Fracture de la clavicule et disjonction acromio-claviculaire : ce que la classification décide vraiment
En bref
Même chute sur le moignon de l'épaule, même patient, deux os voisins et deux décisions qui obéissent à la même logique : c'est la classification qui commande, pas l'aspect de l'épaule. Cet article traite les traumatismes aigus de la ceinture scapulaire. Pour la même articulation en pathologie dégénérative chronique, sans traumatisme récent, l'article dédié est l'arthrose acromio-claviculaire ; pour sa reconnaissance professionnelle, arthrose acromio-claviculaire et maladie professionnelle.
Synthèse clinique fondée sur la revue Cochrane de Lenza (2019) sur chirurgie contre traitement conservateur de la clavicule, la méta-analyse de Woltz (JBJS Am 2017), la cohorte d'Édimbourg de Murray (JBJS Am 2013) sur les facteurs de pseudarthrose, l'essai randomisé de Boström Windhamre (JSES 2022) qui compare plaque crochet et kinésithérapie, et le consensus ISAKOS de Beitzel (Arthroscopy 2014) : 58 références vérifiées une à une sur PubMed.
Synthèse clinique
Il faut commencer par un chiffre, parce qu'il déplace tout le reste. Dans la cohorte d'Édimbourg, la pseudarthrose de clavicule concerne 6,2 % des fractures toutes localisations confondues à 24 semaines, et 4,5 % des seules diaphysaires (PMID 15252081). Le même service, dix ans plus tard, sur 941 fractures diaphysaires déplacées chez des adultes, en trouve 13,3 % (PMID 23824382). Ce ne sont pas deux chiffres contradictoires : ce sont deux populations différentes, et l'écart entre elles est exactement ce que la classification sert à repérer.
C'est là que le raisonnement se joue. Une fracture de clavicule non déplacée guérit presque toujours seule ; une fracture déplacée et comminutive chez un fumeur ne guérit pas dans un cas sur trois. Une disjonction de grade I ou II se rééduque ; un grade IV ou VI s'opère. Entre les deux, un grade III qui divise la littérature depuis quarante ans. Dans les deux entités, ce n'est ni la douleur, ni la déformation, ni l'inquiétude du patient qui décide : c'est ce que le cliché montre, et à quelle catégorie il appartient.
Le corollaire dérange, et il est solide. Opérer toutes les fractures déplacées, c'est réaliser 7,5 ostéosynthèses pour éviter une pseudarthrose ; n'opérer que celles dont le risque prédit dépasse 40 % ramène ce nombre à 1,7 (PMID 23824382). Et la méta-analyse des six essais randomisés le confirme sous un autre angle : la plaque divise bien le risque de pseudarthrose (RR 0,14 ; IC 95 % 0,06 à 0,32), mais dès qu'on compte les ablations de matériel, 17,6 % des opérés retournent au bloc contre 16,6 % des non opérés (PMID 28632595). On ne supprime pas la réintervention, on en change la nature.
Les seuils de cet article sont ceux qui décident. Ce sont aussi ceux qu'on cite le plus souvent de mémoire, et le plus souvent faux.
Le raccourcissement en est l'exemple le plus net. Le seuil de 2 cm circule partout ; il vient d'une série de 39 patients déjà en retard de consolidation ou en cal vicieux, sans groupe témoin (PMID 11317682). Le seuil de 20 mm vient d'une série de 52 patients où aucun n'avait perdu d'amplitude ni de force (PMID 9250733). Et la seule cohorte prospective qui a cherché la corrélation entre raccourcissement et fonction ne la trouve pas, même au-delà de 2 cm (PMID 26080806). La recommandation française, elle, retient 1,5 cm chez le sujet jeune actif (PMID 28043849). Quatre sources, quatre valeurs, aucune issue d'un essai qui aurait randomisé sur un seuil.
Du côté acromio-claviculaire, la nouvelle est plus simple et plus rassurante. Le seul essai randomisé récent qui compare la chirurgie à la kinésithérapie dans les grades III et V trouve les non opérés significativement meilleurs à trois mois, puis strictement équivalents à 6, 12 et 24 mois : Constant 88 contre 91 pour le grade III, 90 contre 91 pour le grade V (PMID 35007749). Avec, dans le même essai, la réserve qui doit être dite au patient : 18 % des non opérés ont fini par être opérés dans les 19 mois.
Et pour la rééducation, il faut une honnêteté que les protocoles publiés n'ont pas. Une revue a criblé 1 742 études pour n'en retenir que quatre décrivant un protocole détaillé, et conclut noir sur blanc : « aucun essai randomisé ni étude comparative n'a été identifié ou cité comme fondement de ces protocoles de rééducation » (PMID 34093044). Les délais que l'on donne sont des repères d'experts, pas des résultats. Ce qui reste solide, c'est ce qui se mesure : la consolidation, les amplitudes, la symétrie de force, et le modèle de réévaluation à six semaines qui prédit la consolidation avec une aire sous la courbe de 87,3 % (PMID 31977816).
- La pseudarthrose de clavicule passe de 4,5 % à 13,3 % selon qu'on parle de toutes les diaphysaires ou des seules déplacées. Le déplacement est le premier tri.
- Le tabac est le facteur le plus fort (OR 3,76), devant la comminution (1,75) et le déplacement (1,17).
- Aucun seuil de raccourcissement n'a été validé prospectivement. Les quatre valeurs qui circulent viennent de quatre devis différents.
- Grades I et II : rééducation. Grades IV et VI : chirurgie. Grades III et V : essai de rééducation borné, puis réévaluation.
- La déformation résiduelle inquiète le patient bien plus qu'elle ne le gêne, et c'est vérifié : sur 28 patients gênés par l'aspect, 11 seulement envisageaient une correction chirurgicale.
Pourquoi ces deux traumatismes se traitent-ils dans le même article ?
Parce qu'ils arrivent au cabinet par la même porte. Le patient est tombé sur le moignon de l'épaule ou sur la main tendue, il ne peut plus lever le bras, et la question qu'il pose est identique dans les deux cas. Ce chapitre pose ce qui les rassemble, ce qui les sépare, et à quelle fréquence on les rencontre.
La clavicule est le seul appui osseux entre le squelette axial et le membre supérieur. Tout le reste de la ceinture scapulaire est suspendu par des muscles. Cette particularité explique deux choses à la fois : la clavicule casse souvent, et l'articulation qui la relie à l'acromion se disjoint souvent, parce que ce sont les deux points où une force appliquée à l'épaule est obligée de passer.
Le mécanisme est le même dans les deux cas. La revue evidence-based de l'Académie américaine d'orthopédie décrit pour la disjonction « une chute directe sur la face supérieure de l'épaule, bras en adduction » (PMID 31008872). L'analyse vidéo des blessures d'épaule du Super Rugby, sur 397 matchs, retrouve exactement deux gestes : le contact avec le sol, bras en adduction horizontale, flexion et rotation interne, et l'impact sur la face latérale de l'épaule, coude fléchi, bras le long du corps (PMID 25156881). Selon l'angle et l'énergie, c'est l'os qui cède ou ce sont les ligaments.
Ce que la mécanique dit du complexe coraco-claviculaire
Les ligaments coraco-claviculaires, conoïde et trapézoïde, sont ce qui suspend la clavicule à la coracoïde. Une étude cadavérique sur 19 préparations mesure leur rupture en traction uniaxiale à 500 ± 134 N, pour une rigidité de 103 ± 30 N/mm et un allongement à la rupture de 7,7 ± 1,9 mm (PMID 10653552). Deux enseignements pour la clinique. D'abord, ce complexe ne s'allonge presque pas avant de rompre : il n'y a pas de zone d'étirement confortable, on est intact ou on ne l'est plus. Ensuite, dans cette configuration de charge, les auteurs ne retrouvent aucune différence significative entre les contributions du conoïde et du trapézoïde. Le partage des rôles enseigné dans les manuels ne se lit pas dans cette mesure-là.
Où casse la clavicule, et où elle refuse de consolider
868 fractures consécutives traitées sans chirurgie, cohorte prospective d'Édimbourg. Le siège le plus fréquent n'est pas celui qui pose le plus de problèmes.
Source : Robinson CM, Court-Brown CM, McQueen MM, Wakefield AE. J Bone Joint Surg Am 2004;86(7):1359-1365 (PMID 15252081). Cohorte prospective observationnelle sur 51 mois, 868 patients, âge médian 29,5 ans. Les barres de droite sont à l'échelle 0 à 30 %.
Ce graphique porte un message contre-intuitif utile en consultation : le cinquième latéral, deux fois et demie moins fréquent que la diaphyse, refuse de consolider deux fois et demie plus souvent. C'est le siège qu'on sous-estime, parce qu'il fait moins mal au départ et que la radiographie de face le montre mal.
Une précision s'impose sur le 66,9 % de ce graphique, car on lit partout 80 %. Les deux chiffres sont exacts et ne mesurent pas la même chose. Le 80 % classique découpe la clavicule en tiers et compte le tiers moyen (PMID 30666620). La classification d'Édimbourg découpe en cinquièmes aux extrémités et rattache donc au cinquième latéral des fractures que le découpage en tiers rangeait au tiers moyen (PMID 9619941). Ce n'est pas un désaccord entre auteurs, c'est une frontière anatomique déplacée, et elle explique une bonne part des écarts de chiffres d'une publication à l'autre.
Combien de patients, et lesquels
La clavicule représente 2,6 à 4 % de toutes les fractures, et 80 % d'entre elles siègent au tiers moyen (revue Cochrane, PMID 30666620). L'enquête nationale chinoise, sur 512 187 questionnaires, mesure une incidence de 17,4 pour 100 000 personnes-années (IC 95 % 13,8 à 21,0), avec les accidents de la circulation et les chutes pour 91 % des causes (PMID 29404668). La série d'Édimbourg précise la démographie : chez l'homme, l'incidence est maximale avant 20 ans et décroît ensuite ; chez la femme, elle est plus constante, avec deux pics, l'adolescence et le grand âge (PMID 9619941).
Le risque de fracture de clavicule au lycée, sport par sport
567 fractures pour 31,5 millions d'expositions athlète, surveillance nationale américaine sur neuf saisons. Taux pour 100 000 expositions.
Source : McCarthy MM, Bihl JH, Frank RM, Salem HS, McCarty EC, Comstock RD. Orthop J Sports Med 2019;7(7):2325967119861812 (PMID 31384623). Dans les sports comparables entre sexes, le taux reste 2,91 fois plus élevé chez les garçons (IC 95 % 1,97 à 4,30). En compétition 4,58 contre 0,87 à l'entraînement, soit un rapport de 5,27.
Du côté acromio-claviculaire, la seule cohorte prospective de population récente vient de la région de Copenhague. Sur 549 225 habitants et une année complète, 106 disjonctions aiguës : incidence 19,3 pour 100 000 personnes-années, ratio hommes-femmes 8,6 pour 1, distribution bimodale avec des pics à 20-24 ans et 55-59 ans. Le sport est en cause dans 80 cas sur 106, et le cyclisme à lui seul dans 51 (PMID 37811384). La disjonction représenterait environ 9 % des blessures d'épaule (PMID 41761265), et dans le rugby de haut niveau, elle est la blessure d'épaule la plus fréquemment rapportée (PMID 25156881).
Ce dernier point mérite d'être gardé en tête au cabinet : le cycliste tombé sur l'épaule est statistiquement le patient type de la disjonction acromio-claviculaire, avant le rugbyman.
Quatre repères d'épidémiologie à connaître
Chacun est issu d'une cohorte prospective ou d'une revue systématique, pas d'une estimation d'auteur.
Sources : PMID 30666620, PMID 37811384, PMID 31384623.
Drapeaux rouges au premier contact, avant toute mobilisation
- Déficit sensitif ou moteur du membre supérieur, même partiel, même d'apparition retardée : une plexopathie brachiale peut apparaître jusqu'à un mois après une fracture déplacée traitée sans chirurgie. Avis chirurgical et imagerie du plexus avant toute rééducation (PMID 31784383).
- Dyspnée, douleur thoracique, désaturation : dans la base nationale américaine des hospitalisations pour fracture de clavicule, l'hémo-pneumothorax est la lésion associée non vasculaire et non nerveuse la plus fréquente, après les fractures de côtes (PMID 33717875). Urgence.
- Membre froid, pouls radial diminué ou asymétrique, hématome expansif sus-claviculaire : lésion vasculaire sous-clavière. Urgence absolue, aucun geste de kinésithérapie.
- Peau tendue, blanche ou menacée au sommet du fragment : fracture menaçant l'ouverture cutanée. Avis chirurgical le jour même.
- Traumatisme à haute énergie : dans la même base, la fracture de clavicule s'associe significativement à la commotion cérébrale et aux lésions spléniques et thoraciques. L'épaule n'est pas forcément la lésion la plus grave du patient.
- Un seul mécanisme, deux lésions : chute sur le moignon de l'épaule ou sur la main tendue. Selon l'angle et l'énergie, c'est l'os ou les ligaments qui cèdent.
- La diaphyse porte 80 % des fractures, mais c'est le cinquième latéral qui consolide le plus mal (11,5 % de pseudarthroses contre 4,5 %).
- Le patient type de la disjonction est un homme (8,6 pour 1), cycliste avant d'être rugbyman, et il a 20-24 ans ou 55-59 ans.
- Le complexe coraco-claviculaire rompt à 500 N après 7,7 mm d'allongement : il n'y a pas d'entre-deux mécanique.
Comment distinguer une fracture de clavicule d'une disjonction acromio-claviculaire ?
La réponse honnête tient en une phrase : par la radiographie, et par elle seule. Ce chapitre explique pourquoi les tests cliniques acromio-claviculaires ne servent pas à ce qu'on croit, ce qu'ils valent réellement, et quels clichés demander pour que la classification soit fiable.
Cliniquement, les deux tableaux se ressemblent au point d'être régulièrement confondus. Douleur au sommet de l'épaule, impossibilité d'élever le bras, déformation visible sous la peau, patient qui soutient son coude de la main opposée. La palpation oriente : la douleur exquise se situe sur l'interligne acromio-claviculaire dans un cas, au foyer de fracture dans l'autre. Mais cette distinction, fiable chez un patient détendu, l'est beaucoup moins chez un patient de 25 ans arrivé aux urgences deux heures après un contact de rugby, avec une contracture musculaire qui interdit tout examen fin.
Ce que valent réellement les tests acromio-claviculaires
C'est le point où l'enseignement et la mesure divergent le plus. Les trois tests classiques ont été évalués par Chronopoulos et coll. sur 35 patients opérés d'une résection de la clavicule distale, c'est-à-dire des lésions acromio-claviculaires chroniques et isolées (PMID 15090381). Leurs valeurs sont dans le tableau ci-dessous, et la ligne qui compte n'est pas celle des sensibilités.
| Test | Sensibilité | Spécificité | VPP | VPN | Précision globale |
|---|---|---|---|---|---|
| Adduction horizontale forcée | 77 % | Non rapportée isolément | < 30 % | > 94 % | 79 % |
| Extension résistée acromio-claviculaire | 72 % | Non rapportée isolément | < 30 % | > 94 % | 84 % |
| Test de compression active (O'Brien) | 41 % | 95 % | < 30 % | > 94 % | 92 % |
Ce tableau dit une chose précise, et c'est l'inverse de l'usage courant. Une valeur prédictive négative supérieure à 94 % avec une valeur prédictive positive inférieure à 30 % signifie que ces tests servent à écarter, pas à confirmer. Trois tests négatifs rendent une souffrance acromio-claviculaire très improbable ; trois tests positifs ne la rendent pas probable. Les auteurs concluent d'ailleurs qu'une combinaison de tests fait mieux qu'un test isolé, ce qui est une manière de dire qu'aucun ne suffit.
Et hors du contexte pour lequel ils ont été validés, ils tombent. Cadogan et coll. ont recruté 153 patients de soins primaires consultant pour une épaule douloureuse, puis leur ont administré un bloc anesthésique acromio-claviculaire sous contrôle fluoroscopique, avec une réponse de 80 % comme critère de référence. Résultat : « aucun des tests traditionnels n'était associé à une réponse anesthésique de 80 % », et leurs combinaisons ne discriminaient pas mieux que le hasard (aire sous la courbe 0,507 ; IC 95 % 0,366 à 0,647) (PMID 23634871). La méta-analyse de référence sur les tests d'épaule est encore plus catégorique : « aucun test de conflit ni de pathologie acromio-claviculaire n'a démontré de précision diagnostique significative » (PMID 17720798).
Les tests acromio-claviculaires n'ont jamais été validés dans le traumatisme aigu. Les utiliser pour trancher entre une fracture et une disjonction, c'est les employer hors de leur domaine de mesure.
La conséquence pratique est simple. Devant un traumatisme aigu de l'épaule, le kinésithérapeute ne fait pas le tri clinique : il vérifie que la radiographie a été faite, qu'elle a été faite correctement, et il lit le compte rendu en sachant ce qu'il doit y trouver.
Les clichés qui rendent la classification fiable
Ce point est trop souvent négligé, et il fait basculer des décisions. La classification de Rockwood repose sur une mesure relative au côté sain, ce qui suppose que les deux épaules figurent sur le même cliché. Sans cela, sa fiabilité est mauvaise : les travaux antérieurs rapportaient des kappa de l'ordre de 0,20 à 0,50, c'est-à-dire un accord entre observateurs à peine meilleur que médiocre (PMID 33582181).
Lau et coll. ont standardisé le protocole : incidences de Zanca bilatérales sur la même plaque radiographique. La fiabilité interobservateur passe alors à un kappa de Fleiss de 0,624 et l'accord intraobservateur à un kappa de Cohen de 0,696, sur la distinction grade III contre grade V. Les auteurs identifient deux causes résiduelles d'erreur : la contracture musculaire qui masque le déplacement, et le sous-classement d'une lésion de haut grade qui en découle.
À cela s'ajoutent deux incidences qui ne se demandent que si l'on sait pourquoi. Le cliché axillaire vrai recherche le déplacement postérieur de la clavicule distale, qui définit le grade IV et change à lui seul la conduite. L'incidence en adduction croisée recherche le chevauchement de la clavicule sur l'acromion, qui sépare les sous-types IIIA et IIIB du consensus ISAKOS (PMID 24485119). Le consensus Delphi le plus récent de l'American Shoulder and Elbow Surgeons, qui a réuni 18 chirurgiens sur trois tours avec 100 % de réponses, fait précisément de la multiplicité des incidences radiographiques l'un de ses 76 énoncés de consensus (PMID 39842657).
Ce que le compte rendu doit contenir, entité par entité
Pour une fracture de clavicule, quatre informations gouvernent la suite, et elles ne sont pas toujours écrites : le siège (tiers moyen, cinquième latéral, cinquième médial), le déplacement et notamment l'existence ou non d'une apposition corticale, la comminution, et le raccourcissement mesuré. Ce sont les quatre variables retenues comme indépendamment prédictives dans les modèles d'Édimbourg (PMID 15252081, PMID 23824382). Un compte rendu qui dit « fracture du tiers moyen de la clavicule » sans plus n'est pas exploitable pour décider.
Pour une disjonction, il faut la distance coraco-claviculaire des deux côtés, exprimée en pourcentage d'augmentation, la recherche d'un déplacement postérieur, et si possible la mention d'un chevauchement en adduction croisée. La mesure de la distance elle-même est excellente entre observateurs, avec un coefficient de corrélation intraclasse de 0,982 (PMID 36570359) : c'est l'interprétation visuelle qui varie, pas la règle.
Drapeaux rouges à l'étape diagnostique
- Traumatisme de l'épaule sans radiographie : la question n'est pas de savoir si l'on peut s'en passer, c'est que la classification, donc la conduite, ne peut pas être posée sans elle. Ne pas débuter une rééducation sur un diagnostic clinique dans ce contexte.
- Radiographie unilatérale devant une suspicion de disjonction : la classification devient peu fiable et le sous-classement est le sens de l'erreur documenté. Demander des clichés bilatéraux avant de conclure à un grade bas.
- Douleur médiale, dysphagie, dyspnée ou gêne à la déglutition : évoquer une lésion sterno-claviculaire postérieure, qui n'entre dans aucune des deux classifications de cet article et qui est une urgence chirurgicale.
- Épaule douloureuse chez un patient de plus de 60 ans après un traumatisme minime : penser à la fracture de fragilité et à la rupture de coiffe associée. Voir l'ostéoporose et la prévention des fractures de fragilité et la rupture symptomatique de coiffe.
- Dans le traumatisme aigu, le diagnostic est radiographique. Les tests acromio-claviculaires ont été validés sur des lésions chroniques isolées, et ils échouent hors de ce cadre.
- Leur profil est celui d'un test d'exclusion : VPN supérieure à 94 %, VPP inférieure à 30 %.
- La classification de Rockwood n'est fiable qu'avec des clichés de Zanca bilatéraux sur la même plaque : kappa 0,624 contre 0,20 à 0,50 sans.
- Quatre mots à chercher dans le compte rendu d'une fracture : siège, déplacement, comminution, raccourcissement.
Que dit exactement la classification de Rockwood, et que décide-t-elle ?
Six grades, deux ligaments, une mesure exprimée en pourcentage du côté sain. La classification de Rockwood est simple à énoncer et régulièrement mal citée, notamment sur les bornes chiffrées. Ce chapitre les donne avec leur source, puis dit ce que chaque grade commande.
La logique est ligamentaire avant d'être radiographique. Deux systèmes tiennent la clavicule distale : les ligaments acromio-claviculaires, qui contrôlent surtout la translation horizontale, et les ligaments coraco-claviculaires, conoïde et trapézoïde, qui suspendent la clavicule et contrôlent la translation verticale. Le grade dit lesquels ont lâché, et de combien la clavicule est montée.
Les six grades de Rockwood, vue de face
Le pourcentage est l'augmentation de la distance coraco-claviculaire par rapport au côté sain. Ligne pleine : ligament intact. Ligne interrompue : ligament rompu.
Bornes chiffrées : He X, Kong D, Lu X, et coll. J Orthop Surg Res 2026;21(1):237 (PMID 41761265), texte intégral. Conduite par grade : Frank RM, Cotter EJ, Leroux TS, Romeo AA. J Am Acad Orthop Surg 2019;27(17):e775-e788 (PMID 31008872). Schéma de principe, non à l'échelle anatomique.
Deux bornes méritent d'être retenues telles quelles, parce qu'elles se citent souvent à l'envers. Le grade III correspond à une augmentation de la distance coraco-claviculaire de 25 à 100 % par rapport au côté sain. Le grade V commence au-delà de 100 %, avec une fourchette classiquement décrite de 100 à 300 %. Ce n'est donc pas la douleur ni l'aspect de la déformation qui sépare le III du V, c'est une mesure au compas sur un cliché bilatéral.
| Grade | Ligaments | Radiographie | Conduite de référence |
|---|---|---|---|
| I | Entorse acromio-claviculaire, coraco-claviculaires intacts | Normale, moins de 10 % d'élargissement | Non chirurgicale |
| II | Acromio-claviculaires rompus, coraco-claviculaires intacts | Élargissement de 10 à 25 % | Non chirurgicale |
| III | Les deux systèmes rompus | Élargissement de 25 à 100 % | Controversée : essai de rééducation en première intention |
| IV | Les deux systèmes rompus | Déplacement postérieur, clavicule dans ou à travers le fascia du trapèze ; se voit sur le cliché axillaire | Chirurgicale |
| V | Les deux systèmes rompus, chape delto-trapézienne décollée | Élargissement de 100 à 300 % | Controversée |
| VI | Les deux systèmes rompus | Déplacement inférieur, clavicule en position sous-acromiale ou sous-coracoïdienne | Chirurgicale |
La sous-classification ISAKOS, et pourquoi elle intéresse directement le kinésithérapeute
En 2014, le comité du membre supérieur de l'ISAKOS a proposé de couper le grade III en deux, en constatant qu'aucun consensus n'existait sur son traitement. La définition est remarquable, parce qu'elle est la seule de toute la classification à faire entrer la rééducation dans le critère lui-même :
- Grade IIIA : articulation stable, sans chevauchement de la clavicule sur l'incidence en adduction croisée et sans dysfonction scapulaire significative.
- Grade IIIB : instable, défini par une dysfonction scapulaire résistante au traitement et un chevauchement de la clavicule sur la même incidence (PMID 24485119).
Autrement dit : un grade III ne devient un IIIB qu'après avoir résisté à la rééducation. Le kinésithérapeute n'est pas seulement l'exécutant du traitement conservateur, il produit l'information qui fait basculer la classification.
Avec une réserve qu'il faut donner en même temps. L'étude de fiabilité de cette modification, sur 40 radiographies lues par six chirurgiens spécialisés, trouve un accord global correct (kappa 0,637) mais un accord faible pour le IIIA (kappa 0,215) et seulement modéré pour le IIIB (0,473). Les auteurs concluent que « l'examen visuel n'était pas fiable pour distinguer un IIIA d'un IIIB » (PMID 36570359). La sous-classification oriente le raisonnement, elle ne tranche pas mécaniquement.
- Grade III : 25 à 100 % d'augmentation de la distance coraco-claviculaire. Grade V : au-delà de 100 %. C'est une mesure, pas une impression.
- Les grades IV (postérieur) et VI (inférieur) ne se voient pas sur un cliché de face seul.
- La sous-classification IIIA / IIIB fait de la réponse à la rééducation un critère de classement. Sa fiabilité visuelle reste faible pour le IIIA.
- Conduite consensuelle : I et II sans chirurgie, IV et VI avec, III et V en débat.
Quels seuils font vraiment discuter l'ostéosynthèse d'une clavicule ?
Déplacement, raccourcissement, comminution : trois mots que tout le monde cite, avec des chiffres que presque personne ne rattache à son étude d'origine. Ce chapitre remonte à chaque source, donne ce qu'elle a réellement mesuré, et propose le seul outil décisionnel validé sur une cohorte prospective.
Avant les seuils, une remarque de méthode. Le taux de pseudarthrose d'une fracture de clavicule ne veut rien dire sans la population qu'il décrit. C'est la première source de discussions stériles entre professionnels, et le graphique ci-dessous suffit à la dissiper.
Le taux de pseudarthrose dépend d'abord de ce qu'on mesure
Six populations, six chiffres, tous exacts. Chacun décrit une fracture différente.
Sources, dans l'ordre : PMID 35984091, PMID 15252081 (deux valeurs), PMID 23824382, PMID 31977816, PMID 34779668. Échelle 0 à 35 %. Les définitions de la pseudarthrose diffèrent d'une étude à l'autre, ce qu'une revue systématique relève explicitement (PMID 25027978).
Deux lectures s'imposent. La première : chez l'adolescent, même complètement déplacée, la fracture de clavicule ne fait pratiquement jamais de pseudarthrose (0,4 % sur 282 patients suivis deux ans). La seconde : c'est la clavicule latérale de type Neer II qui détient le record, avec 31 % de non-consolidation radiologique, tout en gardant, selon les auteurs de la méta-analyse eux-mêmes, un « bon résultat fonctionnel malgré ce taux ».
Les trois facteurs qui prédisent réellement la pseudarthrose
Le modèle multivarié d'Édimbourg, construit sur 941 fractures diaphysaires suivies jusqu'à consolidation ou pseudarthrose, ne retient que trois variables (PMID 23824382) :
- Le tabagisme, odds ratio 3,76. C'est de loin le premier, et les auteurs écrivent que « l'arrêt du tabac devrait faire partie intégrante du traitement ». C'est le seul facteur sur lequel le patient et le soignant peuvent agir immédiatement.
- La comminution, odds ratio 1,75.
- Le déplacement, odds ratio 1,17 par unité.
Le modèle antérieur de la même équipe, sur 868 patients, ajoutait pour la diaphyse l'absence d'apposition corticale, le sexe féminin et l'âge croissant (PMID 15252081). Le sexe féminin réapparaît indépendamment dans une cohorte de population de 1 350 ostéosynthèses, comme facteur de reprise pour pseudarthrose (OR 2,2) (PMID 24990977).
Opérer toutes les fractures déplacées, c'est faire 7,5 ostéosynthèses pour éviter une pseudarthrose. N'opérer que celles dont le risque prédit dépasse 40 %, c'est en faire 1,7.
Cette phrase est la traduction chirurgicale du modèle, et elle vient directement de l'article (PMID 23824382). Elle explique pourquoi les indications ont oscillé pendant vingt ans : les deux camps avaient raison sur des populations différentes.
L'outil qui manquait : réévaluer à six semaines plutôt que décider au premier jour
C'est le travail le plus utile de la dernière décennie pour le kinésithérapeute, et il est peu connu. Nicholson et coll. ont suivi prospectivement 200 patients porteurs d'une fracture diaphysaire complètement déplacée, avec une pseudarthrose définie au scanner à six mois. Ils ont comparé un modèle construit sur les données du jour du traumatisme à un modèle construit sur une réévaluation à six semaines (PMID 31977816).
Le modèle de réévaluation à six semaines
Trois critères simples, dont deux sont accessibles en cabinet. Aire sous la courbe 87,3 % contre 64,8 % pour le modèle du jour de la fracture.
Source : Nicholson JA, Clement ND, Clelland AD, MacDonald D, Simpson AHRW, Robinson CM. J Bone Joint Surg Am 2020;102(7):557-566 (PMID 31977816). Étude pronostique de niveau I. Le seuil de 40 points du QuickDASH provient d'une analyse par courbe ROC, avec une aire sous la courbe de 76,8 % pour ce seul critère.
Ce que ce modèle change pour la pratique : la question « faut-il opérer ? » n'a pas besoin d'être tranchée au premier jour. Elle se pose beaucoup mieux à six semaines, avec un patient déjà rééduqué, un QuickDASH mesuré et une radiographie de contrôle. Et le kinésithérapeute détient deux des trois critères.
Le raccourcissement : quatre seuils, quatre devis, aucun essai
Voici le point où la littérature est le plus souvent citée de mémoire. Le tableau ci-dessous reprend les quatre valeurs qui circulent, avec ce que chaque étude a réellement fait.
| Seuil cité | Source | Devis réel | Ce que l'étude établit | Ce qu'elle n'établit pas |
|---|---|---|---|---|
| 20 mm | Hill 1997, JBJS Br (PMID 9250733) | Série rétrospective, 52 patients revus sur 66 | Un raccourcissement initial d'au moins 20 mm est fortement associé à la pseudarthrose (p < 0,0001) et au résultat insatisfaisant | Aucun patient n'avait de perte significative d'amplitude ni de force. Et sur 28 gênés par l'aspect, 11 seulement envisageaient une chirurgie |
| 2 cm | Wick 2001, Arch Orthop Trauma Surg (PMID 11317682) | 39 patients déjà en retard de consolidation ou en cal vicieux, tous opérés, sans groupe témoin | Que 30 des 33 fractures d'Allman I de cette série sélectionnée étaient raccourcies d'au moins 2 cm | Rien sur le risque d'une fracture raccourcie de 2 cm au départ : la population est constituée sur l'échec |
| 18 mm (homme) 14 mm (femme) | Lazarides 2006, JSES (PMID 16517363) | Rétrospective, 132 fractures consolidées, questionnaire de satisfaction | Au-delà de ces valeurs, association significative avec un résultat jugé insatisfaisant. Constant moyen 84, 25,8 % d'insatisfaits | Le seuil est différent selon le sexe, ce qui disparaît toujours dans la citation |
| 15 mm | Ropars 2017, OTSR (PMID 28043849) | Revue de mise au point, recommandation d'experts | La chirurgie est recommandée au-delà de 1,5 cm de raccourcissement chez le sujet jeune actif | Ce n'est pas une mesure, c'est une recommandation. Elle est plus basse que les seuils anglo-saxons |
| Aucun | Figueiredo 2015, BMC Musculoskelet Disord (PMID 26080806) | Cohorte prospective, 59 patients, DASH à 6 semaines et 1 an | Aucune corrélation entre raccourcissement et fonction (p = 0,073 et p = 0,706), y compris en n'analysant que les raccourcissements supérieurs à 2 cm | Effectif modeste, un seul centre. Mais c'est le seul devis prospectif qui ait posé la question |
La lecture d'ensemble tient en une phrase. Aucun essai n'a randomisé des patients de part et d'autre d'un seuil de raccourcissement. Les quatre valeurs qui circulent proviennent de deux séries rétrospectives, d'une série sans témoin constituée sur l'échec, et d'une recommandation d'experts. La seule cohorte prospective qui ait cherché la corrélation ne la trouve pas. Cela ne veut pas dire que le raccourcissement est sans importance : cela veut dire qu'il ne décide pas seul, et qu'un chiffre annoncé au patient comme une frontière est une frontière que la littérature n'a jamais tracée.
Les indications qui ne se discutent pas
Elles sont rares et elles sont nettes. La mise au point française de la Société française de chirurgie orthopédique les liste : enfoncement de l'épaule, épaule flottante, fracture ouverte, fracture avec complication neurovasculaire (PMID 28043849). À quoi s'ajoute, en pratique, la fracture qui menace la peau. Devant l'une de ces situations, la question du seuil ne se pose pas.
Drapeaux rouges pendant le suivi d'une fracture traitée sans chirurgie
- Mobilité perçue au foyer de fracture à six semaines : c'est l'un des trois critères du modèle prédictif. Associé à un QuickDASH élevé, le risque de pseudarthrose monte à 60 %. Réadresser.
- Douleur qui augmente après la sixième semaine au lieu de diminuer : la trajectoire normale est décroissante. Une inversion doit faire rechercher un retard de consolidation.
- Apparition secondaire de paresthésies ou d'un déficit : la plexopathie post-fracturaire peut apparaître à J8, J14 ou J30, sur tissu de granulation ou cal exubérant (PMID 31784383).
- Fumeur actif : ce n'est pas un drapeau rouge au sens strict, mais l'odds ratio de 3,76 en fait le premier levier modifiable de la consolidation. L'aborder est un acte de soin, pas une digression.
- Le taux de pseudarthrose va de 0,4 % à 31 % selon la population. Toujours demander de quelle fracture on parle.
- Trois facteurs indépendants : tabac (OR 3,76), comminution (1,75), déplacement (1,17).
- Le meilleur outil décisionnel n'est pas au premier jour mais à six semaines, et deux de ses trois critères sont accessibles au cabinet.
- Aucun seuil de raccourcissement n'a été validé prospectivement. 20 mm, 2 cm, 18/14 mm et 15 mm viennent de quatre devis différents.
- Indications non discutables : ouverture cutanée, menace cutanée, atteinte neurovasculaire, épaule flottante.
Faut-il opérer une disjonction de grade III ?
C'est la question la plus ancienne et la plus mal tranchée de la traumatologie de l'épaule. Elle mérite mieux qu'un avis : quatre essais randomisés méta-analysés, un essai récent avec un bras kinésithérapie, et un suivi à vingt ans. Ce chapitre les met bout à bout.
Rappelons l'enjeu chiffré. Le grade III représente 55,7 % de toutes les disjonctions (PMID 37811384). Ce n'est donc pas un cas particulier : c'est le cas le plus fréquent qui est aussi le plus discuté. Et le débat ne porte pas sur la réduction radiographique, que la chirurgie obtient mieux, mais sur ce que cette réduction apporte au patient.
Ce que dit la méta-analyse des essais consacrés au seul grade III
Xie et coll. ont restreint leur méta-analyse aux essais randomisés portant exclusivement sur le grade III, ce qui est rare et important : la plupart des travaux mélangent les grades III et V, dont les pronostics ne sont pas comparables. Quatre essais, 244 patients (PMID 39587562).
Le résultat principal est un non-résultat, et c'est une information. Aucune différence de score de Constant à long terme : différence moyenne 4,82 points, intervalle de confiance à 95 % de −6,42 à 16,06, p = 0,400. L'intervalle traverse largement le zéro. En revanche, la chirurgie procure un meilleur soulagement précoce de la douleur et une meilleure distance coraco-claviculaire à tous les temps. Et elle s'accompagne d'une incidence plus élevée d'arthrose post-traumatique et de problèmes de matériel.
L'essai qui compare enfin la chirurgie à la kinésithérapie
La plupart des essais opposent deux techniques chirurgicales, ou une chirurgie à une « abstention ». L'essai suédois de Boström Windhamre et coll. fait autre chose : il randomise 124 patients de 18 à 65 ans, porteurs d'une disjonction aiguë de grade III ou V, entre plaque crochet et kinésithérapie, avec le même protocole de rééducation ambulatoire standardisé dans les deux bras et un suivi de 24 mois (PMID 35007749).
Plaque crochet contre kinésithérapie, ce que l'essai mesure à chaque temps
124 patients randomisés, grades III et V stratifiés. Le sens de la différence s'inverse : à trois mois, ce sont les non opérés qui vont mieux.
Source : Boström Windhamre H, von Heideken J, Une-Larsson V, Ekström W, Ekelund A. J Shoulder Elbow Surg 2022;31(6):1122-1136 (PMID 35007749). Essai randomisé monocentrique, suivi complet chez 118 des 121 patients à 24 mois. À l'issue, 97 % du score de Constant de l'épaule saine était récupéré et 86 % des patients jugeaient le résultat excellent ou bon.
Trois choses à retenir de cet essai, et elles vont dans des directions différentes.
- À trois mois, ce sont les non opérés qui vont mieux, significativement, sur le Constant, la valeur subjective d'épaule, le QuickDASH et la douleur au repos comme en mouvement. La plaque crochet coûte un trimestre de récupération. Le même signal apparaît dans l'essai multicentrique canadien sur la santé générale : score physique 52,13 contre 45,75 à trois mois en faveur des non opérés (p < 0,001), avec un retour au-dessus de la norme de population à six mois sans chirurgie et à deux ans avec (PMID 28832388).
- À partir de six mois, il n'y a plus de différence, ni pour le grade III ni pour le grade V.
- Mais onze patients, soit 18 % des non opérés, ont fini au bloc dans les 19 mois : six grades III et cinq grades V. C'est la phrase à dire au patient qui demande une garantie : le traitement conservateur réussit chez plus de quatre patients sur cinq, pas chez tous.
Vingt ans plus tard, la déformation reste, la fonction non
L'essai finlandais de Joukainen et coll. a rappelé 25 de ses 35 patients randomisés 18 à 20 ans après le traumatisme (PMID 26535287). Le résultat est double, et il est exactement ce qu'un patient a besoin d'entendre.
D'un côté, la différence anatomique persiste : l'articulation est cliniquement plus saillante ou instable sans chirurgie, et radiologiquement plus large (8,3 contre 3,4 mm ; p = 0,004). De l'autre, la différence fonctionnelle n'existe pas : Constant 83 chez les opérés contre 85 chez les non opérés, UCLA 25 contre 27, test simple d'épaule 11 contre 12, sans différence significative, ni pour les grades III ni pour les grades V. Et les auteurs ajoutent que « les deux groupes présentaient des signes radiologiques d'arthrose acromio-claviculaire et de calcification des ligaments coraco-claviculaires en proportions égales ».
À vingt ans, la bosse est toujours là et l'épaule fonctionne aussi bien. C'est le résultat le plus utile à connaître pour une consultation qui commence par « est-ce que ça va rester comme ça ? ».
Et l'orthèse de réduction ?
L'idée est séduisante : puisque le problème est un déplacement, pourquoi ne pas le réduire sans opérer ? Un cas clinique publié y a répondu positivement chez un patient jeune et très motivé, avec une consolidation en position de grade II (voir le chapitre des cas cliniques). Mais la cohorte prospective appariée qui a mesuré cette stratégie chez 25 patients, comparée à 23 patients en rééducation fonctionnelle précoce et 23 opérés, aboutit à un constat sans détour (PMID 39442863) :
- Aucune différence fonctionnelle ni cosmétique à douze mois entre orthèse, chirurgie et rééducation fonctionnelle précoce.
- Les indices radiologiques ne s'améliorent pas dans le temps sous orthèse, ce qui conduit les auteurs à écrire que son utilité est « discutable ».
- La chirurgie, elle, améliore bien l'indice coraco-claviculaire, mais sans bénéfice fonctionnel sur la rééducation précoce.
Un essai randomisé plus modeste, comparant écharpe simple et orthèse chez 35 patients de grade III, ne trouve pas non plus de différence d'indice coraco-claviculaire, ni au traumatisme, ni à six semaines, ni à douze (PMID 37426936). L'écharpe de confort reste donc le choix par défaut, et il n'y a pas d'argument pour imposer un dispositif contraignant.
Alors, où passe la ligne ?
Elle passe par le temps et par la fonction, pas par le grade seul. Trois éléments la dessinent.
Premièrement, l'essai de rééducation a une durée. Les protocoles publiés retiennent 6 à 12 semaines pour le grade III (PMID 34093044). Ce n'est pas un chiffre validé, c'est un cadre d'experts, mais il a l'avantage d'exister et d'être borné.
Deuxièmement, ce délai n'est pas neutre. Une revue systématique de huit études comparatives trouve de meilleurs Constant et valeurs subjectives après chirurgie précoce, avec 26,0 % de subluxation ou récidive en précoce contre 38,1 % en différé (PMID 25119054). Une série appariée plus récente, sur des grades IIIb et V, définit le « chronique » par une chirurgie au-delà de 21 jours, et retrouve en aigu de meilleurs scores fonctionnels et surtout un score de dysfonction scapulaire deux fois meilleur (1,4 ± 1,6 contre 3,4 ± 2,5 ; p = 0,0004) (PMID 36584871).
Troisièmement, ces deux faits se contredisent en apparence et se concilient en pratique. Si l'on veut opérer tôt, il faut décider tôt ; si l'on veut essayer la rééducation, on accepte d'opérer plus tard et un peu moins bien. La sortie de cette tension est celle que propose l'ISAKOS : ne pas trancher sur le grade, mais identifier vite les patients dont l'instabilité horizontale et la dysfonction scapulaire annoncent l'échec du conservateur, et adresser ceux-là sans attendre la douzième semaine.
Signes qui doivent faire réadresser un grade III en cours de rééducation
- Dysfonction scapulaire qui ne cède pas au travail de contrôle scapulaire : c'est littéralement la définition du grade IIIB de l'ISAKOS, et le critère qui fait basculer vers l'avis chirurgical (PMID 24485119).
- Chevauchement de la clavicule sur l'acromion en adduction croisée, si l'incidence a été faite. Instabilité horizontale.
- Douleur mécanique persistante au-delà de la douzième semaine, avec limitation fonctionnelle, chez un patient à forte demande.
- Aggravation du déplacement sur un cliché de contrôle : ce n'est pas l'évolution attendue.
- Ne pas laisser filer au-delà de trois semaines un patient dont l'indication chirurgicale est déjà claire au bilan initial : le résultat de la chirurgie différée est moins bon.
- Sur les quatre essais randomisés consacrés au seul grade III, aucune différence fonctionnelle à long terme (différence moyenne 4,82 points de Constant, IC 95 % −6,42 à 16,06).
- Dans l'essai avec bras kinésithérapie, les non opérés vont mieux à trois mois, et il n'y a plus de différence ensuite.
- 18 % des non opérés finissent opérés dans les 19 mois : c'est l'information honnête à donner.
- À vingt ans, la saillie persiste, la fonction est identique, et l'arthrose radiologique est aussi fréquente dans les deux bras.
- L'orthèse de réduction n'améliore pas durablement la radiographie et n'apporte rien de plus que la rééducation précoce.
Conservateur ou chirurgie : que montrent réellement les essais ?
Deux tableaux comparatifs, une entité chacun, avec le niveau de preuve porté sur chaque ligne. La règle appliquée ici : on ne classe pas une conclusion selon sa notoriété, mais selon la qualité que les évaluateurs lui ont attribuée.
Il faut d'abord dire d'où vient le débat. En 2007, l'essai multicentrique de la Société canadienne de traumatologie orthopédique randomise 132 patients porteurs d'une fracture diaphysaire déplacée entre plaque et écharpe. Les résultats sont nets : consolidation radiographique à 16,4 semaines après plaque contre 28,4 sans, 2 pseudarthroses sur 62 opérés contre 7 sur 49 non opérés, 9 cals vicieux symptomatiques contre 0, et de meilleurs scores fonctionnels à tous les temps (PMID 17200303). Cet essai a fait basculer une génération de pratiques.
Quinze ans et cinq essais plus tard, la synthèse est plus nuancée, et c'est cette nuance qui compte pour le kinésithérapeute qui reçoit le patient après la décision.
Ce que valent les preuves, modalité par modalité
Le niveau est celui attribué par les évaluateurs de la revue Cochrane ou par la revue elle-même, pas une appréciation de rédaction.
Sources : PMID 30666620 (lignes 1 à 3), PMID 24879341 (lignes 4 et 5), PMID 39587562 (ligne 6). Les dégradations de niveau sont motivées dans la revue par le risque de biais, l'hétérogénéité statistique et l'imprécision.
Fracture diaphysaire déplacée : le tableau ligne à ligne
| Critère | Traitement conservateur | Ostéosynthèse | Verdict et niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Fonction à 1 an ou plus | Référence | + 2,3 points de Constant | Pas de différence cliniquement importante. Preuve faible (I² = 83 %) |
| Douleur | Référence | −0,60 mm sur EVA 0 à 100 | Pas de différence. Preuve faible |
| Pseudarthrose | 11,6 % de pseudarthroses symptomatiques | 3,4 % d'échecs mécaniques | Avantage à la chirurgie. RR 0,14 (0,06 à 0,32) dans la méta-analyse dédiée. Niveau I |
| Cal vicieux symptomatique | 11,3 % | 1,2 % | Avantage à la chirurgie |
| Infection | 0 % | 3,2 % | Avantage au conservateur, par construction |
| Ablation de matériel pour gêne | Sans objet | 10,2 % | Coût propre de la chirurgie |
| Réintervention, ablations incluses | 16,6 % | 17,6 % | Égalité : RR 1,01 (0,64 à 1,59). Niveau I |
| Qualité de vie à 1 an | Référence | + 0,30 point | Pas de différence. Preuve faible |
| Récupération fonctionnelle si la fracture consolide | Identique dans les deux bras : 1 patient sur 2 à 3 mois, 9 sur 10 à 6 mois | Cohorte issue d'un essai randomisé | |
La dernière ligne est celle que l'on cite le moins et qui aide le plus en rééducation. Quand la fracture consolide, le retour à une fonction d'épaule normale suit exactement la même courbe avec ou sans plaque : 26,7 % contre 25,0 % à six semaines, 52,3 % contre 44,2 % à trois mois, 86,0 % contre 90,8 % à six mois (PMID 34254832). Les auteurs n'ont trouvé aucun facteur prédictif d'une récupération plus rapide. Autrement dit : ce qui décide de la vitesse de récupération, ce n'est pas le traitement, c'est la consolidation.
Le cas particulier de l'adolescent, et celui de la clavicule latérale
Chez l'adolescent, la cohorte prospective multicentrique FACTS a suivi 282 patients de 10 à 18 ans avec une fracture complètement déplacée, pendant deux ans. Aucune différence de score rapporté par le patient, y compris après appariement sur l'âge et la sévérité. En revanche, les opérés ont eu 10,4 % de reprises imprévues contre 1,4 % et 20,8 % de complications cliniquement significatives contre 5,2 %. Et sur toute la cohorte, pseudarthrose 0,4 %, cal vicieux symptomatique 0,4 %, refracture 2,6 % (PMID 35984091). Chez l'adolescent, la balance penche nettement du côté conservateur.
Pour la clavicule latérale de type Neer II, la situation est inverse et paradoxale. La chirurgie augmente significativement le taux d'union, mais la méta-analyse de 2 284 patients écrit que « les patients traités sans chirurgie présentaient un bon résultat fonctionnel malgré un taux de pseudarthrose de 31 % » (PMID 34779668). Une pseudarthrose radiologique n'y est donc pas synonyme d'échec clinique. Les auteurs signalent par ailleurs que les plaques crochets donnent de moins bons scores de Constant que la fixation coraco-claviculaire, avec plus de complications et de reprises, sans gain d'union.
Disjonction acromio-claviculaire : le tableau ligne à ligne
| Critère | Traitement conservateur | Chirurgie | Verdict et niveau de preuve |
|---|---|---|---|
| Fonction à 3 mois | Meilleure (Constant, valeur subjective, QuickDASH, douleur) | Moins bonne | Avantage au conservateur. Essai randomisé |
| Fonction à 6, 12 et 24 mois | Constant 88 (grade III) et 90 (grade V) | Constant 91 dans les deux grades | Aucune différence, p = 0,477. Essai randomisé |
| Fonction à long terme, grade III seul | Référence | + 4,82 points | Aucune différence. Méta-analyse de 4 ECR |
| Fonction à 18 à 20 ans | Constant 85, UCLA 27 | Constant 83, UCLA 25 | Aucune différence. Essai randomisé, suivi très long |
| Réduction radiographique | Non obtenue, articulation plus large (8,3 mm) | Obtenue et maintenue (3,4 mm) | Avantage à la chirurgie, p = 0,004 |
| Santé générale à 3 mois | 52,13 (SF-36 physique) | 45,75 | Avantage au conservateur, p < 0,001. ECR multicentrique |
| Retour au-dessus de la norme de population | 6 mois | 2 ans | Avantage au conservateur |
| Arthrose acromio-claviculaire ultérieure | 29,3 % (prévalence groupée) | 6,7 à 25 % selon la technique | Aucune différence entre épaule blessée et épaule saine (p = 0,120). Ne doit pas orienter la décision |
| Passage secondaire à la chirurgie | 18 % dans les 19 mois | Sans objet | La réserve honnête du traitement conservateur |
L'avant-dernière ligne est celle qui relie cet article à celui de l'arthrose. Une revue systématique de 94 articles et 3 812 patients a mesuré la prévalence d'arthrose acromio-claviculaire après traitement d'une disjonction, et conclut sans ambiguïté : « le choix du traitement d'une disjonction acromio-claviculaire ne devrait pas être influencé par le développement potentiel d'une arthrose acromio-claviculaire » (PMID 39226400). La raison est frappante : la prévalence n'était pas différente entre l'épaule blessée et l'épaule controlatérale (p = 0,120). Ce que l'on voit sur la radiographie de contrôle à dix ans est en grande partie ce que le temps aurait produit de toute façon. Pour ce qu'il faut faire d'une arthrose acromio-claviculaire installée, sans traumatisme récent, l'article dédié est l'arthrose acromio-claviculaire.
Enfin, quand la chirurgie est retenue, la méta-analyse en réseau de 26 essais et 1 581 patients montre que toutes les techniques ne se valent pas : ajouter une fixation acromio-claviculaire ou une greffe améliore les scores fonctionnels et diminue la récidive, au prix d'un temps opératoire plus long, tandis que la plaque crochet, la vis coraco-claviculaire et les broches se classent en bas (PMID 36871607). C'est une information utile pour comprendre le compte rendu opératoire du patient qu'on reçoit.
- Sur la clavicule, la chirurgie divise le risque de pseudarthrose, mais le taux global de réintervention est identique une fois les ablations de matériel comptées (17,6 % contre 16,6 %).
- La qualité des preuves est faible à très faible pour presque tous les critères de la revue Cochrane.
- Si la fracture consolide, la récupération est la même avec ou sans plaque. C'est la consolidation qui décide, pas le traitement.
- Chez l'adolescent, la chirurgie multiplie par sept les reprises imprévues sans gain fonctionnel.
- Sur l'acromio-claviculaire, l'arthrose ultérieure ne doit pas entrer dans la décision : elle n'est pas plus fréquente du côté blessé.
Quelle rééducation, phase par phase, et sur quels critères passer d'une phase à l'autre ?
Ce chapitre commence par un aveu, parce que le taire reviendrait à donner à des délais d'experts l'autorité d'un résultat. Il donne ensuite le seul calendrier publié avec des critères chiffrés, et ce qui, dans la fracture, pilote réellement la progression.
L'aveu qu'il faut faire d'abord
Une revue de 2021 a criblé 1 742 études pour identifier les protocoles de rééducation des lésions acromio-claviculaires détaillés et fondés sur un raisonnement physiologique. Elle en a retenu quatre. Et elle écrit, sans détour : « aucun essai randomisé ni étude comparative n'a été identifié ou cité comme fondement de ces protocoles de rééducation » (PMID 34093044). Les auteurs reprochent à ces protocoles leur standardisation et leurs « calendriers arbitraires », et proposent une approche par objectifs plutôt que par dates.
Ils nomment au passage trois obstacles récurrents, sous l'acronyme PASS : la douleur (Pain), l'appréhension (Apprehension), et la raideur de la paroi thoracique antérieure (Stiffness) qui empêche de retrouver le contrôle scapulaire (Scapular control). C'est une grille de lecture utile pour savoir pourquoi une rééducation stagne.
Les délais de la rééducation sont des repères d'experts, pas des résultats d'essais. Ce qui se mesure, c'est la consolidation, l'amplitude, la symétrie de force. C'est cela qui doit faire passer d'une phase à l'autre.
Le calendrier publié, avec ses critères de progression
La revue narrative la plus récente sur la disjonction acromio-claviculaire publie un calendrier en cinq phases, avec pour chacune ses objectifs, ses moyens et surtout ses critères de passage, dont plusieurs sont chiffrés (PMID 41761265). C'est le seul de ce niveau de détail. Il vaut pour le traitement conservateur comme après chirurgie, avec un décalage de une à quatre semaines.
Cinq phases, et le critère qui fait passer à la suivante
Disjonction acromio-claviculaire. Colonne de gauche : délais du traitement conservateur. Entre parenthèses : délais après chirurgie.
Source : He X, Kong D, Lu X, et coll. J Orthop Surg Res 2026;21(1):237 (PMID 41761265), tableau 4 du texte intégral. Ces délais sont des repères d'experts : aucun essai randomisé ne compare deux calendriers de rééducation dans cette pathologie (PMID 34093044).
Ce qui change selon le grade
Le protocole historique de Cote et coll., modelé sur celui de Gladstone et repris par la revue de 2021, module ces phases par grade (PMID 34093044) :
| Grade | Immobilisation | Particularité de la première semaine | Horizon |
|---|---|---|---|
| I | Aucune ou confort | Mobilité précoce dès la première semaine, en évitant la rotation interne, l'adduction croisée et les fins d'amplitude | Retour au sport à 2 semaines |
| II | Écharpe | Rétraction scapulaire, puis chaîne fermée et chaîne ouverte | Retour à l'activité complète quand les tâches spécifiques sont réalisables |
| III | Écharpe | Même protocole que le grade II, avec travail précoce du membre inférieur et du tronc | Essai de rééducation de 6 à 12 semaines, puis réévaluation |
| IV à VI | Même protocole que le grade III, mais l'indication chirurgicale est en principe déjà posée pour le IV et le VI | Selon la décision chirurgicale | |
| Après reconstruction | Orthèse 6 à 8 semaines | Actif aidé, chaîne fermée à 8 semaines, isotonique et chaîne ouverte de 12 à 18 semaines | Progression calée sur la cicatrisation os-tendon |
Un détail vaut d'être souligné, parce qu'il est contre-intuitif et qu'il revient dans plusieurs protocoles : l'adduction croisée est le mouvement à éviter, en phase précoce comme après chirurgie. C'est aussi celui qui sert de test de provocation et d'incidence radiographique de stress. Le même geste, selon le moment, est un outil d'évaluation ou une agression.
Pour la fracture de clavicule, c'est la consolidation qui pilote
Ici, il n'existe pas de protocole publié avec ce niveau de détail, et il faut le dire plutôt que de recopier celui de la disjonction. Ce que la littérature donne est plus modeste et plus solide :
- L'immobilisation par écharpe est préférable aux anneaux en huit. Un essai randomisé sur 60 patients trouve une douleur significativement supérieure au premier jour sous anneaux (EVA 6,8 contre 5,6 ; p = 0,034), sans différence de raccourcissement (9 contre 7,5 mm ; p = 0,30) (PMID 26530661). La revue Cochrane des interventions conservatrices arrive à la même conclusion avec une preuve de très faible qualité (PMID 24879341), et la mise au point française retient l'écharpe coude au corps comme « la mieux tolérée » (PMID 28043849).
- Pour la clavicule latérale, la seule séquence publiée est simple : écharpe deux semaines, puis mobilité progressive et renforcement (PMID 37716731).
- Les ultrasons pulsés de basse intensité n'accélèrent pas la consolidation : différence de −0,32 jour, intervalle de confiance de −5,85 à 5,21, sur un essai à faible risque de biais avec une preuve de qualité modérée (PMID 24879341). C'est l'une des rares modalités passives pour laquelle on dispose d'une réponse claire, et elle est négative.
Le repère qui structure vraiment le suivi est celui de la sixième semaine, développé au chapitre 4. Deux de ses trois critères sont à la portée du cabinet : un QuickDASH inférieur à 40 points et l'absence de mobilité perçue au foyer. Un patient qui remplit ces deux conditions à six semaines a 3 % de risque de pseudarthrose, et la rééducation peut accélérer en confiance. Un patient qui échoue à deux critères sur trois en a 60 %, et la question chirurgicale doit être reposée plutôt que différée.
Et la donnée qui permet de rassurer sans mentir : quand la fracture consolide, un patient sur deux a retrouvé une fonction d'épaule normale à trois mois et neuf sur dix à six mois, indépendamment du traitement initial (PMID 34254832).
La scapula, le fil rouge des deux entités
La dysfonction scapulaire n'est pas un raffinement de rééducation : elle est entrée dans la classification. Le grade IIIB de l'ISAKOS se définit par une dysfonction scapulaire résistante au traitement (PMID 24485119). Elle est également décrite après traitement chirurgical des grades III, sous la forme du syndrome de la scapula douloureuse et malpositionnée (PMID 22461014), et le score de dysfonction scapulaire est deux fois moins bon quand la chirurgie a été différée au-delà de trois semaines (PMID 36584871).
Autrement dit, le contrôle scapulaire n'est pas seulement un moyen de la rééducation : c'est aussi ce qu'on observe pour classer, pour décider d'adresser, et pour juger du résultat. C'est la raison pour laquelle il occupe les phases 2 et 3 du calendrier, avant tout renforcement de force.
Drapeaux rouges pendant la rééducation
- Douleur nocturne persistante au-delà de la phase 2 : elle figure explicitement comme critère de non-passage. Ne pas progresser en charge sans l'avoir résolue.
- Apparition ou aggravation d'un déficit neurologique à n'importe quel moment : la plexopathie post-fracturaire peut être tardive, et elle est chirurgicale dans les formes par tissu de granulation (PMID 31784383).
- Mobilité perçue au foyer de fracture après la sixième semaine : critère du modèle prédictif, à transmettre au prescripteur.
- Dysfonction scapulaire qui ne cède pas après plusieurs semaines de travail spécifique dans une disjonction de grade III : c'est le critère de bascule vers le IIIB.
- Épaule qui s'enraidit globalement au lieu de récupérer, surtout chez un patient diabétique : évoquer une capsulite et changer de stratégie. Voir la capsulite rétractile.
- Aucun essai randomisé ne fonde les protocoles publiés. Les délais sont des repères, les critères sont ce qui décide.
- Cinq phases, et cinq critères de passage dont trois chiffrés : douleur inférieure ou égale à 3, flexion 90 degrés et rotation externe 30 degrés, testing 4 sur 5, puis 80 % et 90 % de symétrie en chaîne fermée.
- L'adduction croisée est le mouvement à protéger en phase précoce et après chirurgie.
- Pour la fracture : écharpe plutôt qu'anneaux en huit, ultrasons pulsés inutiles, et réévaluation structurée à six semaines.
- Le contrôle scapulaire sert à la fois de moyen, de critère de classement et de critère de résultat.
Quand peut-on reprendre le sport de contact ?
C'est la vraie question du sportif, et celle sur laquelle la littérature est la plus décevante. Les taux de retour sont excellents, les délais sont connus, et les critères de sécurité n'existent pas. Ce chapitre donne les trois et dit lequel manque.
Commençons par la bonne nouvelle, qui est solide. Sur 120 études et 4 327 cas de disjonction opérée, le taux de retour au sport est de 91,5 %, dont 85,6 % au même niveau. Chez les athlètes de collision, il monte à 97,3 %, dont 97,2 % au même niveau (PMID 37345238). Une revue indépendante sur 462 sportifs retrouve 94 % de retour et 84 % au même niveau (PMID 31089792).
Et du côté de la clavicule, la donnée la plus parlante concerne le traitement conservateur chez des professionnels de sport de contact extrême : sur 30 joueurs de football américain de la ligue nord-américaine, 96,9 % ont repris, à 245 jours en moyenne, dont 27,6 % dès la même saison, avec une longueur de carrière et des performances identiques à celles de témoins appariés (PMID 28776634).
Taux et délais de retour au sport, série par série
Les quatre premières lignes concernent des disjonctions opérées, la dernière des fractures de clavicule traitées sans chirurgie.
Sources : Cleary BP, Hurley ET, et coll. Am J Sports Med 2024;52(5):1350-1356 (PMID 37345238) ; Verstift DE, Welsink CL, et coll. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2019;27(12):3803-3812 (PMID 31089792) ; Jack RA, Sochacki KR, et coll. Orthopedics 2017;40(5):e836-e843 (PMID 28776634). Barres à l'échelle 0 à 100 %. Niveaux de preuve : IV pour les deux revues systématiques.
Le problème : le seul critère largement utilisé est le calendrier
C'est la phrase la plus importante de ce chapitre, et elle est écrite noir sur blanc par les auteurs de la revue la plus large : « il existe un manque de consensus dans la littérature sur ce qui constitue un retour au sport sûr ». Des critères de retour au jeu sont rapportés dans 83,3 % des études, et l'élément le plus fréquemment rapporté est le délai (PMID 37345238).
Ce constat rejoint celui de la rééducation : les protocoles sont calés sur des dates, pas sur des tests. La seule source qui propose des seuils chiffrés de sortie est le calendrier en cinq phases du chapitre précédent, avec une amplitude complète indolore, un test de stabilité en chaîne fermée à 90 % du côté sain et une force isocinétique de rotation et de la scapula à 85 % du côté sain (PMID 41761265). Ce sont des seuils d'experts, mais ils ont l'avantage d'être mesurables et de ne pas dépendre d'un calendrier.
Un délai n'est pas un critère. Il dit combien de temps a passé, pas si l'épaule est prête.
Le retour au sport après fracture de clavicule
La donnée du sport professionnel américain montre qu'un retour au contact est possible sans chirurgie, et à un haut niveau. Mais deux réserves doivent l'accompagner.
La première est le délai. 245 jours en moyenne, avec un écart type de 120 jours : c'est long, et la dispersion est considérable. Un peu plus d'un joueur sur quatre revient dans la même saison, ce qui veut dire que trois sur quatre ne reviennent pas.
La seconde vient de la surveillance des lycées américains, sur 567 fractures. La proportion de disqualifications médicales était de 40,0 % chez les opérés contre 22,6 % chez les non opérés (rapport de proportions 1,77 ; IC 95 % 1,31 à 2,39). Les auteurs relativisent eux-mêmes ce résultat : la gravité initiale de la fracture et le moment de la saison où elle survient peuvent expliquer une partie de l'écart (PMID 31384623). C'est une association, pas une démonstration que la chirurgie retarde la reprise.
La règle de sécurité, elle, ne se discute pas : on ne reprend pas un sport de contact sur une fracture non consolidée. C'est la consolidation, pas la disparition de la douleur, qui autorise le contact. Or 86,5 % des fractures déplacées consolident à six mois (PMID 34254832), ce qui recoupe assez bien le délai observé chez les professionnels.
Ce qu'on peut dire au patient, honnêtement
- « Vous reprendrez » : c'est vrai dans plus de neuf cas sur dix, tous sports confondus, et dans plus de 97 % des cas en sport de collision après chirurgie d'une disjonction.
- « Au même niveau » : vrai dans 84 à 86 % des cas en moyenne, et dans 97 % des cas chez les athlètes de collision. Chez le sportif de lancer en revanche, seuls 79,2 % retrouvent leur niveau alors que 97,1 % reprennent : le geste de lancer est plus exigeant que le contact.
- « Dans combien de temps » : quatre à six mois après chirurgie d'une disjonction, plutôt six à huit mois après une fracture de clavicule chez un sportif de contact, et il faut annoncer la dispersion plutôt qu'une date.
- « Comment on saura » : c'est ici qu'il faut être franc. Il n'y a pas de test validé. On s'appuie sur la consolidation, l'amplitude complète indolore, la symétrie de force et la tolérance à une exposition progressive au contact.
Ce qui doit faire différer une reprise du contact
- Fracture non consolidée radiologiquement, quelle que soit l'absence de douleur. Le risque est la refracture et la pseudarthrose.
- Douleur au foyer à la palpation ou à la mise en charge après un travail spécifique.
- Asymétrie de force supérieure à 15 % en rotation ou sur les fixateurs de scapula, selon les seuils d'experts disponibles.
- Appréhension du contact non résolue : elle figure explicitement parmi les trois barrières identifiées à la rééducation acromio-claviculaire.
- Dysfonction scapulaire persistante : elle prédit l'échec du conservateur dans la disjonction et signe une chaîne mal reconstruite.
- Le retour au sport est la règle : 91,5 % après chirurgie d'une disjonction, 96,9 % après fracture de clavicule non opérée chez des professionnels du contact.
- Les délais moyens : 4 à 6 mois pour la disjonction opérée, 245 jours pour la fracture chez le professionnel.
- Il n'existe aucun critère de retour au jeu validé, et le seul largement utilisé est le délai.
- Le sportif de lancer reprend autant mais retrouve moins souvent son niveau (79,2 % contre 97,2 % en collision).
- Sur une fracture, c'est la consolidation qui autorise le contact, pas l'absence de douleur.
Quelles complications faut-il savoir reconnaître ?
Quatre familles, très inégales en fréquence et en gravité : la pseudarthrose, qui est fréquente et bénigne ; le cal vicieux, qui inquiète plus qu'il ne gêne ; l'atteinte neurologique, qui est rare et sournoise ; et les complications de la chirurgie, qui sont banales et sous-estimées.
La pseudarthrose, fréquente et souvent muette
Les chiffres sont au chapitre 4, mais un détail mérite d'être isolé, parce qu'il change la manière d'en parler. Dans la méta-analyse des six essais randomisés, les auteurs relèvent qu'un tiers des patients ayant développé une pseudarthrose n'ont reçu aucun traitement complémentaire (PMID 28632595). Autrement dit, une pseudarthrose radiologique n'est pas automatiquement une pseudarthrose symptomatique.
La démonstration la plus nette vient de la clavicule latérale : la méta-analyse de 2 284 patients trouve 31 % de non-consolidation après traitement conservateur, tout en écrivant que ces patients « présentaient un bon résultat fonctionnel malgré ce taux » (PMID 34779668). Un patient sur trois ne consolide pas, et l'ensemble du groupe va bien. Ce paradoxe apparent tient à la stabilité relative conférée par les ligaments coraco-claviculaires quand ils sont intacts.
Ce qui doit alerter, ce n'est donc pas l'absence de trait de consolidation sur un cliché, c'est la douleur mécanique persistante au foyer, la mobilité perçue, et une trajectoire fonctionnelle qui s'inverse.
Le cal vicieux, ou l'écart entre ce qui inquiète et ce qui gêne
C'est le sujet où le kinésithérapeute a le plus à apporter, parce que la donnée existe et qu'elle est rarement transmise. La revue Cochrane mesure 11,3 % de cals vicieux symptomatiques après traitement conservateur contre 1,2 % après chirurgie (PMID 30666620). L'écart est réel et il ne doit pas être minimisé.
Mais la série qui a fondé le seuil des 20 mm dit autre chose, et ce sont ses données brutes qui parlent le mieux. Sur 52 patients revus à 38 mois en moyenne, aucun n'avait de limitation significative d'amplitude ni de perte de force imputable à la fracture. Vingt-huit se plaignaient de l'aspect, et parmi eux, onze seulement envisageaient d'accepter une correction chirurgicale (PMID 9250733).
Vingt-huit patients gênés par l'aspect de leur clavicule, onze prêts à se faire opérer pour cela. Le chiffre qui manque à la consultation n'est pas celui de la déformation, c'est celui-là.
La phrase à dire est donc précise : la bosse ne disparaîtra pas, elle s'atténuera un peu avec le remodelage, elle ne limitera très probablement ni l'amplitude ni la force, et la plupart des gens qui la trouvent disgracieuse ne souhaitent pas pour autant subir une intervention. Cela n'invalide pas la gêne, cela la remet à sa place.
L'atteinte neurologique : rare, mais avec deux visages
La plexopathie brachiale après fracture de clavicule est « extrêmement rare » selon les auteurs qui la rapportent (PMID 31784383). Sa rareté est précisément ce qui la rend dangereuse : personne ne la cherche. Elle prend deux formes qu'il faut distinguer, parce que leur pronostic et leur traitement diffèrent.
- La compression aiguë par les fragments déplacés. Les signes apparaissent dans les premiers jours. L'IRM montre une compression sans perte de continuité du plexus. Un cas publié rapporte une récupération de 70 % à six mois sous traitement conservateur simple, et l'auteur conclut que cette forme peut se discuter sans chirurgie chez le sujet jeune, à condition d'avoir fait l'IRM avant de décider (PMID 35780083).
- La compression tardive par tissu de granulation ou cal exubérant. Trois cas publiés chez des patients de 70, 62 et 68 ans, tous avec une fracture diaphysaire déplacée traitée par anneaux en huit, chez qui la paralysie est apparue à J8, J30 et J14, sans aucun signe neurologique initial. La chirurgie a retrouvé dans les trois cas une rupture du muscle subclavier et un tissu de granulation compressif. Récupération complète de la force 11, 6 et 6 mois après l'intervention (PMID 31784383).
La conséquence pratique est directe pour le suivi de rééducation : un patient qui n'avait aucun signe neurologique le premier jour peut en développer un mois plus tard. Le testing sensitivo-moteur ne se fait pas une seule fois au bilan initial.
Les complications thoraciques et vasculaires
Elles sont rares mais elles existent, et elles ne se répartissent pas de la même manière selon qu'on parle de la fracture ou de son traitement. La distinction est importante et souvent brouillée.
Au moment du traumatisme, la base nationale américaine des hospitalisations, sur 411 612 patients, montre que la fracture de clavicule s'accompagne le plus souvent d'une fracture de côte, puis d'une fracture du rachis, et que la lésion non vasculaire et non nerveuse la plus fréquente est l'hémo-pneumothorax, devant les lésions pulmonaires, bronchiques ou diaphragmatiques. L'association avec la commotion cérébrale et les lésions spléniques est significative (PMID 33717875). Ces chiffres concernent des patients hospitalisés, donc une population traumatisée sévère : ils ne s'appliquent pas à la fracture isolée du cycliste tombé à l'arrêt.
Après ostéosynthèse, la cohorte de population ontarienne de 1 350 patients donne les chiffres propres à la chirurgie : 16 pneumothorax, soit 1,2 %, et des lésions du plexus brachial comme des vaisseaux sous-claviers retrouvées chez cinq patients ou moins pour chacune (PMID 24990977). Les auteurs concluent que ces complications « doivent continuer d'être considérées comme rares ».
Les complications de la chirurgie, banales et sous-estimées
C'est probablement le point le moins bien transmis au patient au moment de la décision.
Ce qui arrive après une ostéosynthèse de clavicule, à deux ans
Cohorte de population, 1 350 patients de 16 à 60 ans opérés d'une fracture diaphysaire fermée.
Source : Leroux T, Wasserstein D, et coll. J Bone Joint Surg Am 2014;96(13):1119-1125 (PMID 24990977). Niveau de preuve pronostique IV. Les auteurs notent que ces taux, bien que faibles, sont supérieurs à ceux rapportés antérieurement.
Une série de centre de traumatologie de niveau I complète le tableau avec un résultat qui intéresse directement le suivi : la complication globale touche 14,5 % des opérés, mais elle est trois fois plus fréquente après enclouage centro-médullaire qu'après plaque (32 % contre 10 %, p = 0,003). À l'inverse, le matériel symptomatique nécessitant une ablation est plus fréquent après plaque (26 % contre 7 %). Et 35 % des complications sont jugées liées à la technique, donc potentiellement évitables (PMID 26994518).
Du côté acromio-claviculaire, deux complications reviennent. La dysfonction scapulaire, décrite y compris après traitement chirurgical de grades III (PMID 22461014) et deux fois plus marquée quand la chirurgie a été différée au-delà de trois semaines (PMID 36584871). Et la perte de réduction, qui atteint 26,0 % en chirurgie précoce et 38,1 % en chirurgie différée (PMID 25119054). Enfin, la plaque crochet donne des scores de Constant inférieurs à la fixation coraco-claviculaire, avec plus de complications et de reprises (PMID 34779668), et elle se retire toujours dans un second temps.
Les cinq situations qui imposent un avis médical sans attendre la séance suivante
- Déficit sensitif ou moteur d'apparition secondaire, même modéré, même chez un patient qui allait bien : plexopathie tardive par tissu de granulation. Délai typique 8 à 30 jours.
- Dyspnée, douleur thoracique ou désaturation, y compris à distance d'une chirurgie : pneumothorax, y compris retardé.
- Rougeur, écoulement, fièvre sur une cicatrice d'ostéosynthèse : l'infection profonde motive 2,6 % des reprises, à une médiane de cinq mois.
- Douleur mécanique croissante au foyer après la sixième semaine avec mobilité perçue : suspicion de pseudarthrose évolutive.
- Saillie cutanée douloureuse et progressive du matériel, ou perte brutale de la réduction acromio-claviculaire : démontage.
- Une pseudarthrose radiologique n'est pas un échec clinique : un tiers ne reçoit aucun traitement complémentaire, et 31 % de non-union à la clavicule latérale coexistent avec un bon résultat fonctionnel.
- Le cal vicieux symptomatique concerne 11,3 % des traitements conservateurs, mais la gêne esthétique conduit rarement à souhaiter une chirurgie.
- La plexopathie tardive apparaît entre J8 et J30 chez un patient initialement indemne : le testing neurologique se répète.
- Après ostéosynthèse, un patient sur quatre retourne au bloc, le plus souvent pour une ablation de matériel.
- L'enclouage centro-médullaire se complique trois fois plus souvent que la plaque, laquelle se retire plus souvent.
Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?
Cinq observations publiées et indexées, choisies parce qu'elles éclairent chacune une décision que les séries ne tranchent pas. Aucune n'est une histoire reconstituée : chacune porte son identifiant PubMed.
Cas 1 : une plexopathie aiguë traitée sans chirurgie
Homme de 51 ans, fracture du tiers moyen de la clavicule après une chute dans un escalier. Des paresthésies apparaissent au premier jour, puis un déficit moteur du coude, du poignet et de la main au troisième. L'IRM montre une compression du plexus par les fragments déplacés, sans perte de continuité. L'électromyogramme confirme la plexopathie. Le patient est traité par écharpe simple : il rapporte une amélioration de 70 % à six mois (PMID 35780083).
Ce que ce cas apporte. L'auteur formule une distinction utile : une compression aiguë par fragments osseux peut se discuter sans chirurgie chez un sujet jeune, contrairement à une compression par cal exubérant ou tissu de granulation. Et il pose une condition explicite : l'IRM doit précéder la décision, pour vérifier l'absence de rupture ou de coudure du plexus. Un déficit neurologique n'est donc pas automatiquement une indication chirurgicale, mais il est toujours une indication d'imagerie et d'avis spécialisé.
Cas 2 : trois plexopathies tardives, et ce qu'elles avaient en commun
Trois patients de 70, 62 et 68 ans, tous avec une fracture diaphysaire déplacée traitée par anneaux en huit, tous sans aucun signe neurovasculaire au moment du traumatisme. La paralysie du plexus est apparue à J8, J30 et J14. Le délai entre les symptômes et la chirurgie a été de 27, 75 et 28 jours. Dans les trois cas, l'intervention a retrouvé la même chose : une rupture du muscle subclavier et un développement anormal de tissu de granulation autour du foyer, comprimant le plexus. Récupération complète de la force 11, 6 et 6 mois après l'opération (PMID 31784383).
Ce que ce cas apporte. Le trio de facteurs communs identifié par les auteurs est directement transposable au dépistage : âge élevé, fracture diaphysaire déplacée, tissu de granulation. Et surtout, une leçon de calendrier de suivi : un bilan neurologique normal au premier jour ne dispense pas de le refaire. Le délai médian entre le traumatisme et le déficit dans cette série se situe précisément dans la fenêtre où le patient est en rééducation.
Cas 3 : un grade V réduit par orthèse, chez un patient très particulier
Homme de 31 ans, interne en orthopédie, disjonction de Rockwood V lors d'un accident de snowboard. Plutôt que d'opérer, l'équipe réduit et stabilise l'articulation par une orthèse acromio-claviculaire portée six semaines, qui exerce simultanément une dépression de la clavicule et une élévation de l'humérus. Après retrait, la réduction est quasi anatomique. Les clichés en charge à six mois montrent une articulation consolidée en position de Rockwood II, et le patient a retrouvé sa fonction antérieure avec un aspect esthétique satisfaisant (PMID 33111203).
Ce que ce cas apporte, et surtout comment le lire. Il montre qu'une réduction non chirurgicale d'un haut grade est possible. Mais il faut le mettre en regard de la cohorte prospective appariée publiée cinq ans plus tard par la même équipe berlinoise, qui a mesuré cette stratégie sur 25 patients : aucune amélioration durable des indices radiologiques, et aucun bénéfice fonctionnel ou esthétique sur la rééducation fonctionnelle précoce à douze mois (PMID 39442863). C'est un bel exemple de la hiérarchie des preuves à l'œuvre : le cas isolé ouvre une piste, la cohorte la referme. Le patient était par ailleurs un interne en orthopédie, c'est-à-dire un porteur d'orthèse d'une observance peu représentative.
Cas 4 : une plexopathie post-opératoire résolue par la surveillance
Homme de 54 ans, fracture comminutive du tiers moyen ayant évolué vers une pseudarthrose symptomatique après traitement conservateur. Une ostéosynthèse par plaque est réalisée. Quarante-huit heures après, une plexopathie brachiale gauche apparaît. L'imagerie ne retrouve aucune cause justifiant une reprise urgente. L'équipe choisit la surveillance : récupération complète, avec des névralgies occasionnelles et une légère limitation d'élévation antérieure résiduelle (PMID 32649110).
Ce que ce cas apporte. Il rappelle que la chirurgie de la clavicule n'est pas anodine sur le plan neurologique, et que la position du patient au bloc comme la traction peropératoire en sont des causes possibles. Les auteurs eux-mêmes écrivent que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour savoir si cette attitude d'attente est généralisable : à un cas, elle ne l'est pas encore.
Cas 5 : le seul cas de prise en charge kinésithérapique publié
Femme de 30 ans, fracture déplacée du tiers moyen de la clavicule et lésion du plexus brachial après un accident de la voie publique. L'imagerie retrouve une collection épidurale et des pseudoméningocèles, c'est-à-dire des signes d'arrachement radiculaire. Après ostéosynthèse, un programme structuré est conduit : gestion de la douleur, rééducation sensorielle multimodale, imagerie motrice graduée, puis restauration progressive de l'amplitude, de la force et de l'endurance du membre supérieur, avec travail du contrôle neuromusculaire (PMID 39246957).
Ce que ce cas apporte. C'est la seule observation publiée qui décrive en détail le versant kinésithérapique de cette association. Et elle illustre un point que les protocoles orthopédiques ne couvrent pas : quand une lésion nerveuse s'ajoute à la fracture, la rééducation change de nature. Ce n'est plus une progression d'amplitude et de charge, c'est un travail de réintégration sensorimotrice qui emprunte ses outils à la rééducation neurologique.
- Le déficit neurologique après fracture de clavicule est rare, tardif dans la moitié des cas publiés, et de pronostic variable selon son mécanisme.
- Compression par fragments : peut se discuter sans chirurgie, après IRM. Compression par granulation ou cal : opérée dans tous les cas publiés.
- Un cas isolé favorable à une stratégie (l'orthèse de réduction) a été contredit par la cohorte prospective qui l'a évaluée ensuite.
- Quand une lésion nerveuse s'associe à la fracture, la rééducation devient sensorimotrice avant d'être articulaire.
Comment appliquer concrètement au cabinet ?
Ce chapitre condense tout ce qui précède en un algorithme de tri, une liste de ce qu'il faut noter au premier bilan, et les phrases qui répondent aux questions que le patient pose vraiment.
Algorithme de tri devant un traumatisme de la ceinture scapulaire
Les deux entités partagent les trois premières étapes. C'est la radiographie qui les sépare, et la classification qui décide ensuite.
Synthèse des conduites de référence : PMID 31008872 (grades), PMID 31977816 (réévaluation à 6 semaines), PMID 34779668 (Neer II), PMID 28043849 (indications non discutables), PMID 33582181 (clichés bilatéraux).
Les huit lignes à écrire au premier bilan
Elles ne prennent pas plus de temps qu'un bilan ordinaire, et ce sont exactement celles qui seront utiles à six semaines.
- Le mécanisme précis : chute sur le moignon, sur la main tendue, énergie du traumatisme, port du casque et du matériel.
- Le diagnostic radiographique complet : siège et déplacement pour la fracture, grade et pourcentage d'augmentation de la distance coraco-claviculaire pour la disjonction. Si le compte rendu ne les donne pas, le noter comme information manquante.
- Le statut tabagique. C'est le premier facteur modifiable de la consolidation, avec un odds ratio de 3,76 (PMID 23824382).
- Un testing neurologique complet et daté du membre supérieur, à répéter, pas à faire une fois.
- Un QuickDASH de référence, parce que le seuil de 40 points à six semaines est un des trois critères du modèle prédictif.
- La demande sportive ou professionnelle : niveau, sport de contact ou de lancer, échéance, contrainte de port de charge.
- L'observation scapulaire en élévation et en abaissement contrarié, qui servira de comparateur.
- Ce qui inquiète le patient, formulé avec ses mots. Dans la moitié des cas c'est l'aspect, et la réponse existe.
Quatre phrases utiles en consultation
| Ce que le patient demande | Ce qui peut être répondu, et sa source |
|---|---|
| « La bosse va partir ? » | Non, elle s'atténuera un peu. Mais dans la série qui a fondé le seuil de 20 mm, aucun patient n'avait perdu d'amplitude ni de force, et sur 28 gênés par l'aspect, 11 seulement envisageaient une chirurgie (PMID 9250733) |
| « J'aurais dû me faire opérer ? » | Si la fracture consolide, la récupération est identique : un patient sur deux à trois mois, neuf sur dix à six mois, avec ou sans plaque (PMID 34254832) |
| « Et si ça ne consolide pas ? » | C'est possible, et ce n'est pas forcément un problème : un tiers des pseudarthroses n'a reçu aucun traitement complémentaire dans la méta-analyse des essais randomisés (PMID 28632595) |
| « Je pourrai refaire du rugby ? » | Oui, dans plus de neuf cas sur dix, et 97,3 % chez les athlètes de collision après chirurgie d'une disjonction. Mais il n'existe pas de test validé pour dire quand : c'est la consolidation et la symétrie de force qui décident (PMID 37345238) |
Ce qui doit déclencher un appel au prescripteur
- À six semaines, si le QuickDASH reste au-dessus de 40 et qu'une mobilité est perçue au foyer : deux critères sur trois du modèle prédictif, soit 60 % de risque de pseudarthrose.
- Entre la sixième et la douzième semaine, dans une disjonction de grade III, si la dysfonction scapulaire ne cède pas : c'est le critère de bascule vers le grade IIIB de l'ISAKOS, et le résultat de la chirurgie se dégrade avec le délai.
- À tout moment, devant l'apparition d'un signe neurologique, respiratoire, vasculaire ou infectieux.
- Avant toute reprise du contact sur une fracture, si la consolidation n'a pas été confirmée radiologiquement.
Là où ces deux traumatismes rencontrent le reste de l'épaule
Le traumatisme aigu n'épuise pas la question. Trois prolongements sont fréquents en pratique.
L'articulation acromio-claviculaire devient arthrosique, avec le temps et non pas à cause du traumatisme : la revue systématique de 3 812 patients ne trouve aucune différence de prévalence entre l'épaule blessée et l'épaule saine (PMID 39226400). Quand la douleur du sommet de l'épaule s'installe sans traumatisme récent, c'est un autre tableau et une autre prise en charge : voir l'arthrose acromio-claviculaire, et arthrose acromio-claviculaire et maladie professionnelle pour le versant de la reconnaissance.
L'épaule traumatisée peut s'enraidir plutôt que récupérer, surtout chez le patient diabétique : c'est le diagnostic à évoquer devant une perte d'amplitude passive globale, et il change complètement la stratégie (la capsulite rétractile).
Et le diagnostic différentiel du traumatisme de l'épaule ne se limite pas à ces deux lésions : la luxation gléno-humérale et l'instabilité qui lui succède constituent l'autre grande entité traumatique de la région (l'instabilité et les luxations récidivantes de l'épaule), et chez le sujet de plus de 60 ans, la rupture de coiffe accompagne fréquemment le traumatisme (la rupture symptomatique de coiffe, la douleur sous-acromiale). Enfin, devant une fracture survenue sur un traumatisme minime, la question osseuse se pose : l'ostéoporose et la prévention des fractures de fragilité.
- Trois étapes communes aux deux entités : drapeaux rouges, imagerie bilatérale, classification. Ensuite seulement, la conduite.
- Huit lignes au premier bilan, dont le QuickDASH de référence et le statut tabagique, qui serviront à six semaines.
- Quatre réponses sourcées aux quatre questions que le patient pose vraiment.
- Deux moments d'alerte : la sixième semaine pour la fracture, la douzième pour le grade III.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment 2 cm de raccourcissement pour opérer une clavicule ?
Ce seuil est le plus cité et le moins solide. Il vient d'une série de 39 patients qui présentaient déjà un retard de consolidation ou un cal vicieux, tous opérés, sans groupe témoin (PMID 11317682). Une population constituée sur l'échec ne peut pas mesurer le risque d'un seuil. La seule cohorte prospective qui ait cherché la corrélation entre raccourcissement et fonction ne la trouve pas, y compris au-delà de 2 cm (PMID 26080806). La recommandation française retient plutôt 1,5 cm chez le sujet jeune actif (PMID 28043849). Le raccourcissement compte, mais il n'a pas de frontière validée.
Anneaux en huit ou écharpe ?
Écharpe. Un essai randomisé sur 60 patients trouve une douleur significativement plus élevée au premier jour sous anneaux (6,8 contre 5,6 sur 10 ; p = 0,034), sans différence de raccourcissement final (PMID 26530661). La revue Cochrane parvient à la même conclusion, avec une preuve de très faible qualité et deux essais sous-dimensionnés (PMID 24879341). La mise au point française retient l'écharpe coude au corps comme la mieux tolérée (PMID 28043849). Aucune donnée ne montre qu'un dispositif contraignant améliore la réduction.
À partir de quand peut-on mobiliser une fracture de clavicule ?
Il n'existe pas d'essai randomisé qui compare deux calendriers de mobilisation dans cette fracture. Ce que l'on sait est indirect mais utile : la seule séquence publiée pour la clavicule latérale est une écharpe deux semaines, puis une mobilité progressive et un renforcement (PMID 37716731) ; et quand la fracture consolide, la vitesse de récupération est la même avec ou sans plaque (PMID 34254832). La logique qui en découle est de mobiliser tôt dans les amplitudes indolores, de ne pas charger tant que la consolidation n'est pas engagée, et de structurer la réévaluation à six semaines plutôt que de chercher une date universelle.
Un grade III doit-il être opéré ?
La méta-analyse des quatre essais randomisés consacrés au seul grade III ne trouve aucune différence fonctionnelle à long terme (différence moyenne 4,82 points de Constant, intervalle de confiance de −6,42 à 16,06 ; p = 0,400) (PMID 39587562). L'essai qui compare chirurgie et kinésithérapie trouve même les non opérés meilleurs à trois mois (PMID 35007749). La position raisonnable est un essai de rééducation borné à 6 à 12 semaines, avec adressage sans délai en cas d'instabilité horizontale et de dysfonction scapulaire résistante, qui définissent le grade IIIB (PMID 24485119).
La déformation va-t-elle disparaître ?
Non, et il vaut mieux le dire tout de suite. Après une disjonction traitée sans chirurgie, la saillie est toujours là dix-huit à vingt ans plus tard, avec une articulation radiologiquement plus large (8,3 contre 3,4 mm), mais des scores fonctionnels identiques à ceux des opérés (PMID 26535287). Après une fracture, la bosse s'atténue avec le remodelage sans disparaître. Le chiffre qui aide le plus : sur 28 patients gênés par l'aspect de leur clavicule, 11 seulement envisageaient une correction chirurgicale (PMID 9250733).
Une disjonction acromio-claviculaire donne-t-elle de l'arthrose ?
Pas plus que le temps qui passe. Une revue systématique de 94 articles et 3 812 patients trouve une prévalence d'arthrose acromio-claviculaire de 6,7 % à 29,3 % selon le traitement, mais surtout aucune différence entre l'épaule blessée et l'épaule controlatérale (p = 0,120). Les auteurs concluent que le choix du traitement ne doit pas être influencé par ce risque (PMID 39226400). L'essai à vingt ans de recul va dans le même sens : autant de signes radiologiques d'arthrose dans les deux bras (PMID 26535287). Pour l'arthrose acromio-claviculaire installée et sa prise en charge, l'article dédié est l'arthrose acromio-claviculaire.
Les tests cliniques permettent-ils de faire le diagnostic d'une lésion acromio-claviculaire ?
Ils permettent surtout de l'écarter. Sur des lésions chroniques isolées, l'adduction horizontale forcée a une sensibilité de 77 % et le test de compression active une spécificité de 95 %, mais tous ont une valeur prédictive négative supérieure à 94 % et une valeur prédictive positive inférieure à 30 % (PMID 15090381). Hors de ce contexte, ils s'effondrent : en soins primaires, avec un bloc anesthésique comme référence, aucun n'était associé à une réponse positive et leurs combinaisons ne discriminaient pas mieux que le hasard (PMID 23634871). Dans le traumatisme aigu, le diagnostic est radiographique.
Faut-il une radiographie du côté sain ?
Oui, et ce n'est pas un détail administratif. La classification de Rockwood est une mesure relative au côté opposé. Sans clichés bilatéraux, sa fiabilité tombe à des kappa de 0,20 à 0,50 ; avec des incidences de Zanca bilatérales sur la même plaque, elle atteint 0,624 entre observateurs (PMID 33582181). Le sens de l'erreur documenté est le sous-classement, c'est-à-dire prendre un haut grade pour un grade bas.
Le tabac change-t-il vraiment quelque chose ?
C'est le facteur le plus fort du modèle multivarié d'Édimbourg, avec un odds ratio de 3,76, devant la comminution (1,75) et le déplacement (1,17). Les auteurs écrivent explicitement que l'arrêt du tabac « devrait faire partie intégrante du traitement » (PMID 23824382). C'est aussi le seul facteur de risque de pseudarthrose sur lequel le patient peut agir : l'aborder n'est pas une digression morale, c'est le levier le plus rentable de la prise en charge.
Une pseudarthrose de clavicule doit-elle toujours être opérée ?
Non. Dans la méta-analyse des six essais randomisés, un tiers des patients qui ont développé une pseudarthrose n'ont reçu aucun traitement complémentaire (PMID 28632595). Et la démonstration la plus nette vient de la clavicule latérale de type Neer II, où 31 % de non-consolidation radiologique coexistent avec un bon résultat fonctionnel d'ensemble (PMID 34779668). Ce qui décide, c'est la douleur mécanique persistante et la gêne fonctionnelle, pas l'aspect du cliché.
Chez l'adolescent, faut-il opérer une fracture très déplacée ?
Les données récentes penchent nettement du côté conservateur. La cohorte prospective multicentrique FACTS a suivi 282 adolescents de 10 à 18 ans avec une fracture complètement déplacée pendant deux ans : aucune différence de score rapporté par le patient, mais 10,4 % de reprises imprévues contre 1,4 % et 20,8 % de complications significatives contre 5,2 % chez les opérés. Sur toute la cohorte, la pseudarthrose ne concernait que 0,4 % des patients (PMID 35984091).
Peut-on encore proposer des ultrasons pour accélérer la consolidation ?
Non. C'est l'une des rares modalités passives évaluée par un essai à faible risque de biais, et la réponse est claire : aucune différence de délai de consolidation entre ultrasons pulsés de basse intensité et placebo, avec une différence de −0,32 jour et un intervalle de confiance de −5,85 à 5,21. La revue Cochrane note cette preuve comme de qualité modérée, c'est-à-dire le meilleur niveau de tout ce dossier (PMID 24879341).
Références
58 références, résolues une à une par l'API PubMed E-utilities le 16 août 2026. Pour chacune, le résumé a été lu et les chiffres cités dans l'article vérifiés à la source. Les métadonnées ci-dessous (auteurs, revue, année, pagination, DOI) sont extraites du XML PubMed par script, et non recopiées.
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Aller plus loin sur l'épaule
Savoir classer un traumatisme est le début. Rééduquer une épaule douloureuse, aiguë ou chronique, se travaille en entier.

