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L'arthrose du coude (arthrose huméro-ulnaire) : mise à jour 2026

Un coude qui fait mal en bout d'extension, qui se bloque de temps en temps, chez un homme de cinquante ans dont le métier a longtemps forcé sur les bras : le tableau est stéréotypé, la pathologie est méconnue, et son nom est presque toujours écorché. Cet article fait le tour de l'arthrose primitive du coude, de son vocabulaire à sa rééducation, en disant à chaque étape ce que la littérature soutient et ce qu'elle ne soutient pas.

Synthèse rédigée à partir de sources primaires vérifiées une à une sur PubMed. Chaque chiffre porte sa référence à l'endroit où il est écrit ; la bibliographie complète, avec identifiants PMID, figure en fin d'article.

L'arthrose du coude en trois chiffres

Ce que trois études indépendantes ont mesuré, et pourquoi ces trois nombres racontent toute la maladie

Trois chiffres clés de l'arthrose du coude 25,2 % de prévalence radiographique après 50 ans ; 0,9 % de formes symptomatiques ; 54,5 % des neuropathies ulnaires opérées surviennent sur un coude arthrosique. 25,2 % prévalence radiographique après 50 ans, grade Kellgren-Lawrence 2 ou plus Nakayama 2022, n = 318 0,9 % formes symptomatiques dans la même population : l'immense majorité est muette Nakayama 2022 54,5 % des neuropathies ulnaires opérées au coude reposent sur une arthrose primitive Sato 2020, n = 413 coudes

Sources : Nakayama K et al. J Shoulder Elbow Surg 2022;31(1):123-132 (PMID 34454037) pour les deux premiers chiffres ; Sato N et al. J Orthop Sci 2020;25(2):235-240 (PMID 31005383) pour le troisième.

Synthèse clinique

Ce qu'il faut retenir avant de lire le reste

  • Le nom. L'arthrose du coude s'appelle arthrose huméro-ulnaire (ou ulno-humérale). « Omarthrose » désigne l'arthrose de l'épaule, jamais celle du coude : la confusion est fréquente et elle égare le patient comme le rédacteur.
  • La forme. C'est une arthrose atypique : ostéophytes exubérants et corps étrangers avec un interligne largement conservé. C'est l'inverse de la gonarthrose, et cela explique qu'on puisse la traiter en enlevant ce qui bute plutôt qu'en remplaçant l'articulation.
  • Le patient. Homme d'âge moyen, coude dominant, travail manuel lourd ou outils vibrants. Dans la plus grande série chirurgicale publiée, 44 hommes pour 1 femme, âge moyen 48 ans.
  • Le symptôme cardinal. La douleur en extension terminale, avec ou sans blocage. Elle était présente chez la totalité des 46 coudes opérés d'Antuña.
  • Le piège. Un coude arthrosique est la première cause d'atteinte du nerf ulnaire opérée. Chercher la griffe, l'hypoesthésie des deux derniers doigts et la perte de force de pince à chaque consultation.
  • La preuve manquante. Aucun essai contrôlé de kinésithérapie, d'infiltration ou de viscosupplémentation n'existe dans cette localisation. Tout ce qui suit en matière de rééducation est de la transposition raisonnée, et c'est dit comme tel.

Pourquoi parle-t-on d'omarthrose alors qu'il s'agit du coude ?

Une erreur de vocabulaire n'est un détail que tant qu'elle ne change pas la conduite à tenir. Celle-ci change le mot que le patient tape dans son moteur de recherche, la page qu'il ouvre, et parfois l'articulation dont on lui parle.

« Omarthrose » vient du grec ômos, l'épaule. Le terme désigne l'arthrose gléno-humérale et rien d'autre. La vérification est facile à faire soi-même : deux articles de langue allemande intitulés littéralement Omarthrose et Omarthrose – Pathogenese, Klassifikation, Diagnostik und Therapie sont indexés dans PubMed sous les intitulés anglais « Omarthrosis » et « Shoulder Osteoarthritis »12. Les deux traitent de l'articulation gléno-humérale ; aucun ne traite du coude. Employer ce mot pour un coude, c'est nommer une articulation en en désignant une autre.

L'appellation correcte est arthrose huméro-ulnaire, ou ulno-humérale, du nom du compartiment que la maladie touche en premier. C'est d'ailleurs le terme employé par la littérature anglophone, où l'intervention de référence s'appelle ulnohumeral arthroplasty3 et où les séries parlent d'atteinte humeroulnar4. On rencontre aussi « arthrose cubitale », vocabulaire d'avant la révision de la nomenclature anatomique, quand l'ulna s'appelait le cubitus : c'est le même os et la même articulation.

Trois compartiments coexistent au coude, et la maladie ne les touche ni en même temps ni de la même façon :

  • l'articulation huméro-ulnaire : la trochlée humérale contre l'incisure trochléaire de l'ulna, c'est la charnière de flexion-extension et le siège principal de la maladie ;
  • l'articulation huméro-radiale : le capitulum contre la cupule radiale, atteinte de façon quasi constante à la radiographie ;
  • l'articulation radio-ulnaire proximale : celle de la prono-supination, la plus souvent épargnée sur le plan fonctionnel.

Dans la série de Doherty et Preston, la première à avoir décrit proprement la forme primitive, l'atteinte radiographique était présente dans le compartiment huméro-radial chez 100 % des coudes, huméro-ulnaire chez 96 % et radio-ulnaire chez 85 %4. La maladie est donc pan-articulaire à l'image, alors que la plainte, elle, est presque toujours celle d'une charnière qui bute.

Nommer juste n'est pas de la coquetterie : un patient venu pour une « omarthrose du coude » a déjà lu, avant de vous voir, des pages qui parlaient de son épaule.

Le lexique à donner au patient

Arthrose du coude = arthrose huméro-ulnaire = arthrose ulno-humérale = arthrose cubitale (terme ancien). Omarthrose = arthrose de l'épaule, une autre articulation, une autre prise en charge. Si le compte rendu radiologique parle d'« arthrose huméro-radiale » ou d'« arthrose radio-capitellaire », il désigne un compartiment de la même maladie.

Qu'est-ce que l'arthrose huméro-ulnaire et qui touche-t-elle ?

Une arthrose qui ne ressemble à aucune autre : elle fabrique de l'os plutôt que de détruire du cartilage, elle reste muette chez la majorité de ceux qui la portent, et elle frappe un profil professionnel identifiable.

Une arthrose hypertrophique à interligne conservé

Le trait qui définit l'arthrose primitive du coude est son caractère hypertrophique : la réponse osseuse domine largement la perte cartilagineuse. Les ostéophytes se développent aux points de butée (pointe de l'olécrâne, processus coronoïde, tête radiale) et les fosses olécrânienne et coronoïdienne se comblent, parfois par un authentique épaississement de la membrane qui les tapisse. Pendant ce temps, l'interligne reste largement préservé5.

Cette particularité n'est pas anecdotique, c'est elle qui commande toute la stratégie. Là où une gonarthrose évoluée impose de remplacer les surfaces, une arthrose du coude peut souvent être traitée en retirant ce qui bute : ostéophytes, corps étrangers, capsule rétractée. Le cartilage relativement épargné explique les bons résultats des gestes conservateurs et explique aussi pourquoi l'arthroplastie prothétique reste, dans cette indication, une solution de dernier recours5.

La série radiographique cas-témoins de Dalal a chiffré ce que l'image montre exactement, en comparant 50 coudes arthrosiques à 50 coudes appariés sur l'âge et le sexe. Les ostéophytes olécrâniens étaient présents chez 96 % des malades, coronoïdiens chez 90 %, de la tête radiale chez 86 %, et des fosses coronoïdienne et radiale chez 64 %. L'épaississement de la membrane de la fosse olécrânienne concernait 68 % des cas. Le pincement, lui, prédominait sur le compartiment radio-capitellaire (58 %) et restait rare en huméro-ulnaire (16 %). Chez les témoins, seul l'ostéophyte coronoïdien était fréquent (36 %) ; les autres signes étaient rares6.

Ce que la radiographie montre, et ce que le vieillissement normal montre aussi

Fréquence de chaque signe radiographique : 50 coudes arthrosiques contre 50 témoins appariés sur l'âge et le sexe

Signes radiographiques : arthrose contre vieillissement normal Ostéophyte olécrânien 96 % contre 4 % chez les témoins où seul l'ostéophyte coronoïdien est fréquent à 36 %. Pincement radio-capitellaire 58 %, huméro-ulnaire 16 %. ■ coudes arthrosiques (n = 50) ■ témoins appariés (n = 50) Ostéophyte olécrânien Ostéophyte coronoïdien Ostéophyte de la tête radiale Comblement des fosses Membrane de la fosse épaissie Pincement radio-capitellaire 96 % 90 % 36 % 86 % 64 % 68 % 58 % Chez les témoins, seul l'ostéophyte coronoïdien est fréquent (36 %) ; les autres signes restent rares.

Source : Dalal S, Bull M, Stanley D. J Shoulder Elbow Surg 2007;16(3):358-361 (PMID 17188910). Les barres fines représentent les témoins ; seuls les témoins à ostéophyte coronoïdien atteignent une fréquence notable.

Fréquente à la radiographie, rare en consultation

L'épidémiologie de cette maladie est restée longtemps inconnue, faute d'étude en population générale. Elle a été établie en 2022 par une enquête japonaise conduite sur un tirage aléatoire du registre municipal d'une commune : 415 résidents de plus de 50 ans échantillonnés, 318 retenus après exclusion de toute cause d'arthrose secondaire, tous radiographiés dans deux incidences7.

La prévalence radiographique était de 25,2 % (27,3 % chez les hommes, 23,2 % chez les femmes) pour un grade de Kellgren-Lawrence supérieur ou égal à 2. La prévalence des formes symptomatiques, elle, tombait à 0,9 %. Autrement dit, un adulte de plus de 50 ans sur quatre porte une arthrose radiographique du coude, et à peine un sur cent en souffre. La progression avec l'âge est régulière et rapide7.

Prévalence radiographique par tranche d'âge

318 adultes de 50 à 89 ans, tirés au sort sur registre municipal, radiographiés en deux incidences : grade Kellgren-Lawrence 2 ou plus

Prévalence de l'arthrose radiographique du coude selon l'âge 6,2 % entre 50 et 59 ans, 15,4 % entre 60 et 69 ans, 29,5 % entre 70 et 79 ans, 55,9 % entre 80 et 89 ans. La prévalence symptomatique reste à 0,9 % sur l'ensemble. 0 % 20 % 40 % 60 % 6,2 % 50-59 ans 15,4 % 60-69 ans 29,5 % 70-79 ans 55,9 % 80-89 ans 0,9 % : formes symptomatiques, tous âges confondus Âge et IMC sont associés au grade 2 et plus ; les outils vibrants le sont spécifiquement au grade 4.

Source : Nakayama K, Kato H, Ikegami S et al. J Shoulder Elbow Surg 2022;31(1):123-132 (PMID 34454037). Cohorte japonaise, âge moyen 69,2 ans.

Deux enseignements pratiques sortent de ces chiffres. Le premier : trouver une arthrose sur une radiographie de coude ne prouve pas qu'elle explique la douleur. À 75 ans, la probabilité qu'un coude quelconque porte des signes arthrosiques approche une sur trois, et neuf fois sur dix ces signes sont muets. Le second : cette arthrose est, selon les termes mêmes des auteurs, une maladie que la plupart des gens « accommodent » d'eux-mêmes7. La rareté du symptôme, et non la rareté de la lésion, est ce qui fait qu'on la voit peu.

Le profil du patient qui consulte

Les séries chirurgicales dessinent un portrait très constant. Chez Antuña, 46 coudes opérés : 44 hommes pour une femme, âge moyen 48 ans3. Chez Doherty, 16 patients : 14 hommes, 2 femmes, âge moyen 61 ans, avec une atteinte du coude dominant chez 14 d'entre eux4. La revue de Gramstad et Galatz résume le terrain classique : homme d'âge moyen exerçant une activité manuelle intense5.

L'enquête japonaise ajoute des facteurs mesurés plutôt que supposés. L'âge et l'indice de masse corporelle étaient associés de façon indépendante à la présence d'une arthrose de grade 2 ou plus. L'usage d'outils vibrants est ressorti comme un facteur associé spécifique des formes les plus évoluées, celles de grade 47. Ce dernier point mérite d'être retenu en consultation : marteau-piqueur, meuleuse, burineur, perforateur, mais aussi tronçonneuse et débroussailleuse chez les agents d'espaces verts.

Un détail de la série de Doherty passe souvent inaperçu et rend pourtant service : ces patients avaient fréquemment une arthrose ailleurs, deuxième et troisième articulations métacarpo-phalangiennes chez 62 % d'entre eux, genoux chez 38 %, hanches chez 31 %4. Devant un coude arthrosique isolé chez un sujet jeune, il vaut donc la peine de regarder les mains : une atteinte métacarpo-phalangienne associée oriente vers une arthropathie plus générale, et notamment vers une recherche d'hémochromatose ou de chondrocalcinose, deux diagnostics que le tableau peut emprunter.

Les mêmes auteurs ont aussi établi un point que la tradition contredit : le rôle du traumatisme est difficile à étayer dans la forme primitive4. L'arthrose post-traumatique existe, elle est fréquente et bien documentée, mais c'est une autre entité : elle survient après fracture de la tête radiale, luxation complexe ou fracture de l'extrémité distale de l'humérus, et elle n'a ni le même profil ni le même pronostic.

Quatre repères de terrain

Chiffres issus des deux séries de référence sur la forme primitive

Quatre statistiques secondaires sur l'arthrose primitive du coude 44 hommes pour 1 femme dans la série d'Antuña ; 48 ans d'âge moyen à la chirurgie ; coude dominant atteint dans 14 cas sur 16 ; corps étrangers dans 69 % des coudes. 44 / 1 hommes / femmes série chirurgicale de 46 coudes Antuña 2002 48 ans âge moyen au moment de l'intervention Antuña 2002 14 / 16 coude dominant atteint dans la série princeps Doherty 1989 69 % corps étrangers présents sur les radiographies Doherty 1989

Sources : Antuña SA, Morrey BF, Adams RA, O'Driscoll SW. J Bone Joint Surg Am 2002;84(12):2168-2173 (PMID 12473704) ; Doherty M, Preston B. Ann Rheum Dis 1989;48(9):743-747 (PMID 2802795).

À retenir

  • Arthrose hypertrophique : beaucoup d'os néoformé, peu de pincement. C'est ce qui rend le traitement conservateur et le débridement efficaces.
  • Un adulte de plus de 50 ans sur quatre en porte les signes radiographiques ; moins d'un sur cent en souffre. Une image positive ne fait pas le diagnostic.
  • Terrain typique : homme, coude dominant, travail manuel lourd, outils vibrants. L'obésité et l'âge sont des facteurs associés mesurés.
  • Chercher une arthrose des métacarpo-phalangiennes associée : elle était présente chez 62 % des patients de la série princeps et oriente le bilan étiologique.

Comment reconnaître une arthrose du coude à l'examen ?

Il n'existe aucun test clinique validé pour cette pathologie : ni sensibilité, ni spécificité, ni valeur prédictive publiées. Le diagnostic repose donc entièrement sur un faisceau d'arguments, et il vaut mieux savoir lesquels pèsent.

Les trois plaintes qui doivent y faire penser

La douleur en extension terminale. C'est le symptôme cardinal, et le mot « terminale » compte : la douleur n'apparaît pas dans le secteur moyen mais dans les tout derniers degrés, quand la pointe de l'olécrâne vient buter dans une fosse comblée. Dans la série d'Antuña, la totalité des 46 coudes opérés se plaignait d'une douleur d'extension terminale3. Le patient la décrit rarement dans ces termes ; il dit qu'il ne peut plus « tendre le bras à fond », ou que ça coince quand il pousse une porte lourde ou qu'il porte un cabas bras tendu.

Les blocages. Ils traduisent la présence de corps étrangers intra-articulaires, retrouvés sur 69 % des radiographies de la série de Doherty4 et présents chez 36 des 46 coudes opérés par Antuña3. Quatorze de ces 46 patients rapportaient des blocages francs. C'est un signe utile parce qu'il est spécifique et qu'il oriente d'emblée vers un geste chirurgical simple, l'ablation du corps étranger, souvent très payant.

Les signes du nerf ulnaire. Douze des 46 patients d'Antuña s'en plaignaient avant l'opération3. Ce chapitre est assez important pour avoir sa propre section plus bas ; retenez pour l'instant que ne pas les chercher, c'est passer à côté de la complication la plus fréquente et la plus invalidante de cette arthrose.

Ce qui, en revanche, n'est pas le tableau : une douleur permanente de repos, un dérouillage matinal prolongé, un gonflement chaud, une atteinte bilatérale d'emblée chez un sujet jeune. Ces éléments doivent faire chercher autre chose.

Ce que l'examen mesure : les amplitudes, et surtout leur seuil fonctionnel

La perte d'amplitude commence par l'extension et progresse ensuite vers la flexion. Le flessum s'installe insidieusement, et le patient le compense si bien par l'épaule qu'il ne le remarque pas. La prono-supination reste longtemps normale, ce qui distingue cette arthrose d'une atteinte radio-ulnaire post-traumatique.

Le repère classique de « l'arc fonctionnel » vient d'une étude expérimentale de 1995 : cent membres supérieurs sains, une orthèse limitant progressivement l'amplitude, douze gestes de la vie quotidienne à réaliser à chaque cran. Quarante-neuf sujets sur cinquante réussissaient l'ensemble des tâches avec une amplitude bornée à 75-120° de flexion8. C'est ce chiffre que la littérature chirurgicale utilise depuis pour juger de la nécessité d'un geste.

Ce repère a toutefois vieilli, et il faut le dire au patient. Une étude cinématique tridimensionnelle de 2011 a mesuré les amplitudes réellement requises par les gestes contemporains : l'arc de flexion nécessaire montait à 130° ± 7 pour téléphoner, avec un maximum de 142° ± 3 ; la pronation atteignait 65° ± 8 pour taper sur un clavier et la supination 77° ± 13 pour ouvrir une porte9. Les auteurs concluent explicitement que l'amplitude fonctionnelle du coude est probablement plus large qu'on ne le pensait.

L'arc fonctionnel du coude : le repère de 1995 et ce que réclament les gestes d'aujourd'hui

Amplitude de flexion-extension exigée par les tâches, mesurée par capture optique tridimensionnelle

Arc fonctionnel du coude selon les tâches L'arc historique de 75 à 120 degrés suffit à douze gestes courants ; téléphoner exige un arc de 130 degrés allant jusqu'à 142 degrés de flexion. 30° 60° 90° 120° 150° 75° – 120° Arc « fonctionnel » historique 23° – 142° : téléphoner (arc 130°) Téléphone mobile gestes de table et d'hygiène Manger, se coiffer bras près de l'extension Porter, pousser Repère de lecture : un flessum de 30° laisse encore la plupart des gestes de table possibles ; c'est la perte des derniers degrés de flexion, et la douleur de butée en extension, qui gênent d'abord.

Sources : Vasen AP, Lacey SH, Keith MW, Shaffer JW. J Hand Surg Am 1995;20(2):288-292 (PMID 7775772) pour l'arc 75-120° ; Sardelli M, Tashjian RZ, MacWilliams BA. J Bone Joint Surg Am 2011;93(5):471-477 (PMID 21368079) pour les tâches contemporaines. La bande « gestes de table » figure l'ordre de grandeur commun aux deux travaux et n'est pas une valeur mesurée.

L'examen physique, geste par geste

  • Goniométrie bilatérale comparative, active puis passive, flexion-extension et prono-supination coude au corps. Noter le flessum en valeur absolue, pas en « léger » ou « modéré » : c'est le seul chiffre qui permettra de dire dans six mois si l'on a gagné.
  • Sensation de fin de course. Un arrêt dur, brutal, osseux, est l'argument le plus parlant en faveur d'une butée ostéophytique. Un arrêt mou et élastique oriente plutôt vers une rétraction capsulaire, et n'a pas le même pronostic sous traitement conservateur.
  • Reproduction de la douleur en hyperextension passive forcée, puis en hyperflexion. La douleur de butée postérieure en extension et la douleur antérieure en flexion maximale signent les deux zones de conflit.
  • Palpation. Gouttières para-olécrâniennes, épicondyle latéral, épitrochlée, interligne radio-capitellaire, gouttière ulnaire. Un empâtement postérieur et un olécrâne élargi sont fréquents.
  • Recherche d'un épanchement dans le triangle mou latéral. Un épanchement franc et récurrent est peu compatible avec une arthrose simple et doit faire évoquer une cause inflammatoire ou microcristalline.
  • Examen neurologique ulnaire systématique : test de Tinel dans la gouttière, test de flexion-compression, sensibilité des deux derniers doigts, force de l'interosseux dorsal et signe de Froment. Voir la section dédiée.
  • Test isométrique des épicondyliens et des épitrochléens, pour ne pas confondre ou pour dépister une atteinte associée.

Ce avec quoi on le confond, et comment trancher

Diagnostics différentiels de la douleur chronique du coude chez l'adulte. Les éléments cités correspondent à ce que rapportent les sources référencées ; aucune valeur diagnostique chiffrée n'est disponible pour l'arthrose primitive du coude elle-même.
DiagnosticCe qui l'évoqueCe qui l'écarte de l'arthrose
Épicondylalgie latéraleDouleur à l'épicondyle latéral, réveillée par l'extension résistée du poignet et la préhensionAmplitudes conservées et indolores en fin de course ; pas de blocage
Épitrochléite médialeDouleur médiale à la flexion-pronation résistéePoint douloureux tendineux et non articulaire ; aucun signe de butée
Syndrome du tunnel cubital isoléParesthésies des 4e et 5e doigts, Tinel positif, aggravation en flexion prolongéeRadiographie normale ; mais l'association est la règle plutôt que l'exception
Plica radio-capitellaireDouleur latérale et ressaut ; dans la série de Lee, sensibilité radio-capitellaire et douleur en extension terminale chez 65 % des patients10Sujet plus jeune, radiographie normale, plica épaissie à l'IRM (3,7 ± 1,0 mm)10
Ostéochondrite disséquante du capitulumAdolescent ou jeune adulte, sport de lancer ou gymnastique, blocagesÂge, contexte sportif, lésion focale du capitulum à l'imagerie
Arthrite inflammatoire (polyarthrite rhumatoïde, spondyloarthrite)Dérouillage matinal prolongé, synovite, atteinte polyarticulaire, syndrome inflammatoireL'arthrose est mécanique ; les liquides articulaires de la série de Doherty étaient non inflammatoires4
Arthropathie microcristalline (goutte, chondrocalcinose)Poussées aiguës, épanchement, liseré calcique, terrain métaboliqueCaractère aigu et récidivant, cristaux à l'analyse du liquide
Bursite olécrânienneTuméfaction fluctuante postérieure, bien limitée, superficielleAmplitudes articulaires normales, tuméfaction extra-articulaire
Arthrose post-traumatiqueAntécédent de fracture de la tête radiale, de luxation ou de fracture distale de l'humérusC'est une autre entité, à pronostic et à indications différents4

Drapeaux rouges : arrêter la rééducation et adresser

  • Coude chaud, rouge, tendu, avec fièvre : arthrite septique jusqu'à preuve du contraire, urgence.
  • Déficit moteur ulnaire d'installation rapide, perte de force de pince, griffe débutante, amyotrophie du premier espace : avis chirurgical sans délai, la récupération motrice dépend de la précocité.
  • Masse palpable, douleur nocturne non mécanique, altération de l'état général, antécédent néoplasique : bilan avant toute mobilisation.
  • Épanchement franc et récidivant chez un patient non traumatisé : penser microcristallin ou inflammatoire, faire ponctionner avant de rééduquer.
  • Douleur bilatérale d'emblée chez un sujet de moins de 40 ans : la forme primitive est rare à cet âge, chercher une cause générale.

Arbre décisionnel devant un coude douloureux chronique de l'adulte

Démarche construite à partir des signes rapportés par les séries citées ; il ne s'agit pas d'un algorithme validé prospectivement

Arbre décisionnel devant un coude douloureux chronique Écarter d'abord les drapeaux rouges, puis distinguer douleur de butée en fin de course avec blocages, qui oriente vers l'arthrose huméro-ulnaire, des douleurs tendineuses et neurologiques. Coude douloureux chronique adulte, sans traumatisme récent Drapeaux rouges présents ? fièvre, masse, déficit moteur rapide, épanchement récidivant non oui Avis médical avant rééducation Douleur en fin de course, arrêt dur ? extension terminale douloureuse, flessum, blocages oui non Radiographies face + profil ostéophytes, corps étrangers, fosses Orienter vers le tissu en cause tendon, nerf, plica, articulation inflammatoire Image concordante avec la plainte ? rappel : 25 % de positifs radiographiques, 0,9 % de symptomatiques oui non Arthrose huméro-ulnaire examen ulnaire systématique, puis prise en charge conservatrice Reprendre l'hypothèse l'arthrose radiographique est le plus souvent un spectateur À toute étape : signes ulnaires évolutifs = avis chirurgical, sans attendre l'échec du conservateur

Construction éditoriale à partir de : Antuña 2002 (PMID 12473704), Doherty 1989 (PMID 2802795), Nakayama 2022 (PMID 34454037), Lee 2018 (PMID 30016689). Aucun algorithme diagnostique n'a été validé prospectivement dans cette pathologie.

À retenir

  • Aucun test clinique validé n'existe pour l'arthrose du coude. Le diagnostic est un faisceau, pas un test positif.
  • Triade évocatrice : douleur d'extension terminale (100 % des opérés d'Antuña), blocages, signes ulnaires.
  • Mesurer le flessum en degrés et non en adjectifs : c'est la seule donnée qui permettra d'évaluer l'évolution.
  • La sensation de fin de course oriente le pronostic : arrêt dur osseux = butée à opérer un jour ; arrêt mou = rétraction, où la rééducation a plus à offrir.

Quelle imagerie demander et comment lire le compte rendu ?

Deux clichés suffisent au diagnostic. Le reste de l'imagerie ne sert pas à confirmer, il sert à préparer un geste ou à écarter autre chose, et les classifications que le compte rendu emploie n'ont pas toutes la même fiabilité.

La radiographie standard, et rien d'autre en première intention

Deux incidences, face et profil strict, suffisent à établir le diagnostic. On y cherche exactement ce que la série de Dalal a quantifié : ostéophytes de l'olécrâne, du processus coronoïde et de la tête radiale, comblement des fosses olécrânienne et coronoïdienne, corps étrangers, et un interligne dont la conservation relative est un argument positif et non un argument contre6.

Le profil strict est celui qui compte : il montre le comblement des fosses et les ostéophytes de butée, c'est-à-dire précisément ce qui explique la douleur d'extension. Une face isolée peut sous-estimer massivement la maladie.

Le piège de lecture tient en une phrase : l'ostéophyte coronoïdien existe chez 36 % des sujets témoins du même âge6. C'est le seul signe que le vieillissement normal produit assez souvent pour être trompeur. Les autres (ostéophyte olécrânien, comblement des fosses, épaississement de la membrane) sont, eux, discriminants.

Les classifications, et laquelle croire

Trois systèmes circulent dans les comptes rendus et les publications. Une étude de reproductibilité publiée dans Osteoarthritis and Cartilage les a comparés sur 81 cas, en faisant coter chaque dossier par quatre chirurgiens orthopédistes, deux fois11. Les résultats méritent d'être connus avant de fonder une décision sur un stade.

Reproductibilité inter-observateurs des classifications de l'arthrose primitive du coude, mesurée sur 81 cas par quatre observateurs (coefficient de corrélation intraclasse, deux lectures). D'après Kwak JM et al. Osteoarthritis Cartilage 2019;27(7):1057-1063 (PMID 30922981).
ClassificationSupportAccord inter-observateurs (ICC)Lecture
Hastings et RettigRadiographie0,544 puis 0,582Accord modéré : deux lecteurs peuvent classer différemment le même coude
Broberg et MorreyRadiographie0,620 puis 0,656Accord modéré à substantiel, le meilleur des deux systèmes radiographiques
Classification tomodensitométriqueScanner0,867 puis 0,909Accord presque parfait ; corrélée à l'échelle visuelle analogique (r = 0,754) et au score de Mayo (r = −0,614)

La conséquence pratique est directe : un stade radiographique n'est pas une donnée solide, et l'écart de sévérité entre deux comptes rendus successifs peut n'être qu'un écart entre deux lecteurs. Si une décision chirurgicale se joue sur le stade, c'est le scanner qui tranche, et c'est aussi lui qui, dans cette étude, corrèle le mieux avec ce que le patient ressent.

Quand demander autre chose

  • Scanner (avec reconstructions). Avant tout geste chirurgical, pour cartographier les ostéophytes, repérer les corps étrangers et mesurer le comblement des fosses. C'est aussi lui qui permet d'apprécier le volume ostéophytique dans le tunnel cubital, information directement utile quand une atteinte ulnaire est associée12.
  • IRM. Peu contributive pour l'arthrose elle-même. Indiquée pour un diagnostic différentiel : ostéochondrite du capitulum, plica radio-capitellaire épaissie, lésion ligamentaire, atteinte tendineuse profonde.
  • Échographie. Utile pour l'épanchement, la synovite, et surtout pour l'étude dynamique du nerf ulnaire dans la gouttière : luxation, épaississement fusiforme, aplatissement.
  • Électroneuromyogramme. Devant des signes ulnaires, pour situer le niveau de compression et grader l'atteinte. Attention toutefois : dans une série randomisée de tunnels cubitaux légers à modérés, 76 % des patients aux symptômes typiques avaient un examen électrophysiologique normal, et 75 % de ceux dont l'examen était pathologique se sont améliorés sans chirurgie13. Un ENMG normal n'élimine donc pas le diagnostic.
  • Bilan biologique. Devant un épanchement, une bilatéralité précoce ou un sujet jeune : syndrome inflammatoire, bilan martial à la recherche d'une hémochromatose, uricémie, calcémie.

À retenir

  • Face et profil strict suffisent au diagnostic ; le profil est le cliché qui montre les butées.
  • Interligne conservé et ostéophytes exubérants : c'est la signature, pas une contradiction.
  • Un ostéophyte coronoïdien isolé se voit chez 36 % des sujets sains du même âge : ne pas en faire un diagnostic.
  • Les stades radiographiques ont un accord inter-observateurs seulement modéré (ICC 0,54 à 0,66) ; le scanner est le seul support reproductible (ICC 0,87 à 0,91).

Pourquoi le nerf ulnaire est-il si souvent de la partie ?

C'est la sous-population qui justifie à elle seule un chapitre : l'arthrose du coude est la première cause identifiée de neuropathie ulnaire opérée, et c'est aussi la variable qui décide du calendrier chirurgical.

Un chiffre qui change la consultation

Une série japonaise multicentrique a repris les dossiers de 413 coudes opérés d'une neuropathie ulnaire au coude, diagnostiquée sur les critères cliniques et électrophysiologiques de l'American Association of Electrodiagnostic Medicine. Une lésion du coude était présente dans 75,1 % des cas, et la plus fréquente de toutes était l'arthrose primitive du coude, retrouvée dans 54,5 % des coudes. Venaient ensuite le ganglion médial (8,5 %) et le cubitus valgus (6,5 %), eux-mêmes le plus souvent associés à une arthrose14.

Plus inquiétant : la gravité. L'atteinte de grade III de McGowan, c'est-à-dire avec déficit moteur et amyotrophie, concernait 50,8 % des coudes arthrosiques contre 35,0 % des coudes sans lésion associée14. Autrement dit, quand l'arthrose est en cause, le nerf est en moyenne plus abîmé au moment où on l'opère. La lenteur d'installation de la compression osseuse laisse le patient s'habituer, et le diagnostic arrive tard.

Devant un coude arthrosique, la question n'est pas « faut-il examiner le nerf ulnaire ? » mais « à quelle vitesse se dégrade-t-il ? ».

Ce qui comprime : l'ostéophyte, pas le tunnel

On a longtemps expliqué la compression par un rétrécissement du tunnel cubital en flexion. Une étude en tomodensitométrie dynamique a mesuré la chose in vivo, en scannant 13 coudes arthrosiques avec syndrome du tunnel cubital et 25 coudes arthrosiques sans, à trois positions : extension complète, 90° de flexion, flexion complète12.

Le résultat inverse l'explication classique. La surface des ostéophytes huméraux et leur proportion à l'intérieur du tunnel augmentaient nettement avec la flexion : 24,7 mm² et 49,9 % en flexion complète chez les patients symptomatiques, contre 9,0 mm² et 31,3 % en extension. Et ces valeurs étaient significativement plus élevées chez les patients symptomatiques que chez les autres. Les auteurs concluent que c'est l'effet des ostéophytes médiaux, huméraux surtout, sur le nerf, et non le rétrécissement du tunnel, qui explique la compression12.

La conséquence pratique est immédiate et vaut d'être expliquée au patient : c'est la flexion prolongée qui aggrave, parce qu'elle amène l'ostéophyte contre le nerf. Dormir bras plié, téléphoner longuement, conduire coude fléchi appuyé sur la portière, travailler au clavier avec les coudes en flexion serrée : ce sont les positions à corriger, et cette correction est le premier geste thérapeutique de la neuropathie associée.

Ce que la kinésithérapie peut faire pour ce nerf, et ce qu'elle ne peut pas

Il existe un essai randomisé, sur le tunnel cubital en général, pas spécifiquement sur les formes arthrosiques. Soixante-dix patients aux symptômes légers ou modérés ont été répartis en trois groupes : orthèse nocturne, glissements nerveux, ou groupe témoin. Tous ont reçu une information sur la cause des symptômes et sur les positions à éviter. À six mois, 51 patients sur 57 suivis (89,5 %) étaient améliorés, et il n'existait aucune différence entre les trois groupes sur aucune des variables mesurées : ni la mesure canadienne du rendement occupationnel, ni les échelles de douleur, ni la force, ni l'électrophysiologie13.

La lecture honnête de cet essai n'est pas que la kinésithérapie ne sert à rien : c'est que l'information et l'éviction des positions provocatrices font l'essentiel du travail, et que l'orthèse nocturne comme les glissements nerveux n'y ajoutent rien de mesurable dans les formes légères à modérées. C'est une bonne nouvelle pour le patient, et c'est un argument pour investir la première séance dans l'explication plutôt que dans une technique.

Ce que cet essai ne dit pas, en revanche : rien sur les formes sévères, rien sur les formes arthrosiques spécifiquement, et rien sur le grade III de McGowan, qui, on l'a vu, représente la moitié des coudes arthrosiques opérés. Devant un déficit moteur installé ou qui progresse, le calendrier n'est plus celui de la rééducation.

Ce qui doit déclencher un avis chirurgical sans attendre

  • Amyotrophie du premier espace interosseux dorsal ou de l'éminence hypothénar.
  • Signe de Froment positif, perte de force de pince pouce-index.
  • Griffe ulnaire, même débutante, des 4e et 5e doigts.
  • Aggravation du déficit sensitif ou moteur d'une consultation à l'autre.
  • Rappel : un électroneuromyogramme normal n'élimine rien, 76 % des patients aux symptômes typiques en avaient un dans l'essai de Svernlöv13.

À retenir

  • 54,5 % des neuropathies ulnaires opérées au coude reposent sur une arthrose primitive : la rechercher n'est pas optionnel.
  • Ces formes sont plus sévères au moment du diagnostic (grade III de McGowan chez 50,8 % contre 35,0 %).
  • C'est l'ostéophyte médial en flexion qui comprime, pas le rétrécissement du tunnel : corriger les positions en flexion prolongée est le premier traitement.
  • Dans les formes légères à modérées, l'information seule vaut l'orthèse nocturne et les glissements nerveux : 89,5 % d'amélioration à six mois, sans différence entre les groupes.

Que peut réellement la kinésithérapie dans l'arthrose du coude ?

Ce chapitre commence par un aveu, parce que l'omettre reviendrait à fabriquer une certitude : il n'existe, à ce jour, aucun essai contrôlé de kinésithérapie dans l'arthrose primitive du coude. Ce qui suit est donc de la transposition raisonnée, et chaque proposition porte le niveau de preuve qui lui revient réellement.

L'état de la preuve, sans arrangement

La recherche a été conduite pour cet article sur PubMed en croisant l'arthrose du coude avec l'exercice, la rééducation, les infiltrations de corticoïdes, l'acide hyaluronique et le plasma riche en plaquettes : aucun essai contrôlé randomisé pertinent n'existe dans cette localisation. Les revues de référence le confirment en creux : celle de Del Core et Koehler recommande de commencer par « l'adaptation d'activité, les anti-inflammatoires, la thérapie de la main et les corticoïdes »15, sans pouvoir adosser cette séquence à autre chose qu'un consensus d'usage.

Il faut donc dire au patient d'où vient ce qu'on lui propose. Deux sources indirectes sont légitimes et une troisième ne l'est pas :

  • Légitime. Les recommandations de l'OARSI 2019 pour l'arthrose du genou, de la hanche et des formes polyarticulaires, dont les traitements socles sont l'éducation à la maladie et un programme d'exercice terrestre structuré16. Ces recommandations ne couvrent pas le coude, et il faut le dire : c'est une extrapolation.
  • Légitime. L'essai randomisé de Lindenhovius sur la raideur post-traumatique du coude, qui documente ce qu'on peut espérer d'un travail d'amplitude patient et prolongé17. Le mécanisme de raideur y est capsulaire et non ostéophytique, mais le calendrier de récupération est instructif.
  • Non légitime. Transposer les protocoles de renforcement des tendinopathies épicondyliennes. La cible tissulaire n'est pas la même, l'objectif non plus, et la butée osseuse ne répond pas à une mise en charge progressive comme un tendon.

Ce que la rééducation vise concrètement

Objectif n° 1 : préserver l'arc utile. La perte d'extension est la première à s'installer et la plus difficile à récupérer. Un travail d'entretien quotidien, en amplitude, sans forcer contre un arrêt dur, vise à retarder l'installation du flessum. Le repère à donner au patient n'est pas « il faut tendre le bras complètement » mais l'arc fonctionnel : 75 à 120° de flexion permettent la quasi-totalité des gestes courants8, tout en sachant que les gestes contemporains, téléphone en tête, en réclament davantage9.

Objectif n° 2 : protéger le nerf ulnaire. Corriger les positions de flexion prolongée, la nuit comme au travail, sur la base du mécanisme démontré en tomodensitométrie dynamique12. C'est probablement le geste dont le rapport bénéfice/effort est le meilleur de tout l'arsenal.

Objectif n° 3 : réduire la charge de butée. Analyser les gestes professionnels et sportifs qui amènent le coude en extension terminale sous charge, et les modifier : porter contre soi plutôt que bras tendu, rapprocher les charges du corps, fractionner l'usage des outils vibrants, adapter la hauteur du plan de travail.

Objectif n° 4 : entretenir la force sans provoquer. Le renforcement se travaille dans le secteur non douloureux, en évitant les fins de course. La triceps en extension terminale contre résistance est précisément ce qu'il faut éviter au début, puisqu'elle comprime la butée postérieure.

Un principe de sécurité, énoncé comme un raisonnement et non comme une preuve

Devant un arrêt dur, osseux, en fin de course, les mobilisations passives forcées n'ont aucune raison mécanique de fonctionner : on ne déforme pas un ostéophyte en tirant dessus. Elles exposent en revanche à l'inflammation post-mobilisation et à l'aggravation de la douleur. Cette position n'est pas soutenue par un essai, il n'y en a pas, mais par la nature de l'obstacle. Devant un arrêt mou, en revanche, la composante capsulaire justifie un travail d'amplitude patient, sur des mois plutôt que des semaines : dans l'essai de Lindenhovius, l'arc gagnait encore entre le sixième et le douzième mois17.

Le tableau des modalités, avec le niveau de preuve réellement disponible

Le classement ci-dessous applique les principes GRADE (nature du dessin d'étude, caractère direct de la preuve, précision, risque de biais), à la question précise de l'arthrose primitive du coude. Il s'agit d'une appréciation éditoriale : aucune évaluation GRADE formelle n'a été publiée pour cette localisation, et aucune société savante n'a émis de recommandation la concernant.

Modéré

Information et éviction des positions en flexion prolongée, quand une neuropathie ulnaire légère à modérée est associée. Preuve directe d'un essai randomisé : 89,5 % d'amélioration à six mois, sans qu'orthèse nocturne ni glissements nerveux n'ajoutent quoi que ce soit13. Déclassé de « élevé » parce que la population n'est pas exclusivement arthrosique.

Modéré

Travail d'amplitude prolongé sur une raideur à composante capsulaire, avec ou sans orthèse. Essai randomisé sur la raideur post-traumatique : gain de 47° à 49° d'arc à douze mois, sans différence entre orthèse statique progressive et dynamique17. Preuve indirecte pour l'arthrose, où l'obstacle est en partie osseux.

Faible

Éducation à la maladie et programme d'exercice terrestre structuré. Traitements socles de l'arthrose du genou, de la hanche et des formes polyarticulaires selon l'OARSI 201916, mais le coude n'est pas couvert par ces recommandations. Extrapolation assumée.

Faible

Adaptation d'activité et gestion de charge professionnelle. Recommandée par les revues de référence en première intention155 ; cohérente avec le facteur de risque mesuré que constituent les outils vibrants7. Aucune donnée d'efficacité propre.

Très faible

Renforcement musculaire hors fin de course. Aucun essai dans cette localisation. Justifié par le raisonnement fonctionnel et par la préservation du cartilage, pas par une démonstration.

Très faible

Infiltration de corticoïdes intra-articulaire. Citée comme option non chirurgicale par les revues15, sans aucun essai dans l'arthrose du coude. À noter : les corticoïdes péri-opératoires figurent parmi les facteurs de risque de complication de l'arthroscopie du coude18.

Très faible

Antalgiques et anti-inflammatoires. Usage courant, mentionné par les revues15. L'OARSI ne recommande pas les anti-inflammatoires oraux en cas de comorbidité cardiovasculaire ou de fragilité, et déconseille fortement les opioïdes16.

Aucune preuve

Viscosupplémentation, plasma riche en plaquettes, ondes de choc dans l'arthrose du coude : recherche systématique conduite pour cet article, aucun essai identifié. Proposer l'un de ces traitements ici, c'est proposer une extrapolation d'une autre articulation, et le patient a le droit de l'entendre.

Aucune preuve

Mobilisations passives forcées contre un arrêt dur. Aucune donnée, et aucun mécanisme plausible : une butée ostéophytique ne cède pas à l'étirement. Le rapport bénéfice/risque est défavorable par construction.

À retenir

  • Aucun essai de kinésithérapie n'existe dans l'arthrose primitive du coude. Le dire au patient fait partie du soin.
  • Les deux seules preuves directes utilisables concernent le nerf ulnaire (information seule aussi efficace que les techniques) et la raideur capsulaire (travail prolongé, six à douze mois).
  • Distinguer arrêt dur (butée osseuse, ne pas forcer) et arrêt mou (rétraction, travailler patiemment) commande la conduite de la séance.
  • La correction des positions en flexion prolongée est le geste dont le rapport bénéfice/effort est le meilleur, et il repose sur un mécanisme démontré.

Quand la chirurgie s'impose-t-elle et que rééduque-t-on ensuite ?

Le kinésithérapeute n'indique pas la chirurgie, mais il est presque toujours celui qui voit le patient assez longtemps pour repérer le moment où elle devient raisonnable, et celui à qui l'on confie la suite.

Une hiérarchie inhabituelle : on enlève avant de remplacer

La conservation relative du cartilage change tout. Les revues chirurgicales s'accordent sur une gradation qui n'a pas d'équivalent au genou ou à la hanche : le débridement et l'arthroplastie ostéocapsulaire suffisent dans la majorité des arthroses symptomatiques du coude, l'arthroplastie par distraction trouve sa place chez le sujet jeune au stade évolué, et la prothèse totale est réservée aux formes terminales du sujet âgé et peu demandeur19.

Concrètement, ce que le chirurgien retire, c'est ce qui bute : ostéophytes de l'olécrâne et du coronoïde, corps étrangers, capsule rétractée, avec dans la technique dite d'Outerbridge-Kashiwagi une fenestration de la fosse olécrânienne qui rétablit la course de l'olécrâne. Voie ouverte ou arthroscopique, le principe est le même.

Ce que la chirurgie apporte, en chiffres

La série de référence est celle d'Antuña : 46 coudes opérés d'une arthroplastie ulno-humérale entre 1986 et 1996, revus à 80 mois en moyenne. L'arc de flexion-extension est passé de 79° à 101° ; au dernier recul, 35 coudes sur 46 (76 %) étaient indolores ou peu douloureux. Le score de Mayo était excellent pour 26 coudes, bon pour 8, moyen pour 4 et mauvais pour 83.

La série britannique de Phillips, avec un recul moyen de 75 mois sur 20 arthroplasties ulno-humérales, donne des résultats convergents : 85 % de résultats bons ou excellents au DASH, 65 % au score de Mayo, un flessum réduit de 10° en moyenne et une flexion gagnée de 20°. Sur les 16 patients qui travaillaient au moment de l'opération, 12 (75 %) ont repris le même poste20.

Ces gains d'amplitude, une vingtaine de degrés, peuvent sembler modestes. Rapportés à l'arc fonctionnel, ils ne le sont pas : passer de 79° à 101° d'arc, c'est franchir le seuil qui sépare une main qui n'atteint plus le visage d'une main qui y revient.

Ce que le débridement chirurgical rend, et ce qu'il ne rend pas

Deux séries indépendantes, reculs moyens de 80 et 75 mois

Résultats de l'arthroplastie ulno-humérale L'arc de flexion-extension passe de 79 à 101 degrés ; 76 % des coudes sont indolores ou peu douloureux ; 75 % des patients reprennent le même poste ; la survie sans prothèse atteint 98 % à dix ans. Arc de flexion-extension (n = 46, recul 80 mois) 79° avant 101° après Repère : l'arc fonctionnel historique de 75° à 120° correspond à 45° d'amplitude utile. 76 % indolores ou peu douloureux Antuña 2002 75 % reprennent le même poste Phillips 2003 98 % sans prothèse à dix ans Tat 2022 29 % signes ulnaires après l'opération Antuña 2002

Sources : Antuña 2002, J Bone Joint Surg Am (PMID 12473704), 13 patients sur 45 ont rapporté des symptômes ulnaires postopératoires, soit 29 %, dont 6 réopérés ; Phillips 2003, J Bone Joint Surg Br (PMID 12729106) ; Tat 2022, J Shoulder Elbow Surg (PMID 35189372), survie sans conversion en prothèse totale à dix ans, 98,5 % après débridement ouvert et 98,0 % après procédure d'Outerbridge-Kashiwagi.

Voie ouverte ou arthroscopie : ce que la comparaison montre

Une revue systématique de 18 articles totalisant 625 patients et 634 coudes a comparé les deux voies. Les deux améliorent la douleur, l'arc de flexion-extension et les scores fonctionnels. La voie ouverte gagne davantage en flexion ; l'arthroscopie donne des résultats plus homogènes. Le prix diffère : complications 5,1 % en ouvert contre 2,0 % en arthroscopie, reprises 9,5 % contre 5,6 %21.

Un essai contrôlé antérieur, non randomisé, allait dans le même sens avec une nuance utile : le débridement arthroscopique soulageait mieux la douleur, la technique d'Outerbridge-Kashiwagi améliorait mieux la flexion22. Le choix se fait donc sur la plainte dominante du patient autant que sur l'habitude du chirurgien.

Le risque propre de l'arthroscopie du coude mérite d'être connu et transmis, parce qu'il est spécifique à cette articulation : une revue systématique de 52 articles rapporte 1,5 % à 11 % de complications totales et 1,26 % à 7,5 % de lésions nerveuses, avec pour facteurs de risque l'obésité, l'âge de plus de 65 ans, une chirurgie antérieure et les infiltrations péri-opératoires de corticoïdes18. Aucune étude de niveau I ou II n'existe sur le sujet.

Pourquoi la prothèse totale reste la dernière carte

Une revue systématique de 49 études et 1 995 prothèses totales de coude a mesuré ce que donne cette intervention selon l'indication. Pour la polyarthrite rhumatoïde et les fractures, la survie à long terme est satisfaisante. Pour l'arthrose, les taux rapportés sont de 50 % de complications et 11 % de révisions23. À l'inverse, la survie sans conversion en prothèse après un simple débridement atteint 98 % à dix ans24.

Le calcul est vite fait pour un homme de cinquante ans qui travaille de ses bras : on ne met pas une prothèse totale de coude à un patient qui va lui demander de porter des charges. La revue de Gramstad et Galatz le formule sans détour : l'arthroplastie prothétique est rarement indiquée dans l'arthrose primitive et doit être réservée aux sujets âgés à faible demande chez qui les autres options ont échoué5.

La rééducation post-opératoire, et son seul chiffre solide

Aucun essai n'a comparé de protocoles de rééducation après débridement du coude arthrosique. Ce que l'on peut adosser à une preuve concerne la raideur : dans l'essai randomisé de Lindenhovius sur 66 patients, l'arc de flexion s'améliorait de 29° à trois mois, 40° à six mois et 47° à douze mois, sans différence entre orthèse dynamique et orthèse statique progressive17. Le message que les auteurs en tirent est explicitement celui-ci : la patience est justifiée.

Deux points de vigilance propres à cette chirurgie doivent guider les premières semaines :

  • Le nerf ulnaire. Vingt-neuf pour cent des patients d'Antuña ont rapporté des symptômes ulnaires après l'opération, et six ont dû être réopérés pour le décomprimer. Les auteurs identifient les patients à risque : perte d'extension préopératoire de plus de 60°, flexion de moins de 100°, et mobilisation sous anesthésie en postopératoire précoce, chez qui ils recommandent une décompression préventive3. Un gain d'amplitude rapide met le nerf en tension : surveiller les paresthésies à chaque séance de la première quinzaine, et alerter sans attendre.
  • La mobilisation sous anesthésie figure dans cette même série parmi les facteurs de risque de dysfonction ulnaire3. C'est un argument de plus pour privilégier un travail actif, précoce et progressif, plutôt que la conquête forcée des amplitudes.

À retenir

  • Au coude, on enlève avant de remplacer : le cartilage relativement épargné rend le débridement efficace et repousse la prothèse.
  • Résultats attendus : arc de 79° à 101°, 76 % de coudes indolores ou peu douloureux, 75 % de reprise du même poste.
  • Survie sans prothèse de 98 % à dix ans après débridement, contre 50 % de complications quand la prothèse totale est posée pour arthrose.
  • Le nerf ulnaire est la complication à surveiller : 29 % de symptômes postopératoires dans la série de référence.

Que nous apprennent des cas cliniques concrets ?

Trois situations documentées, prises telles qu'elles ont été publiées. Aucune n'est reconstituée pour l'exemple : les deux premières sont des données de séries, la troisième un cas rapporté avec son identifiant.

Cas 1 : Une arthrose du coude qui se révèle par une main en griffe

Spalkit S, Sinha A, Prakash M, Tripathy S. BMJ Case Reports 2021;14(5):e24277326 : texte intégral libre (PMC8103949).

Une femme de 59 ans, obèse (indice de masse corporelle 35,6), consulte pour une faiblesse de la main droite évoluant depuis deux ans, avec paresthésies et engourdissement des quatrième et cinquième doigts. Elle décrit une préhension faible et des difficultés à cuisiner et à couper.

L'examen retrouve une griffe ulnaire modérée des deux derniers doigts, une préhension affaiblie et une hypoesthésie du territoire ulnaire. L'électromyogramme montre une neuropathie axonale ulnaire droite, avec vitesses sensitives et motrices non enregistrables. L'échographie objective une incurvation du nerf dans le tunnel cubital avec épaississement focal, un épaississement synovial, un épanchement articulaire et des ostéophytes médiaux issus de l'olécrâne. Les radiographies montrent des modifications dégénératives étendues avec pincement et volumineux ostéophytes marginaux huméro-ulnaires. L'IRM confirme des ostéophytes ulno-trochléaires faisant saillie dans le tunnel cubital et refoulant le nerf.

Le traitement a consisté en une neurolyse avec transposition antérieure du nerf ulnaire, suivie d'une régression des paresthésies et de l'engourdissement à trois mois.

Ce que ce cas enseigne. Le motif de consultation n'était pas le coude : c'était la main. Deux ans se sont écoulés avant le diagnostic, et l'atteinte était devenue axonale. Chez tout patient qui décrit une main ulnaire faible, examiner le coude et le radiographier coûte peu, et c'est parfois le seul chemin vers la cause.

Cas 2 : Le tableau collectif de 46 coudes opérés

Antuña SA, Morrey BF, Adams RA, O'Driscoll SW. J Bone Joint Surg Am 2002;84(12):2168-2173 : PMID 12473704. Il s'agit d'une série, présentée ici comme un portrait de groupe et non comme un patient.

Quarante-six coudes, 45 patients, 44 hommes pour une seule femme, âge moyen 48 ans. Tous décrivaient une douleur en extension terminale. Quatorze rapportaient des blocages, douze des symptômes ulnaires. À l'intervention, des corps étrangers ont été retirés dans 36 coudes ; une libération capsulaire a été nécessaire dans 19 ; un geste sur le nerf ulnaire dans 8.

À 80 mois de recul moyen, l'arc était passé de 79° à 101°, et 76 % des coudes étaient indolores ou peu douloureux. Mais treize patients sur 45 rapportaient des symptômes ulnaires postopératoires, dont six ont dû être réopérés.

Ce que cette série enseigne. Le portrait-robot est fiable : homme, cinquantaine, coude dominant, douleur de butée. Et le nerf ulnaire est le fil rouge : présent avant l'opération chez un quart des patients, apparu ou aggravé après chez près d'un tiers. Les auteurs en tirent une consigne opérationnelle : chez un patient dont l'extension est limitée de plus de 60° ou dont la flexion n'atteint pas 100°, envisager une décompression préventive.

Cas 3 : Seize patients suivis sans chirurgie, et une évolution favorable

Doherty M, Preston B. Ann Rheum Dis 1989;48(9):743-747 : PMID 2802795, texte intégral libre (PMC1003867).

Seize patients, 14 hommes et 2 femmes, âge moyen 61 ans, sans traumatisme évident. Le début des symptômes remontait en moyenne à l'âge de 53 ans et durait depuis sept ans en moyenne, avec des extrêmes allant de un à vingt ans. Les liquides articulaires prélevés chez six d'entre eux étaient non inflammatoires ; deux biopsies montraient une synovite non spécifique.

Sur les 26 coudes atteints, 22 (85 %) ont eu une évolution clinique favorable. Treize des seize patients avaient une arthrose ailleurs, notamment aux deuxièmes et troisièmes articulations métacarpo-phalangiennes (10 sur 16).

Ce que cette série enseigne. C'est le contrepoids indispensable aux deux cas précédents. La maladie évolue le plus souvent bien sans qu'on l'opère, sur des années, avec des symptômes qui fluctuent. Annoncer d'emblée une chirurgie à un patient dont le coude gêne mais ne bloque pas, et dont le nerf va bien, c'est ignorer ce que cette série a documenté il y a plus de trente ans.

À retenir

  • Le premier symptôme peut être à la main, pas au coude : une neuropathie ulnaire chronique impose de radiographier le coude.
  • Le portrait-robot des séries est fiable, mais il décrit les patients opérés : ceux que l'on voit en cabinet sont beaucoup plus nombreux à ne jamais l'être.
  • L'évolution spontanée est favorable dans 85 % des coudes de la série princeps : le temps est un allié qu'il faut nommer devant le patient.

Comment appliquer tout cela dès lundi matin ?

Une pathologie rare en consultation, sans essai thérapeutique et sans recommandation, demande une conduite écrite à l'avance, sans quoi chaque praticien réinvente la sienne.

La première séance, en six points

  1. Nommer. Dire au patient qu'il s'agit d'une arthrose huméro-ulnaire, et que le mot « omarthrose » qu'il a peut-être lu désigne l'épaule. Le vocabulaire juste évite des semaines de lectures à côté du sujet.
  2. Mesurer. Goniométrie bilatérale, flexion-extension et prono-supination, notées en degrés. C'est la référence contre laquelle tout le reste se jugera.
  3. Qualifier la fin de course. Arrêt dur ou arrêt mou : la réponse change la séance, la promesse faite au patient et le pronostic.
  4. Examiner le nerf ulnaire. Tinel, test de flexion-compression, sensibilité des deux derniers doigts, force de pince, signe de Froment, trophicité du premier espace. Consigner, pour pouvoir comparer.
  5. Analyser la charge. Métier, outils vibrants, gestes en extension terminale sous charge, position du coude la nuit et au poste de travail.
  6. Expliquer l'histoire naturelle. Que 85 % des coudes de la série princeps ont évolué favorablement sans chirurgie4, que la maladie fluctue sur des années, et que le rôle du kinésithérapeute est d'entretenir l'arc et de protéger le nerf plutôt que de « faire disparaître l'arthrose ».

Ce qu'on suit, et à quel rythme

Suivi proposé. Les indicateurs retenus sont ceux que la littérature de cette pathologie utilise réellement ; les intervalles relèvent d'une organisation de bon sens et non d'une recommandation publiée.
Ce qu'on mesurePourquoiRythme
Flexion, extension, prono-supination en degrésSeul marqueur objectif de la maladie ; l'arc conditionne l'indication chirurgicaleToutes les 4 à 6 semaines
Sensation de fin de courseUn arrêt mou qui se durcit signe la progression de la butée osseuseÀ chaque bilan
Examen ulnaire (sensibilité, force de pince, trophicité)Complication la plus fréquente et la plus invalidante ; sa progression fait basculer vers la chirurgieÀ chaque bilan, et à chaque séance si signes présents
Blocages : nombre et circonstancesSigne des corps étrangers, dont l'ablation est le geste le plus rentableInterrogatoire à chaque bilan
Score de Mayo (MEPS) ou QuickDASHInstruments utilisés par les séries chirurgicales du coude, ce qui rend les valeurs comparables à la littératureInitial, puis tous les 3 mois
Capacité professionnelleLa reprise du poste est le critère de résultat le plus concret : 75 % après chirurgie20Initial, puis à chaque changement

Vers qui adresser, et quand

  • Chirurgien de la main et du membre supérieur : devant des blocages répétés, une perte d'arc qui gêne les gestes usuels, ou surtout des signes ulnaires qui progressent. Ne pas attendre l'échec complet du traitement conservateur quand le nerf est en jeu : la moitié des coudes arthrosiques opérés d'une neuropathie l'étaient au stade III de McGowan14.
  • Rhumatologue : devant un épanchement récidivant, une atteinte bilatérale précoce, un sujet jeune, une arthrose associée des métacarpo-phalangiennes, ou un doute avec une arthropathie microcristalline ou inflammatoire.
  • Médecin du travail, dès que des outils vibrants ou des ports de charge répétés sont en cause. Voir l'encadré ci-dessous : cette arthrose figure au tableau des maladies professionnelles.
  • Ergothérapeute, pour l'adaptation du poste, des outils et des gestes du quotidien, en particulier chez le patient dont le nerf ulnaire est atteint.

Reconnaissance en maladie professionnelle : une piste souvent oubliée

Le tableau n° 69 du régime général, intitulé « Affections provoquées par les vibrations et chocs transmis par certaines machines-outils, outils et objets et par les chocs itératifs du talon de la main sur des éléments fixes », mentionne explicitement l'« arthrose du coude comportant des signes radiologiques d'ostéophytose », avec un délai de prise en charge de 5 ans25. Une durée minimale d'exposition est exigée selon la rubrique : c'est au médecin du travail et au médecin traitant d'instruire le dossier. Cette piste concerne directement le profil que l'épidémiologie a identifié, puisque l'usage d'outils vibrants est associé aux formes de grade 47. Le site consacre un article détaillé à la démarche, sur l'exemple de l'épaule : arthrose acromio-claviculaire et maladie professionnelle.

Questions fréquentes

L'arthrose du coude peut-elle disparaître ?

Non : les lésions osseuses ne régressent pas. Mais la question du patient porte en réalité sur les symptômes, et là, la réponse est plus encourageante. Dans la série de Doherty, 22 des 26 coudes atteints ont connu une évolution clinique favorable sans chirurgie4. Et à l'échelle de la population, la maladie est radiographiquement présente chez un adulte de plus de 50 ans sur quatre alors que moins d'un sur cent en souffre7.

Faut-il arrêter le sport ou le travail manuel ?

Rarement l'arrêter, souvent l'adapter. Ce qui provoque, c'est la fin de course sous charge et la flexion prolongée. Fractionner l'usage des outils vibrants, rapprocher les charges du corps, éviter les poussées bras tendu et les positions coude replié soutenu. L'usage d'outils vibrants est le seul facteur professionnel formellement associé aux formes évoluées dans l'étude en population générale7.

Pourquoi mon coude me réveille-t-il la nuit avec des fourmis dans les doigts ?

Parce que le sommeil bras plié amène les ostéophytes médiaux contre le nerf ulnaire. La tomodensitométrie dynamique l'a montré : leur surface à l'intérieur du tunnel cubital passe de 9,0 mm² en extension à 24,7 mm² en flexion complète12. Corriger la position nocturne est le premier traitement, et dans les formes légères à modérées, l'information seule s'est révélée aussi efficace qu'une orthèse nocturne dans un essai randomisé13.

Une infiltration peut-elle m'aider ?

Elle est citée comme option par les revues de référence15, mais aucun essai ne l'a évaluée dans l'arthrose du coude. Il faut donc l'annoncer pour ce qu'elle est : un essai thérapeutique individuel, sans donnée d'efficacité propre à cette localisation. À noter également que les infiltrations péri-opératoires de corticoïdes figurent parmi les facteurs de risque de complication de l'arthroscopie du coude18.

Combien de temps faut-il pour récupérer de l'amplitude ?

Des mois, pas des semaines. L'essai randomisé le plus informatif sur la raideur du coude (post-traumatique, donc à composante capsulaire), montre un gain d'arc de 29° à trois mois, 40° à six mois et 47° à douze mois17. Les auteurs concluent explicitement que la patience est justifiée. Dans l'arthrose, où une part de l'obstacle est osseuse, il faut être plus prudent encore dans ce qu'on promet.

Va-t-on me poser une prothèse ?

C'est très peu probable. Au coude, la stratégie chirurgicale consiste d'abord à retirer les ostéophytes et les corps étrangers, et la survie sans conversion en prothèse atteint 98 % à dix ans après un simple débridement24. La prothèse totale reste réservée aux formes terminales du sujet âgé et peu demandeur : posée pour arthrose, elle affiche 50 % de complications et 11 % de révisions dans la revue systématique de référence23.

Mon radiologue a écrit « arthrose du coude » alors que je n'ai pas mal : dois-je m'inquiéter ?

Non. C'est même la situation la plus fréquente : 25,2 % de prévalence radiographique après 50 ans contre 0,9 % de formes symptomatiques7. Et un ostéophyte du processus coronoïde isolé se retrouve chez 36 % des sujets témoins du même âge6. Une image n'est pas une maladie.

Le kinésithérapeute peut-il vraiment quelque chose, puisqu'il n'y a pas d'étude ?

Oui, à condition d'être clair sur ce qui est démontré et ce qui ne l'est pas. Deux choses reposent sur des essais randomisés : l'information et la correction des positions provocatrices pour le nerf ulnaire13, et le travail d'amplitude prolongé sur une raideur à composante capsulaire17. Le reste (entretien de l'arc, renforcement hors fin de course, gestion de charge), relève d'un raisonnement clinique cohérent, que le patient a le droit de connaître comme tel.

Pour aller plus loin sur ce site

Bibliographie

Chaque référence a été vérifiée individuellement dans PubMed : existence de l'identifiant, exactitude de la revue et de l'année, et lecture du résumé pour contrôler que la source établit bien ce qui lui est attribué.

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  3. Antuña SA, Morrey BF, Adams RA, O'Driscoll SW. Ulnohumeral arthroplasty for primary degenerative arthritis of the elbow: long-term outcome and complications. J Bone Joint Surg Am 2002;84(12):2168-2173. DOI 10.2106/00004623-200212000-00007 : PMID 12473704
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Méthode et limites

Les sources ont été recherchées dans PubMed via les services E-utilities du NCBI, en croisant l'arthrose du coude avec l'épidémiologie, le diagnostic, l'imagerie, la neuropathie ulnaire, l'exercice, les infiltrations et la chirurgie. Chaque identifiant a été résolu et chaque résumé lu avant citation. Limite principale : la littérature de cette localisation est presque exclusivement chirurgicale et rétrospective, un seul essai randomisé cité ici porte sur le coude lui-même, et il concerne la raideur post-traumatique, non l'arthrose. Les niveaux de preuve du tableau des modalités sont une appréciation éditoriale appliquant les principes GRADE, et non une évaluation GRADE publiée. Article rédigé le 14 août 2026.

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