bénéfice imposable, et il n'est pas tenu compte des plus-values et moins-values professionnelles à long terme.

Les sources, une par une

  1. Article 154 bis du code général des impôts, version en vigueur depuis le 11 mars 2023, modifié par la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023 : le I sur les régimes obligatoires et la condition de l'article L. 871-1 du code de la sécurité sociale, le 2° du II sur la prévoyance, le 3° du II sur la perte d'emploi subie, et les deux précisions finales sur le bénéfice de référence. Consulter sur Légifrance.
  2. Plafond annuel de la sécurité sociale pour 2026, soit 48 060 euros, établi par l'arrêté du 22 décembre 2025 publié au Journal officiel du 23 décembre 2025 et vérifié dans notre article consacré au PER. Consulter sur Légifrance.
  3. Les montants en euros de cette page sont obtenus en appliquant les pourcentages du texte à ce plafond : 7 % de 48 060 donne 3 364,20 ; 3 % de huit fois 48 060 donne 11 534,40 ; 2,5 % de 48 060 donne 1 201,50 ; 1,875 % de huit fois 48 060 donne 7 209. Les deux seuils de bascule, 217 872 euros et 64 080 euros, résultent de l'égalisation des formules.

Ce que cette page ne fait pas. Elle ne donne pas le contenu de l'article L. 871-1 du code de la sécurité sociale, que nous n'avons pas lu, et ne dit donc pas quelles garanties respectent ses conditions. Elle ne cite aucun contrat, aucun assureur, aucun tarif, et ne recommande rien. Elle ne traite pas du régime social de ces cotisations, distinct de leur régime fiscal. Elle n'aborde pas le cas des sociétés d'exercice, ni celui du conjoint collaborateur, qui relèvent de règles propres. Enfin, elle ne dit rien de l'imposition des prestations reçues au titre de ces garanties.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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