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La maladie de Haglund et la bursite rétrocalcanéenne : démêler la talalgie postérieure

À l'arrière du talon, trois choses font mal et coexistent souvent chez le même patient : une proéminence osseuse qui frotte contre la chaussure, une bourse séreuse enflammée, et l'insertion du tendon calcanéen. Le service que rend une consultation, ce n'est pas de nommer la déformation sur une radiographie, c'est de dire laquelle des trois fait mal. Parce que le conflit avec la chaussure se traite d'abord par la chaussure, et que les deux autres non.

Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : identifiant résolu, revue, année et liste d'auteurs contrôlées, résumé lu avant citation. Bibliographie complète et note méthodologique en fin d'article.

La talalgie postérieure en trois chiffres qui dérangent

Chacun de ces trois résultats contredit une idée reçue encore enseignée

Trois chiffres clés de la talalgie postérieure 23,3 pour cent des talons radiographiés portent une calcification d'insertion mais 3 pour cent seulement font mal ; le signe des lignes parallèles est positif chez 60 pour cent des témoins contre 41,7 pour cent des patients douloureux ; le taux de bons résultats de l'excentrique passe de 32 à 67 pour cent quand on cesse de charger en flexion dorsale. 23,3 % de talons calcifiés sur radiographie, mais 3 % seulement font mal 433 sujets, Giai Via 2022 60 % / 42 % lignes parallèles + plus souvent chez les TÉMOINS que chez les patients 98 talons, Kang 2012 32 à 67 % de bons résultats quand l'excentrique cesse d'aller en flexion dorsale 34 tendons, Jonsson 2008

Sources : Giai Via A et coll., Clin J Sport Med 2022 (PMID 32976122) ; Kang S et coll., Foot Ankle Int 2012 (PMID 22735321) ; Jonsson P et coll., Br J Sports Med 2008 (PMID 18184750). Le chiffre de 32 % est le taux de bons résultats rapporté par Jonsson pour le protocole excentrique classique en pleine flexion dorsale, celui de 67 % celui de son protocole sans mise en charge en flexion dorsale.

Synthèse clinique

L'essentiel en dix lignes

  • Le syndrome de Haglund est une triade, pas une seule lésion : exostose postéro-supérieure du calcanéum, bursite rétrocalcanéenne et tendinose d'insertion du tendon calcanéen1.
  • La déformation ne prédit pas la douleur. Deux études cas-témoins indépendantes ne retrouvent aucune différence de taille de la proéminence entre talons douloureux et talons sains1011.
  • Ce qui est associé à la tendinopathie d'insertion, c'est la calcification intratendineuse, pas l'os postéro-supérieur : odds ratio 55,7 contre un résultat nul pour la taille de la déformation11.
  • Le terrain métabolique compte : hypothyroïdie, diabète et hypercholestérolémie sont associés à la calcification d'insertion, et deux comorbidités ou plus multiplient le risque par plus de dix9.
  • Le conflit avec la chaussure se traite d'abord par la chaussure. C'est la seule des trois causes dont le traitement de première intention n'est pas un exercice.
  • À l'insertion, l'amplitude de l'exercice doit être limitée. Charger jusqu'en flexion dorsale complète, ce qui marche au corps du tendon, écrase le tendon contre l'os à son insertion1415.
  • Les ondes de choc ne potentialisent pas l'exercice : deux essais randomisés de niveau I, en 2021 et en 2025, ne trouvent aucun bénéfice ajouté1819.
  • L'infiltration de corticoïde dans la bourse porte un signal de sécurité défavorable : la bourse communique anatomiquement avec les fibres antérieures du tendon524.
  • La chirurgie soulage après échec du traitement conservateur, mais aucun essai randomisé ne départage les techniques2526.
  • Aucune recommandation de pratique clinique ne couvre ce tableau : la référence du domaine, le guide JOSPT 2024, porte explicitement sur le corps du tendon et non sur son insertion22.

Cette page et sa voisine

Cet article traite la talalgie postérieure par conflit : ce qui se passe entre la face postéro-supérieure du calcanéum, la bourse rétrocalcanéenne, l'insertion du tendon et le contrefort de la chaussure. Pour la tendinopathie du corps du tendon calcanéen, à 2 à 7 cm au-dessus de l'insertion, qui relève d'une autre physiopathologie et d'une autre rééducation, voir la tendinopathie d'Achille. Les deux pages se lisent ensemble : la confusion entre les deux est la règle en clinique, et c'est précisément ce que ce chapitre cherche à défaire.

Qu'est-ce que la maladie de Haglund, et pourquoi parle-t-on d'un syndrome à trois étages ?

Dans ce chapitre : la triade radiologique qui définit le syndrome, l'organe d'enthèse dont la bourse fait partie intégrante, le rôle mécanique du corps adipeux de Kager, et les deux conflits qui se superposent au même endroit du talon.

Une déformation, un syndrome, trois lésions

La déformation de Haglund désigne une exostose de l'angle postéro-supérieur du calcanéum. Prise isolément, ce n'est qu'une forme osseuse. Le terme de syndrome de Haglund désigne autre chose : la revue de synthèse de Radiographics de 2024 le définit comme la triade caractéristique associant l'exostose postéro-supérieure, la bursite rétrocalcanéenne et la tendinose d'insertion du tendon calcanéen1. Trois lésions, trois tissus, un seul centimètre carré de talon.

Cette distinction n'est pas de la sémantique. Elle commande le raisonnement clinique tout entier : un patient peut porter la déformation sans aucune des deux autres lésions, et il sera asymptomatique ; il peut porter les trois, et il faudra encore décider laquelle traiter en premier. La suite de cet article revient plusieurs fois sur ce point parce que c'est là que se joue l'essentiel du service rendu.

Quatre repères pour situer le problème

Fréquence de l'atteinte tendineuse achilléenne, part sportive, et poids de la calcification

Quatre statistiques de cadrage Environ 6 pour cent de la population générale connaît une pathologie du tendon calcanéen au cours de la vie, jusqu'à 50 pour cent chez les coureurs d'endurance de haut niveau ; dans 35 pour cent des cas vus en médecine générale un lien avec une activité sportive est consigné ; 73 pour cent des talons douloureux d'une série opératoire portent une calcification d'insertion. 6 % de la population générale au cours de la vie Traweger 2025 50 % jusqu'à, chez le coureur d'endurance de haut niveau Traweger 2025 35 % des cas ont un lien avec le sport consigné de Jonge 2011 73 % des talons douloureux ont une calcification Kang 2012

Sources : Traweger A et coll., Nat Rev Dis Primers 2025 (PMID 40148342) ; de Jonge S et coll., Br J Sports Med 2011 (PMID 21926076) ; Kang S et coll., Foot Ankle Int 2012 (PMID 22735321). Les deux premiers chiffres portent sur l'ensemble des pathologies du tendon calcanéen, insertion et corps confondus ; le troisième sur les 48 talons douloureux de la série de Kang.

La bourse n'est pas un accident, c'est un organe

La conception qui rend le tableau intelligible est celle d'organe d'enthèse. L'étude histologique de développement publiée dans le Journal of Anatomy en 2008 décrit l'insertion du tendon calcanéen comme un ensemble fonctionnel qui ne se réduit pas au point d'attache : il comprend l'enthèse proprement dite, deux fibrocartilages opposés, l'un sésamoïde sur le tendon et l'autre périosté sur l'os, la bourse rétrocalcanéenne et le corps adipeux de Kager3. Les auteurs ajoutent que les fascias crural et plantaire participent à la dissipation des contraintes et pourraient être considérés comme des composants de cet ensemble.

Autrement dit, la bourse rétrocalcanéenne n'est pas une poche parasite qui se serait installée là par malchance. C'est une pièce de l'appareil qui permet au tendon de tourner autour de l'os sans s'user. Quand elle s'enflamme, ce n'est pas un tissu surnuméraire qui souffre, c'est l'organe qui dysfonctionne.

L'anatomie du conflit rétrocalcanéen

Coupe sagittale schématique : deux compressions distinctes s'exercent au même endroit

Coupe sagittale de l'arrière-pied et sièges du conflit Vue de profil du calcanéum, du tendon calcanéen et de la bourse rétrocalcanéenne. Le conflit antérieur oppose le tendon à la proéminence postéro-supérieure du calcanéum lors de la flexion dorsale. Le conflit postérieur oppose la peau et le tendon au contrefort de la chaussure. Le corps adipeux de Kager occupe l'espace en avant du tendon et envoie un coin dans la bourse. Calcanéum Tendon calcanéen Bourse rétrocalcanéenne Corps adipeux de Kager Contrefort de la chaussure 1. Conflit antérieur tendon contre os, aggravé par la flexion dorsale 2. Conflit postérieur le contrefort appuie sur la bosse

Schéma pédagogique, proportions non anatomiques. Les rapports figurés sont établis d'après Theobald P et coll., J Anat 2006 (PMID 16420382), Shaw HM et coll., J Anat 2008 (PMID 19094187) et Malagelada F et coll., Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2020 (PMID 31256217).

Le corps adipeux de Kager, amortisseur mobile

L'étude combinée IRM, échographie, anatomie macroscopique et histologie de Theobald et coll. montre que le corps adipeux de Kager comporte trois régions aux fonctions distinctes : une partie liée au tendon du long fléchisseur de l'hallux, une partie liée au tendon calcanéen qui protège les vaisseaux entrant dans le tendon, et un coin bursal adjacent au calcanéum2. Ce coin est mobile : il entre dans la bourse lors de la flexion plantaire et se retire lors de la flexion dorsale. Les auteurs concluent qu'il minimise les variations de pression dans la bourse.

Le travail cadavérique publié dans Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy en 2020 a mesuré ces pressions directement, sur douze chevilles montées sur banc avec le tendon mis en charge et un capteur à aiguille positionné sous échographie4. Résultat central : les pressions augmentent significativement aux deux extrêmes, en flexion plantaire terminale comme en flexion dorsale terminale, et dans les deux régions explorées. Le corps adipeux est adhérent au tendon sur une longueur moyenne de 7,7 cm, soit 89 % de sa longueur ; seul son extrémité distale, sur 0,92 cm, s'en détache pour laisser place à la bourse.

Le tendon ne souffre pas seulement de ce qu'on lui tire dessus. À son insertion, il souffre aussi de ce contre quoi on l'écrase.

C'est la différence physiopathologique décisive avec le corps du tendon. À 2 à 7 cm au-dessus de l'insertion, les contraintes dominantes sont des contraintes de tension. À l'insertion, une contrainte de compression s'y ajoute, entre le tendon et l'angle postéro-supérieur du calcanéum, et elle croît avec la flexion dorsale. Toute la spécificité du traitement en découle, et c'est l'objet du chapitre consacré à l'exercice.

La bourse communique avec le tendon

Une donnée anatomique dont les conséquences thérapeutiques sont directes : l'étude cadavérique de Pękala et coll., publiée dans Bone & Joint Research en 2017, a injecté de l'encre puis un produit de contraste dans la bourse rétrocalcanéenne de vingt tendons frais congelés5. Dans les pièces injectées à l'encre, une diffusion hors de la bourse a été observée, avec coloration de la portion antérieure du tendon. Sur les pièces injectées au contraste, huit ont montré le même schéma de diffusion localisée, et deux, injectées sans guidage échographique, une diffusion plus étendue.

Les auteurs concluent à l'existence de connexions entre la bourse et le tendon, particulièrement riches dans sa portion antéro-inférieure, et proposent de considérer cette zone comme une zone de faiblesse pour les substances injectées dans la bourse. Ils formulent l'hypothèse, et il faut la citer comme telle, que cette partie du tendon pourrait être la plus vulnérable à la rupture après infiltration de corticoïde. On retrouvera cette question au chapitre des infiltrations.

À retenir

  • Le syndrome de Haglund est une triade : exostose postéro-supérieure, bursite rétrocalcanéenne, tendinose d'insertion. La déformation seule n'est pas le syndrome.
  • La bourse rétrocalcanéenne est un composant de l'organe d'enthèse, au même titre que les fibrocartilages et le corps adipeux de Kager.
  • Les pressions dans la région augmentent aux deux extrêmes d'amplitude, flexion plantaire comme flexion dorsale.
  • À l'insertion, une contrainte de compression s'ajoute à la tension. C'est ce qui sépare ce tableau de la tendinopathie du corps du tendon.
  • La bourse communique avec les fibres antérieures du tendon : ce qu'on y injecte n'y reste pas.

Qui développe une talalgie postérieure, et sur quel terrain ?

Dans ce chapitre : ce que valent les chiffres d'incidence disponibles et ce qu'ils ne couvrent pas, le poids réel du sport contre celui du terrain métabolique, et l'écart considérable entre calcification radiologique et douleur.

Des chiffres qui portent surtout sur le corps du tendon

Il faut commencer par une honnêteté de méthode : il n'existe pas de données d'incidence propres à la maladie de Haglund ni à la bursite rétrocalcanéenne en population générale. Les chiffres disponibles portent sur la pathologie tendineuse achilléenne dans son ensemble, ou spécifiquement sur le corps du tendon.

La revue Nature Reviews Disease Primers consacrée à la tendinopathie calcanéenne en 2025 situe l'ordre de grandeur : les pathologies du tendon calcanéen touchent environ 6 % de la population générale et jusqu'à 50 % des coureurs d'endurance de haut niveau au cours de la vie6.

En médecine de ville, l'étude néerlandaise de de Jonge et coll. a compté, sur une cohorte de 57 725 personnes inscrites en soins primaires, les patients consultant pour une atteinte du corps du tendon calcanéen : l'incidence est de 1,85 pour 1 000 patients inscrits, et de 2,35 pour 1 000 chez les adultes de 21 à 60 ans7. Donnée à garder en tête pour la consultation : seuls 35 % des cas étaient rattachés à une activité sportive. Les auteurs précisent que l'incidence réelle pourrait être plus élevée compte tenu des limites de leur méthode.

L'étude transversale d'Albers et coll. dans une patientèle de médecine générale néerlandaise donne, pour l'ensemble des tendinopathies du membre inférieur, une prévalence de 11,83 et une incidence de 10,52 pour 1 000 personnes-années, avec une nette prédominance chez les patients plus âgés8.

Fréquence en soins primaires

Attention aux dénominateurs : ils ne sont pas identiques d'une étude à l'autre

Fréquence des tendinopathies du membre inférieur en médecine générale Tendinopathies du membre inférieur : prévalence 11,83 et incidence 10,52 pour 1000 personnes-années. Tendinopathie du corps du tendon calcanéen : 1,85 pour 1000 patients inscrits, et 2,35 pour 1000 chez les adultes de 21 à 60 ans. Membre inférieur, prévalence 11,83 Membre inférieur, incidence 10,52 Achille, corps, tous âges 1,85 Achille, corps, 21 à 60 ans 2,35 0 5 10 taux pour 1 000

Sources : Albers IS et coll., BMC Musculoskelet Disord 2016 (PMID 26759254) pour les deux premières barres, exprimées pour 1 000 personnes-années ; de Jonge S et coll., Br J Sports Med 2011 (PMID 21926076) pour les deux dernières, exprimées pour 1 000 patients inscrits en soins primaires. Les dénominateurs diffèrent : les barres se lisent comme des ordres de grandeur, pas comme une comparaison directe. Aucune de ces séries n'isole la talalgie postérieure par conflit.

Le terrain métabolique pèse plus lourd que le cliché du sportif

C'est l'apport de l'enquête épidémiologique prospective de Giai Via et coll., publiée dans Clinical Journal of Sport Medicine en 2022, et c'est probablement la donnée la plus utile de ce chapitre9. Les auteurs ont analysé les radiographies de pied et de cheville de 433 sujets consultant en orthopédie ou aux urgences, en relevant l'âge, le sexe, l'indice de masse corporelle et les comorbidités.

Sur ces 433 sujets, 101, soit 23,3 %, présentaient une calcification d'insertion du tendon calcanéen sur la radiographie. Et 13 seulement, soit 3 %, étaient symptomatiques. L'écart entre l'image et la maladie est donc de l'ordre de un à huit : c'est le chiffre qu'il faut avoir en tête avant d'ouvrir un compte rendu de radiographie devant un patient.

L'analyse multivariée retrouve quatre prédicteurs indépendants de la calcification : l'âge, avec un odds ratio de 1,05 par année, le diabète (OR 2,95), l'hypercholestérolémie (OR 2,27) et l'hypothyroïdie (OR 3,32). Un indice de masse corporelle supérieur à 30 est associé à une fréquence plus élevée de calcifications, et les patients cumulant deux comorbidités ou plus ont un risque plus de dix fois supérieur.

Terrain métabolique et calcification d'insertion

Odds ratios ajustés pour la présence d'une calcification d'insertion du tendon calcanéen

Odds ratios des facteurs métaboliques Hypothyroïdie odds ratio 3,32 ; diabète 2,95 ; hypercholestérolémie 2,27 ; âge 1,05 par année. La ligne de référence correspond à un odds ratio de 1. OR = 1 Hypothyroïdie 3,32 Diabète 2,95 Hypercholestérolémie 2,27 Âge, par année 1,05 0 1 2 3 4 odds ratio

Source : Giai Via A, Oliva F, Padulo J, Oliva G, Maffulli N. Clin J Sport Med 2022;32(1):e68-e73 (PMID 32976122). Étude observationnelle prospective de niveau III sur 433 sujets. Les intervalles de confiance ne sont pas rapportés dans le résumé indexé et ne sont donc pas figurés ici. L'odds ratio de l'âge s'entend par année supplémentaire.

À retenir

  • Aucune donnée d'incidence ne porte spécifiquement sur la maladie de Haglund : les chiffres disponibles concernent le tendon calcanéen dans son ensemble.
  • Dans 65 % des cas vus en ville, aucun lien avec le sport n'est consigné. Le tableau n'est pas réservé au coureur.
  • Une calcification d'insertion est visible chez 23,3 % des talons radiographiés, et 3 % seulement font mal.
  • Hypothyroïdie, diabète et hypercholestérolémie sont associés à la calcification. Deux comorbidités ou plus multiplient le risque par plus de dix.
  • Conséquence pratique : devant une talalgie postérieure d'installation lente chez un patient de plus de 45 ans, la question du terrain métabolique fait partie de l'interrogatoire.

Comment distinguer les trois causes de talalgie postérieure à l'examen ?

Dans ce chapitre : le tableau différentiel des trois causes de talalgie postérieure, la topographie de palpation qui les sépare, un arbre décisionnel, les diagnostics qu'il ne faut pas manquer, et l'outil de mesure francophone validé.

Trois douleurs, trois topographies

La discrimination clinique repose d'abord sur un geste : où exactement le doigt réveille-t-il la douleur. Les trois lésions de la triade occupent trois plans différents à quelques millimètres les uns des autres, et cette proximité est la seule difficulté réelle de l'examen.

  • La bourse rétrocalcanéenne est en avant du tendon. On l'atteint par une pince entre pouce et index posés de part et d'autre du tendon, juste au-dessus du bord supérieur du calcanéum, en pressant vers l'avant. La douleur est alors bilatérale, médiale et latérale à la fois : c'est sa signature.
  • L'insertion tendineuse est en arrière et en bas, au contact de l'os. On la palpe sur la face postérieure du calcanéum, tendon détendu, cheville en flexion plantaire.
  • La proéminence de Haglund est en arrière et en haut, souvent postéro-latérale. Elle se voit autant qu'elle se palpe : relief, rougeur, parfois hyperkératose ou bursite superficielle au point exact où le contrefort appuie.

Un quatrième repère sert de contrôle : la douleur du corps du tendon siège 2 à 7 cm au-dessus de l'insertion, sur un épaississement fusiforme. Si c'est là que ça fait mal, le patient relève de l'article consacré à la tendinopathie d'Achille et non de celui-ci.

Tableau différentiel des trois causes de talalgie postérieure, avec la tendinopathie du corps du tendon en colonne de contrôle
CritèreConflit de HaglundBursite rétrocalcanéenneTendinopathie d'insertionCorps du tendon (page voisine)
Siège de la douleurPostéro-supérieur et souvent latéral, sur le relief osseuxProfond, en avant du tendon, au-dessus du bord supérieur du calcanéumAu point d'attache osseux, face postérieure du calcanéum2 à 7 cm au-dessus de l'insertion
Palpation qui reproduitPression directe sur la proéminencePince médiale et latérale, pression vers l'avant, douleur des deux côtésPression sur l'enthèse, tendon détenduPincement du corps du tendon, épaississement fusiforme
InspectionRelief visible, rougeur, hyperkératose au contact du contrefortComblement des gouttières péri-achilléennes, aspect pleinÉpaississement du talon d'aspect osseux, parfois calcification palpableTuméfaction fusiforme mobile avec le tendon
Ce qui aggraveUne chaussure précise, un contrefort rigide, un modèle neufFlexion dorsale forcée, accroupissement, descenteDépart après repos, montée, appui talon, course en côteDépart après repos, course, saut
Ce qui soulageChaussure ouverte à l'arrière, pieds nusÉviction de la flexion dorsale extrêmeTalonnette, sol plat, éviction du contrebasÉchauffement, charge progressive en pleine amplitude
Flexion dorsale passivePeu douloureuse si la chaussure est retiréeDouloureuse, c'est le test le plus discriminantDouloureuse en fin d'amplitudeHabituellement indolore
Imagerie utileRadiographie de profil en charge, pour la formeÉchographie ou IRM, pour l'épanchementRadiographie pour la calcification, IRM avant chirurgieÉchographie, mais l'imagerie n'est pas requise au diagnostic
Traitement de première intentionModifier la chaussureDécharger la flexion dorsale, puis charge progressiveCharge progressive à amplitude limitéeCharge progressive en pleine amplitude
Piège classiqueTraiter par l'exercice un problème de chaussureInfiltrer une bourse qui communique avec le tendonAppliquer le protocole du corps du tendonLimiter l'amplitude sans raison

La ligne la plus utile de ce tableau est l'avant-dernière. Le conflit de Haglund est la seule des trois causes dont le traitement de première intention n'est pas un exercice. C'est aussi celle où l'erreur coûte le plus cher, parce qu'un patient à qui l'on prescrit huit semaines de renforcement alors qu'il remet chaque matin la chaussure qui le blesse ne progressera pas, et conclura que la kinésithérapie ne marche pas.

Arbre décisionnel devant une douleur de l'arrière du talon

La première question n'est pas radiologique, elle est topographique

Arbre décisionnel de la talalgie postérieure Devant une douleur postérieure du talon, on écarte d'abord les drapeaux rouges, puis on localise la douleur. Au-dessus de deux centimètres de l'insertion, il s'agit du corps du tendon. À l'insertion même, on distingue par la palpation la bourse, l'enthèse et la proéminence osseuse, chacune ayant sa première intention thérapeutique. Écarter d'abord les drapeaux rouges rupture, fracture, infection, rhumatisme inflammatoire Où la palpation réveille-t-elle exactement la douleur ? 2 à 7 cm au-dessus de l'insertion Corps du tendon charge progressive, pleine amplitude À l'insertion ou juste au-dessus Pince médiale et latérale douloureuse Bourse Douleur sur l'os, tendon détendu Enthèse Bosse rouge, visible sous le contrefort Proéminence Décharger la flexion dorsale, puis charger Charge progressive, amplitude limitée Modifier la chaussure avant toute autre chose Les trois branches se cumulent souvent chez le même patient : traiter la plus douloureuse d'abord.

Proposition pédagogique de l'auteur, construite à partir des topographies décrites par Flores DV et coll., Radiographics 2024 (PMID 38512730) et Chen J et coll., J Am Acad Orthop Surg 2022 (PMID 35286285). Cet arbre n'est pas un algorithme validé et n'a fait l'objet d'aucune étude de performance diagnostique.

Ce qu'il ne faut pas manquer

Drapeaux rouges de la talalgie postérieure

  • Rupture du tendon calcanéen, y compris chronique. Perte de la flexion plantaire active, test de Thompson positif, encoche palpable. Le cas rapporté par Usman et coll. montre une patiente de 69 ans avec un gap de sept centimètres découvert neuf mois après une chute33. Une déformation de Haglund a été décrite comme cause de rupture, aiguë comme chronique3334.
  • Fracture de fatigue du calcanéum. Douleur osseuse focale, douleur à la percussion, saut sur un pied impossible, contexte de surcharge récente.
  • Rhumatisme inflammatoire. Talalgie bilatérale, réveils nocturnes, dérouillage matinal prolongé, atteinte axiale ou périphérique associée, psoriasis, uvéite, antécédents familiaux. La talalgie est un mode d'entrée classique des spondyloarthrites.
  • Infection. Bursite rétrocalcanéenne septique : fièvre, inflammation locale franche, contexte de plaie ou de geste local. Rare mais décrite chez le sportif jeune.
  • Douleur neuropathique du territoire sural : brûlure, dysesthésies, signe de Tinel sur le trajet nerveux.

Deux diagnostics de voisinage à connaître

Deux tableaux distincts se présentent avec une douleur postérieure de cheville et n'appartiennent pas à la triade.

Le conflit postérieur de cheville d'abord. La douleur y est plus profonde et plus antérieure, provoquée par la flexion plantaire forcée et non par la flexion dorsale, ce qui suffit souvent à trancher. La méta-analyse de prévalence de Ráfare et coll., portant sur 18 études et 17 626 chevilles, situe la prévalence de l'os trigone à 10,3 % (IC 95 % : 7 à 14,1 %), sans différence selon le sexe ni le côté28. Autrement dit, un os trigone est trouvé chez une cheville sur dix : le voir sur une radiographie ne prouve pas qu'il est en cause, exactement comme pour la déformation de Haglund.

L'apophysite calcanéenne ensuite, ou maladie de Sever, chez l'enfant et l'adolescent. La revue systématique de Nieto-Gil et coll., publiée dans BMJ Open en 2023, rassemble 11 études observationnelles et 1 265 participants d'âge moyen 10,72 ans30. Le facteur intrinsèque le plus étudié y est la limitation de la flexion dorsale de cheville, devant les pics de pression plantaire et les troubles d'alignement du pied. Les auteurs soulignent honnêtement le désaccord entre les études sur ce qui relève du facteur de risque, du facteur associé ou de la conséquence. Devant un talon douloureux chez un patient de moins de 15 ans, c'est ce diagnostic qu'il faut évoquer en premier, et non un Haglund.

Mesurer, pour pouvoir comparer

Le questionnaire VISA-A reste l'outil de référence de la sévérité clinique dans la pathologie du tendon calcanéen. Sa validation initiale, publiée par Robinson et coll. dans le British Journal of Sports Medicine en 2001, en a établi la validité et la fiabilité31. Une version française a été traduite et validée par l'équipe de Kaux à Liège en 201632 : c'est celle qu'il faut utiliser en pratique francophone, plutôt qu'une traduction improvisée en séance.

Deux réserves d'usage. Le VISA-A a été construit et validé pour la tendinopathie calcanéenne au sens large, sans distinguer insertion et corps du tendon : il mesure donc correctement l'évolution d'un patient, mais il ne dit pas laquelle des trois lésions s'améliore. Et il ne remplace pas une échelle numérique de douleur au geste précis qui gêne le patient, laquelle reste le meilleur guide de progression semaine après semaine.

À retenir

  • La discrimination est topographique avant d'être radiologique : bourse en avant du tendon, enthèse sur l'os, proéminence en arrière et en haut.
  • La pince médiale et latérale au-dessus du bord supérieur du calcanéum est le geste qui isole la bourse.
  • La flexion dorsale passive douloureuse oriente vers la bourse et l'insertion ; la flexion plantaire forcée douloureuse oriente vers un conflit postérieur de cheville.
  • Avant 15 ans, penser d'abord à l'apophysite calcanéenne.
  • Utiliser le VISA-A en version française validée, en sachant qu'il ne distingue pas les trois lésions.

Que valent vraiment les mesures radiographiques de la déformation ?

Dans ce chapitre : l'inventaire des mesures radiographiques proposées, ce que deux études cas-témoins indépendantes ont trouvé en les appliquant, pourquoi une bonne reproductibilité ne fait pas une bonne valeur diagnostique, et ce que la radiographie apporte réellement.

Un inventaire de mesures, et un aveu

La littérature a produit un nombre inhabituel d'indices pour quantifier la déformation de Haglund. L'article de Nischal et coll. paru dans Skeletal Radiology en 2023 en dresse la liste : angle de Fowler-Philip, pitch de Ruch, angle de Chauveaux-Liet, angle de pas calcanéen, lignes parallèles et rapport X/Y12. Et les auteurs ajoutent immédiatement, dans leur introduction, que la plupart de ces indices manquent de spécificité et ont une reproductibilité intra et inter-observateur variable.

Une équipe chirurgicale française et irlandaise va plus loin. Dans leur série de cinquante ostéotomies de Zadek publiée dans Foot and Ankle Surgery en 2022, Tourné et coll. écrivent qu'ils n'ont mesuré que le rapport X/Y et l'angle d'inclinaison calcanéenne, parce que les mesures radiographiques classiquement décrites dans le syndrome de Haglund ne sont pas fiables13. Quand les chirurgiens qui opèrent la déformation renoncent aux mesures qui la définissent, le clinicien qui reçoit le compte rendu peut s'autoriser la même prudence.

Deux études cas-témoins, un même résultat nul

Le résultat le plus important de ce chapitre a été publié en 2012 et n'a jamais été démenti depuis. Kang, Thordarson et Charlton ont comparé, dans Foot & Ankle International, 48 talons de patients souffrant d'une tendinopathie d'insertion à 50 talons témoins sans tendinopathie, sur radiographie de profil en charge10. Ils ont mesuré la hauteur et l'angle du pic de la déformation, l'angle de Böhler, l'angle de Fowler-Philip et le signe des lignes parallèles.

Aucune différence n'atteint la signification statistique. La hauteur moyenne de la déformation est de 9,6 mm chez les patients contre 9,0 mm chez les témoins ; l'angle du pic est de 105 degrés dans les deux groupes ; l'angle de Böhler et l'angle de Fowler-Philip sont comparables. Et le résultat qui retourne l'intuition : le signe des lignes parallèles est positif chez 60 % des témoins contre 41,7 % des patients douloureux. Le signe est donc plus fréquent chez les gens qui n'ont mal nulle part.

Onze ans plus tard, Lee, Giro et Crymes ont repris la question avec un nouveau système de mesure, sur 55 pieds appariés en âge et en sexe à 55 témoins11. Leur système présente une excellente reproductibilité intra et inter-observateur. Et il ne trouve, lui non plus, aucune différence : angle de la déformation de 6,0 degrés dans les deux groupes, hauteur de 3,3 mm contre 3,2 mm.

Talons douloureux contre talons témoins : ce que mesurent réellement les radiographies

Cinq mesures, deux études indépendantes, aucune différence significative

Comparaison des mesures radiographiques entre patients et témoins Hauteur de la déformation 9,6 millimètres chez les patients contre 9,0 chez les témoins ; angle du pic 105 degrés dans les deux groupes ; signe des lignes parallèles positif chez 41,7 pour cent des patients contre 60 pour cent des témoins ; angle de Haglund 6,0 degrés dans les deux groupes ; hauteur 3,3 contre 3,2 millimètres. Aucune différence n'est statistiquement significative. 9,6 9,0 Hauteur (mm) Kang 2012 105 105 Angle du pic (°) Kang 2012 41,7 60,0 Lignes parallèles + (%) Kang 2012 6,0 6,0 Angle Haglund (°) Lee 2023 3,3 3,2 Hauteur (mm) Lee 2023 Talons douloureux Talons témoins Témoins au-dessus

Chaque panneau est mis à l'échelle de sa propre unité : les hauteurs de barres ne se comparent qu'à l'intérieur d'un panneau. Sources : Kang S, Thordarson DB, Charlton TP. Foot Ankle Int 2012;33(6):487-491 (PMID 22735321), 48 talons douloureux contre 50 témoins. Lee W, Giro ME, Crymes C. Foot Ankle Int 2023;44(8):719-726 (PMID 37218117), 55 pieds contre 55 témoins appariés en âge et en sexe. Aucune des différences figurées n'atteint le seuil de signification statistique dans l'étude d'origine.

Alors qu'est-ce qui est associé à la tendinopathie d'insertion ?

La même étude de Lee et coll. répond, et c'est son apport principal. L'analyse de régression logistique multivariée identifie trois facteurs indépendants, aucun n'étant la taille de la déformation11 :

  • la calcification intratendineuse, avec un odds ratio de 55,67 (IC 95 % : 11,23 à 275,91) ;
  • l'épine calcanéenne postérieure, avec un odds ratio de 3,65 (IC 95 % : 1,06 à 12,53) ;
  • l'augmentation de l'angle de pas calcanéen, avec un odds ratio de 6,32.

L'intervalle de confiance de l'odds ratio de la calcification est très large, ce qui traduit un effectif modeste et impose de lire la valeur ponctuelle comme un ordre de grandeur et non comme une mesure de précision. Mais sa borne inférieure reste à 11,23 : l'association est solide dans sa direction, même si son ampleur est mal estimée. Kang et coll. observaient d'ailleurs une calcification à l'insertion chez 73 % de leurs patients douloureux10.

La radiographie ne dit pas si le talon fait mal. Elle dit s'il y a du calcium dans le tendon, et cela, c'est utile.

Une donnée que cet article n'utilise pas

Le résumé indexé de Lee et coll. rapporte, pour l'angle de pas calcanéen, la comparaison « 5,2 contre 23,1 degrés » en décrivant le groupe malade comme ayant l'angle le plus élevé. Les deux nombres sont incompatibles avec la phrase qui les introduit, et l'ordre de grandeur de 5,2 degrés est incompatible avec la définition usuelle de cet angle. Cette valeur n'est donc pas reprise ici : seul l'odds ratio de 6,32, cohérent avec le reste de l'analyse, est cité. Signaler une incohérence de source plutôt que la recopier fait partie du travail de vérification.

Reproductible ne veut pas dire discriminant

Il faut dire un mot de l'angle de BRINK, proposé par Nischal et coll. en 2023 comme une nouvelle mesure plus fiable12. L'étude compare 20 radiographies de chevilles porteuses d'une déformation à 100 radiographies normales. L'angle moyen est de 20,04 degrés (écart-type 4,88) dans la cohorte normale et de 25,1 degrés (écart-type 3,3) dans la cohorte Haglund, avec un p inférieur à 0,0001 et une excellente reproductibilité, kappa à 0,8.

Deux remarques s'imposent, et elles ne diminuent pas le mérite du travail. D'abord, une différence de moyennes de cinq degrés avec des écarts-types de 4,88 et 3,3 signifie que les deux distributions se chevauchent largement : un seuil placé entre les deux moyennes classerait mal une part importante des sujets de chaque groupe. Une différence significative entre deux moyennes n'est pas une capacité à trancher sur un individu, et c'est exactement la confusion que ce type de mesure encourage.

Ensuite, la cohorte Haglund a été constituée sur la présence de la déformation. L'étude établit donc que l'angle mesure bien la forme de l'os, de façon reproductible, ce qui est utile pour planifier une ostéotomie. Elle n'établit pas, et ne cherche pas à établir, qu'il prédit la douleur. Les auteurs le disent eux-mêmes en concluant que leur angle peut soutenir la décision chirurgicale.

Mesures radiographiques proposées dans la maladie de Haglund et ce que la littérature en établit
MesureCe qu'elle quantifieCe que la littérature en ditUsage raisonnable
Angle de Fowler-PhilipInclinaison de la face postérieure du calcanéumComparable entre talons douloureux et témoins10Descriptif seulement
Lignes parallèles (Pavlov)Saillie de la berge postéro-supérieurePositif chez 60 % des témoins contre 41,7 % des patients10À ne plus utiliser comme argument diagnostique
Hauteur et angle du picTaille de la proéminence9,6 contre 9,0 mm et 105 contre 105 degrés, non significatif10Descriptif seulement
Angle et hauteur de Haglund (Lee)Taille de la proéminence, méthode standardiséeExcellente reproductibilité, mais 6,0 contre 6,0 degrés11Fiable à mesurer, sans valeur diagnostique
Angle de BRINKForme de l'angle postéro-supérieurKappa 0,8, distributions largement chevauchantes12Planification chirurgicale
Angle de pas calcanéenInclinaison globale du calcanéumFacteur indépendant, OR 6,3211À relever, avec sa marge d'incertitude
Rapport X/Y (Tourné)Longueur du calcanéum plus que taille de la bosseCorrélé au résultat de l'ostéotomie de Zadek13Décision et planification chirurgicales
Calcification intratendineuseDépôt calcique dans le tendonFacteur indépendant, OR 55,67 (IC 11,23 à 275,91)11 ; présente chez 73 %10C'est ce qu'il faut regarder

Une nuance de terrain apportée par Tourné et coll. mérite d'être connue : le problème n'est pas toujours une grosse bosse, il est parfois un calcanéum trop long13. Les auteurs suggèrent que l'échec de certaines séries de débridement postérieur s'explique par le fait qu'on a réséqué une proéminence sans corriger la géométrie globale de l'os. C'est aussi ce qui explique le rationnel de l'ostéotomie, sur laquelle revient le chapitre chirurgical.

À retenir

  • Six indices radiographiques au moins ont été proposés ; la plupart manquent de spécificité et ont une reproductibilité variable, de l'aveu même de ceux qui en proposent de nouveaux.
  • Deux études cas-témoins indépendantes, à onze ans d'intervalle, ne trouvent aucune différence de taille de la déformation entre talons douloureux et talons sains.
  • Le signe des lignes parallèles est plus fréquent chez les témoins que chez les patients : il ne peut pas servir d'argument diagnostique.
  • Ce qui est associé à la tendinopathie d'insertion, c'est la calcification intratendineuse, l'épine postérieure et l'angle de pas calcanéen.
  • Une bonne reproductibilité n'est pas une valeur diagnostique : mesurer précisément une forme qui ne prédit pas la douleur ne fait pas avancer le diagnostic.
  • En pratique : dire au patient que sa radiographie montre une forme d'os fréquente, et que ce n'est pas elle qui décide du traitement.

Quelle imagerie de seconde intention, et pour répondre à quelle question ?

Dans ce chapitre : ce que l'échographie et l'IRM apportent réellement, la limite majeure du raisonnement « ça fait mal donc c'est enflammé », et la règle qui évite les examens inutiles.

La règle générale

Le diagnostic de talalgie postérieure est clinique. L'imagerie ne se demande que si sa réponse change la prise en charge. En pratique, trois situations la justifient : un doute sur un drapeau rouge, un échec du traitement conservateur bien conduit, et la préparation d'un geste chirurgical.

La revue iconographique de Radiographics de 2024 fournit la carte complète du talon en imagerie et rappelle que le diagnostic différentiel de la talalgie recouvre essentiellement les anomalies du tendon calcanéen, du calcanéum et du fascia plantaire1. C'est la référence à garder sous la main quand un compte rendu est difficile à interpréter.

L'échographie, et une leçon d'humilité

L'échographie visualise bien la bourse rétrocalcanéenne, l'épaississement de l'insertion, les calcifications et la néovascularisation en Doppler. Elle est disponible, peu coûteuse et dynamique. Le cas rapporté par Lotliker et coll. en 2024 souligne d'ailleurs son intérêt à la fois diagnostique et interventionnel dans les pathologies de cheville35.

Mais une étude rhumatologique danoise apporte une correction utile à l'usage qu'on en fait. Felbo et coll. ont exploré en échographie, avec le score OMERACT d'enthésite, 27 patients atteints de spondyloarthrite périphérique dont le talon était douloureux à la palpation29. Résultat : des signes échographiques d'enthésite inflammatoire n'ont été trouvés que chez 48 % d'entre eux, et une activité Doppler chez 19 % seulement. Chez 26 %, l'échographie a identifié une autre pathologie inflammatoire, tendinite, arthrite ou bursite.

Autrement dit : dans une population où l'enthésite est la lésion attendue, un talon douloureux à la palpation n'est une enthèse enflammée qu'une fois sur deux. La sensibilité douloureuse d'un point n'est pas un diagnostic tissulaire, et l'échographie sert justement à ne pas s'en contenter. C'est un argument pour l'imagerie, pas contre elle, mais un argument qui suppose qu'on accepte d'être contredit.

L'IRM

L'IRM reste l'examen le plus complet pour caractériser la dégénérescence tendineuse, l'œdème osseux du calcanéum, l'épanchement de la bourse et l'état du corps adipeux de Kager. Elle se justifie principalement avant une décision chirurgicale : c'est ainsi que Tourné et coll. l'ont utilisée dans leur série, pour évaluer l'état de l'extrémité distale du tendon avant ostéotomie13.

Le corollaire vaut d'être dit au patient : trouver des anomalies IRM sur un talon douloureux ne surprend personne, et en trouver sur un talon indolore non plus. C'est le même raisonnement que pour la radiographie, avec une résolution supérieure et donc un risque de sur-interprétation supérieur.

À retenir

  • L'imagerie ne se demande que si sa réponse change quelque chose : drapeau rouge, échec du traitement, préparation chirurgicale.
  • La radiographie de profil en charge répond à une question utile : y a-t-il une calcification d'insertion.
  • L'échographie voit la bourse et le tendon, et rappelle qu'un point douloureux n'est pas toujours le tissu qu'on croit.
  • L'IRM se réserve au bilan préchirurgical et aux situations diagnostiques difficiles.

Pourquoi le chaussage est-il le premier traitement, et comment le prescrire ?

Dans ce chapitre : le mécanisme qui fait de la chaussure une cause et non un détail, ce que la talonnette fait réellement, le niveau de preuve réel de ces mesures, et comment les prescrire concrètement.

Le contrefort est un instrument de compression

Le raisonnement est simple et il est mécanique. La proéminence postéro-supérieure du calcanéum est recouverte de peau, d'une bourse superficielle et parfois du bord du tendon. Le contrefort d'une chaussure, cette pièce rigide qui enveloppe l'arrière du talon, appuie exactement à cet endroit. Plus il est haut et rigide, plus il appuie haut, c'est-à-dire sur le sommet de la proéminence.

Ce conflit-là ne se règle pas par un exercice, pour la même raison qu'on ne rééduque pas une ampoule : tant que la source de la friction reste en place, le tissu continue de recevoir la contrainte qui l'irrite. La synthèse de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons consacrée à la prise en charge de la tendinopathie d'insertion place d'ailleurs la modification du chaussage et l'adaptation de l'activité en tête des options conservatrices, avant la kinésithérapie, les infiltrations et les ondes de choc23.

Le niveau de preuve, dit honnêtement

La modification du chaussage est recommandée par les revues de synthèse et par le consensus clinique, mais elle n'a fait l'objet d'aucun essai contrôlé randomisé dans cette indication. Elle repose sur un raisonnement mécanique cohérent et sur l'expérience, pas sur une démonstration d'efficacité. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas la faire : c'est peu coûteux, sans risque et immédiatement réversible. Cela veut dire qu'il faut la présenter au patient pour ce qu'elle est, et ne pas lui reprocher son échec comme s'il s'agissait d'un traitement établi.

Ce qu'on demande concrètement au patient

La consigne utile n'est pas « changez de chaussures », qui ne veut rien dire, mais une série de vérifications précises.

  • Identifier la chaussure coupable. Demander au patient d'apporter les trois paires qu'il porte le plus. Chercher la marque du contrefort sur la peau, la zone de brillance sur la doublure, la corrélation avec les journées douloureuses. Une talalgie postérieure qui a commencé trois semaines après l'achat d'une paire dit tout.
  • Préférer un contrefort souple ou une chaussure ouverte à l'arrière pendant la phase douloureuse. Sabot, mule, chaussure de sécurité à talon ouvert quand la profession le permet.
  • Évider le contrefort plutôt que changer de chaussure quand celle-ci est imposée : une découpe en U dans la doublure, ou l'ajout d'un anneau de mousse évidé, décharge le sommet de la proéminence.
  • Délacer le haut et supprimer le nœud du dernier œillet, qui plaque le contrefort contre le talon.
  • Contrôler à quinze jours. Si la douleur au contact a disparu et que seule reste la douleur d'insertion à la charge, le diagnostic s'est affiné tout seul.

La talonnette : ce qu'elle fait, ce qu'elle ne fait pas

Une talonnette surélève le calcanéum et met la cheville en légère flexion plantaire. Elle réduit donc la flexion dorsale atteinte au cours du pas, et par là la compression du tendon contre l'angle postéro-supérieur. C'est le même mécanisme que celui décrit par le travail cadavérique de Malagelada et coll., qui a montré la montée de pression en flexion dorsale terminale4.

Deux limites doivent être posées. D'abord, une talonnette ne modifie pas le conflit avec le contrefort : elle peut même l'aggraver en remontant le talon dans la chaussure, donc en déplaçant le point d'appui du contrefort vers le haut. Chez un patient dont la douleur est d'abord un conflit de chaussage, la talonnette est le mauvais outil.

Ensuite, l'article voisin sur la tendinopathie d'Achille le rappelle pour le corps du tendon : le soulagement est transitoire et la talonnette doit être retirée progressivement. Le même principe vaut ici. Une talonnette n'est pas un traitement, c'est un outil de décharge temporaire qui rend l'exercice possible, et l'exercice est le traitement.

À retenir

  • Le contrefort de la chaussure appuie exactement sur la proéminence : c'est une cause mécanique, pas un détail de confort.
  • La modification du chaussage est en tête des options conservatrices dans les revues de synthèse, mais elle n'a aucun essai randomisé derrière elle. Le dire.
  • Faire apporter les chaussures en consultation. C'est plus informatif qu'une radiographie.
  • La talonnette réduit la compression en limitant la flexion dorsale, mais elle peut aggraver le conflit avec le contrefort : ce n'est pas le même problème.
  • Contrôler à quinze jours : ce qui reste après le changement de chaussure est ce qu'il faut rééduquer.

Comment charger un tendon à son insertion sans réveiller le conflit ?

Dans ce chapitre : l'étude qui a fait basculer la pratique en montrant que la pleine amplitude échouait, le protocole détaillé, ce qui se transpose et ce qui ne se transpose pas depuis le corps du tendon, et le modèle de suivi de la douleur qui autorise à continuer de courir.

L'étude qui a changé la consigne

C'est l'article de Jonsson, Alfredson, Sunding, Fahlström et Cook, publié dans le British Journal of Sports Medicine en 2008, et il faut en connaître le détail14. Point de départ des auteurs : l'entraînement excentrique douloureux, où le patient charge le tendon jusqu'en flexion dorsale complète, donne de bons résultats dans la tendinose du corps du tendon, mais 32 % seulement de bons résultats cliniques dans la tendinopathie d'insertion.

Ils ont donc testé un nouveau modèle, sans mise en charge en flexion dorsale. Vingt-sept patients, douze hommes et quinze femmes d'âge moyen 53 ans, pour 34 tendons douloureux depuis 26 mois en moyenne. Protocole : 3 séries de 15 répétitions, deux fois par jour, sept jours sur sept, pendant douze semaines.

Au suivi, à quatre mois en moyenne, 18 patients sur 27, soit 67 %, correspondant à 23 tendons sur 34, étaient satisfaits et revenus à leur activité antérieure. Leur douleur à l'effort sur échelle visuelle analogique est passée de 69,9 à 21,0 (p < 0,001). Les neuf patients non satisfaits, soit 11 tendons, ont tout de même vu leur douleur baisser de 77,5 à 58,1 (p < 0,01).

Ce que cette étude n'établit pas

C'est une étude pilote sans groupe témoin, sur 27 patients, avec un suivi court. Elle ne démontre pas la supériorité du protocole à amplitude limitée : elle montre un résultat encourageant dans un groupe où le protocole classique donnait 32 %. La comparaison entre les deux chiffres met en regard deux populations différentes, et non deux bras d'un même essai. La revue systématique de Wiegerinck et coll. va dans le même sens en concluant que l'excentrique en pleine amplitude montre une faible satisfaction des patients comparé aux exercices au niveau du sol15, mais aucun essai randomisé n'a depuis comparé directement les deux amplitudes. C'est, à ce jour, la principale lacune de la littérature sur ce sujet.

Le principe, en une phrase

Au corps du tendon on cherche l'amplitude ; à l'insertion on cherche la charge, et on renonce à l'amplitude.

La raison est celle du premier chapitre : à l'insertion, le tendon subit une compression contre l'os qui croît avec la flexion dorsale4. Descendre le talon en contrebas d'une marche, geste emblématique du protocole d'Alfredson pour le corps du tendon, revient à écraser volontairement la zone lésée à chaque répétition. Ce qui est le traitement dans un cas est l'agression dans l'autre.

Le protocole en pratique

Phase 1, semaines 1 à 2 : installer la charge sans provoquer

  • Isométrie en flexion plantaire, pied à plat ou légèrement surélevé au talon, 5 séries de 30 à 45 secondes, une à deux fois par jour, à une intensité qui ne dépasse pas 3 sur 10.
  • Aucune amplitude en flexion dorsale au-delà de la position neutre. Pas de contrebas de marche, pas d'étirement du triceps en fente avant.
  • Talonnette de 10 à 15 mm dans les chaussures de ville si la marche quotidienne réveille la douleur.
  • Vérifier le chaussage. Cette phase ne sert à rien si le contrefort continue d'appuyer.

Phase 2, semaines 3 à 8 : la charge concentrique et excentrique au sol

  • Montée sur pointes bipodale puis unipodale, réalisée au sol, en s'arrêtant à la position neutre à la descente. Le talon ne descend jamais plus bas que le sol.
  • Progression de charge : bipodal, puis unipodal, puis unipodal avec sac à dos lesté.
  • Volume de référence du protocole publié : 3 × 15, deux fois par jour14. Un volume plus faible mais tenu vaut mieux qu'un volume théorique abandonné à la troisième semaine.
  • Ajouter le travail du genou fléchi pour solliciter le soléaire, en gardant la même limite d'amplitude.

Phase 3, semaines 9 à 12 et au-delà : charge lourde et retour à l'activité

  • Passage à une charge lourde et lente, 3 à 4 séries de 6 à 8 répétitions, trois fois par semaine, toujours sans dépasser la position neutre tant que la douleur en flexion dorsale persiste.
  • Réintroduction progressive de l'amplitude complète seulement si la flexion dorsale passive est devenue indolore.
  • Reprise du pliométrique et de la course en dernier, avec la règle des 24 heures : la douleur du lendemain matin ne doit pas dépasser celle de la veille.
  • Poursuite du renforcement pendant au moins trois mois après la disparition de la douleur.

Progression de charge à l'insertion, et ce qui la distingue du corps du tendon

L'amplitude de flexion dorsale reste bridée tant que la compression est douloureuse

Progression de charge en trois phases pour la tendinopathie d'insertion Phase 1 des semaines 1 à 2 : isométrie sans flexion dorsale. Phase 2 des semaines 3 à 8 : montées sur pointes au sol en s'arrêtant à la position neutre. Phase 3 des semaines 9 à 12 : charge lourde et lente, puis réintroduction de l'amplitude complète seulement si la flexion dorsale est indolore. La bande d'amplitude autorisée reste bridée pendant les deux premières phases. PHASE 1 . SEMAINES 1 À 2 Isométrie 5 × 30 à 45 s, intensité ≤ 3/10 talonnette si besoin PHASE 2 . SEMAINES 3 À 8 Montées sur pointes 3 × 15, deux fois par jour, au sol bipodal, unipodal, puis lesté PHASE 3 . SEMAINES 9 À 12 Charge lourde et lente 3 à 4 × 6 à 8, 3 fois par semaine puis pliométrie et course Amplitude de flexion dorsale autorisée bridée à la position neutre, jamais de contrebas libérée si indolore Ce que fait la page voisine et pas celle-ci au corps du tendon, le contrebas de marche est le geste de référence : ici c'est l'agression à éviter

Volumes et fréquence repris du protocole publié par Jonsson P et coll., Br J Sports Med 2008 (PMID 18184750). Le découpage en trois phases, les charges de la phase 3 et les critères de passage sont une proposition éditoriale appuyée sur ce protocole et sur les principes de charge progressive de Beyer R et coll., Am J Sports Med 2015 (PMID 26018970) ; ils n'ont pas été évalués tels quels dans un essai.

Ce qui se transpose depuis le corps du tendon, et ce qui ne se transpose pas

Deux résultats obtenus sur le corps du tendon éclairent la pratique à l'insertion, à condition d'annoncer l'extrapolation.

L'essai randomisé de Beyer et coll. publié dans l'American Journal of Sports Medicine en 2015 a comparé, chez 58 patients atteints de tendinopathie du corps du tendon depuis plus de trois mois, l'excentrique classique à un protocole de charge lourde et lente sur douze semaines20. Les deux groupes s'améliorent significativement, et le maintiennent à 52 semaines, sans différence entre eux. En revanche, la compliance était de 92 % dans le groupe charge lourde contre 78 % dans le groupe excentrique (p < 0,005), et la satisfaction à 12 semaines de 100 % contre 80 % (p = 0,052). Ce qui se transpose ici n'est donc pas une supériorité d'efficacité, c'est un argument d'observance : une charge lourde trois fois par semaine est mieux suivie qu'un excentrique biquotidien.

L'essai de Silbernagel et coll. de 2007, également sur la tendinopathie calcanéenne, a testé le modèle de suivi de la douleur : 38 patients répartis entre un groupe autorisé à continuer la course et le saut sous surveillance de la douleur et un groupe mis au repos actif six semaines21. Aucune différence entre les groupes, et les deux s'améliorent nettement, le VISA-A-S passant de 57 à 85 et de 57 à 91 à douze mois. Conclusion : aucun effet délétère du maintien de l'activité sous surveillance de la douleur.

Ce résultat est précieux en consultation, parce qu'il permet de ne pas arrêter un coureur. Il faut cependant préciser que cette étude ne portait pas spécifiquement sur les formes d'insertion, et qu'un patient dont la douleur est réveillée par le conflit avec la chaussure ou par la flexion dorsale demande d'abord qu'on retire cette contrainte, avant qu'on discute du volume de course.

Ce que dit la synthèse la plus récente

La méta-analyse en réseau de Ko et coll., publiée dans BMC Musculoskeletal Disorders en 2023, est la synthèse la plus complète des traitements non chirurgicaux spécifiquement dédiés à la tendinopathie d'insertion16. Elle rassemble 9 essais randomisés et 464 participants. Le classement place en tête l'association exercice excentrique et thérapie des tissus mous, avec une valeur SUCRA de 84,8 et un rang moyen de 1,9.

Les auteurs concluent pourtant, et il faut le citer intégralement, que la confiance globale dans les traitements non chirurgicaux issus de tous les essais inclus était très faible et qu'aucune recommandation du meilleur traitement ne peut être formulée à partir de cette revue. Neuf essais, 464 patients : c'est l'ensemble de la base de preuves randomisées sur une pathologie qui occupe des milliers de séances par an.

Le vide qu'il faut connaître

La recommandation de pratique clinique de référence pour le tendon calcanéen, publiée par l'Academy of Orthopaedic Physical Therapy dans le JOSPT en décembre 2024, s'intitule « Midportion Achilles Tendinopathy Revision » et couvre explicitement la prévalence, les facteurs de risque, le diagnostic, l'imagerie et les interventions de kinésithérapie de la tendinopathie du corps du tendon22. La forme d'insertion, et a fortiori le syndrome de Haglund, n'entrent pas dans son périmètre. Il n'existe donc à ce jour aucune recommandation de pratique clinique couvrant le tableau traité par cet article. Appliquer le guide du corps du tendon à une insertion douloureuse n'est pas suivre la recommandation, c'est l'étendre hors de son champ déclaré.

À retenir

  • En pleine flexion dorsale, l'excentrique n'obtient que 32 % de bons résultats à l'insertion ; 67 % sans mise en charge en flexion dorsale, dans une étude pilote sans témoin.
  • Le geste à proscrire est le contrebas de marche. Tout se fait au niveau du sol tant que la flexion dorsale est douloureuse.
  • La charge lourde et lente vaut l'excentrique au corps du tendon, avec une meilleure observance : un argument transposable, pas une preuve.
  • Le patient peut continuer à courir sous surveillance de la douleur, une fois la contrainte de conflit retirée.
  • La base de preuves randomisées propre à l'insertion tient en 9 essais et 464 patients, de confiance très faible.
  • Aucune recommandation de pratique clinique ne couvre ce tableau : le guide JOSPT 2024 porte sur le corps du tendon.

Les ondes de choc et les infiltrations tiennent-elles leurs promesses ?

Dans ce chapitre : le renversement de preuve sur les ondes de choc entre 2013 et 2025, le signal de sécurité des infiltrations de corticoïde, et un tableau des modalités par niveau de preuve.

Les ondes de choc : ce que les revues disaient, ce que les essais ont montré

C'est un cas d'école du renversement de preuve, et il mérite d'être raconté dans l'ordre.

2013. La revue systématique de Wiegerinck et coll. conclut que les ondes de choc paraissent efficaces chez les patients atteints de tendinopathie d'insertion non calcifiée, et qu'elles sont supérieures à l'abstention comme à un programme excentrique15.

2021. La revue systématique de Zhi et coll., portant sur 23 études, conclut que les preuves disponibles favorisent les ondes de choc ou leur association à l'excentrique17.

La même année 2021, un essai randomisé en double aveugle contre placebo paraît dans le Journal of Bone and Joint Surgery. Mansur et coll. ont inclus 119 patients atteints de tendinopathie d'insertion, répartis entre excentrique plus ondes de choc radiales et excentrique plus ondes de choc factices, trois séances toutes les deux semaines et trois mois d'exercice18. Résultat sur le critère principal, le VISA-A à 24 semaines : 63,2 dans le groupe traité contre 62,3 dans le groupe placebo, p = 0,876. Aucune différence sur aucun critère secondaire. La conclusion des auteurs est sans ambiguïté : les ondes de choc ne potentialisent pas les effets du renforcement excentrique.

Deux résultats secondaires méritent d'être connus car ils vont en sens contraire : le groupe ondes de choc a montré un taux d'échec plus élevé, 38,3 % contre 11,5 % (p = 0,002), mais un taux de récidive plus bas, 17,0 % contre 34,6 % (p = 0,047). Aucune complication n'a été rapportée dans l'un ou l'autre groupe.

2025. L'essai randomisé de Alsulaimani, Perraton, Vallance, Powers et Malliaras paraît dans Clinical Rehabilitation19. Soixante-seize personnes, symptômes évoluant depuis plus de trois mois, trois séances d'ondes de choc radiales ou de placebo ajoutées à une éducation et à un exercice identiques dans les deux bras. À douze semaines, la différence entre groupes sur le VISA-A est de 4,6 points (IC 95 % : −2,5 à 11,6), c'est-à-dire compatible avec l'absence d'effet. Aucune différence non plus à six semaines, ni sur aucun critère secondaire. Aucun effet indésirable grave.

Deux essais de niveau I, quatre ans d'écart, deux équipes indépendantes, deux continents : ajoutées à un exercice bien conduit, les ondes de choc n'apportent rien de mesurable.

La lecture raisonnable n'est pas que les ondes de choc « ne marchent pas », mais qu'elles n'ajoutent rien à un programme d'exercice correctement mené. C'est une nuance qui compte : les revues favorables de 2013 et 2021 comparaient souvent les ondes de choc à des comparateurs faibles. Quand le comparateur devient un exercice bien conduit dans les deux bras, la différence disparaît.

Les infiltrations de corticoïde

Le raisonnement anatomique du premier chapitre trouve ici sa conséquence clinique. Turmo-Garuz et coll. ont rapporté dans Musculoskeletal Surgery en 2014 le cas de trois patients ayant présenté une rupture combinée du tendon calcanéen et du complexe gastrocnémien-soléaire six mois après une infiltration de corticoïde pour bursite rétrocalcanéenne24. Pour comprendre le mécanisme, ils ont injecté un contraste coloré dans la bourse de trois pièces cadavériques : une connexion entre la bourse et les fibres antérieures et distales du tendon a été retrouvée dans tous les cas.

Ce travail rejoint celui de Pękala et coll. décrit plus haut, qui documente la même communication sur vingt pièces et désigne la portion antéro-inférieure du tendon comme une zone de faiblesse5.

Ce que ces données établissent, et ce qu'elles n'établissent pas

Trois cas cliniques et deux séries cadavériques ne démontrent pas une relation causale, et les auteurs eux-mêmes formulent une hypothèse. Il ne s'agit donc pas d'affirmer que l'infiltration rompt les tendons, mais de constater qu'il existe un mécanisme anatomique plausible, documenté deux fois indépendamment, et des cas rapportés compatibles. Face à un bénéfice symptomatique transitoire et non démontré sur le long terme, cela suffit à peser dans la balance, en particulier chez le sportif et chez le patient qui va reprendre une charge élevée. La décision appartient au prescripteur ; le rôle du kinésithérapeute est de connaître ce signal et de savoir l'exposer.

Modalités et niveau de preuve dans la talalgie postérieure par conflit

Appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, sur les sources citées dans cet article

Niveaux de preuve des modalités thérapeutiques Exercice en charge progressive à amplitude limitée : preuve faible, une étude pilote et une méta-analyse en réseau de confiance très faible. Modification du chaussage : preuve très faible, aucun essai, raisonnement mécanique. Ondes de choc en ajout de l'exercice : preuve modérée contre, deux essais randomisés concordants sans bénéfice. Infiltration de corticoïde dans la bourse : preuve très faible, signal de sécurité défavorable. Chirurgie après échec : preuve faible, séries sans essai randomisé. Exercice en charge progressive, amplitude de flexion dorsale limitée Traitement de fond de la forme d'insertion. C'est l'option la mieux soutenue. FAIBLE Modification du chaussage et décharge du contrefort Aucun essai contrôlé. Raisonnement mécanique, coût nul, réversible : à faire, en le disant. TRÈS FAIBLE Talonnette temporaire Décharge la compression en limitant la flexion dorsale. Outil transitoire, pas un traitement. TRÈS FAIBLE Ondes de choc EN AJOUT d'un exercice bien conduit Deux essais randomisés de niveau I, 2021 et 2025, concordants : aucun bénéfice ajouté sur le VISA-A. MODÉRÉE CONTRE Infiltration de corticoïde dans la bourse rétrocalcanéenne Bénéfice symptomatique possible, mais la bourse communique avec les fibres antérieures du tendon. SIGNAL DÉFAVORABLE Appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, et non une évaluation GRADE publiée.

Construit à partir de Jonsson 2008 (PMID 18184750), Wiegerinck 2013 (PMID 23052113), Ko 2023 (PMID 36750789), Zhi 2021 (PMID 33785026), Mansur 2021 (PMID 34029235), Alsulaimani 2025 (PMID 39704142), Chen 2022 (PMID 35286285), Pękala 2017 (PMID 28765268) et Turmo-Garuz 2014 (PMID 24222527). Les niveaux figurés sont une appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, et non une évaluation GRADE publiée.

À retenir

  • Les revues de 2013 et 2021 favorisaient les ondes de choc ; les essais randomisés de 2021 et 2025 ne retrouvent aucun bénéfice ajouté à l'exercice.
  • VISA-A à 24 semaines : 63,2 contre 62,3, p = 0,876. À 12 semaines dans le second essai : 4,6 points (IC 95 % : −2,5 à 11,6).
  • La bourse communique avec les fibres antérieures du tendon, retrouvé sur deux séries cadavériques indépendantes.
  • Trois cas de rupture combinée à six mois d'une infiltration ont été rapportés. Association, pas causalité démontrée, mais mécanisme plausible.
  • Ce qui reste : l'exercice, la charge, et la chaussure.

Quand la chirurgie devient-elle raisonnable, et laquelle ?

Dans ce chapitre : le seuil de recours, les trois familles de techniques et leurs résultats comparés, le paradoxe de la résection de la bosse, et le rôle du kinésithérapeute après l'intervention.

Le seuil

La chirurgie s'envisage après échec d'un traitement conservateur bien conduit, ce qui suppose que ce traitement ait effectivement comporté une modification du chaussage, un programme de charge progressive à amplitude limitée tenu plusieurs mois, et la correction des facteurs contributifs. La revue de l'American Academy of Orthopaedic Surgeons pose cette séquence23, tout comme la méta-analyse de Yuen et coll., qui rappelle que la chirurgie est indiquée chez les patients symptomatiques après échec d'une période de traitement conservateur incluant antalgiques, kinésithérapie et adaptation de l'activité et du chaussage26.

La durée exacte n'est fixée par aucune donnée. Six mois est le délai le plus souvent retenu en pratique ; ce n'est pas une donnée établie mais un usage.

Trois familles de techniques

La calcanéoplastie, ouverte ou endoscopique. Elle consiste à réséquer la proéminence postéro-supérieure, exciser la bourse et débrider le tendon pathologique. La revue systématique de Yuen et coll. a analysé 20 articles gradés par niveau de preuve et conclut que les deux voies sont efficaces, avec un avantage à l'endoscopie sur la durée opératoire, le taux de complications et le résultat esthétique26. La revue systématique d'Alessio-Mazzola et coll., publiée dans Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy en 2021, va dans le même sens et conclut que la calcanéoplastie endoscopique donne de meilleurs résultats fonctionnels, un taux de complications plus bas et une récupération plus courte que les procédures ouvertes27.

L'ostéotomie de Zadek. C'est une ostéotomie de soustraction dorsale du calcanéum, qui ne réséque pas la bosse mais modifie la géométrie de l'os pour éloigner l'angle postéro-supérieur du tendon. La méta-analyse de Poutoglidou et coll., parue dans Foot and Ankle Surgery en 2023, rassemble 10 études et 232 patients : les scores fonctionnels et les niveaux de douleur s'améliorent significativement (p < 0,00001), et les 22 complications rapportées ont toutes été considérées comme mineures, principalement des infections superficielles de cicatrice et des paresthésies du nerf sural25. Les auteurs concluent que la technique est sûre et efficace, tout en soulignant qu'aucun essai randomisé bien conçu ne la compare aux autres traitements chirurgicaux.

La série de Tourné et coll. apporte le versant explicatif : sur 50 patients suivis en moyenne 7 ans, 40, soit 80 %, ont un excellent résultat, et ce résultat correspond à la modification pré et postopératoire des mesures géométriques, en particulier du rapport X/Y13. C'est ce qui soutient l'idée que la cible n'est pas toujours la bosse, mais la forme générale de l'os.

Les gestes tendineux associés : débridement et réinsertion du tendon, transfert du long fléchisseur de l'hallux quand la perte tendineuse est importante, allongement des gastrocnémiens23. Ces gestes se rencontrent surtout dans les formes évoluées et dans les ruptures, comme l'illustrent les cas cliniques du chapitre suivant.

Le paradoxe de la bosse

Les deux études cas-témoins du chapitre radiographique tirent, chacune de son côté, une conclusion chirurgicale qui mérite d'être connue des rééducateurs. Kang et coll. écrivent qu'ils pensent qu'il est possible que la résection de la déformation de Haglund ne soit pas nécessaire dans le traitement chirurgical de la tendinopathie d'insertion10. Lee et coll., onze ans plus tard, concluent que la taille réelle de la déformation, mesurée de façon fiable, n'étant pas associée à la tendinopathie d'insertion, une résection systématique de la déformation pourrait être inutile11.

Deux équipes indépendantes, deux méthodologies, une même conclusion : la structure la plus visible n'est pas nécessairement celle qu'il faut retirer. La question reste ouverte et n'a pas été tranchée par un essai, mais elle explique pourquoi les approches qui modifient la géométrie plutôt que de raboter la saillie ont gagné du terrain.

Après l'opération

Le kinésithérapeute reprend la main. Les principes ne changent pas : décharge initiale selon la consigne chirurgicale, retour progressif à la charge, et prudence particulière sur la flexion dorsale, d'autant plus si le tendon a été désinséré et réinséré. Les délais varient considérablement selon la technique et selon qu'un geste tendineux a été associé : ils se prennent auprès de l'opérateur, jamais dans un protocole générique. La revue d'Alessio-Mazzola et coll. rappelle que la récupération est plus courte après voie endoscopique27, ce qui est une information utile à donner au patient avant sa décision.

À retenir

  • La chirurgie vient après un traitement conservateur réellement conduit, chaussage compris. Le délai de six mois est un usage, pas une donnée.
  • La calcanéoplastie endoscopique donne de meilleurs résultats fonctionnels et moins de complications que la voie ouverte, sur deux revues systématiques.
  • L'ostéotomie de Zadek améliore significativement douleur et fonction sur 232 patients, avec 22 complications toutes mineures, mais aucun essai randomisé comparatif.
  • Deux études indépendantes suggèrent que réséquer systématiquement la proéminence pourrait être inutile.
  • En postopératoire, la flexion dorsale reste le paramètre à surveiller, et les délais se prennent auprès de l'opérateur.

Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Dans ce chapitre : quatre observations publiées et vérifiées, choisies pour couvrir quatre profils que tout cabinet rencontre, et ce que chacune apprend en pratique.

Une rupture chronique révélée neuf mois après la chute, mais douloureuse avant

Une femme de 69 ans consulte pour une difficulté à mobiliser la jambe gauche et une déformation apparue après une chute survenue neuf mois plus tôt. Point capital de l'observation : la douleur avait débuté trois mois avant l'accident. L'examen retrouve une interruption de sept centimètres et un test de Thompson positif. La radiographie de cheville montre une déformation de Haglund du calcanéum gauche. Le diagnostic retenu est celui de rupture totale chronique du tendon calcanéen, traitée par transfert du long fléchisseur de l'hallux et résection de la déformation. Une semaine après l'intervention, la marche et la forme du membre étaient améliorées.

Ce que ce cas apprend : la déformation peut agir comme un mécanisme d'usure chronique et préparer la rupture. La chronologie rapportée, douleur avant traumatisme, est exactement celle que l'interrogatoire doit chercher. Et une rupture peut passer neuf mois inaperçue chez une personne âgée.

Usman MA, Murtaza B, Winangun PAN, Kennedy D. Medicina (Kaunas) 2022;58(9):1216. PMID 36143893

Un handballeur professionnel, une récidive de rupture sur déformation douloureuse

Un joueur de handball professionnel de 39 ans présente une récidive de rupture du tendon calcanéen sur une déformation de Haglund volumineuse et douloureuse. Le traitement a associé un débridement tendineux et une réinsertion par système d'ancrage. Les auteurs rappellent en introduction que la déformation de Haglund conduit fréquemment à une bursite rétrocalcanéenne ainsi qu'à un épaississement et une inflammation du tendon, association qu'ils désignent comme le syndrome de Haglund.

Ce que ce cas apprend : le sportif de haut niveau porteur d'une déformation symptomatique n'est pas dans la même situation que le porteur asymptomatique. La distinction entre forme et syndrome, posée au premier chapitre, prend ici toute sa valeur pronostique.

Madi S, Hillrichs B. J Foot Ankle Surg 2022;61(2):410-413. PMID 34961680

Un enseignant de 60 ans, trois ans de douleur, aucun sport en cause

Un enseignant de 60 ans souffre du talon gauche depuis trois ans et ne peut ni se tenir debout ni marcher plus de quinze minutes. Le diagnostic retenu est celui de maladie de Haglund. L'équipe de médecine de la douleur a proposé des injections échoguidées visant les branches superficielles du nerf sural, avec un soulagement durable rapporté. Les auteurs soulignent que l'étiologie de la maladie de Haglund reste mal connue, et citent parmi les causes probables un tendon calcanéen tendu, un pied creux et une composante héréditaire.

Ce que ce cas apprend : le profil le plus fréquent en cabinet n'est pas le coureur, c'est l'adulte de la cinquantaine dont la douleur est ancienne et le retentissement fonctionnel majeur. Le retentissement s'évalue en minutes de station debout, pas en kilomètres de course. La technique décrite reste toutefois un cas isolé, rapporté par une équipe de médecine de la douleur, et n'a valeur ni de recommandation ni de preuve d'efficacité.

Lotliker SD, Verma S, Bhalla A, Shah M, Mekewar S, Sharma A. J Orthop Case Rep 2024;14(2):12-17. PMID 38420222

Une calcification massive, trente ans après une chirurgie d'enfance

Un homme de 36 ans présente une douleur et un gonflement progressifs de l'insertion du tendon calcanéen gauche. Il a été opéré d'un allongement du tendon calcanéen dans l'enfance. L'imagerie montre des dépôts calciques multifocaux volumineux dans le tendon. La chirurgie a associé un débridement complet des lésions calcifiées, une résection de la déformation de Haglund et un transfert du long fléchisseur de l'hallux. L'histologie retrouve une dégénérescence myxoïde, une néovascularisation et du tissu ossifié mature. À trois mois, la douleur, la fonction et l'amplitude étaient nettement améliorées.

Ce que ce cas apprend : la tendinopathie calcifiante d'insertion touche habituellement des sujets plus âgés, et son apparition chez un adulte jeune doit faire chercher un antécédent local36. C'est un rappel que l'anamnèse chirurgicale ancienne, souvent oubliée par le patient parce qu'elle date de l'enfance, fait partie du bilan.

Li Z, Wei W, Yao Z, Zhao F. BMC Musculoskelet Disord 2025;26(1):1078. PMID 41316219

Ce que les quatre observations disent ensemble

  • Trois des quatre patients ont été opérés, ce qui reflète le biais de publication des cas cliniques : ce sont les formes graves et atypiques qui se publient, pas les formes qui guérissent en rééducation.
  • Dans deux cas sur quatre, la déformation était associée à une rupture du tendon.
  • Dans le cas de la patiente de 69 ans, la douleur a précédé le traumatisme de trois mois. Une talalgie postérieure ancienne chez un sujet âgé mérite un examen du tendon, pas seulement du talon.
  • Deux des quatre patients n'avaient aucune pratique sportive rapportée, ce qui rejoint les 65 % de cas sans lien sport consigné en médecine générale7.

Comment appliquer tout cela dès lundi matin ?

Dans ce chapitre : la consultation en quatre temps, les phrases qui aident le patient à comprendre son imagerie, et les critères qui doivent conduire à réorienter.

La consultation en quatre temps

Un. Localiser. Faire déshabiller le talon, inspecter, puis palper dans l'ordre : corps du tendon d'abord, puis pince médiale et latérale au-dessus du bord supérieur du calcanéum, puis insertion tendon détendu, puis relief postéro-supérieur. Noter ce qui reproduit exactement la douleur du patient. Tester la flexion dorsale passive, puis la flexion plantaire forcée. Ce temps dure trois minutes et il détermine tout le reste.

Deux. Faire apporter les chaussures. C'est le geste qui distingue une prise en charge de talalgie postérieure d'une prise en charge de tendinopathie ordinaire. Chercher la marque du contrefort, la zone de brillance, la corrélation chronologique avec l'achat d'une paire.

Trois. Interroger le terrain. Âge, indice de masse corporelle, diabète, dyslipidémie, dysthyroïdie, traitements en cours. Ces éléments ne changent pas la rééducation, mais ils changent le pronostic annoncé et peuvent justifier un courrier au médecin traitant9.

Quatre. Poser la ligne de base. VISA-A en version française validée32, échelle numérique sur le geste qui gêne le plus, et durée de station debout tolérée. Trois chiffres, notés, à refaire à six semaines.

Ce qu'on dit au patient qui arrive avec sa radiographie

C'est probablement la situation la plus fréquente, et la plus mal gérée. Le patient arrive avec un compte rendu mentionnant une « exostose de Haglund » et il a compris qu'il a une excroissance osseuse qu'il faudra retirer.

Trois formulations utiles

  • « Cette forme d'os est fréquente, et on la retrouve aussi souvent chez des gens qui n'ont jamais mal au talon. » C'est exactement ce que montrent les deux études cas-témoins1011.
  • « Ce n'est pas la forme de l'os qui décide du traitement, c'est ce qui est irrité autour. » Cela ouvre la discussion sur la chaussure et la charge plutôt que sur la chirurgie.
  • « Le premier traitement, c'est votre chaussure, et on va la regarder ensemble. » Cela transforme une fatalité anatomique en un problème modifiable, ce qui est vrai et ce qui est mobilisateur.

Quand réorienter

  • Immédiatement devant un drapeau rouge : suspicion de rupture, de fracture, d'infection, ou tableau évoquant un rhumatisme inflammatoire.
  • Vers le médecin traitant si l'interrogatoire fait apparaître un terrain métabolique non suivi.
  • Vers le chirurgien après un traitement conservateur réellement conduit et sans effet, ce qui suppose que le chaussage ait été traité et que le programme de charge ait été tenu plusieurs mois.
  • Vers le rhumatologue devant une talalgie bilatérale avec dérouillage matinal prolongé et réveils nocturnes.

À retenir

  • Trois minutes de palpation ordonnée valent mieux qu'une imagerie de première intention.
  • Faire apporter les chaussures est le geste spécifique de cette pathologie.
  • Poser trois chiffres à la première séance : VISA-A français, échelle numérique sur le geste gênant, minutes de station debout.
  • Devant une radiographie : dire que la forme de l'os est fréquente et qu'elle ne décide pas du traitement.
  • Ne pas laisser passer plus de six semaines sans réévaluer les trois chiffres de départ.

Questions fréquentes

Maladie de Haglund et bursite rétrocalcanéenne, est-ce la même chose ?

Non, mais les deux vont souvent ensemble, et c'est pourquoi cet article les traite dans une seule page. La maladie de Haglund désigne la proéminence osseuse postéro-supérieure du calcanéum. La bursite rétrocalcanéenne désigne l'inflammation de la bourse séreuse située entre cette zone et le tendon. La proéminence peut provoquer la bursite par conflit, mais on peut avoir l'une sans l'autre. Quand la déformation, la bursite et la tendinose d'insertion sont réunies, on parle de syndrome de Haglund1.

Faut-il faire une radiographie devant une douleur de l'arrière du talon ?

Pas systématiquement. Elle est utile pour chercher une calcification d'insertion, qui est le seul élément radiographique associé de façon robuste à la tendinopathie d'insertion11, et pour écarter une lésion osseuse en cas de doute. Elle ne l'est pas pour mesurer la taille de la bosse, puisque cette taille ne diffère pas entre talons douloureux et talons sains1011.

Pourquoi ne faut-il pas descendre le talon en contrebas de marche ?

Parce que la flexion dorsale augmente la compression du tendon contre l'angle postéro-supérieur du calcanéum, ce qui a été mesuré directement sur pièces cadavériques4. Le protocole excentrique en pleine amplitude, qui donne de bons résultats au corps du tendon, n'obtenait que 32 % de bons résultats à l'insertion ; le même travail réalisé sans mise en charge en flexion dorsale en obtenait 67 %14.

Combien de temps faut-il pour aller mieux ?

Le protocole publié dure douze semaines, et son évaluation a eu lieu à quatre mois en moyenne14. Il faut donc annoncer un horizon de trois à quatre mois, et prévenir que la durée moyenne des symptômes avant consultation dans cette même série était de 26 mois : les patients arrivent souvent tard. Il est plus honnête d'annoncer un délai long et une amélioration progressive qu'une guérison en six séances.

Les ondes de choc valent-elles la peine ?

Ajoutées à un programme d'exercice bien conduit, deux essais randomisés indépendants, en 2021 et en 2025, n'ont retrouvé aucun bénéfice supplémentaire1819. Les revues systématiques antérieures leur étaient favorables, mais leurs comparateurs étaient souvent plus faibles. Si l'accès en est simple et que le patient le souhaite, le risque paraît nul ; il ne faut simplement pas en attendre ce que l'exercice apporte.

Une infiltration peut-elle être proposée ?

C'est une décision médicale, mais il faut connaître le signal de sécurité. Deux études cadavériques indépendantes ont montré que la bourse rétrocalcanéenne communique avec les fibres antérieures du tendon524, et trois cas de rupture combinée du tendon et du complexe gastrocnémien-soléaire six mois après infiltration ont été rapportés24. Il ne s'agit pas d'une causalité démontrée, mais d'un mécanisme plausible documenté deux fois.

Mon patient a une déformation visible mais ne souffre pas. Faut-il faire quelque chose ?

Non. Une déformation de Haglund isolée et asymptomatique n'appelle aucun traitement : elle est présente chez des sujets sans aucune douleur, dans des proportions équivalentes à celles des patients1011. Le conseil raisonnable se limite au choix des chaussures, pour éviter que le contrefort n'installe un conflit.

Faut-il arrêter la course ?

Pas nécessairement. L'essai de Silbernagel et coll. a montré qu'un maintien de la course et du saut sous modèle de suivi de la douleur n'entraînait aucun effet délétère par rapport à un repos actif de six semaines21. La priorité reste toutefois de retirer d'abord la contrainte de conflit, chaussure comprise ; poursuivre la course avec la chaussure qui blesse n'a pas de sens.

Quelle différence avec la tendinopathie d'Achille classique ?

La tendinopathie du corps du tendon siège 2 à 7 cm au-dessus de l'insertion, subit surtout des contraintes de tension, et se traite en pleine amplitude, contrebas de marche compris. La talalgie postérieure par conflit siège à l'insertion et au-dessus, subit en plus une compression contre l'os, et se traite à amplitude bridée. Le détail de la première est traité dans l'article consacré à la tendinopathie d'Achille.

Et chez l'enfant ou l'adolescent ?

Une douleur postérieure du talon avant 15 ans évoque d'abord une apophysite calcanéenne, ou maladie de Sever, et non un syndrome de Haglund. La revue systématique de Nieto-Gil et coll. rassemble 11 études et 1 265 participants d'âge moyen 10,72 ans, et identifie la limitation de la flexion dorsale de cheville comme le facteur intrinsèque le plus étudié30.

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Note méthodologique

Les 36 références de cet article ont été recherchées par l'API E-utilities du NCBI, en croisant maladie de Haglund, bursite rétrocalcanéenne et tendinopathie d'insertion du tendon calcanéen avec l'anatomie, l'épidémiologie, l'imagerie, les mesures radiographiques, l'exercice, les ondes de choc, les infiltrations et la chirurgie. Chaque identifiant a été résolu et chaque résumé lu avant citation.

Limite principale : la base de preuves randomisées propre à la forme d'insertion tient en neuf essais et 464 patients, dont la confiance globale a été jugée très faible par la méta-analyse en réseau la plus récente. Aucune recommandation de pratique clinique ne couvre le tableau traité ici, la référence du domaine portant explicitement sur le corps du tendon. Les niveaux de preuve du graphique des modalités sont une appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, et non une évaluation GRADE publiée. Le protocole en trois phases reprend les volumes publiés par Jonsson et coll. mais son découpage et ses critères de passage sont une proposition éditoriale non évaluée telle quelle.

Deux données ont été écartées en cours de travail. La première est la comparaison d'angle de pas calcanéen rapportée dans le résumé indexé de Lee et coll., dont les deux valeurs contredisent la phrase qui les introduit ; seul l'odds ratio correspondant est cité. La seconde concerne les longueurs fœtales du travail de Shaw et coll. sur l'organe d'enthèse, dont la séquence publiée comporte une incohérence de série : seule la composition de l'organe d'enthèse, qui ne dépend pas de ces valeurs, est reprise ici. Article rédigé le 15 août 2026.

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