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L'hydrocéphalie à pression normale : le trouble de la marche qu'on peut encore inverser

Un patient de 78 ans marche à petits pas, les pieds comme aimantés au sol, écarte les appuis, décompose ses demi-tours en cinq ou six pas. Il est venu pour des chutes. Devant ce tableau, la plupart des dossiers concluent au vieillissement, à la peur de tomber, parfois à un parkinsonisme débutant. Chez une partie d'entre eux, il s'agit d'une hydrocéphalie à pression normale, et c'est l'un des très rares troubles de la marche du sujet âgé qu'une opération peut inverser. Le kinésithérapeute qui suit ce patient pour ses chutes voit sa marche chaque semaine, la mesure de toute façon, et se trouve souvent mieux placé que quiconque pour y penser.

  • Mise à jour août 2026
  • Niveau synthèse clinique
  • Lecture environ 55 minutes
  • Sources 49 références vérifiées (PMID / DOI)

Trois chiffres qui cadrent le problème

Fréquence chez les plus âgés, part effectivement traitée, taille de l'effet chirurgical sur la marche

Trois chiffres clés de l'hydrocéphalie à pression normale 5,9 % des personnes de 80 ans et plus remplissent les critères d'hydrocéphalie à pression normale probable dans la cohorte de Göteborg ; dans cette même cohorte, 2 des 26 personnes concernées avaient été traitées ; l'essai randomisé contre placebo PENS mesure un gain de 0,21 mètre par seconde de vitesse de marche attribuable à la dérivation. 5,9 % DES 80 ANS ET PLUS remplissent les critères d'HPN probable Jaraj 2014, cohorte de Göteborg 2 / 26 AVAIENT ÉTÉ TRAITÉES dans cette même cohorte, sur 26 cas identifiés Jaraj 2014 +0,21 m/s DE VITESSE DE MARCHE valve ouverte contre valve placebo, à 3 mois Essai PENS, NEJM 2025

Sources : Jaraj D, et al. Neurology 2014;82(16):1449-54 (PMID 24682964) ; Luciano MG, et al. N Engl J Med 2025;393(22):2198-209 (PMID 40960253). Le gain de 0,21 m/s est la différence entre groupes, intervalle de confiance à 95 % de 0,12 à 0,31.

En bref

  • La marche est le signe le plus précoce, le plus constant, et le seul dont le bénéfice chirurgical soit démontré contre placebo. Sur 429 patients, 90 % ont un trouble de la marche6. Dans le seul essai randomisé en double aveugle contre valve placebo, la vitesse de marche et le score de Tinetti s'améliorent, la cognition et l'incontinence non24.
  • La triade complète est minoritaire. Seuls 41 % des patients ont des symptômes dans les quatre domaines évalués ; attendre le tableau complet, c'est attendre trop longtemps6.
  • La signature de marche est mesurable et distincte de celle de Parkinson. Polygone élargi, pieds tournés en dehors, hauteur de pas diminuée, et surtout, les repères visuels et sonores qui débloquent une marche parkinsonienne n'ont qu'un effet léger dans l'HPN8.
  • Le test de soustraction de liquide céphalorachidien s'interprète dans un seul sens. Valeur prédictive positive supérieure à 90 %, valeur prédictive négative inférieure à 20 % : un test positif oriente vers la chirurgie, un test négatif n'exclut personne18.
  • Le rôle du kinésithérapeute est un rôle de mesure avant d'être un rôle de traitement. Le test dure quelques heures, la fenêtre de réponse se referme en 90 à 100 heures10 : sans mesure avant et après, la décision opératoire se prend sur une impression.
  • Après l'opération, un seul programme a fait mieux que rien dans un essai randomisé : un entraînement à l'équilibre dynamique pendant la marche, qui améliore le Functional Gait Assessment et réduit l'incidence des chutes à six mois. L'exercice standard, lui, n'a pas fait mieux que l'évolution naturelle33.
  • Le délai coûte du résultat. Opérés dans les trois mois suivant la décision, 57 % des patients s'améliorent ; au-delà de six mois, 46 %29.

Pourquoi l'hydrocéphalie à pression normale passe-t-elle inaperçue ?

Parce que ses trois signes ressemblent au vieillissement ordinaire, parce que sa pression est normale, c'est son nom, et parce que la mesure de sa fréquence dépend tellement des critères employés qu'elle a longtemps donné l'impression d'être rare. Elle ne l'est pas.

Une hydrocéphalie qui ne se comporte pas comme une hydrocéphalie

Le nom dit l'essentiel et prête à confusion en même temps. Il y a bien une hydrocéphalie : les ventricules cérébraux sont dilatés, et cette dilatation est visible sur un scanner ou une imagerie par résonance magnétique. Mais la pression du liquide céphalorachidien, quand on la mesure par ponction lombaire, revient normale. Aucun des signes classiques de l'hypertension intracrânienne n'est présent : ni céphalées, ni vomissements, ni œdème papillaire. À la place, un tableau lent, insidieux, qui s'installe sur des mois ou des années chez une personne de plus de 60 ans.

La revue Cochrane consacrée au sujet en donne la définition de travail : « Normal pressure hydrocephalus occurs when the brain ventricles expand, causing a triad of gait, cognitive, and urinary impairment », une dilatation ventriculaire responsable d'une triade associant marche, cognition et continence25. Quand aucune cause n'est retrouvée (pas de méningite, pas de traumatisme crânien grave, pas d'hémorragie sous-arachnoïdienne dans les antécédents), on parle d'hydrocéphalie à pression normale idiopathique. C'est la forme dont il est question ici, et de loin la plus fréquente chez le sujet âgé. Les recommandations japonaises de 2021 ont d'ailleurs formalisé cette séparation, en distinguant nettement la forme idiopathique des hydrocéphalies congénitales, développementales et acquises16.

Ce qui fait l'intérêt clinique de cette entité tient en un mot : elle est traitable. Le liquide en excès peut être dérivé chirurgicalement, et une partie des symptômes régresse. Dans un domaine, celui des troubles de la marche et des troubles cognitifs du sujet âgé, où la quasi-totalité des diagnostics ouvre sur une prise en charge d'accompagnement, en voici un qui ouvre sur une intervention. C'est ce qui justifie qu'on y pense, et c'est aussi ce qui rend son oubli coûteux.

Quatre repères pour situer la maladie

Fréquence des signes, écart entre maladie et chirurgie, place de la marche

Quatre statistiques secondaires sur l'hydrocéphalie à pression normale 90 % des patients ont un trouble de la marche ; 41 % seulement présentent des symptômes dans les quatre domaines évalués ; l'incidence de la maladie estimée en population est quinze fois supérieure à celle déduite des séries hospitalières ; moins de deux interventions de dérivation pour cent mille habitants et par an sont réalisées. 90 % ONT UN TROUBLE DE LA MARCHE sur 429 patients : 75 % polygone élargi, 65 % petits pas traînants Agerskov 2018 41 % SEULEMENT ONT LES 4 DOMAINES marche, équilibre, cognition, continence : 72 % en ont 3 ou 4 Agerskov 2018 ×15 ÉCART D'INCIDENCE POPULATION / HÔPITAL 1,20 cas pour 1 000 habitants et par an en enquête de population Martín-Láez 2015 < 2 DÉRIVATIONS POUR 100 000 HABITANTS/AN à comparer aux 120 nouveaux cas pour 100 000 habitants/an Martín-Láez 2015

Sources : Agerskov S, et al. J Neurol Sci 2018;391:54-60 (PMID 30103972) ; Martín-Láez R, et al. World Neurosurg 2015;84(6):2002-9 (PMID 26183137). Le rapprochement des deux chiffres de la quatrième carte est une lecture de cet article : les auteurs les rapportent séparément et concluent eux-mêmes que la maladie est « extrêmement sous-diagnostiquée ».

Une prévalence qui dépend des critères plus que du pays

Les chiffres de fréquence publiés vont de 0,2 % à près de 9 %. Un tel écart passe d'ordinaire pour du bruit méthodologique dont il faudrait s'excuser. Ici, c'est l'inverse : l'écart est l'information, parce qu'il mesure exactement ce que change la définition qu'on adopte.

La démonstration la plus nette vient d'une étude prospective suédoise. Sur un échantillon tiré au sort de résidents de plus de 65 ans du comté de Jämtland, les auteurs appliquent successivement deux jeux de critères aux mêmes personnes. Avec les critères américano-européens, la prévalence de l'HPN probable est de 3,7 %. Avec les critères japonais, dans le même échantillon, elle tombe à 1,5 %2. Un facteur deux et demi, sans qu'un seul patient ait changé.

Le même phénomène se rejoue avec les seuils d'imagerie. Dans une enquête de population portant sur 1 491 Shanghaïens de plus de 60 ans, la prévalence brute est de 3,09 % en retenant un score DESH supérieur ou égal à 6, et de 2,62 % en retenant un score Radscale supérieur ou égal à 75. Les auteurs le disent explicitement : la prévalence « fluctue selon les systèmes de score radiologique et les seuils retenus ».

Ce qui ne varie pas, en revanche, d'une étude à l'autre, c'est l'effet de l'âge. Il est massif et constant.

Prévalence mesurée de l'hydrocéphalie à pression normale, par étude et par critère

Chaque barre porte sa population, sa méthode d'imagerie et la définition employée

Prévalence de l'hydrocéphalie à pression normale selon les études et les critères Prévalences mesurées : 0,2 % chez les 70 à 79 ans et 5,9 % chez les 80 ans et plus dans la cohorte de Göteborg au scanner ; 1,5 % chez les 70 ans en imagerie par résonance magnétique ; 2,1 % chez les 65 à 79 ans et 8,9 % chez les 80 ans et plus en Jämtland avec les critères américano-européens ; 1,5 % dans cette même population avec les critères japonais ; 1,3 % groupé chez les plus de 65 ans dans une revue systématique ; 3,09 % à Shanghai chez les plus de 60 ans ; 11,6 % de résidents d'établissements médicalisés remplissant les critères d'hydrocéphalie à pression normale suspectée, définition plus large que les autres barres. 0 2 % 4 % 6 % 8 % 10 % 12 % Göteborg, 70-79 ans 0,2 % Göteborg, 80 ans et plus 5,9 % Göteborg H70, 70 ans, IRM 1,5 % Jämtland, 65-79 ans 2,1 % Jämtland, 80 ans et plus 8,9 % Jämtland : critères US/Europe 3,7 % Jämtland : critères japonais 1,5 % Revue systématique, 65 ans et plus 1,3 % Shanghai, 60 ans et plus 3,09 % En institution (HPN suspectée) 11,6 % Les deux barres surlignées portent sur la MÊME population : seuls les critères diffèrent.

Sources : Jaraj D, et al. Neurology 2014;82(16):1449-54 (PMID 24682964) ; Constantinescu C, et al. Neurology 2024;102(2):e208037 (PMID 38165321) ; Andersson J, et al. PLoS One 2019;14(5):e0217705 (PMID 31141553) ; Martín-Láez R, et al. World Neurosurg 2015;84(6):2002-9 (PMID 26183137) ; Fang X, et al. Alzheimers Dement 2025;21(2):e14525 (PMID 39950414). Les deux barres encadrées portent sur la même population : seuls les critères diagnostiques diffèrent. Le 11,6 % désigne des résidents remplissant les critères d'HPN suspectée, définition plus large que les autres barres.

Deux lectures s'imposent. La première : l'âge multiplie la fréquence. Dans la cohorte de Göteborg, on passe de 0,2 % chez les 70-79 ans à 5,9 % chez les 80 ans et plus1. En Jämtland, de 2,1 % chez les 65-79 ans à 8,9 % chez les 80 ans et plus, avec un p inférieur à 0,0012. À Shanghai, la prévalence estimée passe de 2,59 % après 60 ans à 7,99 % après 90 ans5. Autrement dit : la population que le kinésithérapeute voit le plus souvent pour des chutes est aussi celle où cette maladie est la plus fréquente.

La seconde lecture est plus dérangeante. Une étude de population récente en imagerie par résonance magnétique, portant sur 791 personnes nées en 1944, trouve une prévalence de 1,5 % dès l'âge de 70 ans : « considérablement plus élevée que ce qui était rapporté jusqu'ici dans cette tranche d'âge » selon ses auteurs. Et 5,1 % de l'échantillon présente déjà les signes radiologiques caractéristiques, sans forcément remplir les critères cliniques complets3. Les auteurs suggèrent qu'une ventriculomégalie isolée pourrait être, chez certains, un signe précoce de la maladie à venir.

Le sous-diagnostic, mesuré et non supposé

Il serait facile d'affirmer que cette maladie est sous-diagnostiquée sans jamais le chiffrer. Deux mesures le font.

La première est celle de Jaraj et de son équipe, et c'est probablement le chiffre le plus parlant de tout ce dossier. Sur 1 238 personnes examinées, 26 remplissaient les critères d'HPN probable. Les auteurs écrivent ensuite, en une phrase : « Only 2 of these persons had been treated for iNPH »1. Deux sur vingt-six. Vingt-quatre personnes vivant avec une maladie dont le traitement existe, et ne le recevant pas.

La seconde est celle d'une revue systématique de 21 études d'épidémiologie. Elle établit que la prévalence groupée chez les plus de 65 ans, dans les études spécifiquement conçues pour dépister l'HPN, est de 1,3 %, soit « almost 50-fold higher », presque cinquante fois plus, que ce que laissaient croire les enquêtes porte-à-porte consacrées à la démence ou au parkinsonisme4. La même revue estime l'incidence à 1,20 cas pour 1 000 habitants et par an dans la seule enquête prospective de population disponible, soit quinze fois les estimations tirées des files actives hospitalières. Et le nombre de dérivations effectivement posées pour cette indication : moins de 2 pour 100 000 habitants et par an.

Rapprocher ces deux derniers nombres n'est pas anodin, et il faut le faire avec honnêteté : ils ne sont pas mesurés dans les mêmes populations et les auteurs ne les mettent pas eux-mêmes en rapport arithmétique. Mais l'ordre de grandeur qu'ils dessinent (beaucoup de malades, très peu d'opérés) est précisément la conclusion que la revue formule : « iNPH appears to be extremely underdiagnosed ».

À retenir

  • Ventricules dilatés, pression du liquide céphalorachidien normale, installation lente après 60 ans : c'est le cadre.
  • La prévalence publiée va de 0,2 % à 8,9 % selon l'âge, et de 1,5 % à 3,7 % selon les seuls critères employés dans une même population.
  • Après 80 ans, les estimations convergent autour de 6 à 9 %.
  • Dans la cohorte de Göteborg, 2 des 26 personnes concernées avaient été traitées.
  • Aucune étude de population française n'a été identifiée : les chiffres cités sont suédois, japonais, chinois et espagnols.

Le piège de la ventriculomégalie isolée

Un indice d'Evans supérieur à 0,3, le rapport entre la largeur des cornes frontales et le diamètre crânien maximal, se rencontre chez 20,7 % des personnes de plus de 70 ans1, et chez 11 % des personnes de 70 ans dans une cohorte en imagerie par résonance magnétique3. Autrement dit : une personne sur cinq de plus de 70 ans a des ventricules « dilatés » au sens de ce critère, et l'écrasante majorité n'a pas d'hydrocéphalie à pression normale. Un compte rendu d'imagerie mentionnant une ventriculomégalie ne fait donc pas le diagnostic, et son absence de mention ne l'exclut pas davantage, puisque le radiologue ne cherche que ce qu'on lui demande de chercher.

À quoi ressemble exactement la marche d'une hydrocéphalie à pression normale ?

C'est le chapitre central, pour une raison simple : la marche est le premier symptôme à apparaître, le plus fréquent, celui qui répond le mieux au traitement, et le seul que le kinésithérapeute mesure de toute façon. Tout le reste de cet article en découle.

La description qu'on peut faire de mémoire, et celle que les capteurs confirment

Le tableau classique tient en quelques traits. Les pas sont courts. Le polygone de sustentation est élargi, parfois franchement : les pieds s'écartent, et souvent tournent en dehors. Les pieds ne décollent presque plus du sol : d'où l'image du patient « aimanté », qui donne son nom anglais à ce type de marche, magnetic gait. Le demi-tour se décompose : au lieu de pivoter d'un bloc, le patient enchaîne quatre, cinq, six petits pas. Et le démarrage est laborieux, comme si les premiers pas coûtaient plus que les suivants.

Cette description n'est pas seulement clinique : elle a été mesurée. Une analyse instrumentée comparant dix patients à douze témoins appariés en âge, sur tapis de marche et au sol, isole une triade de paramètres. Les patients marchent avec une longueur de pas diminuée, une hauteur de pas au sol diminuée, les auteurs parlent de foot-to-floor clearance, et un polygone élargi. L'extension dorsale de l'avant-pied avant l'attaque du talon est insuffisante. La largeur de pas et les angles de rotation du pied sont significativement augmentés9.

Un détail de cette étude mérite l'attention, parce qu'il va à contre-courant de l'intuition : ces paramètres d'équilibre sont augmentés avec une variabilité plus faible que chez les témoins. L'élargissement du polygone n'est donc pas une oscillation désordonnée, c'est une stratégie stable, tenue. Le patient a trouvé une position et ne la quitte plus. Cela distingue nettement le tableau d'une ataxie cérébelleuse, où l'élargissement s'accompagne d'une irrégularité marquée d'un pas à l'autre, et cela explique pourquoi ces patients paraissent souvent « prudents » plus que « déséquilibrés » à l'œil nu.

Les seuils chiffrés qui séparent la maladie du vieillissement

Reste une question que tout clinicien se pose devant une personne âgée qui marche lentement : à partir de quand est-ce anormal ? Une étude allemande y a répondu de la seule façon qui vaille, en comparant 55 patients à 55 témoins appariés en âge sur un tapis à capteurs de pression, dans huit conditions de marche différentes11.

Les deux conditions les plus discriminantes sont la marche à vitesse spontanée et la double tâche sémantique : marcher en énumérant, par exemple, des noms d'animaux. Et à vitesse spontanée, trois seuils ressortent avec des performances diagnostiques que peu de tests cliniques atteignent.

Trois seuils qui distinguent la marche d'une HPN de celle d'un sujet âgé sain

Marche à vitesse spontanée, 55 patients contre 55 témoins appariés en âge, tapis à capteurs de pression

Seuils de paramètres de marche discriminant l'hydrocéphalie à pression normale Longueur de pas inférieure ou égale à 1,02 mètre : sensibilité 0,93, spécificité 0,91, aire sous la courbe 0,96. Vitesse de marche inférieure ou égale à 0,83 mètre par seconde : sensibilité 0,80, spécificité 0,91, aire sous la courbe 0,93. Phase de double appui supérieure ou égale à 27 % du cycle. Le seuil de vitesse est comparé au repère gériatrique usuel de 0,8 mètre par seconde. LONGUEUR DE PAS ≤ 1,02 m Se 0,93 · Sp 0,91 AUC 0,96 VITESSE DE MARCHE ≤ 0,83 m/s Se 0,80 · Sp 0,91 AUC 0,93 PHASE DE DOUBLE APPUI ≥ 27,0 % du cycle de marche domaine « support » Où se situe le seuil de vitesse par rapport aux repères habituels 0,0 m/s 0,4 0,8 1,2 1,6 m/s 0,59 patients avec freezing 0,83 seuil HPN Möhwald 2022 0,89 patients sans freezing

Sources : Möhwald K, et al. Sci Rep 2022;12(1):18295 (PMID 36316420) pour les trois seuils ; Kihlstedt CJ, et al. Fluids Barriers CNS 2024;21(1):22 (PMID 38454478) pour les vitesses de 0,59 et 0,89 m/s, mesurées respectivement chez les patients présentant et ne présentant pas de freezing. Ces seuils discriminent l'HPN du vieillissement normal ; ce ne sont pas des critères d'orientation vers le neurologue, qui n'existent pas.

Une longueur de pas inférieure ou égale à 1,02 mètre atteint une sensibilité de 0,93 et une spécificité de 0,91, pour une aire sous la courbe de 0,96. Une vitesse inférieure ou égale à 0,83 m/s donne 0,80 et 0,91, pour une aire sous la courbe de 0,9311. Il faut lire ces valeurs pour ce qu'elles sont : elles séparent des patients atteints d'un groupe témoin sain apparié, pas des patients atteints d'un tout-venant gériatrique où d'autres pathologies se disputent le même ralentissement. Elles disent néanmoins quelque chose d'utile : un patient qui marche à 0,6 m/s avec des pas de 60 centimètres n'est pas dans la dispersion normale de son âge.

Le patient ne vient pas se plaindre de sa longueur de pas. Il vient parce qu'il est tombé. Entre les deux, il y a une mesure, et cette mesure prend quatre minutes.

Le demi-tour, l'endroit où tout se voit

Si un seul geste devait être observé, ce serait le demi-tour. Deux séries de données convergent.

La première porte sur le freezing : cet enrayement brusque où les pieds semblent collés au sol alors que le tronc continue d'avancer. Longtemps considéré comme une signature parkinsonienne, il a été recherché systématiquement chez 139 patients atteints d'HPN, sur des enregistrements vidéo standardisés relus par deux observateurs avec un excellent accord (kappa de Cohen à 0,9). Résultat : 22 patients, soit 16 %, présentaient un freezing avant l'opération. Et surtout : « The symptom was most frequently exhibited during turning (n = 16, 73%) », dans 73 % des cas, c'est au demi-tour qu'il se produisait12.

Ces patients ne sont pas des patients quelconques : ils sont plus âgés (77,5 contre 74,6 ans), nettement plus lents (0,59 contre 0,89 m/s), avec un score de Tinetti effondré (6,8 contre 10,8), un MMSE plus bas (21,3 contre 24,0), et une maladie évoluant depuis plus longtemps (4,2 contre 2,3 ans)12. Le freezing marque donc un stade, pas un sous-type. Fait notable, ni la charge de leucopathie à l'imagerie ni les biomarqueurs du liquide céphalorachidien ne les distinguaient des autres, ce n'est pas une comorbidité déguisée.

Détail encourageant : après dérivation, le nombre de patients présentant un freezing tombe de 22 à 7, soit de 16 % à 8 % (p = 0,039)12. Le symptôme répond.

La seconde série de données vient d'une comparaison directe entre 21 patients ayant une HPN avec parkinsonisme et 21 patients parkinsoniens non encore traités, tous évalués par un Timed Up and Go instrumenté au moment du diagnostic. Le demi-tour y est plus long et plus lent dans l'HPN. Et en analyse multivariée ajustée sur l'âge et le statut cognitif, ce n'est pas la vitesse de marche ni la longueur du pas qui discrimine le mieux les deux groupes : c'est la vitesse angulaire moyenne du demi-tour effectué avant de s'asseoir13.

Ce paramètre-là demande une centrale inertielle. Mais il existe une version de cabinet, et elle est mieux validée qu'on ne le croit : compter les pas du demi-tour. Dans une étude thaïlandaise sur 27 patients évalués avant et après ponction lombaire soustractive, trois mesures s'améliorent significativement, le temps de lever de chaise (p = 0,046), le temps de marche sur 3 mètres (p = 0,048), et une quatrième les dépasse largement : le nombre de pas au demi-tour à 180 degrés, avec un p à 0,001. Le temps du demi-tour, lui, n'atteint pas le seuil de signification (p = 0,064)14.

Autrement dit : dans cette étude, compter les pas a fait mieux que le chronomètre. C'est une information directement exploitable en cabinet, où le compte des pas ne coûte rien et ne demande aucun matériel.

La variabilité du pas, et pourquoi la force n'est pas le problème

Une dernière propriété de cette marche mérite d'être connue, parce qu'elle réoriente le contenu des séances. Chez 63 patients équipés d'un accéléromètre triaxial fixé en regard de L3 pendant un test de marche de 10 mètres, le fait d'être tombé dans les six mois précédents est corrélé à la variabilité temporelle du pas, le coefficient de variation du temps de pas, ainsi qu'aux scores de Functional Gait Assessment et de Berg. Il n'est pas corrélé à la force isométrique du quadriceps15.

Les trois variables indépendamment associées au risque de chute sont, dans ce travail : le coefficient de variation du temps de pas, le score FGA, et l'âge. Une étude du même groupe, sur 68 patients, arrive à la même conclusion par un autre chemin et la formule sans détour : « Patients with iNPH who fall experience falls due to dynamic balance dysfunction during gait rather than lower limb muscle strength »32.

Cela ne dispense pas de renforcer un patient déconditionné, qui l'est souvent par ailleurs. Mais cela indique où se joue le risque de chute chez lui : dans le contrôle dynamique de l'équilibre pendant la marche, pas dans la force du quadriceps. Un programme centré sur le renforcement analytique passe à côté de la cible.

Drapeaux rouges devant un trouble de la marche du sujet âgé

  • Une installation en quelques jours ou quelques semaines ne correspond pas au profil d'une HPN, qui met des mois à des années à se constituer : penser vasculaire, tumoral, infectieux, iatrogène.
  • Un déficit sensitif ou moteur focal, un signe de Babinski unilatéral, une atteinte des paires crâniennes orientent ailleurs et imposent un avis neurologique.
  • Une douleur rachidienne, une claudication à la marche soulagée par la flexion du tronc évoquent un canal lombaire étroit, qui peut d'ailleurs coexister avec une HPN et brouiller entièrement le tableau.
  • Une rétention urinaire aiguë, un déficit sphinctérien anal, une anesthésie en selle : syndrome de la queue de cheval, urgence.
  • Des chutes répétées avec traumatisme crânien chez un patient anticoagulé : l'hématome sous-dural chronique donne un tableau proche, et il est chirurgical lui aussi.

À retenir

  • La signature mesurée est pas court, pied qui ne décolle pas, polygone élargi avec rotation externe, et une variabilité de ces paramètres d'équilibre plus faible que chez le sujet sain.
  • Seuils discriminants à vitesse spontanée : longueur de pas ≤ 1,02 m (AUC 0,96), vitesse ≤ 0,83 m/s (AUC 0,93), double appui ≥ 27 % du cycle.
  • Le freezing existe dans l'HPN, 16 % des patients, et se produit dans 73 % des cas au demi-tour.
  • Le nombre de pas au demi-tour à 180° est plus sensible que le temps du demi-tour pour détecter un changement.
  • Le risque de chute est lié à la variabilité du pas et à l'équilibre dynamique, pas à la force du quadriceps.

Comment la distinguer d'une marche parkinsonienne et des autres marches du sujet âgé ?

La confusion avec la maladie de Parkinson est la plus fréquente et la plus coûteuse, parce que les deux tableaux partagent leur trait le plus visible : des pas courts chez une personne âgée qui ralentit. Il existe pourtant un test de différenciation que le kinésithérapeute peut faire en séance, sans matériel, et dont le résultat est publié depuis 2001.

Ce que les deux marches ont en commun, et qui explique l'erreur

Une analyse comparative a mis face à face 11 patients atteints d'HPN, 10 patients parkinsoniens et 12 témoins appariés en âge, sur un tapis roulant et au sol. Le point commun est net : dans les deux maladies, la vitesse est réduite, et elle l'est par la même mécanique, une longueur de pas diminuée et très variable, la cadence restant relativement préservée8.

Mieux : après traitement (30 mL de liquide céphalorachidien soustraits d'un côté, 150 mg de lévodopa administrés de l'autre), les deux groupes s'améliorent de la même façon, par un allongement du pas qui devient moins variable, sans changement des autres paramètres. Les deux maladies se ressemblent donc jusque dans leur réponse au traitement, ce qui explique qu'un essai thérapeutique par lévodopa puisse égarer autant qu'il éclaire.

Ce qui les sépare, et qui se teste en séance

Les différences existent, et elles sont de deux ordres.

Le premier ordre est morphologique : « Specific features of the gait disturbance in normal pressure hydrocephalus were a broad based gait pattern with outward rotated feet and a diminished height of the steps »8. Polygone élargi, pieds tournés en dehors, pas qui ne décollent pas. Le parkinsonien, lui, garde un polygone étroit, il marche « sur une ligne », et son trouble s'accompagne d'un enroulement du tronc, d'une perte de ballant du bras et fréquemment d'une asymétrie franche.

Le second ordre est le plus utile en pratique, parce qu'il se teste. Les auteurs ont fourni aux deux groupes des repères externes : des bandes collées au sol comme repère visuel, un métronome comme repère sonore. Le résultat, dans leurs propres termes : « External cues only mildly improved gait in normal pressure hydrocephalus, whereas they were highly effective in raising the stride length and cadence in Parkinson's disease »8.

Le repère visuel ou sonore débloque une marche parkinsonienne. Il ne débloque pas une marche d'hydrocéphalie à pression normale. C'est un test que le kinésithérapeute fait déjà, souvent sans savoir qu'il porte une information diagnostique.

La portée pratique est directe. Le cueing est un outil de routine dans la rééducation de la maladie de Parkinson, où il constitue une modalité recommandée : le sujet est développé dans notre synthèse sur Parkinson et kinésithérapie. Un patient étiqueté parkinsonien chez qui ni les bandes au sol ni le métronome ne changent quoi que ce soit doit interroger, au même titre qu'une marche élargie et irrégulière doit faire penser à une ataxie cérébelleuse, ou qu'une installation brutale doit faire chercher un accident vasculaire cérébral. Ce n'est pas un critère diagnostique validé, et il faut le dire clairement : l'étude porte sur 21 patients au total et n'a pas été conçue pour établir des performances diagnostiques. Mais c'est un signal, disponible gratuitement, chez un patient qu'on voit deux fois par semaine.

L'instabilité posturale n'a pas la même géométrie

Une seconde différence a été mesurée sur plateforme de force, chez 27 patients atteints d'HPN, 20 patients parkinsoniens et 20 témoins, au cours de tâches d'inclinaison volontaire du centre de pression dans quatre directions. Dans la maladie de Parkinson, le contrôle est altéré en avant et en arrière. Dans l'HPN, il est altéré dans toutes les directions, et significativement plus qu'en cas de maladie de Parkinson en latéral, à droite comme à gauche17.

Les auteurs relient explicitement cette instabilité latérale à l'élargissement du polygone et au risque de chute : un patient qui ne contrôle pas ses transferts de poids latéraux doit écarter les pieds pour tenir debout. L'élargissement du polygone n'est pas la maladie, c'est la réponse à la maladie. Point notable pour qui voudrait se fier au chronomètre seul : dans ce même travail, le Timed Up and Go ne différenciait pas les deux groupes, ni l'oscillation posturale en station calme.

Une étude turque, sur des effectifs plus petits (13 HPN, 20 Parkinson, 13 témoins) équipés de capteurs inertiels, va dans le même sens et ajoute deux éléments : les patients atteints d'HPN ont une longueur de pas et une vitesse inférieures à celles des parkinsoniens, et ils sont particulièrement en difficulté sur les tâches d'équilibre les plus exigeantes, pieds écartés yeux fermés sur mousse, et tandem. Au Timed Up and Go, leur temps est allongé et leur vitesse de demi-tour abaissée par rapport aux parkinsoniens19.

Le tableau différentiel des marches du sujet âgé

Ce tableau rassemble les entités qui se présentent avec un trouble de la marche lentement progressif après 65 ans. Il n'a pas vocation à faire poser un diagnostic, c'est le travail du neurologue, mais à organiser ce que le kinésithérapeute observe, et à savoir quand demander un avis.

Sources par ligne : HPN. Stolze 2000 et 2001 (PMID 10964082, 11181848), Agerskov 2018 (PMID 30103972), Kihlstedt 2024 (PMID 38454478), Nikaido 2018 (PMID 29331870). Parkinson : Stolze 2001 (PMID 11181848), Mostile 2023 (PMID 36949785), Nikaido 2018 (PMID 29331870). Ataxie cérébelleuse, voir notre synthèse L'ataxie cérébelleuse : reconnaître, coter, rééduquer. Les lignes « marche précautionneuse », « canal lombaire étroit » et « hématome sous-dural chronique » reposent sur la description clinique classique et servent de repères d'orientation, non de critères validés.
Entité Polygone Pied au sol Demi-tour Effet des repères visuels ou sonores Ce qui doit faire penser à autre chose
Hydrocéphalie à pression normale Élargi, pieds tournés en dehors, avec une variabilité faible Ne décolle presque pas : « aimanté » Décomposé en plusieurs pas ; freezing chez 16 %, dont 73 % au demi-tour Faible (« only mildly improved ») Absence de troubles cognitifs ou urinaires même discrets après plusieurs années
Maladie de Parkinson Étroit, marche « sur une ligne » Traîne, festination possible En bloc, freezing fréquent Marqué sur la longueur de pas et la cadence Absence de tremblement de repos, de rigidité et d'asymétrie ; absence de réponse à la lévodopa
Ataxie cérébelleuse Élargi, avec une variabilité élevée d'un pas à l'autre Décolle normalement, atterrissage imprécis Déséquilibre franc, embardées Peu ou pas d'effet Dysarthrie, nystagmus, dysmétrie aux membres supérieurs
Marche précautionneuse (peur de tomber) Légèrement élargi Décolle normalement Prudent mais fluide Peu d'effet ; l'assurance verbale et un appui léger, eux, transforment le tableau Un examen neurologique normal et un trouble qui régresse quand la confiance revient
Canal lombaire étroit Variable Normal au départ Normal Sans effet Périmètre limité par la douleur ou l'engourdissement, soulagé par la flexion du tronc et l'arrêt ; le vélo reste possible
Hématome sous-dural chronique Variable Variable Variable Sans effet Installation en semaines, chute ou traumatisme crânien récent, anticoagulant, signes latéralisés, céphalées

Les deux ne s'excluent pas

Une part des patients atteints d'HPN présente un authentique parkinsonisme associé, décrit dans la littérature sous le terme d'iNPH-P : c'est précisément la population de l'étude sur le demi-tour citée plus haut13. Le raisonnement n'est donc pas « ou bien l'un, ou bien l'autre » mais « et si c'était aussi l'autre ». Un patient parkinsonien connu, sous traitement bien conduit, dont la marche se dégrade plus vite que ne le voudrait sa maladie, et chez qui apparaissent des troubles urinaires et un élargissement du polygone, mérite qu'on repose la question au neurologue.

À retenir

  • HPN et Parkinson partagent la vitesse réduite par pas court et variable, et améliorent tous deux leur pas sous traitement : la ressemblance va loin.
  • Ce qui sépare : polygone élargi et pieds en rotation externe dans l'HPN, polygone étroit dans Parkinson.
  • Les repères externes améliorent nettement la marche parkinsonienne et très peu celle de l'HPN. Un test disponible en séance, à considérer comme un signal et non comme un critère.
  • L'instabilité posturale de l'HPN est multidirectionnelle, et pire en latéral que celle de Parkinson ; le TUG seul ne les sépare pas.
  • Les deux diagnostics peuvent coexister.

La triade est-elle vraiment une triade ?

Non, ou plutôt : elle l'est rarement en entier au moment où le diagnostic pourrait encore être posé à temps. Attendre les trois signes revient à attendre le stade où la chirurgie rend le moins.

Ce que donne le comptage sur 429 patients

La triade dite de Hakim et Adams (troubles de la marche, troubles cognitifs, troubles sphinctériens) est enseignée comme un ensemble. Une série monocentrique de 429 patients, d'âge moyen 71 ans, permet de savoir ce qu'il en est réellement, en distinguant quatre domaines plutôt que trois : marche, équilibre, neuropsychologie et continence6.

72 % des patients ont des symptômes dans trois ou quatre domaines. 41 % seulement en ont dans les quatre. Autrement dit, près de trois patients sur cinq arrivent au diagnostic avec un tableau incomplet, et près d'un sur trois avec deux domaines ou moins.

Fréquence des signes chez 429 patients atteints d'hydrocéphalie à pression normale

Série monocentrique, âge moyen 71 ans, examens détaillés avant et après chirurgie

Fréquence des signes cliniques dans une série de 429 patients Trouble de la marche 90 %, continence altérée 86 %, polygone élargi 75 %, symptômes dans trois ou quatre domaines 72 %, marche à petits pas traînants 65 %, équilibre altéré 53 %, MMSE inférieur à 25 chez 53 %, rétropulsion 46 %, symptômes dans les quatre domaines 41 %, freezing de la marche 30 %. 0 20 % 40 % 60 % 80 % 100 % Trouble de la marche 90 % Continence altérée 86 % Polygone élargi 75 % Symptômes dans 3 ou 4 domaines 72 % Petits pas traînants 65 % Équilibre altéré 53 % MMSE inférieur à 25 53 % Rétropulsion 46 % Symptômes dans les 4 domaines 41 % Freezing de la marche 30 % En orange : la complétude du tableau clinique. Attendre les quatre domaines, c'est écarter 59 % des patients.

Source : Agerskov S, et al. J Neurol Sci 2018;391:54-60 (PMID 30103972). Les quatre domaines évalués sont la marche, l'équilibre, la neuropsychologie et la continence. Le taux de 30 % de freezing de cette série est plus élevé que les 16 % mesurés sur vidéo standardisée par Kihlstedt 2024 (PMID 38454478) : les méthodes de recueil diffèrent, et l'écart illustre la difficulté à coter ce signe.

L'ordre d'apparition, et pourquoi il favorise le kinésithérapeute

La marche est en tête, à 90 %, et c'est habituellement le premier signe à apparaître. La continence suit de près en fréquence, 86 %, mais elle est rarement rapportée spontanément : peu de patients âgés mentionnent d'eux-mêmes une nycturie ou des fuites d'urgence, et peu de professionnels la cherchent. Le versant cognitif est présent chez un peu plus de la moitié, avec un MMSE inférieur à 25 chez 53 %6.

Cette hiérarchie a une conséquence pratique. Le professionnel qui voit le premier signe, plusieurs fois par semaine, dans un contexte où il l'évalue formellement, c'est le kinésithérapeute. Le neurologue verra plus tard un tableau plus complet, donc plus tardif, donc moins réversible.

Chercher la triade complète, c'est se donner un critère confortable et tardif. Les 59 % de patients qui n'ont pas les quatre domaines existent, ils marchent mal, et ils sont opérables.

Le versant cognitif, et sa frontière avec les démences dégénératives

Le profil cognitif de l'HPN est classiquement décrit comme sous-cortico-frontal : ralentissement du traitement de l'information, atteinte de l'attention et des fonctions exécutives, apathie, avec une mémoire de rappel relativement mieux préservée que dans une maladie d'Alzheimer typique. C'est une distinction utile, mais elle ne suffit pas à trancher, et le chevauchement est réel.

Deux éléments valent d'être connus. Le premier est un résultat d'imagerie : l'angle calleux, mesuré sur une coupe coronale passant par la commissure postérieure, vaut en moyenne 66 ± 14 degrés dans l'HPN, contre 104 ± 15 degrés dans la maladie d'Alzheimer et 112 ± 11 degrés chez le sujet sain. Avec un seuil à 90 degrés, la discrimination entre HPN et maladie d'Alzheimer atteint une exactitude de 93 %, une sensibilité de 97 % et une spécificité de 88 %21. Cette mesure ne relève pas du kinésithérapeute, mais elle figure dans les comptes rendus d'imagerie quand la question est posée, encore faut-il qu'elle le soit.

Le second élément est plus incertain, et il faut le présenter comme tel. Une cohorte nationale taïwanaise portant sur 2 053 patients, avec pondération par score de propension et 16 ans de suivi, trouve qu'une dérivation est associée à un risque réduit de développer ultérieurement une démence (rapport de risque de sous-répartition 0,74 ; IC 95 % 0,55-0,99) et une maladie d'Alzheimer (0,15 ; IC 95 % 0,04-0,61), mais pas une démence vasculaire30. Il s'agit d'une association observationnelle, sur données médico-administratives, avec tout ce que cela implique de biais résiduels possibles ; elle ne démontre pas que l'opération protège du déclin cognitif. Elle indique en revanche que la question est ouverte, et qu'elle est posée sérieusement.

Le diagnostic différentiel avec les troubles neurocognitifs majeurs proprement dits (maladie d'Alzheimer, maladie à corps de Lewy, dégénérescence lobaire fronto-temporale) dépasse le cadre de cet article et relève de l'évaluation neurologique et neuropsychologique ; ces trois entités et ce qu'elles changent à la séance sont traitées dans notre synthèse Troubles neurocognitifs majeurs : DFT, Alzheimer et maladie à corps de Lewy. Ce qu'il faut en retenir ici tient en une phrase : l'HPN fait partie des causes de déclin cognitif à ne pas manquer, parce qu'elle est la seule du lot dont on puisse espérer une amélioration.

Le versant urinaire, plus documenté qu'on ne le pense

La seule évaluation prospective des symptômes urinaires dans l'HPN de découverte récente, sur 55 patients consécutifs avec questionnaires standardisés et bilan urodynamique, donne un tableau précis. L'incontinence est légère à modérée, de type urgenturie. La nycturie est le symptôme le plus fréquent ; l'incontinence par urgence est le plus gênant. Et à l'exploration urodynamique, 100 % des patients explorés présentaient une hyperactivité du détrusor, avec une capacité vésicale moyenne de 200 mL31.

Deux conséquences. D'abord, la question à poser n'est pas « avez-vous des fuites ? », beaucoup répondront non, mais « combien de fois vous levez-vous la nuit ? » et « quand l'envie vient, avez-vous le temps d'arriver ? ». Ensuite, ce mécanisme n'est pas celui d'une incontinence d'effort : les protocoles de renforcement périnéal habituels ne sont pas la réponse à cette situation, et un patient adressé sur ce motif sans que la cause centrale ait été identifiée reçoit un traitement qui ne peut pas fonctionner.

À retenir

  • 41 % seulement des patients présentent des symptômes dans les quatre domaines ; 72 % en ont dans trois ou quatre.
  • Fréquences mesurées : marche 90 %, continence 86 %, équilibre 53 %, MMSE < 25 chez 53 %.
  • La marche apparaît en premier : le kinésithérapeute est en position d'être le premier témoin.
  • Le trouble urinaire est une hyperactivité du détrusor, nycturie et urgenturie, et non une incontinence d'effort.
  • L'angle calleux distingue bien HPN et maladie d'Alzheimer (seuil 90°, Se 97 %, Sp 88 %). Attention : bien distinguer diagnostiquer et prédire la réponse à la chirurgie, deux questions différentes traitées plus loin.

Quels critères diagnostiques sont en vigueur, et que valent-ils ?

Deux corpus de recommandations coexistent, l'un américano-européen et l'autre japonais. Ils ne donnent pas la même prévalence sur la même population, on l'a vu. Les connaître importe moins pour poser le diagnostic, ce n'est pas notre rôle, que pour comprendre ce que le neurologue cherchera, et ce que le kinésithérapeute peut lui apporter.

Les critères américano-européens : probable, possible, peu probable

Publiés en 2005, ils constituent la première tentative de critères fondés sur les preuves pour cette maladie. Leur méthode est explicite : construits à partir de la littérature de 1966 à 2003, complétés par avis d'experts là où la preuve manquait. Leur apport principal est un classement en trois niveaux (HPN probable, possible, peu probable), destiné à harmoniser la sélection des patients dans les études20.

Les éléments qui composent la catégorie « probable » sont, en résumé : un âge d'au moins 40 ans, une installation insidieuse sur au moins trois à six mois, l'absence de cause identifiable, une progression dans le temps, un trouble de la marche associé à au moins un autre domaine (cognition ou continence), une ventriculomégalie avec indice d'Evans supérieur à 0,3, et une pression d'ouverture du liquide céphalorachidien dans les limites de la normale20.

Ces critères sont ceux qu'ont appliqués la plupart des études de prévalence citées plus haut, ce qui explique, au passage, pourquoi certaines d'entre elles précisent avoir dû s'en écarter : mesurer une pression d'ouverture nécessite une ponction lombaire, geste qu'une enquête de population ne peut pas imposer à des volontaires asymptomatiques2.

Les recommandations japonaises et la place du DESH

La troisième édition des recommandations japonaises, publiée en 2021 par un groupe de travail multidisciplinaire, introduit deux changements notables. Le premier est une nouvelle classification qui sépare clairement l'HPN idiopathique des HPN d'origine congénitale, développementale ou acquise. Le second concerne l'imagerie : les auteurs y discutent le « essential role of disproportionately enlarged subarachnoid-space hydrocephalus (DESH) in the imaging diagnosis and decision for further management », et proposent un algorithme de diagnostic et de décision chirurgicale16.

Le DESH désigne une configuration particulière : des ventricules dilatés et des sillons élargis en région sylvienne, alors que les espaces sous-arachnoïdiens de la haute convexité et de la ligne médiane sont, eux, comprimés. C'est cette disproportion, d'où le nom, qui est caractéristique, et non la dilatation ventriculaire seule. Dans la cohorte de Göteborg, l'effacement des sillons de la haute convexité n'était retrouvé que chez 5,4 % des personnes examinées, contre 20,7 % pour l'indice d'Evans supérieur à 0,31 : c'est un signe bien plus spécifique.

Le point le plus important de ce chapitre : diagnostiquer n'est pas prédire

Voici une distinction que la littérature établit clairement et que la pratique confond souvent.

L'imagerie sert à identifier les patients qui ont probablement une HPN. Elle ne sert pas, ou très peu, à prédire lesquels tireront bénéfice de l'opération. Une revue systématique avec méta-analyse a passé au crible 301 articles, retenu 28 études et identifié 26 marqueurs radiologiques différents22. Cinq remplissaient les conditions d'une méta-analyse : le DESH, l'angle calleux, les anomalies de la substance blanche périventriculaire, le débit sanguin cérébral et la cisternographie tomodensitométrique.

Le résultat est sévère : seuls l'angle calleux et les anomalies périventriculaires distinguent significativement les répondeurs des non-répondeurs, et ils le font avec des rapports de cotes diagnostiques de 1,88 et 1,01. Les auteurs concluent qu'ils sont « insufficient as sole predictors » et ne devraient être utilisés qu'en combinaison avec d'autres tests. Le DESH, lui, ne différencie pas les répondeurs des non-répondeurs22.

Un rapport de cotes diagnostique de 1,01 signifie qu'un marqueur ne dit rien. L'imagerie identifie la maladie ; elle ne dit pas qui va marcher mieux après l'opération. Cette question-là se règle en mesurant la marche.

Ce constat est ce qui donne son poids au chapitre suivant, et au rôle du kinésithérapeute dans son ensemble. Si l'imagerie prédisait la réponse, il suffirait d'un bon radiologue. Elle ne la prédit pas, ce qui la prédit, c'est le comportement de la marche quand on retire du liquide.

À retenir

  • Deux corpus coexistent : critères américano-européens de 2005 (probable / possible / peu probable) et recommandations japonaises, 3e édition 2021.
  • Indice d'Evans > 0,3 : nécessaire, très peu spécifique, 20,7 % des plus de 70 ans l'ont.
  • Le DESH, disproportion entre sillons sylviens élargis et haute convexité comprimée, est bien plus spécifique que la dilatation ventriculaire seule.
  • Aucun marqueur d'imagerie ne prédit utilement la réponse à la chirurgie. Angle calleux : rapport de cotes diagnostique 1,88 ; anomalies périventriculaires : 1,01 ; DESH : non discriminant.

Qu'apporte le test de soustraction de liquide céphalorachidien ?

C'est l'examen qui décide, en pratique, de l'orientation chirurgicale. Son principe est simple : retirer du liquide et voir si le patient va mieux. Sa mise en œuvre l'est moins, et son interprétation obéit à une asymétrie qu'il faut avoir en tête avant d'en lire le compte rendu.

Le principe et sa mise en œuvre

Le test de soustraction, tap test dans la littérature, consiste à prélever par ponction lombaire un volume de liquide céphalorachidien, généralement 30 à 50 mL, puis à réévaluer le patient. Les études citées ici utilisent 30 mL9,26 ou 50 mL27.

Une variante existe, plus lourde et plus performante : le drainage lombaire externe, où un cathéter laissé en place soustrait du liquide de façon continue pendant un à trois jours. Dans une série prospective de 68 patients, une réponse positive au drainage externe prédisait correctement l'amélioration après dérivation chez 87,9 % des patients : la meilleure performance de tous les tests évalués, y compris les mesures de dynamique du liquide céphalorachidien. Le prix à payer : un taux de complication des tests invasifs de 5,4 % dans cette série23.

La fenêtre de mesure, et pourquoi elle décide de tout

Un point technique commande toute l'organisation pratique du test, et il est établi par méta-régression sur 17 études et 527 patients : l'effet du test sur la vitesse de marche atteint son maximum entre 24 et 48 heures, puis revient à la ligne de base en 90 à 100 heures10.

Cinétique de la réponse au test de soustraction de liquide céphalorachidien

Effet sur la vitesse de marche, d'après une méta-régression portant sur 17 études et 527 patients

Cinétique de l'effet du test de soustraction sur la vitesse de marche L'effet sur la vitesse de marche monte après la ponction, atteint un plateau entre 24 et 48 heures, puis décroît et revient au niveau de départ entre 90 et 100 heures. Une mesure réalisée deux à quatre heures après la ponction saisit une partie de l'effet ; une mesure réalisée après cinq jours ne saisit plus rien. PLATEAU 24-48 h RETOUR 90-100 h 0 4 h 24 h 48 h 72 h 96 h 120 h effet maximal départ Mesure à 2-4 h Mesure à 24-48 h Mesure à J+5

Source : Passaretti M, et al. Mov Disord Clin Pract 2023;10(11):1574-84 (PMID 38026510). Les deux fenêtres colorées et les trois points de mesure sont reportés depuis les valeurs de la méta-régression ; la courbe elle-même est un schéma d'illustration, elle ne reproduit pas une trajectoire mesurée point par point. Le point à 2-4 heures correspond au protocole de Gallagher 2018 (PMID 29702069), le point à 24 heures à celui de Bovonsunthonchai 2018 (PMID 29581614).

Cette cinétique a trois conséquences immédiates.

Un patient évalué trop tôt peut paraître non répondeur. Le protocole australien de Gallagher mesure 2 à 4 heures après la ponction et détecte des changements nets26 ; mais l'effet n'est alors pas à son maximum.

Un patient évalué trop tard ne paraîtra pas répondeur non plus. Une réévaluation la semaine suivante ne mesure plus rien, ou mesure du bruit.

Et surtout : l'entourage n'est pas un instrument de mesure. Une réponse qui dure deux jours et disparaît sans laisser de trace est presque impossible à établir rétrospectivement en interrogeant le patient et sa famille une semaine plus tard. Si personne n'a mesuré avant et après, l'information est perdue : définitivement, puisque refaire le test suppose une nouvelle ponction lombaire.

L'asymétrie d'interprétation : un test positif compte, un test négatif non

C'est la propriété la plus importante de cet examen, et la moins intuitive.

L'étude multicentrique européenne, menée sur 115 patients dont les résultats de tests étaient tenus en aveugle vis-à-vis des soignants, avec réévaluation à 12 mois, arrive à une conclusion frappante : ni la résistance à l'écoulement du liquide céphalorachidien ni le test de soustraction ne corrèlent au résultat à 12 mois. Un seul élément corrèle significativement, et il vaut d'être noté : l'amélioration à la tâche de marche, dix mètres à vitesse libre, avec un coefficient de 0,22 (p = 0,02)18.

Les valeurs prédictives, elles, sont sans ambiguïté : valeur prédictive positive supérieure à 90 %, valeur prédictive négative inférieure à 20 %. Les auteurs le traduisent en une phrase qui devrait figurer dans tout compte rendu : « Rout and CSF TT can be used for selecting patients for shunt surgery but not for excluding patients from treatment ».

Une méta-analyse portant sur 17 essais et 812 sujets a estimé les performances des tests simples réalisés après soustraction : test de marche de 18 mètres, sensibilité 0,83 (IC 95 % 0,57-0,99) et spécificité 0,67 (0,33-0,95) ; Timed Up and Go, sensibilité 0,89 (0,79-0,95) et spécificité 0,63 (0,24-0,90)42. On retrouve la même asymétrie : ces tests détectent bien les répondeurs, ils écartent mal les non-répondeurs.

Une étude suédoise sur 116 patients opérés, utilisant l'échelle iNPH de Hellström, précise encore le tableau et livre un résultat utile : 63,8 % des patients répondent sur le domaine marche, 44,3 % sur le domaine équilibre ; et face au résultat postopératoire global, la sensibilité et la spécificité sont de 68,1 % et 52,0 % pour la marche, contre 47,8 % et 68,0 % pour l'équilibre. Les auteurs concluent que « the gait domain may be used to predict outcomes for gait, but the balance domain is too insensitive »44. C'est la marche qu'il faut mesurer, pas l'équilibre statique.

Une revue systématique indépendante confirme l'ordre de grandeur sur huit études : valeur prédictive positive de 92 % (extrêmes 73 à 100 %), valeur prédictive négative de 37 % (18 à 50 %), spécificité 75 %, sensibilité 58 %28.

Ce qu'un test négatif ne veut pas dire

Avec une valeur prédictive négative comprise entre 18 % et 50 %, un test de soustraction négatif laisse en place une probabilité importante que le patient réponde quand même à la chirurgie. Un patient dont le test est revenu négatif et dont l'état continue de se dégrader n'est donc pas un dossier clos : le drainage lombaire externe, plus sensible, existe. Ce n'est pas au kinésithérapeute de rouvrir le dossier, mais c'est à lui de signaler une aggravation documentée plutôt que de considérer la question comme tranchée.

Ce que le test change concrètement, mesuré test par test

Une étude suédoise de 2026 apporte ce qui manquait : la comparaison directe de la sensibilité au changement d'un large éventail de tests kinésithérapiques, chez 95 patients d'âge moyen 77 ans, avant et après une soustraction de 50 mL27.

Quels tests bougent le plus après une soustraction de 50 mL de liquide céphalorachidien

95 patients sélectionnés, âge moyen 77 ans, tous les tests significatifs à p < 0,001

Sensibilité au changement des tests kinésithérapiques après tap test Marche arrière sur 3 mètres : 32 % de réduction du temps et 23 % de réduction du nombre de pas. Timed Up and Go : 27 % de réduction du temps. Test de 6 minutes : 25 % d'augmentation de la distance. Test de marche de 10 mètres : 21 % de réduction du temps. Pour l'équilibre statique, gains en secondes : Romberg 4,9 secondes, mousse pieds joints yeux ouverts 3,9 secondes, mousse talons joints yeux ouverts 3,8 secondes, talons joints yeux fermés 3,8 secondes, tandem yeux ouverts 3,1 secondes. Le tandem yeux fermés et l'appui unipodal ne changent pas significativement. MARCHE ET CAPACITÉ : variation en pourcentage Marche arrière 3 m (temps) −32 % Timed Up and Go −27 % Test de 6 minutes (distance) +25 % Marche arrière 3 m (nb de pas) −23 % Marche 10 m (temps) −21 % échelle : 11 px par point de pourcentage ÉQUILIBRE STATIQUE : gain de durée tenue, en secondes Romberg +4,9 s Mousse, pieds joints, yeux ouverts +3,9 s Mousse, talons joints, yeux ouverts +3,8 s Tandem, yeux ouverts +3,1 s Tandem yeux fermés · appui unipodal aucun changement significatif

Source : Akar K, Kollén L, Tullberg M, Persson HC. Fluids Barriers CNS 2026;23(1):35 (PMID 41703573). Population sélectionnée de patients devant être opérés : ces pourcentages décrivent l'ampleur du changement observable, non la sensibilité diagnostique du test. Les deux blocs ont des échelles différentes et ne se comparent pas entre eux.

Trois enseignements. D'abord, la marche arrière sur 3 mètres est le test le plus sensible au changement de toute la batterie, dans ses deux modalités de cotation. Ensuite, les tests d'équilibre les plus difficiles ne bougent pas : le tandem yeux fermés et l'appui unipodal restent au plancher, ce qui signifie qu'ils ne servent à rien dans cette indication, un patient qui ne tenait pas trois secondes avant n'en tiendra pas davantage après. Enfin, les auteurs recommandent explicitement des tests exigeants, qui explorent la marche en direction et en capacité, plutôt que le seul aller-retour sur dix mètres.

Une précision sur les différences entre hommes et femmes, souvent mal rapportée : les hommes ont montré des gains significatifs sur deux épreuves d'équilibre que les femmes n'ont pas montrés, mais après ajustement sur la performance de départ, aucune différence de réponse liée au sexe ne subsiste27. L'écart apparent tenait au niveau de départ, pas au sexe.

À retenir

  • Soustraction de 30 à 50 mL par ponction lombaire, ou drainage lombaire externe sur un à trois jours (prédiction correcte chez 87,9 %, mais 5,4 % de complications des tests invasifs).
  • Fenêtre de réponse : maximum à 24-48 h, retour au départ en 90-100 h. Mesurer trop tôt sous-estime, mesurer trop tard ne mesure rien.
  • VPP > 90 %, VPN < 20 % : le test sélectionne, il n'exclut pas.
  • Dans l'étude européenne, le seul élément corrélé au résultat à 12 mois est l'amélioration au test de marche de 10 mètres.
  • Tests les plus sensibles au changement : marche arrière 3 m (−32 %), TUG (−27 %), test de 6 minutes (+25 %), marche 10 m (−21 %).
  • Tandem yeux fermés et appui unipodal : inutiles ici, ils ne bougent pas.

Quelles échelles de marche quantifier en cabinet, et avec quels seuils ?

Aucun de ces tests ne demande d'équipement au-delà d'un chronomètre, d'un mètre ruban et d'une chaise. C'est précisément ce qui rend leur absence coûteuse : la mesure qui manquera au dossier chirurgical est une mesure que le cabinet pouvait faire.

Les deltas de référence : ce que fait bouger une soustraction de liquide

Une étude prospective australienne sur 74 patients, tous soumis à une batterie de tests avant et 2 à 4 heures après une soustraction de 30 mL, fournit la comparaison la plus directement utilisable en cabinet. Les patients ont ensuite été classés en répondeurs, ceux à qui une dérivation a été proposée par le neurologue ou le neurochirurgien, et non-répondeurs : 40 d'un côté, 34 de l'autre26.

Chez les répondeurs, les variations moyennes mesurées sont les suivantes : Tinetti +3,88 points, Timed Up and Go −3,98 secondes, test de marche de 10 mètres +0,08 m/s, échelle de Berg +5,29 points. Chez les non-répondeurs, seuls le Tinetti (+0,91 point) et le Berg bougent légèrement26. Les différences entre les deux groupes sont significatives pour tous les tests.

Un détail de cette étude mérite d'être relevé, parce qu'il déplace le curseur : les patients ont aussi coté eux-mêmes leur changement perçu sur une échelle globale, et leur autoévaluation distinguait les deux groupes, +2 pour la marche chez les répondeurs contre 0 chez les non-répondeurs, +2,5 contre 0 pour l'équilibre. Les auteurs concluent que « Patients appear to be able to accurately identify if change has occurred ». Demander au patient ce qu'il a ressenti n'est donc pas un supplément d'âme : c'est une donnée qui discrimine.

Le repère qui donne son sens aux chiffres

Un gain de 0,08 m/s, est-ce beaucoup ? La question se règle avec les travaux de référence sur le changement significatif des mesures de performance physique chez la personne âgée, établis par méthodes ancrées et distributionnelles sur près de 700 sujets : le changement petit mais significatif se situe autour de 0,05 m/s de vitesse de marche, et le changement substantiel autour de 0,10 m/s. Pour le test de 6 minutes, les repères sont respectivement de 20 mètres et 50 mètres34.

Le +0,08 m/s observé après soustraction chez les répondeurs se situe donc entre les deux : réel, perceptible, sans atteindre le seuil du changement substantiel. Ce qui est cohérent avec le fait qu'une ponction lombaire n'est qu'un aperçu temporaire de ce que la chirurgie fera. Nous verrons au chapitre suivant que la dérivation, elle, fait bien mieux.

Le Functional Gait Assessment, et pourquoi il mérite d'être appris

Si un seul test devait être ajouté à la pratique courante pour cette population, ce serait celui-là. Deux travaux du même groupe japonais le montrent.

Le premier compare la capacité de quatre tests à séparer les patients qui chutent de ceux qui ne chutent pas, chez 68 patients. Les aires sous la courbe sont : FGA 0,869 (IC 95 % 0,761-0,933), Berg 0,796, test de marche de 10 mètres 0,692, Timed Up and Go 0,651, et la force isométrique du quadriceps n'est pas prédictive du tout32.

Le second point est décisif pour la pratique : chez les patients les plus autonomes (ceux dont le Timed Up and Go est inférieur à 15 secondes, soit la moitié de l'effectif), le FGA est le seul test qui reste significatif, avec une aire sous la courbe de 0,84232. Le TUG, le test de 10 mètres et la force ne discriminent plus rien.

Chez le patient qui marche encore bien, le chronomètre ne voit plus le risque de chute. Le Functional Gait Assessment, si, parce qu'il le met en difficulté au lieu de le regarder marcher droit.

La raison est mécanique : le FGA comporte dix items qui perturbent délibérément la marche, changements de vitesse, rotations de tête horizontales et verticales, pivot rapide, franchissement d'obstacle, marche en tandem, marche les yeux fermés, marche arrière, montée et descente d'escalier. C'est exactement le registre où l'HPN échoue, puisque son instabilité est multidirectionnelle et son demi-tour désorganisé. Un patient peut parcourir dix mètres en ligne droite à une vitesse honorable et s'effondrer au premier item de rotation de tête.

La marche arrière sur 3 mètres, le test le plus rentable en dépistage de changement

Ce test (chronométrer un parcours de 3 mètres effectué en marche arrière, et compter les pas) est le grand gagnant des deux études suédoises récentes. Après soustraction de liquide, il varie de −32 % en temps et −23 % en nombre de pas, devant le Timed Up and Go (−27 %) et le test de 10 mètres (−21 %)27. Après dérivation, sur 291 patients opérés réévalués à une médiane de 5,4 mois, il varie de −43 %, contre −28 % pour le Timed Up and Go et −19 à −23 % pour le test de 10 mètres35.

Cette même étude apporte deux informations pronostiques qui méritent d'être connues avant de fixer les objectifs avec un patient. D'une part, les femmes ont de moins bonnes performances avant et après l'opération, mais leur amélioration ne diffère pas de celle des hommes une fois ajustée sur le niveau de départ. D'autre part, chaque tranche de cinq ans d'âge supplémentaire réduit le gain de 3 à 8 %. L'âge n'interdit pas l'opération ; il en réduit le rendement, ce qui est un argument de plus pour ne pas attendre.

Sur le plan de la complémentarité des mesures, les corrélations rapportées sont instructives : le test de 6 minutes est fortement corrélé au test de 10 mètres (ρ = −0,81) et la marche arrière au Timed Up and Go (ρ = 0,75), tandis que la corrélation entre test de 6 minutes et marche arrière n'est que modérée (ρ = −0,58). Traduction pratique : un test de vitesse et un test de capacité disent à peu près la même chose ; un test de vitesse et un test directionnel non. Prendre le test de 10 mètres et le test de 6 minutes ensemble apporte peu ; prendre le test de 10 mètres et la marche arrière apporte davantage.

Le tableau des échelles utilisables en cabinet

Toutes les valeurs proviennent d'études conduites chez des patients atteints d'HPN, sauf la colonne « repère de changement » du test de 10 mètres et du test de 6 minutes, tirée de Perera 2006 chez la personne âgée tout venant (PMID 16696738). Les variations après tap test sont celles de Gallagher 2018 (PMID 29702069, soustraction de 30 mL, mesure à 2-4 h) et d'Akar 2026 (PMID 41703573, soustraction de 50 mL) ; les variations après chirurgie viennent d'Andersson 2026 (PMID 42206097).
Test Ce qu'il capte Matériel et durée Variation après soustraction de LCR Variation après dérivation Ce qu'il faut savoir
Marche 10 m, vitesse spontanée Vitesse, longueur de pas Couloir de 14 m, chronomètre. 3 min +0,08 m/s chez les répondeurs, ≈ 0 chez les non-répondeurs ; −21 % en temps −19 à −23 % en temps Seul élément corrélé au résultat à 12 mois dans l'étude multicentrique européenne. Repères de changement chez la personne âgée : 0,05 m/s (petit), 0,10 m/s (substantiel)
Marche arrière 3 m Contrôle directionnel, équilibre dynamique 3 m dégagés, chronomètre, compteur de pas. 2 min −32 % en temps, −23 % en pas : le plus sensible de la batterie −43 % en temps Peu utilisé en France, très rentable ici. Sécuriser l'arrière du patient
Timed Up and Go Transfert, marche, demi-tour Chaise, 3 m, chronomètre. 2 min −3,98 s chez les répondeurs ; −27 % −28 % Ne différencie pas l'HPN de la maladie de Parkinson. Perd son pouvoir discriminant sur le risque de chute quand il est inférieur à 15 s
Functional Gait Assessment Équilibre dynamique pendant la marche, 10 items perturbateurs Couloir, obstacle, escalier. 10-12 min Non rapporté dans les études de tap test citées Seul critère amélioré par la rééducation dans l'essai randomisé de 2023 AUC 0,869 pour le risque de chute, et 0,842 chez les patients dont le TUG est inférieur à 15 s, où tous les autres tests échouent
Échelle d'équilibre de Berg Équilibre statique et transferts, 14 items Chaise, marchepied, règle. 15 min +5,29 points chez les répondeurs, mouvement léger chez les non-répondeurs Non rapporté dans les études citées AUC 0,796 pour le risque de chute. Utile mais moins discriminant que le FGA chez les patients autonomes
Tinetti (POMA) Équilibre et marche, cotation observationnelle Chaise, couloir. 10 min +3,88 points chez les répondeurs, +0,91 chez les non-répondeurs +2,9 points contre +0,5 sous valve placebo (essai randomisé PENS) Le seul critère secondaire de l'essai contre placebo à atteindre la significativité avec la vitesse de marche
Test de 6 minutes Capacité d'endurance à la marche Couloir de 30 m balisé, chronomètre. 8 min +25 % de distance Sensible au changement postopératoire Fortement corrélé au test de 10 mètres (ρ = −0,81) : les deux ensemble apportent peu d'information supplémentaire
Nombre de pas au demi-tour 180° Organisation du demi-tour Aucun. 1 min p = 0,001 : plus sensible que le temps du demi-tour (p = 0,064) Non rapporté Gratuit, rapide, et c'est là que se produisent 73 % des épisodes de freezing
Romberg et équilibre sur mousse Contrôle postural statique Coussin de mousse, chronomètre. 5 min Romberg +4,9 s ; mousse yeux ouverts +3,8 à +3,9 s ; tandem yeux ouverts +3,1 s Non rapporté Tandem yeux fermés et appui unipodal ne bougent pas : ne pas les inclure dans cette indication

Deux erreurs de méthode qui rendent une mesure inexploitable

  • Changer de consigne entre les deux mesures. Une comparaison entre 10 mètres à vitesse spontanée avant et 10 mètres à vitesse maximale après ne mesure rien : ce sont deux tests différents. Une étude japonaise les a comparés pendant un tap test et conclut que la vitesse spontanée est plus facile à mesurer et plus sensible, tandis que la vitesse maximale a une meilleure spécificité et une meilleure performance diagnostique globale, au prix d'un possible effet plafond36. Leur analyse porte sur 29 patients dont un seul non-répondeur, ce qui interdit d'en tirer une règle ferme. Le message utilisable est ailleurs : choisir une consigne une fois pour toutes, et la répéter à l'identique.
  • Mesurer un jour, comparer à une impression. S'il n'existe pas de valeur de départ chiffrée, il n'y aura pas de comparaison possible après la ponction ni après l'opération. La ligne de base se prend à la première séance, pas quand la ponction est programmée.

À retenir

  • Deltas de référence après soustraction, chez les répondeurs : Tinetti +3,88 ; TUG −3,98 s ; 10 m +0,08 m/s ; Berg +5,29.
  • Repères de changement chez la personne âgée : 0,05 m/s (petit) et 0,10 m/s (substantiel).
  • Le FGA est le meilleur test du risque de chute dans cette population (AUC 0,869), et le seul qui tienne chez les patients autonomes.
  • La marche arrière sur 3 mètres est le test le plus sensible au changement, avant comme après chirurgie.
  • L'autoévaluation du patient distingue répondeurs et non-répondeurs : la poser fait partie de la mesure.
  • Ne pas inclure tandem yeux fermés ni appui unipodal : ils ne bougent pas.

Que change réellement la dérivation ventriculo-péritonéale ?

Jusqu'en 2025, la réponse reposait sur des séries chirurgicales rapportant 70 à 80 % d'amélioration : des chiffres impressionnants et fragiles, puisque nul ne savait ce qu'aurait donné une opération factice. Un essai contre placebo a depuis répondu, et sa réponse est plus intéressante que ne l'aurait été un simple succès.

Le principe et les variantes

L'intervention consiste à poser un cathéter dans un ventricule cérébral, relié par un tuyau sous-cutané à une cavité où le liquide sera résorbé : le péritoine dans la très grande majorité des cas, d'où le nom de dérivation ventriculo-péritonéale. Une valve, réglable ou non, contrôle le débit. Deux variantes existent : la dérivation lombo-péritonéale, qui prélève au niveau lombaire et évite d'ouvrir le crâne7, et la ventriculocisternostomie endoscopique, qui crée une communication interne sans matériel.

Une méta-analyse portant sur 33 études et 2 461 patients conclut que les résultats ne diffèrent pas significativement entre ces techniques, avec plus de 75 % de patients améliorés. Elle apporte en revanche un argument net sur le matériel : les valves réglables réduisent le taux de reprise chirurgicale de 32 % à 12 % et diminuent les collections sous-durales38.

L'essai PENS : ce que la chirurgie fait, et ce qu'elle ne fait pas

Publié fin 2025, cet essai est le premier à comparer une dérivation active à un placebo crédible. Le dispositif est élégant : tous les participants sont opérés et reçoivent une valve réellement implantée, mais réglable à distance sans nouvelle intervention. La moitié reçoit un réglage ouvert, pression d'ouverture à 110 mm d'eau, l'autre un réglage placebo à plus de 400 mm d'eau, qui laisse le système en place sans qu'il draine. Ni les patients ni les évaluateurs ne savent qui a quoi. Quatre-vingt-dix-neuf participants ont été randomisés, tous sélectionnés sur un critère précis : avoir amélioré leur vitesse de marche lors d'un drainage temporaire de liquide céphalorachidien24.

Essai PENS : dérivation active contre valve placebo, à 3 mois

99 patients randomisés en double aveugle, tous porteurs d'une valve implantée, tous sélectionnés sur leur réponse au drainage temporaire

Résultats de l'essai randomisé PENS sur les quatre domaines évalués Vitesse de marche : plus 0,23 mètre par seconde en valve ouverte contre plus 0,03 en valve placebo, différence significative. Score de Tinetti : plus 2,9 points contre plus 0,5 point, différence significative. Score MoCA : plus 1,3 point contre plus 0,3 point, différence non significative. Questionnaire de vessie hyperactive : moins 3,3 points contre moins 1,5 point, différence non significative. CE QUE LA DÉRIVATION AMÉLIORE Vitesse de marche valve ouverte +0,23 placebo +0,03 m/s différence 0,21 m/s (IC 0,12-0,31) : p < 0,001 Score de Tinetti (sur 28) ouverte / placebo +2,9 +0,5 : p = 0,003 CE QU'ELLE N'AMÉLIORE PAS Cognition : MoCA (sur 30) ouverte +1,3 placebo +0,3 différence non significative Vessie hyperactive (sur 100) ouverte / placebo −3,3 −1,5, non significatif ÉVÉNEMENTS INDÉSIRABLES : le bilan est à double sens Chutes valve ouverte 24 % placebo 46 % moins de chutes sous valve ouverte Hématome sous-dural valve ouverte 12 % placebo 2 % c'est le prix du drainage Céphalées positionnelles valve ouverte 59 % placebo 28 % Hémorragie cérébrale : 2 % dans les deux groupes. Échelle des barres d'événements : 4 px par point de pourcentage.

Source : Luciano MG, et al. N Engl J Med 2025;393(22):2198-209 (PMID 40960253), essai PENS, NCT05081128. Vitesse de marche évaluée chez 49 participants par groupe à 3 mois. Les auteurs qualifient eux-mêmes le bilan des événements indésirables de « mixte ».

Le résultat principal est net : à trois mois, la vitesse de marche augmente de 0,23 ± 0,23 m/s dans le groupe valve ouverte contre 0,03 ± 0,23 m/s sous placebo, soit une différence de 0,21 m/s (IC 95 % 0,12 à 0,31 ; p < 0,001). Rapporté aux repères de la personne âgée, ce gain vaut plus du double du seuil de changement substantiel34. Ce n'est pas une amélioration statistique sans traduction clinique : c'est une différence qu'un patient sent, et que son entourage voit.

Le score de Tinetti suit : +2,9 points contre +0,5 (p = 0,003)24.

Et puis il y a l'autre moitié du résultat, celle qui n'a pas fait les titres. Le score cognitif MoCA n'atteint pas la significativité : 1,3 point contre 0,3. Le questionnaire de vessie hyperactive non plus : −3,3 contre −1,5. Deux des trois composantes de la triade, chez des patients sélectionnés pour être les meilleurs candidats possibles, ne se distinguent pas du placebo à trois mois.24

Le premier essai contre placebo de l'histoire de cette maladie confirme que l'opération marche, sur la marche. Le kinésithérapeute évalue précisément le domaine où le bénéfice est démontré.

Le profil de sécurité est lui aussi à double sens, et les auteurs le décrivent comme « mitigé ». D'un côté, les patients sous valve placebo chutent davantage : 46 % contre 24 %, ce qui n'a rien d'étonnant puisqu'ils marchent moins bien. De l'autre, la valve ouverte s'accompagne de 12 % d'hématomes sous-duraux contre 2 %, et de 59 % de céphalées positionnelles contre 28 %24. L'hémorragie cérébrale, elle, survient chez 2 % des patients dans les deux groupes. Ces chiffres méritent d'être connus : un patient opéré qui se plaint de céphalées survenant en position debout et cédant en position couchée n'invente rien, c'est l'effet le plus fréquent du dispositif, et une aggravation neurologique nouvelle après une phase d'amélioration doit faire évoquer un hématome sous-dural et conduire à un avis rapide.

Ce que dit la synthèse Cochrane, et ce qu'elle ne peut pas dire

La revue Cochrane 2024 a rassemblé quatre essais randomisés, dont trois combinables, soit 140 participants d'âge moyen 75 ans. Ses conclusions sont graduées selon la méthode GRADE, ce qui permet de savoir exactement à quel point on peut s'appuyer sur chacune25.

Certitude modérée
Vitesse de marche à moins de 6 mois. La dérivation améliore probablement la vitesse de marche : différence moyenne standardisée 0,62 (IC 95 % 0,24-0,99), 3 études, 116 participants.
Certitude modérée
Réduction du handicap à moins de 6 mois. Réduction importante : risque relatif 2,08 (IC 95 % 1,31-3,31), 3 études, 118 participants.
Certitude faible
Qualité de la marche. La dérivation peut améliorer la marche évaluée qualitativement, d'une ampleur incertaine. 1 étude, 88 participants.
Certitude très faible
Fonction cognitive. Différence moyenne standardisée 0,35 (IC 95 % −0,04 à 0,74), 2 études, 104 participants. L'intervalle de confiance franchit zéro.
Certitude très faible
Événements indésirables. Une seule étude, 88 participants, sans évaluation en aveugle. Les données de l'essai PENS, postérieures à cette revue, comblent partiellement ce vide.
Aucune donnée
Résultats au-delà de 6 mois, et qualité de vie. « There were no longer-term RCT data for any of our prespecified outcomes », et aucune donnée sur la qualité de vie.

Cette dernière ligne est importante et rarement dite : à ce jour, aucun essai randomisé ne documente le devenir au-delà de six mois. Tout ce qu'on sait du long terme vient de séries non contrôlées.

Les taux de réponse, et pourquoi ils varient tant

Les chiffres publiés vont de 65 % à 82 %. Comme pour la prévalence, l'écart n'est pas du bruit : il mesure la sélection. La plus large synthèse disponible, 64 études et 3 063 patients, rapporte une amélioration chez 71 % des patients en moyenne, et 82 % dans les seules études publiées dans ses cinq dernières années, avec une mortalité passant de 1 % à 0,2 % et un taux de complications communes de 8,2 %43. Cette progression ne dit pas que l'opération est devenue meilleure : elle dit d'abord que les indications se sont resserrées.

Ces taux ne sont pas comparables entre eux : les définitions de l'amélioration, les délais d'évaluation et surtout les critères de sélection des patients diffèrent d'une étude à l'autre. C'est précisément ce que ce tableau montre.
Étude Effectif Sélection des patients Taux d'amélioration Sur quel critère
SINPHONI-2, 2015 (PMID 25934242) 93 randomisés Ventriculomégalie + compression de la haute convexité à l'IRM ; essai randomisé ouvert, chirurgie immédiate contre différée de 3 mois 65 % contre 5 % à 3 mois ; 67 % contre 58 % à 12 mois après chirurgie Gain d'au moins 1 point à l'échelle de Rankin modifiée
Agerskov, 2018 (PMID 30103972) 429 File active d'un centre spécialisé 68 % Mesure composite construite par les auteurs
Toma, 2013 (PMID 23975646) 3 063, sur 64 études Toutes séries confondues, 1966 à 2013 71 % en moyenne ; 82 % pour les seules études des 5 dernières années « Amélioration positive » rapportée par les auteurs de chaque série
Giordan, 2019 (PMID 30497150) 2 461, sur 33 études Pression d'ouverture < 25 mm Hg, âge > 60 ans, hydrocéphalie idiopathique > 75 % globalement Détail : marche 75 %, cognition > 60 %, continence 55 %
Chidiac, 2022 (PMID 34970701) 3 007, registre national suédois Tous les patients opérés en Suède de 2004 à 2019 57 % si opérés dans les 3 mois ; 46 % au-delà de 6 mois Gain d'au moins 5 points à l'échelle iNPH modifiée, à 3 mois
PENS, 2025 (PMID 40960253) 99 randomisés Sélection stricte : réponse en vitesse de marche au drainage temporaire Pas de taux binaire ; +0,21 m/s attribuables à la dérivation Comparaison contre valve placebo, seul essai à le permettre

La lecture de ce tableau tient en deux phrases. Plus la sélection est stricte, plus le taux monte ; c'est mécanique, et c'est la raison pour laquelle Toma trouve 82 % dans les séries récentes contre 71 % sur l'ensemble : les indications se sont resserrées. Et plus le critère est exigeant, plus le taux baisse : c'est pourquoi la continence, mesurée séparément, ne s'améliore que chez 55 % des patients quand le taux global dépasse 75 %.

Le gradient de Giordan mérite d'ailleurs d'être retenu tel quel, parce qu'il recoupe exactement le résultat de l'essai contre placebo, dix ans plus tôt et par une autre méthode : marche 75 %, cognition plus de 60 %, continence 55 %38. Les trois symptômes de la triade ne répondent pas également.

Le délai, variable modifiable

Le registre national suédois, sur 3 007 patients opérés entre 2004 et 2019, a mesuré ce que coûte l'attente. Le délai est défini entre la décision d'opérer et l'opération elle-même. À trois mois postopératoires, l'amélioration significative concerne 57 % des patients opérés dans les 3 mois, 52 % de ceux opérés entre 3,1 et 5,9 mois, et 46 % de ceux opérés après 6 mois. Les auteurs concluent que la chirurgie devrait être réalisée dans les trois mois suivant la décision29.

Onze points de pourcentage entre les deux extrêmes. Ce délai-là commence en amont de la décision : dans le temps qu'il faut pour que quelqu'un pense au diagnostic. C'est là que se situe la contribution du kinésithérapeute, et elle est chiffrable.

Le long terme, la maintenance, et l'absence d'alternative médicamenteuse

Une série italienne de 50 patients porteurs de valves programmables, suivis au moins dix ans, donne le meilleur aperçu disponible du devenir tardif : étant entendu qu'il ne s'agit pas de données randomisées. Deux enseignements. D'abord, la marche est le symptôme qui s'améliore le mieux et le plus durablement ; la cognition et l'incontinence s'améliorent d'abord puis déclinent au fil des années. Ensuite, 10 patients sur 50, soit 20 %, ont nécessité une reprise chirurgicale pour dysfonctionnement de la dérivation, et 93,3 % de ces reprises ont amélioré la clinique39.

Cette dernière donnée a une portée pratique directe pour le suivi en cabinet. Une dérivation peut cesser de fonctionner, et le signe d'appel sera le plus souvent la réapparition progressive du trouble de la marche chez un patient qui allait mieux. Un kinésithérapeute qui documente une dégradation chiffrée (la vitesse de marche qui rechute, le Timed Up and Go qui remonte), fournit exactement l'élément qui déclenchera une vérification de la valve.

Enfin, sur la question que posent tous les patients hésitant devant la chirurgie : existe-t-il un médicament ? La réponse, désormais, est documentée. Un essai de phase 2 randomisé en double aveugle contre placebo a testé l'acétazolamide chez 50 patients en attente de dérivation, sur un score composite de marche associant test de 10 mètres, Timed Up and Go et marche arrière sur 3 mètres. L'acétazolamide n'a pas amélioré la marche par rapport au placebo, et il a été mal toléré : 36 % d'arrêts pour effets indésirables contre 8 % sous placebo. Les auteurs concluent que ces résultats ne soutiennent pas son usage en traitement de routine40.

À retenir

  • Essai contre placebo : +0,21 m/s de vitesse de marche et +2,9 points de Tinetti contre +0,5 sous placebo ; ni la cognition ni la continence ne se distinguent du placebo à 3 mois.
  • Cochrane : certitude modérée pour la vitesse de marche et la réduction du handicap ; très faible pour la cognition ; aucune donnée randomisée au-delà de 6 mois.
  • Taux d'amélioration de 65 à 82 % selon la sélection. Par domaine : marche 75 %, cognition > 60 %, continence 55 %.
  • Opérer dans les 3 mois : 57 % d'améliorés. Au-delà de 6 mois : 46 %.
  • Complications à connaître : hématome sous-dural 12 %, céphalées positionnelles 59 %, reprise chirurgicale chez 20 % à 10 ans, et les valves réglables font passer les reprises de 32 % à 12 %.
  • Il n'existe pas de traitement médicamenteux : l'acétazolamide a échoué contre placebo et a été mal toléré.

Quel est le rôle du kinésithérapeute avant et après la dérivation ?

Il faut le dire dans l'ordre, parce que l'ordre inverse est celui qu'on adopte spontanément et il est faux. Avant la dérivation, le kinésithérapeute apporte une mesure, et cette contribution-là est solidement fondée. Après la dérivation, il apporte un traitement, et la base de preuves y est, elle, beaucoup plus mince qu'on ne l'espérerait.

Avant : la contribution la mieux fondée, et elle n'est pas thérapeutique

Reprenons ce qui a été établi dans les chapitres précédents, et mettons-le bout à bout.

Aucun marqueur d'imagerie ne prédit utilement la réponse à la chirurgie : rapports de cotes diagnostiques de 1,88 pour l'angle calleux, 1,01 pour les anomalies périventriculaires, et le DESH non discriminant22. Dans l'étude multicentrique européenne, ni la résistance à l'écoulement ni le tap test globalement ne corrèlent au résultat à douze mois : un seul élément le fait, l'amélioration au test de marche de dix mètres18. Et l'essai qui a démontré l'efficacité de la chirurgie contre placebo a sélectionné ses patients sur ce critère précis : leur amélioration de vitesse de marche sous drainage temporaire24.

Autrement dit : ce qui décide de l'orientation chirurgicale, dans l'état actuel des connaissances, c'est une mesure de marche répétée avant et après soustraction de liquide. Cette mesure, personne n'est mieux placé pour la faire qu'un kinésithérapeute, et lorsqu'elle n'existe pas, la décision se prend sur une impression clinique recueillie a posteriori auprès d'un patient et d'une famille, à propos d'un changement dont on sait maintenant qu'il a disparu en quatre jours.

Ce que le kinésithérapeute peut fournir au dossier, concrètement

  1. Une ligne de base chiffrée, datée, prise avant que la question ne se pose. Vitesse de marche sur 10 mètres, Timed Up and Go, marche arrière sur 3 mètres, nombre de pas au demi-tour. Quatre minutes de séance.
  2. Une trajectoire. Trois mesures espacées de deux mois valent plus qu'une mesure isolée : elles montrent une progression, qui est un critère diagnostique à part entière dans les recommandations.
  3. Un encadrement du test de soustraction : une mesure la veille ou le matin même, une mesure dans la fenêtre de 24 à 48 heures, avec les mêmes tests, la même consigne, le même opérateur si possible.
  4. La question posée au patient : « depuis la ponction, vous sentez-vous différent pour marcher ? » Cette autoévaluation distingue les répondeurs des non-répondeurs26.
  5. Après l'opération, la même batterie, pour objectiver le résultat, et pour repérer une dégradation ultérieure qui signerait un dysfonctionnement de valve.

Ce qui n'est pas démontré, et qu'il faut cesser de sous-entendre

Il serait tentant d'enchaîner sur un programme de rééducation préopératoire. Il n'existe pas de donnée pour le soutenir. Une revue de portée publiée en 2025, qui a interrogé cinq bases de données, n'a retenu que six articles correspondant à cinq études distinctes : l'ensemble de la littérature disponible sur l'exercice dans cette pathologie37. Aucune ne porte spécifiquement sur la période précédant la chirurgie.

Cela ne signifie pas qu'il ne faut rien faire d'un patient en attente : la prévention des chutes, l'entretien de la mobilité et l'aménagement du domicile relèvent de la pratique ordinaire et n'ont pas besoin d'une preuve spécifique à cette maladie. Cela signifie qu'il ne faut pas promettre un bénéfice préopératoire, et qu'il ne faut surtout pas laisser un programme de rééducation retarder l'orientation. Le délai coûte onze points de pourcentage d'amélioration entre trois et six mois d'attente29.

Après : le seul essai qui a montré quelque chose, et ce qu'il a montré exactement

Un essai randomisé japonais à trois bras a inclus 70 patients opérés d'une dérivation, répartis entre six semaines d'entraînement à l'équilibre dynamique pendant la marche (23 patients), six semaines d'exercice standard (23 patients) et évolution naturelle sans traitement supplémentaire. Soixante-cinq ont terminé l'étude. Les évaluations portaient sur le Functional Gait Assessment, le test de marche de 10 mètres, le Timed Up and Go, le périmètre de vie et l'incidence des chutes, mesurées en fin d'intervention et à six mois postopératoires33.

Trois résultats, à prendre exactement pour ce qu'ils sont.

Premier résultat. Le groupe entraînement à l'équilibre dynamique récupère significativement mieux, mais uniquement au Functional Gait Assessment, en fin d'intervention comme à six mois. Ni le test de 10 mètres ni le Timed Up and Go ne le distinguent des autres groupes. Ce n'est pas une déception : c'est cohérent avec tout ce qui précède, puisque le FGA est justement le test qui capte l'équilibre dynamique, c'est-à-dire ce que l'intervention entraînait, et le seul qui discrimine les chuteurs chez les patients autonomes.

Deuxième résultat, le plus important en pratique. Le groupe entraîné a une incidence de chutes significativement plus basse à six mois. C'est le résultat qui compte pour un patient de 75 ans.

Troisième résultat, et il est gênant. Le groupe « exercice standard » n'a pas fait mieux que l'évolution naturelle. Six semaines d'exercice non spécifique après une dérivation n'ont rien apporté de mesurable par rapport à ne rien faire du tout.

Dans le seul essai randomisé disponible, l'exercice standard n'a pas fait mieux que rien. C'est le contenu de la séance qui fait la différence, pas le fait d'en prescrire.

L'essai qui n'a pas marché, et pourquoi il compte aussi

Un essai suédois bicentrique avec évaluateur en aveugle a randomisé 127 patients opérés entre un programme d'exercice fonctionnel de haute intensité, supervisé deux fois par semaine pendant douze semaines, et une simple information écrite. Il n'a pas atteint son critère principal, le score total de l'échelle iNPH, et ses auteurs invoquent un taux de sortie d'étude élevé dans le groupe exercice41.

Deux résultats secondaires survivent : le groupe exercice s'améliore davantage sur le domaine équilibre à six mois, et en analyse per-protocole, il atteint davantage les objectifs personnels que les patients avaient fixés avant l'opération.

Ce qu'il faut en retenir n'est pas seulement l'échec du critère principal. C'est le mécanisme de cet échec : un programme supervisé de haute intensité, deux fois par semaine pendant trois mois, chez des patients de plus de 70 ans venant de subir une neurochirurgie, a une observance insuffisante. La faisabilité est une variable thérapeutique, pas un détail logistique.

Le tableau des modalités et de leur niveau de preuve

Le mieux étayé
Entraînement à l'équilibre dynamique pendant la marche, après dérivation. Un essai randomisé à 3 bras, 70 patients, 6 semaines. Améliore le FGA en fin d'intervention et à 6 mois, et réduit l'incidence des chutes. Un seul essai, monocentrique, non reproduit.
Signal partiel
Exercice fonctionnel de haute intensité supervisé, après dérivation. Un essai randomisé, 127 patients, 12 semaines. Critère principal non atteint ; gain sur le domaine équilibre à 6 mois et meilleure atteinte des objectifs personnels en per-protocole. Sortie d'étude élevée.
Signal partiel
Programme d'exercices à domicile, 10 semaines. Essai contrôlé, 52 patients, avec et sans dérivation. Gains sur les activités de la vie quotidienne, l'équilibre statique, la capacité fonctionnelle, l'équilibre dynamique et la marche. Aucun gain sur la qualité de vie ni sur le risque de chute selon l'échelle de Berg.45
Exploratoire
LSVT BIG : programme d'amplification du mouvement issu de la maladie de Parkinson. Un seul cas publié : gains au-delà du changement minimal détectable sur l'équilibre et la confiance en l'équilibre, déclin à 4 mois, remontée après séances de rappel. Aucun changement au TUG ni au lever de chaise.47
Exploratoire
Observation d'action : 7,5 minutes de visionnage de vidéos de marche. Étude de faisabilité avant-après, 27 patients, sans groupe témoin. Gains immédiats sur le temps de pas, la vitesse, le lever de chaise et le temps de demi-tour ; les autres paramètres ne bougent pas.46
Non démontré
Rééducation avant dérivation. Aucune des cinq études identifiées par la revue de portée ne porte sur cette période. Le rôle préopératoire du kinésithérapeute est un rôle de mesure, et il ne doit pas retarder l'orientation.
Contre-indiqué par les données
Renforcement analytique du quadriceps comme axe principal. La force isométrique du quadriceps n'est pas associée au statut de chuteur dans deux études de la même équipe ; l'exercice standard n'a pas fait mieux que l'évolution naturelle dans le seul essai randomisé. À ne pas confondre avec la prise en charge d'un déconditionnement associé, qui reste justifiée.

Les niveaux affichés dans la colonne de gauche sont une appréciation éditoriale fondée sur le plan d'étude, l'effectif et la reproduction des résultats. Ce ne sont pas des cotations GRADE formelles : aucun de ces travaux, hors revue Cochrane, n'a fait l'objet d'une évaluation GRADE publiée. La revue de portée de 2025 conclut d'ailleurs elle-même à « the current paucity of well-powered randomized controlled trials » et à un besoin urgent de recherche37. Elle note aussi que ces interventions ont amélioré la marche, le lever de chaise, la mobilité, l'équilibre et l'incapacité, mais pas la qualité de vie.

Ce que cela donne comme séance

En rassemblant ce qui est étayé, une séance de rééducation après dérivation devrait consacrer l'essentiel de son temps à ce qui a été mesuré comme efficace, c'est-à-dire à l'équilibre dynamique pendant la marche et non à l'équilibre statique debout.

  • Marche avec perturbation de la tête : rotations horizontales et verticales pendant la progression. C'est un item du FGA, et l'un des plus révélateurs.
  • Changements de vitesse commandés pendant la marche, accélérations et décélérations.
  • Demi-tours travaillés spécifiquement : c'est le lieu de 73 % des épisodes de freezing12, et la vitesse angulaire du demi-tour est le paramètre le plus discriminant face à la maladie de Parkinson13.
  • Marche arrière : modalité la plus sensible au changement, et donc probablement l'une des plus exigeantes pour ces patients.
  • Transferts de poids latéraux, puisque c'est en latéral que le contrôle postural est le plus déficitaire, davantage que dans la maladie de Parkinson17.
  • Franchissement d'obstacles et double tâche, la double tâche sémantique étant l'une des deux conditions les plus discriminantes de la marche pathologique11.

Et une chose à ne pas attendre : que le cueing visuel ou sonore transforme la marche comme il le fait dans la maladie de Parkinson. Il a été mesuré comme faiblement efficace ici8. Il peut servir d'appoint, il ne peut pas servir de socle.

Après la dérivation : ce qui doit conduire à un avis rapide

  • Céphalées apparaissant en position debout et cédant en position couchée : très fréquentes (59 % dans l'essai PENS), le plus souvent liées à un sur-drainage, à signaler pour ajustement de la valve.
  • Aggravation neurologique après une phase d'amélioration, somnolence, confusion nouvelle, déficit focal : évoquer un hématome sous-dural, 12 % sous valve ouverte dans l'essai PENS.
  • Réapparition progressive du trouble de la marche chez un patient stabilisé : évoquer un dysfonctionnement de dérivation. 20 % des patients ont besoin d'une reprise à dix ans, et 93,3 % de ces reprises améliorent la clinique.
  • Fièvre, douleur ou rougeur sur le trajet du cathéter, douleurs abdominales : évoquer une infection ou une complication du site péritonéal.

À retenir

  • Avant : mesurer. C'est la contribution la mieux fondée, parce que l'amélioration de la marche sous soustraction est le seul élément corrélé au résultat à 12 mois et le critère de sélection de l'essai qui a démontré l'efficacité de la chirurgie.
  • Aucune donnée ne soutient une rééducation préopératoire spécifique, et rien ne doit retarder l'orientation.
  • Après : un seul essai randomisé positif, entraînement à l'équilibre dynamique pendant la marche, 6 semaines : gain au FGA et baisse de l'incidence des chutes.
  • L'exercice standard n'a pas fait mieux que l'évolution naturelle. Le contenu compte plus que la prescription.
  • Un programme supervisé de haute intensité s'est heurté à une observance insuffisante : la faisabilité fait partie du traitement.

Que nous apprennent des cas cliniques réels ?

Trois cas publiés, choisis pour ce qu'ils démentent autant que pour ce qu'ils montrent. Le premier raconte un retard diagnostic de plus de deux ans et en analyse les causes. Le deuxième est un cas de rééducation, avec des résultats partiels et un rebond. Le troisième sort du cadre attendu par son âge.

Cas 1 : Deux ans pour reconnaître une triade, et pourquoi

Un homme de 70 ans. Le diagnostic d'hydrocéphalie à pression normale sera posé après plus de deux ans de parcours médical48.

La séquence des symptômes explique une bonne partie du retard. Il présente d'abord une humeur dépressive et un changement de comportement. Les troubles de la marche apparaissent ensuite. L'incontinence urinaire en dernier. À aucun moment des premières consultations, les trois éléments ne sont donc présents ensemble, et chacun, pris isolément, admet une explication banale chez un homme de cet âge.

Les auteurs décrivent des consultations et des examens multiples qui n'ont pas fourni d'explication d'ensemble. Le diagnostic tombe quand un nouveau médecin, à l'hôpital, reprend le tableau depuis le début et reconnaît la triade constituée entre-temps ; le radiologue confirme. Leur conclusion porte moins sur la maladie que sur le circuit : le diagnostic est difficile parce que les symptômes se manifestent dans le temps, et un regard interdisciplinaire élargi aurait pu le faire poser plus tôt.

Ce cas illustre exactement le point du chapitre sur la triade. Attendre les trois signes, c'est attendre deux ans. Et il place le kinésithérapeute à un endroit précis du récit : il est probablement le professionnel qui a vu apparaître le deuxième symptôme, celui de la marche, en présence d'un premier déjà installé.

Van Brabander L, Huyghebaert L, Vermoere MS. Case report of idiopathic normal pressure hydrocephalus: a challenging diagnosis. J Rehabil Med Clin Commun. 2023;6:11631. PMID 37927824.

Cas 2 : Un programme emprunté à la maladie de Parkinson, et ses résultats partiels

Un homme de 62 ans, atteint d'une hydrocéphalie à pression normale évoluant depuis seize ans47. Il présente une hypokinésie, un équilibre altéré et des troubles cognitifs, avec pour conséquences des chutes fréquentes et une déambulation limitée en extérieur.

Partant du constat qu'il n'existait pas de littérature sur les interventions kinésithérapiques dans cette pathologie, les auteurs appliquent le protocole standardisé LSVT BIG sur quatre semaines, un programme d'amplification du mouvement développé pour la maladie de Parkinson, puis cinq séances de rappel sept mois plus tard.

Les résultats sont contrastés, et c'est ce qui les rend instructifs. Immédiatement après l'intervention, les gains dépassent le changement minimal détectable sur l'échelle d'équilibre de Berg et l'échelle de confiance en l'équilibre. Les transferts au sol sont plus rapides. Mais il n'y a aucun changement au Timed Up and Go, ni au TUG en double tâche cognitive ou manuelle, ni au lever de chaise répété cinq fois. Et à quatre mois, les scores déclinent, avant de remonter au Berg après les séances de rappel.

Les auteurs en tirent une conclusion prudente : ce type de programme peut être envisagé, mais un programme plus long ou des séances d'entretien régulières sont probablement nécessaires. Le cas est également cohérent avec le chapitre précédent : ce qui a bougé, c'est l'équilibre ; ce qui n'a pas bougé, c'est le chronomètre.

Fillmore S, Cavalier G, Franke H, Hajec M, Thomas A, Moriello G. Outcomes Following LSVT BIG in a Person With Idiopathic Normal Pressure Hydrocephalus: A Case Report. J Neurol Phys Ther. 2020;44(3):220-227. PMID 32516302.

Cas 3 : Cinquante-cinq ans, ce qui n'est pas l'âge attendu

Une femme de 55 ans se présente aux urgences pour une ataxie progressive, un ralentissement cognitif et une incontinence urinaire49. Les auteurs soulignent d'emblée l'anomalie : « Reports of NPH in patients younger than 60 are rare », l'âge avancé étant étroitement associé à la maladie.

L'imagerie cérébrale montre une ventriculomégalie compatible. Elle bénéficie d'un drainage lombaire continu, avec une amélioration clinique marquée, puis d'un programme de rééducation en hospitalisation qui apporte des gains supplémentaires de mobilité et de cognition.

Ce cas est retenu ici pour deux raisons. La première est démographique : le seuil de 60 ans est une règle statistique, pas une frontière biologique, et un patient plus jeune présentant le tableau complet ne doit pas être écarté pour cette seule raison. La seconde est chronologique : le drainage a précédé la rééducation, et la rééducation a apporté quelque chose en plus. C'est l'ordre qui a du sens au vu des données du chapitre précédent.

Ogbu CE, Oo SL, Gupta A, Doad J, Ezechukwu M, Medina Y, Onyeaso E. Early Presentation and Management of Normal Pressure Hydrocephalus in a Middle-Aged Patient: A Case Report. Cureus. 2025;17(8):e89838. PMID 40937258.

Ce que ces trois cas ont en commun

  • Aucun n'a présenté la triade complète d'emblée.
  • Dans deux cas sur trois, le trouble de la marche n'était pas le motif de la première consultation.
  • Dans les deux cas où une rééducation est décrite, elle intervient après la soustraction de liquide, et ses gains portent sur l'équilibre plus que sur la vitesse.

Comment appliquer concrètement en cabinet ?

Ce chapitre ne propose pas de protocole : il n'en existe pas de validé. Il propose une conduite à tenir, articulée sur ce qui a été établi dans les chapitres précédents, et rien de plus.

Quand y penser

Le déclencheur n'est pas un signe isolé, c'est une combinaison. Devant un patient de plus de 65 ans suivi pour des chutes ou un trouble de la marche progressif, quatre éléments doivent faire évoquer l'hypothèse :

  1. Un polygone élargi avec des pieds tournés en dehors et des pas qui ne décollent pas. C'est la morphologie la plus spécifique. Un polygone étroit oriente ailleurs.
  2. Un demi-tour décomposé en plusieurs pas, avec ou sans enrayement franc.
  3. Une installation lente et progressive sur des mois, sans à-coup ni épisode aigu.
  4. Au moins un signe associé, à chercher activement car il n'est presque jamais rapporté spontanément : une nycturie répétée, une urgenturie, un ralentissement, une apathie, une plainte de l'entourage sur l'organisation ou l'initiative.

Trois de ces quatre éléments chez un patient dont la marche se dégrade justifient de poser la question par écrit au médecin traitant. Il ne s'agit pas de proposer un diagnostic : il s'agit de transmettre une observation datée et chiffrée, et de nommer l'hypothèse.

Le bilan minimal, en quatre minutes

Cette batterie couvre les paramètres pour lesquels des données existent dans cette pathologie, sans matériel autre qu'un chronomètre, un mètre ruban et une chaise.

Consigne à figer dès la première mesure et à ne plus changer. Noter la date, l'heure, l'aide technique utilisée et la consigne exacte.
MesureCommentÀ noter
Marche 10 mDépart et arrivée lancés sur un couloir de 14 m ; consigne « marchez à votre vitesse habituelle » ou « le plus vite possible sans courir », choisir et s'y tenirTemps en secondes et vitesse en m/s
Timed Up and GoChaise à accoudoirs, 3 m, demi-tour, retour, assiseTemps en secondes
Marche arrière 3 mTrajet dégagé, un tiers présent en sécurité derrière le patientTemps et nombre de pas
Demi-tour 180°Sur place, sans consigne de vitesseNombre de pas, présence d'un enrayement
Morphologie de la marcheObservation sur 10 m, de face et de dosLargeur du polygone, rotation des pieds, hauteur de pas, ballant des bras
Test des repères externesRefaire 10 m avec un métronome ou des repères au solAmélioration nette, faible ou nulle : un signal, pas un critère

Si le temps le permet, ajouter le Functional Gait Assessment : c'est le test le plus informatif sur le risque de chute dans cette population, et le seul qui reste discriminant chez les patients dont le Timed Up and Go est inférieur à 15 secondes32.

Si un test de soustraction est programmé

C'est le moment où la contribution du cabinet est la plus élevée, et où l'occasion se perd le plus facilement.

  • Mesurer la veille ou le matin même, avec la batterie complète.
  • Remesurer dans la fenêtre de 24 à 48 heures, où l'effet est maximal, et non une semaine plus tard, où il n'y a plus rien à mesurer10.
  • Ne rien changer : même couloir, même chaussures, même consigne, même heure de la journée si possible.
  • Demander au patient ce qu'il perçoit, et le noter : cette autoévaluation discrimine les répondeurs26.
  • Transmettre les deux séries de chiffres, pas une conclusion. Le neurologue interprétera ; le kinésithérapeute fournit la donnée.

Et si le test revient négatif alors que le tableau reste évocateur, se souvenir de la valeur prédictive négative : entre 18 % et 50 %28. Un dossier n'est pas clos parce qu'un test l'a été. Documenter la dégradation ultérieure, si elle survient, est utile.

Après l'opération

Reprendre la même batterie, aux mêmes conditions, à un et trois mois. Puis orienter le contenu des séances vers ce qui a été mesuré comme efficace : l'équilibre dynamique pendant la marche, les demi-tours, la marche arrière, les transferts de poids latéraux, les perturbations de la tête pendant la progression, la double tâche.

Et surveiller trois choses : les céphalées positionnelles, une aggravation neurologique après une phase d'amélioration, et une réapparition progressive du trouble de la marche chez un patient qui allait mieux. Les trois se signalent, et la dernière est celle que le kinésithérapeute est le mieux placé pour objectiver, parce qu'il a les chiffres d'avant.

Trois choses à ne pas faire

  • Ne pas annoncer le diagnostic au patient. Le kinésithérapeute décrit ce qu'il observe et le transmet. Évoquer devant un patient de 78 ans une « maladie qui s'opère » sur la foi d'une marche à petits pas crée une attente que la suite ne tiendra peut-être pas.
  • Ne pas laisser un programme de rééducation retarder l'orientation. Onze points de pourcentage d'amélioration séparent une opération faite dans les trois mois d'une opération faite après six mois.
  • Ne pas centrer le programme sur le renforcement analytique. La force du quadriceps n'est pas associée au risque de chute dans cette pathologie, et l'exercice standard n'a pas fait mieux que l'évolution naturelle dans le seul essai randomisé disponible.

Questions fréquentes

Un kinésithérapeute peut-il évoquer ce diagnostic auprès du médecin ?

Oui, et c'est le sens même de cet article. Il ne s'agit pas de poser un diagnostic (qui relève du médecin, et dont la confirmation passe par une imagerie et une évaluation neurologique), mais de transmettre une observation structurée : une morphologie de marche, des mesures datées, une trajectoire sur plusieurs semaines, et l'hypothèse nommée. Le fait que 90 % des patients aient un trouble de la marche6 et que ce trouble apparaisse habituellement en premier place le kinésithérapeute en position de témoin précoce.

Faut-il attendre la triade complète pour évoquer l'hypothèse ?

Non. Sur 429 patients, 41 % seulement présentaient des symptômes dans les quatre domaines évalués, et 72 % dans trois ou quatre6. Attendre le tableau complet revient à attendre un stade plus avancé, alors même que le délai réduit le bénéfice de l'opération29.

Comment distinguer cette marche d'une marche parkinsonienne en séance ?

Trois éléments. Le polygone : élargi avec des pieds tournés en dehors dans l'hydrocéphalie à pression normale, étroit dans la maladie de Parkinson. La réponse aux repères externes : marquée dans la maladie de Parkinson, faible dans l'hydrocéphalie à pression normale8. Et le contrôle postural latéral, plus déficitaire dans l'hydrocéphalie17. Attention toutefois : les deux diagnostics peuvent coexister, et le Timed Up and Go seul ne les sépare pas.

Un test de soustraction négatif exclut-il le diagnostic ?

Non. La valeur prédictive négative se situe entre 18 % et 50 % selon les séries28, et l'étude multicentrique européenne la situe sous 20 %18. Ses auteurs écrivent que le test « peut servir à sélectionner des patients pour la chirurgie, mais pas à en exclure ». Un drainage lombaire externe, plus performant, existe pour les cas douteux.

L'opération améliore-t-elle la mémoire et l'incontinence ?

Les séries chirurgicales rapportent une amélioration de la cognition chez plus de 60 % des patients et de la continence chez 55 %38. Mais dans le seul essai randomisé contre valve placebo, ni le score cognitif MoCA ni le questionnaire de vessie hyperactive ne se distinguaient du placebo à trois mois24, et la revue Cochrane classe la preuve concernant la cognition en certitude « très faible »25. La marche est le domaine où le bénéfice est le mieux établi.

Est-il trop tard pour opérer un patient de 85 ans ?

L'âge n'est pas en soi un critère d'exclusion, mais il réduit le rendement de l'opération : chaque tranche de cinq ans supplémentaires diminue le gain de marche postopératoire de 3 à 8 %35. C'est un argument pour ne pas attendre, pas pour renoncer. La décision revient à l'équipe neurochirurgicale, qui met en balance le bénéfice attendu et les risques opératoires.

Existe-t-il un traitement médicamenteux ?

Non. L'acétazolamide a été testé dans un essai randomisé de phase 2 contre placebo chez 50 patients en attente de dérivation : il n'a pas amélioré la marche et a été mal toléré, avec 36 % d'arrêts pour effets indésirables contre 8 % sous placebo40.

Quelle rééducation prescrire après la dérivation ?

Le seul essai randomisé positif porte sur un entraînement à l'équilibre dynamique pendant la marche sur six semaines : il améliore le Functional Gait Assessment et réduit l'incidence des chutes à six mois, tandis que l'exercice standard n'a pas fait mieux que l'évolution naturelle33. La base de preuves globale reste très mince : cinq études au total, toutes modalités confondues37.

Une dérivation peut-elle cesser de fonctionner ?

Oui. Dans une série de 50 patients suivis au moins dix ans, 20 % ont eu besoin d'une reprise chirurgicale, et 93,3 % de ces reprises ont amélioré la clinique39. Le signe d'appel le plus courant est la réapparition progressive du trouble de la marche chez un patient qui allait mieux : d'où l'intérêt d'avoir des mesures antérieures.

Combien de temps un patient reste-t-il amélioré après l'opération ?

La réponse honnête est qu'on ne le sait pas avec certitude : aucun essai randomisé ne documente le devenir au-delà de six mois25. Les séries non contrôlées suivies dix ans suggèrent que la marche reste le symptôme le mieux et le plus durablement amélioré, tandis que la cognition et l'incontinence s'améliorent d'abord puis déclinent39.

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Méthode et limites

Les 49 références de cet article ont été vérifiées une à une par interrogation directe de l'API PubMed E-utilities le 15 août 2026 : existence de l'identifiant, exactitude de la revue, de l'année et de la pagination, et concordance entre l'affirmation citée et le contenu réel de la publication. Les estimations chiffrées reprennent les valeurs publiées par les auteurs, avec leurs intervalles de confiance et les réserves qu'ils formulent eux-mêmes sur le risque de biais et la certitude des preuves.

Quatre limites méritent d'être énoncées. Aucune donnée française : aucune étude de population conduite en France n'a été identifiée, et les chiffres de prévalence cités sont suédois, japonais, chinois et espagnols. Aucun seuil d'orientation validé : les valeurs de marche présentées discriminent les patients atteints de témoins sains appariés, elles ne constituent pas des critères de recours au neurologue, qui n'existent pas. Une base de preuves très mince en rééducation : la revue de portée la plus récente n'identifie que cinq études uniques, toutes modalités confondues. Aucun recul randomisé au-delà de six mois sur la chirurgie, comme l'établit explicitement la revue Cochrane 2024.

Cet article est un document de formation destiné aux professionnels de santé. Il ne remplace ni l'examen clinique ni l'avis d'un médecin, et le diagnostic d'hydrocéphalie à pression normale comme l'indication chirurgicale relèvent d'une évaluation neurologique et neurochirurgicale spécialisée.

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