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Que veut dire SDRC ?

SDRC est l'abréviation de syndrome douloureux régional complexe, le nom actuel de ce que l'on appelait algodystrophie. Il désigne une douleur qui persiste dans une région du corps, le plus souvent une main ou un pied, sans commune mesure avec l'événement qui l'a précédée : entorse, fracture, opération, parfois rien d'identifiable. Cette douleur s'accompagne au même endroit de signes visibles : gonflement, peau qui change de couleur ou de température, sensibilité au moindre contact, raideur.

En bref

Le syndrome douloureux régional complexe (SDRC, anciennement algodystrophie) est une douleur chronique disproportionnée par rapport au traumatisme initial : une fracture du poignet dans 40 % des cas. Son incidence est estimée entre 5,5 et 26 pour 100 000 personnes-années, avec 3 à 4 femmes atteintes pour 1 homme. On distingue le SDRC de type I, sans lésion nerveuse (90 % des cas), et le type II, avec lésion nerveuse avérée. Le diagnostic est clinique et repose sur les critères de Budapest (sensibilité d'environ 99 %). La prise en charge de première intention est la rééducation fondée sur les preuves : imagerie motrice graduée, thérapie miroir, exposition progressive et éducation à la douleur.

Kinésithérapie · Douleur chronique · SDRC

Le syndrome douloureux régional complexe (SDRC) / Algodystrophie MAJ 2026

Synthèse clinique fondée sur les méta-analyses et consensus internationaux les plus récents : critères de Budapest, Cochrane 2022, Pain Reports 2023, Lancet Neurology 2024.

Critères de Budapest Imagerie motrice graduée Thérapie miroir Evidence-based
5,5/100K
Incidence annuelle (USA)
Sandroni 2003 · Olmsted County · PMID 12749974
3-4:1
Ratio femmes / hommes
de Mos 2007 · cohorte 600 000 patients
~40%
SDRC déclenchés par fracture poignet
Moseley 2014 · prospective n=1549

Synthèse clinique

  • Le SDRC est une douleur chronique disproportionnée à un événement déclencheur, généralement traumatique. SDRC-I (90 % des cas) sans lésion nerveuse identifiable, SDRC-II (causalgie) avec lésion nerveuse avérée.
  • Incidence annuelle estimée à 5,5 / 100 000 (Sandroni 2003 USA) jusqu'à 26 / 100 000 (de Mos 2007 Pays-Bas). Ratio femmes : hommes de 3 à 4 pour 1, pic 50-70 ans.
  • Le diagnostic est clinique et repose sur les critères de Budapest (Harden 2010, validés IASP) : sensibilité 99 %, spécificité 79 %. Les examens complémentaires servent uniquement à exclure les diagnostics différentiels.
  • La physiopathologie combine inflammation neurogène, dysautonomie, sensibilisation centrale et, chez une fraction des patients, auto-anticorps ciblant des récepteurs autonomes (Ferraro Lancet Neurol 2024).
  • Une fracture du poignet est le facteur déclenchant le plus fréquent (~40 %). Une douleur précoce intense (EVA ≥ 5 dans la 1re semaine post-fracture) est un puissant prédicteur (Moseley 2014, n=1549).
  • Les sous-types reconnus (Knudsen Pain Reports 2023) comprennent : warm / cold, inflammatoire, dystonique, familial, pédiatrique, centralisé. Cette stratification ouvre la voie à des traitements ciblés.
  • La prise en charge est multimodale, précoce et active. Première ligne : éducation à la neurophysiologie de la douleur, puis imagerie motrice graduée (GMI) et exposition graduée (PEPT).
  • La revue Cochrane Smart-Ferraro 2022 (CD010853.pub3) confirme un bénéfice probable de la GMI et de la thérapie miroir sur la douleur et la fonction, mais avec une qualité de preuve faible à très faible.
  • Les thérapies passives (TENS, ultrasons, thérapie manuelle isolée) ont un faible niveau de preuve dans le SDRC et ne doivent jamais constituer le cœur du traitement, seulement des adjuvants.
  • L'autonomisation du patient via éducation, GMI quotidienne, pacing et gestion du stress est la clé de la récupération durable et de la prévention des rechutes.
  • Le retour au sport est guidé par des critères fonctionnels (force, mobilité, confiance) et non par un calendrier. Une poussée douloureuse > 24 h impose un ajustement immédiat de la charge.
  • Les facteurs psychologiques (kinésiophobie, catastrophisme, hypervigilance) doivent être identifiés et adressés systématiquement (Halicka 2020).
  • Les diagnostics différentiels à connaître impérativement : thrombose veineuse profonde, cellulite infectieuse, syndrome des loges, neuropathie périphérique, fracture occulte.
  • Les drapeaux rouges (fièvre, signes infectieux, déficit neurologique progressif) imposent une orientation médicale immédiate avant toute kinésithérapie.
  • Mesurer les résultats avec des PROMs validés (BPI, PCS, TSK-11, EQ-5D) est un standard de qualité pour évaluer l'efficacité du traitement.

Sommaire

  1. Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) ?
    1. Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?
    2. Que se passe-t-il dans le corps et comment le SDRC évolue-t-il naturellement ?
  2. Comment évaluer et diagnostiquer le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) avec certitude ?
    1. Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?
    2. Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?
    3. Faut-il classifier et stratifier les patients SDRC, et pour quels bénéfices ?
  3. Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) ?
    1. Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?
    2. Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?
    3. Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité dans le SDRC ?
    4. Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?
  4. Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives du syndrome douloureux régional complexe (SDRC) ?
    1. Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?
    2. Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?
  5. Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) ?
    1. Analyse d'un cas « classique » : de l'évaluation à la résolution.
    2. Le défi diagnostique : quand le SDRC imite une autre pathologie.
    3. Étude d'un cas complexe : SDRC pédiatrique et formes dystoniques.
  6. Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?
    1. Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?
    2. Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

Quels sont les fondamentaux à connaître sur le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) ?

Dans ce chapitre : définition contemporaine du SDRC, classification I/II, épidémiologie consolidée (Sandroni 2003, de Mos 2007), facteurs de risque (Moseley 2014), physiopathologie incluant inflammation neurogène, dysautonomie et sensibilisation centrale (Marinus 2011, Birklein 2018), évolution naturelle et pronostic actualisé selon Ferraro Lancet Neurol 2024.
Le syndrome douloureux régional complexe (SDRC), historiquement connu sous les termes d'algodystrophie, d'algoneurodystrophie ou de dystrophie sympathique réflexe, désigne une affection douloureuse chronique débilitante affectant le plus souvent une extrémité (main, poignet, pied, cheville) après un événement déclencheur : typiquement traumatique.¹⁻³ La caractéristique cardinale est une douleur continue, disproportionnée en intensité et en durée par rapport à la nature de l'événement initial.¹ 🤕 On distingue le SDRC de type I (sans lésion nerveuse identifiable, environ 90 % des cas) et le SDRC de type II (anciennement causalgie, avec lésion nerveuse périphérique avérée).¹

Comment définir cette pathologie, qui est touché et quels sont les facteurs de risque ?

Le diagnostic clinique repose sur les critères de Budapest, validés par l'IASP et reconnus comme la référence internationale depuis 2010.⁴ Pour poser le diagnostic, le patient doit présenter :
  • Une douleur continue disproportionnée par rapport à l'événement déclencheur.
  • Au moins un symptôme dans 3 des 4 catégories suivantes (rapportés par le patient) :
    • 🔹 Sensorielle : hyperesthésie, allodynie.
    • 🔹 Vasomotrice : asymétrie de température, changements ou asymétrie de couleur cutanée.
    • 🔹 Sudomotrice / œdème : œdème, asymétrie ou modification de la sudation.
    • 🔹 Motrice / trophique : diminution d'amplitude, faiblesse, tremblement, dystonie, modifications des poils / ongles / peau.
  • Au moins un signe dans 2 catégories objectivé à l'examen physique.
  • Absence d'un autre diagnostic plus probable.
5,5Incidence USA / 100 000 personnes-années (Sandroni 2003)
26Incidence Pays-Bas / 100 000 personnes-années (de Mos 2007)
3-4:1Ratio femmes / hommes
~40 %SDRC déclenchés par fracture du poignet
L'épidémiologie du SDRC reste hétérogène selon les méthodologies. L'étude de référence de Sandroni 2003 (Olmsted County, Minnesota, base Mayo Clinic + Olmsted Medical) retrouve une incidence de 5,46 cas / 100 000 personnes-années pour le SDRC-I.⁸ La cohorte rétrospective néerlandaise de de Mos 2007 (n = 600 000 patients soins primaires) trouve une incidence plus élevée (26,2 / 100 000 personnes-années), s'expliquant par un recrutement de soins primaires plus exhaustif.²¹ Dans les deux études, les femmes représentent ~75 % des cas (ratio 3 à 4 : 1) et le pic d'incidence se situe entre 50 et 70 ans.⁸,²¹

📊 Incidence du SDRC selon les études populationnelles de référence

Comparaison Sandroni 2003 (USA, base hospitalière) vs de Mos 2007 (Pays-Bas, soins primaires)

Incidence SDRC selon les etudes populationnelles 30 20 10 5 0 5,46 Sandroni 2003 USA · Olmsted County 26,2 de Mos 2007 Pays-Bas · soins primaires Incidence / 100 000 personnes-années

Sources : Sandroni P et al. Pain. 2003;103(1-2):199-207 (PMID 12749974) ; de Mos M et al. Pain. 2007;129(1):12-20 (PMID 17084977). L'écart s'explique principalement par le mode de recrutement (hospitalier vs soins primaires).

Les facteurs de risque bien établis incluent :
  • 📌 Fracture distale du radius (poignet) : événement déclencheur le plus fréquent, environ 40 % des SDRC du membre supérieur.⁹
  • 📌 Sexe féminin : OR ≈ 3 à 4 vs hommes, indépendamment de l'âge.⁸,²¹
  • 📌 Immobilisation prolongée du membre (plâtre, attelle).⁹
  • 📌 Intensité douloureuse précoce : un score EVA ≥ 5 dans la 1ʳᵉ semaine post-fracture multiplie significativement le risque de SDRC à 4 mois (étude prospective Moseley 2014, n = 1 549 patients, incidence globale 3,8 %).¹⁰
  • 📌 Antécédents familiaux : une étude néerlandaise (de Rooij 2009) suggère une composante héréditaire chez ~10 % des cas, avec début plus précoce.²²
Tout patient présentant une douleur EVA ≥ 5 dans la première semaine après fracture du poignet doit être considéré « à risque » de SDRC et bénéficier d'une surveillance rapprochée et d'une mobilisation précoce.

Que se passe-t-il dans le corps et comment le SDRC évolue-t-il naturellement ?

La physiopathologie du SDRC reste partiellement comprise mais combine plusieurs mécanismes interconnectés, exposés en détail dans les revues de référence Marinus Lancet Neurology 2011¹⁷ et Birklein Nature Reviews Neurology 2018,¹⁵ et actualisés dans la revue majeure Ferraro Lancet Neurology 2024¹⁴ :
  • 🔥 Inflammation neurogène : libération excessive de neuropeptides pro-inflammatoires (substance P, CGRP) par les terminaisons nerveuses, entraînant vasodilatation, augmentation de la perméabilité vasculaire (œdème) et sensibilisation des nocicepteurs. Cette composante prédomine en phase aiguë, particulièrement dans la forme « warm » avec membre rouge, chaud, œdématié.¹³,¹⁵
  • 🧠 Dérèglement du système nerveux autonome : dysfonction sympathique entraînant les changements de couleur, de température et de sudation. Cette composante explique les présentations « cold » avec membre froid, cyanosé.⁶,¹³
  • Sensibilisation périphérique et centrale : neuroplasticité maladaptative au niveau des nocicepteurs périphériques, de la moelle épinière (sensibilisation des neurones de la corne dorsale) et du cerveau (réorganisation corticale, perturbation de la représentation du membre). Explique l'allodynie, l'hyperalgésie et la perturbation de la perception corporelle documentée par Lewis 2007.¹⁷,²³
  • 🛡️ Composante auto-immune : présence d'auto-anticorps fonctionnels ciblant les récepteurs adrénergiques β2 et muscariniques M2 chez ~30 % des patients SDRC. Cette piste, développée par l'équipe de Goebel, ouvre des perspectives thérapeutiques (IgIV) mais reste à confirmer.¹⁵
L'évolution naturelle du SDRC est très variable. Les anciennes descriptions en trois stades (aigu / dystrophique / atrophique) sont aujourd'hui considérées comme caduques.¹ Les données prospectives (Bean 2015, prospective n = 66 patients, suivi 12 mois)²⁴ et la cohorte d'Olmsted (Sandroni 2003)⁸ rapportent :
  • ✅ Une résolution complète ou partielle chez la majorité des patients dans les 12-18 mois suivant le diagnostic, particulièrement si la prise en charge multimodale est précoce.
  • ⚠️ Une chronicisation chez 15-35 % des patients, avec douleur persistante, raideur, atrophie musculaire et handicap fonctionnel important.²⁴
  • 📉 Les facteurs de mauvais pronostic incluent : symptômes initiaux sévères, présence d'une dystonie, retard diagnostique, profil psychologique défavorable (catastrophisme élevé, anxiété marquée).²⁵

🚩 Drapeaux rouges en présence d'un tableau évoquant un SDRC

  • Fièvre + signes inflammatoires locaux → suspicion d'infection profonde (cellulite, ostéomyélite, abcès)
  • Tuméfaction unilatérale du mollet avec douleur asymétrique → suspicion de thrombose veineuse profonde (D-dimères, écho-Doppler)
  • Déficit neurologique progressif (paresthésies dans un territoire systématisé, déficit moteur d'un nerf spécifique) → suspicion de lésion nerveuse périphérique ou de compression
  • Douleur disproportionnée + œdème tendu + tension du compartiment post-traumatique → suspicion de syndrome des loges (urgence chirurgicale)
  • Altération de l'état général, perte de poids, douleur nocturne réveillant le patient → bilan oncologique
  • Pulsations distales abolies, pâleur, douleur de repos → suspicion d'ischémie artérielle

⚠️ Tout drapeau rouge impose une orientation médicale rapide AVANT de retenir le diagnostic de SDRC, qui reste un diagnostic d'exclusion.

À retenir

  • Le SDRC est une douleur chronique disproportionnée à un traumatisme initial, le plus souvent une fracture du poignet.
  • Le diagnostic repose sur les critères cliniques de Budapest (Harden 2010), validés par l'IASP : sensibilité 99 %, spécificité 79 %.
  • Les femmes entre 50 et 70 ans sont les plus touchées (ratio F:H 3 à 4 :1).
  • La physiopathologie combine inflammation neurogène, dérèglement autonomique, sensibilisation centrale et possiblement composante auto-immune.
  • Une EVA ≥ 5 dans la première semaine post-fracture du poignet est un drapeau rouge majeur (Moseley 2014).
  • L'évolution est variable : la majorité s'améliore mais 15-35 % chronicisent. Une prise en charge précoce et multimodale est le meilleur prédicteur d'une issue favorable.
Bibliographie
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Comment évaluer et diagnostiquer le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) avec certitude ?

Dans ce chapitre : anamnèse structurée, critères de Budapest opérationnalisés (Harden 2010), examen physique standardisé, diagnostic différentiel rigoureux, stratification en sous-types (Knudsen Pain Reports 2023) et place de l'imagerie / biologie.
Le diagnostic du SDRC est strictement clinique : il n'existe à ce jour aucun biomarqueur ni examen paraclinique spécifique permettant à lui seul de confirmer ou d'exclure la pathologie.¹,² L'utilisation rigoureuse des critères de Budapest et un diagnostic d'exclusion méthodique sont les deux piliers de l'évaluation. 🩺

Quelles questions poser pour bien comprendre le patient et son histoire ?

L'anamnèse structurée doit explorer systématiquement :
  • L'événement déclencheur : traumatisme (type, date, sévérité), chirurgie, immobilisation prolongée, événement mineur. ~10 % des cas n'ont pas d'événement clairement identifié.³
  • La douleur : type (brûlure, broiement, lancinante), intensité (EVA), évolution, distribution (ne respecte pas un territoire nerveux systématisé, contrairement à une radiculopathie). La disproportion par rapport à l'événement initial est centrale.²,⁴
  • Les symptômes sensoriels anormaux : allodynie (douleur provoquée par un stimulus normalement non douloureux : effleurement d'un drap, contact d'un vêtement), hyperalgésie (réponse exagérée à un stimulus douloureux), paresthésies spontanées.⁶
  • Les symptômes vasomoteurs : asymétrie de couleur (rouge, cyanose, pâleur), asymétrie de température (membre chaud ou froid par rapport au côté sain).⁴,⁷
  • Les symptômes sudomoteurs / œdème : œdème, hypersudation ou anhidrose, modifications de texture cutanée.⁴
  • Les symptômes moteurs et trophiques : perte de force, raideur, tremblement, dystonie (postures anormales fixées), modifications des poils (hypertrichose / alopécie), des ongles (croissance accélérée / ralentie, fragilité) et de la peau (aspect luisant, amincissement).⁴,⁸
  • L'impact fonctionnel et psychosocial : retentissement sur AVQ, travail, sommeil, qualité de vie. Évaluer le catastrophisme (PCS), la kinésiophobie (TSK-11), l'anxiété et la dépression (HADS).⁹

Quels tests cliniques réaliser et quelles autres pathologies faut-il écarter ?

L'examen clinique applique opérationnellement les critères de Budapest. Pour poser le diagnostic, les 4 conditions suivantes doivent être réunies :¹⁰

🩺 Critères de Budapest pour le diagnostic clinique du SDRC

Quatre conditions cumulatives : Harden 2010 (validation IASP), sensibilité 99 %, spécificité 79 %

Algorithme criteres de Budapest SDRC 1. Douleur continue disproportionnée par rapport à l'événement déclencheur 2. SYMPTÔMES, au moins 1 dans 3 des 4 catégories (rapportés par le patient) Sensorielle Hyperesthésie Allodynie Vasomotrice Asymétrie T° / Couleur peau Sudomotrice/Œd. Œdème Hypersudation Motrice/Trophique ↓ Amplitude ↓ Poils, ongles 3. SIGNES, au moins 1 signe dans 2 des 4 catégories ci-dessus (objectivés lors de l'examen physique par le clinicien) 4. Aucun autre diagnostic n'explique mieux les signes et symptômes

Source : Harden RN, Bruehl S, Perez RSGM, et al. Pain. 2010;150(2):268-274 (PMID 20493633). Sensibilité 99 %, spécificité 79 % en clinique.

L'examen comparatif bilatéral est essentiel : mesure de la température cutanée (thermomètre infrarouge si possible), périmétrie comparative pour quantifier l'œdème, goniométrie, dynamométrie, tests sensoriels qualitatifs (touch, pinprick, brossage), inspection des téguments. L'étape 4 (exclusion) est non négociable. Les diagnostics différentiels suivants doivent être éliminés selon le contexte :⁶,¹¹
Diagnostic différentielIndices cliniquesExamen d'exclusion
Thrombose veineuse profondeŒdème unilatéral, douleur du mollet, signe de HomansD-dimères, écho-Doppler veineux
Cellulite infectieuseFièvre, porte d'entrée, leucocytose, CRP élevéeNFS, CRP, hémocultures si fièvre
Fracture occulte / non consolidéeDouleur localisée, antécédent traumatique récentRadiographie, scanner ou IRM ciblée
Neuropathie périphériqueDistribution dans un territoire nerveux systématiséEMG / vitesses de conduction nerveuse
Syndrome des loges (chronique)Douleur à l'effort, sensation de tension, post-traumatiqueMesure de pression intra-compartimentale
Arthrite inflammatoire / rhumatismaleAtteinte symétrique, raideur matinale, contexte auto-immunBilan inflammatoire, FR / anti-CCP, écho articulaire
Pathologie vasculaire (ischémie, Raynaud)Pâleur, troubles trophiques distaux, modifications avec le froidIndex de pression cheville-bras, capillaroscopie
Les examens complémentaires ne diagnostiquent PAS le SDRC mais peuvent aider :
  • 📷 Radiographies standards : peuvent montrer une déminéralisation osseuse mouchetée régionale (Sudeck) au-delà de 3 à 6 semaines d'évolution, signe peu sensible et non spécifique.
  • 🔬 Scintigraphie osseuse en trois phases : une hyperfixation diffuse à la phase tardive est évocatrice mais reste non spécifique.⁶,¹²
  • 🧲 IRM : peut montrer un œdème médullaire osseux en phase précoce ; utile surtout pour éliminer un diagnostic alternatif.
  • 🩸 Examens biologiques : NFS, CRP, VS, bilan rhumatologique, uniquement pour éliminer une autre cause.
Le diagnostic du SDRC ne se confirme pas par un examen complémentaire. Les examens servent à exclure les diagnostics différentiels ; ils ne valident jamais le SDRC à eux seuls.

Faut-il classifier et stratifier les patients SDRC, et pour quels bénéfices ?

La classification dichotomique I/II reste fondamentale :¹³
  • 🔸 SDRC de type I (algodystrophie classique) : sans lésion nerveuse identifiable. ~90 % des cas. Souvent post-fracture, post-immobilisation, post-chirurgie.
  • 🔸 SDRC de type II (causalgie) : avec lésion nerveuse périphérique avérée. Plus souvent post-plaie nerveuse, post-chirurgie nerveuse, post-blessure pénétrante.
Au-delà de cette dichotomie, la recherche s'oriente vers un phénotypage clinique. La revue systématique Knudsen Pain Reports 2023 (25 études) identifie des sous-types fondés sur les mécanismes prédominants :¹⁴
Sous-typeCaractéristiques cliniquesImplications thérapeutiquesPreuve
Warm CRPSMembre chaud, rouge, œdémateux, sudation augmentée : inflammation neurogène prédominantePrivilégier anti-inflammatoires, exposition graduée, surveillanceModérée (Bruehl 2016)
Cold CRPSMembre froid, cyanosé, peu œdémateux : dysautonomie / neuropathique prédominanteMoins bonne réponse aux anti-inflammatoires ; envisager neuromodulationModérée (Bruehl 2016)
CentraliséSensibilisation centrale marquée, perturbation perception corporelleGMI, thérapie miroir, éducation à la douleur en première ligneFaible (Lewis 2007)
DystoniquePostures fixées en flexion, tremblements, mouvements involontairesApproche pluridisciplinaire ; références neurologiques ; baclofène intrathécal exceptionnelFaible (van Rijn 2009)
FamilialAntécédents familiaux, début plus précoce, formes parfois bilatéralesInformation génétique ; pas de modification protocolaire spécifiqueFaible (de Rooij 2009)
PédiatriqueAtteinte préférentielle membre inférieur, composante psychologique majeure, excellente réponse à la rééducation intensiveProgrammes day-hospital multidisciplinaires (Logan 2012)Modérée
Le bénéfice attendu de ce phénotypage est de passer d'une approche standardisée à une médecine stratifiée.¹⁴,¹⁵

À retenir

  • Le diagnostic du SDRC est strictement clinique et repose sur les critères de Budapest (Harden 2010).
  • Sensibilité environ 99 %, spécificité environ 79 % : l'étape d'exclusion est donc indispensable.
  • Les examens complémentaires ne confirment jamais le diagnostic ; ils servent uniquement à éliminer les diagnostics différentiels.
  • La classification I/II (sans / avec lésion nerveuse) reste fondamentale.
  • Le phénotypage en sous-types (warm / cold / centralisé / dystonique / familial / pédiatrique) ouvre la voie à une médecine stratifiée.
Bibliographie
  1. Goebel A, Barker C, Turner-Stokes L, et al. Complex regional pain syndrome in adults: UK guidelines for diagnosis, referral and management (2nd ed). Royal College of Physicians; 2018.
  2. Bruehl S. Complex regional pain syndrome. BMJ. 2015;351:h2730. PMID 26224572.
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  16. Ferraro MC, O'Connell NE, Sommer C, et al. Complex regional pain syndrome: advances in epidemiology, pathophysiology, diagnosis, and treatment. Lancet Neurol. 2024;23(5):522-533. doi:10.1016/S1474-4422(24)00076-0.
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Quelles sont les stratégies de traitement les plus efficaces pour le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) ?

Dans ce chapitre : hiérarchie des interventions selon le 5e edition guideline (Harden 2022) et la revue Cochrane Smart-Ferraro 2022, place de l'éducation à la douleur, de l'imagerie motrice graduée, de la thérapie miroir, de la PEPT, des thérapies passives, avec niveaux de preuve GRADE explicites.
La prise en charge du SDRC est multimodale, précoce et active. Aucune intervention isolée n'a démontré une efficacité spectaculaire ; la stratégie consiste à combiner plusieurs approches en respectant une hiérarchie fondée sur les preuves et les principes biopsychosociaux.¹⁻³ ✨

Par quoi commencer ? Quelle est la hiérarchie des interventions recommandées ?

Selon les guidelines de référence (UK RCP Goebel 2018,⁴ 5e édition pratique Harden Pain Medicine 2022,⁵ European Pain Federation Goebel 2019⁶), la hiérarchie de première ligne est :
  1. 🎓 Éducation thérapeutique à la neurophysiologie de la douleur (ENP / "Explain Pain") : reconceptualiser la douleur comme signal d'alarme et non comme indicateur de lésion tissulaire active.⁷,⁸
  2. 🪞 Imagerie motrice graduée (Graded Motor Imagery, GMI) : 3 phases, reconnaissance de la latéralité, imagerie motrice explicite, thérapie miroir.⁹,¹⁰
  3. 📈 Exposition graduée à la douleur et au mouvement (PEPT, Pain Exposure Physical Therapy) : exposition progressive et structurée à des stimuli sensoriels et moteurs.¹¹,¹²
  4. 🏃 Activité physique progressive et fonctionnelle : restauration de la mobilité, du contrôle moteur, de la force et de l'endurance.¹
  5. 💊 Adjuvants pharmacologiques selon prescription médicale.⁵

📐 Pyramide GRADE : niveaux de preuve des interventions de rééducation du SDRC

Synthèse Cochrane Smart-Ferraro 2022 (CD010853.pub3) + Méndez-Rebolledo 2017 + guidelines

GRADE
MODÉRÉE
Éducation à la neurophysiologie de la douleur (ENP)
Effet adjuvant sur la douleur, le catastrophisme et l'auto-efficacité (Louw 2016)
GRADE
FAIBLE
Imagerie motrice graduée (GMI) : Thérapie miroir
Bénéfice probable sur douleur et fonction jusqu'à 6 mois (Méndez-Rebolledo 2017 ; Smart-Ferraro 2022)
GRADE
FAIBLE
Pain Exposure Physical Therapy (PEPT)
RCT Barnhoorn 2015 (n=56) : amélioration fonction + douleur à 9 mois vs traitement conventionnel
GRADE
TRÈS FAIBLE
Thérapie manuelle isolée
Données très limitées, adjuvant uniquement, jamais traitement principal
GRADE
INSUFFISANTE
TENS, ultrasons, laser (LLLT) en monothérapie
Preuves très insuffisantes pour le SDRC ; adjuvants au mieux

Synthèse fondée sur : Smart KM, Ferraro MC, Wand BM, O'Connell NE. Cochrane Database Syst Rev. 2022;5:CD010853 (PMID 35579382) ; Méndez-Rebolledo G et al. J Back Musculoskelet Rehabil. 2017;30(3):441-449 (PMID 27858687) ; Harden RN et al. Pain Med. 2022;23(Suppl 1):S1-S53 : 5e édition pratique.

Quelle est la place de l'exercice et existe-t-il une approche supérieure ?

L'exercice est un pilier de la rééducation du SDRC. La question n'est pas « quel exercice ? » mais « comment doser et progresser ? ». Il n'existe aucun protocole d'exercice unique supérieur ; l'individualisation reste la règle.¹ L'approche la mieux soutenue est l'exposition graduée. La Pain Exposure Physical Therapy (PEPT) propose une rééducation où le patient effectue des exercices fonctionnels dans les limites de sa tolérance, avec progression de la charge. L'essai randomisé Barnhoorn BMJ Open 2015 (n = 56, SDRC-I) montre une amélioration significative de la fonction et de la douleur à 9 mois dans le groupe PEPT vs traitement conventionnel.¹¹ La thérapie miroir, composante de la GMI, est l'une des interventions les plus étudiées. La revue systématique Méndez-Rebolledo 2017 (6 RCT, n = 171 SDRC-I) classe les études de qualité modérée à élevée et confirme une réduction significative de la douleur et une amélioration fonctionnelle.¹⁰ L'RCT séminale Cacchio 2009 chez 48 patients post-AVC démontre une supériorité de la thérapie miroir sur un placebo.¹³
L'exercice dans le SDRC se dose en fonction de la tolérance et de la fenêtre thérapeutique, pas en fonction de l'intensité douloureuse. Une douleur transitoire pendant et après l'effort est tolérable ; une poussée > 24 h impose un ajustement immédiat.

Thérapies manuelles, technologies : quelle est leur réelle efficacité dans le SDRC ?

Les preuves soutenant les thérapies manuelles en monothérapie pour le SDRC sont très limitées.¹⁴ Elles peuvent être utilisées comme adjuvant ciblé pour traiter des déficits spécifiques (raideur, contractures), mais ne doivent pas constituer le cœur du traitement. Pour les technologies passives :
  • TENS : la revue Cochrane Gibson 2019 conclut à des preuves de très faible qualité, ne permettant aucune recommandation ferme pour le SDRC.¹⁵
  • 🔆 Ultrasons, laser de basse intensité (LLLT), magnétothérapie : aucune donnée robuste spécifique au SDRC.¹
  • 💉 Interventions médicales (blocs sympathiques, neuromodulation, bisphosphonates en phase précoce) : relèvent de l'algologue et du médecin de la douleur.⁵,⁶

Au-delà du physique : comment éduquer le patient et adresser les facteurs psychologiques ?

Le SDRC est un exemple paradigmatique de condition biopsychosociale.¹⁶ Adresser les facteurs psychologiques n'est pas optionnel : c'est une composante essentielle du traitement. L'éducation à la neurophysiologie de la douleur (ENP) est la première étape. Elle permet de :
  • 💡 Démystifier la douleur en l'expliquant comme un signal d'alarme du cerveau et non comme un indicateur de lésion tissulaire active.
  • 💡 Réduire la menace perçue, ce qui diminue directement la peur et l'anxiété liées au mouvement.
  • 💡 Valider l'expérience du patient et construire une alliance thérapeutique solide.¹⁷
Il est crucial d'identifier et d'adresser :
  • 😰 La kinésiophobie (peur du mouvement) : à cibler par exposition graduée et reconstruction de la confiance.⁸,¹⁸
  • 💭 Le catastrophisme : à aborder par restructuration cognitive et éducation ciblée.¹⁶
  • 👁️ L'hypervigilance : à gérer par techniques de distraction et de réorientation attentionnelle.¹

À retenir

  • La prise en charge est multimodale, précoce et active : éducation à la douleur, GMI/thérapie miroir, exposition graduée, exercice fonctionnel.
  • L'éducation à la neurophysiologie de la douleur ("Explain Pain") est le socle non négociable.
  • La GMI et la thérapie miroir sont des interventions de première ligne avec un bénéfice probable (qualité faible à modérée, Cochrane 2022).
  • La PEPT est une option valable (RCT Barnhoorn 2015) ; l'individualisation prime sur le protocole standardisé.
  • Les thérapies passives ont un faible niveau de preuve et restent des adjuvants.
  • L'identification et la prise en charge des facteurs psychologiques sont indispensables.
Bibliographie
  1. Ferraro MC, O'Connell NE, Sommer C, et al. Complex regional pain syndrome: advances in epidemiology, pathophysiology, diagnosis, and treatment. Lancet Neurol. 2024;23(5):522-533. doi:10.1016/S1474-4422(24)00076-0.
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  12. Barnhoorn KJ, Staal JB, van Dongen RTM, et al. Pain Exposure Physical Therapy versus conventional treatment — a cost-effectiveness analysis alongside a RCT. Clin Rehabil. 2018;32(6):790-798. PMID 29430970.
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  17. Llewellyn A, McCabe CS, Hibberd Y, et al. Are you better? A multi-centre study of patient-defined recovery from CRPS. Eur J Pain. 2018;22(3):551-564. PMID 29105917.
  18. Halicka M, Vittersø AD, Proulx MJ, Bultitude JH. Neuropsychological changes in complex regional pain syndrome (CRPS). Behav Neurol. 2020;2020:4561831. PMC 7152960.

Comment assurer une récupération durable et prévenir les récidives du syndrome douloureux régional complexe (SDRC) ?

Dans ce chapitre : autonomisation du patient (ENP, GMI quotidienne, pacing, exposition graduée), critères fonctionnels de retour aux activités, surveillance des poussées douloureuses, gestion de la kinésiophobie et du catastrophisme.
La pérennisation des acquis thérapeutiques et la prévention des récidives reposent sur la transition d'un modèle de soins passif vers une approche active et autonomisante. 🎯

Comment rendre le patient acteur de sa guérison grâce à l'auto-gestion ?

L'autonomisation est la pierre angulaire de la gestion à long terme du SDRC. Quatre piliers complémentaires :

🎯 Les 4 piliers de l'auto-gestion durable du SDRC

Approche intégrée fondée sur les guidelines Goebel 2018, Harden 2022 et les principes "Explain Pain"

Piliers auto-gestion SDRC Piliers de l'auto-gestion du SDRC 🎓 Éducation à la douleur La douleur n'est pas synonyme de dommage MODÉRÉE Louw 2016 🪞 GMI quotidienne Latéralité + Imagerie motrice + Miroir FAIBLE Méndez-Rebolledo 2017 ⏱️ Pacing (gestion rythme) Activités selon capacités, pas selon douleur ponctuelle THÉORIQUE Antcliff 2018 📈 Exposition graduée Affronter les activités craintes, progressivement FAIBLE de Jong 2005 Ces 4 piliers sont synergiques. Leur combinaison constitue l'approche evidence-based.

Synthèse des principes de prise en charge active du SDRC selon les guidelines internationales (Goebel UK RCP 2018 ; Harden Pain Med 2022 ; Ferraro Lancet Neurol 2024).

L'éducation à la neurophysiologie de la douleur (ENP) permet au patient de comprendre que la douleur ressentie n'est pas synonyme de nouvelle lésion.¹,² L'imagerie motrice graduée (GMI) en pratique quotidienne se déploie en 3 phases séquentielles :³,⁴
  • 📑 Phase 1. Reconnaissance de la latéralité : applications smartphone (Recognise) ou cartes imprimées avec mains/pieds gauche/droite à identifier.
  • 🧠 Phase 2. Imagerie motrice explicite : imaginer des mouvements du membre affecté sans les exécuter.
  • 🪞 Phase 3. Thérapie miroir : illusion visuelle de mouvement normal et indolore.
Le pacing apprend au patient à planifier ses activités en fonction de ses capacités plutôt que de suivre un cycle hyperactivité-effondrement (boom-bust).⁵,⁶ L'exposition graduée est cruciale pour surmonter la kinésiophobie : le patient affronte progressivement les mouvements évités, en gradant la difficulté selon une hiérarchie co-construite avec le thérapeute.⁷,⁸
L'objectif n'est pas l'absence de douleur, mais la restauration de la fonction. Une victoire est de retrouver une activité significative, même avec une douleur résiduelle gérable.

Quand et comment planifier un retour sécurisé au sport et aux activités ?

Le retour aux activités sportives ou professionnelles après un SDRC ne doit jamais être basé sur un calendrier fixe, mais sur l'atteinte de critères fonctionnels précis.⁹ 💪
DomaineCritère minimumOutil de mesure
DouleurEVA de repos ≤ 3 ; pas d'augmentation prolongée > 24h après l'effortÉchelle visuelle analogique, journal de douleur
MobilitéRécupération d'au moins 80 % de l'amplitude controlatéraleGoniométrie comparative
ForceAu moins 80 % de la force controlatéraleDynamométrie (Jamar préhension, isocinétique)
Contrôle moteurCapacité à effectuer les gestes spécifiques sans appréhensionDASH, PRWE, LEFS, Y-balance, hop tests
Confiance / kinésiophobieTSK-11 < 17 ; PSEQ élevéTSK-11, PSEQ, IPAQ
Tolérance à la charge3 séances modifiées sans poussée > 24hJournal d'entraînement
Le processus de retour doit être extrêmement progressif et systématique. Une augmentation transitoire et modérée de la douleur peut être acceptable ; une poussée majeure et durable (> 24 h) signale que la charge était trop importante.⁹,¹⁰

🚩 Signes d'alerte imposant de stopper la progression et de réévaluer

  • Poussée douloureuse > 24 h après un effort jusque-là toléré → ajuster immédiatement la charge à la baisse
  • Réapparition de signes vasomoteurs/sudomoteurs (œdème, changement de couleur, asymétrie thermique) → suspecter une rechute
  • Régression motrice (perte d'amplitude, faiblesse) → réévaluer le programme et envisager un avis médical
  • Apparition d'une dystonie (postures fixées, tremblements involontaires) → orientation neurologique
  • Aggravation marquée du catastrophisme ou de la kinésiophobie → orientation vers un psychologue spécialisé
  • Atteinte d'un autre membre → réévaluation diagnostique systématique

À retenir

  • L'autonomisation du patient est la clé : éducation à la douleur (ENP), GMI quotidienne, pacing, exposition graduée.
  • La douleur dans le SDRC est davantage un problème de « logiciel » (système nerveux) que de « matériel » (tissus).
  • Le retour au sport est guidé par des critères fonctionnels, jamais par un calendrier fixe.
  • La progression doit être lente, graduelle et surveillée ; une poussée > 24 h impose un ajustement.
  • Identifier rapidement les signes d'alerte et réorienter si nécessaire.
Bibliographie
  1. Louw A, Zimney K, Puentedura EJ, Diener I. The efficacy of pain neuroscience education on musculoskeletal pain: A systematic review of the literature. Physiother Theory Pract. 2016;32(5):332-355. PMID 27305739.
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Que nous apprennent les cas cliniques concrets sur le syndrome douloureux régional complexe (SDRC / Algodystrophie) ?

Dans ce chapitre : cas Cacchio 2009 (SDRC-I post-AVC, miroir-thérapie efficace), diagnostic différentiel illustré (cellulite, TVP, ischémie), SDRC pédiatrique (Logan 2012), forme dystonique (van Rijn 2011), pyramide GRADE/CEBM.
Les revues systématiques et méta-analyses fournissent un haut niveau de preuve, mais les études de cas cliniques publiées offrent un aperçu inestimable de la complexité pratique du SDRC. 🧐 Elles illustrent les défis du diagnostic, l'hétérogénéité des présentations et l'importance d'une prise en charge individualisée : tout en restant au bas de la pyramide de la preuve scientifique.

Analyse d'un cas « classique » : de l'évaluation à la résolution

L'essai randomisé de Cacchio et al. (Neurorehabilitation and Neural Repair 2009) illustre une prise en charge multimodale chez 48 patients avec SDRC-I du membre supérieur survenu après un AVC.¹ Le protocole, conduit pendant 4 semaines avec suivi à 6 mois, a combiné :
  • 🪞 Thérapie miroir quotidienne (30 min, 5 j/semaine) : exécution de mouvements du membre sain reflétés visuellement.
  • 💆 Rééducation conventionnelle : exercices passifs/actifs assistés, mobilisation articulaire douce, désensibilisation tactile progressive.
  • 🎓 Éducation thérapeutique : explication de la nature du SDRC et de l'objectif de la thérapie miroir.
Résultats principaux à 4 semaines, maintenus à 6 mois :
  • Réduction significative de la douleur (EVA) dans le groupe thérapie miroir vs contrôle.
  • Amélioration fonctionnelle du membre supérieur.
  • ✅ Effet maintenu à 6 mois de suivi.

🧩 Cas Cacchio 2009 : protocole multimodal SDRC-I post-AVC

RCT n = 48 : Composantes et niveaux de preuve agrégés

Composantes protocole Cacchio 2009 SDRC post-AVC SDRC-I post-AVC · n = 48 · 4 semaines de protocole · suivi 6 mois Thérapie miroir 30 min/j x 5j/sem · 4 sem MODÉRÉE (Méndez-Rebolledo 2017) Rééducation conventionnelle Mobilité + désensibilisation FAIBLE (adjuvant) Éducation thérapeutique Mécanismes, motivation, adhésion MODÉRÉE (Louw 2016) ↓ Effets rapportés à 4 sem (maintenus à 6 mois) ↓ Douleur (EVA) ↘ significative et durable Fonction membre sup. ↗ tests fonctionnels Effet à 6 mois Bénéfice maintenu Cohérent avec la SR Méndez-Rebolledo 2017 et la Cochrane Smart-Ferraro 2022 ⚠️ Population spécifique : SDRC post-AVC, généralisation prudente

Source : Cacchio A et al. Neurorehabil Neural Repair. 2009;23(8):792-799 (PMID 19465507).

Le défi diagnostique : quand le SDRC imite une autre pathologie

L'un des plus grands enseignements des cas cliniques est la capacité du SDRC à mimer d'autres pathologies. ⚠️ La forme « warm » (membre chaud, rouge, œdématié) peut être confondue avec :
  • 🔍 Cellulite infectieuse : rougeur, chaleur, œdème ; distinction par absence de porte d'entrée, absence de fièvre et de syndrome inflammatoire, absence de réponse aux antibiotiques.²
  • 🔍 Thrombose veineuse profonde : œdème unilatéral du membre inférieur après chirurgie ou immobilisation ; écho-Doppler veineux + D-dimères pour exclusion.²
  • 🔍 Arthrite septique / ostéomyélite : à éliminer si fièvre + bilan inflammatoire + porte d'entrée.
La forme « cold » (membre froid, cyanosé) peut évoquer :
  • 🔍 Ischémie artérielle : pâleur, douleur de repos, abolition des pouls distaux ; index de pression cheville-bras et écho-Doppler artériel.
  • 🔍 Maladie de Raynaud ou phénomène vasospastique : épisodes paroxystiques modulés par le froid, atteintes bilatérales et symétriques.
Les formes neuropathiques (SDRC-II) peuvent être confondues avec :
  • 🔍 Neuropathie périphérique focale : distribution dans un territoire nerveux systématisé ; EMG diagnostique.
Tout tableau « inflammatoire » d'un membre post-traumatique qui ne répond pas aux antibiotiques en 48-72 h doit faire évoquer un SDRC dans sa forme « warm ». Le retard diagnostique aggrave le pronostic.

Étude d'un cas complexe : SDRC pédiatrique et formes dystoniques

Le SDRC pédiatrique est rare mais bien décrit (revue Weissmann & Uziel 2016).³ Caractéristiques :
  • 👧 Prédominance féminine nette (~80-85 %), pic à l'adolescence (12-15 ans).
  • 🦶 Atteinte préférentielle du membre inférieur.
  • 🧠 Composante psychologique majeure : association fréquente avec anxiété, perfectionnisme, conflits familiaux/scolaires.
  • Excellente réponse à la rééducation intensive multidisciplinaire (Logan 2012, n=56 en day-hospital).⁴
Les formes dystoniques représentent un défi thérapeutique. L'équipe Leiden (van Rijn et al.) a documenté que la dystonie SDRC :⁵
  • 🧠 Implique des mécanismes centraux (modification de l'inhibition spinale et tronc cérébral).
  • 💉 Répond modestement aux traitements pharmacologiques (baclofène intrathécal dans les cas sévères).
  • 🚫 Se prête mal aux protocoles standard de GMI lorsque la dystonie est installée.
Le SDRC migrant ou bilatéral est rare mais décrit (de Rooij 2009).⁶ Toute apparition de symptômes dans un nouveau territoire impose une réévaluation diagnostique systématique.

Critique et controverse : la valeur et les limites des cas cliniques

🤔 Les cas cliniques sont un outil pédagogique puissant mais doivent être interprétés avec prudence.

📐 Hiérarchie de la preuve scientifique

Force de preuve décroissante du haut (méta-analyses) vers le bas (cas isolés)

NIVEAU
1a
Méta-analyses & revues systématiques d'ECR
Ex : Smart-Ferraro 2022 Cochrane · Méndez-Rebolledo 2017 SR · Knudsen 2023 SR phénotypage
NIVEAU
1b
Essais randomisés contrôlés (ECR)
Ex : Cacchio 2009 miroir · Barnhoorn 2015 PEPT · den Hollander 2016 exposition · Moseley 2006 GMI
NIVEAU
2
Études de cohorte prospectives
Ex : Sandroni 2003 Olmsted · de Mos 2007 NL · Moseley 2014 wrist fracture · Bean 2015 prospective
NIVEAU
3
Cas-témoins & études transversales
Ex : Bruehl 2016 warm/cold · Brunner 2020 phenotypes · Lewis 2007 body perception
NIVEAU
4
Séries de cas & études descriptives
Ex : Logan 2012 day-hospital pédiatrique (n=56) · van Rijn 2011 dystonie SDRC
NIVEAU
5
Case reports (n = 1) & opinion d'expert
Utiles pour générer des hypothèses ou signaler des présentations rares, ne démontrent jamais

Hiérarchie GRADE / Oxford CEBM simplifiée. En cas de divergence entre un cas clinique séduisant et une méta-analyse, la décision doit suivre la méta-analyse.

Le biais de publication est important : les cas rapportant des succès sont plus souvent publiés que les cas d'échec, donnant une vision indûment optimiste.⁷ De plus, un cas clinique ne peut pas établir de causalité (effet placebo, histoire naturelle, régression vers la moyenne non contrôlés).

⭐ À retenir

  • Le RCT Cacchio 2009 illustre l'efficacité de la thérapie miroir dans le SDRC-I post-AVC (effet maintenu à 6 mois).
  • Diagnostics différentiels à connaître : TVP, cellulite infectieuse, ostéomyélite, ischémie artérielle, neuropathie périphérique focale, fracture occulte.
  • Le SDRC pédiatrique (Logan 2012, Weissmann 2016) : prédominance féminine adolescente, membre inférieur, excellente réponse à la rééducation intensive multidisciplinaire.
  • Les formes dystoniques (van Rijn 2011) nécessitent une approche pluridisciplinaire ; la GMI standard peut être moins efficace.
  • ⚠️ Un case report = niveau 5. Il illustre, ne démontre jamais. En cas de divergence, suivre les méta-analyses (1a).
Bibliographie
  1. Cacchio A, De Blasis E, De Blasis V, Santilli V, Spacca G. Mirror therapy in complex regional pain syndrome type 1 of the upper limb in stroke patients. Neurorehabil Neural Repair. 2009;23(8):792-799. PMID 19465507.
  2. Shim H, Rose J, Halle S, Shekane P. Complex regional pain syndrome: a narrative review for the practising clinician. Br J Anaesth. 2019;123(2):e424-e433. PMID 31056241.
  3. Weissmann R, Uziel Y. Pediatric complex regional pain syndrome: a review. Pediatr Rheumatol Online J. 2016;14(1):29. PMC 4850724.
  4. Logan DE, Carpino EA, Chiang G, et al. A day-hospital approach to treatment of pediatric complex regional pain syndrome: initial functional outcomes. Clin J Pain. 2012;28(9):766-774. PMID 22688602.
  5. van Rijn MA, Marinus J, Putter H, Bosselaar SRJ, Moseley GL, van Hilten JJ. Spreading of complex regional pain syndrome: not a random process. J Neural Transm (Vienna). 2011;118(9):1301-1309. PMID 21161538.
  6. de Rooij AM, de Mos M, Sturkenboom MCJM, et al. Familial occurrence of complex regional pain syndrome. Eur J Pain. 2009;13(2):171-177. PMID 18514555.
  7. Nissen T, Wynn R. The clinical case report: a review of its merits and limitations. BMC Res Notes. 2014;7:264. PMID 24758689.
  8. Knudsen LF, Santoro L, Bruehl S, Harden RN, Brunner F. Subtypes of complex regional pain syndrome — a systematic review of the literature. Pain Rep. 2023;8(6):e1111. PMID 38027463.
  9. Bruehl S, Maihöfner C, Stanton-Hicks M, et al. Complex regional pain syndrome: evidence for warm and cold subtypes. Pain. 2016;157(8):1674-1681. PMID 27023422.
  10. Brunner F, Heitz CAM, Kissling R, Held U. Complex regional pain syndrome: clinical phenotypes and classification algorithm. Neurology. 2020;94(4):e357-e367. Neurology 2020.
  11. Smart KM, Ferraro MC, Wand BM, O'Connell NE. Physiotherapy for pain and disability in adults with complex regional pain syndrome (CRPS) types I and II. Cochrane Database Syst Rev. 2022;5(5):CD010853. PMID 35579382.
  12. Méndez-Rebolledo G et al. Update on the effects of graded motor imagery and mirror therapy on complex regional pain syndrome type 1: A systematic review. J Back Musculoskelet Rehabil. 2017;30(3):441-449. PMID 27858687.
  13. Sandroni P, Benrud-Larson LM, McClelland RL, Low PA. Complex regional pain syndrome type I: incidence and prevalence in Olmsted County. Pain. 2003;103(1-2):199-207. PMID 12749974.
  14. Lewis JS, Kersten P, McCabe CS, McPherson KM, Blake DR. Body perception disturbance: a contribution to pain in complex regional pain syndrome (CRPS). Pain. 2007;133(1-3):111-119. PMID 17509761.

Comment appliquer concrètement ces recommandations dans votre pratique ?

Dans ce chapitre : drapeaux rouges spécifiques au SDRC (Cook 2018, Finucane 2020), critères d'orientation pluridisciplinaire, PROMs validés (BPI, PCS, TSK-11, EQ-5D), barrières et facilitateurs de l'implémentation evidence-based.
L'application des recommandations issues de la recherche est le pont entre la science et l'amélioration des résultats pour les patients. 🧑‍⚕️

Quand et vers quels autres professionnels de santé faut-il orienter ?

L'une des compétences fondamentales du kinésithérapeute est de reconnaître les limites de son champ de pratique. 🚩 L'identification des drapeaux rouges est la première étape. La revue Cook 2018 (BJSM) souligne que pris isolément, la plupart des drapeaux rouges ont une faible précision diagnostique ; c'est la combinaison de plusieurs signes qui doit alerter.¹ Le cadre Finucane 2020 (JOSPT) fournit une grille de référence applicable.²

🚩 Drapeaux rouges en présence d'un tableau évoquant un SDRC

  • Fièvre + signes inflammatoires locaux + porte d'entrée ou plaie récente → infection profonde (cellulite, ostéomyélite, abcès) : bilan biologique, avis médical urgent
  • Œdème unilatéral du mollet + douleur asymétrique + facteurs thromboemboliques → TVP (D-dimères, écho-Doppler veineux)
  • Déficit neurologique progressif (déficit moteur d'un nerf spécifique, paresthésies systématisées, troubles sphinctériens) → lésion nerveuse / médullaire / compression
  • Douleur disproportionnée + œdème tendu + tension du compartiment post-traumatique → syndrome des loges (urgence chirurgicale)
  • Pulsations distales abolies, pâleur, douleur de repos → ischémie artérielle aiguë ou chronique sévère
  • Altération de l'état général + perte de poids + douleur nocturne → bilan oncologique
  • Antécédent récent de traumatisme avec impossibilité de mise en charge → fracture occulte (radio, scanner ou IRM)
  • SDRC migrant ou bilatéralisation → réévaluer le diagnostic systématiquement

⚠️ Tout drapeau rouge impose une orientation médicale rapide AVANT de poursuivre la kinésithérapie.

Au-delà des urgences, l'orientation doit être envisagée si les problématiques dépassent le champ MSK. Les drapeaux jaunes (catastrophisme, kinésiophobie sévère, dépression) sont des prédicteurs puissants de chronicisation.³ Une orientation vers un psychologue spécialisé en douleur chronique, un centre d'évaluation et de traitement de la douleur (CETD) ou un algologue est alors indiquée.⁴
SituationOrientation recommandéeDélai
Drapeau rouge identifiéMédecin généraliste ou urgences selon gravitéImmédiat / 24-48 h
Doute diagnostique sur le SDRCMédecin traitant + algologueSous 1-2 semaines
Pas d'amélioration à 8-12 semainesCETD / Centre douleur chronique1 mois
Kinésiophobie sévère / catastrophisme / dépressionPsychologue spécialisé en douleur1 mois
Forme dystonique installéeNeurologue + CETDSous 2-4 semaines
SDRC pédiatriquePédiatre + équipe pluridisciplinaire douleur pédiatriqueSous 2-4 semaines
Forme « cold » sévère / dysautonomie marquéeMédecin de la douleur : neurostimulation envisageableSous 1 mois
La collaboration interprofessionnelle est essentielle. Équipe idéale : kinésithérapeute, médecin traitant, algologue, psychologue, ergothérapeute (membre supérieur), et parfois neurologue, rhumatologue ou chirurgien orthopédique. 🤝

Comment mesurer les résultats et surmonter les obstacles à l'implémentation ?

L'utilisation systématique des PROMs est devenue une norme pour évaluer l'impact des traitements.⁵ 📊
PROM / outilDomaine évaluéPertinence dans le SDRC
BPI (Brief Pain Inventory)Intensité douleur + retentissementRéférence pour la douleur chronique
EVA / NRSIntensité douloureuse (0-10)Simple, rapide, utilisable en routine
PCS (Pain Catastrophizing Scale)Catastrophisme cognitifDrapeau jaune majeur ; pré-requis exposition graduée
TSK-11Peur du mouvementSeuil clinique < 17 favorable
PSEQAuto-efficacité face à la douleurMarqueur de pronostic et d'engagement actif
EQ-5D-5LQualité de vie génériqueComparable à d'autres pathologies
DASH / Quick-DASHFonction membre supérieurSensible aux changements fonctionnels
PRWEFonction poignet/mainParticulièrement pertinent vu la fréquence SDRC post-fracture poignet
LEFSFonction membre inférieurSensible aux gains fonctionnels
HADSAnxiété et dépressionDépistage ; oriente vers une co-prise en charge psy si seuils atteints
La communauté scientifique promeut l'adoption de Core Outcome Sets (COS) spécifiques au SDRC (consortium COMPACT Grieve 2017).⁶ L'implémentation se heurte à des obstacles documentés :⁷,⁸ manque de temps, manque de compétences, manque d'accès aux bases scientifiques, culture organisationnelle peu favorable au changement, habitudes ancrées. Stratégies multifacettes recommandées pour surmonter ces obstacles :⁹
  • 📖 Adopter et adapter des guides de pratique clinique récents (UK RCP 2018, Pain Med 2022, Lancet Neurol 2024).
  • 🎓 Investir dans la formation continue (SFETD, IASP, EFIC, journals clubs).
  • 📱 Utiliser les applications smartphone validées (Recognise pour la GMI) et PROMs digitaux.
  • 🤝 Intégrer la prise de décision partagée (Shared Decision-Making).¹⁰
  • 👥 Engager une culture organisationnelle favorable (leadership, temps protégé, partage de protocoles).
Mesurer ce que l'on fait n'est pas une charge administrative : c'est la condition même d'une amélioration continue de la qualité des soins et de la sécurité des patients.

Critique et controverse : le fossé entre la théorie et la réalité du terrain

Un fossé persistant entre connaissance et pratique (evidence-practice gap) demeure une réalité frustrante. Trois critiques majeures : Premièrement, les guides de pratique manquent parfois de flexibilité face aux patients polymorbides ou atypiques.⁹ Tension constante entre standardisation et individualisation. Deuxièmement, les PROMs peuvent dériver vers une formalité administrative si les résultats ne sont pas utilisés pour dialoguer avec le patient et ajuster le traitement.⁵ Risque de « traiter le score » plutôt que de « soigner la personne ». Troisièmement, la plupart des recherches sur les barrières à l'implémentation identifient les mêmes obstacles sans proposer ni tester des solutions pragmatiques.⁷

⭐ À retenir

  • L'orientation est une compétence-clé : drapeaux rouges (infection, TVP, déficit neuro, syndrome des loges, fracture occulte) → évaluation médicale rapide.
  • Les drapeaux jaunes (catastrophisme, kinésiophobie sévère, dépression) → collaboration avec psychologue spécialisé ou CETD.
  • La collaboration interprofessionnelle (algologue, psychologue, ergothérapeute, neurologue) est indispensable pour les cas complexes.
  • L'utilisation systématique des PROMs validés (BPI, EVA, PCS, TSK-11, PSEQ, EQ-5D, DASH/PRWE/LEFS, HADS) est un standard de qualité.
  • Les obstacles à l'implémentation nécessitent des stratégies multifacettes et un engagement continu.
  • La prise de décision partagée améliore l'adhésion et la satisfaction du patient.
Bibliographie
  1. Cook CE, George SZ, Reiman MP. Red flag screening for low back pain: nothing to see here, move along: a narrative review. Br J Sports Med. 2018;52(8):493-496. PMID 28923844.
  2. Finucane LM, Downie A, Mercer C, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372. PMID 32438853.
  3. Bean DJ, Johnson MH, Heiss-Dunlop W, Kydd RR. Do psychological factors influence recovery from complex regional pain syndrome type 1? A prospective study. Pain. 2015;156(11):2310-2318. PMID 26133727.
  4. Goebel A, Barker C, Turner-Stokes L, et al. Complex regional pain syndrome in adults: UK guidelines (2nd ed). Royal College of Physicians; 2018.
  5. Kyte DG, Calvert M, van der Wees PJ, ten Hove R, Tolan S, Hill JC. An introduction to patient-reported outcome measures (PROMs) in physiotherapy. Physiotherapy. 2015;101(2):119-125. PMID 25620440.
  6. Grieve S, Perez RSGM, Birklein F, et al. Recommendations for a first Core Outcome Measurement Set for complex regional pain syndrome clinical studies (COMPACT). Pain. 2017;158(6):1083-1090. PMID 28178072.
  7. Scurlock-Evans L, Upton P, Upton D. Evidence-based practice in physiotherapy: a systematic review of barriers, enablers and interventions. Physiotherapy. 2014;100(3):208-219. PMID 24780633.
  8. da Silva TM, Costa LCM, Garcia AN, Costa LOP. What do physical therapists think about evidence-based practice? A systematic review. Man Ther. 2015;20(3):388-401. PMID 25458142.
  9. Ferraro MC, O'Connell NE, Sommer C, et al. Complex regional pain syndrome: advances in epidemiology, pathophysiology, diagnosis, and treatment. Lancet Neurol. 2024;23(5):522-533. doi:10.1016/S1474-4422(24)00076-0.
  10. Stiggelbout AM, Pieterse AH, De Haes JCJM. Shared decision making: concepts, evidence, and practice. Patient Educ Couns. 2015;98(10):1172-1179. PMID 26215573.
  11. Harden RN, McCabe CS, Goebel A, et al. Complex Regional Pain Syndrome: Practical Diagnostic and Treatment Guidelines, 5th Edition. Pain Med. 2022;23(Suppl 1):S1-S53. Pain Med 2022 5th ed.
  12. Smart KM, Ferraro MC, Wand BM, O'Connell NE. Physiotherapy for pain and disability in adults with complex regional pain syndrome (CRPS) types I and II. Cochrane Database Syst Rev. 2022;5(5):CD010853. PMID 35579382.

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Anthony Baillon, kinésithérapeute et co-fondateur de Physio Learning
✍️ Auteur

Anthony Baillon

Kiné · co-fondateur de Physio Learning

Marqué à vie par son premier cours magistral de 4 heures sans une seule image, il a fait un M2 d'ingénierie pédagogique pour que ça n'arrive plus jamais à personne. Il traque les biais de publication et les diapos illisibles avec la même intransigeance.

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Robin Vervaeke, responsable scientifique de Physio Learning✓ Vérifié

Robin Vervaeke

Responsable scientifique

Kinésithérapeute spécialisé en neuro-musculosquelettique et diplômé d'un Master 2 en santé publique. Il valide la rigueur méthodologique de chaque article : sources primaires, niveaux de preuve, pas d'exception.

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