

Membre supérieur
Perfectionnez votre prise en charge en rééducation de la main et du poignet : évaluez et autonomisez vos patients
Tessadit Aissaoui
Fracture du boxeur : la bascule palmaire se tolère jusqu'à 70°, le trouble de rotation jamais. Seuils sourcés, syndactylie contre plâtre, morsure sur dent.

La bascule palmaire se tolère largement : les essais l'ont testée jusqu'à 70° sans perte de fonction mesurable, bien au-delà des seuils de 30-40° habituellement cités.
39,7%des fractures de métacarpiens touchent le cinquième métacarpien
La suite reprend chacun de ces points en détail, sources à l'appui. Elle est là si vous en avez besoin.
Ce sujet fait l'objet d'une formation : Perfectionnez votre prise en charge en rééducation de la main et du poignet : évaluez et autonomisez vos patients, présentiel avec Tessadit Aissaoui.
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11 chapitres de l'article · 44 min au total
Comprendre◔ 4 min
Le trait passe par le col du métacarpien, et la bascule vient des muscles interosseux, pas du choc.
Population◔ 4 min
Un homme jeune qui frappe un mur, pas un boxeur : la fracture n'est pas d'abord sportive.
Examen◔ 5 min
Faire fermer le poing dépiste le trouble de rotation qu'aucune radio ne montre.
Seuils de bascule◔ 5 min
Les seuils habituellement cités ne reposent sur aucun essai contrôlé.
Traitement◔ 7 min
La syndactylie précoce vaut le plâtre, sans raideur ni perte de force.
Morsures◔ 4 min
Toute plaie en regard d'une MCP après bagarre est une morsure sur dent jusqu'à preuve du contraire.
Chirurgie◔ 2 min
La chirurgie s'impose pour un trouble de rotation ou une plaie articulaire, pas pour l'angle.
Rééducation◔ 4 min
La rééducation apporte des gains significatifs en fonction, force et amplitude.
Cas cliniques◔ 3 min
Trois cas publiés documentent chacun une erreur possible à ne pas répéter.
En pratique◔ 3 min
L'arbre de décision suit un ordre précis : plaie, puis trouble de rotation, avant l'angle.
Questions◔ 3 min
La bosse ne revient pas, mais l'absence de plâtre n'est pas un soin au rabais.
Se former


Membre supérieur
Tessadit Aissaoui
La suite, c'est la pratique : la formation qui enseigne ce sujet, avec Tessadit Aissaoui.
Nos formations sur ce sujet peuvent être prises en charge par le DPC ou le FIFPL, selon votre profession et votre situation.
Un poing qui percute un mur, une bosse qui disparaît sous la peau, une articulation qui s'efface : la fracture du boxeur a l'air grave et se comporte bien. Elle a aussi la particularité rare de mieux tolérer une déformation qu'un plâtre, jusqu'à 70 degrés de bascule, aucune étude n'a mesuré la perte de fonction que le bon sens promettait. Le vrai risque est ailleurs, dans un défaut qui ne se voit pas sur la radiographie de face et que l'examen met dix secondes à débusquer.
Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed : identifiant résolu, revue, année et liste d'auteurs contrôlées, résumé lu avant citation. Bibliographie complète en fin d'article.
La fracture du boxeur en trois chiffres
Trois travaux indépendants qui déplacent la question de « comment redresser cet os ? » vers « qu'est-ce qui, ici, mérite vraiment d'être traité ? »
Sources : Statius Muller MG et coll., Arch Orthop Trauma Surg 2003, essai randomisé, 40 patients, bascule moyenne 39° (PMID 14639483) : Pellatt R et coll., Ann Emerg Med 2019, essai randomisé, 97 patients (PMID 30853124) : Medeiros I, Saconato H, Cochrane Database Syst Rev 2001, OR 0,10 (IC 95 % 0,01-0,86), NNT 4 (IC 2-50) (PMID 11406003).
Ce qu'il faut avoir en tête
Trois drapeaux rouges devant un poing fracturé
La fracture du boxeur est l'une des rares fractures où l'aspect radiographique inquiète plus que le résultat fonctionnel, et où l'immobilisation coûte plus qu'elle ne rapporte.

RadiographieRadiographies de la main, incidences oblique et de face : fracture déplacée du col du 5e métacarpien, angulation visible au niveau du foyer de fracture.
Source : Mohammed et al., Journal of orthopaedic surgery and research, 2011, figure 1 · CC BY
Comprendre la bascule palmaire, c'est comprendre pourquoi on n'arrive pas à la maintenir réduite, et pourquoi ce n'est pas grave.
La fracture du boxeur désigne une fracture sous-capitale du cinquième métacarpien : le trait passe au niveau du col, la portion rétrécie située immédiatement en amont de la tête métacarpienne, celle qui forme la « bosse » de l'articulation quand on ferme le poing. Le mécanisme est presque toujours le même : un poing fermé qui percute un objet dur, avec transmission de la force le long de l'axe du cinquième rayon1.
Cette localisation n'a rien d'anecdotique. Le col est une zone de transition entre une diaphyse corticale résistante et une tête épiphysaire spongieuse : c'est mécaniquement le maillon faible du rayon. Et le cinquième rayon est, de tous les métacarpiens, le plus exposé : d'abord parce qu'il est en position ulnaire, au bord du poing, donc le premier au contact ; ensuite parce que son articulation carpo-métacarpienne est la plus mobile des rayons longs, ce qui déplace vers lui une part des contraintes.
La série européenne de Dominguez-Prado, qui a classé 1 341 fractures de la main sur une population de 470 000 habitants, place le cinquième métacarpien en tête des métacarpiens atteints, avec 39,7 % des fractures de ce groupe, et l'extrémité distale comme localisation la plus fréquente chez l'homme jeune2.
Pourquoi la tête bascule vers la paume
Le déplacement n'est pas dû au choc : il est produit, puis entretenu, par les muscles intrinsèques qui traversent la fracture
Schéma explicatif construit sur la description mécanique communément admise de la fracture sous-capitale. La conséquence clinique, la perte de la réduction obtenue, est, elle, mesurée : dans l'essai de Martínez-Catalán, la réduction était systématiquement reperdue à 3 semaines, avec une bascule résiduelle équivalente dans les deux bras à 3 et 9 semaines (PMID 32718787).
Le fragment distal, la tête, bascule vers la paume. Cette bascule n'est pas le résultat direct du choc, mais des muscles intrinsèques : les interosseux passent en avant de l'axe longitudinal du métacarpien, et leur traction fléchit le fragment distal dès que la continuité corticale est rompue. Ces muscles ne se relâchent pas parce qu'on a plâtré la main.
C'est là toute la logique de ce qui suit. Une réduction est facile à obtenir sous anesthésie, en poussant sur la tête à travers la phalange fléchie. Elle est presque impossible à maintenir par un moyen externe. L'essai randomisé de Martínez-Catalán l'a mesuré directement : dans le groupe réduit et plâtré, la réduction était perdue à trois semaines de suivi, et la bascule radiographique résiduelle observée à 3 et 9 semaines était équivalente à celle du groupe simplement syndactylisé sans aucune tentative de réduction6.
À retenir
La plainte esthétique mérite d'être entendue plutôt que balayée, parce qu'elle est souvent le vrai motif de la consultation de contrôle. La bascule fait disparaître la saillie de la tête métacarpienne au dos de la main : le poing fermé montre un creux là où il devrait y avoir une articulation. C'est visible, définitif si la fracture consolide en bascule, et sans conséquence fonctionnelle démontrée.
La série de France, qui a spécifiquement recherché les fractures consolidées avec plus de 70° de bascule, apporte ici l'argument le plus utile en consultation : sur 364 fractures, 40 (11 %) avaient consolidé au-delà de 70°, et parmi les 15 patients revus (bascule moyenne 73°, jusqu'à 77°), tous se classaient au niveau le plus élevé de l'échelle fonctionnelle de la main, et 80 % rapportaient un QuickDASH à zéro, c'est-à-dire aucune gêne du tout. Près de la moitié d'entre eux exerçaient un métier manuel, et la main dominante était atteinte dans 87 % des cas8.
Ce résultat ne dit pas que la déformation est souhaitable. Il dit qu'entre une main déformée et une main immobilisée, l'écart fonctionnel mesuré penche du côté de la mobilité.
Une fracture masculine, jeune, et rarement sportive : le nom trompe sur le mécanisme réel.
Quatre chiffres qui situent la population concernée
Données issues du registre national américain NEISS (160 790 fractures de métacarpiens estimées) et de deux séries de population
Sources : Nakashian MN et coll., Hand (N Y) 2012, base NEISS 2002-2006 (PMID 24294164) : Poolman RW et coll., Cochrane Database Syst Rev 2005 (PMID 16034891) et Retrouvey H et coll., Plast Surg 2022 (PMID 35096686) pour la proportion de 20 % : Aitken S, Court-Brown CM, Injury 2008, 1 430 fractures de la main (PMID 18656191).
L'étude de Nakashian sur la base américaine NEISS, qui extrapole à 160 790 fractures de métacarpiens sur cinq ans, donne le portrait le plus net dont on dispose. L'incidence globale est de 13,6 pour 100 000 personnes-années. Elle culmine chez les 10-19 ans (38,8) puis chez les 20-29 ans (28,4), et s'effondre ensuite. Le rapport d'incidence hommes/femmes est de 5,08 : 23,0 contre 4,5 pour 100 000. Les deux mécanismes dominants sont le contact avec un mur ou une porte et la chute ; le lieu le plus fréquent est le domicile, devant les lieux de loisir1.
Autrement dit : le nom de « fracture du boxeur » désigne une fracture qui, dans la grande majorité des cas, ne survient pas en boxe. Le boxeur entraîné frappe avec les deuxième et troisième rayons, protégé par un bandage et un gant ; c'est le poing non entraîné, frappant un mur avec le bord ulnaire, qui produit cette fracture. La littérature pédiatrique a même consacré à cette scène un titre resté célèbre : « encore un adolescent en colère, encore une fracture du boxeur ? ».
Incidence des fractures de métacarpiens par tranche d'âge
Pour 100 000 personnes-années, base NEISS 2002-2006 : la fracture est un marqueur d'âge autant que de mécanisme
Source : Nakashian MN, Pointer L, Owens BD, Wolf JM. Incidence of metacarpal fractures in the US population. Hand (N Y) 2012;7(4):426-30 (PMID 24294164). Les valeurs par tranche d'âge portent sur l'ensemble des fractures de métacarpiens, dont la fracture du col du cinquième est la forme la plus fréquente.
Aitken et Court-Brown ont analysé 1 430 fractures de la main survenues en un an à Édimbourg : 22,4 % étaient liées au sport, avec 86 % d'hommes et un âge moyen de 24 ans. Les métacarpiens représentaient 33,8 % de ces fractures sportives, et les premier et cinquième rayons étaient les plus touchés. Fait notable pour la pratique : 87,2 % de ces fractures ont été traitées en ambulatoire, et les fractures ouvertes n'étaient que 2,2 %3.
Cette proportion est utile à garder en tête pour ne pas surinterpréter le contexte : la fracture du boxeur n'est pas d'abord une blessure sportive, et le patient type ne relève pas d'une problématique de retour à la compétition mais d'une reprise du travail et des gestes de la vie courante.
Le contexte psychosocial n'est pas un détail clinique
Le mécanisme dominant, frapper un mur, signale souvent une situation de détresse, de colère ou d'alcoolisation, parfois une violence conjugale ou une rixe. La littérature sur les fractures de métacarpiens en milieu carcéral existe précisément parce que cette population concentre le mécanisme. Sans faire du kinésithérapeute un travailleur social, il est légitime, devant une récidive ou un contexte évocateur, d'orienter vers le médecin traitant. C'est aussi, très concrètement, le facteur qui décide de l'observance du traitement fonctionnel.
À retenir
Tout l'enjeu de l'examen tient en une phrase : la radiographie montre ce qui ne compte pas, et manque ce qui compte.
La bascule palmaire se mesure sur une radiographie de profil ou d'oblique. Le trouble de rotation, lui, ne se voit sur aucune incidence standard. Il ne se révèle qu'en flexion, parce que c'est en flexion que les axes des doigts convergent : les quatre doigts longs, fléchis ensemble, doivent tous pointer vers le tubercule du scaphoïde. Un rayon dont le métacarpien a consolidé en rotation fait dévier son doigt hors de ce faisceau, et le petit doigt vient chevaucher l'annulaire.
C'est un examen de dix secondes, et c'est le seul qui change la conduite à tenir. Il se fait avant tout traitement et se recontrôle à chaque consultation de suivi, car un déplacement secondaire peut apparaître. Royle, dans une étude prospective sur 98 fractures de métacarpiens, souligne une difficulté pratique que l'on rencontre au lit du patient : la douleur limite souvent la flexion métacarpo-phalangienne juste après la fracture, ce qui rend l'appréciation malaisée. Il recommande pour cette raison d'y ajouter l'examen de l'ongle vu de bout, dont le plan doit rester parallèle à celui des ongles voisins10.
La même étude donne l'ordre de grandeur du problème : sur 91 patients consécutifs, un quart présentait une rotation mineure de moins de 10°, cinq seulement dépassaient ce seuil, et deux ont nécessité une intervention chirurgicale pour instabilité rotatoire10. Le trouble de rotation significatif est donc rare : c'est précisément pour cela qu'on l'omet, et précisément pour cela qu'il faut le chercher systématiquement.
Le test de rotation, en trois temps
Ce que l'on regarde, dans quel ordre, et ce qui constitue un résultat anormal
Construit d'après Royle SG. Rotational deformity following metacarpal fracture. J Hand Surg Br 1990;15(1):124-5 (PMID 2307874), qui documente la fréquence de la rotation (un quart des fractures sous 10°, 2 cas sur 91 opérés) et recommande explicitement d'ajouter la vue de bout de l'ongle, la mobilité métacarpo-phalangienne étant souvent limitée après fracture.
L'examen d'une main traumatisée après un coup de poing suit une séquence dont l'ordre n'est pas indifférent : ce qui est urgent d'abord, ce qui est déformant ensuite, ce qui est fonctionnel enfin.
| Ordre | Ce qu'on cherche | Comment | Ce qui change si c'est positif |
|---|---|---|---|
| 1 | Plaie en regard d'une métacarpo-phalangienne | Inspection dorsale, poing fermé et ouvert : la plaie se déplace avec la peau et peut se dissimuler en extension | Morsure sur dent présumée : avis chirurgical le jour même, lavage, antibiothérapie16 |
| 2 | Trouble de rotation | Flexion simultanée des quatre doigts longs ; à défaut, ongles vus de bout | Indication chirurgicale à discuter, quelle que soit la bascule10 |
| 3 | Déficit d'extension active du 5e doigt | Extension active métacarpo-phalangienne contre pesanteur, comparée au côté sain | Chercher une rupture tendineuse21 ou une lésion de la bandelette sagittale23 |
| 4 | Bascule palmaire | Radiographies de face, profil et oblique ; l'oblique dégage le mieux le col | Discussion du seuil (chapitre suivant), rarement décisive à elle seule |
| 5 | Atteinte associée du carpe ou des bases | Palpation de la base des métacarpiens et de l'interligne carpo-métacarpien | Fracture des bases du 4e et du 5e : entité rare, réduction et fixation plus exigeantes22 |
| 6 | Effacement de la tête métacarpienne | Poing fermé, comparaison bilatérale | Information du patient : préjudice esthétique réel, sans conséquence fonctionnelle démontrée8 |
Trois incidences suffisent dans l'immense majorité des cas : face, profil et oblique. L'oblique à 30-45° dégage le col du cinquième métacarpien du chevauchement des rayons voisins et donne la mesure de bascule la plus fiable : c'est d'ailleurs sur incidence oblique que la série de France a mesuré ses angulations supérieures à 70°8. Le New England Journal of Medicine en a publié une iconographie clinique et radiographique de référence, utile pour se caler sur l'aspect typique25.
L'échographie a fait l'objet d'une description ponctuelle : Thom et coll. rapportent l'utilisation d'une échographie au lit du malade pour guider une réduction fermée et vérifier l'amélioration de l'angulation avant contrôle radiographique24. C'est un rapport de cas, non une pratique validée, et il vaut surtout comme rappel que l'échographie voit le col métacarpien. Pour le kinésithérapeute, l'intérêt est indirect : il explique pourquoi certains patients arrivent avec un compte rendu échographique et pas de radiographie récente.
Le piège du contrôle radiographique
Un contrôle à trois semaines montrant une bascule identique à celle du jour de la fracture n'est pas un échec de traitement : c'est le comportement attendu, mesuré dans le bras plâtré de l'essai de Martínez-Catalán, où la réduction était systématiquement reperdue6. Ce qu'il faut regarder sur ce contrôle, c'est l'absence de rotation et la présence de signes de consolidation, pas la restauration d'un angle.
À retenir

RadiographieRadiographie de profil de la main : fracture du col du 5e métacarpien, dite fracture du boxeur, avec angulation volaire ; flèche sur le foyer de fracture.
Source : Oetgen et al., Current reviews in musculoskeletal medicine, 2008, figure 5 · CC BY-NC
C'est la question la plus posée sur cette fracture, et celle où l'écart entre les manuels et les essais est le plus grand.
On lit régulièrement des seuils de tolérance de 30°, 40°, parfois 50° pour le cinquième métacarpien, présentés comme des valeurs limites au-delà desquelles une réduction s'impose. Ces chiffres ont une logique apparente : plus la tête bascule, plus le métacarpien se raccourcit fonctionnellement, plus la mécanique de l'extenseur se modifie.
La recherche bibliographique conduite pour cet article n'a retrouvé aucun essai contrôlé qui établisse ces seuils. Ce qu'elle retrouve, en revanche, ce sont des essais qui ont testé la tolérance à des bascules bien supérieures et n'ont pas trouvé de perte fonctionnelle. C'est un renversement qu'il faut énoncer clairement, parce qu'il change la conduite à tenir.
Le travail de référence est celui de Statius Muller et coll. Quarante patients ont été randomisés entre plâtre de type gouttière ulnaire pendant trois semaines et bandage compressif une semaine puis mobilisation immédiate dans les limites de la douleur. Le critère d'inclusion était une bascule acceptée jusqu'à 70° ; la bascule moyenne effective était de 39°, avec des valeurs allant de 15 à 70°. À 6 et 12 semaines, aucune différence statistique n'a été retrouvée sur l'amplitude de la métacarpo-phalangienne, la satisfaction, la douleur, la reprise du travail et des loisirs, ni sur le besoin de kinésithérapie. Les auteurs concluent, dans des termes qui méritent d'être cités précisément, que réduire une fracture basculée de moins de 70° « ne semble pas d'utilité » au regard de la mobilité de la métacarpo-phalangienne5.
Le seuil pertinent n'est pas celui à partir duquel la déformation devient visible, mais celui à partir duquel la fonction se dégrade. Aucun essai n'a réussi à le situer sous 70°.
C'est la question suivante, et la série de France y répond, avec les limites de son niveau de preuve. Il s'agit d'une revue rétrospective de patients adultes ayant une fracture isolée et fermée du col du cinquième métacarpien, consolidée avec plus de 70° de bascule, traitée sans chirurgie, avec un recul minimal de six mois.
Sur 364 fractures identifiées, 40 (11 %) avaient une bascule supérieure à 70°, comprise entre 71 et 82°. Quinze patients ont pu être revus, avec une bascule moyenne de 73° et un recul moyen de 32 mois. Les résultats : tous obtenaient la cotation la plus élevée de l'échelle fonctionnelle de la main, 80 % rapportaient un QuickDASH nul, et 87 % avaient des scores de qualité de vie SF-12 dans la moyenne ou au-dessus. Sept des quinze patients travaillaient en métier manuel, et treize sur quinze avaient la main dominante atteinte8.
Il faut lire ce résultat pour ce qu'il est : une série rétrospective, avec un taux d'inclusion de 38 % parmi les patients éligibles, donc exposée à un biais de sélection, les patients mécontents peuvent avoir été moins joignables, ou l'inverse. Il ne démontre pas que 80° soit équivalent à 20°. Il démontre en revanche que l'affirmation inverse, très répandue, n'a pas de support : on ne peut pas dire à un patient qu'une bascule de 75° le condamne à une main déficiente.
Ce que les essais ont réellement testé, en degrés de bascule
Chaque barre représente l'intervalle de bascule effectivement inclus dans l'étude, et non un seuil recommandé
Sources : Statius Muller MG et coll., Arch Orthop Trauma Surg 2003 (PMID 14639483) : Martínez-Catalán N et coll., J Hand Surg Am 2020 (PMID 32718787) : Zawam SH et coll., Eur J Trauma Emerg Surg 2024 (PMID 38151577) : France TJ et coll., Hand (N Y) 2023 (PMID 34991365). Les seuils de 30° et 40° sont figurés pour mémoire : la recherche menée pour cet article n'a pas retrouvé d'essai contrôlé les établissant.
Dire que la bascule se tolère ne veut pas dire qu'elle est sans effet. Trois conséquences sont documentées ou mécaniquement attendues, et il faut les distinguer par leur niveau de preuve :
À retenir
Cinq essais randomisés, une revue Cochrane et une méta-analyse en réseau convergent vers la même réponse, et elle est contre-intuitive.
La revue Cochrane de Poolman et coll. a comparé le traitement fonctionnel à l'immobilisation, et les différentes modalités d'immobilisation entre elles, pour les fractures fermées du col du cinquième métacarpien chez l'adulte. Cinq essais, 252 participants. Le verdict est prudent : aucun régime de traitement non opératoire ne peut être recommandé comme supérieur à un autre, les études étant de qualité limitée et hétérogènes. Les auteurs relèvent un point méthodologique majeur : aucune des études incluses n'utilisait comme critère principal une mesure validée de la fonction de la main4.
Cette revue est de 2005. Il serait fautif de s'y arrêter, car les essais qui manquaient alors, ceux qui mesurent le DASH et le quickDASH, ont depuis été publiés. C'est un cas où la revue systématique de référence est plus ancienne que les données décisives, et où lire uniquement Cochrane conduirait à conclure « on ne sait pas » alors que les essais postérieurs, eux, savent.
Pellatt 2019, Annals of Emergency Medicine. Essai randomisé dans deux hôpitaux du Queensland, 97 patients de 18 à 70 ans avec une fracture du boxeur non compliquée. Comparaison : syndactylie de l'annulaire et de l'auriculaire, contre plâtre. Critère principal : quickDASH à 12 semaines. Résultat : médiane de 0 dans les deux groupes (intervalle interquartile 0 à 2,3 pour la syndactylie, 0 à 4 pour le plâtre ; différence 0, IC 95 % de 0 à 0). Le groupe syndactylie a perdu une médiane de 0 jour de travail contre 2 jours pour le plâtre. Les auteurs recommandent explicitement l'intervention minimale7.
Martínez-Catalán 2020, Journal of Hand Surgery (American). C'est l'essai de plus haut niveau de preuve sur la question : niveau thérapeutique I. Soixante-douze patients avec une bascule inférieure à 70° et sans déformation rotatoire ont été randomisés entre syndactylie sans réduction et réduction fermée puis plâtre. À trois semaines, le DASH était significativement meilleur dans le groupe syndactylie : 19,7 ± 19,7 contre 44,6 ± 15,0. À neuf semaines, l'avantage persistait sur l'amplitude et sur le DASH, avec une différence moyenne de 6,3 points qui ne dépassait pas le seuil de pertinence clinique. Il y a eu plus de complications dans le groupe plâtre. Et surtout : l'arrêt de travail a été plus court de 28 jours avec la syndactylie6.
Retrouvey 2022, Plastic Surgery. Essai multicentrique canadien, 37 participants, comparant bandage élastique avec mouvement protégé précoce contre immobilisation par orthèse. Le score de la main (bMHQ) ne différait pas. Mais à huit semaines, la force de préhension atteignait 93 % des valeurs de référence canadiennes dans le groupe mouvement précoce, contre 64 % dans le groupe orthèse : une différence significative11.
Une méta-analyse de 2022 a rassemblé sept essais et 454 patients sur cette question précise : elle conclut que la syndactylie améliore la douleur, l'amplitude et la force, sans différence sur le DASH ni la satisfaction, et recommande la syndactylie plutôt que le plâtre pour les fractures non compliquées12.
Syndactylie contre plâtre : ce que mesurent les essais
Un score DASH bas vaut mieux qu'un score haut ; une force de préhension haute vaut mieux qu'une basse
Sources : Martínez-Catalán N et coll., J Hand Surg Am 2020;45(12):1134-1140 (PMID 32718787) : Retrouvey H et coll., Plast Surg (Oakv) 2022;30(1):6-15 (PMID 35096686) : Pellatt R et coll., Ann Emerg Med 2019;74(1):88-97 (PMID 30853124). Les trois essais ont des populations et des comparateurs légèrement différents ; les valeurs ne sont pas interchangeables entre études.
La convergence de ces essais s'explique bien. On immobilise pour maintenir une réduction ; or la réduction ne tient pas, quel que soit le moyen : c'est mesuré6. On aboutit donc au même résultat radiographique, mais en payant le prix de l'immobilisation : raideur métacarpo-phalangienne, perte de force, arrêt de travail prolongé.
La revue systématique de Feehan et Bassett dans le Journal of Hand Therapy, portant sur six études et 459 patients, avait déjà formulé la conclusion prudente qui s'imposait alors : la mobilisation précoce après fracture extra-articulaire de la main a le potentiel de restaurer plus vite la mobilité et la force, de permettre un retour au travail plus précoce, et n'altère pas l'alignement de la fracture, avec un bénéfice constant et aucun risque significatif identifié, mais sur des preuves de qualité insuffisante14. Les essais de 2019, 2020 et 2022 sont venus combler exactement ce manque.
Et l'embrochage, alors ?
La méta-analyse en réseau de Zong et coll. a comparé quatre stratégies (traitement conservateur, enclouage centromédullaire antérograde, embrochage transverse et plaque), sur le critère des complications totales, à partir de six essais randomisés et 288 patients. Le classement est net : le traitement conservateur arrive premier (probabilité SUCRA de 94,1 %), suivi de la plaque (52,9 %), de l'enclouage (37,3 %), et l'embrochage transverse arrive dernier, avec le taux de complications le plus élevé (15,7 %)9.
Un essai randomisé égyptien de 2024 sur 84 patients avec des bascules de 30 à 70° a comparé gouttière ulnaire et embrochage transverse : délai de consolidation de 7,76 contre 7,38 semaines, sans différence significative de consolidation ni de résultats fonctionnels, tous les patients reprenant leur travail antérieur13. Quand deux traitements donnent le même résultat, celui qui n'expose pas à une infection sur broche gagne.
Modalités de traitement et niveau de preuve
Appréciation du niveau de preuve selon les principes GRADE, à partir des sources citées dans ce chapitre
Traitement fonctionnel (syndactylie ou bandage) avec mobilisation précoce, au moins aussi efficace que l'immobilisation sur tous les critères fonctionnels mesurés, avec reprise du travail plus rapide et meilleure force précoce. Trois essais randomisés concordants, dont un de niveau I6711.
Abstention de réduction pour une bascule inférieure à 70° : un essai randomisé dédié ne retrouve aucun bénéfice de la réduction sur la mobilité5, corroboré par la perte constante de réduction observée dans l'essai de 20206. Effectifs modestes.
Programme de rééducation structuré : gain sur la fonction, la force et l'amplitude en méta-analyse, mais sur cinq études seulement, dont deux de cohorte15.
Tolérance des bascules supérieures à 70° : une seule série rétrospective de 15 patients, taux d'inclusion de 38 %, sans groupe témoin8. Suffisant pour rassurer, insuffisant pour ériger en règle.
Seuils de réduction à 30° ou 40° : aucun essai retrouvé les établissant. Ces valeurs circulent sans support identifié dans les sources consultées ici.
Embrochage transverse en première intention : dernier des quatre traitements comparés en méta-analyse en réseau, avec le taux de complications totales le plus élevé9.
Appréciation construite selon les principes GRADE à partir des sources citées, et non reprise d'une évaluation GRADE publiée : aucune des revues consultées n'a produit de tableau GRADE formel sur cette question. La revue Cochrane de 2005 s'est explicitement arrêtée à un constat d'insuffisance de preuves4.
À retenir
C'est le seul chapitre de cet article où l'erreur se paie en articulation détruite. Il justifie à lui seul de regarder le dos de la main avant la radiographie.
La morsure sur dent (fight bite, ou lésion du poing fermé) survient quand le poing lancé rencontre les dents de l'adversaire. La dent perfore la peau au-dessus d'une articulation métacarpo-phalangienne, traverse le tendon extenseur, et inocule la flore buccale dans l'articulation.
Le piège est anatomique, et il est double. D'abord, la plaie est faite poing fermé, articulation en flexion ; quand la main s'ouvre pour l'examen, les plans cutané, tendineux et capsulaire se déplacent les uns par rapport aux autres, et les trois orifices ne sont plus alignés. Une plaie de trois millimètres, propre en apparence, peut ainsi recouvrir une arthrotomie septique. Ensuite, la fermeture de ces plans referme le germe à l'intérieur d'un espace clos, mal vascularisé, où il prospère avant que le patient ne s'inquiète.
De Smet et Stoffelen le formulent sans détour dans leur série : ces lésions résultent de l'impact du poing avec les dents de l'adversaire, avec perforation de la peau et de l'articulation, et une arthrite septique sévère de l'articulation métacarpo-phalangienne de la main dominante en est la conséquence fréquente19.
La série rétrospective de Goon et coll., portant sur 34 patients avec morsure humaine de la main confirmée sur sept ans, donne les chiffres les plus parlants pour la pratique :
Le délai de quatre jours est la donnée centrale. Le patient ne consulte pas pour la plaie : il consulte quand la main gonfle, c'est-à-dire quand l'infection est établie.
Conduite immédiate devant une plaie en regard d'une métacarpo-phalangienne après bagarre
Les morsures humaines et animales conduisent le plus souvent à des infections polymicrobiennes, mêlant germes aérobies et anaérobies. Pasteurella est caractéristique des morsures de chien et de chat ; Eikenella est caractéristique des plaies humaines ; les staphylocoques, streptocoques et anaérobies sont communs à tous les mammifères16. Cette distinction n'a pas qu'un intérêt académique : elle explique pourquoi le spectre antibiotique choisi doit couvrir Eikenella, germe qui échappe à certaines pénicillines résistantes aux pénicillinases.
La revue de Malahias et coll. rappelle par ailleurs l'ordre de grandeur du problème : les morsures de mammifères représentent jusqu'à 1 % des passages aux urgences au Royaume-Uni, et les lésions du poing fermé y sont réputées les pires des morsures humaines20.
Ce que cela signifie pour le kinésithérapeute
Un patient adressé pour rééducation d'une « fracture du boxeur » qui présente une cicatrice dorsale en regard d'une métacarpo-phalangienne, un empâtement persistant, une raideur disproportionnée ou une douleur nocturne, doit faire suspecter une infection articulaire passée inaperçue ou insuffisamment traitée. Ce n'est pas une raideur à mobiliser plus fort : c'est un motif de réadressage. La chronologie compte : une main qui s'aggrave après quelques jours de rééducation n'est pas une main qui a besoin de plus de séances.
À retenir
Les indications tiennent en trois lignes, et aucune ne repose sur un angle.
Les essais cités plus haut partagent tous une caractéristique méthodologique qu'il faut lire attentivement : ils excluent certaines fractures. Martínez-Catalán exclut les fractures avec déformation rotatoire6 ; Zawam exclut les fractures anciennes, ouvertes ou malrotées13 ; Pellatt ne recrute que des fractures « non compliquées »7. Ces exclusions dessinent en creux les indications chirurgicales, mieux que ne le ferait une recommandation :
| Situation | Pourquoi elle sort du cadre | Source |
|---|---|---|
| Trouble de rotation | Chevauchement digital en flexion, non corrigé spontanément, retentissement direct sur la préhension. Exclu de tous les essais de traitement fonctionnel | Royle 199010 ; critères d'exclusion de Martínez-Catalán6 et Zawam13 |
| Fracture ouverte, dont morsure sur dent | Problème infectieux avant d'être un problème osseux : parage, lavage, antibiothérapie | Kennedy 201516 ; Goon 200818 |
| Fractures multiples ou instables | La stabilité relative que procure le rayon voisin, principe même de la syndactylie, disparaît quand plusieurs rayons sont atteints | Exclusions des essais613 |
| Atteinte des bases métacarpiennes | Entité différente, réduction et fixation techniquement exigeantes, risque de subluxation carpo-métacarpienne | Amirthalingam 202222 |
| Fracture ancienne, consolidée en défaut | Relève d'une ostéotomie de correction, décision spécialisée | Exclusion de Zawam13 |
On remarquera ce qui n'est pas dans cette liste : un angle. Aucune des sources consultées ne fait de la bascule seule une indication opératoire dans les intervalles étudiés.
Quand elle est indiquée, la chirurgie tient ses promesses de stabilité. La question intéressante est celle du choix de technique, et c'est là que la méta-analyse en réseau de Zong est utile : sur le critère des complications totales, l'ordre est traitement conservateur (94,1 %), plaque (52,9 %), enclouage centromédullaire antérograde (37,3 %), embrochage transverse (15,7 %)9.
Ce classement mérite une lecture prudente : le critère est les complications totales, pas l'efficacité de réduction. Un traitement qui ne fait rien ne peut évidemment pas provoquer d'infection sur matériel : le classement favorise mécaniquement l'abstention. Il reste que, parmi les techniques chirurgicales entre elles, la hiérarchie est informative, et que l'embrochage transverse y figure comme le plus pourvoyeur de complications.
L'essai de Zawam confirme ce point sous un autre angle : gouttière plâtrée contre embrochage transverse chez 84 patients adultes actifs, bascules de 30 à 70°. Délai de consolidation radiologique de 7,76 semaines contre 7,38 semaines, sans différence significative sur la consolidation ni les résultats fonctionnels, tous les patients reprenant leur travail et leur niveau d'activité antérieurs13. Deux tiers de semaine de gagnés sur la consolidation ne justifient pas une broche transcutanée.
Sur cette fracture, le débat n'est plus « opérer ou non » mais « pourquoi opérerait-on », et la réponse tient à la rotation, à l'ouverture cutanée et à l'instabilité, jamais à un angle isolé.
Le kinésithérapeute intervient rarement sur la consolidation. Il intervient sur ce que l'immobilisation aurait coûté, et sur ce qui reste quand elle a eu lieu.
La méta-analyse la plus récente sur ce point précis, les fractures de métacarpiens hors pouce, a été publiée en 2026 par Hakami et coll., préenregistrée sur PROSPERO. Cinq études, trois essais randomisés et deux cohortes. Les programmes de rééducation améliorent significativement :
Les auteurs relèvent que la mobilisation précoce et les stratégies d'adhésion, y compris ludiques, sont associées aux meilleurs résultats fonctionnels, et que les approches d'immobilisation minimale comme la syndactylie conviennent aux fractures stables15. Le nombre d'études incluses (cinq) impose de considérer ces intervalles avec prudence : ils sont étroits pour un corpus aussi restreint.
Calendrier de prise en charge après fracture du col du 5e métacarpien non compliquée
Repères construits à partir des protocoles des essais cités ; les délais de consolidation sont mesurés, les contenus de séance relèvent de la pratique courante
Délais de consolidation : Zawam SH et coll., Eur J Trauma Emerg Surg 2024, 7,76 semaines en conservateur et 7,38 en embrochage (PMID 38151577). Cible de force à 8 semaines : Retrouvey H et coll., Plast Surg 2022 (PMID 35096686). Arrêt de travail : Pellatt R et coll., Ann Emerg Med 2019 (PMID 30853124). Le détail des contenus de séance relève de la pratique courante et n'est pas issu d'un protocole publié.
C'est le déficit qui gêne, et c'est celui que l'immobilisation crée. L'articulation métacarpo-phalangienne s'enraidit en extension : ses ligaments collatéraux sont détendus en extension et tendus en flexion, si bien qu'une immobilisation en extension les laisse se rétracter dans une position d'où la flexion devient difficile à reconquérir. C'est la raison pour laquelle, lorsqu'une immobilisation est nécessaire, la position dite intrinsèque plus (métacarpo-phalangiennes fléchies, interphalangiennes en extension) est préférée.
Concrètement, la séance porte sur la flexion active métacarpo-phalangienne isolée, le poing composite, et les glissements tendineux. La fréquence importe plus que la durée : plusieurs séries courtes réparties dans la journée valent mieux qu'une séance longue, et le travail à domicile fait l'essentiel du résultat.
C'est le déficit le plus mesurable, et l'essai de Retrouvey en donne la cible : 93 % des valeurs de référence à huit semaines dans le groupe traité en mouvement précoce, contre 64 % dans le groupe immobilisé11. Un patient qui, à huit semaines, plafonne aux deux tiers de sa force attendue est dans la trajectoire du groupe immobilisé, ce qui justifie d'intensifier, pas de s'alarmer.
Le cinquième rayon a une fonction particulière qu'il faut cibler explicitement : il porte la prise de force, celle du marteau, de la valise, du guidon. C'est là que le déficit se remarque chez les travailleurs manuels, et c'est le geste du métier qui doit finir la rééducation.
Un œdème dorsal persistant enraidit mécaniquement les métacarpo-phalangiennes et rend la flexion douloureuse : il précède la raideur plutôt qu'il ne l'accompagne. Surélévation, mobilisation active répétée, compression douce et travail de la pompe musculaire en constituent le traitement de fond.
Ce qui doit faire interrompre et réadresser
À retenir
Trois observations publiées, choisies parce qu'elles documentent chacune une erreur possible : croire que la fracture est isolée, croire que le poing fermé ne fracture que le col, croire que la plaie est superficielle.
Rupture fermée des deux tendons extenseurs du petit doigt après fracture du col
Lardenoye S, Hannemann PFW, Ten Bosch JA. Case Reports in Plastic Surgery and Hand Surgery 2020;7(1):30-33 (PMID 32128350).
Les auteurs rapportent une rupture des deux tendons extenseurs du cinquième doigt survenue à la suite d'une fracture fermée du col du cinquième métacarpien. Ils soulignent que cette complication n'avait jamais été rapportée auparavant dans ce contexte, et concluent sur l'importance d'un examen clinique complet pour ne pas méconnaître les lésions associées.
Ce que le cas enseigne. La fracture du boxeur est presque toujours une lésion isolée et bénigne, et c'est précisément ce qui fait qu'on cesse d'examiner. Un déficit d'extension active du petit doigt ne doit jamais être mis sur le compte de la douleur ou de l'œdème sans avoir été retesté. Pour le kinésithérapeute qui reçoit le patient à distance de l'urgence, c'est le premier test à refaire : la fracture est peut-être connue, le tendon peut ne pas l'être.
Un mauvais coup de poing, une fracture rare : les bases du quatrième et du cinquième métacarpiens
Amirthalingam S, Sameer M, Harshavardhan JKG. Journal of Orthopaedic Case Reports 2022;12(11):110-113 (PMID 37013244).
Un homme de 37 ans, droitier, se présente avec une douleur et un gonflement de la main droite après avoir frappé un mur. Il ne s'agit pas d'une fracture du col : les auteurs décrivent une fracture isolée et déplacée des bases du quatrième et du cinquième métacarpiens, sans subluxation carpo-métacarpienne ni fracture du carpe, une entité qu'ils qualifient d'extrêmement rare. Le traitement a consisté en une réduction et une fixation par broches de Kirschner à ciel semi-ouvert, avec un recul de dix mois.
Les auteurs formulent la leçon dans leur conclusion : une lésion du poing fermé ne signifie pas toujours une fracture du boxeur. Ils précisent que le siège de la fracture dépend du type et de la direction du coup, et que ces fractures sont facilement mal interprétées par un praticien peu expérimenté.
Ce que le cas enseigne. Le nom de la lésion oriente le regard, et le regard oriente la radiographie. Devant un poing traumatisé, la palpation doit descendre jusqu'aux bases métacarpiennes et à l'interligne carpo-métacarpien, dont l'atteinte change complètement la prise en charge et le pronostic.
La lésion du poing fermé, piège pour le patient comme pour le chirurgien
De Smet L, Stoffelen D. Clenched fist injury: a pitfall for patients and surgeons. Acta Orthopaedica Belgica 1997;63(2):113-7 (PMID 9265797), série de cas.
Les auteurs décrivent la séquence type : l'impact du poing avec les dents de l'adversaire perfore la peau et l'articulation ; une arthrite septique sévère de l'articulation métacarpo-phalangienne de la main dominante en résulte fréquemment. Ils insistent sur les conséquences médicales et médico-légales à long terme de la méconnaissance de cette lésion.
Ce que le cas enseigne. Le titre dit l'essentiel : le piège vaut pour le patient, qui minimise une plaie de trois millimètres et consulte quatre jours plus tard18, et pour le soignant, qui voit une fracture sur la radiographie et ne regarde pas la peau. La question à poser n'est pas « avez-vous une plaie ? » mais « comment exactement vous êtes-vous fait cela ? ».
Pourquoi ces cas et pas d'autres
Les cas cliniques sont le point faible classique des articles de synthèse : le récit trop net, la coureuse de 28 ans guérie en six séances. Les trois observations ci-dessus sont des rapports de cas publiés et indexés, cités avec leur identifiant PubMed, et retenus parce qu'ils documentent chacun une erreur de raisonnement plutôt qu'une réussite thérapeutique. Aucun cas de ce chapitre n'a été composé pour les besoins de la démonstration.
Ce que change concrètement la lecture des essais, pour le patient qui arrive au cabinet avec une main enflée et une ordonnance.
Conduite à tenir devant une fracture du col du cinquième métacarpien
L'ordre des questions n'est pas indifférent : la première écarte une urgence, la deuxième une indication chirurgicale
Arbre construit à partir des critères d'inclusion et d'exclusion des essais randomisés cités : Martínez-Catalán 2020 (PMID 32718787), Pellatt 2019 (PMID 30853124), Zawam 2024 (PMID 38151577), et des séries de morsures de Goon 2008 (PMID 26815618) et De Smet 1997 (PMID 9265797). Il ne reproduit aucune recommandation publiée : aucune société savante consultée n'a produit de recommandation formelle sur cette fracture.
Trois messages reviennent à chaque consultation, et ils gagnent à être formulés d'avance :
| Erreur | Conséquence | Ce qui l'évite |
|---|---|---|
| Ne pas faire fermer le poing | Trouble de rotation méconnu, gêne définitive de la préhension | Dix secondes d'examen, à chaque consultation10 |
| Ne pas chercher la plaie | Arthrite septique de la métacarpo-phalangienne, séquelles articulaires | Inspection dorsale poing fermé et ouvert19 |
| Immobiliser « par sécurité » | Raideur, perte de force à 8 semaines, arrêt de travail allongé de près d'un mois | Syndactylie et mobilisation précoce611 |
| Réagir à une bascule persistante au contrôle | Réductions itératives inutiles, parfois indication chirurgicale portée à tort | Savoir que la réduction se reperd toujours6 |
| Mobiliser plus fort une main qui s'aggrave | Retard diagnostique sur une infection ou une lésion tendineuse | Une main qui empire après quelques séances se réadresse1821 |
Sur cette fracture, le geste le plus utile ne coûte rien : demander au patient de fermer le poing et regarder ses doigts.
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Non, si la fracture consolide en bascule. La saillie de la tête métacarpienne au dos de la main est effacée par le déplacement du fragment, et la consolidation fige cette position. C'est un préjudice esthétique réel, qu'il faut annoncer plutôt que minimiser. La série de France, qui a revu des patients consolidés avec plus de 70° de bascule, retrouve un QuickDASH nul chez 80 % d'entre eux et la meilleure cotation fonctionnelle chez tous8 : la main fonctionne, mais elle n'a plus la même forme.
Parce que les essais qui ont comparé les deux stratégies ne trouvent pas d'avantage au plâtre. Dans l'essai de Pellatt, le score fonctionnel à 12 semaines était de 0 dans les deux groupes7. Dans celui de Martínez-Catalán, la syndactylie faisait mieux à trois semaines et permettait une reprise du travail 28 jours plus tôt6. Le plâtre ne maintient pas la réduction, elle est reperdue quoi qu'il arrive, et il coûte en raideur et en force.
La recherche menée pour cet article n'a retrouvé aucun essai contrôlé établissant un seuil de 40°. Les essais disponibles ont testé des bascules jusqu'à 70° sans mettre en évidence de perte fonctionnelle56, et la seule série au-delà de 70° retrouve de bons résultats fonctionnels8. Les indications opératoires qui ressortent des sources sont le trouble de rotation, l'ouverture cutanée et l'instabilité, pas un angle isolé.
En fermant le poing lentement : les quatre doigts longs doivent converger vers la même zone du poignet, sans qu'aucun ne chevauche son voisin. Si la douleur empêche la flexion complète, on regarde les ongles de bout : leurs plans doivent rester parallèles10. Un chevauchement franc justifie un avis chirurgical, car il ne se corrige pas spontanément.
Si elle est survenue en frappant quelqu'un, oui, potentiellement très. Une plaie de quelques millimètres au-dessus d'une articulation métacarpo-phalangienne peut correspondre à une morsure sur dent, avec inoculation de la flore buccale dans l'articulation. Dans une série de 34 patients, 76 % arrivaient déjà infectés avec un délai moyen de quatre jours, et 59 % avaient une articulation ouverte18. C'est une consultation le jour même, pas le lendemain.
Après consolidation, qui survient en moyenne autour de 7,4 à 7,8 semaines selon l'essai de Zawam13. Il faut distinguer la reprise du travail et des activités courantes, très précoce en traitement fonctionnel, et la reprise des activités qui exposent le rayon à un nouvel impact direct, qui suppose une consolidation acquise et une force restaurée. Aucune étude retrouvée ne donne de critère validé de retour aux sports de percussion sur cette fracture précise : le raisonnement se fait sur la consolidation radiologique, l'indolence et la force comparée au côté sain.
Dans l'essai de Statius Muller, le besoin de kinésithérapie ne différait pas entre les deux groupes, et beaucoup de patients récupéraient sans5. La méta-analyse de 2026 montre néanmoins un bénéfice net des programmes structurés sur la fonction, la force et l'amplitude15. En pratique, une main qui bouge tôt et bien récupère souvent seule ; la rééducation prend tout son intérêt quand il y a eu immobilisation, œdème persistant, raideur installée, ou lorsque le métier exige une force de préhension élevée.
Un déficit d'extension actif est à explorer, jamais à attribuer d'emblée à l'œdème. Deux causes documentées : la rupture tendineuse, décrite même après fracture fermée du col21, et la lésion de la bandelette sagittale, qui laisse le tendon extenseur se subluxer en ulnaire lors de la flexion et qui répond souvent à une orthèse d'extension en phase aiguë23. La distinction est clinique et se fait sur l'extension active contre pesanteur et sur le comportement du tendon en flexion. Cette dernière lésion, classiquement décrite sur le majeur, a été rapportée aussi sur le petit doigt, ce qui interdit de l'écarter d'emblée sur ce rayon26.
Vingt-six références, toutes vérifiées individuellement sur PubMed : identifiant résolu, titre, revue, année et liste d'auteurs contrôlés, résumé lu avant citation. Les liens pointent vers la notice PubMed.
Note de méthode
Le socle bibliographique a été construit avant la rédaction, sujet par sujet, en interrogeant PubMed par l'interface E-utilities : chaque identifiant a été résolu, chaque notice contrôlée sur ses auteurs, sa revue et son année, et chaque résumé lu avant d'être cité. Les chiffres avancés dans cet article portent leur source à l'endroit exact où ils sont écrits. Les appréciations de niveau de preuve suivent les principes GRADE sans reprendre une évaluation GRADE publiée, aucune n'existant sur cette question. Deux affirmations souvent lues ailleurs, les seuils de réduction de 30° et 40°, sont explicitement signalées comme non retrouvées dans les sources consultées, plutôt que reprises sans source. Article rédigé le 15 août 2026.