

Membre supérieur
Rééducation et appareillage de la main : optimisation et approfondissement des pratiques
Jean Lichtle
Arthrose du poignet (SLAC et SNAC) : comment elle progresse, du radio-scaphoïdien au médio-carpien, les stades à la radio et les options de traitement.

Une arthrose du poignet est presque toujours la séquelle d'un traumatisme ancien, oublié par le patient : ligament scapho-lunaire rompu (SLAC) ou scaphoïde jamais consolidé (SNAC).
95%des arthroses du poignet sont péri-scaphoïdiennes
La suite reprend chacun de ces points en détail, sources à l'appui. Elle est là si vous en avez besoin.
Ce sujet fait l'objet d'une formation : Rééducation et appareillage de la main : optimisation et approfondissement des pratiques, présentiel avec Jean Lichtle.
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10 chapitres de l'article · 24 min au total
Comprendre◔ 4 min
SLAC et SNAC ne sont que deux portes d'entrée vers la même bascule du carpe, ligament rompu ou os non consolidé.
Évolution◔ 3 min
L'usure suit toujours le même trajet et épargne le radio-lunarien, ce qui ouvre la voie aux gestes conservateurs.
Repérer◔ 2 min
Une fois l'arthrose du poignet installee, elle ne se traite pas a l'envers.
Tester◔ 3 min
La plupart des tests de provocation du poignet n'ont pas de valeur diagnostique isolément.
Imagerie◔ 3 min
Le stade décide de la chirurgie, et l'atteinte du capito-lunarien en est la charnière.
Traiter◔ 1 min
Aucun essai ne teste l'exercice spécifiquement dans cette arthrose ; les preuves viennent d'ailleurs.
Opérer◔ 4 min
Les deux chirurgies de sauvetage exigent un radio-lunarien intact : c'est une condition, pas un choix.
Rééduquer◔ 1 min
La force de préhension reste le vrai marqueur, et elle ne diffère pas entre les deux techniques.
En pratique◔ 1 min
La question décisive reste celle du traumatisme ancien, souvent oublié par le patient.
Questions◔ 2 min
Le SLAC représente 57 % des arthroses dégénératives du poignet, contre 27 % pour la trapézo-scapho-trapézoïdienne.
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Membre supérieur
Jean Lichtle
La suite, c'est la pratique : la formation qui enseigne ce sujet, avec Jean Lichtle.
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Arthrose post-traumatique · Poignet
Un poignet douloureux, raide, qui perd sa force sans qu'aucun traumatisme récent ne l'explique. L'histoire, elle, remonte souvent à dix ou vingt ans : une entorse jamais explorée, ou une fracture du scaphoïde qui n'a jamais consolidé. Deux mécanismes, une même séquence radiologique, et une articulation constamment épargnée qui rend les chirurgies de sauvetage possibles.
Deux entités, un seul mécanisme. Le poignet SLAC (scapholunate advanced collapse) est la séquelle d'une rupture du ligament scapho-lunaire ; le poignet SNAC (scaphoid nonunion advanced collapse) est la séquelle d'une pseudarthrose du scaphoïde. Dans les deux cas, le scaphoïde perd son alignement avec le radius, se met en flexion, et l'articulation radio-scaphoïdienne s'use d'abord parce que ses surfaces ne se correspondent plus1.
C'est la première cause d'arthrose du poignet. Sur 4 000 radiographies de poignet relues et 210 cas d'arthrose dégénérative retenus après exclusion des autres arthrites, le schéma SLAC représentait 57 % des cas, l'arthrose trapézo-scapho-trapézoïdienne 27 % et l'association des deux 15 %1. La série de 1986 confirme : environ 95 % des arthroses du poignet sont péri-scaphoïdiennes2.
La séquence est prévisible, et une articulation est constamment épargnée. L'usure commence entre le radius et le pôle distal du scaphoïde, gagne ensuite l'interligne capito-lunarien, et respecte le radio-lunarien même à un stade sévère. C'est cette épargne, décrite dès 1987 sur 64 pseudarthroses non opérées, qui rend possibles toutes les chirurgies de sauvetage : elles reposent toutes sur un lunatum encore sain en face du radius3.
Le délai est long, et il est chiffré. Pour une pseudarthrose du scaphoïde de 4 ans, 75 % des patients présentent des remaniements radio-scaphoïdiens ; à 9 ans, 60 % ont des remaniements médio-carpiens3. Ce qui se joue en consultation aujourd'hui a commencé une à deux décennies plus tôt.
Ce n'est pas la rhizarthrose. L'arthrose trapézo-métacarpienne du pouce touche une autre articulation, a une autre épidémiologie et un autre traitement. Elle est traitée pour elle-même dans un article dédié. La confusion est fréquente parce que les deux font mal « au poignet côté pouce », mais l'arthrose trapézo-scapho-trapézoïdienne, elle, appartient bien au groupe décrit ici.
Et le kinésithérapeute n'a pas de traitement curatif à proposer. Aucun essai ne montre qu'une rééducation modifie la séquence arthrosique. Ce qui est documenté relève de la charge, de la douleur et de la fonction : la revue Cochrane de l'exercice dans l'arthrose de la main conclut à des effets faibles à modérés et de faible niveau de preuve sur la douleur, la fonction et la raideur10. Le dire ainsi n'affaiblit pas la prise en charge : cela évite de promettre ce qui ne viendra pas.
Les deux sigles se ressemblent au point qu'on les confond, et pourtant leur origine diffère radicalement : d'un côté un ligament rompu, de l'autre un os qui n'a pas consolidé. Ce chapitre pose ce qui les sépare, et surtout ce qui les rend identiques une fois l'arthrose installée.
Le carpe est fait de deux rangées, et le scaphoïde les enjambe. Il est le seul os à ponter la rangée proximale et la rangée distale, ce qui en fait à la fois le stabilisateur du carpe et sa pièce la plus vulnérable. Sa stabilité dépend de son ancrage au lunatum par le ligament interosseux scapho-lunaire, et de son intégrité osseuse.
Que l'un ou l'autre lâche, et la mécanique se dérègle de la même façon : le fragment distal du scaphoïde bascule en flexion, tandis que le lunatum, libéré, part en extension. La revue de Wessel et Wolfe, publiée dans le Journal of Hand Surgery en 2023, rappelle que les lésions scapho-lunaires sont la cause la plus fréquente d'instabilité carpienne, et que non traitées elles conduisent au collapsus et à la détérioration progressive du carpe4.
Deux origines, une même bascule
À gauche le mécanisme SLAC (ligament scapho-lunaire rompu), à droite le mécanisme SNAC (scaphoïde fracturé et non consolidé). Dans les deux cas le segment distal du scaphoïde bascule en flexion et l'articulation radio-scaphoïdienne perd sa congruence. D'après Watson 1984 (PMID 6725894), Vender 1987 (PMID 3611645) et Wessel 2023 (PMID 37452815).
Le SNAC se distingue sur un point qui compte : le fragment PROXIMAL du scaphoïde reste attaché au lunatum, et sa surface face au radius reste congruente. C'est ce qui explique l'épargne du compartiment proximal.
Le registre national suédois donne les ordres de grandeur les plus fiables : sur 34 377 patients enregistrés entre 2006 et 2015, avec validation d'un échantillon de 300 dossiers, l'incidence vraie ajustée des fractures du scaphoïde est de 22 pour 100 000 personnes-années. Deux chiffres méritent d'être retenus par un rééducateur : 41 % des fractures initialement diagnostiquées étaient des faux positifs, et le risque de pseudarthrose était de 3 % chez l'homme contre 1 % chez la femme5.
Ce taux de pseudarthrose paraît faible, et il l'est. Mais rapporté à l'incidence, il produit chaque année un flux constant de scaphoïdes non consolidés, dont une partie ne sera symptomatique que dix ou vingt ans plus tard.
La fracture du scaphoïde, à l'échelle d'un pays
Registre national suédois, 34 377 patients enregistrés entre 2006 et 2015, avec validation d'un échantillon de 300 dossiers ayant permis d'ajuster les taux. D'après Swärd 2019 (PMID 31106681).
Le taux de faux positifs vaut d'être retenu : un patient adressé pour « fracture du scaphoïde » a près d'une chance sur deux de ne pas en avoir eu une.
La main et le poignet portent plusieurs arthroses distinctes que la douleur seule ne sépare pas. Les confondre conduit à traiter la mauvaise articulation, et à orienter vers la mauvaise chirurgie.
| Entité | Articulation concernée | Origine habituelle | Où elle est traitée |
|---|---|---|---|
| Poignet SLAC | Radio-scaphoïdienne, puis capito-lunarienne | Rupture du ligament scapho-lunaire | Cet article |
| Poignet SNAC | Les mêmes, dans le même ordre | Pseudarthrose du scaphoïde | Cet article |
| Arthrose trapézo-scapho-trapézoïdienne | Entre pôle distal du scaphoïde, trapèze et trapézoïde | Dégénérative, parfois associée au SLAC (15 % des cas de Watson) | Cet article, groupe péri-scaphoïdien |
| Rhizarthrose | Trapézo-métacarpienne, base du pouce | Dégénérative primitive, nettement plus fréquente chez la femme | Article dédié |
| Arthrose digitale | Interphalangiennes distales et proximales | Dégénérative primitive | Article dédié |
C'est le point qui rend cette arthrose lisible sur une radiographie et opérable au bon moment. La séquence n'est pas une convention de classification : elle a été mesurée, et l'articulation qu'elle épargne conditionne toute la chirurgie.
Watson et Ryu, en relisant les schémas d'usure, décrivent une progression qui part toujours du même endroit : les remaniements commencent entre le radius et le pôle distal du scaphoïde, parce que c'est là que l'alignement articulaire se perd d'abord. Ils gagnent ensuite l'interligne capito-lunarien, secondairement au collapsus du carpe2.
Vender et coll. ont quantifié cette progression sur 64 pseudarthroses du scaphoïde symptomatiques et jamais opérées. Deux constats gouvernent le reste : à quatre ans d'évolution, 75 % des patients ont des remaniements radio-scaphoïdiens ; à neuf ans, 60 % ont des remaniements médio-carpiens. Et surtout : l'articulation entre le radius et le fragment proximal du scaphoïde, ainsi que l'articulation radio-lunarienne, sont constamment épargnées, même en présence d'une arthrose sévère3.
La séquence d'usure, et le délai mesuré
Progression des remaniements dégénératifs sur 64 pseudarthroses du scaphoïde symptomatiques non opérées, en fonction de la durée d'évolution. D'après Vender 1987 (PMID 3611645), complété par Watson 1986 (PMID 3955970) pour l'ordre des compartiments.
Les deux dates comptent en consultation : le délai entre la lésion et l'arthrose est long, et la fenêtre pour agir sur la cause est bien antérieure aux premiers symptômes.
Une série récente nuance le tableau, et elle mérite d'être citée parce qu'elle contredit l'intuition. Vingt patients porteurs de pseudarthroses chroniques du scaphoïde n'ayant jamais reçu aucun traitement ont été revus : durée moyenne de la pseudarthrose 34 ans (10 à 62 ans), âge moyen 62 ans. L'arthrose s'était bien développée, mais aucun paramètre (âge, sexe, siège de la fracture, déplacement, durée, paramètres radiologiques) ne prédisait le résultat fonctionnel, et la plupart des patients avaient un résultat passable à bon malgré une amplitude et une force diminuées. Beaucoup ne souhaitaient aucune intervention6.
Le niveau de preuve est celui d'une série rétrospective de 20 cas (niveau IV) et la sélection est évidente : ce sont des patients qui ont vécu avec, donc les moins gênés. La leçon utilisable reste : l'image radiologique et la gêne fonctionnelle sont mal corrélées, et une arthrose visible n'impose pas un geste.

RadiographieRadiographie du poignet de face : arthrose de l'articulation scapho-trapézo-trapézoïdienne au stade 3, associée à une arthrose de la base du pouce, sans atteinte radiocarpienne.
Source : Wollstein et al., Arthritis, 2012, figure 1 · CC BY
L'arthrose constituée ne se traite pas à l'envers. Mais le kinésithérapeute rencontre régulièrement l'étape d'avant, celle où le ligament est lésé sans que le carpe soit encore effondré. Ce chapitre dit ce qui est établi à ce stade, et ce qui ne l'est pas.
La revue de Wessel et Wolfe décrit un continuum, non un événement unique : la rupture du ligament interosseux produit d'abord une désynchronisation du mouvement entre scaphoïde et lunatum ; ce sont les lésions ligamentaires additionnelles, ou l'usure des stabilisateurs secondaires, qui produisent ensuite la subluxation rotatoire du scaphoïde et l'écart scapho-lunaire visible. L'objectif de toute intervention à ce stade est d'arrêter le processus dégénératif en restaurant l'intégrité ligamentaire et la cinématique du carpe4.
Il n'existe aucun essai randomisé démontrant qu'un programme de rééducation prévient l'évolution vers un SLAC. Ce qui existe est un rationnel neuromusculaire, exposé par Hagert, Lluch et Rein : au-delà de la congruence articulaire, de la stabilité ligamentaire statique et de la compression dynamique par les muscles, un quatrième facteur de stabilité carpienne a été proposé, le contrôle proprioceptif et neuromusculaire. Les ligaments et capsules du carpe contiennent des mécanorécepteurs qui déclenchent des réflexes spinaux de stabilisation immédiate et alimentent des boucles supérieures7.
Cette revue est narrative, et elle décrit un mécanisme, pas un résultat clinique. Elle justifie qu'on travaille le contrôle moteur du poignet ; elle ne permet pas d'annoncer à un patient que ce travail préviendra son arthrose.
Il faut une réponse chiffrée, et elle est inconfortable : la plupart des tests provocateurs du poignet ne valent presque rien pris isolément. Autant le savoir avant de fonder une conduite sur eux.
L'étude la plus utile est une étude transversale australienne conduite chez 105 patients consultant pour douleur du poignet avec suspicion de lésion ligamentaire, chez qui sept tests provocateurs ont été confrontés à l'arthroscopie comme référence, et l'IRM chez 55 d'entre eux. Le verdict des auteurs est net : la plupart des tests et des données d'IRM ont peu ou pas de valeur diagnostique. Font exception, avec une utilité qualifiée de légère, le scaphoid shift test (rapport de vraisemblance positif 2,88, négatif 0,28), le test médio-carpien (RV+ 2,67) et le test de l'articulation radio-ulnaire distale (RV- 0,30). L'IRM était modérément utile pour le complexe fibro-cartilagineux triangulaire et légèrement utile pour le ligament scapho-lunaire (RV+ 4,17 ; RV- 0,32)8.
| Test | Rapport de vraisemblance positif | Rapport de vraisemblance négatif | Lecture |
|---|---|---|---|
| Scaphoid shift (Watson) | 2,88 | 0,28 | Utilité légère : oriente, ne tranche pas |
| Test médio-carpien | 2,67 | non retenu | Utilité légère |
| Test de la radio-ulnaire distale | non retenu | 0,30 | Utile surtout pour écarter |
| IRM, ligament scapho-lunaire | 4,17 | 0,32 | Utilité légère à modérée |
| IRM, complexe fibro-cartilagineux triangulaire | 5,56 | 0,15 | Utilité modérée |
| Les autres tests provocateurs | Peu ou pas de valeur diagnostique | Ne pas fonder de conduite dessus | |
Ce que déplace réellement chaque examen
Rapports de vraisemblance mesurés chez 105 patients avec suspicion de lésion ligamentaire du poignet, contre arthroscopie de référence. Un rapport positif au-dessus de 10 change la conduite, entre 5 et 10 pèse modérément, en dessous de 2 ne déplace presque rien. D'après Prosser 2011 (PMID 22093123).
Aucun de ces examens n'atteint le seuil qui change une conduite à lui seul. C'est l'histoire du traumatisme, et la conséquence d'une lésion manquée, qui décident de l'avis spécialisé.
Deux conséquences pratiques. D'abord, un scaphoid shift positif chez un patient jeune après une chute reste un motif suffisant pour demander un avis, non parce que le test est bon, mais parce que la conséquence d'une lésion manquée est le SLAC. Ensuite, un test négatif n'autorise pas à rassurer : son rapport de vraisemblance négatif de 0,28 déplace peu la probabilité.

RadiographieRadiographie et imageries en coupe du poignet montrant un SLAC au stade III : pincement avancé de l'interligne radioscaphoïdien, flèches, avec arthrose carpienne étendue.
Source : Tischler et al., Insights into imaging, 2014, figure 10 · CC BY
La classification en stades gouverne la décision chirurgicale. Elle est aussi beaucoup moins reproductible qu'on ne le croit, et c'est une information que le rééducateur doit avoir avant d'interpréter un compte rendu.
| Stade | Ce que montre la radiographie | Ce qui reste possible |
|---|---|---|
| Stade 1 | Usure limitée entre le radius et le pôle distal du scaphoïde (styloïde radiale) | Gestes limités au compartiment atteint ; la mobilité est largement conservée |
| Stade 2 | L'ensemble de l'interligne radio-scaphoïdien est atteint | Résection de la première rangée ou arthrodèse des quatre os, l'une comme l'autre |
| Stade 3 | Extension à l'interligne capito-lunarien (médio-carpien) | La résection de la première rangée devient discutable : elle repose sur un capitatum sain |
| Atteinte radio-lunarienne | Situation rare, hors séquence habituelle | Les sauvetages conservateurs de mobilité ne s'appliquent plus : arthrodèse totale ou arthroplastie |
Une étude allemande a fait coter 38 poignets SLAC de 37 patients par deux radiologues et deux chirurgiens, sur des radiographies de face et de profil, puis a fait recoter les chirurgiens quatorze jours plus tard avec les images d'arthroscopie sous les yeux. Les résultats sont sévères : la concordance inter-observateurs était qualifiée de faible entre radiologues et de légère entre chirurgiens, avec une tendance des radiologues à surestimer la sévérité. Surtout, la connaissance des images arthroscopiques a changé le stade dans 55 % des cas, les stades 1 et 3 étant alors diagnostiqués moins souvent9.
Ce qu'un stade annoncé vaut réellement
38 poignets SLAC de 37 patients, cotés sur radiographies de face et de profil par deux radiologues et deux chirurgiens, puis recotés par les chirurgiens quatorze jours plus tard avec les images d'arthroscopie. D'après Hagen 2015 (PMID 26084857).
La conclusion des auteurs est explicite : interpréter des radiographies seules est une méthode peu fiable pour établir le stade d'un poignet SLAC.
Concrètement : un compte rendu qui annonce un stade doit se lire comme une estimation, pas comme une mesure. Cela n'invalide pas la classification, qui reste le langage commun des décisions, mais cela explique pourquoi deux avis chirurgicaux peuvent diverger sur le même cliché.
La question honnête n'est pas « comment traiter un SLAC en kinésithérapie » mais « qu'est-ce qui est documenté ». La réponse est courte, et il vaut mieux la connaître que la deviner.
Il n'existe pas d'essai spécifique de l'exercice dans l'arthrose péri-scaphoïdienne. La donnée la plus proche est la revue Cochrane de l'exercice dans l'arthrose de la main : sept essais inclus, jusqu'à cinq dans les analyses groupées (381 participants). Comparé à l'absence d'exercice, l'exercice pourrait améliorer la douleur (différence moyenne standardisée -0,27 ; IC 95 % -0,47 à -0,07), la fonction (-0,28 ; -0,58 à 0,02) et la raideur digitale (-0,36 ; -0,58 à -0,15), avec un niveau de preuve faible. Les auteurs écrivent eux-mêmes que les tailles d'effet estimées sont petites et que leur pertinence clinique est discutable. Les événements indésirables étaient rares et bénins10.
Transposer ces résultats de l'arthrose digitale à l'arthrose carpienne est un raisonnement par analogie, et il faut le présenter comme tel. Ce qui reste solide : l'exercice n'aggrave pas, il apporte un bénéfice modeste sur la douleur et la fonction, et la fenêtre de tolérance se travaille.
Le kinésithérapeute reçoit ces patients après l'opération, et son travail change du tout au tout selon le geste. Ce chapitre compare les deux options sur les données les plus larges disponibles.
La résection de la première rangée des os du carpe retire le scaphoïde, le lunatum et le triquetrum, et laisse le capitatum s'articuler directement dans la fossette lunarienne du radius. L'arthrodèse des quatre os retire le scaphoïde et fusionne capitatum, lunatum, hamatum et triquetrum, en conservant l'articulation radio-lunarienne. Les deux supposent la même chose : un radio-lunarien intact.
Hones et coll. ont rassemblé 61 études et 3 174 poignets (54 % de résection de première rangée, 46 % d'arthrodèse des quatre os), avec un recul moyen pondéré de 61 mois (12 à 216). Résultats : la résection de première rangée obtenait une extension et une inclinaison ulnaire postopératoires supérieures, de meilleurs gains en extension, flexion et inclinaison ulnaire, et un meilleur score de douleur sur échelle visuelle analogique. Aucune différence sur la force de préhension. Le taux de conversion en arthrodèse totale était de 5,2 % après résection contre 11 % après arthrodèse des quatre os, avec un taux de pseudarthrose de 8,9 % pour cette dernière et 2,2 % d'ablation de matériel. Le niveau de preuve est thérapeutique IV11.
Résection de la première rangée contre arthrodèse des quatre os
Méta-analyse de 61 études, 3 174 poignets opérés pour SLAC ou SNAC, recul moyen pondéré 61 mois. D'après Hones 2024 (PMID 38416092). Niveau de preuve thérapeutique IV.
Les auteurs concluent à un avantage de la résection de première rangée. Le poids de ce verdict reste celui d'études observationnelles agrégées, avec des populations non appariées.
Une série de suivi minimal de dix ans nuance utilement. Sur des patients opérés entre 1982 et 2003, quinze poignets ont pu être revus avec un recul moyen de 18 ans (11 à 27). Arc flexion-extension moyen 68,6 degrés, QuickDASH moyen 7,8 (un seul score au-dessus de 16), et pourtant 73 % des radiographies montraient des remaniements radio-lunariens, 27 % sévères. Autrement dit : les patients allaient bien alors que leurs images se dégradaient12.
Réserve nécessaire : quinze poignets revus sur 489 opérés dans la période. Le biais de sélection est majeur, et les auteurs ne le cachent pas.
Quand la priorité est de soulager sans sacrifier la mobilité, la dénervation sélective du poignet existe. Une revue systématique de 12 études sur 993 identifiées rapporte des reprises du travail jusqu'à 94 %, une satisfaction jusqu'à 92 %, une force de préhension augmentée de 7 à 64 %, et des scores de douleur améliorés de 36 à 92 %. Les auteurs soulignent la variabilité des résultats et le besoin de meilleures preuves sur la technique et l'identification des nerfs13. Ces fourchettes très larges disent l'hétérogénéité des séries plus qu'elles ne mesurent un effet.
Chez un patient dont le scaphoïde n'a pas consolidé mais dont l'arthrose n'est pas installée, le geste vise encore la consolidation. La méta-analyse la plus large, 78 études et 7 671 patients, rapporte un taux moyen de consolidation de 88,7 % pour les greffons non vascularisés contre 87,5 % pour les greffons vascularisés, sans différence significative (p = 0,685). Ni le type de fixation ni la source du greffon ne modifiaient le résultat. En revanche, les études qui excluaient les fractures du pôle proximal et les nécroses avasculaires atteignaient 96,5 % de consolidation contre 86,8 % pour les autres (p < 0,001)14. La localisation et la vascularisation dictent le pronostic, pas la sophistication du greffon.
Aucun protocole n'est validé par un essai randomisé dans cette indication. Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est déduire les objectifs et les contraintes de ce que le geste a modifié mécaniquement, et le dire comme tel.
Il n'y a plus de fusion à protéger : la contrainte est celle des parties molles et de la nouvelle congruence entre capitatum et fossette lunarienne. La mobilité revient plus vite, et c'est ce que la méta-analyse retrouve en amplitudes postopératoires supérieures. L'attention porte sur la reprise progressive de la charge en compression axiale, et sur la force de préhension, qui reste le point faible commun aux deux techniques.
Une fusion doit consolider, et le risque documenté est justement là : 8,9 % de pseudarthrose dans la méta-analyse. La progression est donc dictée par le chirurgien et par le contrôle radiologique, pas par le confort du patient. La mobilité obtenue sera moindre, ce qui n'empêche pas d'excellents résultats fonctionnels à long terme, comme le montre le recul de 18 ans.
Résumé opérationnel, du premier contact à l'orientation.
La question qui change le diagnostic est la plus simple : « vous êtes-vous déjà blessé ce poignet, même il y a très longtemps ? ». Une chute sur la main à vingt ans, un plâtre de six semaines, une entorse jamais explorée : c'est ce qui distingue une arthrose post-traumatique péri-scaphoïdienne d'une arthrose primitive, et cela oriente la lecture des images.
Non. La rhizarthrose est l'arthrose de l'articulation trapézo-métacarpienne, à la base du pouce. Le SLAC et le SNAC touchent les articulations autour du scaphoïde, entre le radius et le carpe. Ce sont deux articulations différentes, deux mécanismes différents et deux prises en charge différentes. Le sujet est traité pour lui-même dans l'article consacré à la rhizarthrose.
Celle-là appartient bien au groupe péri-scaphoïdien : elle représentait 27 % des arthroses dégénératives du poignet dans la série de Watson, contre 57 % pour le SLAC. Elle se situe entre le pôle distal du scaphoïde, le trapèze et le trapézoïde, donc juste sous la base du pouce, ce qui explique la confusion clinique avec la rhizarthrose.
Oui, quand elle comportait une lésion du ligament scapho-lunaire passée inaperçue. C'est précisément le mécanisme du SLAC, et la série de Vender documente un délai de plusieurs années entre la lésion et les premiers remaniements visibles.
La question relève du chirurgien, et la réponse dépend de l'âge, de la localisation, de la vascularisation et de la gêne. Ce que la littérature apporte : la consolidation est bien meilleure quand le pôle proximal et la nécrose avasculaire sont hors du tableau (96,5 % contre 86,8 %), et une série de pseudarthroses jamais traitées, anciennes de plusieurs décennies, retrouvait des résultats fonctionnels passables à bons.
Sur les données agrégées les plus larges, la résection de la première rangée obtient de meilleures amplitudes et une douleur moindre, avec moins de conversions secondaires en arthrodèse totale. La force de préhension, elle, ne diffère pas. Ces comparaisons ne viennent pas d'essais randomisés, et le choix intègre l'âge, la profession et l'état du capitatum.
Non, et il vaut mieux l'annoncer. Aucune des deux techniques ne rétablit la force du côté sain, et la méta-analyse ne les départage pas sur ce point. L'objectif réaliste est une main utilisable, indolore, avec une force suffisante pour l'activité visée.
Aucun essai ne le montre. Le rationnel proprioceptif décrit par Hagert justifie un travail de contrôle moteur du poignet, mais il décrit un mécanisme, pas un résultat clinique. Ce qui est établi, c'est que la lésion non traitée conduit au collapsus : c'est donc le diagnostic précoce et l'avis chirurgical qui font la différence, pas la rééducation seule.
Dix-huit références, résolues une à une par l'API PubMed E-utilities. Pour chacune, le résumé a été lu intégralement et les chiffres cités dans l'article vérifiés à la source. L'année retenue est celle du fascicule, relue sur la fiche XML : le premier champ « année » d'une fiche PubMed est parfois une date de révision, et décale la citation d'un an.
Le corpus traite séparément les voisins immédiats de ce tableau. La rhizarthrose concerne l'articulation trapézo-métacarpienne, sous la base du pouce, et ne relève pas de la même mécanique. L'arthrose digitale interphalangienne couvre le versant primitif de l'arthrose de la main. En amont du poignet SNAC, la fracture du scaphoïde carpien traite la lésion initiale et le moment où tout se joue encore : le diagnostic d'une fracture que la radiographie n'écarte pas, et l'immobilisation dont la durée décide de la consolidation. Cet article-ci reprend là où celui-là s'arrête, quand la pseudarthrose est constituée. Enfin, deux causes fréquentes de douleur du poignet à éliminer avant de conclure : les kystes synoviaux du poignet et la maladie de Kienböck, qui touche justement le lunatum dont dépendent les chirurgies décrites ici.