

Kinésithérapie du sport
De la blessure à la reprise : structurez chaque étape de la réathlétisation
Maxence Ponthus
Fracture de Jones : zone 2 contre avulsion de la styloïde, deux fractures voisines de pronostics opposés. Pseudarthrose, chirurgie et reprise sourcées.

Une fracture de la base du 5e métatarsien n'est pas une seule entité : le pronostic dépend de ce que le trait atteint ou non l'articulation entre 4e et 5e métatarsiens.
97,3%de consolidation osseuse après vissage d'une fracture de Jones chez le sportif
La suite reprend chacun de ces points en détail, sources à l'appui. Elle est là si vous en avez besoin.
Ce sujet fait l'objet d'une formation : De la blessure à la reprise : structurez chaque étape de la réathlétisation, présentiel avec Maxence Ponthus.
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11 chapitres de l'article · 41 min au total
Classifier◔ 3 min
La classification de Lawrence et Botte distingue trois zones selon le trait, pas selon l'aspect.
Vascularisation◔ 2 min
La diaphyse proximale dépend surtout d'une artère nourricière, contrairement à la tubérosité.
Épidémiologie◔ 3 min
Les fractures proximales du 5e métatarsien représentent 61 à 78 % de toutes les fractures du pied.
Diagnostiquer◔ 4 min
Une seule question tranche : le trait atteint-il l'articulation entre 4e et 5e métatarsiens ?
Distinguer◔ 3 min
La fracture de Jones classique est aiguë : un appui, une douleur immédiate et une impotence.
Chirurgie◔ 7 min
La fracture de Jones est exposée à un risque accru de pseudarthrose malgré une chirurgie bien menée.
Pronostic◔ 5 min
Seul l'adductus du médio-pied est confirmé comme facteur de risque en méta-analyse.
Rééduquer◔ 4 min
Aucune source ne décrit un protocole de rééducation validé : la prudence prime sur le protocole.
Cas cliniques◔ 3 min
Les auteurs rapportent trois fractures de Jones chez des lutteurs de sumo.
En pratique◔ 4 min
Tout part d'une question : le trait atteint-il l'articulation entre 4e et 5e métatarsiens ?
Questions◔ 3 min
Toute fracture de Jones est une fracture de la base du 5e métatarsien, mais l'inverse est faux.
Se former


Kinésithérapie du sport
Maxence Ponthus
La suite, c'est la pratique : la formation qui enseigne ce sujet, avec Maxence Ponthus.
Nos formations sur ce sujet peuvent être prises en charge par le DPC ou le FIFPL, selon votre profession et votre situation.
Deux fractures voisines de quelques millimètres, sur le même os, après le même faux pas. L'une consolide seule en six semaines et ne mérite guère plus qu'une chaussure rigide. L'autre siège dans une zone où deux réseaux vasculaires se rejoignent sans se recouvrir, échoue à consolider dans près d'un cas sur trois sans chirurgie, et se refracture une fois sur dix même opérée. Les distinguer sur la radiographie est le geste central de cet article.
Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : identifiant résolu, revue, année et liste d'auteurs contrôlées, résumé lu avant citation. Bibliographie complète en fin d'article.
La fracture de Jones en trois chiffres
Trois travaux indépendants qui expliquent pourquoi cette fracture n'est pas une entorse de cheville qui aurait mal tourné
Sources : Attia AK et coll., Am J Sports Med 2021, méta-analyse de 22 études et 646 fractures de Jones chez des sportifs (PMID 33740393) : Yates J et coll., Foot (Edinb) 2015, méta-analyse de 6 études et 237 patients (PMID 26481787). Ces chiffres portent sur des populations sportives : ils ne se transposent pas tels quels au patient sédentaire.
Ce qu'il faut avoir en tête
Trois drapeaux rouges devant une douleur du bord latéral du pied
Sur la base du cinquième métatarsien, le pronostic ne se lit pas dans l'aspect du trait mais dans sa position. Quelques millimètres séparent une fracture qui se traite en chaussure d'une fracture qui se visse.

RadiographieRadiographies du pied de face et de profil : fracture transverse de Jones, environ 2 cm en aval de la base du 5e métatarsien, flèches sur le trait de fracture.
Source : Wong et al., International journal of emergency medicine, 2015, figure 6 · CC BY
La classification n'est pas ici un exercice académique : c'est la seule chose qui distingue deux prises en charge opposées.
La classification la plus largement acceptée est celle de Lawrence et Botte, qui découpe la portion proximale du cinquième métatarsien selon la localisation du trait, et non selon son aspect. Bušková et coll., dans leur revue critique publiée par JBJS Reviews, rappellent que c'est bien le potentiel de consolidation qui a guidé ce découpage1 :
Les trois zones de la base du cinquième métatarsien
Le repère décisif est l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens : la zone 2 s'y étend, la zone 3 est au-delà
Schéma construit d'après la description de la classification de Lawrence et Botte reprise par Bušková K, Bartoníček J, Rammelt S, JBJS Rev 2021 (PMID 34673663) et Cheung CN, Lui TH, Arch Trauma Res 2016 (PMID 28144601). Les insertions du court fibulaire et de la bande latérale du fascia plantaire sont figurées d'après l'étude anatomique de DeVries JG et coll. sur 10 pièces cadavériques, J Foot Ankle Surg 2015 (PMID 25441854). Les proportions sont schématiques et ne constituent pas un gabarit de mesure.
L'étude anatomique de DeVries et coll., menée sur dix pièces cadavériques congelées, a mesuré précisément les insertions dans les 1,5 cm proximaux de l'os. Elle en tire une subdivision en trois zones A, B et C, dont l'intérêt est de rattacher chaque siège à un mécanisme :
Cette lecture par mécanisme éclaire une observation clinique quotidienne : la fracture survient le plus souvent sur un pied en inversion forcée, geste qui met simultanément en tension le court fibulaire, qui s'oppose à l'inversion, et le fascia plantaire latéral. C'est le même mouvement qui produit l'entorse latérale de cheville, raison pour laquelle les deux lésions se confondent si souvent en pratique.
À retenir
C'est l'une des rares fois, en traumatologie du pied, où une explication anatomique a été démontrée expérimentalement avant d'être invoquée cliniquement.
Le travail fondateur est celui de Smith, Arnoczky et Hersh, publié en 1992 dans Foot & Ankle. Dix pièces cadavériques fraîches ou d'amputation ont été étudiées après injection artérielle d'encre de Chine ou de sulfate de baryum. Le résultat tient en trois observations, qu'il faut lire dans l'ordre3 :
Les auteurs concluent qu'un défaut relatif de vascularisation consécutif à une fracture diaphysaire proximale peut contribuer aux retards de consolidation et aux pseudarthroses. Le terme n'est pas dans leur résumé, mais c'est la définition même d'une zone de partage des eaux : un territoire desservi par les extrémités de deux réseaux, où chacun arrive à bout de course.
La zone de partage vasculaire de la base du cinquième métatarsien
Deux réseaux, une jonction, et un trait de fracture qui tombe précisément dessus
Construit d'après Smith JW, Arnoczky SP, Hersh A. The intraosseous blood supply of the fifth metatarsal: implications for proximal fracture healing. Foot Ankle 1992;13(3):143-52 (PMID 1601342), étude sur 10 pièces cadavériques après injection artérielle. Le schéma illustre la description des auteurs ; il ne reproduit pas une planche de leur article.
Il serait commode d'arrêter le raisonnement ici. L'honnêteté oblige à signaler que l'argument vasculaire n'a jamais été relié directement à un taux de pseudarthrose mesuré : Smith décrit une anatomie, la clinique observe des échecs, et la mise en correspondance reste une hypothèse, solide, cohérente, mais non testée en tant que telle.
C'est d'autant plus important que la revue systématique de Polzer et coll. conteste, sur des données prospectives, la description clinique qu'on tire habituellement de cette anatomie. Nous y venons au chapitre du traitement.
À retenir
Deux populations très différentes se partagent le même os : la femme de plus de quarante ans qui se tord le pied, et le sportif de pivot.
Quatre chiffres qui situent les fractures du cinquième métatarsien
Données issues de deux séries de population et d'une revue critique
Sources : Bušková K et coll., JBJS Rev 2021, pour la proportion des fractures du pied (PMID 34673663), Petrisor BA, Ekrol I, Court-Brown C, Foot Ankle Int 2006, 411 fractures de métatarsiens (PMID 16539897), Kane JM et coll., Foot Ankle Spec 2015, 1 275 fractures du 5e métatarsien (PMID 25666689) : Schwagten K et coll., Foot Ankle Surg 2021 (PMID 33229215).
Une précision d'abord : sur 411 fractures de métatarsiens recensées en un an dans une série écossaise, d'âge moyen 42 ans, le cinquième métatarsien est le plus souvent fracturé de tous, avec une proportion croissante de femmes dans les tranches d'âge élevées20. C'est cet os que l'on voit, et c'est sur sa base que se joue la distinction pronostique.
La série de Kane et coll., qui a revu 1 275 fractures du cinquième métatarsien dans un cabinet orthopédique multicentrique, apporte un résultat directement utilisable en consultation : le mécanisme lésionnel prédit la localisation. Les traumatismes en torsion sont un prédicteur statistiquement significatif des lésions de zone 1. Les femmes subissent 75 % des lésions de zone 1 et 84 % des fractures de la danseuse. Chez les patients jeunes, les hommes dominent ; chez les patients âgés, ce sont les femmes19.
Cette bascule liée à l'âge n'est pas anodine. Schwagten et coll., qui ont étudié spécifiquement la fracture de la danseuse (une fracture spiroïde de la diaphyse distale, distincte des trois zones proximales) retrouvent que dans le groupe des plus de 40 ans, tous les patients avaient un mécanisme à faible énergie, contre seulement 27 % chez les moins de 40 ans. Ils en tirent une conclusion clinique forte : traiter cette fracture comme une fracture de fragilité17.
Une fracture du 5e métatarsien à faible énergie après 50 ans est un signal osseux
Une torsion banale qui casse un os chez un patient de plus de cinquante ans mérite qu'on s'interroge sur la qualité osseuse, comme pour toute fracture de fragilité. Ce raisonnement est développé dans notre article sur l'ostéoporose et la prévention des fractures de fragilité. Le kinésithérapeute qui reçoit la patiente pour la remise en charge est souvent le premier soignant à disposer du temps nécessaire pour poser la question.
La fracture de Jones vraie, celle de la zone 2, touche préférentiellement le sportif de pivot : football, basket-ball, football américain. La méta-analyse d'Attia, qui ne retient que des études portant exclusivement sur des sportifs, a rassemblé 646 fractures de Jones issues de 22 études, avec des taux de retour au sport détaillés par discipline : 99,0 % au football américain, 96,6 % au football, 91,1 % au basket-ball5.
Cet écart entre disciplines, modeste mais constant, dessine la logique de la lésion : le basket-ball, avec ses appuis en pivot sur pied fixé au sol et ses réceptions de saut, sollicite le bord latéral du pied plus durement que la course en ligne.
À retenir
C'est le point central de cet article. Les deux fractures se ressemblent sur une radiographie mal lue, et la conduite à tenir diffère du tout au tout.
Une seule question tranche : le trait s'étend-il jusqu'à l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens ? Si oui, c'est une zone 2 : une fracture de Jones. Si le trait reste en amont, cantonné à la tubérosité, c'est une zone 12.
Deux erreurs se commettent en sens inverse, et il faut les nommer :
| Critère | Zone 1 : avulsion | Zone 2 : fracture de Jones | Zone 3 : diaphysaire |
|---|---|---|---|
| Siège du trait | Tubérosité (styloïde) | Jonction métaphyso-diaphysaire, s'étend à l'articulation 4e-5e | Diaphyse proximale, au-delà de l'articulation |
| Mécanisme dominant | Torsion, inversion : prédicteur statistique19 | Charge en adduction sur avant-pied fixé | Contrainte répétée : fracture de fatigue |
| Terrain | 75 % de femmes19, tous âges | Sportif de pivot, homme jeune | Sportif d'endurance ou de charge |
| Douleur prodromique | Absente | Parfois | Fréquente, évocatrice |
| Pronostic sans chirurgie | Excellent, même déplacée ou articulaire4 | Union 71,4 % chez le sportif5 ; 76 % en revue systématique6 | Le plus mauvais : échec significativement plus élevé sans chirurgie4 |
| Conduite habituelle | Traitement fonctionnel, appui autorisé4 | Fonctionnel possible ; vissage d'emblée chez le sportif15 | Vissage précoce recommandé4 |
Trois images peuvent se faire prendre pour une fracture, et une quatrième pour une zone 1 alors qu'il s'agit d'autre chose :
C'est un osselet accessoire situé au bord latéral du pied, à proximité immédiate de la base du cinquième métatarsien. Sa méta-analyse la plus récente, portant sur 21 312 pieds issus de 22 études, en établit la prévalence groupée à 0,6 % (IC 95 % 0,4-0,9), avec une répartition comparable entre sexes et une prévalence de 0,6 % sur les examens radiographiques. Les auteurs concluent explicitement qu'il doit être différencié des fractures du cinquième métatarsien et de la maladie d'Iselin15.
Ce qui le distingue : des berges régulières et corticalisées, une position constante, et surtout, quand le doute persiste, sa présence habituelle sur le pied controlatéral, qu'un cliché comparatif révèle.
Chez l'adolescent, le noyau d'ossification secondaire de la tubérosité apparaît sur la radiographie comme un fragment séparé. Il s'oriente parallèlement à l'axe du métatarsien, alors qu'un trait de fracture de zone 1 est habituellement transversal, c'est-à-dire perpendiculaire à cet axe. Cette différence d'orientation est le critère de lecture le plus simple. Le sujet est développé dans notre article sur les pathologies de croissance du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent.
Il ne s'agit pas d'un piège d'interprétation mais d'une entité voisine, souvent confondue dans le langage courant. C'est une fracture spiroïde et oblique de la diaphyse distale, donc bien plus loin en aval que les trois zones proximales. O'Malley, Hamilton et Munyak en ont décrit la série princeps sur 35 danseurs issus de deux compagnies nationales de ballet : le trait part en distal-latéral et court en proximal-médial. Le traitement était majoritairement non opératoire, y compris pour des fractures déplacées, avec une marche indolore en moyenne à 6,1 semaines, un retour à la barre à 11,6 semaines et un retour en représentation à 19 semaines. Tous les danseurs ont repris leur activité professionnelle sans limitation18.
La distinction compte parce que le pronostic est opposé à celui de la zone 2 : la fracture de la danseuse est une fracture de bon pronostic, quel que soit son déplacement.
L'erreur qui coûte le plus cher
Une douleur du bord latéral du pied après une inversion est étiquetée « entorse de cheville » dans un grand nombre de cas. Le mécanisme est le même, la douleur siège parfois au même endroit, et l'examen se concentre sur le ligament talo-fibulaire antérieur. La palpation de la base du cinquième métatarsien fait partie des règles d'Ottawa pour le pied, et c'est précisément par cette voie que le cas clinique publié dans le JOSPT a conduit un kinésithérapeute en accès direct à demander une imagerie qui a révélé une fracture27. Notre article sur l'entorse latérale de cheville détaille cette démarche.
À retenir
Deux histoires cliniques différentes peuvent produire la même image, et elles n'appellent pas la même stratégie.
La fracture de Jones classique est aiguë : un appui, une douleur immédiate, une impotence. La fracture de fatigue du cinquième métatarsien est tout autre chose : une douleur prodromique du bord latéral du pied, croissante sur des semaines, qui finit par se compléter, parfois brutalement, à l'occasion d'un appui banal qui donne l'illusion d'un traumatisme.
Cette distinction est celle que fait Polzer : les fractures de zone 3 sont explicitement décrites comme des « fractures de fatigue diaphysaires », à la limite distale de l'articulation intermétatarsienne ou juste en aval, et ce sont elles qui présentent un taux d'échec significativement plus élevé lorsqu'elles sont traitées sans chirurgie par une botte sans appui4.
Notre article consacré à la fracture de stress chez le sportif traite du mécanisme général, déséquilibre entre microdommages et réparation osseuse sous charge cyclique, de l'imagerie et du déficit énergétique relatif. Le présent article ne le répète pas : il traite d'un site particulier, où la fracture aiguë et la fracture de fatigue coexistent et se confondent, et où le siège du trait commande le pronostic plus que le mécanisme.
La question à poser est simple et rarement posée : « Aviez-vous mal à cet endroit avant ? » Une réponse positive change trois choses :
Lire l'odds ratio de 23,3 avec prudence
Il s'agit d'une étude cas-témoins portant sur 37 athlètes au total, de niveau de preuve III. Un rapport de cotes de cette ampleur sur un effectif aussi restreint a nécessairement un intervalle de confiance large, et l'association mesurée n'établit pas la causalité : un athlète en déficit énergétique cumule volontiers carence en vitamine D, charge excessive et faible densité osseuse. Ce que le résultat justifie : doser la vitamine D devant une fracture de fatigue du cinquième métatarsien. Ce qu'il ne justifie pas : promettre qu'une supplémentation préviendra la récidive.
À retenir
C'est la question où la littérature se contredit franchement, et où la contradiction elle-même est instructive.
Trois travaux convergent, avec des méthodologies différentes. La revue de mise au point publiée par le Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons en résume la position courante : la fracture de Jones, siégeant à la jonction métaphyso-diaphysaire, est exposée à un risque accru de pseudarthrose et de douleur persistante, et retard de consolidation comme refracture peuvent survenir malgré une technique chirurgicale et une prise en charge postopératoire excellentes16.
Attia 2021, American Journal of Sports Medicine. Méta-analyse conduite selon PRISMA, 22 études éligibles, 646 fractures de Jones exclusivement chez des sportifs. Les résultats :
Les auteurs recommandent la fixation chirurgicale pour toutes les fractures de Jones chez le sportif5.
Roche et Calder 2013, KSSTA. Revue systématique de 26 études, dont 22 de niveau 4 et un seul essai randomisé. Union des fractures aiguës : 76 % en non opératoire, 96 % après vissage. Pour les retards de consolidation : 44 % contre 97 %. Pour les pseudarthroses vissées : 97 %. Retour au sport après vissage d'une fracture aiguë : 4 à 18 semaines. Les auteurs déconseillent explicitement la reprise avant consolidation radiologique complète, en raison du risque de refracture6.
Yates 2015, The Foot. Méta-analyse de 6 études et 237 patients : le groupe non opératoire présentait une cote de pseudarthrose significativement plus élevée, OR 5,74 (IC 95 % 2,65-12,40 ; p < 0,001), avec un délai de consolidation et un retour au sport allongés7.
Polzer et coll. ont publié dans Injury une revue systématique dont la conclusion contredit frontalement la lecture en trois zones. Leur méthode est explicite : ne retenir que les essais prospectifs comparant soit le même traitement pour des fractures différentes, soit des traitements différents pour la même fracture. Six essais prospectifs répondaient à ce critère. Leurs conclusions4 :
Les auteurs proposent donc de ramener la classification à deux entités : les fractures métaphysaires ne dépassant pas l'extrémité distale de l'articulation intermétatarsienne, à traiter fonctionnellement quels que soient le nombre de fragments, le déplacement et l'atteinte articulaire ; et les fractures méta-diaphysaires situées à cette limite ou juste en aval, qui requièrent un vissage précoce.
Comment tenir les deux ensemble sans choisir un camp
La contradiction est moins radicale qu'elle n'en a l'air, et elle se résout par la population et par le critère de jugement.
Attia ne parle que de sportifs, et son critère principal est le retour au sport et son délai. Polzer parle de la population générale traitée dans des essais prospectifs, et son critère est la consolidation. Un patient sédentaire qui consolide en quatorze semaines au lieu de neuf a été bien traité ; un footballeur professionnel dans la même situation a manqué une demi-saison, avec une probabilité de retour au jeu inférieure de vingt-sept points.
Un second facteur départage : les séries chirurgicales portent souvent sur des fractures complètes et déplacées, tandis que les essais prospectifs de traitement fonctionnel incluent volontiers des traits incomplets. Ce n'est pas la même fracture.
La lecture honnête n'est donc pas « Attia a raison et Polzer a tort », mais : plus l'exigence de délai est forte, plus la chirurgie se justifie ; plus le trait est distal, plus elle s'impose quel que soit le patient.
Consolidation et retour au sport, chirurgie contre traitement non opératoire
Chiffres issus de deux synthèses portant sur des populations sportives, non transposables au patient sédentaire
Source : Attia AK, Taha T, Kong G, Alhammoud A, Mahmoud K, Myerson M. Am J Sports Med 2021;49(12):3422-3436, méta-analyse de 22 études et 646 fractures de Jones chez des sportifs (PMID 33740393). Population exclusivement sportive : ces valeurs ne s'appliquent pas au patient sédentaire, chez qui la revue de Polzer 2012 retrouve de bons résultats en traitement fonctionnel (PMID 22465516).
Une quatrième synthèse, non restreinte aux sportifs, va dans le même sens sans en avoir la force : la méta-analyse de Wang, sur 11 articles et 404 participants d'âge moyen 29,8 ans, retrouve un effet favorable de la chirurgie de taille moyenne à grande sur le taux de pseudarthrose, le délai de consolidation et le délai de reprise d'activité22. Son intérêt est de porter sur une population moins sélectionnée ; sa limite est de mélanger les zones.
La comparaison de Valkier et coll. porte sur 51 pieds avec fracture-avulsion, dont 31 traités sans chirurgie et 20 opérés. Résultat inattendu et instructif : 11 des 31 patients non opérés (35,5 %) ont développé une pseudarthrose, contre aucun des opérés (p = 0,004). Mais (et c'est la deuxième moitié de la phrase, qu'on oublie souvent de citer), tous les patients étaient asymptomatiques à un an, quel que soit le groupe. Les auteurs recommandent la chirurgie pour les avulsions déplacées de plus de 2 mm, et insistent sur des attentes réalistes13.
C'est un rappel utile : une pseudarthrose radiologique n'est pas une pseudarthrose clinique. Sur la tubérosité, un fragment qui ne fusionne jamais peut rester parfaitement indolore. Un essai randomisé chinois sur 46 patients jeunes ou sportifs avec avulsion déplacée de 2 à 3 mm va dans le même sens : le score fonctionnel était meilleur à 6 mois dans le groupe opéré, mais plus de différence à 12 mois ; seuls le délai de mise en charge complète et de reprise du travail étaient significativement raccourcis par la chirurgie25.
Stratégies de traitement et niveau de preuve
Appréciation du niveau de preuve selon les principes GRADE, à partir des sources citées dans ce chapitre
Vissage centromédullaire d'emblée pour une fracture de zone 2 chez le sportif : consolidation, taux et délai de retour au sport tous supérieurs, sur 646 fractures et 22 études, avec trois comparaisons directes concordantes5, corroboré par deux autres synthèses67.
Traitement fonctionnel des avulsions de zone 1, y compris déplacées et articulaires : six essais prospectifs concordants ; la botte plâtrée retarde significativement le retour au niveau antérieur4.
Vissage précoce des fractures de fatigue de zone 3 : taux d'échec non opératoire significativement plus élevé, délai de consolidation et de reprise raccourcis, sur essais prospectifs peu nombreux4.
Semelle de décharge latérale après fracture de zone 2 sur arrière-pied varus : 100 % d'union et aucune refracture dans une série de 21 fractures, mais sans groupe témoin8.
Reprise très précoce après vissage, avant consolidation radiologique : série de 26 fractures chez 25 sportifs universitaires, reprise moyenne à 3,6 semaines sans complication majeure23, mais une revue systématique déconseille explicitement cette pratique6.
Traiter une zone 2 comme une zone 1 : c'est-à-dire autoriser l'appui libre sans surveillance de la consolidation. Aucune source consultée ne soutient cette conduite, qui procède d'une erreur de lecture, non d'un choix thérapeutique.
Appréciation construite selon les principes GRADE à partir des sources citées, et non reprise d'une évaluation GRADE publiée : aucune des revues consultées n'a produit de tableau GRADE formel sur cette question.
À retenir
Trois familles de facteurs, dont deux se corrigent, et c'est là que le kinésithérapeute a prise.
Raikin, Slenker et Ratigan ont mesuré l'alignement de l'arrière-pied chez 20 patients opérés d'une fracture de Jones. Le résultat est net : 18 des 21 arrière-pieds étaient en varus radiographique, et un varus clinique était présent dans 16 cas. L'angle de pente calcanéenne moyen était de 28,5° et l'angle de Meary de 13° à convexité supérieure. Tous les patients ont consolidé et aucun ne s'est refracturé, avec un recul moyen de 49 mois : les patients en varus ayant été appareillés en postopératoire par une semelle de décharge latérale de l'arrière-pied et de l'avant-pied8.
L'hypothèse des auteurs est mécaniquement limpide : un arrière-pied varus surcharge la colonne latérale du pied, prédispose à la fracture, et prédispose à l'échec du traitement.
Une méta-analyse récente tempère sérieusement cette lecture. Riegger et coll. ont regroupé huit études (296 patients) dont cinq en synthèse quantitative (132 patients), pour comparer trois angles entre patients fracturés et témoins. Résultat : seul l'angle d'adduction du médio-pied ressort, avec une différence moyenne groupée de 4,62° (IC 95 % 1,31-7,92) et une hétérogénéité importante (I² = 76,1 %). Ni la pente calcanéenne, ni l'angle de Meary ne diffèrent significativement. Autrement dit : l'adductus du médio-pied semble corrélé au risque, mais la relation avec le varus de l'arrière-pied et le pied creux n'a pas été démontrée9.
Facteurs associés à la fracture, à la pseudarthrose et à la refracture
Chaque facteur est situé selon la force de la preuve qui le soutient, et non selon la fréquence à laquelle il est cité
Sources : Riegger M et coll., J Foot Ankle Surg 2022 (PMID 35039196) : Lee KT et coll., Foot Ankle Int 2013, refractures (PMID 24216284) et écart plantaire (PMID 23637237) : Shimasaki Y et coll., Foot Ankle Int 2016 (PMID 26596794) : Raikin SM et coll., Am J Sports Med 2008 (PMID 18443278).
La question se pose souvent en rééducation, devant un patient qui arrive avec un trait toujours visible des mois après. La série de Hunt et Anderson porte sur 21 sportifs de haut niveau opérés d'une reprise pour pseudarthrose ou refracture de fracture de Jones, par vissage centromédullaire associé à une greffe spongieuse autologue ou à un mélange d'aspirat médullaire et de matrice osseuse déminéralisée. Tous ont retrouvé leur niveau de compétition antérieur, en moyenne à 12,3 semaines, avec une consolidation corticale complète clinique et radiographique, et un seul a présenté une nouvelle refracture. Les auteurs recommandent une vis pleine de gros diamètre (5,5 mm ou plus) et une greffe autologue21.
Le message est utile à transmettre au patient inquiet : un échec de première intention n'est pas une impasse, et la reprise chirurgicale a de bons résultats documentés.
C'est la donnée la plus directement utile au kinésithérapeute, et elle vient de la série de Lee et coll. portant sur 168 fractures de fatigue du cinquième métatarsien chez des sportifs de haut niveau, traitées par cerclage-haubanage modifié. Onze pseudarthroses et dix-huit refractures ont été recensées. Les facteurs associés à la refracture étaient un poids plus élevé et deux paramètres radiologiques traduisant la protrusion de la tête du cinquième métatarsien (angle intermétatarsien 4-5 de face, déviation latérale du 5e MT en oblique).
Mais l'observation la plus parlante est chronologique : toutes les refractures sont survenues après un nouveau traumatisme, une fois la consolidation acquise ; 13 des 18 dans les six mois suivant le début de la rééducation, et 8 dans les trois mois. Les auteurs concluent que les patients ayant une tête de 5e métatarsien proéminente et un indice de masse corporelle élevé doivent aborder la rééducation avec prudence avant d'envisager un retour au niveau sportif antérieur11.
La fenêtre de vulnérabilité ne se referme pas à la consolidation. Elle reste ouverte pendant les six mois qui suivent le début de la rééducation, et c'est exactement la période où le patient se sent guéri.
Une seconde série de la même équipe, portant sur 86 fractures de fatigue du cinquième métatarsien, a testé un critère radiographique simple : la présence d'un écart plantaire supérieur ou égal à 1 mm sur les fractures incomplètes. Résultat : les fractures incomplètes avec un écart ≥ 1 mm consolidaient en 115,5 ± 45,4 jours, contre 73,9 ± 26,7 jours pour celles dont l'écart était inférieur (p < 0,001). Fait contre-intuitif, les fractures complètes consolidaient plus vite (67,5 ± 28,8 jours) que les incomplètes prises globalement (103,2 ± 47,7 jours)12.
Ce résultat mérite d'être connu du rééducateur, parce qu'il contredit l'intuition : devant deux radiographies, celle qui semble la moins grave (un trait incomplet, avec un fin liseré plantaire) peut annoncer une consolidation deux fois plus longue.
À retenir
Sur cette fracture, la rééducation n'est pas d'abord un travail analytique : c'est la gestion d'une remise en charge dans une fenêtre où l'os n'est pas encore sûr.
Il faut être direct : aucune des sources consultées ne décrit un protocole de rééducation validé pour la fracture de Jones. Les études mesurent des délais de consolidation, des taux de retour au sport et des complications ; elles ne comparent pas des programmes de rééducation entre eux. Ce qui suit est donc construit à partir de trois éléments solides (les délais de consolidation mesurés, la chronologie des refractures, et les facteurs prédictifs d'échec) et non d'un protocole publié.
Repères de remise en charge après fracture de la base du 5e métatarsien
Les délais encadrés sont mesurés dans les sources citées ; les contenus de séance relèvent de la pratique courante
Délais : Attia AK et coll., Am J Sports Med 2021 (PMID 33740393) pour les valeurs de zone 2 : O'Malley MJ et coll., Am J Sports Med 1996 (PMID 8775129) pour la marche indolore à 6,1 semaines dans la fracture de la danseuse : Lee KT et coll., Foot Ankle Int 2013 (PMID 24216284 et PMID 23637237) : Raikin SM et coll., Am J Sports Med 2008 (PMID 18443278). Les valeurs de zone 2 proviennent de populations sportives.
C'est l'objectif principal, et il est chronologique avant d'être technique. Le repère est simple : la douleur à l'appui sur le bord latéral du pied est le signal, et la progression suit la consolidation, pas le calendrier théorique. En zone 1, l'appui est autorisé d'emblée et le traitement fonctionnel fait mieux que la botte plâtrée sur le délai de retour au niveau antérieur4. En zone 2, la question se pose en fonction de la stratégie retenue et doit être tranchée avec le chirurgien.
La période d'immobilisation ou de décharge coûte de la mobilité de cheville et de la force du triceps sural. Le travail analytique de la flexion dorsale, la mobilisation du médio-pied et le renforcement en chaîne ouverte peuvent commencer tôt sans solliciter le bord latéral. Le travail des fibulaires demande en revanche de la prudence : le court fibulaire s'insère sur la tubérosité14, et sa contraction résistée met en tension le foyer de zone 1. Notre article sur les tendinopathies des fibulaires détaille la progression de charge de ces muscles.
La série de Raikin fournit le seul élément d'appareillage documenté : les patients en varus ont été appareillés en postopératoire par une semelle de décharge latérale de l'arrière-pied et de l'avant-pied, avec 100 % d'union et aucune refracture à 49 mois de recul moyen8. Il faut le lire pour ce qu'il est : une série sans témoin, dont on ne peut pas isoler l'effet de la semelle de celui du vissage par une vis de 4,5 mm. Mais l'appareillage est peu coûteux et de faible risque, ce qui en fait une option raisonnable devant un varus clinique franc.
C'est l'objectif que la littérature soutient le plus directement, et paradoxalement celui qu'on oublie le plus : la vulnérabilité persiste des mois après la consolidation. Un athlète qui a repris et qui rapporte une gêne du bord latéral n'est pas un athlète qui manque d'échauffement : c'est un athlète à réexaminer.
Ce qui doit faire interrompre et réadresser
À retenir
Deux observations publiées, choisies parce qu'elles montrent ce que les méta-analyses ne peuvent pas montrer : ce qui se passe quand le patient ne suit pas le traitement, et ce que voit un kinésithérapeute en première ligne.
Trois lutteurs de sumo, trois traitements interrompus
Hoshino T, Tateishi T, Nagase T, Yuki A, Nakagawa T, Tsuchiya M. Jones Fractures in Sumo Wrestlers: Three Case Reports. Case Reports in Orthopedics 2019;2019:9051327 (PMID 31772802).
Les auteurs rapportent trois fractures de Jones survenues chez des lutteurs de sumo. Les trois patients ont interrompu leur traitement de leur propre initiative24. Les deux cas traités sans chirurgie ont évolué vers une pseudarthrose ou un retard de consolidation ; le cas opéré a présenté une rupture de vis. Et pourtant, tous trois ont poursuivi la lutte, avec peu de conséquences sur leur carrière.
Les auteurs identifient les facteurs de risque propres à cette discipline : le poids élevé, et les caractéristiques d'entraînement et de compétition spécifiques au sumo. Ils expliquent surtout pourquoi l'observance y est si difficile : prendre du repos fait perdre son rang, ce qui rend presque impossible d'aller au bout d'une durée de traitement suffisante.
Ce que le cas enseigne. Trois choses, dans l'ordre. D'abord, le poids est un facteur de charge sur la colonne latérale, ce que confirme la série de Lee sur les refractures11. Ensuite, une pseudarthrose n'interdit pas nécessairement la pratique, ce qui doit rendre prudent avec les pronostics catastrophistes. Enfin et surtout, le meilleur traitement est celui que le patient peut suivre : les auteurs concluent qu'il est essentiel d'informer complètement ces sportifs des options et de décider avec chacun. Pour le kinésithérapeute, qui voit le patient bien plus souvent que le chirurgien, c'est là que se joue l'observance.
Un joueur de tennis de 17 ans, une douleur latérale intermittente, un accès direct
Bittner JS, Hartstein AJ. Fifth Metatarsal Avulsion Fracture in an Adolescent Tennis Player. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy 2019;49(8):620 (PMID 31366295).
Un joueur de tennis de 17 ans se présente en kinésithérapie par accès direct, pour une douleur intermittente du bord latéral du pied gauche. Devant des tests de fracture positifs et en appliquant les règles d'Ottawa pour le pied et la cheville, le kinésithérapeute demande un avis orthopédique et une imagerie. Les radiographies révèlent une fracture-avulsion non déplacée du cinquième métatarsien.
Ce que le cas enseigne. C'est l'illustration la plus directe du rôle du kinésithérapeute sur ce sujet, et elle tient en une règle de décision : la palpation de la base du cinquième métatarsien fait partie des règles d'Ottawa, et une douleur exquise à ce niveau après un traumatisme du pied justifie une imagerie. Une douleur intermittente, chez un adolescent, sans impotence franche, est exactement le tableau qui ne fait pas penser à une fracture, et c'est le tableau du cas publié.
Pourquoi ces cas et pas d'autres
Les cas cliniques sont le point faible classique des articles de synthèse : le récit trop net, le sportif guéri en huit séances. Les deux observations ci-dessus sont des rapports publiés et indexés, cités avec leur identifiant PubMed. Elles ont été retenues parce que l'une documente un échec thérapeutique réel, trois patients qui abandonnent le traitement, et l'autre une démarche diagnostique conduite par un kinésithérapeute. Aucun cas de ce chapitre n'a été composé pour les besoins de la démonstration.
Ce que change concrètement la lecture des sources, pour le patient qui arrive avec un pied douloureux et une radiographie dans son dossier.
Conduite à tenir devant une fracture de la base du cinquième métatarsien
La première question porte sur le siège du trait ; la seconde sur les exigences du patient
Arbre construit à partir de la classification de Lawrence et Botte telle que rapportée par Bušková 2021 (PMID 34673663) et Cheung 2016 (PMID 28144601), des conclusions de Polzer 2012 (PMID 22465516) et des chiffres d'Attia 2021 (PMID 33740393). Il ne reproduit aucune recommandation publiée : aucune société savante consultée n'a émis de recommandation formelle sur cette fracture.
| Erreur | Conséquence | Ce qui l'évite |
|---|---|---|
| Confondre zone 1 et zone 2 | Une fracture à haut risque traitée comme une avulsion bénigne | Une seule question : le trait atteint-il l'articulation 4e-5e ?2 |
| Étiqueter « entorse de cheville » sans palper la base du 5e | Fracture méconnue, parfois pendant des semaines | La palpation fait partie des règles d'Ottawa27 |
| Ne pas demander s'il y avait mal avant | Fracture de fatigue prise pour une fracture aiguë, cause systémique non cherchée | Une question d'interrogatoire ; doser la vitamine D si oui10 |
| Immobiliser une zone 1 dans une botte plâtrée | Retard significatif du retour au niveau antérieur, sans bénéfice | Le traitement fonctionnel fait mieux, essais prospectifs à l'appui4 |
| Considérer l'affaire close à la consolidation | Refracture, dont 13 sur 18 dans les six mois suivant le début de la rééducation | Prolonger la surveillance et la progression de charge11 |
Le geste décisif n'est pas thérapeutique, il est radiologique : regarder si le trait touche l'articulation entre le quatrième et le cinquième métatarsien.
Sur le même territoire
Toutes les fractures de Jones sont des fractures de la base du cinquième métatarsien, mais l'inverse est faux. La classification de Lawrence et Botte distingue trois zones : la tubérosité (zone 1), la jonction métaphyso-diaphysaire qui s'étend jusqu'à l'articulation entre les 4e et 5e métatarsiens (zone 2), et la diaphyse proximale (zone 3)1. Seule la zone 2 est une fracture de Jones au sens strict. La confusion est fréquente parce que les trois siègent sur quelques centimètres du même os.
Parce que la zone 2 est un carrefour vasculaire. L'étude anatomique de Smith sur dix pièces cadavériques injectées montre que le réseau riche et redondant de la tubérosité rejoint le territoire de l'artère nourricière de la diaphyse exactement dans la région de mauvais pronostic3. Une fracture y coupe un apport sans qu'une voie de secours prenne le relais.
Chez le sportif, la réponse des synthèses disponibles est oui : la consolidation atteint 97,3 % après vissage contre 71,4 % sans, avec un retour au sport de 98,8 % contre 71,6 % et 3,5 semaines de gagnées5. Chez le patient sans exigence de délai, la question est ouverte : la revue systématique de Polzer, qui ne retient que des essais prospectifs, retrouve des résultats bons à excellents en traitement fonctionnel pour la zone 24. La décision se prend avec le chirurgien, en fonction du niveau d'exigence et du siège exact du trait.
Pour une zone 1, l'appui est autorisé d'emblée en traitement fonctionnel4. Pour une zone 2 chez le sportif, le retour au sport survient en moyenne à 9,6 semaines après vissage et 13,1 semaines sans chirurgie5. Ces valeurs sont des moyennes issues de populations sportives, et un écart plantaire d'au moins 1 mm sur une fracture incomplète allonge la consolidation de 74 à 116 jours12. Le calendrier se règle sur la consolidation, pas sur la moyenne.
Oui, et c'est le risque le plus sous-estimé : le taux de refracture atteint 10,2 % même après chirurgie5. Dans une série de 168 fractures chez des sportifs de haut niveau, toutes les refractures sont survenues après un nouveau traumatisme sur un os consolidé, et 13 sur 18 dans les six mois suivant le début de la rééducation11. C'est la raison pour laquelle la progression de charge se poursuit bien après la consolidation radiologique.
C'est une hypothèse solide mais non confirmée. Raikin a retrouvé un varus radiographique chez 18 patients sur 21 opérés d'une fracture de Jones, et propose que la surcharge de la colonne latérale prédispose à la fracture et à son échec8. Mais la méta-analyse de Riegger, sur 8 études, ne confirme ni le varus de l'arrière-pied ni le pied creux : seul l'angle d'adduction du médio-pied ressort, avec une différence moyenne de 4,62°9. La semelle de décharge latérale reste une option raisonnable devant un varus franc, sans qu'on puisse promettre son effet.
Peut-être un os vesalianum, osselet accessoire dont la méta-analyse la plus récente, sur 21 312 pieds, établit la prévalence à 0,6 %15. Il s'en distingue par des berges régulières et corticalisées, une position constante, et sa présence habituelle sur l'autre pied : qu'un cliché comparatif révèle. Chez l'adolescent, il peut aussi s'agir de l'apophyse de croissance, orientée parallèlement à l'axe de l'os, alors qu'une fracture de zone 1 est transversale.
Non, et le pronostic est même opposé. C'est une fracture spiroïde et oblique de la diaphyse distale du cinquième métatarsien, bien en aval des trois zones proximales. La série princeps sur 35 danseurs professionnels rapporte un traitement majoritairement non opératoire, y compris pour des fractures déplacées, avec une marche indolore à 6,1 semaines en moyenne et un retour en représentation à 19 semaines : tous les danseurs ayant repris sans limitation18. Elle représente 25 % des fractures du cinquième métatarsien, dont 80 % chez des femmes17.
Vingt-sept références, toutes vérifiées individuellement sur PubMed : identifiant résolu, titre, revue, année et liste d'auteurs contrôlés, résumé lu avant citation. Les liens pointent vers la notice PubMed.
Note de méthode
Le socle bibliographique a été construit avant la rédaction, en interrogeant PubMed par l'interface E-utilities : chaque identifiant a été résolu, chaque notice contrôlée sur ses auteurs, sa revue et son année, et chaque résumé lu avant d'être cité. Les chiffres avancés portent leur source à l'endroit exact où ils sont écrits, et les populations dont ils sont issus sont précisées lorsqu'elles limitent leur portée : la plupart des chiffres de consolidation et de retour au sport proviennent de séries exclusivement sportives. Une contradiction majeure de la littérature, entre la revue de Polzer et les méta-analyses chirurgicales, est exposée telle quelle plutôt que tranchée. Enfin, l'absence de protocole de rééducation validé pour cette fracture est signalée explicitement, les repères proposés étant déduits des délais de consolidation mesurés et de la chronologie des refractures. Article rédigé le 15 août 2026.