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La fracture de Jones (base du 5e métatarsien) : mise à jour 2026

Deux fractures voisines de quelques millimètres, sur le même os, après le même faux pas. L'une consolide seule en six semaines et ne mérite guère plus qu'une chaussure rigide. L'autre siège dans une zone où deux réseaux vasculaires se rejoignent sans se recouvrir, échoue à consolider dans près d'un cas sur trois sans chirurgie, et se refracture une fois sur dix même opérée. Les distinguer sur la radiographie est le geste central de cet article.

Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : identifiant résolu, revue, année et liste d'auteurs contrôlées, résumé lu avant citation. Bibliographie complète en fin d'article.

La fracture de Jones en trois chiffres

Trois travaux indépendants qui expliquent pourquoi cette fracture n'est pas une entorse de cheville qui aurait mal tourné

Trois chiffres clés de la fracture de Jones Taux de consolidation de 71,4 pour cent sans chirurgie contre 97,3 pour cent après vissage centromédullaire ; odds ratio de pseudarthrose de 5,74 en traitement non opératoire ; taux de refracture de 10,2 pour cent malgré la chirurgie. 71 % / 97 % taux de consolidation sans chirurgie contre vissage, chez le sportif ATTIA 2021 OR 5,74 de pseudarthrose sans chirurgie IC 95 % 2,65 à 12,40 YATES 2015 10,2 % de refractures malgré la chirurgie : l'os reste fragile après ATTIA 2021

Sources : Attia AK et coll., Am J Sports Med 2021, méta-analyse de 22 études et 646 fractures de Jones chez des sportifs (PMID 33740393) : Yates J et coll., Foot (Edinb) 2015, méta-analyse de 6 études et 237 patients (PMID 26481787). Ces chiffres portent sur des populations sportives : ils ne se transposent pas tels quels au patient sédentaire.

Synthèse clinique

Ce qu'il faut avoir en tête

  • Tout se joue sur quelques millimètres. La classification de Lawrence et Botte découpe la base du cinquième métatarsien en trois zones : l'avulsion de la tubérosité (zone 1), la jonction métaphyso-diaphysaire s'étendant à l'articulation entre 4e et 5e métatarsiens (zone 2, la vraie fracture de Jones), et la diaphyse proximale (zone 3)12.
  • La zone 2 est un carrefour vasculaire, et c'est démontré anatomiquement. Sur dix pièces cadavériques injectées, Smith a montré que l'apport artériel de la tubérosité rejoint celui de la diaphyse proximale exactement dans la région de mauvais pronostic : un défaut relatif de vascularisation qui explique retards de consolidation et pseudarthroses3.
  • La zone 1 est bénigne, et son abondance nourrit la confusion. Les avulsions de la tubérosité guérissent bien en traitement fonctionnel, y compris quand elles sont comminutives, déplacées ou articulaires4. Prendre une zone 2 pour une zone 1 revient à traiter par la marche une fracture qui a une chance sur trois de ne pas consolider.
  • Chez le sportif, la chirurgie d'emblée est justifiée. La méta-analyse d'Attia mesure une consolidation de 97,3 % après vissage contre 71,4 % sans, un retour au sport de 98,8 % contre 71,6 %, et un délai de 9,6 contre 13,1 semaines5.
  • Mais tout le monde n'est pas sportif de haut niveau, et une revue systématique sérieuse conteste la lecture en trois zones : Polzer soutient que les fractures de zone 2 consolident bien en traitement fonctionnel, et que le vrai problème est la zone 34. Cette tension est exposée telle quelle au chapitre correspondant.
  • L'échec ne s'arrête pas à la consolidation. Le taux de refracture atteint 10,2 % après chirurgie5, et 13 des 18 refractures d'une série de 168 sportifs sont survenues dans les six mois suivant le début de la rééducation11. Le calendrier de reprise est donc un sujet clinique à part entière.

Trois drapeaux rouges devant une douleur du bord latéral du pied

  • Une douleur prodromique de plusieurs semaines avant la « fracture » : ce n'est pas une fracture aiguë mais une fracture de fatigue décompensée, dont le pronostic de consolidation est plus mauvais et qui impose de chercher un déficit énergétique ou vitaminique10.
  • Une douleur qui persiste au-delà de trois mois avec un trait toujours visible : retard de consolidation, à ne pas laisser évoluer vers la pseudarthrose établie6.
  • Une reprise sportive avant consolidation radiologique : c'est la situation qui produit les refractures, et une revue systématique la déconseille explicitement6.

Sur la base du cinquième métatarsien, le pronostic ne se lit pas dans l'aspect du trait mais dans sa position. Quelques millimètres séparent une fracture qui se traite en chaussure d'une fracture qui se visse.

Où passe exactement le trait, et pourquoi cela décide de tout ?

La classification n'est pas ici un exercice académique : c'est la seule chose qui distingue deux prises en charge opposées.

Les trois zones de Lawrence et Botte

La classification la plus largement acceptée est celle de Lawrence et Botte, qui découpe la portion proximale du cinquième métatarsien selon la localisation du trait, et non selon son aspect. Bušková et coll., dans leur revue critique publiée par JBJS Reviews, rappellent que c'est bien le potentiel de consolidation qui a guidé ce découpage1 :

  • Zone 1 : avulsion de la tubérosité. Le trait intéresse la tubérosité (styloïde), à l'extrémité proximale de l'os. Consolidation en règle excellente, traitement non opératoire habituellement recommandé1.
  • Zone 2 : jonction métaphyso-diaphysaire. C'est la fracture de Jones proprement dite. Le trait siège à la jonction entre métaphyse et diaphyse et s'étend jusqu'à l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens2. C'est la zone du problème vasculaire.
  • Zone 3 : diaphyse proximale. En aval de l'articulation intermétatarsienne. C'est le siège privilégié des fractures de fatigue, et selon Polzer, la zone dont l'échec thérapeutique est le mieux documenté4.

Les trois zones de la base du cinquième métatarsien

Le repère décisif est l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens : la zone 2 s'y étend, la zone 3 est au-delà

Schéma des trois zones de la base du cinquième métatarsien Vue dorsale de la base du cinquième métatarsien. La zone 1 correspond à la tubérosité, où s'insèrent le court fibulaire et la bande latérale du fascia plantaire, et guérit bien. La zone 2, à la jonction métaphyso-diaphysaire, s'étend jusqu'à l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens : c'est la fracture de Jones, à haut risque de pseudarthrose. La zone 3 est la diaphyse proximale, siège des fractures de fatigue. Vue dorsale : pied droit, bord latéral largeur de la zone 2 articulation 4e-5e métatarsiens le repère qui sépare zone 2 et zone 3 court fibulaire et fascia plantaire latéral ZONE 1 avulsion : consolide bien ZONE 2 Jones : pseudarthrose ZONE 3 diaphyse : fractures de fatigue vers l'avant-pied

Schéma construit d'après la description de la classification de Lawrence et Botte reprise par Bušková K, Bartoníček J, Rammelt S, JBJS Rev 2021 (PMID 34673663) et Cheung CN, Lui TH, Arch Trauma Res 2016 (PMID 28144601). Les insertions du court fibulaire et de la bande latérale du fascia plantaire sont figurées d'après l'étude anatomique de DeVries JG et coll. sur 10 pièces cadavériques, J Foot Ankle Surg 2015 (PMID 25441854). Les proportions sont schématiques et ne constituent pas un gabarit de mesure.

Les insertions tendineuses, et ce qu'elles disent du mécanisme

L'étude anatomique de DeVries et coll., menée sur dix pièces cadavériques congelées, a mesuré précisément les insertions dans les 1,5 cm proximaux de l'os. Elle en tire une subdivision en trois zones A, B et C, dont l'intérêt est de rattacher chaque siège à un mécanisme :

  • Zone A, la plus proximale : c'est la bande latérale du fascia plantaire qui s'y insère, à 6,6 ± 2,2 mm du bord inférieur. Les auteurs proposent que les fractures y siégeant relèvent de la traction de ce fascia, et puissent être traitées par immobilisation en charge.
  • Zone B : c'est le court fibulaire, inséré à 12,0 ± 2,2 mm du bord inférieur. Les auteurs y voient des fractures par tension traumatique du tendon, justifiant une immobilisation stricte sans appui, voire une fixation.
  • Zone C : la portion articulaire avec le cuboïde14.

Cette lecture par mécanisme éclaire une observation clinique quotidienne : la fracture survient le plus souvent sur un pied en inversion forcée, geste qui met simultanément en tension le court fibulaire, qui s'oppose à l'inversion, et le fascia plantaire latéral. C'est le même mouvement qui produit l'entorse latérale de cheville, raison pour laquelle les deux lésions se confondent si souvent en pratique.

À retenir

  • Le repère anatomique décisif est l'articulation entre les 4e et 5e métatarsiens : la zone 2 s'y étend, la zone 3 est en aval2.
  • Zone 1 : avulsion de la tubérosité, bon pronostic. Zone 2 : la vraie fracture de Jones, mauvais pronostic vasculaire. Zone 3 : diaphyse, siège des fractures de fatigue1.
  • Le mécanisme habituel, l'inversion forcée, est celui de l'entorse latérale de cheville : c'est la source principale des diagnostics manqués.

Pourquoi la zone 2 consolide-t-elle si mal ?

C'est l'une des rares fois, en traumatologie du pied, où une explication anatomique a été démontrée expérimentalement avant d'être invoquée cliniquement.

L'étude de Smith, et ce qu'elle établit exactement

Le travail fondateur est celui de Smith, Arnoczky et Hersh, publié en 1992 dans Foot & Ankle. Dix pièces cadavériques fraîches ou d'amputation ont été étudiées après injection artérielle d'encre de Chine ou de sulfate de baryum. Le résultat tient en trois observations, qu'il faut lire dans l'ordre3 :

  1. La tubérosité reçoit son sang de nombreux vaisseaux métaphysaires qui pénètrent les surfaces non articulaires selon une disposition radiaire et aléatoire. C'est un réseau riche et redondant.
  2. La diaphyse proximale est vascularisée principalement par l'artère nourricière, qui donne des branches intramédullaires longitudinales. C'est un réseau unique, en série.
  3. Les deux apports se rejoignent dans la région située juste en aval de la tubérosité, et cette région correspond exactement à celle de mauvais pronostic de consolidation.

Les auteurs concluent qu'un défaut relatif de vascularisation consécutif à une fracture diaphysaire proximale peut contribuer aux retards de consolidation et aux pseudarthroses. Le terme n'est pas dans leur résumé, mais c'est la définition même d'une zone de partage des eaux : un territoire desservi par les extrémités de deux réseaux, où chacun arrive à bout de course.

La zone de partage vasculaire de la base du cinquième métatarsien

Deux réseaux, une jonction, et un trait de fracture qui tombe précisément dessus

Vascularisation intra-osseuse de la base du cinquième métatarsien La tubérosité reçoit de nombreux vaisseaux métaphysaires disposés en éventail. La diaphyse proximale est vascularisée par une artère nourricière unique donnant des branches longitudinales. Les deux territoires se rejoignent juste en aval de la tubérosité, à l'endroit exact où siège la fracture de Jones. Réseau métaphysaire nombreux vaisseaux, en éventail, redondants : la tubérosité consolide Artère nourricière apport unique, branches longitudinales : aucune voie de secours si le trait la coupe ZONE 2 là où les deux réseaux se rejoignent « la région de mauvais pronostic »

Construit d'après Smith JW, Arnoczky SP, Hersh A. The intraosseous blood supply of the fifth metatarsal: implications for proximal fracture healing. Foot Ankle 1992;13(3):143-52 (PMID 1601342), étude sur 10 pièces cadavériques après injection artérielle. Le schéma illustre la description des auteurs ; il ne reproduit pas une planche de leur article.

Ce que cette explication n'explique pas

Il serait commode d'arrêter le raisonnement ici. L'honnêteté oblige à signaler que l'argument vasculaire n'a jamais été relié directement à un taux de pseudarthrose mesuré : Smith décrit une anatomie, la clinique observe des échecs, et la mise en correspondance reste une hypothèse, solide, cohérente, mais non testée en tant que telle.

C'est d'autant plus important que la revue systématique de Polzer et coll. conteste, sur des données prospectives, la description clinique qu'on tire habituellement de cette anatomie. Nous y venons au chapitre du traitement.

À retenir

  • La tubérosité a un réseau riche et redondant ; la diaphyse proximale dépend d'une artère nourricière unique3.
  • Les deux territoires se rejoignent juste en aval de la tubérosité, dans la région de mauvais pronostic3.
  • C'est une explication anatomique démontrée, mais dont le lien causal avec les taux d'échec reste une hypothèse.

Qui se fracture la base du cinquième métatarsien, et comment ?

Deux populations très différentes se partagent le même os : la femme de plus de quarante ans qui se tord le pied, et le sportif de pivot.

Quatre chiffres qui situent les fractures du cinquième métatarsien

Données issues de deux séries de population et d'une revue critique

Quatre statistiques épidémiologiques des fractures du cinquième métatarsien Les fractures proximales du cinquième métatarsien représentent 61 à 78 pour cent de toutes les fractures du pied. Le cinquième métatarsien est le métatarsien le plus souvent fracturé. Les femmes subissent 75 pour cent des lésions de zone 1. La fracture de la danseuse représente 25 pour cent des fractures du cinquième métatarsien, dont 80 pour cent chez des femmes. 61-78 % de toutes les fractures du pied pour les seules fractures proximales du 5e MT n° 1 le métatarsien le plus fracturé sur 411 fractures de métatarsiens, âge moyen 42 ans 75 % des lésions de zone 1 chez des femmes sur 1 275 fractures ; torsion = prédicteur de zone 1 25 % de fractures de la danseuse 80 % de femmes, 80 % de plus de 40 ans

Sources : Bušková K et coll., JBJS Rev 2021, pour la proportion des fractures du pied (PMID 34673663), Petrisor BA, Ekrol I, Court-Brown C, Foot Ankle Int 2006, 411 fractures de métatarsiens (PMID 16539897), Kane JM et coll., Foot Ankle Spec 2015, 1 275 fractures du 5e métatarsien (PMID 25666689) : Schwagten K et coll., Foot Ankle Surg 2021 (PMID 33229215).

Le mécanisme prédit la zone

Une précision d'abord : sur 411 fractures de métatarsiens recensées en un an dans une série écossaise, d'âge moyen 42 ans, le cinquième métatarsien est le plus souvent fracturé de tous, avec une proportion croissante de femmes dans les tranches d'âge élevées20. C'est cet os que l'on voit, et c'est sur sa base que se joue la distinction pronostique.

La série de Kane et coll., qui a revu 1 275 fractures du cinquième métatarsien dans un cabinet orthopédique multicentrique, apporte un résultat directement utilisable en consultation : le mécanisme lésionnel prédit la localisation. Les traumatismes en torsion sont un prédicteur statistiquement significatif des lésions de zone 1. Les femmes subissent 75 % des lésions de zone 1 et 84 % des fractures de la danseuse. Chez les patients jeunes, les hommes dominent ; chez les patients âgés, ce sont les femmes19.

Cette bascule liée à l'âge n'est pas anodine. Schwagten et coll., qui ont étudié spécifiquement la fracture de la danseuse (une fracture spiroïde de la diaphyse distale, distincte des trois zones proximales), retrouvent que dans le groupe des plus de 40 ans, tous les patients avaient un mécanisme à faible énergie, contre seulement 27 % chez les moins de 40 ans. Ils en tirent une conclusion clinique forte : traiter cette fracture comme une fracture de fragilité17.

Une fracture du 5e métatarsien à faible énergie après 50 ans est un signal osseux

Une torsion banale qui casse un os chez un patient de plus de cinquante ans mérite qu'on s'interroge sur la qualité osseuse, comme pour toute fracture de fragilité. Ce raisonnement est développé dans notre article sur l'ostéoporose et la prévention des fractures de fragilité. Le kinésithérapeute qui reçoit la patiente pour la remise en charge est souvent le premier soignant à disposer du temps nécessaire pour poser la question.

Le sportif, l'autre population

La fracture de Jones vraie, celle de la zone 2, touche préférentiellement le sportif de pivot : football, basket-ball, football américain. La méta-analyse d'Attia, qui ne retient que des études portant exclusivement sur des sportifs, a rassemblé 646 fractures de Jones issues de 22 études, avec des taux de retour au sport détaillés par discipline : 99,0 % au football américain, 96,6 % au football, 91,1 % au basket-ball5.

Cet écart entre disciplines, modeste mais constant, dessine la logique de la lésion : le basket-ball, avec ses appuis en pivot sur pied fixé au sol et ses réceptions de saut, sollicite le bord latéral du pied plus durement que la course en ligne.

À retenir

  • Les fractures proximales du 5e métatarsien représentent 61 à 78 % des fractures du pied1.
  • Le mécanisme prédit la zone : la torsion oriente vers la zone 1, bénigne19.
  • Après 40 ans, une fracture du 5e métatarsien à faible énergie doit être traitée comme une fracture de fragilité17.

Comment distinguer une avulsion de zone 1 d'une vraie fracture de Jones ?

C'est le point central de cet article. Les deux fractures se ressemblent sur une radiographie mal lue, et la conduite à tenir diffère du tout au tout.

La question à se poser devant le cliché

Une seule question tranche : le trait s'étend-il jusqu'à l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens ? Si oui, c'est une zone 2 : une fracture de Jones. Si le trait reste en amont, cantonné à la tubérosité, c'est une zone 12.

Deux erreurs se commettent en sens inverse, et il faut les nommer :

  • Prendre une zone 2 pour une zone 1 : l'erreur grave. Le patient repart en chaussure rigide avec l'autorisation de marcher, pour une fracture qui a une chance sur trois de ne pas consolider sans chirurgie chez le sportif5.
  • Prendre une zone 1 pour une zone 2 : l'erreur coûteuse. On immobilise sans appui, on retarde la reprise, on propose une chirurgie à une fracture qui aurait guéri seule4.
Éléments de distinction entre les trois zones. Les taux d'échec sont issus des séries citées et portent sur des populations différentes, ce qui interdit de les comparer terme à terme.
CritèreZone 1 : avulsionZone 2 : fracture de JonesZone 3 : diaphysaire
Siège du traitTubérosité (styloïde)Jonction métaphyso-diaphysaire, s'étend à l'articulation 4e-5eDiaphyse proximale, au-delà de l'articulation
Mécanisme dominantTorsion, inversion : prédicteur statistique19Charge en adduction sur avant-pied fixéContrainte répétée : fracture de fatigue
Terrain75 % de femmes19, tous âgesSportif de pivot, homme jeuneSportif d'endurance ou de charge
Douleur prodromiqueAbsenteParfoisFréquente, évocatrice
Pronostic sans chirurgieExcellent, même déplacée ou articulaire4Union 71,4 % chez le sportif5 ; 76 % en revue systématique6Le plus mauvais : échec significativement plus élevé sans chirurgie4
Conduite habituelleTraitement fonctionnel, appui autorisé4Fonctionnel possible ; vissage d'emblée chez le sportif15Vissage précoce recommandé4

Les faux amis radiographiques

Trois images peuvent se faire prendre pour une fracture, et une quatrième pour une zone 1 alors qu'il s'agit d'autre chose :

L'os vesalianum

C'est un osselet accessoire situé au bord latéral du pied, à proximité immédiate de la base du cinquième métatarsien. Sa méta-analyse la plus récente, portant sur 21 312 pieds issus de 22 études, en établit la prévalence groupée à 0,6 % (IC 95 % 0,4-0,9), avec une répartition comparable entre sexes et une prévalence de 0,6 % sur les examens radiographiques. Les auteurs concluent explicitement qu'il doit être différencié des fractures du cinquième métatarsien et de la maladie d'Iselin15.

Ce qui le distingue : des berges régulières et corticalisées, une position constante, et surtout, quand le doute persiste, sa présence habituelle sur le pied controlatéral, qu'un cliché comparatif révèle.

L'apophyse d'Iselin chez l'enfant et l'adolescent

Chez l'adolescent, le noyau d'ossification secondaire de la tubérosité apparaît sur la radiographie comme un fragment séparé. Il s'oriente parallèlement à l'axe du métatarsien, alors qu'un trait de fracture de zone 1 est habituellement transversal, c'est-à-dire perpendiculaire à cet axe. Cette différence d'orientation est le critère de lecture le plus simple. Le sujet est développé dans notre article sur les pathologies de croissance du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent.

La fracture de la danseuse

Il ne s'agit pas d'un piège d'interprétation mais d'une entité voisine, souvent confondue dans le langage courant. C'est une fracture spiroïde et oblique de la diaphyse distale, donc bien plus loin en aval que les trois zones proximales. O'Malley, Hamilton et Munyak en ont décrit la série princeps sur 35 danseurs issus de deux compagnies nationales de ballet : le trait part en distal-latéral et court en proximal-médial. Le traitement était majoritairement non opératoire, y compris pour des fractures déplacées, avec une marche indolore en moyenne à 6,1 semaines, un retour à la barre à 11,6 semaines et un retour en représentation à 19 semaines. Tous les danseurs ont repris leur activité professionnelle sans limitation18.

La distinction compte parce que le pronostic est opposé à celui de la zone 2 : la fracture de la danseuse est une fracture de bon pronostic, quel que soit son déplacement.

L'erreur qui coûte le plus cher

Une douleur du bord latéral du pied après une inversion est étiquetée « entorse de cheville » dans un grand nombre de cas. Le mécanisme est le même, la douleur siège parfois au même endroit, et l'examen se concentre sur le ligament talo-fibulaire antérieur. La palpation de la base du cinquième métatarsien fait partie des règles d'Ottawa pour le pied, et c'est précisément par cette voie que le cas clinique publié dans le JOSPT a conduit un kinésithérapeute en accès direct à demander une imagerie qui a révélé une fracture27. Notre article sur l'entorse latérale de cheville détaille cette démarche.

À retenir

  • La question qui tranche : le trait atteint-il l'articulation entre les 4e et 5e métatarsiens ?2
  • Os vesalianum : 0,6 % des pieds, berges corticalisées, souvent bilatéral15.
  • Chez l'adolescent, l'apophyse est parallèle à l'axe de l'os ; une fracture de zone 1 est transversale.
  • La fracture de la danseuse est diaphysaire distale et de bon pronostic, même déplacée18.

Fracture aiguë ou fracture de fatigue : que change la distinction ?

Deux histoires cliniques différentes peuvent produire la même image, et elles n'appellent pas la même stratégie.

Deux entités qui coexistent sur le même os

La fracture de Jones classique est aiguë : un appui, une douleur immédiate, une impotence. La fracture de fatigue du cinquième métatarsien est tout autre chose : une douleur prodromique du bord latéral du pied, croissante sur des semaines, qui finit par se compléter, parfois brutalement, à l'occasion d'un appui banal qui donne l'illusion d'un traumatisme.

Cette distinction est celle que fait Polzer : les fractures de zone 3 sont explicitement décrites comme des « fractures de fatigue diaphysaires », à la limite distale de l'articulation intermétatarsienne ou juste en aval, et ce sont elles qui présentent un taux d'échec significativement plus élevé lorsqu'elles sont traitées sans chirurgie par une botte sans appui4.

Notre article consacré à la fracture de stress chez le sportif traite du mécanisme général, déséquilibre entre microdommages et réparation osseuse sous charge cyclique, de l'imagerie et du déficit énergétique relatif. Le présent article ne le répète pas : il traite d'un site particulier, où la fracture aiguë et la fracture de fatigue coexistent et se confondent, et où le siège du trait commande le pronostic plus que le mécanisme.

Ce que l'interrogatoire doit chercher

La question à poser est simple et rarement posée : « Aviez-vous mal à cet endroit avant ? » Une réponse positive change trois choses :

  • Le pronostic de consolidation : un os déjà en souffrance, avec une réaction périostée ou une sclérose du trait, consolide moins bien qu'un os sain fracturé net.
  • La recherche d'une cause systémique. L'étude cas-témoins de Shimasaki et coll., portant sur 37 sportifs dont 18 avec un antécédent de fracture de fatigue du cinquième métatarsien en zone 2 ou 3, a mesuré un lien frappant : un taux sérique de 25-hydroxyvitamine D inférieur à 30 ng/mL multiplie par 23,3 la cote de fracture de fatigue du 5e métatarsien, après ajustement sur de multiples facteurs de confusion. Un taux de 10 ng/mL correspondait à une cote 5,1 fois supérieure, et 20 ng/mL à 2,9 fois10.
  • La charge d'entraînement, qui doit être reconstituée sur les semaines précédentes, exactement comme pour toute lésion de surcharge osseuse.

Lire l'odds ratio de 23,3 avec prudence

Il s'agit d'une étude cas-témoins portant sur 37 athlètes au total, de niveau de preuve III. Un rapport de cotes de cette ampleur sur un effectif aussi restreint a nécessairement un intervalle de confiance large, et l'association mesurée n'établit pas la causalité : un athlète en déficit énergétique cumule volontiers carence en vitamine D, charge excessive et faible densité osseuse. Ce que le résultat justifie : doser la vitamine D devant une fracture de fatigue du cinquième métatarsien. Ce qu'il ne justifie pas : promettre qu'une supplémentation préviendra la récidive.

À retenir

  • Une douleur prodromique transforme le diagnostic de fracture aiguë en fracture de fatigue décompensée, de pronostic plus réservé4.
  • Un taux de 25-OHD inférieur à 30 ng/mL est associé à une cote de fracture de fatigue du 5e MT multipliée par 23,3, sur un effectif de 37 athlètes10.
  • Le mécanisme général des fractures de fatigue est traité dans l'article dédié ; ici, c'est le siège qui commande.

Faut-il opérer d'emblée, et chez qui ?

C'est la question où la littérature se contredit franchement, et où la contradiction elle-même est instructive.

La position dominante : opérer le sportif

Trois travaux convergent, avec des méthodologies différentes. La revue de mise au point publiée par le Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons en résume la position courante : la fracture de Jones, siégeant à la jonction métaphyso-diaphysaire, est exposée à un risque accru de pseudarthrose et de douleur persistante, et retard de consolidation comme refracture peuvent survenir malgré une technique chirurgicale et une prise en charge postopératoire excellentes16.

Attia 2021, American Journal of Sports Medicine. Méta-analyse conduite selon PRISMA, 22 études éligibles, 646 fractures de Jones exclusivement chez des sportifs. Les résultats :

  • Retour au sport global 98,4 % (IC 95 % 97,3-99,4) ; 98,8 % après vissage centromédullaire contre 71,6 % en traitement non opératoire (IC 95 % 45,6-97,6, intervalle très large).
  • Trois études comparaient directement les deux stratégies : supériorité significative de la chirurgie (odds ratio 0,033 ; IC 95 % 0,005-0,215 ; p < 0,001).
  • Délai de retour au sport 9,6 semaines après vissage contre 13,1 semaines sans chirurgie.
  • Taux de consolidation 97,3 % en opéré contre 71,4 % en non opéré.
  • Retard de consolidation 2,5 %, refracture 10,2 %.

Les auteurs recommandent la fixation chirurgicale pour toutes les fractures de Jones chez le sportif5.

Roche et Calder 2013, KSSTA. Revue systématique de 26 études, dont 22 de niveau 4 et un seul essai randomisé. Union des fractures aiguës : 76 % en non opératoire, 96 % après vissage. Pour les retards de consolidation : 44 % contre 97 %. Pour les pseudarthroses vissées : 97 %. Retour au sport après vissage d'une fracture aiguë : 4 à 18 semaines. Les auteurs déconseillent explicitement la reprise avant consolidation radiologique complète, en raison du risque de refracture6.

Yates 2015, The Foot. Méta-analyse de 6 études et 237 patients : le groupe non opératoire présentait une cote de pseudarthrose significativement plus élevée, OR 5,74 (IC 95 % 2,65-12,40 ; p < 0,001), avec un délai de consolidation et un retour au sport allongés7.

La position dissidente, et pourquoi il faut la lire

Polzer et coll. ont publié dans Injury une revue systématique dont la conclusion contredit frontalement la lecture en trois zones. Leur méthode est explicite : ne retenir que les essais prospectifs comparant soit le même traitement pour des fractures différentes, soit des traitements différents pour la même fracture. Six essais prospectifs répondaient à ce critère. Leurs conclusions4 :

  • Toutes les avulsions de la tubérosité (zone 1) consolident bien en traitement fonctionnel, y compris multifragmentaires, déplacées et articulaires. La botte plâtrée retarde significativement le retour au niveau antérieur par rapport au traitement fonctionnel.
  • Les fractures de Jones (zone 2) donnent également des résultats bons à excellents et une consolidation complète en traitement fonctionnel.
  • En revanche, les fractures de fatigue diaphysaires (zone 3) présentent un taux d'échec significativement plus élevé en traitement non opératoire ; le vissage centromédullaire précoce raccourcit significativement le délai de consolidation et de retour au sport.

Les auteurs proposent donc de ramener la classification à deux entités : les fractures métaphysaires ne dépassant pas l'extrémité distale de l'articulation intermétatarsienne, à traiter fonctionnellement quels que soient le nombre de fragments, le déplacement et l'atteinte articulaire ; et les fractures méta-diaphysaires situées à cette limite ou juste en aval, qui requièrent un vissage précoce.

Comment tenir les deux ensemble sans choisir un camp

La contradiction est moins radicale qu'elle n'en a l'air, et elle se résout par la population et par le critère de jugement.

Attia ne parle que de sportifs, et son critère principal est le retour au sport et son délai. Polzer parle de la population générale traitée dans des essais prospectifs, et son critère est la consolidation. Un patient sédentaire qui consolide en quatorze semaines au lieu de neuf a été bien traité ; un footballeur professionnel dans la même situation a manqué une demi-saison, avec une probabilité de retour au jeu inférieure de vingt-sept points.

Un second facteur départage : les séries chirurgicales portent souvent sur des fractures complètes et déplacées, tandis que les essais prospectifs de traitement fonctionnel incluent volontiers des traits incomplets. Ce n'est pas la même fracture.

La lecture honnête n'est donc pas « Attia a raison et Polzer a tort », mais : plus l'exigence de délai est forte, plus la chirurgie se justifie ; plus le trait est distal, plus elle s'impose quel que soit le patient.

Consolidation et retour au sport, chirurgie contre traitement non opératoire

Chiffres issus de deux synthèses portant sur des populations sportives, non transposables au patient sédentaire

Comparaison des résultats entre chirurgie et traitement non opératoire Le taux de consolidation atteint 97,3 pour cent après vissage contre 71,4 pour cent sans chirurgie. Le taux de retour au sport atteint 98,8 pour cent contre 71,6 pour cent. Le délai de retour au sport est de 9,6 semaines contre 13,1 semaines. Le taux de refracture après chirurgie reste de 10,2 pour cent. Taux de consolidation Vissage 97,3 % Non opéré 71,4 % Taux de retour au sport Vissage 98,8 % Non opéré 71,6 % IC 95 % 45,6-97,6 : intervalle très large, peu d'études non opératoires Délai de retour au sport, en semaines Vissage 9,6 sem. Non opéré 13,1 sem. Ce que la chirurgie ne règle pas : 10,2 % de refractures, et 2,5 % de retards de consolidation.

Source : Attia AK, Taha T, Kong G, Alhammoud A, Mahmoud K, Myerson M. Am J Sports Med 2021;49(12):3422-3436, méta-analyse de 22 études et 646 fractures de Jones chez des sportifs (PMID 33740393). Population exclusivement sportive : ces valeurs ne s'appliquent pas au patient sédentaire, chez qui la revue de Polzer 2012 retrouve de bons résultats en traitement fonctionnel (PMID 22465516).

Une quatrième synthèse, non restreinte aux sportifs, va dans le même sens sans en avoir la force : la méta-analyse de Wang, sur 11 articles et 404 participants d'âge moyen 29,8 ans, retrouve un effet favorable de la chirurgie de taille moyenne à grande sur le taux de pseudarthrose, le délai de consolidation et le délai de reprise d'activité22. Son intérêt est de porter sur une population moins sélectionnée ; sa limite est de mélanger les zones.

Zone 1 : le cas où la chirurgie change peu de chose

La comparaison de Valkier et coll. porte sur 51 pieds avec fracture-avulsion, dont 31 traités sans chirurgie et 20 opérés. Résultat inattendu et instructif : 11 des 31 patients non opérés (35,5 %) ont développé une pseudarthrose, contre aucun des opérés (p = 0,004). Mais (et c'est la deuxième moitié de la phrase, qu'on oublie souvent de citer), tous les patients étaient asymptomatiques à un an, quel que soit le groupe. Les auteurs recommandent la chirurgie pour les avulsions déplacées de plus de 2 mm, et insistent sur des attentes réalistes13.

C'est un rappel utile : une pseudarthrose radiologique n'est pas une pseudarthrose clinique. Sur la tubérosité, un fragment qui ne fusionne jamais peut rester parfaitement indolore. Un essai randomisé chinois sur 46 patients jeunes ou sportifs avec avulsion déplacée de 2 à 3 mm va dans le même sens : le score fonctionnel était meilleur à 6 mois dans le groupe opéré, mais plus de différence à 12 mois ; seuls le délai de mise en charge complète et de reprise du travail étaient significativement raccourcis par la chirurgie25.

Stratégies de traitement et niveau de preuve

Appréciation du niveau de preuve selon les principes GRADE, à partir des sources citées dans ce chapitre

Modéré

Vissage centromédullaire d'emblée pour une fracture de zone 2 chez le sportif : consolidation, taux et délai de retour au sport tous supérieurs, sur 646 fractures et 22 études, avec trois comparaisons directes concordantes5, corroboré par deux autres synthèses67.

Modéré

Traitement fonctionnel des avulsions de zone 1, y compris déplacées et articulaires : six essais prospectifs concordants ; la botte plâtrée retarde significativement le retour au niveau antérieur4.

Faible

Vissage précoce des fractures de fatigue de zone 3 : taux d'échec non opératoire significativement plus élevé, délai de consolidation et de reprise raccourcis, sur essais prospectifs peu nombreux4.

Faible

Semelle de décharge latérale après fracture de zone 2 sur arrière-pied varus : 100 % d'union et aucune refracture dans une série de 21 fractures, mais sans groupe témoin8.

Très faible

Reprise très précoce après vissage, avant consolidation radiologique : série de 26 fractures chez 25 sportifs universitaires, reprise moyenne à 3,6 semaines sans complication majeure23, mais une revue systématique déconseille explicitement cette pratique6.

Non soutenu

Traiter une zone 2 comme une zone 1 : c'est-à-dire autoriser l'appui libre sans surveillance de la consolidation. Aucune source consultée ne soutient cette conduite, qui procède d'une erreur de lecture, non d'un choix thérapeutique.

Appréciation construite selon les principes GRADE à partir des sources citées, et non reprise d'une évaluation GRADE publiée : aucune des revues consultées n'a produit de tableau GRADE formel sur cette question.

À retenir

  • Chez le sportif, le vissage donne 97,3 % de consolidation contre 71,4 %, et un retour au sport 3,5 semaines plus tôt5.
  • Polzer conteste la lecture en trois zones : selon les essais prospectifs, la zone 2 consolide bien en fonctionnel, et c'est la zone 3 qui échoue4.
  • La contradiction se résout par la population et le critère : consolider n'est pas rejouer.
  • En zone 1, la pseudarthrose radiologique atteint 35,5 % sans chirurgie, et tous les patients sont asymptomatiques à un an13.

Quels facteurs prédisent la pseudarthrose et la refracture ?

Trois familles de facteurs, dont deux se corrigent, et c'est là que le kinésithérapeute a prise.

L'axe du pied : une hypothèse séduisante, à moitié confirmée

Raikin, Slenker et Ratigan ont mesuré l'alignement de l'arrière-pied chez 20 patients opérés d'une fracture de Jones. Le résultat est net : 18 des 21 arrière-pieds étaient en varus radiographique, et un varus clinique était présent dans 16 cas. L'angle de pente calcanéenne moyen était de 28,5° et l'angle de Meary de 13° à convexité supérieure. Tous les patients ont consolidé et aucun ne s'est refracturé, avec un recul moyen de 49 mois : les patients en varus ayant été appareillés en postopératoire par une semelle de décharge latérale de l'arrière-pied et de l'avant-pied8.

L'hypothèse des auteurs est mécaniquement limpide : un arrière-pied varus surcharge la colonne latérale du pied, prédispose à la fracture, et prédispose à l'échec du traitement.

Une méta-analyse récente tempère sérieusement cette lecture. Riegger et coll. ont regroupé huit études (296 patients) dont cinq en synthèse quantitative (132 patients), pour comparer trois angles entre patients fracturés et témoins. Résultat : seul l'angle d'adduction du médio-pied ressort, avec une différence moyenne groupée de 4,62° (IC 95 % 1,31-7,92) et une hétérogénéité importante (I² = 76,1 %). Ni la pente calcanéenne, ni l'angle de Meary ne diffèrent significativement. Autrement dit : l'adductus du médio-pied semble corrélé au risque, mais la relation avec le varus de l'arrière-pied et le pied creux n'a pas été démontrée9.

Facteurs associés à la fracture, à la pseudarthrose et à la refracture

Chaque facteur est situé selon la force de la preuve qui le soutient, et non selon la fréquence à laquelle il est cité

Facteurs de risque de fracture et d'échec du traitement Établis en méta-analyse : l'adduction du médio-pied avec une différence de 4,62 degrés. Établis en série comparative : l'indice de masse corporelle élevé, la protrusion de la tête du cinquième métatarsien et l'écart plantaire supérieur à un millimètre. Suggérés mais non confirmés en méta-analyse : le varus de l'arrière-pied et le pied creux. Mesuré en cas-témoins de faible effectif : l'insuffisance en vitamine D. CONFIRMÉ EN MÉTA-ANALYSE Adduction du médio-pied : différence moyenne 4,62° (IC 95 % 1,31-7,92) Riegger 2022, 8 études, hétérogénéité I² = 76,1 % : le seul angle qui ressort MESURÉ EN SÉRIE COMPARATIVE Indice de masse corporelle élevé et protrusion de la tête du 5e métatarsien Lee 2013 : angle intermétatarsien 4-5 significativement plus grand chez les refracturés (168 cas élite) Écart plantaire ≥ 1 mm sur fracture incomplète Lee 2013 : consolidation en 115,5 jours contre 73,9 jours si l'écart est inférieur à 1 mm MESURÉ SUR FAIBLE EFFECTIF 25-OHD < 30 ng/mL : cote × 23,3 Shimasaki 2016, cas-témoins, 37 athlètes au total, niveau III Justifie de doser, pas de promettre qu'une supplémentation protège. NON CONFIRMÉ Varus de l'arrière-pied, pied creux Observés chez 18 patients sur 21 dans la série de Raikin 2008, mais ni la pente calcanéenne ni l'angle de Meary ne diffèrent en méta-analyse.

Sources : Riegger M et coll., J Foot Ankle Surg 2022 (PMID 35039196) : Lee KT et coll., Foot Ankle Int 2013, refractures (PMID 24216284) et écart plantaire (PMID 23637237) : Shimasaki Y et coll., Foot Ankle Int 2016 (PMID 26596794) : Raikin SM et coll., Am J Sports Med 2008 (PMID 18443278).

Quand l'échec est déjà là : ce que devient une pseudarthrose

La question se pose souvent en rééducation, devant un patient qui arrive avec un trait toujours visible des mois après. La série de Hunt et Anderson porte sur 21 sportifs de haut niveau opérés d'une reprise pour pseudarthrose ou refracture de fracture de Jones, par vissage centromédullaire associé à une greffe spongieuse autologue ou à un mélange d'aspirat médullaire et de matrice osseuse déminéralisée. Tous ont retrouvé leur niveau de compétition antérieur, en moyenne à 12,3 semaines, avec une consolidation corticale complète clinique et radiographique, et un seul a présenté une nouvelle refracture. Les auteurs recommandent une vis pleine de gros diamètre (5,5 mm ou plus) et une greffe autologue21.

Le message est utile à transmettre au patient inquiet : un échec de première intention n'est pas une impasse, et la reprise chirurgicale a de bons résultats documentés.

Le calendrier de reprise : le facteur le plus actionnable

C'est la donnée la plus directement utile au kinésithérapeute, et elle vient de la série de Lee et coll. portant sur 168 fractures de fatigue du cinquième métatarsien chez des sportifs de haut niveau, traitées par cerclage-haubanage modifié. Onze pseudarthroses et dix-huit refractures ont été recensées. Les facteurs associés à la refracture étaient un poids plus élevé et deux paramètres radiologiques traduisant la protrusion de la tête du cinquième métatarsien (angle intermétatarsien 4-5 de face, déviation latérale du 5e MT en oblique).

Mais l'observation la plus parlante est chronologique : toutes les refractures sont survenues après un nouveau traumatisme, une fois la consolidation acquise ; 13 des 18 dans les six mois suivant le début de la rééducation, et 8 dans les trois mois. Les auteurs concluent que les patients ayant une tête de 5e métatarsien proéminente et un indice de masse corporelle élevé doivent aborder la rééducation avec prudence avant d'envisager un retour au niveau sportif antérieur11.

La fenêtre de vulnérabilité ne se referme pas à la consolidation. Elle reste ouverte pendant les six mois qui suivent le début de la rééducation, et c'est exactement la période où le patient se sent guéri.

L'écart plantaire, un signe radiographique à connaître

Une seconde série de la même équipe, portant sur 86 fractures de fatigue du cinquième métatarsien, a testé un critère radiographique simple : la présence d'un écart plantaire supérieur ou égal à 1 mm sur les fractures incomplètes. Résultat : les fractures incomplètes avec un écart ≥ 1 mm consolidaient en 115,5 ± 45,4 jours, contre 73,9 ± 26,7 jours pour celles dont l'écart était inférieur (p < 0,001). Fait contre-intuitif, les fractures complètes consolidaient plus vite (67,5 ± 28,8 jours) que les incomplètes prises globalement (103,2 ± 47,7 jours)12.

Ce résultat mérite d'être connu du rééducateur, parce qu'il contredit l'intuition : devant deux radiographies, celle qui semble la moins grave (un trait incomplet, avec un fin liseré plantaire) peut annoncer une consolidation deux fois plus longue.

À retenir

  • Seul l'adductus du médio-pied est confirmé en méta-analyse ; varus et pied creux ne le sont pas9.
  • 13 refractures sur 18 surviennent dans les six mois suivant le début de la rééducation11.
  • Un écart plantaire ≥ 1 mm allonge la consolidation de 74 à 116 jours12.
  • Une fracture incomplète peut consolider plus lentement qu'une fracture complète12.

Que rééduque-t-on, et selon quel calendrier de remise en charge ?

Sur cette fracture, la rééducation n'est pas d'abord un travail analytique : c'est la gestion d'une remise en charge dans une fenêtre où l'os n'est pas encore sûr.

Ce que les sources permettent d'affirmer, et ce qu'elles ne permettent pas

Il faut être direct : aucune des sources consultées ne décrit un protocole de rééducation validé pour la fracture de Jones. Les études mesurent des délais de consolidation, des taux de retour au sport et des complications ; elles ne comparent pas des programmes de rééducation entre eux. Ce qui suit est donc construit à partir de trois éléments solides (les délais de consolidation mesurés, la chronologie des refractures, et les facteurs prédictifs d'échec) et non d'un protocole publié.

Repères de remise en charge après fracture de la base du 5e métatarsien

Les délais encadrés sont mesurés dans les sources citées ; les contenus de séance relèvent de la pratique courante

Calendrier de remise en charge selon la zone fracturée En zone 1, appui autorisé d'emblée en traitement fonctionnel, marche indolore vers six semaines. En zone 2 non opérée, la consolidation demande environ treize à quatorze semaines. En zone 2 vissée chez le sportif, le retour au sport survient en moyenne à 9,6 semaines. La fenêtre de refracture reste ouverte pendant les six mois qui suivent le début de la rééducation. S0 S6 S10 S14 6 mois Zone 1 : appui d'emblée marche indolore ~6 sem. (fracture de la danseuse : 6,1 sem.) Zone 2 vissée : retour au sport moyen 9,6 sem. consolidation 8,2 sem. après vissage Zone 2 non opérée : retour au sport moyen 13,1 sem., consolidation 13,7 sem. Fenêtre de refracture : 13 des 18 refractures dans les 6 mois suivant le début de la rééducation Écart plantaire ≥ 1 mm 115,5 jours de consolidation contre 73,9 : prévoir un calendrier plus long d'emblée. Arrière-pied varus opéré Semelle de décharge latérale postopératoire : 100 % d'union, aucune refracture à 49 mois.

Délais : Attia AK et coll., Am J Sports Med 2021 (PMID 33740393) pour les valeurs de zone 2 : O'Malley MJ et coll., Am J Sports Med 1996 (PMID 8775129) pour la marche indolore à 6,1 semaines dans la fracture de la danseuse : Lee KT et coll., Foot Ankle Int 2013 (PMID 24216284 et PMID 23637237) : Raikin SM et coll., Am J Sports Med 2008 (PMID 18443278). Les valeurs de zone 2 proviennent de populations sportives.

Les quatre objectifs de la rééducation

1. Piloter la remise en charge sans dépasser l'os

C'est l'objectif principal, et il est chronologique avant d'être technique. Le repère est simple : la douleur à l'appui sur le bord latéral du pied est le signal, et la progression suit la consolidation, pas le calendrier théorique. En zone 1, l'appui est autorisé d'emblée et le traitement fonctionnel fait mieux que la botte plâtrée sur le délai de retour au niveau antérieur4. En zone 2, la question se pose en fonction de la stratégie retenue et doit être tranchée avec le chirurgien.

2. Récupérer la cheville et le pied sans charger le foyer

La période d'immobilisation ou de décharge coûte de la mobilité de cheville et de la force du triceps sural. Le travail analytique de la flexion dorsale, la mobilisation du médio-pied et le renforcement en chaîne ouverte peuvent commencer tôt sans solliciter le bord latéral. Le travail des fibulaires demande en revanche de la prudence : le court fibulaire s'insère sur la tubérosité14, et sa contraction résistée met en tension le foyer de zone 1. Notre article sur les tendinopathies des fibulaires détaille la progression de charge de ces muscles.

3. Corriger ce qui est corrigeable dans l'appui

La série de Raikin fournit le seul élément d'appareillage documenté : les patients en varus ont été appareillés en postopératoire par une semelle de décharge latérale de l'arrière-pied et de l'avant-pied, avec 100 % d'union et aucune refracture à 49 mois de recul moyen8. Il faut le lire pour ce qu'il est : une série sans témoin, dont on ne peut pas isoler l'effet de la semelle de celui du vissage par une vis de 4,5 mm. Mais l'appareillage est peu coûteux et de faible risque, ce qui en fait une option raisonnable devant un varus clinique franc.

4. Surveiller la fenêtre de refracture

C'est l'objectif que la littérature soutient le plus directement, et paradoxalement celui qu'on oublie le plus : la vulnérabilité persiste des mois après la consolidation. Un athlète qui a repris et qui rapporte une gêne du bord latéral n'est pas un athlète qui manque d'échauffement : c'est un athlète à réexaminer.

Ce qui doit faire interrompre et réadresser

  • Une douleur qui persiste au-delà de trois mois avec un trait toujours visible : retard de consolidation, qui répond bien au vissage (97 % d'union) mais mal à l'abstention (44 %)6.
  • Une douleur nouvelle après reprise, y compris sur une fracture consolidée : toutes les refractures de la série de Lee sont survenues sur un os consolidé11.
  • Une gêne mécanique sur le matériel : l'irritation cutanée sur tête de vis est une complication rapportée, ayant conduit à trois ablations sur 26 fractures dans la série de Watson23, et les complications de matériel sont assez fréquentes pour avoir motivé un appel à concevoir des implants spécifiques26.

À retenir

  • Aucun protocole de rééducation validé n'existe pour cette fracture : les repères se déduisent des délais de consolidation et de la chronologie des refractures.
  • Le court fibulaire s'insère sur la tubérosité : sa mise en tension résistée est à progresser prudemment en zone 114.
  • La semelle de décharge latérale sur arrière-pied varus est la seule mesure d'appareillage documentée, sur une série sans témoin8.

Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Deux observations publiées, choisies parce qu'elles montrent ce que les méta-analyses ne peuvent pas montrer : ce qui se passe quand le patient ne suit pas le traitement, et ce que voit un kinésithérapeute en première ligne.

Trois lutteurs de sumo, trois traitements interrompus

Hoshino T, Tateishi T, Nagase T, Yuki A, Nakagawa T, Tsuchiya M. Jones Fractures in Sumo Wrestlers: Three Case Reports. Case Reports in Orthopedics 2019;2019:9051327 (PMID 31772802).

Les auteurs rapportent trois fractures de Jones survenues chez des lutteurs de sumo. Les trois patients ont interrompu leur traitement de leur propre initiative24. Les deux cas traités sans chirurgie ont évolué vers une pseudarthrose ou un retard de consolidation ; le cas opéré a présenté une rupture de vis. Et pourtant, tous trois ont poursuivi la lutte, avec peu de conséquences sur leur carrière.

Les auteurs identifient les facteurs de risque propres à cette discipline : le poids élevé, et les caractéristiques d'entraînement et de compétition spécifiques au sumo. Ils expliquent surtout pourquoi l'observance y est si difficile : prendre du repos fait perdre son rang, ce qui rend presque impossible d'aller au bout d'une durée de traitement suffisante.

Ce que le cas enseigne. Trois choses, dans l'ordre. D'abord, le poids est un facteur de charge sur la colonne latérale, ce que confirme la série de Lee sur les refractures11. Ensuite, une pseudarthrose n'interdit pas nécessairement la pratique, ce qui doit rendre prudent avec les pronostics catastrophistes. Enfin et surtout, le meilleur traitement est celui que le patient peut suivre : les auteurs concluent qu'il est essentiel d'informer complètement ces sportifs des options et de décider avec chacun. Pour le kinésithérapeute, qui voit le patient bien plus souvent que le chirurgien, c'est là que se joue l'observance.

Un joueur de tennis de 17 ans, une douleur latérale intermittente, un accès direct

Bittner JS, Hartstein AJ. Fifth Metatarsal Avulsion Fracture in an Adolescent Tennis Player. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy 2019;49(8):620 (PMID 31366295).

Un joueur de tennis de 17 ans se présente en kinésithérapie par accès direct, pour une douleur intermittente du bord latéral du pied gauche. Devant des tests de fracture positifs et en appliquant les règles d'Ottawa pour le pied et la cheville, le kinésithérapeute demande un avis orthopédique et une imagerie. Les radiographies révèlent une fracture-avulsion non déplacée du cinquième métatarsien.

Ce que le cas enseigne. C'est l'illustration la plus directe du rôle du kinésithérapeute sur ce sujet, et elle tient en une règle de décision : la palpation de la base du cinquième métatarsien fait partie des règles d'Ottawa, et une douleur exquise à ce niveau après un traumatisme du pied justifie une imagerie. Une douleur intermittente, chez un adolescent, sans impotence franche, est exactement le tableau qui ne fait pas penser à une fracture, et c'est le tableau du cas publié.

Pourquoi ces cas et pas d'autres

Les cas cliniques sont le point faible classique des articles de synthèse : le récit trop net, le sportif guéri en huit séances. Les deux observations ci-dessus sont des rapports publiés et indexés, cités avec leur identifiant PubMed. Elles ont été retenues parce que l'une documente un échec thérapeutique réel, trois patients qui abandonnent le traitement, et l'autre une démarche diagnostique conduite par un kinésithérapeute. Aucun cas de ce chapitre n'a été composé pour les besoins de la démonstration.

Comment appliquer tout cela dès lundi matin ?

Ce que change concrètement la lecture des sources, pour le patient qui arrive avec un pied douloureux et une radiographie dans son dossier.

L'arbre de décision, à partir du cliché

Conduite à tenir devant une fracture de la base du cinquième métatarsien

La première question porte sur le siège du trait ; la seconde sur les exigences du patient

Arbre décisionnel devant une fracture de la base du cinquième métatarsien Première question, le trait atteint-il l'articulation entre les quatrième et cinquième métatarsiens. Si non, il s'agit d'une avulsion de zone 1 relevant d'un traitement fonctionnel avec appui. Si oui, il s'agit d'une zone 2 ou 3. Deuxième question, le patient est-il un sportif ou le trait est-il en zone 3. Si oui, discuter un vissage centromédullaire d'emblée. Si non, un traitement fonctionnel est possible sous surveillance de la consolidation. Fracture de la base du 5e métatarsien Le trait atteint-il l'articulation 4e-5e ? écarter d'abord os vesalianum et apophyse d'Iselin non ZONE 1 : avulsion Traitement fonctionnel, appui autorisé, même si déplacée ou articulaire oui ZONE 2 ou 3 : fracture de Jones chercher une douleur prodromique : fatigue ou aiguë ? Sportif, exigence de délai, ou trait en zone 3 ? c'est ici que se joue l'indication opératoire oui Vissage d'emblée Union 97,3 %, retour au sport 98,8 % à 9,6 sem. 10,2 % de refractures non Fonctionnel possible Bons résultats en essais prospectifs (Polzer), mais consolidation à surveiller DANS TOUS LES CAS Douleur prodromique : doser la vitamine D Varus clinique : semelle de décharge latérale

Arbre construit à partir de la classification de Lawrence et Botte telle que rapportée par Bušková 2021 (PMID 34673663) et Cheung 2016 (PMID 28144601), des conclusions de Polzer 2012 (PMID 22465516) et des chiffres d'Attia 2021 (PMID 33740393). Il ne reproduit aucune recommandation publiée : aucune société savante consultée n'a émis de recommandation formelle sur cette fracture.

Ce qu'il faut dire au patient, et dans quels mots

  • Quand c'est une zone 1. « Votre fracture touche la partie la plus proximale de l'os, celle qui est le mieux vascularisée. Elle consolide bien, y compris quand le fragment est déplacé, et vous pouvez marcher dessus. » Il est utile d'ajouter que le fragment peut ne jamais fusionner sur la radiographie sans que cela pose problème : dans une série, 35,5 % des patients non opérés avaient une pseudarthrose radiologique et tous étaient asymptomatiques à un an13. Cela évite l'inquiétude au contrôle.
  • Quand c'est une zone 2. « Votre fracture siège à quelques millimètres de la précédente, mais dans une zone où deux réseaux sanguins se rejoignent sans se recouvrir. C'est ce qui explique qu'elle consolide plus lentement, et parfois pas du tout. » L'image du carrefour vasculaire fonctionne bien en consultation, et elle est exacte3.
  • Sur la reprise. « Consolider ne veut pas dire être solide. Les refractures surviennent après la consolidation, et la majorité dans les six mois suivant le début de la rééducation11. » C'est le message le plus important à faire passer, et le moins spontanément accepté.

Cinq erreurs qui coûtent cher

Erreurs fréquentes sur la base du cinquième métatarsien et leur conséquence, avec la source qui documente le point.
ErreurConséquenceCe qui l'évite
Confondre zone 1 et zone 2Une fracture à haut risque traitée comme une avulsion bénigneUne seule question : le trait atteint-il l'articulation 4e-5e ?2
Étiqueter « entorse de cheville » sans palper la base du 5eFracture méconnue, parfois pendant des semainesLa palpation fait partie des règles d'Ottawa27
Ne pas demander s'il y avait mal avantFracture de fatigue prise pour une fracture aiguë, cause systémique non cherchéeUne question d'interrogatoire ; doser la vitamine D si oui10
Immobiliser une zone 1 dans une botte plâtréeRetard significatif du retour au niveau antérieur, sans bénéficeLe traitement fonctionnel fait mieux, essais prospectifs à l'appui4
Considérer l'affaire close à la consolidationRefracture, dont 13 sur 18 dans les six mois suivant le début de la rééducationProlonger la surveillance et la progression de charge11

Le geste décisif n'est pas thérapeutique, il est radiologique : regarder si le trait touche l'articulation entre le quatrième et le cinquième métatarsien.

Sur le même territoire

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une fracture de Jones et une fracture de la base du 5e métatarsien ?

Toutes les fractures de Jones sont des fractures de la base du cinquième métatarsien, mais l'inverse est faux. La classification de Lawrence et Botte distingue trois zones : la tubérosité (zone 1), la jonction métaphyso-diaphysaire qui s'étend jusqu'à l'articulation entre les 4e et 5e métatarsiens (zone 2), et la diaphyse proximale (zone 3)1. Seule la zone 2 est une fracture de Jones au sens strict. La confusion est fréquente parce que les trois siègent sur quelques centimètres du même os.

Pourquoi cette fracture ne consolide-t-elle pas bien ?

Parce que la zone 2 est un carrefour vasculaire. L'étude anatomique de Smith sur dix pièces cadavériques injectées montre que le réseau riche et redondant de la tubérosité rejoint le territoire de l'artère nourricière de la diaphyse exactement dans la région de mauvais pronostic3. Une fracture y coupe un apport sans qu'une voie de secours prenne le relais.

Faut-il opérer une fracture de Jones ?

Chez le sportif, la réponse des synthèses disponibles est oui : la consolidation atteint 97,3 % après vissage contre 71,4 % sans, avec un retour au sport de 98,8 % contre 71,6 % et 3,5 semaines de gagnées5. Chez le patient sans exigence de délai, la question est ouverte : la revue systématique de Polzer, qui ne retient que des essais prospectifs, retrouve des résultats bons à excellents en traitement fonctionnel pour la zone 24. La décision se prend avec le chirurgien, en fonction du niveau d'exigence et du siège exact du trait.

Combien de temps avant de remarcher, et avant de reprendre le sport ?

Pour une zone 1, l'appui est autorisé d'emblée en traitement fonctionnel4. Pour une zone 2 chez le sportif, le retour au sport survient en moyenne à 9,6 semaines après vissage et 13,1 semaines sans chirurgie5. Ces valeurs sont des moyennes issues de populations sportives, et un écart plantaire d'au moins 1 mm sur une fracture incomplète allonge la consolidation de 74 à 116 jours12. Le calendrier se règle sur la consolidation, pas sur la moyenne.

Peut-on se refracturer après guérison ?

Oui, et c'est le risque le plus sous-estimé : le taux de refracture atteint 10,2 % même après chirurgie5. Dans une série de 168 fractures chez des sportifs de haut niveau, toutes les refractures sont survenues après un nouveau traumatisme sur un os consolidé, et 13 sur 18 dans les six mois suivant le début de la rééducation11. C'est la raison pour laquelle la progression de charge se poursuit bien après la consolidation radiologique.

Mon podologue parle d'un arrière-pied varus, est-ce lié ?

C'est une hypothèse solide mais non confirmée. Raikin a retrouvé un varus radiographique chez 18 patients sur 21 opérés d'une fracture de Jones, et propose que la surcharge de la colonne latérale prédispose à la fracture et à son échec8. Mais la méta-analyse de Riegger, sur 8 études, ne confirme ni le varus de l'arrière-pied ni le pied creux : seul l'angle d'adduction du médio-pied ressort, avec une différence moyenne de 4,62°9. La semelle de décharge latérale reste une option raisonnable devant un varus franc, sans qu'on puisse promettre son effet.

J'ai un « petit os » à côté du 5e métatarsien sur ma radio, est-ce une fracture ?

Peut-être un os vesalianum, osselet accessoire dont la méta-analyse la plus récente, sur 21 312 pieds, établit la prévalence à 0,6 %15. Il s'en distingue par des berges régulières et corticalisées, une position constante, et sa présence habituelle sur l'autre pied : qu'un cliché comparatif révèle. Chez l'adolescent, il peut aussi s'agir de l'apophyse de croissance, orientée parallèlement à l'axe de l'os, alors qu'une fracture de zone 1 est transversale.

Qu'est-ce que la fracture de la danseuse, et est-ce la même chose ?

Non, et le pronostic est même opposé. C'est une fracture spiroïde et oblique de la diaphyse distale du cinquième métatarsien, bien en aval des trois zones proximales. La série princeps sur 35 danseurs professionnels rapporte un traitement majoritairement non opératoire, y compris pour des fractures déplacées, avec une marche indolore à 6,1 semaines en moyenne et un retour en représentation à 19 semaines : tous les danseurs ayant repris sans limitation18. Elle représente 25 % des fractures du cinquième métatarsien, dont 80 % chez des femmes17.

Bibliographie

Vingt-sept références, toutes vérifiées individuellement sur PubMed : identifiant résolu, titre, revue, année et liste d'auteurs contrôlés, résumé lu avant citation. Les liens pointent vers la notice PubMed.

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Note de méthode

Le socle bibliographique a été construit avant la rédaction, en interrogeant PubMed par l'interface E-utilities : chaque identifiant a été résolu, chaque notice contrôlée sur ses auteurs, sa revue et son année, et chaque résumé lu avant d'être cité. Les chiffres avancés portent leur source à l'endroit exact où ils sont écrits, et les populations dont ils sont issus sont précisées lorsqu'elles limitent leur portée : la plupart des chiffres de consolidation et de retour au sport proviennent de séries exclusivement sportives. Une contradiction majeure de la littérature, entre la revue de Polzer et les méta-analyses chirurgicales, est exposée telle quelle plutôt que tranchée. Enfin, l'absence de protocole de rééducation validé pour cette fracture est signalée explicitement, les repères proposés étant déduits des délais de consolidation mesurés et de la chronologie des refractures. Article rédigé le 15 août 2026.

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