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Kinesitherapie · Epaule de l adulte

La tendinopathie du long biceps brachial MAJ 2026

En bref

La tendinopathie du long biceps brachial (LHB) est une atteinte essentiellement dégénérative du tendon, avec désorganisation des fibres de collagène et néovascularisation, ce qui justifie d'abandonner le terme de « tendinite ». Elle est rarement isolée : plus de 90 % des cas s'associent à une pathologie de la coiffe des rotateurs, et sa prévalence à l'IRM augmente d'environ 4 % par année d'âge. Le diagnostic clinique repose sur une batterie de tests (le cluster Upper Cut plus palpation étant le plus précis), non sur un test isolé. Le traitement conservateur est la première ligne, maintenu au moins 12 semaines, avec un exercice global de l'épaule en charge progressive.

Synthese clinique fondee sur le Delphi international McDevitt 2022, le scoping review BMC 2023, les donnees prospectives Clin Orthop 2025 et les meta-analyses Cook & Purdam, Hegedus, Coombes.

Diagnostic Traitement conservateur Athlete overhead Evidence-based
>90%
Associee a une lesion de la coiffe
Synthese scoping review BMC 2023
+4%/an
Prevalence IRM par decennie d age
Clin Orthop Relat Res 2025
61
interventions PT recommandees
Delphi McDevitt 2022 (29 experts)

Synthese clinique

  • La tendinopathie du long biceps brachial (LHB) est principalement degenerative, rarement isolee : plus de 90 % des cas s associent a une pathologie de la coiffe des rotateurs (scoping review BMC 2023).
  • La prevalence augmente d environ 4 % par annee d age sur IRM de l epaule symptomatique (Clin Orthop Relat Res 2025, n=500 epaules).
  • Les facteurs de risque dominants sont le vieillissement, les sports overhead (lancer, natation, tennis, volley), le conflit sous-acromial et l instabilite gleno-humerale.
  • La physiopathologie suit le continuum de Cook & Purdam (BJSM 2009) : phase reactive reversible, puis tendon remanie, puis degeneratif avec risque de rupture.
  • Le diagnostic clinique repose sur une batterie de tests et non un test isole (Hegedus BJSM 2012) : Upper Cut + palpation gouttiere donnent en parallele la meilleure precision.
  • Le diagnostic differentiel cible le sous-scapulaire (Belly-press, Lift-off), les lesions SLAP (Biceps Load II, sens 89,7 % / spec 96,9 %) et le piegeage du nerf supra-scapulaire.
  • L imagerie de premiere ligne est l echographie dynamique (stabilite tendineuse) ; l arthro-IRM reste le gold standard pour le bilan complet.
  • Classer les lesions en zone A (extra-articulaire), zone B (poulie/jonction) ou zone C (intra-articulaire / SLAP) oriente la strategie therapeutique.
  • Le traitement conservateur est la premiere ligne et doit etre maintenu au moins 12 semaines (consensus McDevitt 2022).
  • Le programme d exercice doit etre global : coiffe des rotateurs, controle scapulaire, biceps en mise en charge progressive (isometrique → HSR → pliometrique).
  • Les injections de corticoides (Coombes 2010, Lancet) ameliorent la douleur a court terme mais peuvent etre deleteres a long terme. Les ondes de choc sont prometteuses pour la coiffe associee (Brindisino 2024).
  • L education du patient, la gestion de la charge et l auto-efficacite sont des determinants majeurs du resultat clinique (Chester BJSM 2018, n=1030).
  • La tendinopathie LHB est tres souvent un signal d alarme d un dysfonctionnement global de l epaule : traiter le biceps seul est voue a l echec.
  • Le retour au sport est guide par des criteres fonctionnels (force > 90 % cote controlateral, mobilite complete, tests specifiques) et non par un delai fixe.
  • Les cas complexes (hourglass biceps de Boileau 2004, lesion irreparable de la poulie) repondent mal au conservateur et relevent de la tenotomie ou tenodese.
  • La douleur anterieure de l epaule peut imiter d autres pathologies : toujours rechercher SLAP, sous-scapulaire, piegeage du nerf supra-scapulaire et radiculopathie C5-C6.
  • Le retour de la pratique fondee sur les preuves se heurte au manque de temps et aux croyances cliniciennes : strategies d implementation actives requises (audit, feedback, formation interactive).

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux a connaitre sur la tendinopathie du long biceps brachial ?
    1. Comment definir cette pathologie, qui est touche et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le corps et comment la tendinopathie du long biceps brachial evolue-t-elle ?
  2. Comment evaluer et diagnostiquer la tendinopathie du long biceps brachial avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques realiser et quelles autres pathologies faut-il ecarter ?
    3. Faut-il classifier les patients souffrant de tendinopathie du long biceps brachial ?
  3. Quelles sont les strategies de traitement les plus efficaces pour la tendinopathie du long biceps brachial ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hierarchie des interventions recommandees ?
    2. Quelle est la place de l exercice et existe-t-il une approche superieure ?
    3. Therapies manuelles, technologies : quelle est leur reelle efficacite ?
    4. Au-dela du physique : comment eduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?
  4. Le biceps, victime ou coupable ? Comprendre le couplage avec la coiffe des rotateurs.
    1. Pourquoi plus de 90 % des tendinopathies LHB sont-elles associees a la coiffe ?
    2. Comment evaluer l athlete overhead : strategie de stratification ?
  5. Comment assurer une recuperation durable et prevenir les recidives ?
    1. Comment rendre le patient acteur de sa guerison grace a l auto-gestion ?
    2. Quand et comment planifier un retour securise au sport et aux activites ?
  6. Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur la tendinopathie du long biceps brachial ?
    1. Cas 1 : jeune volleyeur, tendinopathie isolee (Inglis 2024).
    2. Cas 2 : defi diagnostique - piegeage du nerf supra-scapulaire.
    3. Cas 3 : hourglass biceps de Boileau et rupture spontanee.
  7. Comment appliquer concretement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels de sante faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les resultats et surmonter les obstacles a l implementation ?

Quels sont les fondamentaux à connaître sur la tendinopathie du long biceps brachial ?

Dans ce chapitre : définition contemporaine et terminologie (LHB / LHBT), épidémiologie réactualisée (Clin Orthop 2025, scoping review BMC 2023), facteurs de risque dominants, physiopathologie du continuum de Cook & Purdam (BJSM 2009) et trajectoire naturelle.

Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?

La tendinopathie du long biceps brachial, abrégée LHB ou LHBT dans la littérature anglo-saxonne, correspond à une atteinte essentiellement dégénérative du tendon dans sa portion intra-articulaire et bicipitale, avec désorganisation des fibres de collagène, augmentation de la substance fondamentale et néovascularisation. L'histopathologie ne montre que peu ou pas d'inflammation aiguë, ce qui justifie d'abandonner le terme historique de « tendinite ».¹ ²

La pathologie est rarement isolée. Un scoping review publié en 2023 dans BMC Musculoskeletal Disorders conclut que la grande majorité des atteintes du long biceps coexiste avec une pathologie de la coiffe des rotateurs, et les séries chirurgicales rapportent une comorbidité allant jusqu'à 93 % des cas.² ³ On distingue classiquement la tendinopathie primaire (conflit mécanique direct dans la gouttière bicipitale) et la tendinopathie secondaire, beaucoup plus fréquente, qui découle de l'instabilité ou des lésions des structures adjacentes.

Une étude prospective publiée dans Clinical Orthopaedics and Related Research en 2025 (n = 500 épaules adultes symptomatiques, âge moyen 55 ans, 49 % d'hommes) a quantifié pour la première fois l'effet de l'âge : la prévalence des anomalies du long biceps sur IRM augmente d'environ 4 % par année d'âge et reste fortement liée à la tendinopathie concomitante de la coiffe.⁴ Cette donnée recentre la lecture clinique : la tendinopathie du LHB est avant tout un marqueur de la dégénérescence globale du complexe sous-acromial. 🧓

>90 %Comorbidité coiffe (scoping review BMC 2023)
+4 %/anPrévalence IRM par âge (Clin Orthop 2025)
55 ansÂge moyen population symptomatique IRM
3 zonesA extra-art / B poulie / C intra-art (Gilmer/Itoi)

📊 Augmentation linéaire de la prévalence IRM par décennie d'âge

Tendinopathie du LHB sur IRM d'épaule symptomatique : modélisation +4 %/an (Clin Orthop Relat Res 2025)

Prevalence tendinopathie LHB par decennie age progression lineaire 100% 75% 50% 25% 0% ~15 % 30-39 ~25 % 40-49 ~45 % 50-59 ~60 % 60-69 ~75 % ≥ 70

Estimations linéarisées à partir des données rapportées par Long Head of Biceps Tendinopathy Is Associated With Age and Cuff Tendinopathy on MRI. Clin Orthop Relat Res. 2025;483(5). PMID 39679662.

Les facteurs de risque peuvent être classés en deux catégories :

  • Extrinsèques : sports overhead répétitifs (lancer, natation, tennis, volleyball, haltérophilie), augmentation brutale de charge d'entraînement, conflit sous-acromial, instabilité gléno-humérale antérieure et travail manuel répétitif sus-le-toit.⁵ ⁶
  • Intrinsèques : zone d'hypovascularisation relative dans la portion intra-articulaire (zone critique de Refior & Sowa décrite en 1995), morphologie de la gouttière bicipitale (peu profonde, surplomb épineux médial), faiblesse du sous-scapulaire, dyskinésie scapulaire, vieillissement et statut hormonal (post-ménopause).⁵ ⁷ ⁸
La tendinopathie du long biceps n'est pas une maladie isolée du tendon : c'est le symptôme d'un déséquilibre mécanique global de l'épaule, dont l'âge et la coiffe des rotateurs sont les principaux déterminants.

Que se passe-t-il dans le corps et comment la tendinopathie du long biceps brachial évolue-t-elle ?

La physiopathologie suit le modèle du continuum proposé par Cook & Purdam en 2009 dans le British Journal of Sports Medicine, modèle qui structure encore aujourd'hui la lecture clinique des tendinopathies de tous les sites.⁹ Trois stades :

  1. Tendinopathie réactive : réponse proliférative non inflammatoire à une surcharge aiguë. Le tendon s'épaissit transitoirement pour réduire le stress. Stade réversible si la charge est gérée.⁹ 📈
  2. Tendon remanié (dysrepair) : tentative de guérison désorganisée, augmentation des protéoglycanes, séparation des fibres, néovascularisation et innervation accrue contribuant à la chronicisation.²
  3. Tendinopathie dégénérative : changements structuraux irréversibles, apoptose cellulaire, désorganisation collagène marquée. Risque accru de rupture partielle ou complète.⁹ ¹⁰ 📉

L'évolution naturelle non traitée tend vers la chronicité dans une fraction substantielle des cas, avec aggravation des lésions de la coiffe associées, fragilisation tendineuse et risque de rupture spontanée (manifestation classique : « signe de Popeye »). Inversement, lorsqu'une rupture complète survient sur tendinopathie évoluée, les conséquences fonctionnelles sont souvent modestes (perte de 8-20 % de force en supination et flexion du coude selon les séries) car le court chef et le supinator compensent partiellement.¹¹

À ne pas manquer dans l'évaluation initiale

  • Douleur nocturne non mécanique, fièvre, perte de poids inexpliquée → pathologie tumorale ou infectieuse (Finucane 2020).
  • Déficit neurologique distal, paresthésies du membre supérieur → radiculopathie C5-C6, syndrome du défilé thoraco-brachial.
  • Rupture spontanée chez un patient < 40 ans sans contexte de charge → bilan systémique (sportif avec REDs, hypothyroïdie, prise prolongée de corticoïdes).
  • Antécédent de luxation gléno-humérale → suspecter lésion combinée poulie + sous-scapulaire.

À retenir

  • La tendinopathie du LHB est dégénérative, rarement isolée et fortement associée (> 90 %) à la pathologie de la coiffe.
  • La prévalence sur IRM augmente d'environ 4 % par année d'âge (Clin Orthop 2025).
  • Le continuum de Cook & Purdam (BJSM 2009) reste le cadre de référence pour comprendre la trajectoire.
  • Sans gestion adaptée, l'évolution se fait vers la chronicité, la perte de fonction, voire la rupture spontanée.
Bibliographie : Chapitre 1
  1. Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. Br J Sports Med. 2009;43(6):409-416. PMID 18812414.
  2. Diplock B, Hing W, Marks D. The long head of biceps at the shoulder: a scoping review. BMC Musculoskelet Disord. 2023;24(1):232. PMID 36978047.
  3. Krupp RJ, Kevern MA, Gaines MD, Kotara S, Singleton SB. Long head of the biceps tendon pain: differential diagnosis and treatment. J Orthop Sports Phys Ther. 2009;39(2):55-70. doi:10.2519/jospt.2009.2802.
  4. Levy DM, Cole BJ, Bach BR Jr, et al. Long Head of Biceps Tendinopathy Is Associated With Age and Cuff Tendinopathy on MRI Obtained for Evaluation of Shoulder Pain. Clin Orthop Relat Res. 2025;483(5):858-866. PMID 39679662.
  5. Varacallo M, Seaman TJ, Mair SD. Biceps Tendon Dislocation and Instability. In: StatPearls. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2023. NBK534850.
  6. Nho SJ, Strauss EJ, Lenart BA, et al. Long head of the biceps tendinopathy: diagnosis and management. J Am Acad Orthop Surg. 2010;18(11):645-656. PMID 21041799.
  7. Refior HJ, Sowa D. Long tendon of the biceps brachii: sites of predilection for degenerative lesions. J Shoulder Elbow Surg. 1995;4(6):436-440. PMID 8665288.
  8. Boileau P, Ahrens P, Hatzidakis A. Entrapment of the long head of the biceps tendon: the hourglass biceps — a cause of pain and locking of the shoulder. J Shoulder Elbow Surg. 2004;13(3):249-257. PMID 15111893.
  9. Andres BM, Murrell GA. Treatment of tendinopathy: what works, what does not, and what is on the horizon. Clin Orthop Relat Res. 2008;466(7):1539-1554. PMID 18446422.
  10. Cardoso TB, Pizzari T, Kinsella R, Hope D, Cook JL. Current trends in tendinopathy management. Best Pract Res Clin Rheumatol. 2019;33(1):122-140. PMID 31431267.
  11. Hsu AR, Ghodadra NS, Provencher MT, Lewis PB, Bach BR. Biceps tenotomy versus tenodesis: a review of clinical outcomes and biomechanical results. J Shoulder Elbow Surg. 2011;20(2):326-332. PMID 21167741.

Comment évaluer et diagnostiquer la tendinopathie du long biceps brachial avec certitude ?

Dans ce chapitre : anamnèse ciblée, batterie de tests cliniques (Upper Cut, Speed, Yergason, Belly-press, Biceps Load II), diagnostic différentiel rigoureux (SLAP, sous-scapulaire, nerf supra-scapulaire) et stratification des lésions selon les zones anatomiques (A / B / C).

Le diagnostic de la tendinopathie du LHB est avant tout un diagnostic de corrélation : la douleur antérieure de l'épaule est non spécifique et la fiabilité des tests cliniques pris isolément est limitée.¹ ² La meilleure stratégie associe une anamnèse soigneuse, une batterie d'au moins deux à trois tests provoquant la douleur dans la gouttière bicipitale, des manœuvres de diagnostic différentiel, et, si nécessaire, une imagerie ciblée.

Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?

L'interrogatoire doit explorer plusieurs axes 🤔 :

  • Topographie : douleur antérieure pré-deltoïdienne, classiquement dans la gouttière bicipitale, parfois irradiée vers le biceps brachial.³
  • Mécanisme : début progressif (overuse, sport overhead) vs déclenchement aigu (effort en supination contre résistance, traumatisme).
  • Bruits articulaires : claquements (popping) ou ressauts lors de rotations gléno-humérales → suspecter instabilité du tendon, lésion de la poulie ou rupture du sous-scapulaire.⁴
  • Aggravation : mouvements au-dessus de la tête, port de charge, supination contre résistance, dormir sur le côté atteint.
  • Antécédents : luxations gléno-humérales, traumatismes, infiltrations antérieures, sports overhead chroniques, métier manuel.
  • Drapeaux jaunes : kinésiophobie, faible auto-efficacité, attente péjorative, Chester 2018 (BJSM, n = 1030) a démontré que ces variables psychologiques sont des prédicteurs plus forts du résultat de kinésithérapie que l'examen clinique structurel.⁵

Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?

La méta-analyse de référence de Hegedus (BJSM 2012, mise à jour 2017) a conclu qu'aucun test isolé n'a une valeur diagnostique suffisante pour confirmer ou exclure une atteinte du LHB.¹ ² La stratégie raisonnable est de combiner plusieurs tests et la palpation. Une étude diagnostique récente sur population chirurgicale (Erickson 2019) a confirmé qu'en cluster, l'Upper Cut + la palpation donnent les meilleures caractéristiques (sensibilité 88 % en parallèle, spécificité 93 % en série).⁶ ⁷

TestDescriptionSensibilitéSpécificitéNiveau de preuve
Palpation gouttière bicipitaleSensibilité locale en RM 10° + supination~ 53 %~ 54 %CEBM 2b
SpeedFlexion antérieure contre résistance, coude étendu, avant-bras supiné~ 32-50 %~ 75 %CEBM 2b
YergasonSupination contre résistance, coude à 90°~ 32-43 %~ 79-83 %CEBM 2b
Upper CutMouvement explosif vers le haut contre résistance, poing au menton~ 73 %~ 78 %CEBM 2b
Cluster Upper Cut + PalpationParallèle / série~ 88 %~ 93 %CEBM 2a (cluster)
Biceps Load IITest SLAP type II (Kim 2001)89,7 %96,9 %CEBM 1b
Belly-press / Lift-off (sous-scapulaire)Recherche de rupture du sous-scapulaire associée~ 40-87 %~ 92-98 %CEBM 2b

Diagnostic différentiel : étape non négociable 🎯

La forte prévalence des pathologies concomitantes impose une démarche structurée :

  • Rupture du sous-scapulaire : le tendon forme le toit de la poulie bicipitale ; sa rupture est la cause mécanique majeure d'instabilité du LHB. Le Belly-press et le Lift-off sont à réaliser systématiquement.⁸
  • Lésion SLAP (ancre bicipitale) : le Biceps Load II (Kim 2001, n = 127) reste le test isolé le plus performant (sens 89,7 %, spéc 96,9 %).⁹
  • Conflit sous-acromial : Neer et Hawkins-Kennedy peuvent provoquer une douleur référée dans la gouttière sans atteinte primaire du LHB.
  • Piégeage du nerf supra-scapulaire à l'échancrure spino-glénoïdienne : douleur postéro-latérale possiblement antérieure, faiblesse de la rotation externe, atrophie infra-épineuse. À évoquer si échec inattendu du traitement conservateur.¹⁰
  • Radiculopathie C5-C6 : douleur cervico-brachiale, déficit moteur ou sensitif, Spurling positif.

🔀 Arbre décisionnel diagnostique simplifié

Douleur antérieure de l'épaule chez l'adulte non traumatique

Arbre decisionnel douleur anterieure epaule LHB Douleur anterieure epaule (palpation gouttiere + au moins 1 test biceps positif) Tests sous-scapulaire (Belly-press, Lift-off) + tests SLAP (Biceps Load II) Sous-scap + / SLAP + → IRM / arthro-IRM, avis chirurgical Tests differentiels negatifs → Echographie dynamique, prise en charge PT Tenodese / tenotomie selon age, activite, lesion associee Exercice + education + MT Reevaluation a 12 semaines

Adapté de Diplock 2023 (scoping review), McDevitt 2022 (Delphi) et van Deurzen 2020 (SR/MA sur tenodèse).

Imagerie

  • Échographie dynamique : examen de première intention. Évalue l'épaississement, la ténosynovite, la subluxation à la rotation. Opérateur-dépendante.¹¹ ¹²
  • IRM : sensibilité 67-94 %, spécificité 75-100 % selon la lésion ; reste le gold standard pour le bilan global (LHB + coiffe + labrum + os).¹³
  • Arthro-IRM : utile en cas de suspicion de lésion SLAP ou de poulie réfractaire.

Faut-il classifier les patients souffrant de tendinopathie du long biceps brachial ?

Oui : la classification améliore la communication interprofessionnelle, oriente le traitement et affine le pronostic. Un scoping review publié en 2025 (PMID 40606699) a recensé l'ensemble des systèmes existants (Walch, Habermeyer, Lafosse, Boileau, Itoi, Bennett) et a proposé un nouveau classement arthroscopique à 4 stades (A : normal, B : érythème, C : effilochage, D : atteinte labrale).¹⁴

Pour la pratique clinique kinésithérapique, la classification fonctionnelle par zone anatomique est la plus opérationnelle :

  1. Zone A. Extra-articulaire (gouttière bicipitale) : tendinopathie, ténosynovite. Bonne réponse au traitement conservateur (exercice, MT, éducation).
  2. Zone B. Jonction / Poulie : lésion de la poulie de réflexion (Habermeyer / Bennett), souvent associée à une rupture partielle du sous-scapulaire et du supra-épineux. Cause d'instabilité (subluxation, dislocation). Traitement souvent chirurgical.¹⁵
  3. Zone C. Intra-articulaire : lésion SLAP, atteinte de l'ancre bicipitale. Stratégie dépendante de l'âge, de l'activité et de la sévérité.
Sortir du diagnostic générique de « tendinite du biceps » et nommer la zone (A, B ou C) est la première étape pour proposer une stratégie thérapeutique pertinente.

À retenir

  • Le diagnostic clinique repose sur une batterie de tests et non un test isolé (Hegedus 2012).
  • Le cluster Upper Cut + palpation offre la meilleure précision (sens ≈ 88 %, spéc ≈ 93 % en série).
  • Toujours rechercher une rupture du sous-scapulaire (Belly-press, Lift-off) et une lésion SLAP (Biceps Load II : sens 89,7 %, spéc 96,9 %).
  • L'échographie dynamique évalue la stabilité ; l'IRM/arthro-IRM reste le gold standard pour le bilan complet.
  • Classer par zone anatomique (A / B / C) oriente la stratégie thérapeutique.
Bibliographie : Chapitre 2
  1. Hegedus EJ, Goode AP, Cook CE, et al. Which physical examination tests provide clinicians with the most value when examining the shoulder? Update of a systematic review with meta-analysis of individual tests. Br J Sports Med. 2012;46(14):964-978. PMID 22773322.
  2. Hegedus EJ, Cook C, Lewis J, Wright A, Park JY. Combining orthopedic special tests to improve diagnosis of shoulder pathology. Phys Ther Sport. 2015;16(2):87-92. PMID 25892379.
  3. Nho SJ, Strauss EJ, Lenart BA, et al. Long head of the biceps tendinopathy: diagnosis and management. J Am Acad Orthop Surg. 2010;18(11):645-656. PMID 21041799.
  4. Habermeyer P, Magosch P, Pritsch M, et al. Anterosuperior impingement of the shoulder as a result of pulley lesions: a prospective arthroscopic study. J Shoulder Elbow Surg. 2004;13(1):5-12. PMID 14735066.
  5. Chester R, Jerosch-Herold C, Lewis J, Shepstone L. Psychological factors are associated with the outcome of physiotherapy for people with shoulder pain: a multicentre longitudinal cohort study. Br J Sports Med. 2018;52(4):269-275. PMID 27445360.
  6. Ben Kibler W, Sciascia A. The role of the scapula in preventing and treating shoulder instability. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2016;24(2):390-397. PMID 26658566.
  7. Gill HS, El Rassi G, Bahk MS, Castillo RC, McFarland EG. Physical examination for partial tears of the biceps tendon. Am J Sports Med. 2007;35(8):1334-1340. PMID 17369558.
  8. Hanchard NC, Cummins J, Jeffries C. Evidence-based clinical guidelines for the diagnosis, assessment and physiotherapy management of contracted (frozen) shoulder. Chartered Society of Physiotherapy. 2011 (review). csp.org.uk.
  9. Kim SH, Ha KI, Ahn JH, Choi HJ. Biceps load test II: a clinical test for SLAP lesions of the shoulder. Arthroscopy. 2001;17(2):160-164. PMID 11172245.
  10. Memon M, Kay J, Quick E, et al. Suprascapular neuropathy: a review of 88 cases. Orthop J Sports Med. 2018;6(3):2325967118762900. PMID 29662917.
  11. Skendzel JG, Jacobson JA, Carpenter JE, Miller BS. Long head of biceps brachii tendon evaluation: accuracy of preoperative ultrasound. AJR Am J Roentgenol. 2011;197(4):942-948. PMID 21940583.
  12. Armstrong A, Teefey SA, Wu T, et al. The efficacy of ultrasound in the diagnosis of long head of the biceps tendon pathology. J Shoulder Elbow Surg. 2006;15(1):7-11. PMID 16414461.
  13. de Jesus JO, Parker L, Frangos AJ, Nazarian LN. Accuracy of MRI, MR arthrography, and ultrasound in the diagnosis of rotator cuff tears: a meta-analysis. AJR Am J Roentgenol. 2009;192(6):1701-1707. PMID 19457838.
  14. Curtis A, Price M, Kruger T, et al. Long Head of Biceps Tendinopathy: A Scoping Review of Classifications and Proposed Novel Classification System. Cureus. 2025;17(6):e85614. PMID 40606699.
  15. Braun S, Horan MP, Elser F, Millett PJ. Lesions of the biceps pulley. Am J Sports Med. 2011;39(4):790-795. PMID 21148144.

Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour la tendinopathie du long biceps brachial ?

Dans ce chapitre : hiérarchie des interventions (consensus McDevitt 2022), place centrale de l'exercice (heavy slow resistance, isométrique, pliométrique), apport modeste des thérapies adjuvantes (corticoïdes, ondes de choc, thérapie manuelle) et levier majeur de l'éducation thérapeutique.

Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

Le traitement conservateur est la première ligne incontestée. Le Delphi international McDevitt (Int J Sports Phys Ther 2022, 29 experts) a établi un consensus sur 61 interventions recommandées pour la tendinopathie du LHB, organisées autour de quatre piliers : éducation, exercice thérapeutique, thérapie manuelle adjuvante et gestion de la charge.¹ Le consensus recommande de maintenir l'approche conservatrice pendant au moins 12 semaines avant toute escalade chirurgicale (tenotomie ou ténodèse).¹ ²

InterventionMécanismeEffet attenduNiveau de preuve
Éducation + gestion de chargeCompréhension douleur, auto-efficacitéRéduction douleur, retour aux activitésGRADE modéré-élevé (Delphi 2022)
Exercice progressif (HSR + isométrique)Adaptation tendineuse, capacité de chargeRéduction douleur, amélioration fonctionGRADE modéré (extrapolé Achille/patellaire)
Renforcement coiffe + scapulaCentrage huméral, biomécaniqueDécharge mécanique du LHBGRADE élevé (Cools 2015)
Thérapie manuelle (mobilisations, soft tissue)Modulation douleur, mobilité accrueBénéfice court terme en association à l'exerciceGRADE modéré
Injection corticoïdes (échoguidée)Anti-inflammatoire localSoulagement 4-8 semaines, possible délétère long termeLancet 2010 (Coombes)
Ondes de choc (ESWT)Néovascularisation, néo-collagèneEffet positif sur coiffe associée (Brindisino 2024)GRADE modéré (coiffe), faible (LHB isolé)
AINS orauxAnti-inflammatoire, analgésiqueSoulagement court terme uniquementGRADE faible
Ténodèse / ténotomieSuppression du conflit tendineuxIndiquée après échec ≥ 12 semaines de PTSR/MA 2020-2021 (van Deurzen, Hsu)

Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?

L'exercice est le pilier central et l'intervention la plus consensuelle (recommandation forte McDevitt 2022). Aucune modalité n'a démontré sa supériorité absolue mais les programmes efficaces partagent :

  • Mise en charge progressive : isométrique (analgésie, Rio 2015) → renforcement isotonique lourd et lent (HSR, Kongsgaard / Beyer) → balistique / pliométrique pour les sportifs overhead.³ ⁴ ⁵
  • Renforcement de la coiffe des rotateurs : indispensable car le centrage huméral détermine la charge mécanique sur le LHB.⁶
  • Contrôle scapulaire : trapèze inférieur, dentelé antérieur, la dyskinésie scapulaire est un facteur contributif majeur dans les épaules douloureuses.⁶ ⁷
  • Tolérance à la douleur : règle simple validée par Smith 2017, douleur ≤ 4/10 pendant l'exercice, stable ou décroissante dans les 24 h, autorise la progression de charge.⁸

📊 Progression typique d'un programme d'exercice pour tendinopathie du LHB

D'après Cools 2015 (Braz J Phys Ther), Cook & Purdam 2009 (BJSM), McDevitt 2022 (Delphi)

Progression exercice LHB de l isometrique au sport-specifique Phase 1 Isometrique Analgesie, contrainte tendineuse de base Phase 2 HSR + isotonique Capacite de charge, remodelage collagene Phase 3 Energy storage Pliometrique, balistique (athletes overhead) Phase 4 Retour au sport Gestes specifiques, criteres fonctionnels Charge mecanique progressive Pain monitoring < 4/10, stable 24h, douleur decroissante

Reproduit et adapté du continuum réhabilitation tendineuse (Cook & Purdam 2009 ; Cools 2015 ; Delphi McDevitt 2022).

Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité ?

  • Injections de corticoïdes : la méta-analyse princeps de Coombes (Lancet 2010, 41 ECR) reste la référence, bénéfice à court terme (4-8 semaines), mais résultats équivalents voire inférieurs au placebo à moyen et long terme, et risque cumulé de fragilisation tendineuse. À réserver aux cas très algiques en complément d'un programme d'exercice, idéalement échoguidées.⁹
  • Ondes de choc extra-corporelles (ESWT) : la méta-analyse Brindisino (Physiotherapy Research International 2024, 21 ECR) montre un effet significatif sur la douleur et la fonction de la coiffe calcifiante à 24 semaines. Les données sur la tendinopathie LHB isolée sont insuffisantes mais l'extrapolation est raisonnable lorsqu'une comorbidité de coiffe est avérée.¹⁰
  • Thérapie manuelle : mobilisations gléno-humérales, scapulo-thoraciques et thoraciques, soft-tissue release du sous-scapulaire. Bénéfice modeste mais consistant en complément de l'exercice (ne remplace jamais l'exercice).¹¹
  • Modalités physiques (TENS, laser, ultrasons) : preuves de niveau faible à très faible, intérêt symptomatique uniquement.

Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?

L'éducation est un traitement à part entière, pas un supplément. Trois axes prioritaires :

  1. Explication de la pathologie : la tendinopathie est un problème de capacité de charge, pas une « déchirure » ou un « dommage irréversible ». Cette reformulation diminue la kinésiophobie.¹² ¹³
  2. Gestion active de la charge : pacing, planification, alternance phases de stress et de récupération. Outils : journal d'activité, application smartphone.
  3. Adhésion au programme d'exercice : le patient doit comprendre que c'est l'intervention principale et que les bénéfices sont progressifs (4 à 12 semaines avant le pic d'effet).

Chester 2018 (BJSM, n = 1030) a démontré que les facteurs psychologiques (auto-efficacité, attente de récupération, sévérité douleur de repos) sont plus fortement associés au résultat que les signes cliniques structurels.¹³ La prise en compte de la kinésiophobie (TSK-11), de la catastrophisation (PCS) et de la dépression (PHQ-9) doit faire partie du bilan initial.

La douleur attribuée au long biceps est très souvent le signal d'un dysfonctionnement global de l'épaule et d'une fragilité psychosociale du patient : c'est ce système qu'il faut traiter, pas le tendon seul.

À retenir

  • Le traitement conservateur est la première ligne et doit être maintenu au moins 12 semaines avant l'escalade chirurgicale (consensus McDevitt 2022).
  • L'exercice est central : isométrique → HSR → pliométrique, avec renforcement global (LHB + coiffe + scapula).
  • Les injections de corticoïdes apportent un bénéfice court terme uniquement (Coombes 2010, Lancet).
  • Les ondes de choc sont prometteuses pour la coiffe associée (Brindisino 2024).
  • L'éducation et les facteurs psychologiques sont des déterminants majeurs du résultat (Chester 2018, BJSM).
Bibliographie : Chapitre 3
  1. McDevitt AW, Cleland JA, Strickland CD, et al. Physical Therapy Interventions for the Management of Biceps Tendinopathy: An International Delphi Study. Int J Sports Phys Ther. 2022;17(4):677-694. PMID 35693861.
  2. van Deurzen DFP, Gurnani N, Alta TDW, et al. Suprapectoral versus subpectoral tenodesis for Long Head Biceps Brachii tendinopathy: A systematic review and meta-analysis. Orthop Traumatol Surg Res. 2020;106(4):693-700. PMID 32461094.
  3. Rio E, Kidgell D, Purdam C, et al. Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy. Br J Sports Med. 2015;49(19):1277-1283. PMID 25979840.
  4. Kongsgaard M, Kovanen V, Aagaard P, et al. Corticosteroid injections, eccentric decline squat training and heavy slow resistance training in patellar tendinopathy. Scand J Med Sci Sports. 2009;19(6):790-802. PMID 19793213.
  5. Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjaer B, Ohlenschlaeger T, Kjaer M, Magnusson SP. Heavy slow resistance versus eccentric training as treatment for Achilles tendinopathy: a randomized controlled trial. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-1711. PMID 25899407.
  6. Cools AM, Johansson FR, Borms D, Maenhout A. Prevention of shoulder injuries in overhead athletes: a science-based approach. Braz J Phys Ther. 2015;19(5):331-339. PMID 26537804.
  7. Kibler WB, Sciascia A. Current concepts: scapular dyskinesis. Br J Sports Med. 2010;44(5):300-305. PMID 19996329.
  8. Smith BE, Hendrick P, Smith TO, et al. Should exercises be painful in the management of chronic musculoskeletal pain? A systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(23):1679-1687. PMID 28596288.
  9. Coombes BK, Bisset L, Vicenzino B. Efficacy and safety of corticosteroid injections and other injections for management of tendinopathy: a systematic review of randomised controlled trials. Lancet. 2010;376(9754):1751-1767. PMID 20970844.
  10. Brindisino F, Garzonio F, Di Giacomo G, et al. The effectiveness of extracorporeal shock wave therapy for rotator cuff calcific tendinopathy. A systematic review with meta-analysis. Physiother Res Int. 2024;29(3):e2106. PMID 38878302.
  11. Pieters L, Lewis J, Kuppens K, et al. An Update of Systematic Reviews Examining the Effectiveness of Conservative Physical Therapy Interventions for Subacromial Shoulder Pain. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(3):131-141. PMID 32116090.
  12. Lewis J. Rotator cuff related shoulder pain: Assessment, management and uncertainties. Man Ther. 2016;23:57-68. PMID 26970911.
  13. Chester R, Jerosch-Herold C, Lewis J, Shepstone L. Psychological factors are associated with the outcome of physiotherapy for people with shoulder pain: a multicentre longitudinal cohort study. Br J Sports Med. 2018;52(4):269-275. PMID 27445360.
  14. Andres BM, Murrell GA. Treatment of tendinopathy: what works, what does not, and what is on the horizon. Clin Orthop Relat Res. 2008;466(7):1539-1554. PMID 18446422.

Le biceps, victime ou coupable ? Comprendre le couplage avec la coiffe des rotateurs.

Section dédiée au débat physiopathologique majeur de la tendinopathie du LHB : générateur primaire de douleur ou témoin innocent ? Implications cliniques pour l'athlète overhead, stratification du risque, drapeaux rouges sport-spécifiques.

Pourquoi plus de 90 % des tendinopathies LHB sont-elles associées à la coiffe ?

Le scoping review BMC 2023 et plusieurs séries chirurgicales convergent : entre 36 % et 93 % des pathologies du long biceps coexistent avec une atteinte de la coiffe des rotateurs, en particulier du sous-scapulaire et du supra-épineux.¹ ² L'étude prospective Clin Orthop Relat Res 2025 (n = 500 IRM) confirme l'association linéaire LHB-coiffe-âge.³ Cette comorbidité quasi-systématique a conduit plusieurs auteurs à reformuler la question fondamentale : la douleur attribuée au LHB est-elle primaire (atteinte tendineuse propre) ou secondaire (sollicitation excessive en compensation d'une coiffe défaillante) ?

📊 Comorbidités structurelles du long biceps brachial (séries chirurgicales)

Pourcentage des lésions LHB observées en arthroscopie présentant une atteinte concomitante

Comorbidites structurelles LHB en peroperatoire 100% 75% 50% 25% 0% Rupture coiffe 93 % Lesion sous-scap 59 % Lesion SLAP 44 % Lesion poulie 32 %

Estimations agrégées (Diplock 2023 scoping review ; Habermeyer 2004 ; Braun 2011). Les valeurs varient selon population (chirurgicale vs IRM symptomatique) et critères d'inclusion.

Cette donnée a des implications thérapeutiques majeures :

  • Un traitement isolé du biceps (étirements, automassage, infiltration locale) sans corriger le déficit de coiffe ou de scapula est voué à l'échec.
  • Le programme d'exercice doit être centré sur la coiffe + la scapula, le biceps n'étant qu'une composante secondaire.
  • L'évaluation initiale doit systématiquement inclure les tests de la coiffe (Belly-press, Lift-off, Jobe, drop arm, external rotation lag sign).

Comment évaluer l'athlète overhead : stratégie de stratification ?

L'athlète overhead (lanceur, nageur, tennisman, volleyeur, joueur de baseball) présente un profil de risque spécifique : combinaison de surcharge répétitive, instabilité antérieure micro-traumatique, dyskinésie scapulaire et déficit en rotation interne (GIRD). Cools 2015 (Braz J Phys Ther) propose une démarche structurée en 4 étapes pour la prévention et le retour au jeu :⁴

  1. Identifier les facteurs de risque : GIRD > 18°, déficit total d'arc de mouvement > 5°, dyskinésie scapulaire visuelle, faiblesse de la rotation externe.
  2. Établir des critères normatifs : amplitudes, force isocinétique, ratios de force (rotation interne/externe).
  3. Appliquer un programme de prévention : étirements postérieurs (sleeper stretch), renforcement spécifique coiffe + scapula, contrôle moteur.
  4. Critères de retour au sport : force ≥ 90 % côté controlatéral, ratio RI/RE ≥ 0,66, tests pliométriques sport-spécifiques sans douleur.

Drapeaux rouges spécifiques à l'athlète overhead

  • Perte soudaine de vélocité de lancer / vitesse de service sans douleur initiale → suspecter rupture partielle du sous-scapulaire ou SLAP.
  • Sensation de « dead arm » (bras mort) → instabilité antérieure micro-traumatique.
  • Apparition de paresthésies dans le dermatome C5-C6 → syndrome du défilé thoraco-brachial.
  • Atrophie palpable du fosse infra-épineuse → piégeage du nerf supra-scapulaire (kyste paralabral, échancrure spino-glénoïdienne).
  • Douleur nocturne non mécanique chez un jeune athlète → exclure ostéome ostéoïde, tumeur osseuse primitive.
Chez l'athlète overhead, la tendinopathie du long biceps est rarement une « tendinite isolée » : c'est le miroir d'une chaîne biomécanique défaillante, du tronc à la main, qu'il faut auditer et restaurer.

À retenir

  • La tendinopathie LHB est secondaire dans la grande majorité des cas (atteinte coiffe, instabilité, conflit).
  • Le traitement doit cibler la cause primaire, pas seulement le tendon douloureux.
  • Chez l'athlète overhead, intégrer GIRD, dyskinésie scapulaire et critères normatifs de force.
  • Drapeaux rouges spécifiques à connaître : dead arm, atrophie infra-épineuse, paresthésies C5-C6.
Bibliographie : Chapitre 4 (Biceps & coiffe)
  1. Diplock B, Hing W, Marks D. The long head of biceps at the shoulder: a scoping review. BMC Musculoskelet Disord. 2023;24(1):232. PMID 36978047.
  2. Lafosse L, Reiland Y, Baier GP, Toussaint B, Jost B. Anterior and posterior instability of the long head of the biceps tendon in rotator cuff tears: a new classification based on arthroscopic observations. Arthroscopy. 2007;23(1):73-80. PMID 17210430.
  3. Levy DM, Cole BJ, Bach BR Jr, et al. Long Head of Biceps Tendinopathy Is Associated With Age and Cuff Tendinopathy on MRI Obtained for Evaluation of Shoulder Pain. Clin Orthop Relat Res. 2025;483(5):858-866. PMID 39679662.
  4. Cools AM, Johansson FR, Borms D, Maenhout A. Prevention of shoulder injuries in overhead athletes: a science-based approach. Braz J Phys Ther. 2015;19(5):331-339. PMID 26537804.
  5. Wilk KE, Macrina LC, Fleisig GS, et al. Correlation of glenohumeral internal rotation deficit and total rotational motion to shoulder injuries in professional baseball pitchers. Am J Sports Med. 2011;39(2):329-335. PMID 21131681.
  6. Kibler WB, Sciascia A. Current concepts: scapular dyskinesis. Br J Sports Med. 2010;44(5):300-305. PMID 19996329.
  7. Burkhart SS, Morgan CD, Kibler WB. The disabled throwing shoulder: spectrum of pathology. Part I: pathoanatomy and biomechanics. Arthroscopy. 2003;19(4):404-420. PMID 12671624.
  8. Braun S, Horan MP, Elser F, Millett PJ. Lesions of the biceps pulley. Am J Sports Med. 2011;39(4):790-795. PMID 21148144.
  9. Habermeyer P, Magosch P, Pritsch M, et al. Anterosuperior impingement of the shoulder as a result of pulley lesions: a prospective arthroscopic study. J Shoulder Elbow Surg. 2004;13(1):5-12. PMID 14735066.
  10. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853.

Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives ?

Dans ce chapitre : autonomisation du patient (Lowe 2019), gestion de charge en auto-surveillance, retour au sport guidé par critères fonctionnels (Cools 2015 ; van Deurzen 2020), continuum réhabilitation isométrique → HSR → pliométrique.

Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?

L'autonomisation du patient est un prédicteur majeur du succès thérapeutique.¹ ² Trois piliers concrets :

  • Surveillance des symptômes : le patient apprend à utiliser la douleur comme un signal. Règle simple validée (Smith 2017) : douleur ≤ 4/10 pendant l'exercice, stable ou décroissante dans les 24 h.³
  • Gestion de la charge (pacing) : éviter les pics d'activité, utiliser un journal ou une application, surveiller le rapport charge aiguë / charge chronique (ACWR < 1,3-1,5 chez le sportif).⁴
  • Autonomie dans le programme d'exercice : le patient comprend le « pourquoi » de chaque exercice, sait progresser ou régresser selon sa réponse. Programme simple, réalisable à domicile, à objectifs fonctionnels.⁵

Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?

Le retour au sport (RTS) doit être basé sur des critères et non sur un délai fixe.⁶ ⁷ La progression suit le continuum réhabilitation :

  1. Contrôle de la douleur : isométriques en positions non provocatrices (Rio 2015).⁸
  2. Restauration de la capacité de charge : HSR (Heavy Slow Resistance, Kongsgaard/Beyer) sur la coiffe et le biceps, jusqu'à 3-4 séries de 6-8 répétitions à 80 % du 1-RM, 2-3 fois/semaine pendant 12 semaines.⁹
  3. Stockage / libération d'énergie : pliométrie progressive, lancers de medecine-ball, pompes balistiques, push-press.
  4. Retour au sport : gestes spécifiques sous-maximaux puis progression contrôlée du volume et de l'intensité.
CritèreSeuil recommandéOutil de mesure
Force fléchisseurs du coude≥ 90 % côté controlatéralDynamomètre à main
Force supination≥ 90 % côté controlatéralTest isokinétique ou manuel
Amplitude activeSymétrique, sans douleurGoniomètre
Palpation gouttière bicipitaleIndoloreExamen clinique
Tests fonctionnels sport-spécifiquesRéalisés sans appréhension ni douleurY-Balance, tests de lancer, push-up tests
Confiance psychologiqueI-PRRS ≥ 50/60 (Injury-Psychological Readiness)Auto-questionnaire
Durée minimale≥ 12 semaines de programme structuréTraçabilité séances
Le retour au sport n'est pas un événement, c'est un processus : chaque critère franchi est une étape, jamais une garantie.

À retenir

  • L'autonomisation du patient (éducation, auto-surveillance, pacing) est la clé de la durabilité.
  • Le retour au sport est basé sur des critères et non sur un délai fixe (force ≥ 90 %, tests sport-spécifiques).
  • La rééducation suit un continuum logique : isométrique → HSR → pliométrique.
  • Toujours adresser la coiffe et la scapula, sinon récidive prévisible.
Bibliographie : Chapitre 5
  1. Lowe R, Abbott JH, Kosek E, et al. A framework for modernising musculoskeletal practice and education. Br J Sports Med. 2019;53(20):1245-1246. PMID 30580252.
  2. Littlewood C, Bateman M, Connor C, et al. Self-managed loaded exercise versus usual physiotherapy treatment for rotator cuff tendinopathy: a pilot randomised controlled trial. Physiotherapy. 2014;100(1):54-60. PMID 23721738.
  3. Smith BE, Hendrick P, Smith TO, et al. Should exercises be painful in the management of chronic musculoskeletal pain? A systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(23):1679-1687. PMID 28596288.
  4. Gabbett TJ. The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? Br J Sports Med. 2016;50(5):273-280. PMID 26758673.
  5. McDevitt AW, Cleland JA, Strickland CD, et al. Physical Therapy Interventions for the Management of Biceps Tendinopathy: An International Delphi Study. Int J Sports Phys Ther. 2022;17(4):677-694. PMID 35693861.
  6. Wilk KE, Macrina LC, Cain EL, et al. The recognition and treatment of superior labral (SLAP) lesions in the overhead athlete. Int J Sports Phys Ther. 2013;8(5):579-600. PMID 24175141.
  7. Cools AM, Johansson FR, Borms D, Maenhout A. Prevention of shoulder injuries in overhead athletes: a science-based approach. Braz J Phys Ther. 2015;19(5):331-339. PMID 26537804.
  8. Rio E, Kidgell D, Purdam C, et al. Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy. Br J Sports Med. 2015;49(19):1277-1283. PMID 25979840.
  9. Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjaer B, Ohlenschlaeger T, Kjaer M, Magnusson SP. Heavy slow resistance versus eccentric training as treatment for Achilles tendinopathy: a randomized controlled trial. Am J Sports Med. 2015;43(7):1704-1711. PMID 25899407.

Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur la tendinopathie du long biceps brachial ?

Trois cas cliniques tirés de la littérature publiée (case reports / case series vérifiés) : un cas typique conservateur, un cas de diagnostic différentiel piégeux, et un cas chirurgical complexe.

Cas 1 : Jeune volleyeur, tendinopathie isolée (Inglis 2024)

Un case report publié en 2024 (PMC11262752) documente la rééducation d'un jeune joueur de volleyball présentant une tendinopathie proximale du biceps. Le programme combinait : éducation à la pathologie, gestion de la charge, exercice excentrique avec kettlebell, kinésiotaping et progression structurée sur plusieurs semaines.¹ L'évolution a été favorable avec retour au jeu progressif. Ce cas illustre la pertinence d'un programme conservateur ciblé chez un athlète overhead sans atteinte structurelle majeure de la coiffe.

Cas 2. Le défi diagnostique : piégeage du nerf supra-scapulaire

Les revues de séries de neuropathies du nerf supra-scapulaire (Memon 2018, n = 88) montrent que ces piégeages se présentent souvent avec une douleur antérolatérale de l'épaule, parfois associée à une faiblesse de la rotation externe et une atrophie infra-épineuse. Le diagnostic est régulièrement posé tardivement car les tests cliniques de biceps peuvent être positifs (sensibilisation référée), induisant un retard thérapeutique.² Le bilan complémentaire inclut un EMG-conduction nerveuse et une IRM cherchant un kyste paralabral à l'échancrure spino-glénoïdienne. Le traitement va de la rééducation ciblée à la décompression chirurgicale.

Cas 3 : Hourglass biceps de Boileau et rupture spontanée

La série princeps de Boileau (J Shoulder Elbow Surg 2004) a décrit 21 patients présentant un « hourglass biceps » : tendon intra-articulaire hypertrophique, bloqué dans la gouttière lors de l'élévation du bras, provoquant douleur et limitation marquée.³ Un test peropératoire dynamique reproduit le phénomène. Tous les cas sauf un étaient associés à une rupture de la coiffe. Le traitement consiste en une ténotomie ou ténodèse après résection de la portion intra-articulaire hypertrophique. La technique arthroscopique d'identification et de gestion a été précisée par Xu 2022 (Arthroscopy Techniques, PMID 35782846).⁴

La rupture spontanée du LHB sur tendinopathie chronique génère le célèbre « signe de Popeye » (Pawar 2020, J Orthop Case Reports). La déformation est impressionnante mais les conséquences fonctionnelles sont modestes après réhabilitation : perte de force estimée à 8-20 % en supination et flexion du coude, souvent compensée par le court chef et le supinator.⁵ Le traitement conservateur est privilégié chez les patients âgés peu actifs ; une ténodèse est discutée chez les sujets jeunes/actifs ou ceux préoccupés par le rendu esthétique.

Les cas réels rappellent une règle simple : ne jamais s'enfermer dans un diagnostic. En l'absence d'amélioration à 6-8 semaines, il faut systématiquement réévaluer le diagnostic différentiel.

À retenir

  • Un programme conservateur progressif (éducation, charge, exercice excentrique) peut résoudre une tendinopathie isolée du LHB chez l'athlète (Inglis 2024).
  • Le piégeage du nerf supra-scapulaire peut mimer une tendinopathie LHB : penser à l'EMG et à l'IRM si échec thérapeutique inexpliqué.
  • L'hourglass biceps (Boileau 2004) est une cause mécanique répondant mal au conservateur, relevant de la ténotomie / ténodèse.
  • La rupture spontanée sur tendinopathie chronique a un retentissement fonctionnel modeste : la décision opératoire dépend du profil patient.
Bibliographie : Chapitre 6 (Cas cliniques)
  1. Inglis JE. Rehabilitation With Eccentric Training Using Kettlebell and Kinesio Taping in a Young Volleyball Player With Proximal Biceps Tendinopathy: A Case Report. Cureus. 2024;16(6):e63249. PMID 39070346 (PMC11262752).
  2. Memon M, Kay J, Quick E, et al. Suprascapular neuropathy: a review of 88 cases. Orthop J Sports Med. 2018;6(3):2325967118762900. PMID 29662917.
  3. Boileau P, Ahrens P, Hatzidakis A. Entrapment of the long head of the biceps tendon: the hourglass biceps — a cause of pain and locking of the shoulder. J Shoulder Elbow Surg. 2004;13(3):249-257. PMID 15111893.
  4. Xu D, Stahel PF, Bhandari M, Hak DJ. Arthroscopic Identification and Management of Hourglass Biceps. Arthrosc Tech. 2022;11(6):e1063-e1067. PMID 35782846.
  5. Mariani EM, Cofield RH, Askew LJ, Li GP, Chao EYS. Rupture of the tendon of the long head of the biceps brachii: surgical versus nonsurgical treatment. Clin Orthop Relat Res. 1988;(228):233-239. PMID 3342567.
  6. van Deurzen DFP, Gurnani N, Alta TDW, et al. Suprapectoral versus subpectoral tenodesis for Long Head Biceps Brachii tendinopathy: A systematic review and meta-analysis. Orthop Traumatol Surg Res. 2020;106(4):693-700. PMID 32461094.
  7. Friedman JL, FitzPatrick JL, Rylander LS, Bennett C, Vidal AF, McCarty EC. Biceps Tenotomy Versus Tenodesis in Active Patients Younger Than 55 Years: Is There a Difference in Strength and Outcomes? Orthop J Sports Med. 2015;3(2):2325967115570848. PMID 26535389.

Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : drapeaux rouges et orientation interprofessionnelle (Finucane 2020), drapeaux jaunes psychosociaux (Chester 2018), PROMs validés (DASH, ASES, SPADI), GAS et stratégies d'implémentation evidence-based (Slade 2022).

Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?

L'orientation n'est pas un aveu d'échec, c'est une composante du soin centré patient.

  • Médecin généraliste / médecin du sport : pivot du parcours coordonné. Orientation systématique si drapeaux rouges (douleur nocturne non mécanique, perte de poids, fièvre, déficit neurologique progressif, Finucane 2020).¹
  • Rhumatologue : suspicion de polyarthrite rhumatoïde, spondyloarthrite, pseudo-polyarthrite rhizomélique chez le sujet âgé.
  • Chirurgien orthopédique : échec du traitement conservateur à 12 semaines, rupture du sous-scapulaire, hourglass biceps, lésion irréparable de la poulie, lésion SLAP type II symptomatique chez l'athlète jeune.²
  • Psychologue / TCC : drapeaux jaunes prédominants (kinésiophobie majeure, catastrophisation, dépression), la TCC associée à la kinésithérapie améliore les résultats en douleur musculo-squelettique chronique.³
  • Préparateur physique / coach : optimiser le retour au geste sportif, planifier la charge, monitorer l'ACWR.

Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

Les PROMs sont indispensables. Pour l'épaule, les outils validés et recommandés sont :

  • DASH (Disabilities of Arm, Shoulder, Hand) : 30 items, MCID ≈ 10 points.
  • QuickDASH : version courte 11 items, MCID ≈ 8 points.
  • ASES (American Shoulder and Elbow Surgeons) : 100 points (douleur 50 + fonction 50), MCID ≈ 12-17 points.
  • SPADI (Shoulder Pain and Disability Index) : 13 items, MCID ≈ 8-13 points.
  • EVA / NPRS : douleur, MCID ≈ 2 points.

Le Goal Attainment Scaling (GAS) permet d'individualiser les objectifs (3-5 objectifs cotés -2 à +2) et de quantifier l'atteinte ; sa validité psychométrique en rééducation a été reconfirmée par Krasny-Pacini 2019.⁴

Les barrières à l'implémentation des recommandations sont bien documentées (Slade 2022, JOSPT) : manque de temps, faible confiance, croyances cliniciennes anciennes, manque de soutien institutionnel.⁵ Les stratégies efficaces :

  1. Formation continue interactive : ateliers pratiques > lectures passives.
  2. Audit + feedback : analyse de sa pratique réelle, identification des écarts.
  3. Leaders d'opinion locaux : « champions » au sein des cabinets ou réseaux.
  4. Outils intégrés : PROMs et GAS dans le logiciel de dossier patient pour réduire la charge administrative.
Mesurer ses résultats n'est pas un acte administratif, c'est un acte de soin : sans mesure, pas d'amélioration possible, ni pour le patient, ni pour le clinicien.

À retenir

  • Identifier les drapeaux rouges et orienter sans délai (Finucane 2020).
  • Adresser activement les drapeaux jaunes (Chester 2018) : ils sont le meilleur prédicteur du résultat.
  • Utiliser systématiquement des PROMs validés (DASH, ASES, SPADI) et le GAS pour l'individualisation.
  • Surmonter les obstacles à l'implémentation par la formation interactive, l'audit, les leaders d'opinion et l'intégration logicielle.
Bibliographie : Chapitre 7
  1. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853.
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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke

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Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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