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Le syndrome du nerf supra-scapulaire

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Une épaule douloureuse qui perd du volume musculaire n'est pas une tendinopathie. Cet article traite une atteinte nerveuse tronculaire, la souffrance du nerf supra-scapulaire sur son trajet, là où les autres pages d'épaule du site traitent des atteintes tendineuses et capsulaires : la tendinopathie de la coiffe des rotateurs, la rupture dégénérative, la tendinopathie du long biceps, la capsulite rétractile et l'instabilité. La confusion n'est pas théorique : une amyotrophie du sus- ou du sous-épineux rééduquée comme un renforcement de coiffe, ce sont des mois perdus, et parfois une involution graisseuse devenue irréversible.

Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : chaque identifiant a été résolu et chaque résumé lu avant d'être cité. Chaque chiffre porte sa référence à l'endroit où il est écrit ; la bibliographie complète, avec PMID et DOI, figure en fin d'article.

Le syndrome du nerf supra-scapulaire en trois chiffres

Rare en consultation, très fréquent chez le sportif de lancer, et curable quand un kyste le cause

Trois chiffres clés du syndrome du nerf supra-scapulaire Le diagnostic est confirmé par électromyogramme chez 4,3 % des nouveaux patients d'une consultation d'épaule ; 52 à 60 % des joueurs de tennis professionnels ont une amyotrophie du sous-épineux du côté dominant, le plus souvent asymptomatique ; le kyste de l'échancrure spino-glénoïdienne représente 42 % des causes parmi les cas traités sous arthroscopie. 4,3 % des nouveaux patients d'une consultation d'épaule ont une neuropathie confirmée par électrodiagnostic Boykin 2011, n = 92 explorés 52-60 % des joueurs de tennis pros ont une amyotrophie du sous- épineux du bras dominant, le plus souvent sans symptôme Young 2015 ; Ellenbecker 2020 42 % des causes opérées sont un kyste de l'échancrure spino-glénoïdienne : une cause visible et réversible Memon 2018, 259 patients

Sources : Boykin RE et coll., J Shoulder Elbow Surg 2011 (PMID 21277806) ; Young SW et coll., Am J Sports Med 2015 (PMID 26078449) ; Ellenbecker TS et coll., Orthop J Sports Med 2020 (PMID 33195711) ; Memon M et coll., Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2018 (PMID 28879607).

En bref : ce qu'il faut retenir

  • Le signe qui doit alerter est l'amyotrophie. Un creux dans la fosse sus-épineuse ou sous-épineuse, avec une faiblesse en rotation externe hors de proportion avec la douleur rapportée. Une tendinopathie fait mal ; elle ne fait pas fondre le muscle.
  • Deux sites de compression, deux tableaux. À l'échancrure supra-scapulaire, les deux muscles sont touchés et la douleur est habituelle. À l'échancrure spino-glénoïdienne, le sous-épineux est seul atteint et le tableau est souvent indolore. La topographie de l'amyotrophie localise donc la lésion.
  • Le kyste para-labral est une cause fréquente et curable, presque toujours associé à une lésion du labrum supérieur. C'est l'une des rares épaules douloureuses où l'imagerie a un vrai rendement décisionnel.
  • Chez le volleyeur et le joueur de tennis, l'amyotrophie isolée du sous-épineux est la règle, pas l'exception, et elle est le plus souvent bien tolérée. Elle ne se traite pas parce qu'elle se voit.
  • Le diagnostic différentiel le plus subtil est le syndrome de Parsonage-Turner : installation brutale et très douloureuse pour lui, progressive et souvent peu douloureuse pour la compression tronculaire.
  • Le niveau de preuve thérapeutique est faible : aucun essai randomisé, une seule série conservatrice de 15 patients publiée en 1997, et des séries chirurgicales de niveau IV.

Quels sont les fondamentaux à connaître sur le nerf supra-scapulaire ?

Un nerf mixte, court, et contraint deux fois sur son trajet par des défilés osseux et ligamentaires. C'est cette double contrainte qui fait toute la clinique du syndrome : selon l'étage où le nerf souffre, il n'emporte pas les mêmes muscles.

Le nerf supra-scapulaire naît du tronc supérieur du plexus brachial, à partir des racines C5 et C6, avec une contribution inconstante de C4. Il quitte le plexus au niveau du point d'Erb, chemine sous le muscle omo-hyoïdien et le trapèze, puis atteint le bord supérieur de la scapula, où commence la partie de son trajet qui nous intéresse.

Sa première contrainte est l'échancrure supra-scapulaire, une encoche du bord supérieur de la scapula, en dedans de la base du processus coracoïde. Elle est fermée en haut par le ligament transverse supérieur de la scapula. Le nerf passe sous ce ligament ; l'artère supra-scapulaire passe au-dessus. Cette dissociation est un repère anatomique classique, et elle explique que la souffrance nerveuse à cet étage ne s'accompagne d'aucun signe vasculaire.

Sa seconde contrainte est l'échancrure spino-glénoïdienne, plus latérale et plus basse, à la jonction entre la base de l'épine de la scapula et le col de la glène. Le nerf y contourne le bord latéral de l'épine pour passer de la fosse sus-épineuse à la fosse sous-épineuse. Un ligament transverse inférieur, dit spino-glénoïdien, peut le recouvrir, mais il n'est pas constant : sur 79 épaules cadavériques, Ticker et coll. ne l'ont retrouvé que dans 14 % des cas1.

La forme et les dimensions de l'échancrure supra-scapulaire varient beaucoup d'un sujet à l'autre. Polguj et coll., qui en proposent une classification en cinq types à partir de 86 scapulas, ont mesuré un ligament transverse supérieur partiellement ossifié dans 23,3 % des cas et complètement ossifié dans 7 %49. Ces chiffres sont utiles à connaître, mais on verra plus bas qu'ils ne prédisent pas la maladie.

Ce que le nerf commande, et ce qu'il fait sentir

Sur le plan moteur, il n'innerve que deux muscles, et il les innerve seuls : le sus-épineux, par des branches naissant dans la fosse sus-épineuse, et le sous-épineux, par des branches naissant après le passage spino-glénoïdien. Aucun autre nerf ne les supplée. C'est ce qui rend l'amyotrophie si lisible : la fosse se creuse exactement là où le nerf a cessé de commander.

Sur le plan sensitif, le nerf supra-scapulaire n'a habituellement pas de territoire cutané : on ne cherchera donc pas de zone d'hypoesthésie sur la peau de l'épaule, et son absence n'écarte rien. En revanche, il assure une part importante de l'innervation sensitive profonde de l'articulation. Dans une étude de 31 épaules cadavériques, Vorster et coll. ont retrouvé une branche sensitive dans 87,1 % des épaules et une branche acromiale dans 74,2 %2. Borbas et coll., sur 27 épaules, ont retrouvé une branche sensitive destinée à l'articulation acromio-claviculaire dans 100 % des cas, et une seconde branche pour la capsule postérieure dans 52 %3. La douleur d'un syndrome supra-scapulaire est donc profonde, postéro-supérieure et mal localisée, ce qui explique une bonne partie des errements diagnostiques.

L'anatomie du nerf en quatre chiffres

Ce que la dissection dit de sa forme, de ses variantes et de ses branches

Quatre repères anatomiques chiffrés du nerf supra-scapulaire L'échancrure supra-scapulaire est en U dans 77 % des scapulas ; le ligament transverse supérieur est partiellement ou complètement ossifié dans 30 % des cas ; le ligament transverse inférieur n'existe que dans 14 % des épaules ; une branche sensitive est présente dans 87 % des épaules. 77 % des échancrures sont en U, 23 % en V Même forme des deux côtés chez 89 % des sujets Ticker 1998, 79 épaules 30 % de ligaments ossifiés 23,3 % en partie, 7 % en totalité L'ossification augmente avec l'âge Polguj 2011, 86 scapulas 14 % ont un ligament spino-glénoïdien Le défilé distal n'est donc pas toujours ligamentaire Ticker 1998, 79 épaules 87 % ont une branche sensitive articulaire Mais aucun territoire cutané à rechercher Vorster 2008, 31 épaules

Sources : Ticker JB et coll., J Shoulder Elbow Surg 1998 (PMID 9814925) ; Polguj M et coll., Surg Radiol Anat 2011 (PMID 21590338) ; Vorster W et coll., J Shoulder Elbow Surg 2008 (PMID 18262803).

Le trajet et ses deux défilés

Le schéma ci-dessous reprend le trajet du nerf sur une vue postérieure de la scapula droite, avec les deux sites de compression numérotés. C'est la carte à garder en tête pendant tout l'examen : elle suffit à convertir un creux observé en une hypothèse topographique.

Trajet du nerf supra-scapulaire et ses deux sites de compression

Vue postérieure de la scapula droite. Le site atteint décide des muscles touchés, et donc de ce que l'on voit

Trajet du nerf supra-scapulaire et ses deux échancrures Le nerf franchit d'abord l'échancrure supra-scapulaire sous le ligament transverse supérieur, donne ses branches au sus-épineux, puis contourne la base de l'épine de la scapula à l'échancrure spino-glénoïdienne avant de se terminer dans le sous-épineux. Une compression à l'échancrure supra-scapulaire touche les deux muscles ; une compression spino-glénoïdienne n'atteint que le sous-épineux. 1 2 Sus-épineux Sous-épineux Épine de la scapula Glène Nerf supra-scapulaire (C5-C6) 1 Échancrure supra-scapulaire Sous le ligament transverse supérieur. Les DEUX muscles. Douleur habituelle. 2 Échancrure spino-glénoïdienne Base de l'épine, contre la glène. Sous-épineux SEUL. Souvent peu ou pas douloureux. Légende Nerf supra-scapulaire Branches motrices Ligament transverse sup. Ligament spino-glénoïdien (inconstant : 14 %) Schéma explicatif, non à l'échelle.

Schéma explicatif. Données anatomiques : Ticker JB et coll., J Shoulder Elbow Surg 1998 (PMID 9814925) ; Piasecki DP et coll., J Am Acad Orthop Surg 2009 (PMID 19880677) ; Clavert P, Thomazeau H, Orthop Traumatol Surg Res 2014 (PMID 25454727).

Deux mécanismes distincts, souvent confondus

La littérature réunit sous un même nom deux mécanismes qui ne se traitent pas pareil.

Le premier est la compression : quelque chose occupe la place et écrase le nerf dans un défilé. Kyste para-labral, tumeur, cal osseux après fracture de la scapula, ostéophyte. Ces causes ont un point commun décisif : elles sont visibles à l'imagerie et le plus souvent réversibles.

Le second est la traction : le nerf, court et fixé à ses deux extrémités, est étiré de façon répétée par les mouvements extrêmes de l'épaule. C'est le mécanisme du sportif de lancer, décrit dès 1987 par Ferretti chez les volleyeurs, où la mise en tension survient lors de l'armé et surtout de l'accompagnement du service4. Ici, rien à voir à l'imagerie sinon les conséquences musculaires.

Cette distinction commande tout le reste : on décomprime ce qui comprime, on décharge ce qui tracte.

Ce que la variante anatomique ne prouve pas

Il est tentant de faire de l'échancrure étroite ou du ligament ossifié la cause du syndrome. La plus grande série publiée l'interdit : sur 1 063 épaules examinées en scanner tridimensionnel, dont 53 avec paralysie du nerf supra-scapulaire, Honoki et coll. n'ont retrouvé aucune différence de type d'échancrure ni d'ossification entre les épaules paralysées et les autres5. Ces variantes sont des facteurs de vulnérabilité plausibles, pas des explications. Et comme 34,4 % des sujets ont des échancrures asymétriques d'un côté à l'autre6, la comparaison au côté sain n'est pas non plus un argument suffisant.

À retenir

  • Nerf mixte C5-C6, seul commandant du sus-épineux et du sous-épineux : aucune suppléance, donc une amyotrophie parlante.
  • Deux défilés : l'échancrure supra-scapulaire, en amont des branches du sus-épineux, et l'échancrure spino-glénoïdienne, en aval.
  • Pas de territoire cutané : ne pas chercher d'hypoesthésie, et ne rien conclure de son absence.
  • Deux mécanismes : compression, visible et réversible, et traction, invisible et liée au geste.
  • Les variantes de l'échancrure ne prédisent pas la maladie.

Pourquoi la topographie de l'amyotrophie localise-t-elle la lésion ?

C'est l'élégance de ce syndrome, et son intérêt pratique le plus immédiat : le nerf donne ses branches au sus-épineux avant de franchir le second défilé. Regarder quelle fosse est creusée, c'est déjà situer la lésion sur le trajet.

Le raisonnement tient en une phrase. Les branches destinées au sus-épineux naissent dans la fosse sus-épineuse, avant l'échancrure spino-glénoïdienne. Donc :

  • une lésion à l'échancrure supra-scapulaire est située en amont de tout : elle prive les deux muscles, et l'on observe un creusement des deux fosses ;
  • une lésion à l'échancrure spino-glénoïdienne est située en aval des branches du sus-épineux : elle ne prive que le sous-épineux, et le creusement est isolé sous l'épine de la scapula.

Une amyotrophie isolée du sous-épineux, avec un sus-épineux normal, situe la lésion au défilé spino-glénoïdien avant même le premier examen complémentaire.

Comparaison des deux sites de compression du nerf supra-scapulaire : muscles atteints, tableau douloureux, causes dominantes et rendement de l'imagerie
Ce que l'on compareÉchancrure supra-scapulaireÉchancrure spino-glénoïdienne
Muscles atteintsSus-épineux et sous-épineuxSous-épineux seul
Ce que l'on voitLes deux fosses se creusent, de part et d'autre de l'épineUn creux isolé sous l'épine de la scapula
Déficit fonctionnelAbduction et rotation externe, souvent modéré (le deltoïde compense l'abduction)Rotation externe seule, parfois marquée
DouleurHabituelle, postéro-supérieure, sourde et mal localiséeSouvent absente ou minime, surtout chez le sportif
Causes dominantesTraction, variantes du défilé, séquelles de fracture de la scapula, kyste (un tiers des kystes)Kyste para-labral (deux tiers des kystes), traction du geste de lancer
Rendement de l'imagerieVariable : souvent normale en dehors des conséquences musculairesÉlevé : c'est là que l'IRM trouve les kystes

Répartition des kystes selon le site : 33 % à l'échancrure supra-scapulaire et 67 % à l'échancrure spino-glénoïdienne dans la série de Feinberg et coll. (9 patients, PMID 30291636). Les autres éléments du tableau synthétisent Piasecki 2009 (PMID 19880677), Clavert 2014 (PMID 25454727) et Bozzi 2020 (PMID 32707860).

Pourquoi le sous-épineux, et pas le sus-épineux, chez le sportif

Le fait clinique est constant : chez le volleyeur, le lanceur et le joueur de tennis, l'amyotrophie est isolée au sous-épineux, dans une proportion écrasante de cas. Deux explications se complètent.

La première est mécanique : au moment de l'armé et de l'accompagnement, le nerf est plaqué et étiré contre le bord latéral de l'épine de la scapula. Fabis-Strobin et coll. ont modélisé la force de compression exercée sur le tronc latéral du nerf par la contraction du sous-épineux, en fonction de l'angle que fait le nerf avec l'épine scapulaire. Les scapulas dont cet angle est le plus fermé subissent une force supérieure de 28 à 31 % à celle des autres, ce qui pourrait expliquer pourquoi certains joueurs sont touchés et d'autres non7. Il faut lire ce travail pour ce qu'il est : une simulation sur pièces anatomiques sèches, pas une mesure clinique, et ses auteurs le disent explicitement.

La seconde est topographique : la branche destinée au sous-épineux est terminale, donc elle est la seule à traverser le second défilé. Tout ce qui se passe à ce niveau ne peut atteindre qu'elle.

Le contre-exemple qui protège d'une erreur

La topographie oriente, elle ne tranche pas seule. Meyer et coll. rapportent le cas d'un homme de 40 ans ayant présenté une douleur brutale de l'épaule gauche après avoir soulevé son enfant, avec des amplitudes complètes, des tests de Jobe et de Patte indolores mais une force diminuée, un électromyogramme raréfié et une IRM montrant un œdème de dénervation des deux muscles. Le tableau évoquait donc une compression à l'échancrure supra-scapulaire, et l'indication opératoire semblait acquise. Une neurographie par IRM du plexus brachial a redressé le diagnostic : il s'agissait d'une lésion de traction, sans compression. Le patient a récupéré sans chirurgie, avec un électromyogramme normalisé à un an8.

À retenir

  • Les branches du sus-épineux naissent avant le second défilé : c'est ce qui rend la topographie informative.
  • Deux fosses creusées : penser à l'échancrure supra-scapulaire. Une seule fosse, sous l'épine : penser à l'échancrure spino-glénoïdienne.
  • Chez le sportif overhead, l'atteinte est presque toujours isolée au sous-épineux.
  • La topographie oriente le site, pas le mécanisme : une atteinte des deux muscles peut être une traction, pas une compression.

Comment reconnaître un syndrome du nerf supra-scapulaire à l'examen ?

Il n'existe aucun test clinique validé pour ce syndrome, et les revues récentes le disent sans détour. Ce qui reste est l'inspection, la mesure de la force, et une règle de proportion : quand le déficit dépasse largement la douleur, il faut penser au nerf.

Commençons par l'aveu que la littérature fait elle-même. Dans leur revue de 2025, Ayik et coll. écrivent qu'il n'existe pas de méthode définitive pour poser ce diagnostic, et qu'il se construit par accumulation d'arguments : anamnèse, examen comparatif des deux épaules, imagerie, électrodiagnostic, parfois bloc anesthésique9. Aucun test d'épaule ne fait ici ce que le test de Lachman fait au genou.

La revue de concepts actuels de Bozzi et coll., qui a retenu 59 études, formule la même chose autrement : le diagnostic peut être complexe, il repose sur une évaluation instrumentale et une imagerie appropriées, et un diagnostic rapide est déterminant parce que les formes chroniques ont de moins bons résultats que les formes aiguës48. Le temps est donc une variable du pronostic, pas seulement du confort.

Le premier temps : regarder, avant de toucher

L'inspection comparative des deux fosses scapulaires, patient torse nu, bras le long du corps puis en légère abduction, est le geste le plus rentable de l'examen. On cherche un creux, une saillie plus nette de l'épine de la scapula, une perte du galbe sous l'épine. Le point important est que ce creux est visible : dans les grandes séries de sportifs, l'amyotrophie a été retenue sur ce seul critère d'inspection, avec accord entre deux examinateurs indépendants, un chirurgien et un kinésithérapeute chez Ellenbecker, deux chirurgiens chez Young1011.

Deux pièges pratiques. D'abord, un trapèze développé peut masquer un creux sus-épineux : c'est la fosse sous-épineuse qui se lit le mieux. Ensuite, la comparaison au côté controlatéral est indispensable, mais elle a ses limites chez le sportif unilatéral, dont le côté dominant est normalement plus musclé : un côté dominant simplement égal au non-dominant est déjà suspect.

Le deuxième temps : mesurer la rotation externe

La faiblesse de rotation externe est le corrélat fonctionnel de l'amyotrophie, et elle se mesure. Chez 153 joueurs de tennis professionnels, l'amyotrophie observée visuellement était significativement corrélée à la force de rotation externe mesurée coude au corps (p = 0,001) et à 90° d'abduction (p = 0,009)10. Chez le volleyeur, Ferretti mesurait dès 1987 une perte d'environ 22 % de force en rotation externe au dynamomètre isocinétique4, et Lajtai retrouvait sur 35 beach-volleyeurs professionnels une force de rotation externe abaissée à 90 % de celle du côté sain12.

En pratique, un dynamomètre à main suffit pour objectiver un déficit et pour le suivre. Le testing manuel, lui, est trop grossier : Ellenbecker note d'ailleurs l'absence de corrélation entre l'amyotrophie et un testing manuel instrumenté du sus-épineux, le test du bras tombant ne dit rien du sous-épineux.

Le troisième temps : la règle de proportion

C'est le raisonnement central de cet article. Une tendinopathie de coiffe fait mal, limite par la douleur, et s'accompagne d'une force qui remonte quand on soulage la douleur. Une atteinte nerveuse fait perdre du muscle, et le déficit persiste sans rapport avec le niveau douloureux.

Quand la faiblesse en rotation externe est disproportionnée par rapport à la douleur, et qu'un creux se voit dans la fosse, ce n'est pas une tendinopathie.

Ce déséquilibre est d'autant plus parlant que la neuropathie supra-scapulaire est souvent indolore. Dans la série de Mazza et coll. portant sur 82 volleyeurs professionnels, 9 % des hommes et 12 % des femmes avaient une hypotrophie du sous-épineux ; chacun d'eux avait une faiblesse en rotation externe ; aucun ne rapportait de douleur ni de baisse de performance13.

Que faire devant une fosse scapulaire creusée

Arbre d'orientation : les trois questions qui séparent l'urgence, l'exploration et la surveillance

Arbre décisionnel devant une amyotrophie de la fosse scapulaire Devant une amyotrophie visible, on demande d'abord si l'installation a été brutale et très douloureuse, ce qui oriente vers un syndrome de Parsonage-Turner et vers un avis neurologique. Sinon, on demande si l'atteinte est isolée au sous-épineux et douloureuse, ce qui impose une IRM à la recherche d'un kyste para-labral. En l'absence de douleur chez un sportif overhead, on surveille et on renforce sans explorer systématiquement. Amyotrophie visible d'une fosse scapulaire avec faiblesse en rotation externe 1. L'installation a-t-elle été brutale et très douloureuse ? Douleur intense d'emblée, nocturne, puis faiblesse en quelques jours OUI NON Penser Parsonage-Turner Chercher une atteinte multitronculaire (thoracique long, scapula ailée), avis neurologique, EMG 2. Douleur postérieure présente ? ou déficit qui gêne le geste quotidien OUI NON IRM de l'épaule Rechercher un kyste para-labral et une lésion du labrum supérieur, apprécier l'involution graisseuse. Compléter par un EMG Sportif overhead asymptomatique : surveiller, renforcer, ne pas explorer systématiquement Kyste retrouvé Avis chirurgical : réparation labrale Pas de kyste Rééducation, réévaluer à 6 mois Arbre d'orientation, pas de recommandation formalisée : aucune société savante n'en publie sur ce sujet. Synthèse d'auteur à partir de Bozzi 2020, Ashton 2025 et Ayik 2025.

Synthèse d'auteur, sans équivalent recommandationnel. Éléments repris de Bozzi F et coll., J Clin Med 2020 (PMID 32707860) ; Ashton F et coll., Indian J Orthop 2025 (PMID 40511344) ; Ayik G et coll., Int Orthop 2025 (PMID 40082300).

  • Installation brutale avec douleur intense, nocturne, insomniante, précédant la faiblesse de quelques jours : c'est le mode d'entrée du syndrome de Parsonage-Turner, pas d'une compression tronculaire. Avis neurologique.
  • Atteinte de plusieurs troncs nerveux : scapula ailée associée (nerf thoracique long), déficit du deltoïde (nerf axillaire), atteinte distale du membre. La compression supra-scapulaire est, par construction, isolée.
  • Amyotrophie évolutive sans facteur déclenchant, chez un patient de plus de 50 ans, avec altération de l'état général : une masse tumorale de la région scapulaire est décrite parmi les causes de compression. L'imagerie n'est pas optionnelle.
  • Douleur cervicale associée, irradiation distale, signes sensitifs dans un territoire radiculaire : évoquer une névralgie cervico-brachiale, dont l'atteinte C5-C6 peut mimer le tableau moteur.
  • Symptômes vasculaires positionnels, œdème ou coloration du membre : évoquer un syndrome du défilé thoracique.

À retenir

  • Aucun test clinique validé : le diagnostic se construit par faisceau d'arguments.
  • L'inspection comparative torse nu est le geste le plus rentable.
  • Mesurer la rotation externe au dynamomètre, pas seulement au testing manuel.
  • Chez le sportif unilatéral, un côté dominant simplement égal au côté sain est déjà anormal.
  • La règle de proportion : un déficit qui dépasse largement la douleur oriente vers le nerf.

Comment le distinguer d'une tendinopathie, d'une capsulite ou d'un Parsonage-Turner ?

Le diagnostic différentiel de l'épaule amyotrophique est le cœur de cet article. C'est là que se joue la différence entre une rééducation utile et des mois perdus à renforcer une coiffe que le nerf ne commande plus.

Une remarque de cadrage, d'abord : les entités qui suivent ne sont pas toutes exclusives. Une rupture de coiffe peut coexister avec un kyste ; un patient peut avoir une tendinopathie et une neuropathie. Le tableau ci-dessous n'a pas pour but de choisir un vainqueur mais de dire, pour chaque signe, ce qu'il oriente.

Diagnostic différentiel de l'épaule amyotrophique : syndrome du nerf supra-scapulaire, syndrome de Parsonage-Turner, rupture massive de coiffe, tendinopathie de coiffe, capsulite rétractile et névralgie cervico-brachiale
Ce que l'on compare Syndrome du nerf supra-scapulaire Syndrome de Parsonage-Turner Rupture massive de coiffe Tendinopathie de coiffe Capsulite rétractile Névralgie cervico-brachiale
Installation Progressive, sur semaines à mois ; parfois découverte fortuite Brutale, souvent nocturne, en quelques heures Progressive, ou brutale après un traumatisme Progressive, liée à la charge Progressive, en trois phases Souvent subaiguë, cervicalgie initiale
Douleur initiale Modérée ou absente, postéro-supérieure, mal localisée Sévère et continue, environ 4 semaines Modérée à sévère, nocturne Mécanique, à l'effort et en fin d'amplitude Vive, permanente en phase 1 Radiculaire, irradiée dans le membre
Amyotrophie Fosse sus- et/ou sous-épineuse, selon le site Précoce, parcellaire, souvent plusieurs muscles non contigus Fosses sus- et sous-épineuses, tardive, avec involution graisseuse Absente Absente ou de non-usage, diffuse Possible, dans un myotome (deltoïde, biceps)
Mobilité passive Conservée Conservée (sauf raideur secondaire) Conservée le plus souvent Conservée Limitée dans tous les plans Conservée
Atteinte d'autres nerfs Non, par définition Fréquente : thoracique long, spinal, interosseux antérieur Non Non Non Territoire radiculaire, pas tronculaire
Troubles sensitifs Aucun territoire cutané Présents dans 78 % des cas Aucun Aucun Aucun Dans le dermatome concerné
Examen décisif IRM (kyste) et EMG EMG et IRM ou échographie haute résolution (constrictions en sablier) Échographie ou IRM Clinique ; imagerie peu contributive Clinique IRM cervicale, EMG
Page dédiée Cet article Article dédié à venir Rupture de coiffe dégénérative Tendinopathie de coiffe Capsulite rétractile Névralgie cervico-brachiale

Données du syndrome de Parsonage-Turner : van Alfen N, van Engelen BGM, Brain 2006, 246 cas (PMID 16371410). Les autres colonnes synthétisent les articles correspondants du site et les revues citées en bibliographie.

Le différentiel le plus subtil : le syndrome de Parsonage-Turner

C'est celui qui mérite le plus d'attention, pour deux raisons. D'abord parce que le nerf supra-scapulaire est précisément l'un des nerfs qu'il touche le plus souvent : dans une série de 355 patients explorés en électrodiagnostic, Seror a dénombré 495 neuropathies, dont 129 du nerf supra-scapulaire, juste derrière le nerf thoracique long (138)14. Une amyotrophie du sus- et du sous-épineux peut donc être l'expression d'une amyotrophie névralgique, et non d'une compression.

Ensuite parce que la conduite à tenir est diamétralement opposée : on ne décomprime pas un Parsonage-Turner, et l'errance chirurgicale y est un risque réel.

La clé est le mode d'installation. Dans la série de référence de van Alfen et van Engelen, portant sur 246 cas, la douleur évolue en trois phases successives, la première étant une douleur sévère et continue durant en moyenne quatre semaines. La parésie apparaît ensuite, alors que la douleur commence à céder. L'atteinte est parcellaire et touche préférentiellement la distribution des troncs supérieur et moyen, avec le nerf thoracique long et/ou le nerf supra-scapulaire dans 71,1 % des cas. Une atteinte sensitive est retrouvée chez 78,4 % des patients15.

La comparaison est nette : installation brutale et très douloureuse d'un côté, progressive et souvent peu douloureuse de l'autre. Un patient qui décrit une nuit précise où la douleur l'a réveillé, suivie d'une faiblesse installée en quelques jours, n'a pas une compression tronculaire chronique.

Trois éléments complémentaires aident encore. La recherche d'une scapula ailée ou d'un déficit d'un autre tronc, qui n'appartient pas au tableau de la compression supra-scapulaire. Le contexte : une infection, une vaccination, une chirurgie ou un accouchement récents sont des déclencheurs décrits16. Et l'imagerie moderne : les constrictions en sablier du nerf, visibles en IRM ou en échographie haute résolution, sont devenues un signe quasi pathognomonique de l'amyotrophie névralgique17.

Un mot de fréquence, enfin, parce qu'il change la probabilité a priori. L'amyotrophie névralgique passait pour rare ; une cohorte prospective en soins primaires a mesuré une incidence de 1 pour 1 000 par an, soit 30 à 50 fois plus que ce qu'on estimait18. Devant une épaule amyotrophique, ce n'est pas un diagnostic d'exception qu'on évoque, mais un diagnostic banal qu'on avait cessé de voir.

Ce que la preuve ne dit pas

On lit souvent que le syndrome de Parsonage-Turner guérit spontanément. La série de van Alfen dit le contraire : chez les patients suivis trois ans ou plus, environ deux tiers gardaient une douleur ou une parésie15, et la revue de 2020 de Gstoettner et coll. rappelle que la majorité n'obtient pas de récupération complète17. Annoncer une guérison spontanée à un patient est une promesse que la littérature ne soutient pas.

La rupture massive de coiffe, un différentiel et une controverse

La rupture massive rétractée est le second grand pourvoyeur d'amyotrophie des deux fosses, et l'association avec une neuropathie supra-scapulaire a été très discutée. L'hypothèse est mécanique : la rétraction médiale du sus-épineux et du sous-épineux tracte le nerf, fixé à ses défilés.

Deux séries anciennes ont fortement soutenu ce lien. Mallon et coll. ont rapporté 8 patients porteurs d'une rupture massive, tous avec un électromyogramme anormal19. Costouros et coll., sur 26 ruptures massives, ont retrouvé une atteinte nerveuse périphérique chez 54 % des patients, dont 38 % d'atteinte supra-scapulaire isolée, avec récupération électrophysiologique après réparation arthroscopique20.

Une étude prospective multicentrique conduite par Collin et coll. a sérieusement tempéré ce résultat. Sur 49 électromyogrammes réalisés chez des patients porteurs de ruptures rétractées du sus-épineux et du sous-épineux, seuls 6 (12 %) présentaient une lésion neurologique, et une seule était une véritable neuropathie supra-scapulaire. Aucune corrélation n'a été trouvée avec le degré d'involution graisseuse. Les auteurs concluent qu'il n'y a aucun argument pour libérer le nerf en routine lors d'une réparation de coiffe21.

Comment trancher pour la pratique ? Le sous-groupe intéressant est celui décrit par Kong et coll. : quand le sous-épineux dégénère plus que le sus-épineux, ce qui est atypique, la rétraction est plus importante et 23 % de ces patients ont un électrodiagnostic anormal22. C'est cette dissociation, un sous-épineux plus atteint que le sus-épineux, qui doit faire évoquer un piégeage associé, et non la rupture massive en elle-même.

À retenir

  • Le mode d'installation sépare la compression tronculaire du Parsonage-Turner : progressive et peu douloureuse contre brutale et très douloureuse.
  • Le nerf supra-scapulaire est le deuxième nerf le plus touché dans l'amyotrophie névralgique : ce différentiel n'est pas théorique.
  • Chercher systématiquement une atteinte d'un autre tronc et des troubles sensitifs.
  • La capsulite se distingue par la limitation passive ; la tendinopathie, par l'absence d'amyotrophie.
  • Dans la rupture massive, c'est la dissociation sous-épineux plus atteint que sus-épineux qui doit alerter, pas la rupture elle-même.

Que valent l'imagerie et l'électromyogramme dans ce syndrome ?

Contrairement à beaucoup d'épaules douloureuses, où l'imagerie trouve des anomalies aussi fréquentes chez les gens qui n'ont mal nulle part, l'IRM a ici un vrai rendement décisionnel : elle peut trouver une cause qu'on sait traiter.

L'IRM, parce qu'elle cherche quelque chose de précis

L'IRM est l'examen de première intention devant une suspicion de neuropathie supra-scapulaire douloureuse. Elle répond à quatre questions dans le même temps.

D'abord, y a-t-il un kyste, et où ? C'est la trouvaille qui change la prise en charge. Ensuite, y a-t-il une lésion du labrum supérieur, qui est presque toujours associée au kyste et qui en est la source. Puis, quel est l'état du muscle : un œdème de dénervation en hypersignal T2 signe une atteinte récente et potentiellement réversible, alors qu'une involution graisseuse signe une atteinte ancienne. Enfin, y a-t-il autre chose : rupture de coiffe, arthrose gléno-humérale, masse.

Cette quatrième question est moins accessoire qu'il n'y paraît. Thomazeau et coll. ont montré, sur 20 patients porteurs d'un kyste spino-glénoïdien, que 75 % avaient un index de subluxation humérale postérieure supérieur à 55 %, et que les kystes accompagnés d'une lésion cartilagineuse s'associaient à des glènes de type B1, B2 ou C. Leur conclusion est directement utile au kinésithérapeute : la prise en charge ne doit pas se limiter à la compression nerveuse, et il faut prévenir le patient qu'une douleur postérieure d'origine articulaire peut persister après le traitement du kyste23.

L'électromyogramme, et ce qu'il ne dit pas tout seul

L'électrodiagnostic reste la référence pour confirmer l'atteinte nerveuse, mais sans critère consensuel. Boykin et coll. rapportent que, parmi les études jugées diagnostiques dans leur pratique, la latence motrice moyenne était de 2,90 ± 0,08 ms pour le sus-épineux et de 3,78 ± 0,14 ms pour le sous-épineux, et que l'anomalie la plus fréquente n'était pas la dénervation, présente chez seulement 33 %, mais l'anomalie des potentiels d'unité motrice, présente chez 88 %24. Casazza et coll. proposent une différence de latence entre les deux côtés de 0,4 ms comme seuil acceptable, avec un recueil à l'aiguille monopolaire, plus reproductible que l'électrode de surface25.

Deux réserves importantes. La première vient d'une revue récente destinée aux électromyographistes : les neuropathies du sportif ne suivent pas les schémas classiques des syndromes canalaires, et un protocole de routine peut passer à côté ; il faut explorer au-delà26. La seconde vient d'une étude d'imagerie : chez 36 patients porteurs d'un kyste para-labral explorés par les deux méthodes, Mun et coll. ont trouvé une discordance entre l'électromyogramme et l'IRM chez 10 d'entre eux : 5 avaient une neuropathie électrique avec un muscle d'apparence normale, et 5 l'inverse27. Aucun des deux examens n'est l'arbitre de l'autre.

Ce que chaque examen apporte, et ce qu'il manque

Chiffres mesurés, sur des populations différentes : à lire comme des ordres de grandeur, pas comme des performances diagnostiques comparables

Rendement des examens complémentaires dans la neuropathie supra-scapulaire Chez les patients suspects cliniquement ou radiologiquement, l'électrodiagnostic confirme le diagnostic dans 43 % des cas. Parmi les patients opérés d'un kyste para-labral, l'IRM montrait une dénervation ou une amyotrophie du sous-épineux dans 60,4 % des cas et l'électromyogramme une neuropathie dans 58,3 %, avec une discordance entre les deux examens chez 28 % des patients explorés par les deux méthodes. Parmi les patients ayant un électromyogramme diagnostique, seuls 33 % avaient des signes francs de dénervation. Proportion de résultats positifs (%) EMG chez les patients déjà suspects 43 % Boykin 2011, n = 92 IRM : dénervation ou amyotrophie (kystes) 60,4 % Mun 2024, n = 43 EMG : neuropathie confirmée (kystes) 58,3 % Mun 2024, n = 36 EMG et IRM discordants 28 % Mun 2024, 10 patients sur 36 Signes francs de dénervation à l'EMG 33 % Boykin 2011, parmi les EMG positifs 0 20 40 60 80 100 Populations et questions différentes : ces barres ne se comparent pas entre elles, chacune répond à sa propre question.

Sources : Boykin RE et coll., J Shoulder Elbow Surg 2011 (PMID 21277806) ; Mun JW et coll., Am J Sports Med 2024 (PMID 39439307).

L'échographie et la neurographie par IRM

L'échographie a deux usages ici. Elle voit bien le kyste spino-glénoïdien quand il est volumineux, et elle permet de mesurer l'épaisseur du sous-épineux, ce qui rend l'amyotrophie objectivable et suivable : un intérêt souligné dans le commentaire clinique de Lambrecht et coll. pour le suivi des joueurs de tennis28. Elle sert aussi à guider une ponction ou une infiltration.

La neurographie par IRM est l'apport le plus récent. C'est elle qui montre les constrictions en sablier de l'amyotrophie névralgique17, et c'est elle qui a redressé le diagnostic dans le cas de Meyer et coll. évoqué plus haut, en distinguant une lésion de traction d'une compression8. Elle n'est pas disponible partout, mais elle mérite d'être demandée quand la question est précisément « faut-il opérer ? ».

À retenir

  • L'IRM répond à quatre questions à la fois : kyste, labrum, état du muscle, pathologie associée.
  • L'involution graisseuse est le marqueur pronostique le plus utile : elle ne se récupère pas.
  • L'électromyogramme confirme mais ne localise pas toujours, et un quart des patients ont des résultats discordants avec l'IRM.
  • L'échographie sert au suivi quantitatif de l'épaisseur musculaire.
  • La neurographie par IRM tranche entre compression et traction quand l'indication opératoire se pose.

Le kyste para-labral : pourquoi cette cause change-t-elle la donne ?

C'est la partie de ce syndrome où l'on sait le mieux quoi faire. Un kyste comprime le nerf, il vient d'une brèche du labrum, et le traiter fait disparaître le kyste dans neuf cas sur dix.

Un mécanisme de valve unidirectionnelle

Le kyste para-labral n'est pas une tumeur : c'est une poche de liquide synovial sortie de l'articulation. L'hypothèse dominante est celle d'une valve unidirectionnelle : une déchirure du labrum supérieur, typiquement une lésion SLAP, laisse le liquide s'échapper vers l'arrière sans pouvoir revenir, et la poche grossit jusqu'à venir buter contre le nerf à l'échancrure spino-glénoïdienne.

Cette hypothèse a été validée indirectement, et de la meilleure façon qui soit : en montrant que fermer la brèche suffit. Schroder et coll. ont traité prospectivement 42 patients porteurs d'une déchirure labrale postéro-supérieure avec kyste par une simple réparation labrale, sans toucher au kyste. Sur les IRM de contrôle, le kyste avait disparu chez 37 patients (88 %) et nettement diminué chez les 5 autres, qui étaient tous indolores et satisfaits. Le score de Rowe est passé de 61,5 à 9829.

Le kyste n'est pas la maladie, il en est la conséquence : c'est la brèche du labrum qu'il faut fermer.

Rare en anatomie, fréquent en pathologie

Un contraste vaut d'être noté. Sur 79 épaules cadavériques examinées par Ticker et coll., un seul kyste a été retrouvé, soit une incidence de 1 %1. Autrement dit, le kyste para-labral n'est pas une variante anatomique banale. Mais dès qu'on regarde la population des patients traités chirurgicalement pour une neuropathie supra-scapulaire, il devient la première cause : dans la revue systématique de Memon et coll. portant sur 259 patients, le kyste de l'échancrure spino-glénoïdienne représentait 42 % des étiologies30. C'est ce que Clavert et Thomazeau écrivaient déjà en 2014 dans leur revue française : les causes les plus fréquentes sont les kystes para-labraux et les microtraumatismes du sportif de haut niveau31.

Faut-il décomprimer le kyste, ou seulement réparer le labrum ?

C'est la seule vraie controverse thérapeutique de ce sujet, et elle est instructive parce que les deux camps ont des données.

Pour la réparation seule. Outre Schroder et ses 88 % de disparition, Kim et coll. ont comparé prospectivement 28 patients répartis entre réparation SLAP seule et réparation avec décompression : les scores VAS, Rowe et Constant se sont améliorés significativement dans les deux groupes, sans différence entre eux32. La revue systématique de Schroeder et coll., sur 160 patients issus de 19 études, conclut de même que les résultats sont excellents dans les deux bras et que les données ne montrent aucun avantage à la décompression33.

Pour la décompression associée. Pillai et coll. ont comparé le gain de force en rotation externe : +40 % par rapport au côté sain avec décompression et réparation, contre +10 % avec réparation seule. Leur conclusion est que le gain de force est surtout imputable à la décompression, ce qui remet en question la réparation isolée chez les patients dont le problème principal est la faiblesse34. La série ne compte cependant que 12 patients. Une revue systématique plus récente, portant sur 206 patients, retrouve des taux de résorption comparables (95,5 % avec décompression contre 92,2 % sans) mais des taux de complications de 3,5 % contre 11,4 % et de reprise chirurgicale de 0 % contre 5,3 % en faveur de la décompression35.

Réparation labrale seule ou réparation avec décompression du kyste

Quatre séries, quatre réponses partiellement divergentes : aucune n'est un essai randomisé

Réparation labrale seule contre réparation avec décompression du kyste La réparation seule fait disparaître le kyste dans 88 à 92 pour cent des cas et la décompression associée dans 95,5 pour cent. Le gain de force en rotation externe est de 10 pour cent avec la réparation seule contre 40 pour cent avec décompression dans une série de douze patients. Les complications sont de 11,4 pour cent avec la réparation seule contre 3,5 pour cent avec décompression, et les reprises chirurgicales de 5,3 pour cent contre zéro. Réparation labrale SEULE Réparation + décompression Disparition du kyste Schroder 2008 ; Kim 2023 88-92 % 95,5 % Gain de force en rotation externe Pillai 2011, n = 12 +10 % +40 % Complications Kim 2023, n = 206 11,4 % 3,5 % Reprise chirurgicale Kim 2023, n = 206 5,3 % 0 % Ce que ces chiffres ne disent pas Aucun essai randomisé n'existe. Les séries ne portent pas sur les mêmes patients, et celle qui montre le plus grand écart de force (Pillai) ne compte que douze patients. Ces barres illustrent une controverse, elles ne la tranchent pas.

Sources : Schroder CP et coll., J Bone Joint Surg Am 2008 (PMID 18310702) ; Pillai G et coll., Clin Orthop Relat Res 2011 (PMID 21104358) ; Kim DH et coll., Diagnostics 2023 (PMID 37510107).

Une étude d'imagerie récente réconcilie partiellement les deux camps. Mun et coll. ont comparé 27 patients opérés avec décompression et 16 sans, avec IRM de contrôle à un an : le kyste avait disparu dans 100 % des cas dans les deux groupes, les signes de dénervation du sous-épineux avaient régressé chez tous, et la force de rotation externe s'était améliorée dans les deux groupes sans différence significative27. Le message pratique, pour le kinésithérapeute qui reçoit le patient opéré, est qu'aucune des deux techniques ne doit modifier son programme.

Ce qui ne revient pas

Une donnée traverse toutes les séries et mérite d'être dite au patient avant l'opération : le volume musculaire ne revient pas toujours, et l'involution graisseuse ne revient jamais.

Schroder et coll. sont les plus explicites : les 3 patients dont l'amyotrophie n'était pas accompagnée d'involution graisseuse ont retrouvé un muscle d'apparence normale, tandis que les 7 qui présentaient déjà des remaniements graisseux les ont conservés29. C'est ce qui justifie de ne pas laisser traîner une amyotrophie douloureuse, et c'est ce que Clavert et Thomazeau appellent l'enjeu du diagnostic précoce31.

À l'inverse, la récupération nerveuse est fiable quand la compression est levée. Feinberg et coll. ont exploré 9 patients par électromyogramme avant et après décompression, 3 kystes à l'échancrure supra-scapulaire, 6 à l'échancrure spino-glénoïdienne : tous ont récupéré complètement sur le plan électrophysiologique36.

À retenir

  • Le kyste vient d'une brèche du labrum, par un mécanisme de valve unidirectionnelle.
  • Réparer le labrum suffit à faire disparaître le kyste dans 88 à 92 % des cas.
  • La décompression associée n'améliore pas les scores fonctionnels, mais s'accompagne de moins de complications et de reprises dans la plus grande revue disponible.
  • La récupération nerveuse est fiable ; la récupération du volume musculaire ne l'est pas.
  • L'involution graisseuse constituée est définitive : c'est l'argument le plus fort en faveur d'un diagnostic précoce.

Faut-il traiter l'amyotrophie du volleyeur et du joueur de lancer ?

La réponse courte est non, le plus souvent. C'est probablement le message le plus utile de cet article, et le plus contre-intuitif : chez le sportif overhead, l'amyotrophie isolée du sous-épineux est fréquente, généralement indolore, et elle ne se traite pas parce qu'elle se voit.

Une prévalence qui surprend

Les chiffres sont constants depuis quarante ans, et ils sont élevés. Ferretti et coll. ont examiné 96 volleyeurs de haut niveau lors des championnats d'Europe 1985 : 12 d'entre eux présentaient une paralysie isolée et asymptomatique du sous-épineux du côté dominant4. Holzgraefe et coll. ont trouvé une atteinte du nerf chez 33 % de 66 volleyeurs de haut niveau, toujours du côté du bras de frappe, et latente chez huit des douze explorés électriquement37. Lajtai et coll., sur 35 beach-volleyeurs professionnels examinés en tournoi, ont observé une amyotrophie visible chez 34 % : légère chez 23 %, sévère chez 11 %12.

Au tennis, c'est encore plus fréquent. Chez 125 joueuses professionnelles examinées lors d'un bilan de préparation, Young et coll. ont observé une amyotrophie du sous-épineux dominant chez 52 %, et aucune du côté non dominant11. Chez 153 joueurs professionnels masculins, Ellenbecker et coll. ont trouvé 60,1 % d'amyotrophie dominante contre 0,7 % du côté non dominant10.

Prévalence de l'amyotrophie du sous-épineux chez le sportif overhead

Sept séries, du volley au tennis, avec leurs effectifs et leurs critères : le critère change la mesure

Prévalence de l'amyotrophie du sous-épineux chez le sportif overhead Tennis masculin professionnel 60,1 pour cent, tennis féminin professionnel 52 pour cent, beach-volley professionnel 34 pour cent, volley de haut niveau 33 pour cent selon Holzgraefe, volley universitaire 13,6 pour cent, volley professionnel contemporain 12 pour cent chez les femmes et 9 pour cent chez les hommes, volley de haut niveau 12,5 pour cent dans la série historique de Ferretti. Proportion de joueurs concernés (%) Tennis, hommes pros Ellenbecker 2020, n = 153, inspection 60,1 % Tennis, femmes pros Young 2015, n = 125, inspection 52 % Beach-volley pros Lajtai 2012, n = 35, inspection + EMG 34 % Volley haut niveau Holzgraefe 1994, n = 66, clinique + EMG 33 % Volley universitaire Miura 2019, n = 22, électrophysiologie 13,6 % Volley pros, 2021 Mazza 2021, n = 82, inspection + IRM 12 % / 9 % femmes / hommes Volley haut niveau, 1985 Ferretti 1987, n = 96, inspection 12,5 % 0 10 20 30 40 50 60 Les séries fondées sur l'inspection visuelle trouvent plus que celles qui exigent une anomalie électrophysiologique : ces barres mesurent des choses proches, pas identiques.

Sources : Ferretti A et coll., J Bone Joint Surg Am 1987 (PMID 3805088) ; Holzgraefe M et coll., Br J Sports Med 1994 (PMID 8000816) ; Lajtai G et coll., Am J Sports Med 2012 (PMID 22875791) ; Young SW et coll., Am J Sports Med 2015 (PMID 26078449) ; Miura K et coll., Prog Rehabil Med 2019 (PMID 32789249) ; Ellenbecker TS et coll., Orthop J Sports Med 2020 (PMID 33195711) ; Mazza D et coll., Phys Sportsmed 2021 (PMID 32372683).

Et l'histoire naturelle, qui tranche

La donnée la plus décisive est un suivi à long terme, publié par Ferretti en 1998. Sur 38 athlètes présentant une amyotrophie isolée du sous-épineux, tous volleyeurs de compétition, 35 étaient indolores et ont été traités par un simple renforcement des rotateurs externes. Seize d'entre eux ont été revus à un recul moyen de 5,5 ans : treize jouaient toujours au volley, trois avaient arrêté leur carrière sans symptôme, et l'amyotrophie était inchangée chez tous. Les trois patients opérés, eux, l'avaient été pour une douleur postérieure, et un seul a vu son amyotrophie régresser nettement38.

Une amyotrophie qui ne bouge pas en cinq ans et demi chez des joueurs qui continuent à jouer n'est pas une maladie à traiter : c'est une adaptation à surveiller.

Deux séries récentes vont dans le même sens sur le versant fonctionnel. Chez Young et coll., l'amyotrophie était associée à un meilleur classement, 58 % chez les joueuses classées dans les cent premières mondiales contre 40 % au-delà, et n'était corrélée ni à une pathologie d'épaule associée, ni à une baisse de performance. Les auteurs concluent explicitement que les médecins d'équipe peuvent être rassurés11. Chez Mazza et coll., aucun des joueurs porteurs d'une hypotrophie ne se plaignait de douleur ni de baisse de performance13.

Le geste qui tracte, et le geste qui ne tracte pas

Un résultat de prévention mérite d'être connu, parce qu'il implique directement l'entraîneur. Mazza et coll. ont posé une hypothèse simple : la prévalence de la neuropathie a baissé chez les volleyeurs professionnels depuis les années 1980-1990, et cette baisse coïncide avec l'abandon du service flottant au profit du service smashé sauté. Leur mesure retrouve effectivement 9 à 12 % contre 12,5 à 33 % dans les séries historiques, et ils concluent que le service smashé sauté semble sûr pour le nerf13. C'est une inférence écologique, pas une démonstration causale, mais elle donne un levier concret quand un joueur est symptomatique.

La tension à ne pas escamoter

« Ne pas traiter ce qui ne gêne pas » est la bonne règle, mais l'épaule amyotrophique asymptomatique n'est pas une épaule normale, et il serait malhonnête de le laisser croire. L'équipe de Contemori et Biscarini a mesuré, chez les mêmes volleyeurs professionnels asymptomatiques, trois anomalies : une altération du sens de position de l'épaule dans les trois mouvements testés (p < 10⁻³)39 ; une diminution de la stabilité statique et dynamique de l'épaule, majorée les yeux fermés40 ; et une réorganisation de l'activité musculaire avec plus de deltoïde et de trapèze, moins de dentelé antérieur, un trapèze supérieur recruté plus tôt et un dentelé plus tard41.

Ces travaux portent sur 24 joueurs au total et ne démontrent pas un sur-risque de blessure : ils montrent un mécanisme plausible. La conduite raisonnable n'est ni de traiter tout le monde, ni de dire que tout va bien : c'est de surveiller et de renforcer préventivement, ce que recommandent aussi Miura et coll. au vu du déséquilibre entre rotation externe et interne qu'ils mesurent chez ces joueurs42.

À retenir

  • Un tiers à deux tiers des sportifs overhead de haut niveau ont une amyotrophie du sous-épineux du côté dominant.
  • Elle est le plus souvent indolore, sans retentissement sur la performance, et stable sur plus de cinq ans.
  • Elle n'est pas une indication opératoire : la douleur l'est, l'amyotrophie ne l'est pas.
  • Elle s'accompagne toutefois de déficits proprioceptifs et de contrôle mesurables : surveiller et renforcer, plutôt que rassurer sans rien faire.
  • Chez le volleyeur symptomatique, la technique de service fait partie de l'analyse.

Quelle rééducation proposer, et avec quel niveau de preuve ?

Il faut le dire franchement avant d'entrer dans le détail : il n'existe aucun essai contrôlé randomisé de rééducation dans cette pathologie. La seule série conservatrice publiée compte quinze patients et date de 1997. Tout ce qui suit est donc un raisonnement mécanique appuyé sur des séries de faible niveau.

Ce que la seule série conservatrice montre

Martin et coll. ont revu quinze patients traités non chirurgicalement pour une neuropathie supra-scapulaire confirmée électriquement, avec un recul moyen de trois ans et onze mois. Le traitement consistait en un programme de kinésithérapie visant à restaurer les amplitudes et à renforcer les muscles de l'épaule. Le résultat était excellent chez cinq patients et bon chez sept ; les trois autres ont été opérés faute d'amélioration. Leur conclusion, qui reste la règle trente ans plus tard : en l'absence de lésion compressive bien définie, une neuropathie supra-scapulaire doit être traitée non chirurgicalement43.

Cette règle est reprise par toutes les revues récentes. Ayik et coll. recommandent d'essayer le traitement non opératoire pendant au moins six mois en l'absence de lésion occupante9, et Ashton et coll. rappellent que la majorité des patients répond bien à une approche multimodale44.

Le contenu du programme

Il s'articule autour de quatre axes, qui découlent du mécanisme plus que d'une preuve directe.

1. Réduire la traction avant de renforcer

Le premier temps n'est pas un renforcement, c'est un retrait de contrainte. Chez le sportif, cela signifie suspendre temporairement le geste incriminé (le service, le smash, le lancer), sans arrêter l'activité générale. Le commentaire clinique de Lambrecht et coll. propose une progression explicite : éviter d'abord les mouvements agressants, puis réintroduire progressivement le travail au-dessus de la tête28. Chez le travailleur, cela signifie modifier les tâches en élévation prolongée.

2. Rendre au nerf sa course

Deux cibles ici. La raideur capsulaire postérieure augmente la tension du nerf lors de l'adduction horizontale et de la rotation interne : la traiter est présenté comme une mesure de réduction du risque de compression28. Et les techniques de mobilisation neurale (glissements du nerf, plutôt que mises en tension), visent à restaurer la course du tronc nerveux dans ses défilés. Leur niveau de preuve dans cette indication précise est nul : elles sont proposées sur analogie avec les autres syndromes canalaires.

3. Renforcer les rotateurs externes, en tenant compte du muscle disponible

C'est le cœur du programme, et c'est ce que Ferretti prescrivait déjà à ses 35 volleyeurs indolores38. Deux précisions pratiques. D'abord, le sous-épineux atteint ne répond pas comme un muscle sain : la progression doit être plus lente et guidée par la fatigabilité. Ensuite, le petit rond, innervé par le nerf axillaire, reste disponible et hypertrophie parfois spontanément : Mun et coll. l'ont observé chez 5 patients sur 43, tous porteurs d'une amyotrophie du sous-épineux27. Le travail en rotation externe coude au corps le sollicite préférentiellement.

4. Reprendre le contrôle scapulaire et la proprioception

Les données de Contemori et Biscarini donnent ici des cibles précises et mesurables : réduire la dominance du trapèze supérieur, réveiller le dentelé antérieur, restaurer sa mise en jeu anticipée, et travailler le sens de position, notamment en conditions de vision réduite puisque c'est là que le déficit se démasque4041. La revue de Leider et coll. liste dans le même esprit les muscles à cibler : coiffe, trapèze, angulaire de la scapula, rhomboïdes, dentelé antérieur et deltoïde45.

Modalités de prise en charge et niveau de preuve

Appréciation d'auteur selon la logique GRADE : aucune modalité de ce tableau ne repose sur un essai randomisé

Modalités de prise en charge et niveau de preuve Le traitement chirurgical d'une compression par kyste repose sur des séries prospectives et rétrospectives concordantes, niveau modéré. Le traitement conservateur de première intention et l'adaptation de la charge sportive reposent sur une série de quinze patients et des revues narratives, niveau faible. Le renforcement des rotateurs externes et le travail du contrôle scapulaire reposent sur des études transversales de mécanisme, niveau faible. Les mobilisations neurales et le bloc anesthésique dans cette indication précise reposent sur une analogie ou des avis d'experts, niveau très faible. NIVEAU MODÉRÉ Traiter chirurgicalement une compression par kyste para-labral Une série prospective de 42 patients, trois revues systématiques (160, 206 et 259 patients), résorption du kyste dans 88 à 100 % des cas. Aucun essai randomisé : le niveau plafonne ici. NIVEAU FAIBLE Traitement conservateur d'abord, six mois, en l'absence de lésion occupante Une seule série de 15 patients (Martin 1997 : 12 bons ou excellents résultats), reprise par toutes les revues récentes. Convergence des avis, pas accumulation de preuves. NIVEAU FAIBLE Adapter la charge et le geste sportif, renforcer les rotateurs externes Histoire naturelle favorable sous renforcement (Ferretti 1998, 35 joueurs), déséquilibre rotation externe/interne mesuré (Miura 2019). Observations, pas essais d'intervention. NIVEAU TRÈS FAIBLE Mobilisations neurales, travail proprioceptif spécifique, bloc anesthésique Analogie avec les autres syndromes canalaires, études transversales de mécanisme sur 24 joueurs, commentaire clinique de niveau 5. Raisonnable à proposer, mais à annoncer comme non démontré. Appréciation d'auteur : aucune société savante ne publie de recommandation gradée sur ce syndrome.

Sources par carte : Schroder 2008 (PMID 18310702), Schroeder 2018 (PMID 29501216), Kim 2023 (PMID 37510107), Memon 2018 (PMID 28879607) ; Martin 1997 (PMID 9278075), Ayik 2025 (PMID 40082300) ; Ferretti 1998 (PMID 9850775), Miura 2019 (PMID 32789249) ; Lambrecht 2025 (PMID 40756798), Contemori 2018 (PMID 28605232), Leider 2021 (PMID 34745481).

  • Aggravation de l'amyotrophie ou de la faiblesse sous rééducation bien conduite : ne pas prolonger, réadresser. Une compression progressive ne se rééduque pas.
  • Apparition d'une douleur nocturne ou d'un déficit d'un autre territoire : sortir du cadre et reprendre le diagnostic à zéro.
  • Absence de tout progrès à six mois : c'est le délai au terme duquel les revues considèrent l'échec du traitement conservateur.
  • Involution graisseuse déjà visible sur l'IRM initiale : le temps joue contre le patient, ne pas différer l'avis chirurgical si une cause compressive existe.

À retenir

  • Aucun essai randomisé : la rééducation ici est un raisonnement mécanique documenté, pas une intervention validée.
  • Six mois de traitement conservateur avant de conclure à l'échec, sauf lésion compressive identifiée.
  • Retirer la contrainte d'abord, renforcer ensuite.
  • Le petit rond reste disponible et compense partiellement la rotation externe.
  • Le contrôle scapulaire et la proprioception ont des cibles mesurées chez ces patients : dentelé antérieur, sens de position, conditions de vision réduite.

Quand opérer, et qu'attendre réellement de la chirurgie ?

La chirurgie donne de bons résultats sur la douleur, des résultats moins constants sur la force, et des résultats franchement variables sur le volume musculaire. C'est cette hiérarchie qu'il faut annoncer au patient, et c'est elle qui structure les attentes de la rééducation post-opératoire.

D'où viennent ces neuropathies, et lesquelles relèvent d'un geste

Une série de 87 cas colligés sur seize ans dans un centre d'électrodiagnostic donne la répartition la plus honnête des causes, parce qu'elle recrute en amont de la chirurgie. Le traumatisme y arrive en tête avec 27 cas, suivi de l'amyotrophie névralgique avec 21 cas. Cinquante-sept patients avaient une atteinte isolée du nerf supra-scapulaire ; les autres avaient une atteinte associée, le plus souvent du nerf axillaire (23 patients)46.

Ce chiffre a une conséquence pratique importante : dans une population non sélectionnée, près d'un quart des « neuropathies supra-scapulaires » sont en réalité des amyotrophies névralgiques. Ce n'est pas la même maladie, et ce n'est pas la même prise en charge.

Causes des neuropathies supra-scapulaires vues en électrodiagnostic

87 cas sur seize ans, avant toute sélection chirurgicale : la répartition change complètement selon l'endroit où l'on compte

Causes des neuropathies supra-scapulaires dans une série de 87 cas Sur 87 patients, le traumatisme est la cause la plus fréquente avec 27 cas, suivi de l'amyotrophie névralgique avec 21 cas ; les 39 cas restants relèvent d'autres causes ou restent inexpliqués. À titre de comparaison, dans la population sélectionnée des patients opérés sous arthroscopie, le kyste de l'échancrure spino-glénoïdienne représente 42 % des causes. Série électrodiagnostique, 87 patients (nombre de cas) Traumatisme 27 Amyotrophie névralgique (syndrome de Parsonage-Turner) 21 Autres causes ou origine non retrouvée 39 0 20 40 60 Le même syndrome, compté ailleurs Dans la population des 259 patients opérés sous arthroscopie, le kyste spino-glénoïdien devient la première cause, avec 42 % des étiologies. Ce n'est pas une contradiction : c'est un biais de sélection assumé : on n'opère que ce qui se décomprime.

Sources : Memon AB et coll., Muscle Nerve 2019, série de 87 cas (PMID 31294855) ; Memon M et coll., Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2018, revue systématique de 259 patients (PMID 28879607).

Les indications

Elles se rangent en trois catégories, avec des degrés de certitude très différents.

Indication claire : la lésion occupant de l'espace. Un kyste para-labral symptomatique, une tumeur, un cal osseux comprimant le nerf. Ici, la chirurgie traite une cause identifiée. Elle est d'autant plus justifiée que la récupération nerveuse est fiable une fois la compression levée36.

Indication raisonnable : l'échec du traitement conservateur bien conduit. Les revues convergent sur un délai d'au moins six mois9, avec une nuance de bon sens : si l'amyotrophie s'aggrave, on n'attend pas la fin du délai.

Indication contestée : la libération du nerf associée à une réparation de coiffe. C'est là que la prudence s'impose. Collin et coll. n'y trouvent aucun argument en routine, avec une seule vraie neuropathie sur 49 ruptures massives explorées21. Ashton et coll. vont plus loin : la décompression ajoutée à une réparation de coiffe ou à une stabilisation s'est accompagnée d'un taux de complications relativement élevé, ce qui les conduit à recommander un seuil d'indication haut, réservé aux neuropathies avérées ou aux variantes anatomiques à risque44.

Ce que la chirurgie donne

La revue systématique la plus large porte sur 40 études et 259 patients (261 épaules) traités sous arthroscopie. Le résultat global est bon : 97 % des patients rapportent une amélioration nette ou une résolution complète de leurs symptômes (douleur, force et fonction subjective confondues), à un recul moyen de 23,7 mois, avec un taux global de complications de 4 %. Les auteurs sont explicites sur la limite : il s'agit d'études non contrôlées, de niveau de preuve IV30.

Une série spécifiquement consacrée aux volleyeurs nuance utilement ce chiffre. Brzoska et coll. ont revu 10 joueurs décomprimés aux deux échancrures, à un recul moyen de 78 mois. Le score de Constant moyen atteignait 89,9, mais la force de rotation externe restait à 8 kg contre 12,65 kg du côté sain (p < 0,01), et la récupération du volume musculaire était complète chez 5 joueurs, partielle chez 2 et nulle chez 347.

La chirurgie soulage presque toujours, rend souvent la fonction, et ne rend le muscle qu'une fois sur deux.

Cette hiérarchie n'est pas une découverte récente. Piasecki et coll. l'écrivaient déjà en 2009 dans leur revue : les abords ouverts comme arthroscopiques procurent de façon fiable un soulagement de la douleur et une amélioration fonctionnelle, mais le retour de la force et du volume musculaire est moins prévisible50.

Ce que l'on peut promettre après une décompression

Trois issues, trois niveaux de certitude, à annoncer dans cet ordre au patient

Résultats attendus après décompression du nerf supra-scapulaire L'amélioration symptomatique est obtenue chez 97 pour cent des patients dans une revue systématique de 259 patients. La récupération électrophysiologique complète a été obtenue chez la totalité des neuf patients d'une petite série. La récupération complète du volume musculaire n'a été obtenue que chez cinq volleyeurs sur dix dans une série avec un recul de 78 mois. 97 % d'amélioration nette ou de résolution des symptômes, à 23,7 mois Memon 2018, 259 patients Revue systématique, niveau IV 9 / 9 patients ont récupéré complètement sur le plan électrophysiologique Feinberg 2019, 9 patients Effectif très faible 5 / 10 volleyeurs seulement ont retrouvé tout leur volume musculaire (2 partiel, 3 aucun) Brzoska 2023, recul 78 mois Force en RE : 8 kg contre 12,65 La hiérarchie à annoncer avant l'intervention 1. La douleur cède presque toujours. 2. Le nerf se réinnerve, si la compression est levée à temps. 3. Le volume musculaire revient une fois sur deux, et jamais là où la graisse a pris la place. Aucune de ces trois données ne provient d'un essai randomisé.

Sources : Memon M et coll., Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc 2018 (PMID 28879607) ; Feinberg JH et coll., Muscle Nerve 2019 (PMID 30291636) ; Brzoska R et coll., Orthop J Sports Med 2023 (PMID 36874055).

À retenir

  • Dans une série non sélectionnée, près d'un quart des neuropathies supra-scapulaires sont des amyotrophies névralgiques.
  • Indication claire : la lésion occupant de l'espace. Indication raisonnable : l'échec conservateur à six mois.
  • La libération du nerf ajoutée à une réparation de coiffe n'est pas justifiée en routine.
  • 97 % d'amélioration symptomatique, mais une récupération du volume musculaire une fois sur deux.
  • Ces chiffres viennent tous d'études de niveau IV : ils décrivent une tendance, ils ne garantissent rien.

Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Six cas publiés, choisis pour ce que chacun corrige comme erreur de raisonnement. Ils sont tous accessibles en ligne avec leur identifiant.

Cas 1 : Quand le tableau évoque une compression et qu'il s'agit d'une traction

Le patient
Homme de 40 ans, douleur brutale de l'épaule gauche avec crampes musculaires marquées après avoir soulevé son enfant.
L'examen
Amplitudes complètes, tests de Jobe et de Patte indolores mais avec une nette diminution de force comparativement au côté sain. QuickDASH à 16, score de Constant à 83.
Les examens
Électromyogramme montrant une raréfaction du tracé, électroneurographie avec allongement de latence pour le sus-épineux et le sous-épineux, IRM montrant un œdème des deux muscles. Le tableau évoquait une compression à l'échancrure supra-scapulaire, dont la décompression arthroscopique aurait été le traitement.
Le tournant
Une neurographie par IRM du plexus brachial, demandée pour éliminer les diagnostics différentiels, a établi qu'il s'agissait d'une lésion de traction et non d'un piégeage.
L'évolution
Récupération sans chirurgie, avec normalisation du tracé électromyographique à un an.
Ce qu'il enseigne
Une atteinte des deux muscles ne prouve pas une compression à l'échancrure supra-scapulaire. Le mécanisme et le site sont deux questions distinctes.

Meyer JS et coll., JSES International 2020 : PMID 32939475.

Cas 2 : La série qui montre ce que « précoce » veut dire

Les patients
Quatre patients jeunes, tous avec une douleur d'épaule et une gêne aux mouvements au-dessus de la tête.
L'examen
Amplitudes actives douloureuses et faiblesse isolée du sous-épineux chez les quatre.
Les examens
IRM : lésion SLAP avec kyste para-labral comprimant le nerf à l'échancrure spino-glénoïdienne, et signes de dénervation du sous-épineux chez les quatre.
Le traitement
Réparation labrale arthroscopique avec décompression intra-articulaire du kyste, puis rééducation progressive : pendulaires, puis renforcement péri-scapulaire et de la coiffe.
L'évolution
Récupération complète chez les quatre, avec amplitudes indolores, force du sous-épineux restaurée et retour au sport à six mois.
Ce qu'il enseigne
Une faiblesse isolée du sous-épineux chez un jeune patient douloureux justifie une IRM, et le traitement précoce donne des résultats que le traitement tardif ne donne plus.

Nair NMS et coll., Journal of Orthopaedic Case Reports 2025 : PMID 40092252.

Cas 3 : Débrider le kyste sans réparer le labrum ne suffit pas

Le patient
Homme de 26 ans, amyotrophie isolée du sous-épineux droit, consultant deux ans après son traumatisme initial, après échec de la rééducation seule.
La première intervention
Arthroscopie retrouvant une lésion SLAP ; le kyste spino-glénoïdien a été débridé, sans réparation labrale formelle. Aucune amélioration.
La seconde intervention
Trois mois plus tard : réparation de la lésion labrale par ancres avec décompression du kyste.
L'évolution
IRM à six mois : disparition complète du kyste et récupération du volume du sous-épineux. À dix-huit mois, fonction complète et retour au sport de loisir.
Ce qu'il enseigne
Le même patient a servi de témoin à lui-même pour deux stratégies : vider la poche sans fermer la brèche ne marche pas. C'est la démonstration la plus directe du mécanisme de valve.

Gomez DN et coll., Malaysian Orthopaedic Journal 2022 : PMID 3551952852.

Cas 4 : Deux mécanismes, deux patients, un même diagnostic

Les patients
Une volleyeuse de compétition de 21 ans, avec une neuropathie de traction ; et un homme de 45 ans porteur d'un volumineux kyste ganglionnaire para-labral responsable d'une neuropathie compressive.
Ce qu'il enseigne
Deux présentations sous une même étiquette diagnostique, avec deux prises en charge distinctes. Les auteurs concluent que la neuropathie supra-scapulaire doit être envisagée devant toute douleur ou dysfonction d'épaule inexpliquée.

Massel DH et coll., Journal of Orthopaedic Case Reports 2022 : PMID 3666016053.

Cas 5 : Le prix de l'inobservance

Le patient
Homme de 18 ans, joueur de tennis universitaire, avec une dénervation isolée du sous-épineux par piégeage dynamique sous le ligament spino-glénoïdien.
Ce qu'il enseigne
Les auteurs présentent explicitement ce cas comme illustrant les conséquences de la non-observance du programme de kinésithérapie. Dans une pathologie dont le traitement de première intention est la rééducation, l'adhésion du patient n'est pas un détail d'exécution : c'est le traitement.

Walker CR et coll., Cureus 2021 : PMID 3514108054.

Cas 6 : Une chirurgie et un retour au lancer

Le patient
Lanceur de baseball universitaire de 20 ans, douleur d'épaule droite, traité d'abord conservativement sans résolution.
Les examens
IRM non concluante ; l'électrodiagnostic a montré une diminution de la vitesse de conduction du nerf supra-scapulaire droit.
L'évolution
Libération chirurgicale du nerf, puis rééducation post-opératoire. Retour au lancer sans restriction à vingt-deux semaines, sans douleur, sans perte de vitesse ni de contrôle.
Ce qu'il enseigne
Une IRM normale n'écarte pas le diagnostic. Et le délai de retour au sport se compte en mois, pas en semaines.

Niemann AJ et coll., Asian Journal of Sports Medicine 2013 : PMID 23785580.

À retenir

  • Une atteinte des deux muscles peut relever d'une traction : le site et le mécanisme sont deux questions séparées.
  • Fermer la brèche labrale est ce qui traite le kyste ; le débrider seul expose à l'échec.
  • Une IRM normale n'élimine pas une neuropathie de traction.
  • Le retour au sport après chirurgie se compte en cinq à six mois.
  • L'observance du programme de rééducation est le traitement, pas son accompagnement.

Comment appliquer concrètement tout cela en cabinet ?

Ce chapitre ne contient rien de nouveau : il range ce qui précède dans l'ordre où les questions se posent en consultation.

Le réflexe qui déclenche tout

Devant toute épaule douloureuse ou faible, faire déshabiller le patient jusqu'à la ceinture et regarder les deux fosses scapulaires de dos. C'est trente secondes, et c'est ce qui sépare une prise en charge juste d'une rééducation de coiffe inutile.

Si un creux existe, poser trois questions dans cet ordre : l'installation a-t-elle été brutale et très douloureuse ? Y a-t-il une atteinte d'un autre nerf ? Le déficit est-il disproportionné par rapport à la douleur ?

Conduite à tenir selon le tableau clinique observé, avec le motif de la conduite
Ce que vous observezCe que vous faitesPourquoi
Amyotrophie des deux fosses, installation brutale et très douloureuse, parfois plusieurs nerfs Adresser pour avis neurologique et électromyogramme, sans rééducation intensive dans l'immédiat Le syndrome de Parsonage-Turner concerne près d'un quart des neuropathies supra-scapulaires en série non sélectionnée46
Amyotrophie isolée du sous-épineux, patient douloureux, moins de 50 ans Demander une IRM avant de construire un programme long C'est la présentation typique du kyste para-labral, cause curable et fréquente30
Amyotrophie isolée du sous-épineux, sportif overhead, indolore, performance conservée Ne pas explorer systématiquement. Mesurer la force en rotation externe, renforcer, surveiller à six mois Prévalence de 34 à 60 % chez ces athlètes, amyotrophie stable à 5,5 ans, sans retentissement démontré3811
Amyotrophie des deux fosses chez un patient de plus de 60 ans, rupture de coiffe connue Ne pas conclure trop vite à une neuropathie : chercher si le sous-épineux est plus atteint que le sus-épineux Une seule vraie neuropathie sur 49 ruptures massives explorées ; c'est la dissociation qui alerte2122
Patient opéré d'un kyste, adressé pour rééducation Programme identique quelle que soit la technique employée. Annoncer que la force revient avant le volume Résultats comparables avec ou sans décompression associée ; volume récupéré une fois sur deux2747
Aucun progrès à six mois de rééducation bien conduite Réadresser, ne pas prolonger C'est le délai retenu par les revues pour conclure à l'échec du traitement conservateur9

Ce que vous mesurez et notez au dossier

  • La force en rotation externe, au dynamomètre à main, coude au corps et à 90° d'abduction, en comparaison bilatérale. C'est votre indicateur de suivi principal, et c'est le seul qui a été corrélé à l'amyotrophie dans les grandes séries10.
  • Une photographie de dos, dans les mêmes conditions d'éclairage et de posture, à chaque réévaluation. L'amyotrophie s'apprécie mal de mémoire.
  • L'épaisseur du sous-épineux en échographie si vous y avez accès, qui rend le suivi quantitatif28.
  • Le geste sportif ou professionnel incriminé, décrit précisément : c'est lui qu'on module.
  • La rotation interne gléno-humérale comparée, puisque le déficit et la raideur postérieure font partie du tableau chez le sportif42.

Ce que vous dites au patient

Trois phrases suffisent, et elles évitent la plupart des déceptions.

La première : ce n'est pas un problème de tendon, c'est un problème de nerf, ce qui explique pourquoi le renforcement classique n'avait rien donné, et pourquoi le muscle a fondu.

La deuxième : si une cause mécanique est trouvée et levée, le nerf récupère presque toujours ; c'est ce que montrent les électromyogrammes de contrôle après décompression36.

La troisième, la plus importante à ne pas escamoter : le volume du muscle ne revient qu'une fois sur deux, et il ne revient jamais s'il a été remplacé par de la graisse2947. Un patient prévenu ne vit pas cette persistance comme un échec de sa rééducation.

Questions fréquentes sur le syndrome du nerf supra-scapulaire

Une amyotrophie de l'épaule signifie-t-elle forcément une atteinte nerveuse ?

Non. Une rupture massive et rétractée de la coiffe fait fondre les mêmes muscles par un mécanisme différent, et une non-utilisation prolongée produit une amyotrophie diffuse. Ce qui oriente vers le nerf, c'est le caractère localisé à un territoire, l'absence d'explication tendineuse à l'imagerie, et la disproportion entre le déficit et la douleur. Voir l'article sur la rupture de coiffe dégénérative pour le versant tendineux.

Peut-on faire le diagnostic sans électromyogramme ?

On peut le suspecter fortement, et c'est même la règle en pratique de ville. Mais l'électrodiagnostic reste la référence pour confirmer, et il devient indispensable dès qu'une décision opératoire se profile ou qu'un doute existe avec une amyotrophie névralgique. Il faut savoir qu'il n'existe pas de critère consensuel, et qu'un quart des patients ont des résultats discordants avec l'IRM27.

Un kyste vu sur une IRM doit-il toujours être opéré ?

Non. C'est le kyste symptomatique qui se traite : douleur, déficit de rotation externe, signes de dénervation. Un kyste de découverte fortuite chez un patient sans plainte ne relève pas d'un geste. Cela dit, quand il y a déjà une amyotrophie, le temps compte : l'involution graisseuse constituée ne se récupère pas29.

Faut-il arrêter le sport ?

Rarement complètement. Chez le sportif douloureux, on suspend le geste incriminé (le service, le smash, le lancer), en gardant l'entraînement général, puis on le réintroduit progressivement28. Chez le sportif asymptomatique porteur d'une amyotrophie isolée, il n'y a aucun motif d'arrêt : la série de suivi la plus longue montre des joueurs qui poursuivent leur carrière avec une amyotrophie stable38.

Combien de temps pour récupérer ?

Pour la douleur, quelques semaines à quelques mois. Pour le nerf, la réinnervation demande plusieurs mois, avec des électromyogrammes de contrôle qui se normalisent typiquement vers six mois à un an368. Pour le retour au sport de lancer après chirurgie, les cas publiés donnent des délais de cinq à six mois5155. Pour le volume musculaire, il faut compter en années, et parfois accepter qu'il ne revienne pas.

Le bloc du nerf supra-scapulaire sert-il à quelque chose ?

Il faut distinguer deux usages. Comme antalgique dans d'autres pathologies d'épaule et en anesthésie chirurgicale, le bloc supra-scapulaire est largement étudié. Comme outil diagnostique ou thérapeutique du syndrome canalaire lui-même, il reste une piste : la revue d'Ashton et coll. le mentionne parmi les développements à venir, pas parmi les pratiques établies44. Le proposer est défendable ; le présenter comme validé dans cette indication ne l'est pas.

Ce syndrome est-il reconnu en maladie professionnelle ?

Il n'existe pas de tableau de maladie professionnelle propre à la neuropathie supra-scapulaire dans le régime général français, contrairement aux tendinopathies de la coiffe. Un patient dont l'activité comporte des gestes répétés au-dessus de la tête relèvera plutôt d'une démarche au titre des affections péri-articulaires, dont le contour est décrit dans notre dossier sur la reconnaissance en maladie professionnelle.

Pourquoi cet article ne renvoie-t-il pas vers une page dédiée au Parsonage-Turner ni aux lésions SLAP ?

Parce que ces deux pages sont en cours d'écriture au moment de la publication de celle-ci. Le différentiel avec l'amyotrophie névralgique et le lien avec les lésions du labrum supérieur sont donc traités ici de façon autonome, dans les chapitres correspondants. Les liens croisés seront ajoutés dès que ces pages existeront.

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